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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 22:19

 

 

 

Source : mediapart.fr

L’affaire Taubira ou la rencontre de l’impensé colonial et du néolibéralisme

|  Par christian salmon

 

 

Si Christiane Taubira est attaquée, c’est qu’elle résiste à la crise de souveraineté qui mine la politique. C'est aussi parce qu'elle trace une diagonale audacieuse entre les deux blocs qui arraisonnent le débat public, le souverainisme xénophobe nourri au racisme colonial et le mondialisme néolibéral.

«Pourquoi Christiane Taubira cristallise les haines », titrait presque innocemment Le Monde du 8 novembre 2013 sur une pleine page. Oui, c’est vrai : pourquoi Taubira cristallise-t-elle la haine d'Anne-Sophie Leclere ? Cette candidate FN affirmait sur son site internet qu’elle préférait la voir avec ses semblables « dans les branches de son arbre plutôt que de la voir au gouvernement ». Pourquoi la garde des Sceaux cristallise-t-elle les haines des catholiques de l’institut Civitas, opposants à la loi sur le mariage pour tous, qui manifestent dans les rues de Paris aux cris de : « Y a bon Banania, Y a pas bon Taubira » ?

Il doit bien y avoir une raison pour qu’une enfant de onze ans lance sur son passage en joignant le geste à l’insulte : « Elle est pour qui la banane ? » « Franchement, je suis incapable de vous dire ce qui a pu lui traverser l'esprit. Elle a dit “guenon” comme elle aurait pu dire “girafe” », relativisent les parents qui s’étonnent de l’écho qu’a reçu dans les médias l’« espiègle » apostrophe de leur fille. « Ce n'était en rien prémédité », proteste la mère, qui a pourtant emmené sa fille à ce qui ne mérite pas le nom de « manifestation » mais plutôt celui de « lynchage » : « La banane n'a pas été apportée sciemment pour provoquer la ministre », affirme-t-elle. Ah ! C’était juste pour le goûter ? Nous voilà rassurés. D’ailleurs la petite est « née aux Antilles », et a vécu « la moitié de sa vie en Outre-mer et en Afrique », renchérit le père en guise d’excuse, comme si les blagues racistes étaient incongrues sous les palétuviers.

 

Christiane Taubira (Reuters) 
Christiane Taubira (Reuters)

Les attaques contre Christiane Taubira ne constituent pas seulement une faute morale et une transgression de nos soi-disant « valeurs » républicaines qu’il suffirait de sanctionner par un sursaut républicain. Ou par un surcroît de morale, comme si cette république exemplaire ne s’était pas illustrée il y a moins d’un siècle en organisant des zoos humains en plein Paris, exhibant les populations des colonies à des spectateurs qui leur lançaient des victuailles. Cette violence symbolique, qui n’a d’égale que la violence réelle de la conquête coloniale, n’était pas gratuite que l’on sache. Si elle se plaisait à animaliser les populations des colonies, c’était pour légitimer l’entreprise civilisatrice de la colonisation.

Plutôt que de pousser des cris d’orfraie devant la résurgence du racisme, nos républicains vertueux feraient mieux de s’interroger sur cet impensé colonial qui, faute d’être analysé, hante la société française et s’exprime à nouveau depuis dix ans à visage découvert. Ce fut la loi de février 2005 évoquant, dans sa première mouture, les « aspects positifs » de la colonisation ; le discours présidentiel de Dakar sur l’homme africain « qui n’est pas entré dans l’Histoire » ; la création du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale ; le débat sur l’identité nationale, dont L’Identité malheureuse, le dernier livre d’Alain Finkielkraut plébiscité par les médias, est à la fois le navrant symptôme et une piqûre de rappel.

Loin de disparaître de l’inconscient (ou de la conscience) collectif, la « racialisation des esprits » et « l’animalisation de l’autre » sont les composantes indissociables de toute politique identitaire… Elles sont congruentes avec un effort de redéfinition de l’identité nationale, de réarmement national, l’accent mis sur une identité vécue comme inquiète ou menacée.

 

 

C’est un régime de signes qui détermine un certain langage, un certaine forme d’humour qui stigmatise, infantilise, animalise les autres qu’ils soient noirs, roms, étrangers. L’historien Pap Ndiaye, auteur de La Condition noire (Calmann-Lévy), attirait récemment l’attention sur le retour d’un « racisme biologique, fortement racialisé, avec des références animalières banales à l’époque coloniale… qui relèvent d’un registre qui semblait avoir disparu après la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation » (lire ici notre article sur ce livre). 

Si on répète à bon droit que le racisme n’est pas une opinion mais un crime et que, comme l’a affirmé François Hollande à Jérusalem, « il n’y a pas de différence entre les paroles et les actes racistes », c’est que la parole raciste n’est pas seulement une parole attentatoire, un défi ou une insulte. C’est ce que les théoriciens du langage avec John Searle appellent un « speech act », c’est-à-dire une parole qui agit, un acte performatif qui a le pouvoir de réaliser ce qu’il énonce.

La parole raciste exclut de « l’espèce humaine », comme l’a rappelé Christiane Taubira, celui ou celle qu’elle animalise. Ce n’est pas une blague, c’est un scalpel qui permet depuis l’aube de la colonisation de tracer la frontière entre humains et esclaves, colons et colonisés, civilisés et sauvages. Et lorsque l’insulte se met en scène au travers des expositions coloniales et des zoos humains, le racisme devient une performance collective. C’est une cérémonie et un rituel. Sa fonction ? Redéfinir les contours de la communauté nationale.

Déconstruire le racisme

Jean-Marie Le Pen a accusé Christiane Taubira d’être « antifrançaise » reprenant la rhétorique de l’anti-France utilisée par la droite et l'extrême droite en France depuis l'affaire Dreyfus. Quant à Marine Le Pen, elle a euphémisé comme à son habitude mais en s’exprimant cette fois en sociologue : « Taubira a d’abord été indépendantiste guyanaise, c’est un élément essentiel dans sa construction politique. » Mais qui s’interroge sur « la construction politique » de Marine Le Pen, nourrie au lait de la xénophobie et du ressentiment colonialiste, les deux mamelles de l’ultra droite française ? Qui se demande dans les médias ce que signifie la reconfiguration du paysage politique opérée par les « Le Pen » à partir non plus de l’axe droite/gauche mais de la polarité patriote/mondialiste apparue à la faveur de l’affaire Dreyfus ?

C’est pourquoi il ne suffit pas de s’insurger contre le racisme, il faut le déconstruire. Il faut lui opposer non pas seulement des « valeurs », des manifestations et des concerts de SOS racisme, mais un travail patient de déconstruction qui consiste à défaire l’imaginaire colonial, son bestiaire, ses imageries, ses plaisanteries et à rendre contagieux un autre état d’esprit. Il faut opposer à l’imaginaire colonial des symboles, un récit, une histoire commune. Comme le fait par exemple en ce moment même l’exposition « Kanaks » au musée du Quai Branly (lire ici notre article sur cette exposition).

 

Exposition temporaire : "Kanak, l'art est une parole". Du 15 octobre 2013 au 26 janvier 2014 
Exposition temporaire : "Kanak, l'art est une parole". Du 15 octobre 2013 au 26 janvier 2014 © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

 

C’est ce que réussit Christiane Taubira lorsqu’elle fait adopter en 2001 la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l'humanité. Mais surtout lorsqu’elle bataille en 2013 à l’Assemblée pour défendre son projet de loi sur le mariage pour tous en démasquant l’imaginaire biologiste qui hante la droite. Elle fait sortir le débat sur le mariage pour tous du ghetto de la « norme biologique » dans lequel la droite voulait l’enfermer pour en faire l’enjeu d’un combat pour l’émancipation humaine, rappelant au passage que c’est toujours le droit des minorités qui trace l’horizon des nouveaux droits pour tous… On se souvient de sa formidable réplique aux députés UMP qui invoquaient les « lois naturelles »:

« Vous avez la fascination du naturel, du biologique et de la génétique ! (...) Vous faites revenir avec vénération et fascination les lois naturelles, revenant au temps de Lamarck et de l’évolutionnisme…. Il y a longtemps que les Lumières ont imprégné la réflexion philosophique et scientifique ! Il y a longtemps que l’on sait ce qu’est l’environnement social et culturel ! Et vous, vous en êtes encore aux lois de Mendel, qui travaillait sur les petits pois ! » Au cours de ce débat exemplaire, Taubira a démasqué la droite ; elle a mis fin à cette imposture qui veut que la droite se prétende depuis trente ans, moderne, transgressive et même « révolutionnaire » quand il s’agit de s’attaquer au droit du travail ou de déréguler la finance… Pour une fois la droite était renvoyée à son archaïsme, à ses fantômes biologistes, à ses fantasmes d’exclusion : biologisme. Petits pois de Mendel.

Christiane Taubira a réussi à faire revivre une crédibilité perdue de la parole politique, une certaine « entente » des signes d’autorité et d’intelligence. Si elle est attaquée, c’est qu’elle résiste à la régression médiatique du politique. Non qu’elle résolve à elle seule la crise de souveraineté qui mine le politique. Mais parce qu’elle trace une diagonale entre les deux blocs qui arraisonnent le débat public. Elle est le visage audacieux de ceux qui livrent bataille au-delà des lignes de front, suivant une diagonale d’invention… Loin de « cristalliser les haines », elle est un révélateur, au sens chimique, de ce moment politique. Un atout et un reproche pour le gouvernement, son récit manquant. Elle est le visage de ce que la gauche pourrait être et qu’elle n’est pas.

Les attaques racistes contre Christiane Taubira ne sont pas fortuites. Elles sont tout à la fois un symptôme et un instrument : le symptôme d’un impensé colonial et l’instrument d’une décomposition/recomposition du champ politique longtemps structuré autour de la bipolarité droite/gauche. Cette bipolarité cède la place à un affrontement entre un souverainisme qui fixe et un mondialisme qui disperse ou égare…

D’un côté les souverainistes de tous poils, nostalgiques de l’État qui exigent une reterritorialisation de la puissance, la sortie de l’Euro, la résurrection des frontières... Bref, le retour à la maison. D’un autre les mondialistes, les nomades, qui abandonnent tous les attributs de la Nation et jusqu’au système démocratique, et confient la politique aux experts, aux marchés financiers, aux capitaux. D’un côté la resubstantialisation de l’État ; de l’autre sa dissolution ; d’un côté le volontarisme nationaliste, de l’autre la déconstruction néolibérale ; d’un côté la règle, de l’autre la dérégulation ; d’un côté la chimère nationaliste, de l’autre l’utopie mondialiste… Nous avons le choix entre nous pétrifier ou nous dissoudre. Ces deux fronts, ces deux machines sont face à face ; elles se regardent en chiens de faïence. Dualisme funèbre dans lequel se consume l’échec du politique.

Le boomerang de l'insouveraineté de l'Etat

Chaque camp a son pathos. Si vous faites un pas de côté par erreur ou par distraction, il vous faudra chanter à tue-tête l’hymne national et vous enrouler dans le drapeau national quand ce n’est pas le bonnet rouge et le Gwenn ha Du, le “kit” du Breton en colère, tant il est vrai que la régression comme la fuite en avant ne connaissent pas de limite. Vous vouliez défendre la nation, vous voilà patriote de canton…

Si vous penchez du côté des mondialistes, acceptez de vous dissoudre dans l’éther néolibéral, abandonnez toute singularité et plongez dans ce nouveau monde fort bien décrit dans les pubs de HSBC, la banque des comptes en Suisse et des aéroports, qui annonce rien de moins qu’un eldorado néolibéral dont « les investisseurs seront les explorateurs, où tous les marchés auront émergé, un monde merveilleux où les déchets seront source d’énergie, où même la plus petite entreprise sera multinationale... ». À l’instar des affiches géantes du patronat US en pleine crise des années trente qui vantaient la supériorité du mode de vie américain au-dessus des files d’attente des chômeurs…

À chaque camp son récit. D’un côté le retour à la maison. De l’autre la conquête du monde. D’un côté l’Hexagone comme unique horizon, de l’autre l’horizon sans limite. D’un côté la ligne Maginot, de l’autre un monde imaginaire… D’un côté un récit de guerre régressif ; de l’autre une épopée naïve sans frontières.

C’est désormais ce double front qui structure le débat politique… D’un côté les sédentaires zemourriens (de Éric Zemmour), de l’autre les nomades attaliens (de Jacques Attali). Depuis la crise de 2008, les attaliens perdent du terrain, les zemourriens capitalisent sur la crise, la peur du lendemain rameute les foules orphelines… Entre les « zemmouriens » favorables à un retour négocié à la maison avec armes et bagages, frontières et ancien franc, et les « attaliens » qui plaident pour un « élargissement » (des nations, de l’Europe, du monde même), il n’y a pas de compromis possible. Les uns sont tournés vers un passé illusoire, les autres louchent vers un avenir sans visage. Les uns et les autres s’accusent de tous les maux. C’est « l’anti-France ! » s’insurge les uns, allergiques à la diversité, extracteurs de quintessence nationale, en mal d’identité. « Ce n’est pas la France ! » s’indignent les autres antiracistes sincères, haltérophiles endurcis… Bref, une France fantasmée contre une France idéalisée. Deux mythologies, deux croyances : la source et le creuset, l’identité et l’altérité, la France des villages et des clochers contre l’Europe des marchés…

La seconde devait présider aux commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale comme une victoire sur les nationalismes, mais la première s’est invitée sous les traits de la petite Angevine de onze ans et de sa funeste banane comme un retour du refoulé colonial qui est venu contaminer le récit de la Grande Guerre.

Les insultes racistes dont est victime Christiane Taubira sont le symptôme d’une fusion dangereuse de trois séries de phénomènes hétérogènes que la droite décomplexée (et son double, l’extrême droite complexée) ont réussi à ré-assembler dans une splendide illusion : l’impensé colonial de la France, la politique néolibérale répressive à l’égard des étrangers, et l’insouveraineté de l’État.

 

Le 11-Novembre, sur les Champs-Elysées 
Le 11-Novembre, sur les Champs-Elysées © (Elysée)

Depuis les manifestations contre la loi sur le mariage pour tous jusqu’à la jacquerie des bonnets rouges en Bretagne et les manifestations à venir contre la TVA ; des sifflets lors des cérémonies du 11-Novembre aux insultes racistes contre Christiane Taubira et aux coups de feu tirés contre Libération qui ont fait un blessé grave, c’est la même crise qui s’approfondit sous nos yeux ; non plus seulement l‘impopularité de tel ou tel homme politique, le discrédit de tel ou tel gouvernement, mais une crise de la souveraineté de l’État.  

L’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral avaient contribué à brouiller durablement la répartition des pouvoirs entre les deux têtes de l’exécutif et exposé la fonction présidentielle à une télé présence de tous les instants, hyperprésence plutôt qu’hyperprésidence, qui a eu pour effet de banaliser la figure présidentielle et de décrédibiliser la parole publique sous le quinquennat précédent. Les mensonges d’un ministre du budget, responsable de la politique fiscale et garant de la justice des efforts demandés aux contribuables, ont achevé de décrédibiliser la parole publique. Comment éviter que le pouvoir de lever l’impôt, une des fonctions régaliennes de l’État, ne soit contesté après une telle faute.

Les manifestations qui se multiplient contre l’écotaxe et une nouvelle hausse de la TVA dépassent ainsi la simple défense d’intérêts catégoriels pour acquérir la signification d’une rupture du principe du consentement à l’impôt qui est la base de la souveraineté de l’État. Affaibli de l’intérieur par les affaires et la perte de crédit de la parole publique, l’État endetté est soumis de surcroît à la tutelle des marchés sur lesquels il emprunte et des agences de notation qui évaluent sa  crédibilité financière. La nouvelle dégradation de la note française par Standard & Poor's n’a fait que confirmer ce discrédit.

En abandonnant le pouvoir de battre monnaie et le contrôle de ses frontières, l’État n’a pas seulement concédé des abandons de souveraineté, il a asséché le terrain symbolique sur lequel s’édifie sa crédibilité. La souveraineté fuit de partout : par le haut, au bénéfice de la Commission européenne et des marchés ; par le bas, au bénéfice des régions, qui aujourd’hui se soulèvent contre l’État comme la Bretagne qui fut le terrain d’élection des socialistes et le terreau de la hollandie. Effet boomerang de l’insouveraineté…

Une idéologie, la xénophobie néolibérale

Comment s’étonner alors que l’autorité de l’État n’apparaisse plus que comme une fiction trompeuse qu’on s’efforce de crédibiliser à coups de menton sécuritaires et de politique répressive à l’égard des Roms, des exclus et des étrangers. C’est ce qui donne à la politique néolibérale son caractère nécessairement répressif. Non pas pour protéger une population apeurée, menacée par les vagues migratoires et l’explosion de l’insécurité, mais pour faire acte d’autorité et recharger un crédit qui se dissipe de tous côtés.

 

Des lycéens défilent à Paris le 17 octobre, contre l'expulsion d'élèves étrangers. 
Des lycéens défilent à Paris le 17 octobre, contre l'expulsion d'élèves étrangers. © Reuters

D’où ce visage de Janus des politiques ultralibérales, hostiles à toute régulation en matière économique et financière et animées d’une véritable passion de la réglementation quand il s’agit de la sécurité et de l’immigration. C’est qu’il s’agit moins de flatter l’instinct répressif des foules que de redessiner le champ d’un affrontement fictif en opposant une majorité silencieuse, dont les souffrances demeurent dans l’ombre, à des minorités assistés et hypervisibles qu’elles soient roms, étrangères, noires de peau.

Il ne faut pas chercher ailleurs l’inspiration de tous les discours de Grenoble, de Dakar et d’ailleurs, et leurs effets de légitimation du racisme et de la xénophobie ; il ne s’agit pas d’une dérive populiste mais d’une idéologie, que cette xénophobie néolibérale, un prisme déformant permettant de reconfigurer la société, en traçant une « frontière » entre les honnêtes contributeurs et les profiteurs du modèle social français, entre les insiders voués à s’intégrer et les outsiders qui n’ont vocation qu’à s’en aller. Cette construction fictive d’un ennemi (intérieur ou axe du mal) est la “masse de manœuvre” que l’État insouverain se donne pour manifester son pouvoir de police, dernier refuge régalien, dernier reflet de sa souveraineté perdue. C’est l’intrigue néolibérale qui nous maintient en haleine depuis trente ans.

Il y a donc une spirale périlleuse de l’insouveraineté où s’entraînent et s’enchaînent le refoulé raciste de l’histoire coloniale, la xénophobie néolibérale et l’impuissance politique à proposer des récits alternatifs. C’est là que ce qu’il faut bien appeler « l’affaire » Taubira prend tout son sens : pour paraphraser Lautréamont, elle réalise la rencontre fortuite de l’impensé colonial et du néolibéralisme sur la table de dissection de l’État impuissant.

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 21:44

 

Source : rue89.com

 

Explicateur 23/11/2013 à 10h56

Le smic en Allemagne, une bonne nouvelle. Mais pas si vite...

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

Sans y croire, Angela Merkel s’est résolue cette semaine à un salaire minimum. Inutile de trop rêver pour autant... Explications.

 


Angela Merkel dans une Volkswagen, durant une visite au Brésil, en 2008 (Andre Penner/AP/SIPA)

 

C’est une bonne nouvelle pour l’Europe : les deux mouvements qui s’apprêtent à former la coalition qui gouvernera l’Allemagne, le CDU-CSU et le SPD, qui discutent pied à pied leur accord de coalition, sont tombés d’accord cette semaine pour qu’il existe enfin dans ce pays un salaire minimum interprofessionnel.

L’Allemagne est accusée par ses partenaires d’une part de ne pas soutenir suffisamment sa demande intérieure (et donc ses importations de biens européens), d’autre part de pratiquer le dumping social en laissant certains secteurs exportateurs payer les travailleurs, souvent venus des pays de l’est, trois ou quatre euros de l’heure. On récemment a beaucoup parlé du cas abattoirs allemands, par exemple. Dans le land de Mecklenburg Pomeranie occidentale, certains employés de bureau touchent 1,37 euro de l’heure !

Les mini-jobs

Les min-jobs sont des contrats rémunérés 450 euros, quelle que soit leur forme (temps plein ou partiel, à durée déterminée ou indéterminée...). Le salarié ne paye aucune cotisation sociale (retraite, maladie...). Ces mini-jobs servent pour les emplois de service, les gardes d’enfants, etc. Ils peuvent être cumulés avec une aide sociale. Plus de sept millions de mini-jobs sont recensés. Leurs effets sur l’emploi sont contestés.

Angela Merkel a finalement accepté à reculons le principe d’un salaire minimum, une victoire du SPD.

« Nous allons prendre des mesures que je ne considère pas comme justes, parmi lesquelles un salaire minimum généralisé », a déclaré, jeudi 21 novembre, la chancelière allemande. Je n’y crois pas, mais je vais le faire quand même...

« Les sociaux-démocrates ne concluront pas les négociations sans un accord sur un salaire minimum légal universel », s’est-elle justifiée.

Dans les sondages, 83% des Allemands se déclarent favorables à un salaire minimum, mais la stratégie de la droite allemande repose sur la flexibilité du marché du travail et les « mini-jobs » (lire encadré).

Pour autant, il ne faut pas trop rêver encore. Ce n’est probablement pas un smic à la française dont vont se doter les Allemands. La compétitivité des entreprises reste l’alpha et l’omega de la politique économique allemande, et il est peu probable qu’elle soit sacrifiée par Angela Merkel sur l’autel de deux causes pourtant excellentes : la coopération européenne et le progrès social.

                                                                                                                                                                                                                               1 Un salaire minimum qui devra être négocié

 

S’il n’y a pas de smic national en Allemagne, ce pays n’a jamais été, sur le plan social, un pays sans foi ni loi. Des salaires minimums existent dans plusieurs branches, selon des conventions négociées au niveau national ou régional. Ces salaires minimums peuvent varier de 7 à 13 euros.

Mais ce système a été mité par les réformes de l’ancien chancelier Gerhard Schröder sur le marché du travail, qui a conduit à une réduction du nombre de salariés couverts par des conventions entre syndicats et patronat.

La part de ces derniers n’est plus que de 53% en 2012 dans les anciens Länder de l’Ouest, et de 36% dans les nouveaux Länder, contre respectivement 70% et 56% en 1996.

Le SPD exige un salaire minimum national de 8,5 euros (contre 9,43 euros en France).

Finalement, même si le principe d’un tel salaire minimum a été retenu, il fera l’objet d’aménagements négociés chaque année au sein d’une commission patronat-syndicat : trois représentants des salariés, trois représentants des employeurs et deux experts choisis par chacun des deux camps.

Le patronat, qui considère que le salaire minimum va entraver le marché de l’emploi et créer du chômage, va tout faire pour que ces aménagements soient importants.

                                                                                                                                                                                                                             2 Le salaire minimum grimpera progressivement jusqu’en 2016

 

Actuellement, 17% des salariés allemands se situent sous le seuil de 8,5 euros, soit 5,6 millions de personnes, selon les syndicats. L’Allemagne ne va pas imposer un salaire minimum de 8,5 euros dès le 1er janvier 2014. L’objectif est fixé pour 2016, ce qui laisse le temps d’aménager les situations les plus compliquées.

Un premier salaire plancher sera fixé par le gouvernement pour 2014. La commission paritaire mise en place devra chaque année fixer son augmentation, pour atteindre 8,5 euros en 2016.

                                                                                                                                                                                                                             3 Plusieurs minimums selon les secteurs, les âges, les régions...

 

La commission paritaire sera chargée de définir des aménagements au salaire minimum, selon des critères qui peuvent être l’âge du salarié, le secteur concerné, la localisation (l’est du pays n’est pas considéré comme compétitif sans ses bas salaires). Autrement dit, il faut s’attendre à des salaires minimums différents, selon que l’on travaille à l’est ou à l’ouest, dans l’agriculture, les services ou l’industrie, selon que l’on sera jeune ou pas.

Le salaire minimum qu’exige le SPD ne s’imposera pas forcément à tous. « Avec ces exceptions possibles, cet accord sur le salaire minimum se rapproche des positions de la CDU, qui exigeait de la souplesse », commente l’économiste Odile Chagny, co-auteure d’une étude sur cette question pour l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

                                                                                                                                                                                                                             4 Un compromis qui doit encore être accepté par les partis

 

Jeudi, certains analystes restaient incrédules à l’idée que la CDU ait accepté un tel recul sur le salaire minimum. Une spécialiste allemande des questions sociales allant jusqu’à évoquer l’hypothèse « manoeuvre tactique » pour que le deal avec le SPD soit rejeté par la base de la CDU, ce qui provoquerait de nouvelles élections législatives.

Le SPD a prévu de consulter par référendum ses quelque 470 000 adhérents au cours du mois de décembre sur un accord de coalition. La CDU devrait décider d’en faire de même.

Plus les jours passent, plus l’éventualité de déclencher une nouvelle élection peut être tentante. L’opinion est de moins en moins convaincue par l’idée de grande coalition CDU-SPD. Selon un sondage pour la chaîne publique ARD publié ce vendredi, il ne reste plus que 55% des personnes interrogées à la souhaiter, alors qu’ils étaient 66% début octobre...

 

 

 

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 21:13

 

Source : rue89.com

 

Vote 24/11/2013 à 15h03

Bon dimanche pour les patrons : les Suisses ne plafonnent pas les salaires

Nolwenn Le Blevennec | Journaliste Rue89

 

 

 


A Zurich, le 2 novembre 2013, manifestation des Jeunes socialistes qui arborent le visage du directeur de la banque UBS (FABRICE COFFRINI/AFP)

 

Les électeurs suisses ont voté contre l’initiative 1 : 12 – Pour des salaires équitables, lancée par la Jeunesse socialiste suisse (JS), selon les premières tendances issues des bureaux de vote après leur fermeture, ce dimanche à 11 heures.

L’initiative avait peu de chance d’aboutir (54% de Suisses s’y déclaraient opposés). Si elle avait abouti, les patrons n’auraient pas pu toucher plus de douze fois le salaire le plus bas de leur entreprise.

Mais ce qui est intéressant, c’est que cette idée fracassante soit lancée en Suisse, un pays riche, stable, où l’argent est au cœur de l’économie. Pourquoi ici ?

Un chèque de 72 millions de Francs suisses

Jean-Philippe Schaller, journaliste suisse à la TSR, analyse :

« Les grandes fortunes ne posent pas de problème. Elles s’installent et investissent dans le pays. Ce qui choque, ce sont les salaires pharaoniques des patrons des grandes boîtes. La Suisse a une vraie culture d’égalité. C’est un pays de PME, où les patrons gagnent rarement sept à huit fois plus que leurs employés. »

Au cours de l’année, deux cas ont choqué la population suisse :

  • les dirigeants d’UBS se sont offerts 2 milliards d’euros en bonus en 2012, quand la banque essuyait des pertes à peu près équivalentes ;
  • le débat sur les salaires des dirigeants a été alimenté au début de l’année par la polémique liée au chèque de 72 millions de Francs suisses (58 millions d’euros) promis au président de Novartis, Daniel Vasella, pour son départ en retraite.

« Sale temps pour l’argent »

Déjà, en mars dernier, suite à ces excès, les Suisses avaient largement approuvé « l’initiative Minder », qui prévoyait d’interdire les parachutes dorés.

A l’époque, ce vote favorable à 68% avait déjà fait beaucoup de bruit. Frédéric Burnand, journaliste à Swissinfo, commente :

« Avec cette proposition, les jeunes socialistes ont décidé de prendre la balle au rebond de l’initiative Minder. Mais visiblement, la Suisse n’ira pas plus loin.

Ici, les revenus sont très élevés par rapport à la France, mais le coût de la vie est haut et l’assurance maladie coûte de plus en plus cher. Cette initiative ne vient pas d’un prolétariat enragé, mais d’une classe moyenne fragilisée qui voit les très hauts salaires comme une insulte. Il y a ici beaucoup de multinationales et de banques à l’échelle d’un petit pays. »

Le journal suisse, Le Temps, titre aujourd’hui « Sale temps pour l’argent ». Le quotidien propose des rencontres avec des multimillionnaires qui se jugent en disgrâce.

La démocratie directe, capable du pire et du meilleur

Si c’est en Suisse qu’une telle proposition arrive à faire son chemin, c’est aussi parce que le peuple suisse peut déclencher un référendum pour modifier la Constitution. Pour cela, 100 000 signatures doivent être récoltées en dix-huit mois. Frédéric Burnand, journaliste à Swissinfo, commente :

« La démocratie directe permet de limiter les mouvements de mécontentement. On a l’expression en direct des courants qui font bouger la population suisse. Elle permet de participer aux décisions, c’est la démocratie au sens le plus basique du terme.

Même quand les initiatives ne passent pas, ce n’est pas inutile. Un bon politicien prendra en compte les résultats. »

La démocratie directe donne leurs chances aux idées les meilleures comme aux pires. De France, on entend surtout parler des initiatives de l’UDC – extrême droite suisse – qui ont beaucoup de succès.

C’est par elle qu’en novembre 2009, l’interdiction de la construction des minarets a été votée en Suisse. La prochaine, intitulée « contre l’immigration de masse », sera mise en votation en février prochain. Elle a de fortes chances de passer.

Fuite des capitaux

Et en France ?
Pour rappel, en France, un projet de loi destiné à encadrer les rémunérations privées a plusieurs fois été annoncé mais toujours reporté. En mai dernier, le ministre de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici, a annoncé que le gouvernement renonçait pour le moment à légiférer sur ce sujet. Le PS préfère miser sur l’impôt (la tranche à 75%, proposée par François Hollande). Jean-Luc Mélenchon a défendu l’idée d’un salaire maximum dans son programme présidentiel en 2012.

Si la loi sur l’encadrement des rémunérations avait été adoptée, les salaires les plus élevés auraient été plafonnés autour de 576 000 Francs suisses (467 000 euros) par an.

En comparaison, le salaire moyen des dirigeants des principales entreprises cotées du pays a atteint 6,7 millions de francs en 2012, selon le cabinet de conseil PwC.

En Suisse, ces dernières semaines, le patronat s’était bien organisé, faisant basculer l’opinion de son côté. Il a réussi à faire passer l’idée qu’une telle loi forcerait les entreprises à quitter le territoire. Notamment les entreprises étrangères qui n’auraient plus la possibilité de payer décemment leurs grands chercheurs et leurs « top managers ».

Par exemple, le directeur général de l’anglo-suisse Glencore, société de courtage, Ivan Glasenberg, a déclaré à la presse que l’adoption du texte contraindrait son groupe à quitter le pays. Il a lui-même touché un salaire équivalent à 130 millions d’euros en 2012. A priori, Ivan Glasenberg va finalement pouvoir rester en Suisse.

 

 

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 21:01

 

Souce : lemonde.fr

 

L’Égypte adopte une réforme controversée du droit de manifester

Le Monde.fr avec AFP | 24.11.2013 à 20h51 • Mis à jour le 24.11.2013 à 21h32

 
 

 

Un militaire devant l'université du Caire, le 24 novembre.

 

Le président égyptien par intérim a promulgué dimanche 24 novembre une loi très contestée, permettant aux autorités d'interdire des réunions ou des manifestations susceptibles de menacer la sécurité publique.

Le texte, qui provoque depuis des semaines l'ire des défenseurs des droits de l'homme, prévoit des peines d'un à cinq ans de prison ferme pour des délits allant du port de la cagoule à celui d'armes lors de défilés ou de rassemblements, a annoncé le porte-parole de la présidence. La loi oblige par ailleurs les organisateurs à informer les autorités de leur manifestation au moins trois jours avant sa tenue. Ces derniers doivent également fournir leurs coordonnées, le lieu et le trajet du cortège, leurs revendications et les slogans scandés. Si elle représente une "menace pour la sécurité", le ministre de l'intérieur peut décider d'interdire toute manifestation.

 

 UNE "APPROCHE OPPRESSIVE" DÉNONCÉE

Alors que le pays est en proie à des violences régulières depuis la destitution contestée par les islamistes du président Mohamed Morsi, le 3 juillet, la réforme prévoit, en cas de heurts, une "utilisation graduée de la force", allant d' "avertissements verbaux au tir de chevrotines, en passant par les matraques et les gaz lacrymogènes".

Lire aussi : Morsi va poursuivre en justice les "auteurs du coup d'Etat"

Une vingtaine d'organisations de défense des droits de l'homme ont dénoncé "l'approche oppressive" du gouvernement, ainsi qu'une réforme qui "criminalise les manifestations et les réunions publiques". Plusieurs ONG, de même que l'ONU, avaient également réclamé l'abandon du texte, accusant les autorités égyptiennes de vouloir revenir sur les acquis de la révolution populaire de 2011.

Cette réforme intervient alors que le nouveau pouvoir a lancé une vague de répression visant la confrérie des Frères musulmans. Plus d'un millier de manifestants pro-Morsi ont été tués depuis la mi-août, et plus de 2 000 Frères ont été arrêtés. Dimanche, les partisans de Mohamed Morsi ont pourtant défilé dans différentes villes du pays, appelant quasi-quotidiennement à la mobilisation.

 

Lire aussi notre analyse (édition abonnés) : L'Egypte dans l'engrenage de la répression et de la radicalisation

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 17:55

 

Source : emploi.blog.lemonde.fr

 

Le documentaire qui déplait à la direction de Pôle emploi

 

 

 

Capture d'écran du film de Nora Phillippe sur Pôle emploi

Capture d'écran du film de Nora Phillippe sur Pôle emploi

 

Le documentaire de Nora Philippe sur Pôle emploi, diffusé dimanche 24 novembre à 20h30 sur LCP, fait mal. Pendant dix-huit mois, la réalisatrice a observé, puis posé sa caméra dans l'agence d'une commune tranquille de Seine-Saint-Denis, Livry-Gargan. Après une telle plongée, on aurait pu s'attendre à ce que le film – intitulé "Pôle emploi, ne quittez pas" – renvoie une image moins mauvaise que d'habitude de l'institution, déjà largement critiquée. Mais les images ne sont pas tendres. Elles montrent l'incroyable violence dont fait preuve Pôle emploi envers ses conseillers.

Il fait tellement mal, que la direction de Pôle emploi a décidé d'empêcher la réalisatrice de le montrer aux conseillers de l'agence. Alors qu'on lui avait promis qu'une projection serait organisée en sa présence, Pôle emploi a décidé à la dernière minute de ne pas le faire. "Après le visionnage organisé fin octobre à la direction générale, on nous avait pourtant promis de faire une diffusion collective suivie d'un débat", assure Nora Philippe. Mais la réalisatrice a appris par les conseillers de l'agence, qu'une projection était organisée, sans elle, vendredi 22 novembre.

 

RATÉS DU SYSTÈME

"Nous avons dit avec ma production que c'était inacceptable, mais la direction régionale n'a rien voulu entendre. Nous avons refusé toute projection en notre absence", explique Mme Philippe, qui s'est tout de même rendue à l'agence vendredi. "Les portes étaient fermées et les équipes de direction ont refusé de nous ouvrir", assure-t-elle. Le film n'a finalement pas été diffusé, mais Mme Philippe se désole que la direction "refuse de voir la réalité", après avoir accepté que l'agence ouvre ses portes pendant plusieurs mois.

"Nous comprenons que Nora Philippe soit perturbée, mais la direction régionale et la directrice de l'agence se sont senties trahies par la réalisatrice après avoir vu son film", a expliqué au Monde une porte-parole de l'organisme. "Ils ont préféré dire aux agents de le. regarder dimanche soir, car ils ont craint la réaction qu'ils pouvaient avoir vis-à-vis de Mme Philippe si elle était présente. C'est très difficile pour les agents d'avoir le recul nécessaire et d'analyser ça comme un documentaire distancié alors que c'est leur quotidien."

Qu'est ce qui explique ce soudain retournement ? Le film n'est pas tendre, mais il est indubitablement très proche du quotidien des conseillers. Il montre les ratés du système Pôle emploi, incarnés par quelques séquences fortes. Tous les matins, une dizaine de demandeurs d'emploi s'engouffrent dans la salle d'accueil, à peine les portes ouvertes. Ils sont le symbole d'une masse qu'il faudra accueillir, conseiller et surveiller tant bien que mal.

Face à eux, quarante conseillers, qui collent des panneaux « En panne » sur toujours plus d'ordinateurs, rigolent - jaune - des acronymes absurdes de l'organisme, se résolvent à recevoir les chômeurs collectivement alors qu'ils s'étaient promis de s'en tenir à des entretiens individuels. « Soit on ne reçoit pas les demandeurs d'emploi, soit on les reçoit en groupe. C'est quoi la meilleure solution à votre avis ? », leur lâche la directrice d'agence, elle-même noyée sous les consignes incompréhensibles de sa propre hiérarchie. Jusque tard le soir, elle s'arrache les cheveux pour les appliquer correctement.

 

nora2

Jusque tard le soir, la directrice de l'agence s'arrache les cheveux pour appliquer les consignes correctement

 

VOCATION SOCIALE

« Les tâches bureaucratiques à Pôle emploi sont considérables, elles bouffent les agents », raconte la réalisatrice Nora Philippe, qui tient à souligner l'universalité de son documentaire. « J'ai filmé une agence, mais Pôle emploi est extrêmement hiérarchisé, ce qui se passe au niveau micro reflète complètement le système. » A cause de cette bureaucratie et de l'explosion du nombre de chômeurs, « les agents sont en craquage, ils en perdent leur humanité, comme pourraient le faire des infirmiers dans un centre de soins palliatifs », explique la réalisatrice. Au téléphone, une chômeuse, qui veut simplement savoir quand et combien elle sera indemnisée, se fait éconduire violemment. Les conseillers semblent pourtant tous avoir voulu au départ faire ce métier par vocation sociale, telle cette agente d'accueil de banque, filmée lors d'un émouvant entretien d'embauche.

Mais à l'arrivée, ils passent de fait très peu de temps à véritablement conseiller les chômeurs, une mission pourtant censée être au coeur de leur activité. « On leur demande de la performance, de produire des chiffres et d'appliquer des consignes contradictoires », dénonce la réalisatrice. Il faut du courage aux conseillers de Livry-Gargan, dépourvus de toute autonomie, pour garder la foi. Peu de chômeurs apparaissent toutefois à l'écran, ils auraient pourtant largement de quoi se révolter. Et les soudaines réserves de la direction de Pôle emploi ne font que le confirmer.

 

>> Lire aussi : "Dans la galère quotidienne d'un agent Pôle emploi"

 

 


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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 17:46

 

 

Conseil d'administration d'Attac

 

Avec les Fralib, s'engager pour libérer l'Eléphant !
Des représentant-e-s du mouvement social, politique et intellectuel ont décidé, en accord avec les salariés de Fralib, de lancer un appel à la mobilisation citoyenne le 7 décembre prochain dans les supermarchés de France pour populariser l'appel au boycott de Fralib.

Il s'agit de contraindre par la pression citoyenne cette multinationale à rendre possible le lancement du projet de SCOP (coopérative de production) élaboré par les salariés de Fralib. Concrètement, les Fralib demandent de pouvoir récupérer la marque Eléphant (abandonnée par Unilever). 
Attac est l'un des moteurs de cette initiative. Nous appelons tous les comités locaux d'Attac à contribuer à l'organisation de ces actions locales le 7 décembre. Une page Facebook https://www.facebook.com/liberezelephant  est mise en place pour faciliter la coordination des actions au plan local. Merci à toutes et tous, et que vive l'Eléphant !

le Conseil d'administration d'Attac
L' appel "pour que vive Fralib, boycott d'Unilever !" : 


blogs.mediapart.fr/blog/attac-france/081113/pour-que-vive-fralib-boycott-dunilever


L'appel 
Pour que vive Fralib: boycott d'Unilever !
Une entreprise industrielle ancrée dans son territoire, la Provence. Relançant par ses commandes une production locale et écologique de plantes– tilleul, verveine, menthe...- jusqu'alors en déshérence. Liée à ses fournisseurs et à ses clients par des relations commerciales équitables et durables, avec des prix justes. Fondée sur la démocratie interne et la participation de toutes et tous aux décisions.
Tel est le projet des travailleurs de Fralib à Géménos, près de Marseille, qui veulent relancer leur entreprise sous forme de coopérative. Depuis trois ans, elles et ils luttent pour obtenir de leur ancien employeur, la multinationale Unilever, le soutien minimum dont ils ont besoin pour se lancer : la cession du nom de marque « Éléphant », qu'Unilever a décidé de faire disparaitre au profit de LIPTON marque milliardaire du Groupe, et un certain volume de commandes pendant la période de démarrage.
Mais Unilever ne veut rien savoir. Bien que la justice ait refusé à trois reprises un plan social injustifiable et annulé tous les licenciements, Unilever a cessé de payer les salaires depuis le 1er avril 2013 et refuse d'accorder une aide au démarrage de leur projet. Unilever (chiffre d'affaires 2012: 51 milliards d'euros ; profits nets : 5 milliards) veut détruire leur savoir-faire et leur collectif. Devant cette intransigeance, les Fralib avec leurs syndicats CGT et CFE-CGC ont appelé les consommateurs à boycotter toutes les marques du groupe Unilever, à commencer par LIPTON.
Alors que le chômage, la précarité et les dégâts écologiques ne font qu'empirer, le succès du projet des Fralib serait un signal d'espoir et ouvrirait la voie à d'autres possibles. Les Fralib appellent à une première journée d'action pour le boycott massif des produits Unilever le samedi 7 décembre. Répondant à leur appel, nous nous associons à cette action pour inciter Unilever à accéder aux demandes des Fralib. Leur lutte est la nôtre, celle de toutes celles et ceux qui cherchent à engager dès aujourd'hui la transition vers un autre monde, vivable.
 
Paul Ariès (politologue, mensuel "Les Zindignés"), Clémentine Autain (Fase-FdG), Geneviève Azam (Attac), Olivier Besancenot (NPA), Martine Billard (PG- FdG), Jean-Marc de Boni (La Nef), Benoît Borrits (Association Autogestion), Fabienne Brugel (Compagnie NAJE), Alain Caillé (sociologue), André Chassaigne (PCF-FdG), Sergio Coronado (EELV), Léo Coutelec (Miramap), Thomas Coutrot (économiste), Txetx Etcheverry (Bizi !), François Longérinas (journaliste), Dominique Méda (sociologue), Laurent Pinatel (Confédération paysanne), Xavier Renou (Les Désobéissants), Patrick Viveret (philosophe) et les salariés de FRALIB en lutte depuis plus de 3 ans.

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 17:35

 

 

Source : reporterre.net

 

LES BRÈVES - Un aéroport construit devant le siège de la société Vinci, à Rueil-Malmaison - enfin, un aéroport…

vendredi 22 novembre 2013


 

- Un aéroport construit devant le siège de la société Vinci, à Rueil-Malmaison - enfin, un aéroport…


- Photos : Twitter, @romaintoublant)
. Dans le cadre de la manifestation-happening organisée par le Collectif IDF-Notre Dame des Landes.

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 17:30

 

Source : reporterre.net

 

La fin pitoyable d’une conférence sur le climat vampirisée par les multinationales

Hervé Kempf (Reporterre)

vendredi 22 novembre 2013

 

 

 

Les ONG écologistes ont décidé de quitter la conférence des Nations unies sur le climat qui s’achève aujourd’hui à Varsovie. Elles n’ont plus rien à faire dans une enceinte envahie par les multinationales et où les pays les plus responsables du changement climatique refusent d’avancer d’un pouce.


Une BMW surpuissante est-elle le meilleur moyen de lutter contre le changement climatique ? C’est ce que laisse croire la firme - et l’ONU qui a accepté cette provocante turlupinade - en exhibant un de ses derniers modèles à l’entrée du lieu de la conférence sur le climat à Varsovie. Elle n’était d’ailleurs pas seule, puisque les firmes multinationales ont lourdement marqué leur présence durant la conférence : « Dès l’entrée, les logos sont partout : les distributeurs d’eau sont siglés Alstom, les fauteuils Emirates, le mobilier Ikea…Ce fut un vrai choc à notre arrivée ! », décrit sur Novethic Célia Gautier, du Réseau Action Climat. Et derrière l’affichage, les lobbies industriels, recensés par Corporate Europe Observatory, occupaient couloirs et sièges d’observateurs.

Le pays hôte, la Pologne, en a rajouté dans la provocation, accordant le statut de partenaire à douze entreprises, relève Basta !, tout en organisant un sommet sur le charbon au moment même de la conférence sur le climat et à cinq cent mètres de celle-ci.

Excédées et désolées, les ONG environnementales présentes ont décidé de ne plus participer à cette mascarade, quittant en masse la conférence jeudi 21 novembre.

Car, pendant que les multinationales paradaient, les gouvernements avaient multiplié les signes d’abandon : le Canada, qui avait quitté le protocole de Kyoto fin 2012, a salué la décision de l’Australie de n’envoyer qu’un fonctionnaire et non son ministre de l’Environnement à la conférence de Varsovie, tandis que le Japon annonçait qu’il augmenterait ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 !

Quant aux discussions elles-mêmes, elles n’ont pas avancé d’un pouce, notamment sur le volet financier : comme l’explique Oxfam France, "la réunion des ministres des Finances n’a amené quasiment rien de concret sur la question des financements et les négociations sur un mécanisme international de réparation des ’pertes et dommages’ sont restées au point mort". En fait, les pays riches refusent de tenir leurs engagements financiers envers les pays pauvres de les aider à s’adapter à un changement climatique dont ils sont les premières victimes.

Ils renâclent aussi à s’engager dans un accord contraignant de réduction des émissions : comme le rapporte l’AFP, les grands pays émergents veulent que les pays industrialisés, responsables historiquement du réchauffement, fassent beaucoup plus d’efforts qu’eux. Une position rejetée par les États-Unis, qui refusent que la Chine bénéficie d’un traitement de faveur. "Un accord basé sur cette ligne de partage entre pays développés et en développement ne fonctionnera pas", a déclaré le négociateur en chef des Etats-Unis, Todd Stern. A quoi le Chinois Zhenhua Xie répondait qu’il y a d’un côté des pays en cours "d’industrialisation" et d’autres "qui sont post-industriels", et que "cette division subsistera après 2020". Zhenhua Xie souhaite que l’accord de 2015 comprenne des "objectifs de réduction drastique d’émissions de gaz à effet de serre" pour les pays riches, et que les pays du Sud ne s’engagent qu’à "renforcer leurs efforts" en ce sens.

Face à cette divergence radicale de points de vue, on voit se dessiner une logique qui ferait d’un traité en 2015 une coquille vide, laissant à chaque pays le soin de prendre des initiatives en propre.

La France, qui accueillera au Bourget, près de Paris la conférence de 2015, pourra-t-elle peser pour que le rendez-vous débouche sur un traité réellement contraignant ? Il faudra déjà, pour cela, qu’elle ait elle-même une vraie légitimité environnementale, aujourd’hui défaillante si l’on considère son triste bilan en la matière. Un élément pourrait faire pencher la balance du bon côté : une mobilisation citoyenne internationale, comme l’écrit Maxime Combes, d’Attac. Les jeunes qui ont joyeusement rempli le train climatique de Bruxelles à Varsovie ont montré que ce n’était pas là des vains mots. Mais cela suppose une stratégie internationale des écologistes qui n’a pas encore émergé.


Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Photos :
. BMW : Réseau Action Climat.
. ONG quittent conférence : Friends of the earth.

Lire aussi : Marché ou lutte contre la finance : l’enjeu caché de la Conférence Climat à Varsovie.


Pour une information libre sur l’écologie, soutenez Reporterre :

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 17:17

 

Source : rue89.com

 

 

Futur sans oubli 21/11/2013 à 16h39

« La vie privée, une anomalie » : Google de plus en plus flippant

Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

« Le vie privée pourrait en réalité être une anomalie. »

Non, cette phrase n’a pas été lâchée par James Clapper ni un autre responsable de la NSA. On la doit à Vint Cerf qui n’est autre que le « chef évangéliste de l’Internet » de Google.

Cet homme, considéré comme l’un des pères fondateurs d’Internet, avance que vivre sans aucune intimité n’a non seulement rien de neuf, mais rien de bien inquiétant.

Il explique ainsi qu’il a lui-même grandi dans une petite ville de 3 000 habitants, sans ligne téléphonique, où le postier savait de qui venait toutes les correspondances. L’idée d’anonymat serait selon lui apparue avec l’urbanisation et la révolution industrielle et n’est plus nécessairement compatible avec notre société contemporaine.

« Il sera de plus en plus difficile pour nous de garantir la vie privée. »

Cette déclaration peut nous choquer, nous faire peur. Elle est cohérente avec le discours du patron de Google, Eric Schmidt, président du conseil d’administration et ancien PDG de la firme au célèbre slogan « Don’t be evil » (ne soit pas maléfique).

 


Eric Schmidt à Hong Kong, le 4 novembre 2013 (Vincent Yu/AP/SIPA)

                                                                                                                                                                                      1 Google, le gentil monstre

« Implanter des choses dans votre esprit franchit la ligne rouge. Du moins, pour l’instant. »

 

Pour poser le décor, revenons sur une déclaration d’Eric Schmidt au Washington Ideas Forum en 2010 :

« Google a pour règle d’aller jusqu’au bord de ce qui pourrait vous donner la chair de poule et de ne pas aller plus loin. Je dirais qu’implanter des choses dans votre cerveau franchit cette ligne rouge. Du moins pour l’instant, jusqu’à ce que la technologie s’améliore. »

Qu’on se rassure donc, il faudra attendre que les implants ne soient pas rejetés par le corps ou ne nous détruisent pas les synapses pour se les implanter. Pas question d’éthique ici, juste de fiabilité technique...

Ne voyez pas le mal partout, les gens de Google ont une idée très précise du bon et du mauvais, ils savent ce qu’ils font (Abu Dhabi, mars 2010) :

« Il y a beaucoup, beaucoup de choses que Google pourrait faire, mais choisit de ne pas faire... Un jour nous avions cette conversation où nous débattions si oui ou non nous pourrions tout simplement prédire [les fluctuations de] la Bourse. Et puis nous avons conclu que c’était illégal. Alors on a arrêté de le faire. »

                                                                                                                                                                                      2 Google, un ami qui vous veut du bien

« Les gens veulent que Google leur dise quelle est la prochaine action qu’ils devraient faire. »

 

Si vous avez raté un épisode, le grand projet de Google tient en un mot : « Personnalisation ». Le but ultime de la firme est de créer pour chaque individu un Internet à sa taille, conçu pour lui et par lui (à son insu), afin que finalement, Google lui soit totalement indispensable.

Eric Schmidt a tout avoué au Financial Times en mai 2007 :

« Nous allons devenir de plus en plus forts au niveau de la personnalisation. L’objectif, c’est que les utilisateurs de Google puissent en venir à poser une question comme “ que dois-je faire à présent ?” ou encore “ quel job devrais-je prendre ?” ».

Il récidive en 2010 avec le Wall Street Journal :

« Une idée serait que de plus en plus de recherches soient effectuées en votre nom, sans que vous ayez à les taper. Je pense véritablement que la plupart des gens ne souhaitent pas que Google réponde à leurs questions. Ils veulent que Google leur dise quelle est la prochaine action qu’ils devraient faire. »

« La technologie du ciblage individuel sera si performante qu’il sera vraiment dur pour les gens de regarder ou consommer quelque chose qui n’a pas été d’une manière ou d’une autre taillé pour eux. »

En bref, si j’ai regardé trop de nanars dans ma jeunesse,difficile voire impossible pour moi de tomber un jour sur un Wong Kar Waï ou un Rohmer : c’est la fameuse bulle de verre théorisée par Eli Pariser dans son ouvrage « The Filter Bubble » (Ed. Penguin Press, 2011).

                                                                                                                                                                                       3 Google est moral

« Si vous faites quelque chose que vous souhaitez que personne ne sache, peut-être devriez vous commencer par ne pas le faire. »

 

Mais revenons un instant au concept googlien de la vie privée et des conséquences que peuvent entraîner sa violation ou son exposition sur la Toile. La philosophie Google est assez simple : au même titre que nous nous baladons dans le monde réel munis de papiers d’identité, notre vie numérique doit porter une empreinte qui permette de nous identifier.

La justification ? La voici :

« Pas d’anonymat. Et la raison est que dans un monde de menaces asymétriques, le vrai anonymat est trop dangereux. […] Ce n’est pas possible d’avoir tel ou tel terroriste faire telles ou telles terribles choses sous le couvert d’un anonymat absolu. »

Et pour les non-terroristes, Eric Schmidt dit :

« Si vous faites quelque chose que vous souhaitez que personne ne sache, peut-être devriez vous commencer par ne pas le faire. »

A noter que le PDG de Google n’a pas toujours eu pour habitude d’appliquer à lui-même cette logique implacable. Les journalistes du site américain CNET par exemple ont été blacklistés pendant plus d’un an par Google pour avoir publié des infos sur Eric Schmidt (salaire, adresse, hobbies et certaines donations politiques) toutes obtenues grâce au moteur de recherche de la firme.

                                                                                                                                                                                      4 Google, lui, ne vous abandonnera jamais

« Nous connaîtrons votre position au mètre près. »

 

Allez, une dernière citation pour vous empêcher de dormir. Eric Schmidt lors de la conférence TechCrunch Disrupt en 2010 :

« C’est un futur où vous n’oubliez rien. Dans ce futur nouveau, vous n’êtes jamais perdu. Nous connaîtrons votre position au mètre près et bientôt au centimètre près. Vous n’êtes jamais seul, vous ne vous ennuyez jamais, les idées ne viennent jamais à vous manquer. »

 

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 17:04

 

Source : mediapart.fr

Allemagne: un salaire minimum pour en finir avec l'ère Schröder

|  Par Thomas Schnee

 


Angela Merkel accepte la création d'un salaire minimum légal, revendication centrale des sociaux-démocrates. C'est un tournant historique dans la lutte qui oppose depuis dix ans les partisans de la dérégulation libérale à la « mode Schröder », à ceux qui estiment que les déséquilibres sociaux deviennent intenables. Un Allemand sur six vit sous le seuil de pauvreté.

Berlin, correspondance

La chancelière allemande a confirmé, jeudi 21 novembre, que l’Allemagne allait se doter d’un salaire minimum légal. « Une analyse réaliste de la situation montre vite que les sociaux-démocrates ne pourront pas sortir de ces négociations sans avoir obtenu un salaire minimum légal universel », a-t-elle expliqué à un parterre de patrons comme consternés. Cette concession est la seule option envisagée par Angela Merkel pour s'assurer de la formation d’un gouvernement de grande coalition (conservateurs/sociaux-démocrates) et éviter la tenue de nouvelles élections à quelques mois du scrutin européen.

 

Angela Merkel. 
Angela Merkel. © Reuters

Mise sous pression par une base militante qui répugne très fortement à voir son parti « perdre son âme » une nouvelle fois en s’alliant aux conservateurs, la direction du SPD a en effet décidé que ses 473 000 adhérents se prononceront par référendum du 6 au 12 décembre sur le programme de gouvernement en cours de négociation. Or si ce programme ne comprend pas le salaire minimum, il ne fait aucun doute que les militants le rejetteront, ouvrant la voie à de nouvelles élections.

Le geste de Mme Merkel n’est bien sûr pas gratuit. En échange, celle-ci entend encore obtenir des assurances de la part du SPD. Par exemple celle du maintien ferme et définitif de la retraite à 67 ans. Les négociations entre les conservateurs et le SPD sur le salaire minimum s’achevant mardi prochain, Angela Merkel a précisé que son parti ferait tout pour limiter les effets négatifs sur l’emploi que l’introduction d’un tel salaire pourrait induire. Pour l’instant, la commission de négociation, qui réunit les chefs de parti, n’a pas décidé si le futur « Smic allemand » serait identique pour tous les secteurs d’activité, sur tout le territoire et d’un montant minimum de 8,50 euros de l’heure, comme le veulent les sociaux-démocrates.

L’annonce de la chancelière est un tournant important dans le long combat sur les salaires qui a démarré en 1995, après la dernière grande grève de l’IG Metall. À l’époque, l’Allemagne est considérée comme le « malade de l’Europe » et connaît déjà un chômage de masse. La grève déclenchée cette année-là par les métallos, pour obtenir une augmentation salariale de 6 %, part de la Bavière et s’étend vite à toute l’Allemagne. Pourtant, dans les nouveaux Länder, les troupes traînent des pieds. Une partie importante des ouvriers de la métallurgie comprend mal que leur syndicat revendique une telle augmentation en pleine crise. À tel point que le syndicat est obligé d’affréter des bus qui emmènent des métallos de l’Ouest pour assurer les piquets de grève dans les usines de l’Est.

Pendant ce temps, chez Volkswagen, où 20 000 emplois ont été maintenus grâce à l’introduction en 1993 de la fameuse « semaine de quatre jours », les syndicalistes admettent à mi-mots que l’entreprise ne pourra pas longtemps maintenir cette situation de sureffectifs qui pèse sur sa compétitivité. Cette grève, qui s’achève par une augmentation modeste, marque le début d’une longue période de modération salariale, d’abord forcée, puis acceptée par des syndicats affaiblis et dont les effectifs fondent comme neige au soleil. De 1991 à 2004, le nombre des adhérents des syndicats allemands passe ainsi de 12 à 6,5 millions

Au début des années 2000, rien n’y fait. La modération salariale et les réformes lancées par Gerhard Schröder pour faciliter l’adaptation des entreprises allemandes à la mondialisation n’empêchent pas la croissance du chômage : il culmine, en 2005, à 5 millions de chômeurs. En 2003, Schröder décide de lancer une réforme radicale du marché de l’emploi qui doit rendre le « travail plus intéressant que le chômage ». Il annonce alors le fameux Agenda 2010 qui, schématiquement, généralise le recours à l’intérim, crée les mini-jobs (jusqu’à 60 heures par mois pour un salaire de 400 euros par mois avec des cotisations sociales réduites). Il fusionne l’allocation chômage longue durée et l’aide sociale. La nouvelle et désormais célèbre allocation « Hartz IV » place alors les chômeurs sous une pression parfois insoutenable qui doit les motiver à rechercher un travail, quel qu’il soit.

« À l’époque, nous avions déjà proposé la création d’un salaire minimum universel. Mais il a été refusé par les conservateurs », se rappelle aujourd’hui Thomas Oppermann, secrétaire général du groupe parlementaire du SPD. En réalité, les syndicats sont également opposés à la création d’un Smic par la loi. À l’époque, ils y voient surtout une grave atteinte à leur monopole de négociation. Ils n’ont pas prévu que les réformes de l’Agenda 2010 vont être massivement utilisées par les patrons pour faire pression sur les salaires, flexibiliser l’emploi à l’extrême et faire reculer la négociation collective sectorielle au profit des accords d’entreprise.

Aujourd’hui, le résultat est là. L’Allemagne affiche des records à l’exportation et un taux de chômage spectaculairement bas (6,9 % en octobre 2010). Mais selon l’Institut sur le travail et la qualification, de l’université de Duisbourg-Essen, 6,8 millions d’Allemands travaillent pour un taux horaire brut de moins de 8,50 euros en 2012 ; 2,5 millions d’entre eux sont même rémunérés à moins de 6,50 euros de l’heure. Par ailleurs, près de 1,31 million de salariés plein temps sont obligés de quémander un « complément de revenu» auprès de l’Agence fédérale pour l’emploi afin de pouvoir assurer le minimum vital à leur famille. Enfin, la pauvreté progresse nettement.

Améliorer l'image de l'Allemagne en Europe

Les chiffres livrés en octobre dernier par l’Agence fédérale des statistiques montrent qu’en 2011, 1 Allemand sur 6, soit 13 millions de personnes ou 16,1 % de la population, vit sous le seuil de pauvreté (environ 980 euros brut par mois pour un célibataire). De son côté, le principal groupe de sociétés de recouvrement de créances, Creditreform, qui publie régulièrement des statistiques sur l’endettement des Allemands, précise que près de 10 % des Allemands adultes sont surendettés (6,59 millions de personnes en 2012). Pendant que les exportations bondissent de record en record au point que même Washington s’en inquiète et que Bruxelles décide de lancer une enquête, la consommation des ménages allemands reste atone. En 2009, les dépenses des Allemands avaient augmenté de 13 % par rapport à 1995, contre 37 % pour les Français, 45 % pour les Britanniques et 47 % pour les Espagnols.

Dans l’Allemagne d’aujourd’hui, personne n’est dupe. L’économie allemande est gagnante à cause de son excellence technologique, d’un remarquable dispositif de cogestion du monde du travail ou encore d’un système d’apprentissage qui assure la formation d’un personnel hautement qualifié. Mais elle est aussi gagnante à cause de la dualité de son marché du travail. Pendant qu'une élite salariée réalise les tâches « nobles », un nouveau prolétariat assure à moindre coût les services plus vils. Angela Merkel et l’aile « sociale » du parti conservateur savent qu’à terme, les déséquilibres ainsi créés sont dangereux.

Chaîne de montage chez Audi. Le salaire minimum est déjà supérieur à 8,50 euros de l'heure. 
Chaîne de montage chez Audi. Le salaire minimum est déjà supérieur à 8,50 euros de l'heure. © Reuters

Sous ces deux premiers mandats, Mme Merkel se résout à accepter des solutions sectorielles là où les partenaires sociaux sont suffisamment implantés. De 2005 à 2013, 14 secteurs tels l’intérim, les services postaux, le gardiennage, la coiffure ou le nettoyage industriel, se dotent ainsi d’un salaire minimum sectoriel, la plupart du temps égal ou supérieur à 8,50 euros /heure. En revanche, et jusqu’à aujourd’hui, la Chancelière a toujours refusé toute solution générale comme un Smic à la française. La droite libérale a toujours refusé de parler de « salaire minimum », lui préférant le terme de « minima salariaux ».

Le rapport de force politique issu des élections la conduit aujourd’hui à accepter cette solution qu’elle qualifie de « mauvaise ». Les adversaires du Smic, qui se sont livrés ces dernières semaines à un matraquage médiatique exceptionnel, espèrent encore que les derniers arbitrages permettront d’éviter un vrai salaire minimum identique pour tous et dans toute l’Allemagne. Le week-end dernier, les quatre grands patrons de l’automobile, Dieter Zetsche (Daimler), Martin Winterkorn (Groupe Volkswagen), Norbert Reithofer (BMW) et Karl-Thomas Neumann (Opel), ont même menacé de délocaliser une partie de leur production si ce salaire arrivait.

En réalité, personne ne sait vraiment quels seront les effets d’une telle mesure sur l’économie allemande. Certains spécialistes du ministère des finances évoquent la destruction possible de 1,8 million d’emplois. D’autres, plus impartiaux, comme Viktor Steiner de l’université libre de Berlin et Kai-Uwe Müller de l’institut DIW, estiment à 500 000 le nombre d’emplois menacés. Selon eux, l’instauration de cette revendication sociale-démocrate risque surtout d’avoir un effet réduit sur le salaire net des personnes concernées : après la hausse des cotisations sociales, de l’impôt sur le revenu et surtout la diminution des prestations sociales consécutives à leur basculement dans une autre catégorie, il resterait en moyenne une augmentation nette des revenus de 900 euros par an, expliquent-ils.

Sur le terrain, les craintes des entreprises semblent moins consistantes. Et ce, même dans les services, secteur le plus concerné par les bas salaires. Le hard-discounter Lidl a ainsi fait savoir qu’il pourrait très bien vivre avec 8,50 euros/ heure puisque, via un accord-maison, il offre déjà un salaire minimum de 10 euros de l’heure ! Quant à Amazon Deutschland, actuellement menacé par la grève à cause de son refus de signer une convention collective, l’entreprise paye un minimum de 9 à 10 euros de l’heure. Dans l’industrie, le patron du comité d’entreprise de Volkswagen, Bernd Osterloh, a de son côté expliqué que 8,50 euros, c’était « très insuffisant ». Il faut savoir que si le « cœur exportateur » de l’industrie allemande (métallurgie, automobile, machine-outil) utilise de plus en plus d’intérimaires ou de travailleurs sous contrat de prestation (en tout 1 million sur 3,6 millions de salariés !), les employeurs de ces secteurs payent bien au-delà de 8,50 euros.

La crainte de nombreux employeurs et économistes est plutôt liée aux effets que pourrait induire l’introduction d’un salaire minimum légal, par exemple une pression généralisée à la hausse sur les salaires, qu’au salaire minimum lui-même. Reste que des secteurs « sauvages » comme l’hôtellerie, la restauration, les petits enseignes du commerce ou encore la tristement célèbre filière « viande » et ses abattoirs à bon marché, vont probablement subir un choc.

Il n’est en tout cas pas certain qu’Angela Merkel soit entièrement désolée par cette évolution. D’une part, parce que personne ne conteste le problème posé à long terme par la fracture sociale. Et d’autre part, parce que les effets du Smic sur la consommation intérieure allemande pourraient jouer positivement au niveau européen. Une telle évolution, saluée hier par le ministre français de l’économie Pierre Moscovici, serait aussi une réponse positive aux critiques des partenaires de l’Allemagne. À terme, cela pourrait nettement améliorer l’image et la marge de manœuvre politique de Berlin au sein de l’Union européenne.  

 

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