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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 16:02

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Les paysans opposés à ferme-usine des Mille Vaches ont gagné un rendez-vous avec les ministres

Linda Maziz (Reporterre)

jeudi 16 janvier 2014

 

 

 

Les ministres Cécile Duflot et Philippe Martin recevront les paysans. Ceux-ci leur exposeront le danger que fait peser sur l’agriculture la ferme-usine des Mille Vaches. Une rencontre arrachée de haute lutte, lors d’une action spectaculaire menée ce matin sur le terrain. Reporterre était là et raconte.

 


 

- Reporterre, Drucat (Somme)

[Actualisation à 14 h 00] - Les paysans de la Confédération paysanne ont décidé de lever leur occupation et de quitter le chantier de la ferme-usine des Mille vaches. Dans la matinée, ils ont mené une opération de menottage aux poteaux du hangar en construction, puis entrepris de démonter des treillis soudés destinés aux ferraillages d’une dalle. Un feu a également a été allumé sous le hangar, aussi bien pour symboliser le piquet de grève que pour se préserver du froid, mordant sur le site.

Ils avaient juré de maintenir l’action jusqu’à obtenir un rendez-vous avec les ministres de l’écologie et de l’aménagement du territoire et ils ont tenu parole. Ces objectifs, Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération, a tenu au moment d’une dernière prise de parole, à les resituer dans leur contexte. « Depuis que Philippe Martin est en place, donc depuis le mois de juillet, la Confédération paysanne lui a fait par écrit des demandes de rendez-vous auxquelles il n’a jamais répondu. Avec Cécile Duflot, on a eu des contacts en début de semaine pour essayer de voir avec elle comment on pouvait travailler ensemble sur cette histoire. Ces contacts sont restés lettre morte ».

Jusqu’à ce midi. « Aux dires du préfet de la Somme, Philippe Martin s’est engagé à nous proposer un rendez-vous dans la semaine. Et en regardant sur twitter, j’ai pu constater que Cécile Duflot avait annoncé sur son compte qu’elle me recevrait demain matin ».

 

 

Bien que légèrement surpris par cette réponse formulée via réseau social, Laurent Pinatel ne peut que se réjouir de cette victoire. « On demande à rencontrer Martin et Duflot, on a les rendez-vous. Ce n’est pas une fin en soi. On leur dira que ce type de projet ne doit pas exister, parce qu’on est en train de mettre en place une agriculture de type industriel et que nous on revendique une agriculture paysanne. Les deux ne peuvent pas exister ».

La Confédération a de quoi se réjouir, comme les militants de l’association Novissen, dont certains sont venus rejoindre l’occupation dans la matinée. Depuis la bataille engagée il y a deux ans contre la ferme-usine des Milles vaches et son lot de manifs, de pétitions et d’actions, on ne peut pas dire que les succès pour ces opposants aient été nombreux. La vigueur de l’action d’aujourd’hui a permis de donner un plus grand écho à la lutte. « Pour nous, ce qui est violent, c’est quand des fermes comme ça se montent et font disparaître chaque jour des paysans. Parce que le prix du lait, il va se fixer d’ici. Et quand Michel Ramery dit qu’il vendra à 270 euros, on sait que pour la France entière, ça sera 270 euros », souligne le porte-parole du syndicat agricole.

 


 

- Le récit de l’action du matin, que Reporterre a accompagné depuis le début.

« Tout le monde a ses menottes ? » Dans la voiture, l’équipage est paré. Il est presque huit heures, mais le jour ne s’est pas encore levé dans la Somme. Difficile de trouver des repères au milieu des champs perdus dans l’obscurité. Il y a de la buée sur les vitres et la pluie, glaciale, tombe à grosse gouttes. Mais d’après le GPS, la destination, un terrain à cheval sur les communes de Buigny-Saint-Maclou et Ducrat-le-Plessiel, près d’Abbeville, est toute proche.

Ça y est, après trois heures de route depuis Paris, on distingue enfin le chantier, celui de le ferme-usine des Mille Vaches, dont les travaux ont démarré à l’automne. Il est éclairé, car à cette heure déjà en activité. On voit quelques camions, quelques ouvriers, mais pas de gendarmes. Il n’y a donc pas eu de fuite et c’est un soulagement pour les militants de la Confédération paysanne, dont une soixantaine de membres s’apprêtent à investir le chantier.

Le chemin d’accès est cahotique, boueux. Les véhicules à peine garés, les opposants s’extraient pour dégainer leur attirail et se diriger vers ce qui semble être un énorme hangar en construction, dont l’armature permet d’apprécier la démesure. Pas de banderoles, mais des drapeaux jaunes qui fleurissent un peu partout, à l’effigie du syndicat.

 

 

Quelques-uns ont prevêtu des casques, surmontés de cornes. D’autres se sont munis de bombes de peintures et commencent à inscrire en rouge et en capitale « Non aux mille vaches » ou encore « Des fermes, pas des usines ». La détermination des paysans se lit sur leur visage et se devine aussi dans leur comprtement. Sans hésitation, ils récupèrent des barrières métalliques et du matériel de chantier pour bloquer le passage des camions. Il y a bien eu quelques protestations des quelques ouvriers présents, mais ils n’ont rien tenté pour empêcher cette intrusion.

Alors que Laurent Pinatel, porte-parole de la Conf’ allait faire une déclaration, un homme revêtu d’un gilet de chantier fluo vient soudain au contact des manifestants et laisse éclater sa colère. « Vous n’avez aucun droit, vous n’avez rien à faire ici ! Moi aussi je suis un agriculteur, j’étais producteur laitier et j’ai failli crever », gronde-t-il en leur intimant l’ordre de dégager. « Lui, c’est Michel Welter, un des associés. C’est la danseuse du promoteur, Ramery », glisse un opposant. Il a peut-être été agriculteur, mais aux yeux de la Conf, c’est un traître à la cause paysane. Des invectives fusent. « Tu fais de la merde en te faisant exploiter, c’est toi qui va nous faire crever ! »

Deux gendarmes qui viennent d’arriver sur les lieux mettent un terme à cette altercation. Michel Welter s’éloigne, visiblement excédé. « Pour lui, il n’y a plus d’avenir dans l’agriculture paysanne. La solution, ça ne peut être que ce genre de structure », commente un paysan.

 

"Si l’on fait des usines à vaches, on va crever"


« Un projet comme celui-ci, ce sont des milliers d’emplois paysans qui sont détruits partout en France, martèle Laurent Pinatel au micro. Pour signifier à quel point ces projets nous enchaînent à un destin funeste, on va symboliquement se menotter aux bâtiments. On n’est pas là seulement pour une opération coup de poing, on est là pour rester ! Si on fait ça, c’est parce que si on fait des usines à vaches ici, chez nous on va crever ». Son allocution est à peine terminée que les paires de menottes de ses camarades se referment sur les piliers et les stuctures des bâtiments. Nous sommes le jeudi 16 janvier. La ferme-usine des Mille vaches est occupée.

La mobilisation des membres du syndicat pour la réalisation de cette action est d’autant plus significative, que dans cette région, où l’agriculture est à dominante céréalière, la Conf’ ne compte qu’une poignée d’adhérents. L’essentiel des troupes est arrivé de toute la France, avec des militants venus de l’Aveyron, de Bretagne, d’Alsace, de Champagne, du pays Basque et d’ailleurs.

« On est ultra-motivés, assure Christian Roqueirol, éleveur de moutons dans le Larzac. On a toutes les raisons de se battre, et on a toutes les chances d’arriver à faire interdire ce projet. Et si on parvient à stopper celui-là, derrière on pourra arrêter tous les autres ». Ce projet de ferme totalement hors-norme, porté depuis trois ans par l’industriel du BTP Michel Ramery, est une première en France. Mais les paysans craignent, avec cette offensive, une généralisation de ces modèles intensifs, déjà une réalité en Allemagne. A terme, un millier de vaches pourraient être entassées dans des hangars, auxquelles s’ajouteraient en permanence 750 veaux et génisses, qui produiront d’un côté du lait, vendu à prix cassé, et qui alimenteront, de l’autre, un méthaniseur avec leurs déjections ainsi transformées en électricité.

C’est la deuxième action du genre. Dans la nuit du 11 et 12 septembre 2013, une vingtaine de membres de la Conf’ avaient investi une première fois le chantier de cette ferme industrielle, pour y mener une opération de démontage symbolique (pneus dégonflés, capots relevés, trappes à carburant ouvertes) et y peindre le slogan « Non aux Mille vaches » sur 250 mètres de long. Un dépôt de plainte du promoteur ont conduit six personnes en garde à vue. Pas de quoi intimider ces opposants, plus que jamais déterminés à faire capoter ce projet.

M. Ramery n’a pas respecté le permis de construire

Et aujourd’hui, ils sont d’autant plus motivés qu’ils sont venus avec de nouveaux éléments. « Quand on a un projet de bâtiment, on dépose un permis de construire. Et quand on construit, on respecte le permis de construire. Or, là, il se trouve que Ramery n’a pas respecté le permis. Il n’a donc pas respecté la loi. Le gars sait que son permis n’est plus conforme, puisqu’il a déposé une demande de permis modificatif », indique Laurent Pinatel, porte-parole de la Conf’.

 

- Laurent Pinatel -

 

« Ce chantier est tout simplement illégal, parce que les constructions, telles qu’elles sont, ne respectent pas le permis de construire initial », insiste Pierre-Alain Prévost, qui détaille : « Un bâtiment a été déplacé sur une réserve archéologique sur terrain de sa propriété, mais en zone inconstructible. Ce déplacement a permis de creuser un nouvel espace qui lui permet d’y installer un autre bâtiment, dont on distingue les fondations. En outre, il y a un problème de surface. Le bâtiment des Mille vaches doit s’étendre sur 234 mètres en longueur, pour 8500 m2. Mais la largeur de ce bâtiment est plus grande de deux mètres, soit 468 mètres carrés ». Certes, une demande de permis de construire modificatif a été déposé par le promoteur le 28 novembre, « mais il ne peut s’agir que d’ajustements, pas de transformation importante du projet. Ces modifications ne rentrent pas dans ce qui est couramment admis ».

La ministre Cécile Duflot sommée d’agir

La Confédération paysanne vient donc bloquer un chantier qu’elle estime illégal, et veut ainsi pousser le gouvernement à prendre ses responsabilités. Car si Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, comme Philippe Martin, ont officiellement désapprouvé ce projet, autant l’un que l’autre n’ont rien tenté pour l’arrêter, se déclarant totalement impuissant à le stopper. « Aujourd’hui, on donne donc à l’Etat les arguments qui lui manquaient, souligne Laurent Pinatel. Ce qu’on demande à notre grand pays républicain et démocratique, c’est l’application de la loi. Michel Ramey dit qu’il a des amitiés avec le PS, ce n’est pas pour autant qu’il doit être au-dessus des lois. On demande donc l’application pleine et entière de la loi, l’arrêt immédiat du chantier et la démolition des bâtiments illégaux. On ne partira pas d’ici tant qu’on n’aura pas eu un rendez-vous avec Cécile Duflot, qui est ministre de l’aménagement du territoire et qui a le dossier sur son bureau. C’est elle qui aujourd’hui peut décider d’arrêter le chantier ou pas. Et on demande aussi un rendez-vous avec Philippe Martin le ministre de l’environnement qui a signé de son côté l’autorisation d’exploiter pour 500 vaches. On ne partira pas tant qu’on aura pas ces rendez-vous ».

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

Source : www.reporterre.net


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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:57

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Ligne Lyon-Turin : encore un conflit d’intérêts !

|  Par Jade Lindgaard

 

 

Un membre de la commission d’enquête publique sur le méga-projet de liaison transalpine, qui a délivré un avis favorable, préside une association soutenue financièrement par Lyon-Turin ferroviaire, le promoteur de la section internationale du tunnel. Un recours demandant l’annulation de la déclaration d’utilité publique doit être déposé devant le Conseil d’État.

L’enquête destinée à juger de l’utilité publique du méga-projet ferroviaire Lyon-Turin (voir ici notre enquête) a-t-elle été réalisée en toute impartialité ? Il existe une nouvelle raison d’en douter. Philippe Gamen, membre de la commission d’enquête publique qui a siégé de janvier à mars 2012 et a délivré un avis favorable au projet de tunnel entre la France et l’Italie, préside une association soutenue financièrement par Lyon-Turin ferroviaire, le promoteur de la section internationale du tunnel.

Maire de la commune de Le Noyer, en Savoie, Philippe Gamen, ingénieur de profession, préside le bureau du Conservatoire d’espaces naturels (Cen) Savoie, une association loi 1901 dédiée à la défense de la biodiversité. Or lorsque l’on consulte la liste de ses partenaires privés, on découvre la présence de Lyon-Turin ferroviairefiliale de Réseau ferré de France (RFF) et de Rete Ferroviaria Italiana (RFI), et promotrice du segment transfrontalier de l’équipement.

 

« Nous avons signé une convention financière avec la société Lyon-Turin ferroviaire, confirme André Miquet, responsable du service scientifique du Cen, pour produire le plan de gestion du site correspondant aux mesures compensatoires imposées par l’État au chantier. » Concrètement, l’association est rémunérée pour réaliser un inventaire de la faune et de la flore du site, et réaliser des évaluations des compensations aux dégâts environnementaux que vont causer les travaux. Le contrat porte sur la somme de 7 320 euros, soit une faible part des subventions totales du Cen (1,3 million d’euros en 2013), qui emploie une vingtaine de personnes. Ses principaux partenaires financiers sont des entités publiques : agence de l’eau, conseil général, Union européenne, conseil régional et ministère de l’écologie. Or le ministère des transports, placé sous l’égide de ce dernier, est co-signataire du décret d’utilité publique du Lyon-Turin. 

Mais la signature de cette convention, datée du 25 novembre 2013, « est postérieure à l’enquête publique », conclue dix-huit mois plus tôt, précise l’association, qui nie par ailleurs l’existence du moindre lien financier antérieur. « Je ne pouvais pas prévoir que Lyon-Turin ferroviaire nous proposerait ce travail a posteriori », explique Philippe Gamen. Et il ajoute que « lorsque le tribunal administratif m’a proposé d’être commissaire enquêteur sur le Lyon-Turin, j’ai prévenu du risque d’incompatibilité, compte-tenu de l’objet de mon association et des impacts de ce projet qui va traverser la Savoie. Nous sommes tombés d’accord pour que mon intervention se limite strictement à la partie iséroise du projet ferroviaire », soit en dehors du périmètre géographique de son association.

Sa version est pourtant contredite par un collectif d’opposants, qui a été reçu par le président du tribunal administratif de Grenoble, théoriquement chargé de nommer les commissaires enquêteurs. À leur grande surprise, le magistrat leur a expliqué que le tribunal n’avait pas choisi les experts mais que le président de la commission d’enquête, Pierre-Yves Fafournoux, avait lui-même proposé une liste de commissaires. En acceptant de se départir de leur rôle de nomination, les juges « ont fait sauter un verrou de sécurité et de garantie contre les conflits d’intérêts », analyse Daniel Ibanez, consultant et membre de la coordination des opposants au Lyon-Turin.

Re-contacté pour fournir une trace écrite de sa déclaration d’intérêt et de l’accord passé avec le tribunal, Philippe Gamen répond que « la concertation a été orale ». Joint par téléphone, Pierre-Yves Fafournoux, président de la commission d’enquête publique, fait la réponse suivante : « Mon histoire s’est terminée avec la fin de cette commission. Je n’ai pas de communication à faire. Bonne journée. » Et raccroche aussi sec.

« Le conflit d'intérêts est constitué »

 

François Hollande et le président du conseil italien Enrico Letta, 1er mai 2013 (Reuters/Piotr Snuss). 
François Hollande et le président du conseil italien Enrico Letta, 1er mai 2013 (Reuters/Piotr Snuss).

En réalité, avant sa nomination au sein de la commission d’enquête, Philippe Gamen avait déjà pris position en faveur du Lyon-Turin. En juillet 2010, il siège dans la commission d’enquête qui rend un avis favorable à la directive territoriale d’aménagement des Alpes du Nord (DTA), qui prévoit notamment la création d’une liaison ferroviaire transalpine.

En septembre de la même année, il co-signe l’édito d’une épaisse brochure réalisée par le conservatoire naturel de Savoie, où l’on peut lire que le projet de ligne fret Lyon-Turin est « compatible » avec le corridor biologique que son association est censée défendre (à lire ici, p. 18). Début novembre 2012, juste avant d’être nommé commissaire enquêteur, il accompagne le commissaire européen et responsable UMP Michel Barnier à Bruxelles pour un séminaire de l’école européenne des cadres. La réunion est en partie consacrée au projet de tunnel alpin, « celui-ci étant considéré comme un axe futur important de circulation du sud du territoire européen », nous apprend le journal La Tribune républicaine. « Je ne me suis jamais prononcé publiquement sur le projet Lyon-Turin, affirme Philippe Gamen aujourd’hui, ma commune n’est pas directement concernée. » Pourquoi avoir participé à ce voyage ? « C’était une invitation qui concernait le fonctionnement du parlement européen. »

Par ailleurs, Philippe Gamen est parent de Guy Gamen, un cousin de son père, maire d’une autre commune, Les Marches (Savoie), qui se trouve dans le périmètre de l’enquête publique. Or l’existence de liens de parenté avec les bénéficiaires d’un acte caractérise un intérêt s’il est suffisamment direct, selon la jurisprudence.

Pour Daniel Ibanez, « le conflit d’intérêts est constitué. Il y a des éléments factuels qui m’amènent à douter de l’impartialité des commissaires enquêteurs, et même, de leur indépendance ». Les principes d’impartialité et d’indépendance des commissaires enquêteurs sont encadrés par toute une série de codes, et de rapports. « Ne peuvent être désignées commissaire enquêteur les personnes intéressées au projet à titre personnel ou en raison de leurs fonctions », précise le code de l’environnement.

Le cas de Philippe Gamen figure parmi les objets du recours demandant l’annulation de l’enquête publique et de la déclaration d’utilité publique du Lyon-Turin (publiée le 23 août dernier), qui doit être déposé devant le conseil d’État cette semaine par une coalition d’environ un millier de personnes. Il fait suite à un recours gracieux déposé l’automne dernier devant le premier ministre, que celui-ci a rejeté. Une plainte contre X... pour pratiques douteuses vient par ailleurs d’être transmise au procureur de la république de Chambéry (voir ici l’enquête du Parisien à ce sujet).

Ce n’est pas la première fois que des suspicions de conflits d’intérêts apparaissent dans l’épineux dossier du Lyon-Turin, vieux de 20 ans, évalué à 8,5 milliards d’euros pour la partie française, l’un des plus dispendieux projets d’équipement public. « C’est même le quatrième cas... Sur treize membres, cela représente 30 % de la commission d’enquête, ça commence à faire beaucoup ! » remarque Daniel Ibanez. Le frère de l’un des commissaires enquêteurs, Guy Truchet, dirige une entreprise de BTP, dont le dossier de candidature pour le stockage de déblais du chantier a été transmis par la commission à RFF, le maître d’ouvrage (l'affaire a été révélée par Le Canard enchaîné, voir ici l'article du Dauphiné à ce sujet).

Par ailleurs, deux autres membres de la commission sur le Lyon-Turin, MM. Gérard Blondel et Pierre-Yves Fafournoux avaient précédemment participé à l’enquête publique sur le contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise (CFAL), un projet lié au tunnel transalpin de façon indissociable, techniquement et financièrement. Les deux hommes avaient rendu un avis favorable au CFAL, et signé le rapport indiquant le caractère « très dépendant » du CFAL Nord « en particulier de la réalisation de la voie Lyon-Turin ». Dans ces conditions, pouvaient-ils juger en toute impartialité de l’utilité publique du tunnel transalpin ? Ils n’auraient pu rendre un avis défavorable sans se déjuger de leur précédent rapport. Autrement dit, du premier avis favorable au contournement de Lyon découlait naturellement le second, concernant cette fois le Lyon-Turin. Ce dernier cas est révélateur : les préfectures du Rhône et de l’Isère avaient connaissance de la présence des deux hommes dans les deux commissions d’enquête, et ont laissé faire.

Lors du sommet franco-italien, le 20 novembre dernier, François Hollande a déclaré que les travaux du méga-projet pourraient s’engager « fin 2014 ou début 2015 ». Deux jours plus tôt, les parlementaires ratifiaient le projet par 57 voix contre 9, dans un désintérêt quasi général.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:42

 

 

Source : www.mediapart.fr

Vers un nouveau choc fiscal pour les ménages

|  Par Laurent Mauduit

 

 

Après le cadeau des 35 milliards d'euros offerts par François Hollande d'ici à 2017 aux entreprises, un nouveau choc fiscal se prépare pour les ménages, pour la fin de l'été. De nombreux contribuables non assujettis à l'impôt sur le revenu le deviendront tandis que d'autres découvriront des hausses d'impôts sur leurs avis d'imposition.

À l’occasion de sa conférence de presse, mardi 14 janvier, François Hollande a annoncé une mesure phare : la suppression des cotisations familiales, qui sont à la charge des entreprises, soit un allègement de près de 35 milliards d’euros d’ici à 2017. Venant prolonger le « choc de compétitivité » qui prend effet en 2014 et qui va fournir d’ici à 2015 près de 20 milliards d’euros aux entreprises, sous la forme de crédit d’impôt, c’est donc un plan massif d’allègements fiscaux et sociaux que le gouvernement met en chantier.

Dans le même temps, le chef de l’État a aussi donné l’assurance que les ménages seraient épargnés, et qu’il n’y aurait « pas de transfert de charges des entreprises vers les ménages ». Sous-entendu : le gouvernement a tiré la leçon du choc qu’ont créé dans l’opinion les vagues de hausses d’impôts de ces derniers mois, et il n’y en aura plus d’autres dans les mois et les années qui viennent. François Hollande a même été plus précis que cela : annonçant son intention de procéder à 50 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques d'ici 2017, venant s’ajouter aux 15 milliards d’euros d’économies décidées pour 2014, il a laissé entendre que cela était un « préalable à toute baisse d’impôts ».

En clair, c’est à un exercice de prestidigitateur que s’est livré le chef de l’État, promettant aux entreprises des baisses fiscales et sociales historiques et faisant miroiter aux ménages, même si c’est à un horizon un peu plus lointain, de possibles baisses d’impôt.

Il n’est pourtant pas difficile d’établir qu’une bonne partie de la démonstration présidentielle est de mauvaise foi. Pour au moins deux raisons. D’abord, parce que c’est bel et bien un immense transfert en faveur des entreprises et au détriment des ménages qui a commencé avec le « choc de compétitivité » et qui va s’accentuer avec la suppression des cotisations familiales. Ensuite, parce que le gouvernement dit faux en promettant aux ménages qu’il n’y aura plus de nouveau choc fiscal : au terme de ce gigantesque Meccano financier dans lequel le gouvernement s’est lancé, des hausses d’impôt interviendront à l’automne prochain, qui pèseront en partie sur les ménages les plus modestes.

Il est certes encore impossible de connaître tous les détails et toutes les conséquences de cette immense réforme pro-patronale que François Hollande a donné au gouvernement comme feuille de route. Le chef de l’État a été elliptique sur certains de ses volets, et notamment sur les dispositifs de financement envisagés pour compenser la suppression des cotisations familiales. Mais, avec ce que l’on sait déjà, il est des conclusions que l’on peut tirer sans craindre d’être contredit : si les entreprises vont être dorlotées comme elles ne l’ont jamais été depuis l’après-guerre, cela se fera sur le dos des ménages. Et pour le mesurer, il suffit de se pencher sur les principales questions que pose la feuille de route présentée par François Hollande.

  • D’où vient la réforme annoncée par François Hollande ?

Avant de comprendre la « tuyauterie » de la réforme, il n’est, de fait, pas indifférent d’en comprendre l’inspiration. Ce que le chef de l’État a annoncé est la reprise pure et simple, à quelques variantes près dans ses modalités, de mesures défendues de très longue date par le Medef et par l’UMP.

Dans le cas du « choc de compétitivité », qui fournit 20 milliards d’euros aux entreprises sous la forme de crédit d’impôt, on avait déjà pu en faire l’observation. Ce « choc de compétitivité », ce sont d’abord des cénacles libéraux du patronat, tel l’institut Montaigne ou l’institut de l’entreprise, qui en avaient eu l’idée (lire Compétitivité : Gallois plagie le patronat avec l’aide de l’UMP), dans les mois précédant l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy avaient donc pillé ces projets et proposé, dès février 2012, la mise en œuvre de ce « choc de compétitivité » financé par la TVA, improprement qualifiée de TVA sociale. Et pour finir, François Hollande, qui avait vivement dénoncé cette réforme de Nicolas Sarkozy avant l’élection, l’a reprise à son compte, sous des modalités légèrement différentes.

Le « pacte de responsabilité » proposé aux entreprises par François Hollande, et dont la principale mesure est cette suppression des cotisations familiales, a exactement la même origine. Ce n’est que la reprise de réflexions qui ont d’abord cheminé au Medef, avant d’être pillées par l’UMP. À peine élu à la présidence du Medef, en juillet 2012, Pierre Gattaz plaide en effet en faveur d’un « pacte de confiance » – à l’origine directe du « pacte de responsabilité » de François Hollande.

Puis, au lendemain des vœux de François Hollande, prononcés le 31 décembre 2013, Pierre Gattaz repart à la charge le 13 janvier (voir la vidéo ci-dessous), en renouvelant sa demande d’un « pacte de confiance ». Chiffrant le montant des baisses de charges qu’il demande au gouvernement à 100 milliards d’euros, il revendique en particulier la suppression pure et simple des cotisations familiales.

Raffarin : un « changement de discours bienvenu »

Ce cheval de bataille de la suppression des cotisations familiales, l’UMP l’a aussi depuis longtemps enfourché. C’est l’une des mesures que défendait Nicolas Sarkozy lorsqu'il était à l'Élysée, mesures que défend toujours à longueur d’entretien l’actuel président de l’UMP, Jean-François Copé, comme on peut le vérifier sur le site Internet de son parti.

On peut donc dire les choses encore plus brutalement : il n’y a quasiment plus aucune différence entre la politique économique suivie par François Hollande et celles défendues par le Medef ou l’UMP, pour la simple et bonne raison que le premier s’est inspiré des seconds (lire Hollande : cap sur le néolibéralisme et François Hollande efface la gauche). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette stratégie du coucou a plongé l’UMP dans une gêne profonde. Car si Jean-François Copé, toujours prêt à jouer les cogneurs, n’a pas voulu revendiquer des droits d’auteur et a préféré critiquer une réforme… strictement conforme à la sienne, une bonne partie de ses camarades ont, plus finement, salué le cap choisi par le président socialiste.

Sur France Culture (c’est à écouter ici), l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin a ainsi admis qu’il s’agissait d’un « changement de discours bienvenu » et d’« une vision lucide de la situation économique mondiale ». Sur Europe 1 (à consulter là), l’ancien ministre UMP du budget, François Baroin, a lui aussi émis le même avis : « Si c'est une prise de conscience solide sérieuse, on ne peut qu'accompagner cette démarche. »

Éloge encore plus remarquable – François Hollande l’appréciera-t-il à sa juste valeur ? – l’une des éminences grises de Nicolas Sarkozy et son principal conseiller social, Raymond Soubie, a salué dans un entretien au Monde (il est ici – lien payant) le « pacte de responsabilité » : « Le président a affirmé très fortement la primauté de la politique de l'offre, à un degré jamais atteint jusqu'ici. Cela me semble très juste. Il a compris que l'inversion du chômage passait par plus de créations d'emplois des entreprises, plus d'investissement et plus de confiance de leur part. La procédure du pacte de responsabilité n'est pas d'une clarté aveuglante, mais elle me semble bonne dans son principe. » En somme, même le premier cercle des ultras du sarkozysme a félicité François Hollande – ce qui constitue une prouesse assez rare dans la vie politique et qui laissera sans doute un goût amer dans la bouche de nombreux élus et militants socialistes.

Quant à Pierre Gattaz, sur LCI (c’est à visionner ici), il a applaudi, lui aussi, le discours de François Hollande, tout en apportant cette nuance – décisive et assassine : « Je ne suis pas d'accord pour avoir des engagements juridiques écrits. »

En clair, c’est d’emblée le donnant-donnant auquel François Hollande a fait mine de croire – échanger des allègements de cotisations contre des engagements sur l’emploi – qui s’écroule. Mais comme chacun savait, par avance, que ce donnant-donnant n’était que de la poudre aux yeux, quelle importance ? Le gouvernement socialiste va donc mettre en chantier la réforme voulue par le Medef et l’UMP, apporter un cadeau de 35 milliards d’euros aux entreprises, et tout cela peut-être en pure perte, sans le moindre engagement en contrepartie, comme dans le cas du « choc de compétitivité ».

  • Quels sont précisément les cadeaux offerts aux entreprises ?

Lors de sa conférence de presse, François Hollande a été parfois approximatif dans ses chiffrages et a laissé – volontairement ? – des zones d’ombre. « Je fixe un nouvel objectif, c'est que d'ici à 2017, pour les entreprises et pour les travailleurs indépendants, ce soit la fin des cotisations familiales. Cela représente 30 milliards d'euros de charges », a-t-il ainsi déclaré. Mais le chiffrage n’est pas tout à fait exact. Alors reprenons, point à point, ce qui est assuré et ce qui est encore imprécis.

D’abord, une première réforme déjà votée et entrée en vigueur, c’est celle qui offre aux entreprises 20 milliards d’euros sous forme de crédit d’impôt. Ce dispositif doit monter en vigueur progressivement : il atteindra donc 14 milliards d’euros en 2014, et arrivera à plein régime, soit 20 milliards d’euros, en 2015.

La suppression des cotisations familiales que le chef de l’État a annoncée, et qui devra être achevée d’ici à 2017, viendra s’emboîter dans cette première réforme. Selon le dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2014 (on peut le télécharger ici), le montant total des cotisations famille versées par les entreprises, comme l’indique le tableau ci-dessous, est de 35,1 milliards d’euros et non de 30 comme l’avait dit François Hollande.

Concrètement, l’engagement du chef de l’État en faveur des entreprises est donc de leur offrir un allèg

 

 

ement total d’impôt ou de cotisations familiale de 35,1 milliards d’euros d’ici à 2017, soit sous la forme du crédit d’impôt, soit sous la forme de la réduction ou de la suppression totale des cotisations familiales. Le choix de privilégier une solution mixte ou alors de préférer un arrêt du crédit d’impôt et un basculement sur une suppression totale des cotisations familiales sera soumis à l’appréciation des partenaires sociaux.

En tout état de cause, la réforme de François Hollande aura donc pour effet de contraindre le gouvernement à trouver des financements nouveaux à hauteur de 15 milliards d’euros. Sur les 35 milliards d’euros qui seront apportés en cadeau, sous une forme ou sous une autre, aux entreprises d’ici 2017, 20 milliards d’euros ont en effet déjà trouvé leur financement : ce sont les Français qui ont été mis à contribution, notamment au travers des hausses de TVA qui sont entrés en vigueur à compter du 1er janvier et qui rapporteront près de 7 milliards d’euros.

Conséquence : le gouvernement va devoir trouver 15 milliards d’euros complémentaires – alors que l’on n’a aucune assurance qu’ils auront pour contrepartie des créations d’emplois.

Menaces sur les prestations familiales

  • Qui va payer ces cadeaux offerts aux entreprises ?

François Hollande a exclu que ce soit les ménages, puisqu’il a promis qu’il n’y aurait pas de transferts de charges à leur détriment. « La réalisation du pacte de responsabilité ne doit pas se traduire par un transfert de charges des entreprises vers les ménages », a-t-il assuré. En faveur des ménages, il a même laissé miroiter ultérieurement de possibles baisses d’impôts.

Selon le chef de l’État, ce sont des mesures d’économies sur les finances publiques qui permettront de résoudre l’équation impossible. « J'estime qu'il est possible de faire des économies, nombreuses, tout en préservant notre modèle social », a-t-il ainsi affirmé.

Cela suggère-t-il donc que le niveau des prestations familiales n’en sera pas affecté ? C’est évidemment l’une des grandes zones d’ombre de cette conférence de presse. Car, comme chacun sait, les dépenses publiques comprennent tout à la fois les dépenses de l’État et les dépenses de protection sociale au sens large. Or, on sait que, de manière récurrente, le gouvernement indique qu’il cherche à réduire les dépenses sociales.

Cela a été l’objet de la dernière réforme des régimes de retraite. Pour les régimes de base, le gouvernement a mis en œuvre des mesures violentes à la charge des salariés, et épargnant les entreprises (lire Retraites : vive le capital ! À bas le travail !). Pour les régimes complémentaires, il a de surcroît vivement encouragé les partenaires sociaux à prendre des mesures de désindexation, conduisant à un effondrement du pouvoir d’achat de ces pensions.

On peut donc parier sans craindre de se tromper que François Hollande a pris un engagement assez peu contraignant en indiquant qu’il agirait « en préservant notre modèle social ». La formule peut s’accommoder d’une révision à la baisse des prestations familiales. Et de surcroît, François Hollande a bafoué de si nombreux engagements depuis un an qu’il serait sans doute imprudent de se fier à sa parole. C'est une question de simple bon sens. Soit le gouvernement voudra pallier la suppression des cotisations familiales, et dans cette hypothèse, ce seront nécessairement les salariés qui seront appelés à la rescousse. Soit le gouvernement refusera un nouveau prélèvement, mais dans ce cas ce seront les prestations qui seront menacées. Car quel est l'avenir de prestations sociales qui ne disposent pas de ressources pérennes ? Avenir sombre, forcément...

Le danger qui se profile est d'autant plus grand que François Hollande a chargé la barque très lourdement en matière de réduction de la dépense publique. Pour atteindre les objectifs de réduction des déficits publics pris devant Bruxelles, tout en trouvant les nouveaux financements de 15 milliards d’euros pour cette suppression des cotisations familiales, le gouvernement va devoir renforcer violemment sa politique d’austérité. « Pourquoi faut-il réduire la dépense publique ? a demandé François Hollande. Parce que c'est le passage obligé pour réduire les déficits publics. Parce que c'est le préalable à toute baisse d'impôts. En 2014, nous allons réaliser 15 milliards d'euros d'économies. Entre 2015 et 2017, nous devrons dégager au moins 50 milliards de plus. »

En clair, aux 15 milliards de restrictions décidés pour 2014 vont venir s’ajouter 18 milliards en 2015, puis à nouveau 18 milliards d’euros en 2016 et enfin 14 milliards d’euros en 2017 – François Hollande s'est un peu emmêlé dans les chiffres lors de la conférence de presse et n'a pas fourni les bonnes données. Soit 65 milliards d’euros en quatre ans – beaucoup plus que ce que rapporte en une année la totalité de l’impôt sur le revenu payé par les Français. L’austérité sans fin ! L’austérité perpétuelle…

  • Les Français vont-ils payer plus d’impôt ?

Du même coup, on comprend bien pourquoi François Hollande ne dit pas vrai quand il prétend qu’il n’y aura pas de transfert de charges au détriment des ménages. Ou alors quand il promet qu’il n’y aura plus de choc fiscal au détriment des mêmes ménages ; ou mieux quand il suggère pour le plus long terme des baisses d’impôt – nouveau credo libéral d’un gouvernement dont on ne sait plus bien ce qu’il a de socialiste.

Car, en vérité, ce ne sont pas des baisses d’impôt qui sont prévisibles pour le court ou le moyen terme. Ce sont, à l’inverse, des hausses, pesant y compris sur les ménages les plus modestes.

Il y a d'abord ces hausses de TVA que nous venons d’évoquer et qui sont entrées en vigueur le 1er janvier dernier (lire La TVA, l’impôt de l’injustice et du reniement). Pesant fortement sur les revenus les plus modestes, elles vont contribuer à une stagnation du pouvoir d’achat en 2014 et suscitent de vives contestations. En particulier, un collectif dénommé « Non à la hausse de la TVA » vient de se créer à l’initiative de nombreux partis de gauche ou d’associations (Attac, Fondation Copernic, Économistes atterrés, Front de gauche, NPA…). Il appelle à une manifestation à Paris le 8 février et a lancé une pétition citoyenne (on peut y accéder ici).

Mais ce que l’on sait beaucoup moins et que le gouvernement essaie de masquer, c’est que les contribuables français seront soumis à la fin de l’été prochain, quand ils recevront leur avis définitif d’imposition pour 2014 (sur la base des revenus de 2013), à un choc fiscal sans doute encore plus considérable que celui de l’automne 2013, qui avait déjà fait grand bruit.

Des feuilles de paie irrégulières par millions

Ce choc fiscal a pour origine cinq mesures différentes qui, pour certaines d’entre elles, risquent de s’additionner les unes aux autres pour différentes catégories de contribuables (lire Radiographie d’un budget de droite).

La première mesure est l’effet en année pleine de la suppression de l’exonération fiscale des heures supplémentaires effectuées. Comme le dispositif n’a pris effet qu’en cours d’année 2012, l’impact sur les recettes de l’impôt sur le revenu a été faible en 2013 : de l’ordre de 500 millions d’euros. Alors que beaucoup de Français pensent que le problème est désormais derrière eux, ils auront donc la très mauvaise surprise de découvrir lors du paiement du solde de leur impôt à l'automne que l’impact de l’annulation de cette mesure emblématique du sarkozysme se fera surtout sentir en cette année 2014, puisqu'en année pleine, la suppression de la défiscalisation générera 1,54 milliard d’euros de recettes supplémentaires.

À cause de cette mesure, il y aura de nombreux salariés qui verront leurs impôts augmenter à la fin de l'été 2014, ou qui monteront d’une tranche dans le barème d’imposition ou encore qui découvriront qu’ils deviennent assujettis alors qu’auparavant ils ne l’étaient pas.

La deuxième mesure figurait dans la loi de finances pour 2013 et prévoyait d’assujettir purement et simplement au barème de l’impôt sur le revenu les principaux revenus de l’épargne, c’est-à-dire les dividendes ou les placements à revenus fixes (obligations, comptes sur livret ou à terme…). La réforme a commencé à s’appliquer sur les revenus de 2013, et fera donc sentir pour la première fois ses effets sur l’impôt sur le revenu exigible en 2014.

Or, là encore, les effets seront très sensibles pour les ménages. Car, dans l’ancien système, les dividendes étaient taxées à 21 %. Quant aux contribuables qui étaient assujettis au prélèvement forfaitaire libératoire, l’imposition était de 24 %, prélèvements sociaux compris. Tous ces revenus vont donc basculer à compter de cette année dans le champ de l’impôt sur le revenu, frappant les contribuables les plus riches, ceux qui sont assujettis au taux marginal de 45 %, mais aussi des contribuables plus modestes, ceux dont le taux marginal est seulement de 30 %. Or, ce taux de 30 % s’applique à la tranche de revenus imposable comprise entre 26 631 euros et 71 397 euros, ce qui, pour partie, englobe des contribuables dont certains d’entre eux sont loin d’être riches. Et la mesure sera de forte intensité puisqu’elle devrait rapporter pas loin de 1 milliard d’euros.

Troisième mesure qui se fera sentir sur les feuilles d’impôt adressées aux contribuables à la fin de l’été, le gouvernement a aussi prévu une mesure sociale très lourde consistant à supprimer l’exonération d’impôt sur le revenu dont profitaient jusqu’à présent les majorations de retraite ou de pension versées pour charge de famille. La mesure est très importante puisqu’elle rapportera 1,2 milliard d’euros dès 2014.

Quatrième mesure, le plafond du quotient familial a été abaissé de 2 000 à 1 500 euros pour chaque demi-part accordée pour charge de famille. Ce qui devrait rapporter 1,03 milliard d'euros à compter de 2014. 

Enfin, cinquième mesure, et celle-là concerne près de 13 millions de salariés, la loi de finances pour 2014 a prévu la suppression de l’exonération fiscale de la participation de l’employeur aux contrats collectifs de complémentaire santé. Et là encore le gain pour l'État serait immense, puisqu’il porterait sur 960 millions d’euros.

Ce n’est, certes, pas la seule polémique que suscite cette dernière mesure. Plusieurs médias, dont Europe 1, ont en effet récemment révélé que la plupart des feuilles de paie du mois de décembre de millions de personnes, celles qui indiquent le revenu imposable du salarié pour l’ensemble de l’année, pourraient être irrégulières, car le Conseil constitutionnel n’a validé le budget de l'État que le 30 décembre dernier. La plupart des employeurs n’auraient donc pas eu le temps de prendre en compte cette disposition et seraient contraints d’adresser dans les prochaines semaines un courrier rectificatif à leurs salariés pour leur signifier leur réel salaire imposable.

Mais cette polémique est sans doute sans grande importance, au regard de la nouvelle controverse qui va repartir quand les Français comprendront qu’un nouveau choc fiscal se prépare. Car, avec toutes ces mesures, ce sont encore les mêmes effets qui risquent de se faire sentir : entrée dans le champ de l'impôt de contribuables jusque-là non assujettis, hausses d'impôt pour d'autres contribuables, hausses violentes pour d'autres encore qui seront concernés simultanément par plusieurs de ces dispositifs...

C’est le risque majeur auquel s’expose François Hollande : les Français lui feront légitimement grief de leur faire payer au prix fort les cadeaux faits aux entreprises, même si les hausses d’impôts encore à venir résultent de dispositions anciennes. Pourquoi d’ailleurs les salariés ou les contribuables feraient-ils la différence ? Les finances de l’État et celles de la protection sociale sont devenues un immense Meccano obscur qui permet à l’État de faire ce que bon lui semble : alléger les cotisations sociales des entreprises en faisant financer ce dispositif par des économies budgétaires et sociales ou des prélèvements fiscaux, à la charge des contribuables, des consommateurs ou des assurés sociaux. Sans que l’on puisse dire précisément à chaque étape qui finance quoi…

Alors, dans ce jeu de bonneteau dont les patrons sortent les seuls gagnants sans qu’ils prennent en retour le moindre engagement, les salariés ont de bonnes raisons de penser que ce sont eux les dindons de la farce. 

C’est dire si après les révoltes violentes suscitées par l’écotaxe et la colère sociale alimentée par la hausse de la TVA, les dirigeants socialistes risquent d’alimenter contre eux de nouvelles indignations. Tout particulièrement dans les milieux les moins favorisés, pour lesquels François Hollande n’a pas eu un mot lors de sa conférence de presse. Que sont devenus les chômeurs, qui sont plus de 5,5 millions, ou les pauvres qui approchent les 10 millions ? Le néolibéral François Hollande est devenu hémiplégique : il ne connaît plus que les entreprises…

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 


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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:24

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

Témoignages 16/01/2014 à 14h03

Salariés, ils ont choisi de travailler moins pour « profiter de la vie »

Emilie Brouze | Journaliste Rue89

 

 

Au black chez les voisins, à mi-temps, en télétravail ou de nuit : ils expliquent à Rue89 ce qu’ils font de leur temps gagné ailleurs, et pourquoi ils ne le regrettent pas.

 


Un hamac dans la nature (Florin Gorgan/Flickr/CC)

 

Ils ont choisi de travailler moins... quitte à gagner moins. Pour s’occuper de leurs enfants, planter des fleurs, s’investir dans une association ou, comme Frédéric et Laure, profiter de la vie.

Ce jeune couple, qui avait détaillé son porte-monnaie sur Rue89, expliquait avoir fait le « choix de vie » de travailler moins pour avoir plus de temps. Ils répètent d’ailleurs à l’envi le mot « temps ».

Laure est salariée à 80% dans la fonction publique et Frédéric, au chômage, ne cherche pas systématiquement des contrats mais s’occupe des enfants, retape la maison et jardine. Ils vivent « modestement » avec 2 320 euros par mois, sans chercher à « gagner plus ».

En France, les salariés bossent en moyenne 39 heures par semaine (Insee, 2012). Depuis 1950, la baisse de la durée du travail, observée dans tous les pays développés, s’accompagne de la hausse du travail à temps partiel (18,7% en France, en 2011). Qu’il soit voulu ou subi : un tiers des salariés à temps partiel déclarent n’avoir pas trouvé mieux.

Ceux qui ont répondu à l’appel à témoins de Rue89 ont un jour décidé de diminuer le nombre d’heures de travail pour faire autre chose.

La décision se prend souvent à deux car, comme dans le cas de Sylvain, elle a des conséquences sur le budget d’un couple. Est-elle pour autant tenable à plus long terme ? Témoignages.

                                                                                                                                                                                                                             1 Charlie, 28 ans : « Les fins de mois sont délicates »

 

« A 20 ans, je suis parti en Angleterre où j’ai eu un coup de foudre pour une Polonaise. On a travaillé dans des palaces, de 21 à 25 ans – j’étais chef de rang et sommelier. On gagnait bien notre vie : on était logés et nourris, on voyageait beaucoup.

Puis on est allés en Corse, pendant deux ans. On avait un peu d’économies et on a eu l’occasion d’acheter une ferme – une très belle affaire – à côté de Périgueux, d’où je suis originaire.

J’ai toujours été à fond dans la nature ; mes grands-parents étaient agriculteurs. Alors on a tout annulé et on s’est installés en Dordogne. On a rénové la ferme avec mon père et des copains pendant plus d’un an, avant d’emménager en février 2013.

Je ne touche plus le chômage depuis mars. Je bosse au “black” pour 300 euros, ma conjointe est à mi-temps dans le bar de mon frère pour 800 euros. Je taille les haies des voisins ou je trouve des petits boulots par copinage. Ma compagne est très écolo et végétarienne. On a des légumes, une dizaine de poules et, avec des copains maraîchers, on se débrouille pour faire des échanges... On cherche à être auto-suffisants.

Avant, on ne regardait pas mais aujourd’hui, on fait parfois les fonds de tiroir : les fins de mois sont délicates. Au supermarché, on regarde toujours les prix au kilo.

Si nous avions conservé notre ancien mode de vie, notre fille aurait été nourrie avec Blédina et par une nounou... Nos légumes et fruits sont ultra-bio, elle est belle et jamais malade. »

                                                                                                                                                                                                                             2 Xavier, 41 ans : « Je peux profiter de la vie »

 

« Au départ, c’était un concours de circonstances. Il y a deux ans, j’ai quitté un CDI à temps complet pour un nouveau travail, toujours dans l’informatique, où les salariés sont aux quatre cinquièmes. On pouvait choisir quelle journée on ne voulait pas travailler.

Je perdais environ 5 000 euros par an de salaire, sans compter l’essence – au lieu de me rendre au boulot en RER, j’utilisais ma voiture.

Au début c’était bizarre mais ça m’a donné un grand bol d’air. J’étais usé par mes journées de douze heures. Avec ces quatre cinquièmes, j’avais un grand week-end toutes les semaines.

Mais au bout de sept mois, ils ne m’ont pas gardé. J’ai retrouvé un travail dans la finance, comme administrateur réseau, et j’ai tout de suite proposé de travailler aux quatre cinquièmes. Ils ont accepté. J’ai encore gagné en qualité de vie : je suis deux jours en télétravail, deux jours dans l’entreprise.

Financièrement, je gagne un peu moins qu’avant mais ce n’est pas grave. J’ai un petit prêt familial qui se termine bientôt et mon épouse, plus jeune que moi, travaille à temps complet. On s’y retrouve.

Pendant ma journée de libre, je fais du jardinage, du bricolage, je m’occupe de mon association... J’ai le temps de penser à ce que j’ai à faire. Le temps partiel, je ne peux pas m’en passer. Je pensais que j’allais m’ennuyer mais en fait, je peux m’occuper un peu de moi et profiter de la vie. »

                                                                                                                                                                                                                             3 Sylvain Saïd, 47 ans : « Je voulais faire le vide »

 

« Aide-soignant à temps complet depuis près de vingt ans, je travaille à mi-temps depuis juin dernier. C’est en voyant passer une offre de poste de nuit dans une autre unité que je me suis décidé.

J’ai eu envie de me consacrer davantage à ma vie privée, à des choses essentielles de la vie. Je voulais faire le vide de ce boulot qui est assez difficile – les conditions de travail ne s’étant pas améliorées ces dernières années.

Depuis juin, je travaille sept nuits par mois, de 20h15 à 6h15, et parfois quelques nuits supplémentaires pour remplacer des collègues malades.

Mon salaire a été divisé par deux : je gagnais 1 500 euros net, je touche aujourd’hui un peu plus de 800 euros. Forcément, je fais un peu plus attention. Je paie les charges, le crédit de ma maison mais je vis quand même “aux crochets” de ma compagne, qui est prof et qui élève des vaches sur l’Aubrac.

Ma perte de revenus, si je n’avais pas eu en septembre de bugs de prélèvements qui ont entraîné des rejets bancaires et des frais exorbitants, est largement compensée par une vie emplie de joies du quotidien. Je fais de la musique, je compose, je m’occupe des vaches de ma compagne, j’écris... »

                                                                                                                                                                                                                             4 Perrine, 28 ans : « Commencer une formation en menuiserie »

 

« J’ai choisi il y a un an de travailler moins (et de gagner moins) pour reprendre une formation en... menuiserie. J’ai travaillé pendant environ deux ans à temps plein dans une entreprise qui donne des cours du soir en information-communication.

Le travail de bureau me pesait énormément et je ressentais le besoin de faire autre chose, de plus créatif, de plus manuel, plus technique... et surtout, plus utile ! J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose.

Devant un reportage sur une fille menuisière, ça a été le déclic. J’ai hésité pendant des mois et mon compagnon m’a convaincue : en septembre 2012, j’ai commencé une formation en menuiserie.

Je ne pouvais pas me permettre financièrement d’abandonner mon boulot : je suis donc passée aux quatre cinquièmes – je n’ai pas pris de gros risques. Un jour par semaine, je suis en stage non rémunéré chez un menuisier. J’ai aussi deux soirées de cours.

J’ai trouvé un meilleur équilibre. Je ne considère pas cette activité comme du travail : je le fais avec plus de plaisir que le bureau. Ça m’a donné un bol d’air. Au début, c’était une intuition, c’est devenu une passion.

La différence de salaire entre un temps plein et les quatre cinquièmes n’est pas énorme. J’étais à 1 600-1 700 euros net, je suis passée à 1 400 euros. Je fais un peu plus attention : moins de restos, moins de sorties...

Et puis, en décembre dernier, j’ai perdu mon emploi. Paradoxalement ça a été un soulagement : enfin du temps pour faire d’autres choses, plus intéressantes ! Même si c’est difficile pour moi, le chômage. J’aimerais maintenant trouver une activité épanouissante qui pourrait me rapporter un revenu suffisant pour vivre. »

                                                                                                                                                                                                                             5 Marie, 33 ans : « Le temps libre, une richesse quand on en profite »

 

« Je suis enseignante en maternelle. Quand j’ai eu mon premier garçon, fin 2010, j’ai repris à mi-temps pour une question d’organisation : je ne voulais pas qu’il rentre trop tôt en crèche. A la rentrée 2011, je suis passée à 75%, ce qui me permettait de mieux m’organiser avec ma classe.

Je m’y retrouve bien. Avec mon mari et mes enfants, on a beaucoup plus de temps pour passer des moments ensemble. Les parents n’ont pas toujours le choix mais en tant qu’enseignante, je vois des enfants qui enchaînent garderie et école et qui sont épuisés. Je ne voulais pas ça pour les miens.

Je ne dis pas que je ne reprendrai pas un jour à temps plein mais pour l’instant, c’est un bon compromis.

Mon mari est indépendant mais il cherche un emploi de salarié, pas forcément à temps plein. A presque 50 ans, il a une expérience de vie très intense – il avait deux activités. Il dit qu’il n’était pas plus heureux avec plus d’argent. On se rend compte que passer du temps avec nos enfants, c’est bien pour eux et pour nous et on est aussi plus dans une optique de développement personnel. On gagne en qualité de vie.

D’un point de vue financier, la différence entre un mi-temps et un 75% n’est pas énorme : je touche 1 350 euros, contre 1 750 euros à temps plein. On a fait des concessions pour réduire notre train de vie : on est moins partis en vacances, on a réduit les loisirs... pour au final passer plus de temps ensemble.

Comme j’ai un enfant en bas âge, je reste souvent à la maison, le vendredi : je fais du ménage, je bouquine... Ça me permet de m’avancer pour me libérer complètement le week-end. Je pense que le temps libre, c’est une richesse qui s’apprécie quand on en profite. Pas pour faire des choses en plus, mais plutôt pour ne pas courir tout le temps. »

 

MERCI RIVERAINS ! pierrrrre3
                                                                                                                                                                                                                           Source : rue89.nouvelobs.com

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:01

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

L’outing libéral de Hollande : dans l’ordre logique de la « Grande perdition »

Le Yéti - voyageur à domicile
Publié le 16/01/2014 à 11h59

 

 

Stupéfiante, la stupéfaction des observateurs après la conférence de presse la plus pitoyable qu’ait pu donner un président de la Ve République, en plein « outing » libéral (et non, non, rien à voir avec son libertinage privé).

Ainsi donc François Hollande aurait fait « ses adieux à la gauche », serait passé du camp « socialiste » à celui de la « social-démocratie », aurait rejoint la secte des adorateurs du réel (de droite)...

Remarquons que comme tout « outing », celui-ci consacre un état de fait patent plutôt que de marquer un inédit revirement de mœurs.

La capitulation est totale

Cette revendication d’une social-démocratie à la Clinton, Blair ou Schroeder (avec les séquelles graves qui s’ensuivirent pour les salariés), un certain Leoned les conteste furieusement sur le blog de Paul Jorion. Une arnaque grossière, selon lui.

« Pire qu’une arnaque, c’est un masque. »

Aucune gymnastique intellectuelle n’y peut mais pour soulager ce qui reste de vague conscience de gauche. La politique de l’offre est « un des postulats fondamentaux du libéralisme, un de ses piliers », formulée par la loi de Say : « L’offre crée sa propre demande. » Leoned :

« La capitulation est totale. »

Le déni compulsif

Pas un média du microcosme, si peu de brillant « spécialistes » pour relever qu’aucune politique de l’offre ne fit jamais échapper à la récession. Qu’aucun « pacte de responsabilité » (ah, niaises fumées !) n’aboutit jamais à la moindre création d’emplois (souvenez-vous à ce sujet la lamentable affaire de la TVA dans la restauration).

Quelqu’un pour faire observer que le New Deal de Roosevelt, lors de la précédente crise planétaire, transforma une politique de l’offre inopérante en une politique de la demande dont on se rappelle encore aujourd’hui les effets positifs ?

Il est vrai que la confusion ambiante rajoute au déni compulsif qui saisit les esprits égarés. N’en est-il pas encore qui croit dur comme fer à la reprise américaine (alors que celle-ci est financée artificiellement par la planche à billets de la Fed) ou au miracle allemand (alors que la reprise de nos voisins d’outre-Rhin a fait long feu en 2013).

Un processus d’autodestruction logique

Le peuple de gauche se lamente aujourd’hui de la descente aux enfers promise par la soumission piteuse d’un président dépassé à un système obsolète. Il a tort. Il faudrait au contraire s’en féliciter. Il s’agit de fait d’un processus d’autodestruction des plus classiques.

Quoi que nous fassions aujourd’hui, nous n’échapperons pas à une période transitoire douloureuse. Les grandes transformations historiques des sociétés humaines se font toujours sur les décombres fumantes de nos « splendeurs » passées.

L’intelligence humaine a dans ces cas-là toujours un peu de retard à l’allumage et ne se déclenche que poussée au cul par le péril des situations désespérées.

Par sa bêtise, son inconséquence, son impuissance, mais aussi sa servilité à un modèle moribond et aux intérêts crapuleux des milieux financiers, le président galipette ne peut que précipiter l’incontournable transition. Un mal inévitable pour (peut-être) un bien.

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 


 

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 14:48

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

« Salariés sans frontières », le docu que France 5 diffuse à l’heure d’un film X

 

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 15/01/2014 à 11h06

 

 

Il paraît que le succès appelle le succès. Eh bien, ce n’est pas tout à fait vrai. Gilles Balbastre avait fait un certain tabac avec son film « Les Nouveaux chiens de garde » (plus de 240 000 entrées).

Ce qui n’empêchera pas France 5 de diffuser son dernier opus, « Salariés sans frontières », un 16 janvier impromptu, au-delà de minuit, et sans la moindre pub.

Les tiroirs grippés du service public

Ce documentaire, la chaîne de service publique l’a pourtant dans ses tiroirs depuis septembre 2012. Faut croire que les tiroirs sont sacrément grippés. Gilles Balbastre n’a appris sa diffusion le 16 janvier à zéro heure dix qu’en surfant sur Internet en quête des programmes télés.

Difficile de parler d’un film qu’aucune promotion de presse ne daigna nous présenter. Contentons-nous de celle fournie gracieusement par le réalisateur :

« En résumé, le film porte sur la destruction du travail ouvrier dans la grande région (Lorraine, Wallonie, Sarre) qui entoure le Luxembourg et le remplacement des ouvriers de la sidérurgie et des mines de fer par des salariés des services qui, tous les matins, partent dans le deuxième PIB par habitant du monde nettoyer les bureaux, garder les banques, servir les cafés des golden boys... »

Le social aussi honteux qu’une soirée cul

Bref, un bon sujet social comme les adorait Zola en son temps. Et qui aurait pu intéresser l’enfant chéri de la chaîne, Yves Calvi et son émission d’« actualité politique, sociale, économique ou culturelle ».

Mais bon, teuf teuf, faut dire qu’Yves Calvi est de ceux qui ont été un tantinet assaisonnés dans « Les Nouveaux chiens de garde ». Gilles Balbastre l’a bien cherché !

Les nouveaux chiens de garde -interview Gilles Balbastre - extrait 1 from Pascal Marie Blanchard on Vimeo.

Interview de Gilles Balbastre au sujet des « Nouveaux chiens de garde » - 2012

En attendant, histoire de vous remettre de la conférence de presse insipide livrée par un président de comédie devant un parterre de quelques 600 indigents journalistes pas foutus de lui poser la moindre question un tant soit peu intéressante, essayez de jeter un œil sur ce film apparemment aussi honteux qu’une soirée cul sur Canal+.

Qui passe, sonnez trompettes, roulez tambours, le 16 janvier à zéro heure dix pile-poil (ou alors, après, ce sera le podcast, si jamais nos cauteleux serviteurs publics daignent en laisser un).

 

 

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 13:59

 

Source : mondeacinter.blog.lemonde.fr

 

A Rio, les anges gardiens des manifestations

 

 

 
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Avocats volontaires, secouristes improvisés ou reporters indépendants assistent les manifestants dans leurs confrontations de plus en plus fréquentes avec la police brésilienne. Pour dénoncer les abus et réparer les torts.

 

Les secouristes volontaires soignent une jeune femme touchée au visage © Elisabete Maisão

Des secouristes bénévoles soignent une jeune femme touchée au visage.
© Elisabete Maisão

 

 « Notre but est d'éviter que la police n'arrive à ses fins en dissuadant les gens d'aller dans la rue par la violence de ses répressions » :  João Dabul, un jeune homme de 21 ans qui étudie le théâtre à Rio de Janeiro, est récemment devenu secouriste. Il est l'un des bénévoles qui ont décidé d'aider les manifestants dans leurs confrontations avec la police, de soigner les blessés des deux bords et de réunir des preuves contre les abus commis. Ces secouristes improvisés, avocats volontaires ou reporters indépendants seront à pied d’œuvre, jeudi 16 janvier, lors de la manifestation organisée à Rio de Janeiro contre l'augmentation de 7% du prix des transports publics (gelée en juin à Rio uniquement pour les tickets de bus).

Depuis juin 2013, des vagues de protestations agitent le Brésil. La première a été déclenchée par cette augmentation des prix des transports. La contestation a ensuite visé les dépenses colossales engendrées par les préparatifs de la Coupe du monde 2014 et des Jeux Olympiques de 2016. Puis, les enseignants ont fait grève.

Lorsqu’il a défilé comme simple manifestant au début de l’été, João Dabul a été choqué par la violence de la répression policière, « contre des citoyens issus de la classe moyenne de Rio, qui défilaient tout à fait pacifiquement». L’étudiant réunit alors ses camarades de promotion.

« Chez nous, pas de hiérarchie »

Un petit groupe de vingt personnes se constitue alors pour aider les manifestants blessés avec du matériel de premier secours : du désinfectant et du produit pour apaiser les brûlures aux yeux causées par le gaz lacrymogène. « Nous n’étions pas très organisés et un peu naïfs au début, avoue João Dabul. Mais la violence n’en était qu’à ses débuts. »  Du personnel spécialisé rejoint par la suite « le groupe » – car c’est ainsi que se définissent ces volontaires : il n’y a ni leader, ni hiérarchie, et aucun ne répond pour les actes d’un autre.

Ceux qui sont formés en secourisme aident directement les blessés, les autres jouent le rôle d’assistants. Ils sont aujourd’hui une trentaine de membres actifs dans ce groupe baptisé SOS Manifestaçoes RJ. Exposés à la même violence que les manifestants, certains ont été blessés. Tous ont été atteints par des grenades de gaz lacrymogène, comme João Dabul. « J’ai oublié mon masque antigaz une fois, se rappelle-t-il, j’ai cru que j’allais mourir asphyxié. »

 

Les secouristes du groupe « SOS Manifestações RJ » © Elisabete Maisão

Les secouristes du groupe « SOS Manifestações RJ ». © Elisabete Maisão

 

« Aider, sans distinction »

Le 15 octobre, lors d’une confrontation avec les manifestants, trois policiers ont reçu des projectiles sur la tête. Ils ont alors ouvert le feu avec leurs armes de service. « D’un côté, un manifestant avait été atteint d’une balle dans le bras, de l’autre, des policiers avaient le front en sang, raconte le même João Dabul. Nous avons soigné tout le monde. Face à la violence, nous aidons sans distinction. »

Ne pas prendre parti, c’est aussi le credo des avocats volontaires qui participent aux protestations. Inquiets devant les arrestations arbitraires auxquelles ils ont assisté en juin, certains se sont réunis au siège de l'ordre, à Rio. « Le droit à la manifestation figure dans l’article 5 de la Constitution de la République fédérale du Brésil, rappelle Wagner de Oliveira, 42 ans, spécialiste en droit criminel. Nous nous devions de défendre la légalité de manière impartiale.» Le réseau, qui compte aujourd’hui 43 avocats, n’a pas non plus de structure hiérarchique. « Nous n’avons et ne voulons pas de chef, explique Me Julia Landau. Toutes les décisions sont prises de manière collective. »

Les jours de manifestations, les avocats se répartissent en trois équipes. La première suit le cortège de manifestants pour ne rien rater des conditions d'arrestation, la seconde se positionne près du commissariat le plus proche afin de fournir une assistance juridique immédiate. Le dernier groupe, connecté sur Internet, suit les événements en direct.

 

Une avocate veille aux conditions d’interpellation de cette manifestante par la police de Rio © Elisabete Maisão

Une avocate veille aux conditions d’interpellation de cette manifestante par la police de Rio.
© Elisabete Maisão

 

Donner la parole aux manifestants

Les médias indépendants jouent, eux, un rôle primordial pour guider avocats et secouristes lors des manifestations. Elisabete Maisão, jeune photographe d'origine portugaise, travaillait dans le domaine de la mode lorsqu'elle est arrivée au Brésil il y a un an. Choquée elle aussi par la violence des manifestations, elle s’improvise photoreporter. « J'ai réalisé que le Brésil vivait un tournant, raconte-t-elle. Des gens se battaient dans la rue, mais on essayait de les faire taire. Je voulais leur donner la parole. » Elle rejoint un petit groupe informel de photographes qui ne ratent aucune manifestation, afin de saisir ces abus sur pellicule.

Wagner de Oliveira insiste sur l’aide apportée par ces photographes: « Ils nous fournissent de précieuses preuves », souligne-t-il, évoquant le cas devenu emblématique du jeune Bruno Ferreira, dont une vidéo postée sur un blog a permis de prouver l’innocence. Le travail conjoint des avocats bénévoles et de ces reporters improvisés a permis la libération de plus de 400 personnes depuis le mois de juin.  

Julia Mourri (Monde Académie)

 

Source : mondeacinter.blog.lemonde.fr

 



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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 23:15

 

Source : www.lemonde.fr

 

Le Parlement européen rejette l'étiquetage du pollen OGM

Le Monde.fr avec AFP | 15.01.2014 à 15h45 • Mis à jour le 15.01.2014 à 16h30

 

 

Les Européens importent 40 % de leur consommation de miel, dont la moitié d'Amérique latine.

 

Rejoignant la position de la Commission européenne, les eurodéputés ont rejeté mercredi 15 janvier l'étiquetage du pollen OGM (génétiquement modifié) dans le miel. Selon le texte adopté par le Parlement européen, le pollen est un « constituant naturel » du miel et non un « ingrédient ».

En vertu de cette distinction sémantique, les apiculteurs n'auront à étiqueter leur miel comme « avec OGM » que si des traces d'OGM supérieures à 0,9 % de la masse totale y sont décelées. Dans le premier cas, le calcul du seuil d'étiquetage obligatoire se fait en effet sur le seul pollen, dans l'autre sur la totalité du produit et n'a aucune chance de dépasser les 0,9 %, donc de nécessiter un étiquetage.

 

LES EUROPÉENS IMPORTENT 40 % DE LEUR CONSOMMATION DE MIEL

La définition du pollen comme « ingrédient » avait été retenue en 2011 par la Cour de justice européenne, sa décision se voit donc renversée par le vote des eurodéputés.

Le vote du Parlement en plénière, réclamé notamment par la droite libérale, contredit également celui de sa commission environnement, qui avait soutenu cet automne l'option d'une traçabilité maximale. En revanche, il satisfait les producteurs d'Amérique latine qui avaient écrit aux eurodéputés lundi pour les mettre en garde contre une mesure menaçant selon eux l'approvisionnement en miel de l'UE.

Les Européens importent 40 % de leur consommation de miel, dont la moitié d'Amérique latine, où prospèrent les cultures OGM, Mexique et Argentine en tête. Le groupe européen des Verts a déploré un arbitrage qui « protège les OGM » aux dépens des apiculteurs et des consommateurs.

 

 « NE PAS SOUS ESTIMER LE PROBLÈME »

Imposer une traçabilité maximale « irréaliste » aurait créé un « dommage collatéral » aux apiculteurs, a au contraire argumenté pendant le débat la rapporteure conservatrice britannique Julie Girling. « C'est mère-nature qui dit que le pollen est un constituant du miel », a pour sa part avancé le commissaire européen à la santé, Tonio Borg, appelant les eurodéputés à ne pas faire de ce dossier « une question pour ou contre les OGM ». « La Commission ne doit pas sous estimer le problème des OGM, les producteurs d'Amérique latine, du Canada ou de Chine doivent être contraints à un étiquetage des OGM », a rétorqué le socialiste hongrois Csaba Sandor Tabajdi.

Le dossier doit être désormais soumis aux gouvernements avec qui le Parlement entamera des discussions pour un arbitrage final. Mme Girling s'est prévalue du soutien de la plupart des 28 à l'option retenue par le Parlement.

 

 

Pour aller plus loin, lire le compte-rendu (édition abonnés) :  « Vive bataille à Bruxelles sur l'étiquetage du miel contenant du pollen OGM »

 

Source : www.lemonde.fr

 



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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 22:59

 

Source : www.lemonde.fr

 

Espagne : des milliers de manifestants contre un projet immobilier coûteux

Le Monde.fr avec AFP | 16.01.2014 à 01h54 • Mis à jour le 16.01.2014 à 01h57

 
 

 

Des manifestants retirent des barrières autour d'un chantier pour protester contre des travaux sur la rue Victoria à Burgos, le 13 janvier.

 

Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes d'Espagne mercredi 15 janvier, pour soutenir des habitants de Burgos qui dénoncent depuis plusieurs jours un projet jugé inutile et coûteux en temps de crise.

Cette poussée de mécontentement a débuté vendredi par un rassemblement qui a dégénéré en incidents et heurts entre manifestants et forces de l'ordre à Burgos, ville réputée tranquille du nord du pays. Mercredi, pour le sixième jour consécutif, des milliers de manifestants ont exigé le retrait définitif d'un projet d'aménagement d'une grande artère du quartier de Gamonal, et la remise en liberté de trois jeunes placés en détention provisoire.

Cette fois, la manifestation a eu lieu dans le calme. Le maire de Burgos Javier Lacalle a pour l'heure annoncé la suspension des travaux. Le coût du projet est estimé à 8 millions d'euros, alors que les habitants de Burgos sont frappés, comme le reste du pays, par la crise précipitée par l'explosion de la bulle immobilière en 2008, un chômage record de quasi 26 % et les coupes budgétaires.

Lire (en édition abonnés) : L'Espagne n’en a pas encore fini avec l’austérité

 

 HEURTS À MADRID

A Valladolid, ils étaient environ un millier à manifester sous le slogan « Solidarité avec Gamonal », exigeant la remise en liberté des personnes en détention provisoire. A Madrid, environ 500 personnes, dont des jeunes portant cagoules et capuches, ont défilé dans le centre de la capitale.

Arrivés non loin du siège du Parti populaire (droite au pouvoir), la police anti-émeute a établi un barrage et a chargé à coups de matraque les manifestants, dont certains avaient lancé des projectiles contre les forces de l'ordre. La police anti-émeute a ensuite poursuivi des groupes de jeunes dans plusieurs rues du centre-ville où des manifestants ont incendié des poubelles et détruit du mobilier urbain. Onze personnes ont été interpellées et dix autres ont été blessées, dont cinq policiers et cinq manifestants, selon la police.

Les manifestants réclament le financement de services publics comme des crèches ou dans la santé plutôt que de nouveaux projets immobiliers. Le maire socialiste de Ségovie, Pedro Arahuetes, a aussi dénoncé mercredi un projet voulu par la présidence du PP de Castille-La Manche, de construction d'un palais des Congrès à Ségovie. Il s'est interrogé sur la nécessité de passer par la violence, comme à Burgos, pour que les opposants au projet soient entendus.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 


 

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 22:50

 

 

Source : cadtm.org

 

Haïti

Les indignés haïtiens aussi prennent la rue

15 janvier par Iolanda Fresnillo

 


La grogne monte à Haïti. Les manifestations se multiplient : contre la corruption du gouvernement et le déficit démocratique, contre les conditions de travail, la hausse des prix, la paupérisation de la majorité de la population. Depuis Haïti, Yolanda Fresnillo livre un récit de ces protestations, sur fond d’intérêts électoralistes de la classe politique.

Yolanda Fresnillo est à l’initiative du projet « Haïti, les autres tremblements de terre en 210 ans et 1460 jours ». Au delà du tremblement de terre qui a touché Haïti il y a tout juste 4 ans (près de 1460 jours) et qui a accaparé l’attention des médias et de l’« aide » internationale, ce projet vise à rendre compte de ces autres « tremblements de terre », passés sous silence : le pillage, l’exploitation et les occupations dont le pays est sujet depuis son indépendance, il y a près de 210 ans. Vous pouvez soutenir le projet « Haïti, les autres tremblements de terre » (qui comprend notamment l’édition d’un ouvrage) sur http://goteo.org/project/haiti-otro... (crowdfunding jusqu’au 31 janvier 2014)

Vendredi 29 novembre, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Port-au-Prince pour commémorer le massacre du 29 novembre 1987. « Un an après le départ de Duvalier |1|, des macoutes |2| ont ouvert le feu sur les citoyens rassemblés dans un bureau de vote à Port-au-Prince » |3|. La manifestation, convoquée par les partisans d’Aristide |4|, se dirigeait vers l’ambassade étasunienne, l’édifice diplomatique le mieux protégé de Port-au-Prince, pour dénoncer la connivence entre l’administration Obama et Martelly. « C’est seulement avec une note de l’ambassade américaine que Michel Martelly est arrivé au pouvoir ». La manifestation pro-Aristide fut fortement réprimée, dispersée par des grenades lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Comme lors de la manifestation du 18 novembre. Ou presque, car le 18 novembre, les affrontements opposaient principalement les manifestants pro et anti-Martelly. Des manifestations au premier abord citoyennes mais sous l’influence des partis au pouvoir et de l’opposition, dans une période pré-électorale.

En effet, le gouvernement doit convoquer des élections sénatoriales. Le Sénat doit être renouvelé par tiers tous les deux ans. A la fin du mandat d’un tiers des sénateurs, le gouvernement n’a pas convoqué d’élections, tandis qu’un 2ème tiers voit son mandat arriver à terme. Si le président ne convoque pas d’élections pour renouveler le Sénat, celui-ci sera inopérant, laissant au gouvernement la possibilité de gouverner par décret, d’approuver des lois controversées telles que la future loi minière et la réforme du travail. L’opposition appelle à des élections dont personne ne sait quand elles se tiendront et utilise la colère de la population pour faire pression sur le gouvernement.

Deux jours auparavant, le 27 novembre, alors que nous quittions Port-au-Prince par la zone où se concentre la majorité des universités, nous sentons ce picotement, devenu familier, aux yeux et à la gorge. La police réprime une manifestation étudiante. Une autre manifestation ? demandai-je innocemment. On me répond : Il y en a presque tous les jours. En effet, j’avais été témoin la veille d’une manifestation pour un salaire minimum |5|.

Le pays est ainsi traversé de protestations mais dans un contexte très marqué par les intérêts politiques et électoralistes. Tous les mouvements sociaux n’appuient pas toutes les mobilisations. Il faut veiller à bien savoir à qui tu accordes ton soutien. Et le labyrinthe politique haïtien est complexe.

Manifestation du 18 novembre

Le 18 novembre des milliers d’Haïtiens ont gagné les rues de Port-au-Prince et d’autres villes importantes du pays comme Les Cayes et Cap Haïtien. La revendication principale : la démission du gouvernement de Martelly. La réalité qui la sous-tend : des inégalités criantes, un gouvernement corrompu, une paupérisation de la majorité appauvrie, un divorce entre cette partie de la population et le gouvernement. Les indignés haïtiens prennent aussi la rue.

A deux ans et demi de son élection, Martelly est perçu par une bonne partie de la population comme un corrompu aux tendances autoritaires, qui gouverne avec et pour l’élite du pays. Avec le soutien des États-Unis et de l’Europe, Martelly s’est imposé lors d’élections non exemptes de polémiques où la participation n’a pas même atteint 30%. Malgré les pressions exercées par les Nations unies elles-mêmes |6|, son gouvernement n’a pas présenté le budget 2014 et postpose depuis un an et demi les élections partielles du Sénat, prétextant la promotion d’une nouvelle loi électorale. La ’Communauté internationale’ est à nouveau préoccupée par la stabilité à Haïti |7| tandis que Martelly et ses hommes semblent davantage préoccupés de se maintenir au pouvoir.

En mai dernier, le Sénat a voté une résolution en faveur du retrait de la MINUSTAH (les Casques bleus) d’Haïti. Cependant, le 11 octobre, le Conseil de Sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an la présence des militaires étrangers (comme il fait depuis le coup d’État contre Aristide en 2004) afin de « maintenir la stabilité et la paix dans le pays », à la demande, dit-il, du gouvernement, qui semble être le seul à vouloir de ces forces d’occupation dans le pays.

Au niveau économique, les Haïtiens ne voient pas les fruits des milliards que la ’coopération internationale’ a destiné à Haïti (du fait de l’incompétence institutionnelle ou de la coopération internationale elle-même). « Le dernier budget prévoyait des coupes de 30% dans la santé, 20% dans l’agriculture et 30% dans l’éducation tandis que le budget du Palais National augmentait de 300% » relève Vicent Martelly, directeur de Oxfam à Haïti. La paupérisation massive de la majorité de la population (70% de la population, près de 7 millions de personnes, sont en situation d’insécurité alimentaire), la banalisation de la corruption et l’accumulation de richesse par quelques-uns attisent les protestations, qui semblent être instrumentalisées par l’opposition politique.

Les manifestations ce 18 novembre à Cap-Haïtien ont tourné à l’affrontement avec la police |8|. Des journalistes locaux ont dénoncé avoir été attaqués par la police et par des manifestants pro-Martelly et qu’un manifestant a reçu un tir à balle réelle. Certaines sources font état de 5 blessés |9|. A Port-au-prince, la police a dispersé la manifestation, forte de 10 000 personnes, alors qu’elle se dirigeait vers Pétion-ville, le quartier riche où réside le président |10|. Les gaz lacrymogènes, les sirènes, les jets de pierres et de bouteilles à la police par certains manifestants, ont entravé la relative tranquillité de Pétio-ville, qui contraste avec le reste de la ville et particulièrement avec les bidonvilles qui l’entourent.

Les manifestions du 18 novembre coïncidaient avec la commémoration de la bataille de Vertières, le 18 novembre 1803, lors de laquelle l’armée haïtienne, avec à sa tête Dessalines, mit en échec les forces de Napoléon, et à l’issue de laquelle l’indépendance d’Haïti fut proclamée (rappelez-vous, premier pays libre d’Amérique latine |11|, peuplé d’esclaves qui se sont libérés eux-mêmes). La Force patriotique pour le respect de la constitution (FOPARC), une organisation pro-Lavalasse (le parti de l’ex-président Préval) qui appelait à rejoindre cette mobilisation, affirme qu’elle représente un « second combat après celui de Vertières » |12|.

Source : Haití, los otros terremotos

Notes

|1| Président de 1971 à 1986.

|2| Les macoutes sont les membres de la milice paramilitaire des « Volontaires de la Sécurité Nationale » en Haïti, créée à la suite d’un attentat contre le président François Duvalier, le 29 juillet 1958. Elle sera ensuite employée par son fils et successeur Jean-Claude Duvalier.

|3| http://www.rfi.fr/ameriques/20131130-haiti-manifestation-contre-le-president-martelly-et-son-allie-americain

|4| Aristide fut président de la République d’Haïti en 1991 puis de 1994 à 1996 et de 2001 à 2004 avant son départ en exil le 29 février 2004 à la suite d’un coup d’État.

|5| http://haitiotrosterremotos.info/lang/en/las-oprimidas-y-los-500-gourdes/

|6| http://www.rtve.es/noticias/20130129/consejo-seguridad-onu-pide-elecciones-haiti-antes-2014/605396.shtml

|7| http://internacional.elpais.com/internacional/2013/11/16/actualidad/1384570893_713033.html

|8| http://rapadoo.com/2013/11/18/anti-government-protesters-march-in-haiti-abc-news/

|9| http://www.lematinhaiti.com/contenu.php?idtexte=37050&idtypetexte=

|10| http://hpnhaiti.com/site/index.php/politique/11021-haiti-manifestation-jets-de-pierres-et-de-bouteilles-tirs-de-gaz-lacrymogene-a-delmas-et-petionvil

|11| http://haitiotrosterremotos.info/lang/en/un-poco-de-historia-para-empezar/

|12| http://www.alterpresse.org/spip.php?article15489#.UrMekPjl0dp

Traduction : Cecile Lamarque

 

Source : cadtm.org

 

 

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