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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:49

ledevoir.com

Jean Riopel - Montréal  9 janvier 2012  Actualités en société

Les occupations ont cessé ou elles sont devenues carrément symboliques. Les manifestations se poursuivent et elles sont réprimées dans le sang et la violence. Les médias ont fait le bilan de l'année qui s'est terminée et un prestigieux magazine a même désigné l'Indigné comme la personnalité de l'année.

Malaise. Les nombreuses analyses me laissent à la fois songeur et dubitatif. J'en ai surtout contre cette manie qu'ont les médias de vouloir tout formater et je m'indigne de leur propension à poser un regard sur les gens et les événements qui reste marqué par la superficialité. On effleure le sujet, mais on se permet malgré tout de se lancer dans une sorte de post-mortem du mouvement qui en banalise plusieurs aspects.

D'abord, au sujet des raisons qui ont permis au mouvement de s'étendre à la planète toute entière. Les origines sont définies avec justesse, même si elles ne font que souligner les aspects les plus spectaculaires de l'indignation. La vague de fond qui a balayé la planète s'est gonflée dans des pays corrompus et répressifs. Pays qui, selon certains critères, trônaient parfois au palmarès des économies émergentes et prospères. Les éléments déclencheurs les plus sensationnalistes (le suicide d'un jeune désespéré) suffisent-ils à déclencher les soulèvements populaires? S'il en était ainsi, le chaos régnerait dans de nombreuses régions. L'utilisation des réseaux sociaux y est bien pour quelque chose, mais je suis avant tout scandalisé par l'engouement manifesté par les médias en général. Pourquoi l'information devrait-elle servir de véhicule promotionnel et publicitaire? On se garde une petite gêne!

Ras-le-bol

Personnellement, je considère que les raisons de s'indigner sont à ce point nombreuses que j'aurais peine à les énumérer sans craindre d'en omettre quelques-unes. Il en va de même avec le nombre de personnes en droit et en position de s'indigner; elles sont innombrables et insaisissables. La rage, la colère, la rancoeur, la révolte sont désormais présentes dans la plupart des sociétés. Elles sont la plupart du temps endiguées par la peur, le cynisme et l'individualisme, mais elles n'attendent que le moment propice pour éclater au grand jour. Je me dois d'ailleurs de saluer le pacifisme et le courage des tous ces gens qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol.

Mon bilan à moi n'a rien de reluisant, car il s'attarde surtout aux réactions des pouvoirs politiques et financiers. En Occident, cette crise a été gérée en utilisant les méthodes éprouvées du monde merveilleux des relations publiques. Les politiciens ont fait preuve d'une certaine sympathie envers ces indignés; certains acteurs de la finance et de l'économie ont dit comprendre, eux aussi! Les belles déclarations de principe ont fait écran au mépris et à l'inertie. C'est assez simple: on fait la sourde oreille, on adopte le profil bas dans les hautes sphères du pouvoir et de la richesse. C'est tellement simple, on laisse le temps passer et les choses aller. Tôt ou tard, le mouvement va s'essouffler, il va être démantelé et il va se retrouver dans les bilans de fin d'année sans influer négativement sur celui des entreprises.

Discours contaminés

Ma réalité n'est pas faite de ces espoirs de changement pointés par ce soulèvement, elle est celle des pays et des populations qui sont à la merci des marchés et de leur cruauté ou sous la botte des dictateurs et des militaires. Ma réalité est celle de ces jeunes hommes et de ces jeunes femmes privés d'avenir, de ces nations dépouillées d'une économie susceptible de leur offrir salaire et dignité. Elle est contaminée par ces beaux discours sur les vertus de la mondialisation et les prouesses des réseaux sociaux. Un parti pris pour une idéologie et des entreprises qui sont, rappelons-le, en tête de peloton dans la course aux profits.

Ma réalité est celle de la classe politique qui n'en finit plus de s'enfoncer dans la mauvaise foi et la cacophonie sans parvenir à cacher sa duplicité, son incompétence et ses incapacités. Je crois sincèrement que certaines choses ont changé dans la conscience d'un grand nombre de citoyens et que le mouvement est toujours vivant. Mais force est de constater que, pour l'essentiel des nombreuses raisons que l'on a de s'indigner, c'est business as usual!

***

Jean Riopel - Montréal

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:45
Arnaud LE BOT - aka - HARNELBE

Assemblée populaire des indignés de Saint-Brieuc #02 2012

Détails de l'événement

 

Assemblée populaire des indignés de Saint-Brieuc #02 2012

 

Heure: 9 Janvier 2012 de 11 00 à 13 30
Emplacement : 1 Place du Chai, 22000 Saint-Brieuc, France
Ville : Saint-Brieuc
Site web ou carte : http://www.indignago.org
Téléphone : O6 2I 6I IO B3
Type d'événement : assemblée, populaire, -, indignés, 99%, uncut, occupy
Organisé par: Arnaud LE BOT - aka - HARNELBE
Activité la plus récente : Vendredi


Description de l'événement

Lundi 9 Décembre aura lieu notre Deuxième assemblée populaire de l'année. Les deux sujets principaux abordés seront les actions du 14 et du 17 Janvier prochain.

 

RSVP pour Assemblée populaire des indignés de Saint-Brieuc #02 2012 pour ajouter des commentaires!

Rejoindre Breizhbook

 

http://www.breizhbook.com/events/assembl-e-populaire-des-indign-s-de-saint-brieuc-02-2012

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:41

http://democratiereelledunkerque.wordpress.com/2012/01/09/communique-des-indigne-e-s-de-dunkerque/

 

“Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade” Jiddu Krishnamurti philosophe indien.

La revue anglaise Times a visé juste lorsqu’elle a élu comme personnalité la plus importante de cette année “The Protester”, “Le Protestataire”. Car 2011 a été l’année du soulèvement citoyen, à la fois éclairé et pacifique, qui prit naissance d’abord en Islande, puis s’est diffusé dans le Monde Arabe (Tunisie, Maroc, Egypte, Syrie, Bahreïn,etc), en Europe (Grèce, Portugal, Espagne, Irlande, Italie, Belgique, Allemagne, France), mais aussi de l’autre côté de l’Atlantlique (USA, Chili, Brésil, etc) et émergeant désormais en Asie (Chine, Inde, Japon,etc)

L’émergence d’une conscience citoyenne s’élève en dépit du silence complice des médias traditionnels. C’est donc par la voie des médias alternatifs et des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter que l’indignation des peuples est une force qui est parvenue à s’étendre au monde entier.

Nous citoyennes et citoyens du dunkerquois, nous nous devions de créer le mouvement des Indignés dans notre ville. Nous n’appartenons à aucun parti politique, aucun syndicat, aucune institution; nous sommes de tous âges, de toutes catégories sociales confondues. Nous sommes pacifiques et fonctionnons de manière horizontale et autogérée. Nous considérons que la place publique est un haut lieu de rencontres, d’agora, de démocratie directe. Nous agissons au travers d’assemblées populaires pour lui rendre ce rôle oublié de tous ; Nous voulons vivre pleinement notre citoyenneté.

Nous sommes fatigués de nous plaindre dans notre quotidien sans apporter de réponse aux enjeux globaux qui le détermine, cela n’a aucun sens et ne fera jamais bouger les choses. Nous sommes fatigués d’être accablés par la crise, les plans de rigueur, l’injustice sociale, le massacre de notre éducation et de notre système de santé. Nous rejetons ce système qui privilégie les profits avant l’humain, qui détruit les droits des travailleurs et ne laisse aucune chance aux plus démunis. Nous sommes indignés par cette classe politique, qu’elle soit de gauche ou de droite, dont la seule préoccupation est de rassurer les agences de notations et les marchés financiers avant de rassurer les citoyens qui les ont élus ! 

C’est pourquoi depuis le 16 novembre 2011 nous nous réunissons chaque mercredi à 19h Place Jean Bart. Au départ nous étions cinq, puis dix, la semaine suivante une trentaine… Nous nous rendons compte au fil du temps que nous ne sommes pas seuls à vouloir être acteur du changement, et vous non plus maintenant !

Mais cela ne suffit pas, nous voulons accueillir un maximum de personnes, pour rendre le débat plus riche et plus représentatif, pour renforcer ce mouvement démocratique et ainsi avoir plus de poids et de visibilité sur le dunkerquois.

 Il ne s’agit plus de nous regarder et d’être passif, mais de nous rejoindre et de participer à ce grand mouvement citoyen d’ampleur internationale.

Nous vous invitons à assister à nos assemblées tous les mercredis à 19h Place Jean-Bart, de diffuser cette information à vos différents réseaux et de vous informer sur le mouvement en consultant les pages suivantes :

facebook : les indignés de dunkerque ( http://facebook.com/indignes.dunkerque )

twitter : indignés dunkerque ( https://twitter.com/#!/AcampadaDunkerq )

 

Les indigné-e-s de Dunkerque


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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:38

 

 

#14JA (en langage indigné sur twitter cela signifie « Journée Mondiale du14 janvier ») -

 

Les Indigné-e-s d'Aix Réelle Démocratie Maintenant en collaboration avec l'ATMF, Attac Aix, Anonymal et le soutien de Radio Zinzine participent à la 4ème Journée Mondiale des Indigné-e-s le14 janvier, journée internationale des Assemblées Populaires.

Ils seront au Jas de Bouffan, entre les immeubles Castor et Pollux, dès 9h du matin ce samedi 14, afin de préparer et déguster ensemble un couscous géant auto-géré et solidaire à midi dans une ambiance conviviale !

Le repas sera suivi d'une assemblée populaire sur le thème suivant : "violence et non-violence".

Venez nombreux participer à cette rencontre citoyenne, au-delà de toute appartenance politique ou syndicale afin de devenir force de proposition.

Pensez, si c'est possible, à amener vos assiettes et couverts pour éviter tout gaspillage. Pour compléter le plat pricipal, vous êtes invités à amener  une boisson et/ou une entrée ou un dessert

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:31

 

Créé le 09-01-2012 à 06h39 - Mis à jour à 15h42   

Par Le Nouvel Observateur avec AFP


Le ministre des Transports s'est engagé à explorer "la totalité des pistes" pour permettre aux 880 salariés de retrouver un

emploi

 

"C'est un gâchis énorme", a déclaré l'un des avocats des porteurs du projet de reprise en coopérative ouvrière (Scop). (AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA)

"C'est un gâchis énorme", a déclaré l'un des avocats des porteurs du projet de reprise en coopérative ouvrière (Scop). (AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA)

Quelques heures après la décision du tribunal de commerce de Paris, lundi 9 janvier, de prononcer la liquidation définitive avec cessation d'activité de la compagnie transmanche SeaFrance, le ministre des Transports, Thierry Mariani, s'est empressé de déclarer que "la totalité des pistes qui vont permettre aux 800 salariés de retrouver un emploi vont être explorées". "Notre préoccupation, c'est l'emploi", a-t-il ajouté, précisant que ses "pensées" allaient "aux salariés, qui se trouvent dans la situation de perdre leur emploi", après la décision du Tribunal de commerce.

François Fillon a confirmé que le gouvernement s'efforcerait de "trouver une solution" pour le millier de salariés de la compagnie transManche SeaFrance, dont le tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation définitive avec cessation d'activité. "Il faut être capable de trouver une solution", a déclaré le Premier ministre devant des journalistes en marge de la présentation de ses voeux à Matignon, affirmant vouloir "reprendre les discussions" avec les acteurs économiques et politiques du dossier pour sauver des emplois. "On a des possibilités partielles avec le groupe Dreyfus, des possibilités de reclassement avec la SNCF", a-t-il poursuivi. "Avec ça, on devrait pouvoir réussir à construire quelque chose".

"C'est un gâchis énorme, un gâchis social d'abord puisqu'il concerne le sort de 1.010 salariés, un gâchis économique également", a de son côté déclaré maître Philippe Brun, l'un des avocats des porteurs du projet de reprise en coopérative ouvrière (Scop), en référence aux 880 salariés de SeaFrance à Calais et aux 130 de la filiale britannique, confirmant la "liquidation définitive" de SeaFrance.

Aucune offre de reprise valable"

Plus tôt ce lundi, le tribunal de commerce de Paris a précisé sa décision : "Il n'existe aucune offre de reprise valable, l'activité ne peut être poursuivie, le tribunal met fin à la période de maintien de l'activité de SeaFrance", selon l'exposé oral des motifs de la décision par les juges.

L'offre de la Scop "n'est pas très différente de la précédente" et présente "le grave inconvénient de ne pas comporter le financement nécessaire pour redémarrer l'activité", a déclaré le président de la chambre à des journalistes.

A la suite du soutien imprévu de l'opérateur du tunnel sous la Manche Eurotunnel apporté lundi à la Scop, les avocats des quelque 880 salariés de SeaFrance avaient demandé un report de la décision, mais n'ont pas été suivis par le tribunal.

Or, selon les juges, un report est "incompatible avec l'urgence" de la situation.

Le PDG d'Eurotunnel avait annoncé dans un entretien à "Libération" de ce lundi qu'il allait soutenir le projet de sauvetage de SeaFrance par ses employés en se portant acquéreur des navires de la compagnie de ferries. 

36 millions d'euros d'indemnités de la SNCF

Peu avant la décision du tribunal, la SNCF avait annoncé dans un communiqué le versement "d'une somme d'un montant global estimé à 36 millions d'euros", en plus de ce qu'exige la loi, pour indemniser les salariés de la compagnie de ferries SeaFrance qui seraient licenciés. Le conseil d'administration de la SNCF avait approuvé lundi matin ces indemnités exceptionnelles "afin de proposer des solutions de soutien" aux salariés de SeaFrance.

Maison-mère de SeaFrance, la SNCF propose également la mise en place d'une cellule de reclassement et de recrutement "dans le groupe SNCF", si des licenciements avaient lieu, comme l'avait annoncé son patron Guillaume Pepy. Une offre qui avait laissé les salariés perplexes.

 

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:24
| Par La rédaction de Mediapart

Quatre ans après le début de la crise financière de 2007, la crise inter-bancaire ne faiblit pas, bien au contraire. Les banques européennes viennent de battre un nouveau record de dépôt auprès de la banque centrale européenne (BCE) avec 463,6 milliards d'euros déposés au 8 janvier 2012.

 

Les records de dépôts des banques commerciales auprès de la BCE sont battus semaine après semaine. La crise de confiance inter-bancaire, qui paralyse une partie de l'économie et sclérose notamment les prêts aux PME, semble donc s'approfondir un peu plus chaque jour. Ce phénomène dénote que les banques ne se font toujours plus confiance les unes les autres pour se refinancer entre elles, comme elles pouvaient le faire tout à fait normalement il y a encore quelques années et surtout sans aucune intervention des pouvoirs publics.

 

Pourtant, les taux offerts par la BCE sont loin d'être mirobolants, à 0,25%. Ils se situent d'ailleurs bien en deçà du taux de 0,369% qu'offre actuellement le marché interbancaire. Malgré cela, le placement auprès de la BCE est ce qui leur paraît le plus fiable. Voyant ce qu'elles ont dans leur propre coffre-fort -dettes d'États, produits dérivés toxiques- les banques savent qu'en cas de nouveau krack voire de défaut d'un État européen, ces voisines ne survivront pas, et que l'argent prêté à d'autres banques disparaîtrait en cas de défaut de paiement.

 

Cette ruée vers la BCE s'explique aussi par le prêt historique consentie par la BCE aux banques européennes le 21 décembre 2011. Les banques pouvaient venir se servir de façon illimité : elles ont emprunté pour 489 milliards d'euros à un taux de 1%. Mais les banques n'ont pas encore trouvé où investir cet argent et le retournent à l'envoyeur.

 

Pour restaurer la confiance, l'autorité bancaire européenne (EBA) oblige les banques européennes, dans le cadre des accords de Bâle 3, a augmenter leur réserves de fonds propres de 115 milliards d'euros pour atteindre 9% de leurs avoirs risqués pour pouvoir faire face à un effondrement de leurs valeurs. Mais quand on sait que, par exemple, sur presque 2000 milliards d'euros d'actifs, la BNP Paribas ne peut assurer la perte que de 55 milliards et qu'au delà, elle fait faillite : les doutes demeurent sur le marché, d'autant plus que les actifs risqués de la BNP s'élèvent à 600 milliards, toujours selon l'EBA. 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:20
| Par Louise Fessard

 

Denis Godard.  
Denis Godard.© DR

Un homme affirme avoir été violemment frappé, dans un commissariat parisien, par un policier agacé qu'il siffle «L'Internationale». Denis Godard, 47 ans, a déposé plainte le 6 janvier 2012 pour violences volontaires aggravées. Depuis son passage le même jour au commissariat du troisième arrondissement, il souffre d'une fracture du plancher de l'orbite (l'os sous l'œil) avec douze jours d'interruption temporaire du travail (ITT). La préfecture de police de Paris a indiqué lundi que l'inspection générale des services (IGS) avait été saisie.

Selon son témoignage recueilli dimanche par Mediapart, il a été interpellé en état d'ébriété rue Beaubourg à Paris, vendredi 6 janvier vers 5 heures du matin, par des policiers de la brigade anticriminalité, alors qu'il se trouvait avec deux de ses collègues, salariés de l'association Act-Up comme lui.

 

«Nous avions consommé de l'alcool, nous cherchions un taxi et Denis a accroché un scooter avec sa sacoche, on l'a relevé, mais les policiers n'ont rien voulu savoir et ont embarqué Denis», explique sa collègue Cécile Lhuillier, vice-présidente d'Acte Up. 

 

Amené au commissariat du troisième arrondissement, Denis Godard dit avoir été placé sur un banc dans un couloir bordé de cellules, en attendant l'examen médical de routine à l'Hôtel Dieu. «Je me suis mis à siffler l'Internationale, ce qui m'est passé par la tête, raconte-t-il. Un policier m'a dit qu'il fallait que j'arrête car "J'emmerdais tout le monde, ceux qui travaillaient et ceux qui dormaient".»


Denis Godard lui aurait demandé ce qu'il comptait faire pour l'arrêter et le policier lui aurait alors montré sa main.

 

«J'ai continué à siffler, poursuit-il. Le policier a fermé la porte donnant sur le hall du commissariat, ce qui fait que nous étions seuls, et il m'a frappé au visage, une seule fois et la main ouverte. Je lui ai dit qu'il n'avait qu'à continuer comme ça, car les choses se verraient. Il a répondu qu'il savait faire et avait l'habitude. Ensuite, ça s'est arrêté là, trois policiers sont arrivés pour m'emmener à l'Hôtel Dieu. Quand j'ai abordé le sujet, ils ont parlé d'autre chose. Et paradoxalement, j'étais persuadé que ça ne se voyait pas puisque le policier l'avait affirmé !» 

 

Après quelques heures en cellule de dégrisement, Denis Godard passe devant un officier de police judiciaire. «J'avais un coquard qui commençait à enfler, il a pris ma plainte, il semblait savoir de qu'il s'agissait, même si je ne connaissais pas le nom du policier», explique-t-il. Contacté dimanche soir, l'un des deux OPJ de service au commissariat du troisième n'était pas au courant des faits.

 

Denis Godard a été examiné samedi aux urgences médico-judiciaires de l'Hôtel Dieu.  «Les médecins étaient surpris par la violence du coup», explique-t-il. Il présente une fracture du plancher orbital et pourrait devoir subir une opération chirurgicale, car un nerf innervant la moitié du visage serait touché. «S'il est lésé, j'aurai un problème de sensibilité définitif pour la moitié du visage», précise-t-il.

 

Par ailleurs militant du NPA (mais ce militantisme, tout comme son emploi chez Act Up, qu'il n'avait pas mentionné aux policiers, n'ont, a priori, aucun lien avec les faits), Denis Godard se dit scandalisé qu'«un policier se sente suffisamment en situation d'impunité pour agir ainsi, dans un cas aussi anodin».

 

«Je suis un homme blanc, de nationalité française, âgé de 47 ans, que se passe-t-il quand ce sont de jeunes gens, arabes ou noirs, qui se font arrêter dans des situations plus chaudes ?», demande-t-il.

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:14

«On est donc en train de réfléchir sur comment faire en sorte que le logement social puisse mieux aider ceux qui travaillent», a déclaré le ministre de l'enseignement supérieur, Laurent Wauquiez. Cette proposition «met systématiquement en porte-à-faux les suggestions de L. Wauquiez avec la politique qu’il est censé soutenir depuis 2007», explique Didier Desponds, qui vient de publier  Pour en finir avec l’égalité des chances. Refonder la justice sociale.

 

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Laurent Wauquiez, maire UMP de la ville du Puy-en-Velay et ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche à ses heures perdues, est un homme pressé. Il n'arrête plus d'occuper le devant de la scène médiatique comme en témoigne son dernier livre publié chez O. Jacob « La lutte des classes moyennes », ayant fait l'objet d'une aimable promotion lors de l'émission de L. Ruquier du 17 décembre 2011, « On n'est pas couché ». La reprise du concept de lutte des classes appliqué aux classes moyennes peut surprendre. Un ministre en exercice de l'équipe Sarkozy revendiquerait un héritage marxiste... La pertinence même du concept serait surtout à interroger, si l'on excepte les catégories les plus aisées qui parviennent adroitement à défendre leurs propres intérêts en les faisant passer pour compatibles avec l'intérêt général (voir sur ce point les travaux des sociologues M. Pinçon et Mme Pinçon-Charlot), c'est bien davantage le délitement du sentiment d'appartenance à une classe et le morcellement de la société qui s'observent.  

 

La proposition la plus spectaculaire défendue par le ministre vise à réserver les logements sociaux à ceux qui travaillent. Elle part certes d'un constat qu'il est possible de partager (pour avoir un emploi, mieux vaut avoir un logement...) mais se heurte à un certain nombre de paradoxes, mettant systématiquement en porte-à-faux les suggestions de L. Wauquiez avec la politique qu'il est censé soutenir depuis 2007.

 

- Comment envisage-t-il de procéder pour réserver les logements sociaux à ceux qui travaillent alors que tous les experts en charge de la question pointent une pénurie de l'offre en regard de la demande effective, comme l'indiquent les rapports de la Fondation Abbé Pierre ?

 

- Si la loi SRU impose un pourcentage de logements sociaux par commune de plus de 1500 habitants en région Île-de-France et de 3500 hors de celle-ci, les réticences à construire proviennent le plus fréquemment de communes dirigées par des maires de la même couleur politique que L. Wauquiez. Il ne semble pas envisager d'accroître les sanctions contre celles qui ne respectent pas la loi.

 

- Si ceux qui ne travaillent pas ne peuvent accéder au logement social, quelles pistes alternatives s'offrent à eux ? Le parc locatif privé ne constitue sans doute pas la solution adéquate, les prix ayant connu dans ce domaine une forte appréciation, en particulier dans les grandes agglomérations. Il serait naturellement envisageable de  mettre en place des dispositifs visant à limiter cette flambée des prix comme ne l'envisage en aucun cas le gouvernement auquel appartient L. Wauquiez. Les contraintes se renforcent donc pour ceux qui n'ont pas la chance de disposer d'un emploi stable ni de revenus conséquents. L'accès au logement, que la loi du 31 mai 1990 présente comme un droit, se révèle ainsi de plus en plus hasardeux.

 

- Ces difficultés se trouvent accrues en raison des choix opérés pour résoudre les difficultés budgétaires. Le Premier ministre a ainsi annoncé une diminution des APL. Effective depuis 2010, ceci contribue à rendre moins solvables des ménages de jeunes adultes, en particulier ceux qui éprouvent des difficultés croissantes pour accéder au logement. L. Wauquiez ne s'est pas exprimé sur ce sujet qui affecte pourtant de nombreux étudiants.

 

- Face à ces multiples contraintes, financières et de localisation de l'offre résidentielle, de plus en plus de ménages optent pour des solutions alternatives de logement pouvant les conduire à résider de façon permanente sur des terrains de camping localisés aux marges des agglomérations. Or le gouvernement a récemment choisi de lutter de façon urgente contre ce type de résidence, limitant de nouveau les solutions adoptées par ceux qui n'ont guère de choix :. L. Wauquiez croit tenir la solution en souhaitant réserver les logements sociaux à ceux qui travaillent. Que pense-t-il de ceux qui choisissent des solutions résidentielles non conventionnelles en conséquence de leur solvabilité réduite et de la restriction de l'offre résidentielle accessible ? Ils nuisent probablement au caractère bucolique du paysage rural...

 

- Quant à ceux qui se trouvent dans la plus grande précarité, il est nécessaire de rappeler la réduction du nombre de places de logements d'urgence. Si la loi DALO (Droit Au Logement Opposable) du 5 mars 2007, a mis en place un dispositif complexe, destiné à permettre l'accès de tous au logement, elle nécessite de recourir à l'offre dans le parc social existant. Ceci concerne d'abord des ménages en grandes difficultés économiques. L. Wauquiez ne nous a pas indiqué s'il comptait revenir sur le dispositif, le modifier, le réserver à ceux qui ont un emploi même précaire quitte à laisser à la rue des familles avec enfants ?

 

Au final, cette proposition apparaît clairement pour ce qu'elle est : jeter un écran de fumée sur la faillite de la politique du logement mise en œuvre par son mentor, Nicolas Sarkozy, qui promettait de réduire la pauvreté en France et s'était engagé le 18 décembre 2006 à Charleville-Mézières dans un grand discours à la France qui souffre à ce que « d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur un trottoir et d'y mourir de froid », celui qui lors de sa campagne de 2007 souhaitait « permettre à chaque ménage d'être propriétaire ». Le club de réflexion créé par L. Wauquiez, la Droite sociale (ce qui dans la Novlangue actuelle signifie la stigmatisation systématique des catégories les plus défavorisées) a donc comme ambition de faciliter l'accès au logement de ceux qui ont déjà un travail, elle pourrait en cas de mise en œuvre accroître les difficultés des personnes à la recherche d'un emploi, en soumettant à une pression nouvelle celles qui résident dans le parc locatif social, voire les conduisant plus facilement à la rue. « Louable proposition » émanant d'une droite se prévalant des valeurs catholiques, dans un contexte de tensions accrues sur le marché du logement. Que l'on se rassure, cette double-peine que L. Wauquiez veut leur appliquer au nom d'un prétendu principe de responsabilité s'inscrit dans l'air du temps consistant à culpabiliser les plus fragiles. La Grande-Bretagne de J. Cameron fait de même avec l'approbation tacite du New Labour de E. Milliband. L. Wauquiez au final ne prend guère de risques, les catégories qu'il stigmatise lâchement n'auront guère d'incidences sur le plan électoral. Elles votent peu...

Pour conclure, je souhaiterais poser trois questions simples à L. Wauquiez :

  • 1) La perte d'emploi est-elle le stigmate d'une indignité personnelle justifiant l'ajout de nouvelles épreuves ?

  • 2) Dans le cas de l'adoption d'un dispositif s'inspirant des préconisations de la Droite sociale, que se passerait-il pour l'actif ayant eu accès à un logement social et perdant son emploi, devra-t-il rendre son logement, même s'il paye les traites de son loyer ?

  • 3) Si les « classes moyennes » que L. Wauquiez prétend défendre ont été affaiblies, quelle part de responsabilité porte la gestion mise en œuvre par l'actuel Président de la République ?

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Dernier ouvrage paru : Desponds Didier (sous la direction de) : «  Pour en finir avec l'égalité des chances. Refonder la justice sociale ». Edition Atlande, 2011.

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:09

 

Bonnes feuilles 09/01/2012 à 10h53

Rue89

 

 

« La Voix de son maître » d'Augustin Scalbert (Nova)

 

Journaliste à Rue89, Augustin Scalbert publie le 11 janvier chez Nova éditions « La Voix de son maître », une enquête sur les rapports entre France Inter et le pouvoir politique depuis 1963.

Il y décrit notamment les rapports compliqués entre Nicolas Sarkozy et la station et revient sur la nomination de Philippe Val et l'éviction de l'humoriste Stéphane Guillon.

Le président de la République avait France Inter dans sa mire dès le début de la campagne pour la présidentielle de 2007. Nous publions ci-dessous un passage du livre d'Augustin, qui donne un bon aperçu des relations compliquées entre Sarkozy et la station.

Le contexte : le 9 octobre 2006, fraîchement nommé animateur de la tranche du matin, Nicolas Demorand interviewe le candidat Sarkozy. C'est pour lui un baptême du feu, et l'interview s'avère très rude : Sarkozy descend Demorand, faisant bizarrement allusion à ses diplômes (il est normalien) et l'opposant à la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée l'avant-veille.

« Vous êtes le contraire de cette journaliste russe courageuse qui voyait tout, donc vous ne voyez rien. »

Environ un mois plus tard, le ministre de l'Intérieur invite quelques personnes de la radio publique à déjeuner place Beauvau. Ici commence l'extrait que nous avons choisi. (Les intertitres et liens hypertextes sont de la rédaction de Rue89)

 »Patrice Bertin vient voir Nicolas Demorand, et lui dit qu'il est invité. Demorand refuse : « Je ne veux pas entrer dans ces trucs-là : tu rencontres quelqu'un hors contexte, et il va te taper sur l'épaule, te dire : “Machin, comment tu vas ? ” » Absent au déjeuner, Demorand va être omniprésent dans la conversation.

Il pleut à seaux quand la petite équipe de France Inter franchit la grille du ministère de l'Intérieur, en cette fin de matinée de novembre. Il y a là le directeur de la radio Frédéric Schlesinger, le directeur de la rédaction Patrice Bertin, le chef des informations Philippe Bardonnaud, la chef du service politique Hélène Jouan et le journaliste politique Jean-François Achilli, chargé de suivre la droite.

« Sarkozy était ivre de rage »

Hélène Jouan est une des bêtes noires de Sarkozy sur cette antenne depuis qu'elle a fait allusion, en 2005, à ses problèmes conjugaux. [...] « Sarkozy était ivre de rage », rapporte un journaliste politique d'Inter à l'époque. « Franck [Louvrier] et Jean-François [Achilli] ont essayé d'arrondir les angles, mais pour Sarkozy, c'est une sorte de péché originel. De là est née sa rancœur contre Hélène Jouan. » (Interrogé sur ce point, Franck Louvrier dément).

Après le changement de mode de nomination du PDG de Radio France et l'arrivée de Philippe Val à la direction de France Inter, personne ne donne très cher de la peau de celle que Frédéric Schlesinger a nommée entre-temps directrice de la rédaction d'Inter.

Un journaliste affirme que juste après l'arrivée de Philippe Val, celui-ci voulait limoger la patronne de la rédaction et lui proposer l'animation du 18-20. Face à la dégradation du climat, Hees et Val auraient renoncé. Hélène Jouan a finalement quitté son poste pour prendre la direction des magazines de la radio, en mai 2011, à sa demande.

Elle a été remplacée par un rédacteur en chef de France Info, Matthieu Aron. Hélène Jouan ne prendra pas trop la parole, pendant ce déjeuner de novembre 2006 place Beauvau. Pas plus que Jean-François Achilli, d'ailleurs. La petite troupe de France Inter patiente un peu dans un salon, puis Nicolas Sarkozy arrive. Plutôt sympa :

« Bonjour, bonjour… Pardon de vous avoir fait attendre. Comment ça va ? »

Dans la salle à manger, Sarkozy s'assied en face de Schlesinger, avec Bertin à sa droite. Jouan, Achilli, Bardonnaud et un conseiller du ministre complètent le tour de table. Les mets sont succulents, mais la première demi-heure est « pestilentielle », selon l'un des convives. Sarkozy attaque bille en tête sur « Christophe Hondelatte ». Ses invités le regardent avec des yeux ronds, puisque Hondelatte n'officie plus à France Inter depuis 2000. « Ça continue comme ça pendant tout le début du repas », relate un autre convive. « On aurait dit qu'il le faisait exprès. »

« Paraît qu'il est normalien ? »

Au bout d'un moment, Hélène Jouan interroge le ministre :

« Vous êtes sûr que vous parlez de Christophe Hondelatte ? Mais il n'est pas à France Inter.
– Oui, enfin, celui qui est intelligent, celui qui a fait Normale sup, c'est bien ça ?
– Ah non, c'est Nicolas Demorand.
– Eh bien il n'est pas au niveau, pas du tout au niveau de France Inter. Quand on entend des gens comme Elkabbach, ça, c'est des journalistes. Elkabbach, à 70 ans, il est meilleur que votre Demorand à 35. Paraît qu'il est normalien, mais il est pas au niveau, hein. »

Tour à tour, Schlesinger et Bertin défendent leur animateur :

« C'est normal, il pose des questions à l'américaine. Il a peut-être une marge de progression, mais il est brillant.
– Et vous êtes difficile à interviewer. »

Sarkozy continue, sur le même ton, à fustiger Demorand. Impossible de l'arrêter : un ton extrêmement méprisant, un mépris ironique, un feu nourri de critiques. Le déjeuner commence sur un mode tellement déplaisant que le patron de France Inter et celui de la rédaction s'interrogent du regard, l'air de dire :

« On s'en va ? Qu'est-ce qu'on fait ? »

Puis Schlesinger intervient à nouveau :

« Monsieur le ministre, tous les jours vous jugez vos collaborateurs, nous jugeons les nôtres. Nicolas Demorand est bon. Pour nous, c'était de la bonne radio. »

« De la bonne radio, peut-être »

Au total, une vingtaine de minutes sur Demorand. Puis, tout à coup, Sarkozy se détend :

« Après tout, vous avez peut-être raison. Oui, de la bonne radio, peut-être. »

Un coup de fil interrompt alors le ministre, qui s'absente pendant dix minutes. Selon ce qu'a appris par la suite un des journalistes présents, il s'agissait du président Chirac. Quand il revient, Sarkozy est un homme totalement différent, changé. Il est jovial :

« Bon, passons à autre chose. Et alors, les sondages, ça marche pas mal, non ? »

Et là, Nicolas Sarkozy dresse un tableau complet de l'état de la radio en France, avec une expertise et une précision qui bluffent ses invités. Décidément détendu, il pose sa main sur le bras de Patrice Bertin, lui donne du « Patrice », le tutoie. La conversation devient courtoise.

« On l'emmène partout, Jean-François »

Le ministre de l'Intérieur complimente Jean-François Achilli, avec qui il apprécie d'aller sur le terrain :

« On aime bien partir avec Jean-François, il est bien Jean-François, il ne dit jamais rien. On l'emmène partout, Jean-François. »

Ensuite, Sarkozy parle politique. De sa probable adversaire, Ségolène Royal, la reine des sondages à gauche. Puis, en précisant que c'est « off the record », il se lance sur l'affaire Clearstream, affirme que « les officines gaullistes ne sont pas mortes ». Il balance quelques phrases assassines sur Dominique de Villepin, sur Michèle Alliot-Marie et sur Patrick Ollier, son compagnon. « Sur MAM, c'était limite », raconte un des participants. « Le degré zéro de la politique. »

Le maître d'hôtel apporte le dessert. Un dessert léger, mais Sarkozy n'en prend pas : il mange un fromage blanc maigre. Dans la foulée, il avale une bonne dizaine de chocolats.

Au bout d'une heure trente, le ministre s'excuse : « Il faut que j'y aille. » Il raccompagne ses hôtes dans l'escalier. Amical, il leur tape sur l'épaule, et leur dit : « Ne m'en veuillez pas pour le début, hein. Chuis comme ça. »

En sortant, les cinq salariés de France Inter sont un peu sonnés. Dans la cour de Beauvau, la pluie bat toujours le pavé. Interrogé sur ce déjeuner, Franck Louvrier dit n'en avoir « aucun souvenir ». »

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:03

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Colère

08/01/2012 à 18h26

Zineb Dryef | Journaliste Rue89 Audrey Cerdan | Photographe Rue89


 

Lassés par des politiques déconnectés de leur vie et par une pauvreté croissante, des citoyens révoltés se réunissent pour trouver le moyen de « vivre heureux ».

(De Corrèze) Ils sont vingt, assis en rond dans le salon de Corinne, une grande pièce éclairée par des guirlandes lumineuses et réchauffée par des dessins d'enfants. Sur les murs ont été punaisés, en prévision de la réunion, un « bout d'espérance » signé Hundertwasser, des slogans et un ordre du jour, encore vierge lorsqu'on arrive enfin.

Puy d'Arnac, à quelques 5 948 kilomètres de (Occupy) Wall Street et à un peu moins de 500 kilomètres de (Occupons) La Défense.

Pour arriver, on traverse en voiture de minuscules villages corréziens, on grimpe une pente impraticable l'hiver tant elle est raide, on se dit que cette campagne là est belle.

Il est 19h30. Tout le monde est déjà assis. Une grande table est dressée façon buffet au fond de la pièce. Chacun a apporté quelque chose. Certains se connaissent tous de longue date. Ils sont amis ou voisins. Ceux qui se connaissent peu se sont au moins aperçus une fois, au marché ou peut-être ailleurs.

« Vous voulez boire quelque chose ? »

On veut bien. La réunion doit commencer.


« La misère est plus cachée qu'en ville »

Corinne se lève. Elle sort son gros feutre et attend. « On doit faire l'ordre du jour. » Bavardages. Elle rit :

« Ce ne sont plus les “Indignés” mais les “Indisciplinés”. »

Elle noircit la feuille au fur et à mesure. « Consommer autrement », « Redéfinir notre identité », « Comment se faire entendre »... L'ordre du jour terminé, il faut maintenant déterminer dans quel sens le prendre : de haut en bas ou de bas en haut ?

Mais avant de débattre, certains veulent s'exprimer. Evelyne, calmement :

« A la campagne, il y a de la misère. Beaucoup de misère. On voit tous ces petits retraités... Les Restos du cœur de Beaulieu sont de plus en plus fréquentés, on le voit tous les jours. C'est plus caché qu'en ville mais ça existe. »

Les autres font oui de la tête.

« Les familles très pauvres ne savent pas qu'elles peuvent faire un potager, c'est hallucinant. Ils ont des terrains et ils ne savent pas. Ils n'ont plus le savoir. »

La pauvreté, Marie connaît. Avec quelques centaines d'euros par mois à plus de 50 ans, elle vit mal. « Survit ». Lorsqu'elle intervient, sa parole de colère et d'exaspération installe le silence parmi les autres :

« Il faut que les politiques sachent l'état de délabrement de nos vies. Le choix aujourd'hui, c'est de payer ses factures ou de manger. Il faut que les politiques parlent de ça, soient plus concrets. C'est une grande révolte. Les petits raccommodages ne suffisent pas. »

Djemel, futur crieur public des environs, timidement, suggère que les « Indignés », c'est justement de « faire sans les politiques ». Marie explose :

« Mais on ne veut pas faire avec, on veut aller contre ! Sur les plateaux télés, ils parlent de leur dette, mais on n'est pas économistes, on ne va pas hypothéquer la vie des gens ! On doit être intrusifs, aller à la télé, les faire parler de la vie des gens. »

« Les gens sont encore trop gentils »

De son sac, elle sort « L'Horreur économique », paru en 1996, de l'essayiste Viviane Forrester (la photo de quatrième est incongrue).

« Lisez-le, elle dit tout ! Ils nous écrasent. »

Le livre circule. Il est feuilleté longuement – de nombreux passages ont été soulignés avec vigueur.


Marie montre le livre de Viviane Forrester, « L'Horreur économique » (Audrey Cerdan/Rue89)

Louise, sa fille de 20 ans, se tient silencieuse à ses côtés. C'est la première fois qu'elle participe à une réunion politique.

« Ma mère m'a traînée là mais elle a raison, les gens sont encore trop gentils. »

Ces derniers jours, quelqu'un du conseil général de Corrèze lui a annoncé qu'elle n'aurait pas de bourse pour ses études d'arts appliqués à Bordeaux. Il n'y a plus d'argent. Ça la secoue, elle ne sait pas bien comment elle peut faire.

Ce qui la secoue plus encore, c'est ce suicide à Collonges-la-Rouge, il y a quelques jours. Quelqu'un que tout le monde dans ce salon connaissait. Peut-être s'est-il suicidé à cause de ses dettes, personne ne sait. Marie s'énerve :

« Ce n'est plus possible. »

« Peut-être que les “Indignés”, c'est cela, recréer des liens pour éviter ces drames », dit Corinne. Quelqu'un qui n'était pas au courant pleure.

Evelyne reprend la parole pour dire que les « Indignés » servent à éveiller. Parce que la majorité de la population n'est pas dans la prise de conscience mais dans la survie :

« Quand je parle du potager, c'est pour dire aux gens, leur montrer qu'ils peuvent être autonomes. Il faut montrer qu'il y a des alternatives de vie et qu'on est heureux. »

Une participante réplique :

« Mais si on est heureux, on n'a pas à se réunir. »

Anne, l'une des plus engagées, clot le débat :

« C'est vrai, en face de nous, on a des pouvoirs qui nous écrasent, on est sacrifiés mais on doit pouvoir vivre heureux. »

Corinne qui reçoit ce soir – les lieux de réunions sont tournants – lève la séance. On reprendra après avoir fumé et un peu mangé.

« C'était bien, les vœux écrits sur les étoiles »

Qui sont-ils ces « Indignés » corréziens ? Il y a là des agriculteurs, une maraîchère, un plombier-chauffagiste, des artistes, une femme au foyer revendiquée, un menuisier, des artisans...

Parmi eux, rares sont ceux qui ont un passé d'engagement politique mais ils sont tous plein de cette révolte nouvelle contre « eux ». Eux, ce sont les politiques, les médias, les grands groupes, leurs logos au-dessus des factures qui montent.

Par petits groupes, ils allument des cigarettes dans l'obscurité du dehors ou se resservent autour de la table. Ils parlent de tout et aussi de la dernière manifestation à Tulle, ils étaient cinquante, c'était pas mal.

« C'était bien aussi, à Meyssac, les vœux écrits sur les étoiles. Les gens s'arrêtaient pour les lire », dit quelqu'un lorsque la réunion reprend. Ils ont l'air comme ça d'être ce qu'on désigne par « doux rêveurs » mais non, ils sont décidés à tout changer, à « tout faire basculer », à se mettre hors du système.

C'est pour cela que sont nées ces réunions. Alors, depuis la fin du mois d'octobre, ils discutent et manifestent sous la bannière des « Indignés » en se demandant encore ce que ça peut bien vouloir dire.

Ils disent ne pas vouloir de chef, ils disent vouloir communiquer leur révolte, apporter des réponses, non, pas apporter des réponses plutôt des pistes. Ils disent aussi vouloir transmettre ce qu'ils vivent, être entendus mais pas par des syndicats et des partis perçus comme opportunistes.


« Il faudrait raper son savon devant un Lidl »

Kevin, 28 ans, propose d'organiser des rencontres entre associations du coin, petits producteurs et consommateurs. Circonspects, certains font observer que ça s'est déjà fait, qu'on retrouve toujours les mêmes personnes.

« Moi, j'aimerais qu'on aille à la rencontre des gens qui ne vont jamais à ces trucs là.

– On peut aller sur les marchés où on trouve M. et Mme Tout le Monde. Le but c'est de toucher des gens ordinaires.

– C'est vrai, parce que si c'est pour tomber sur les convaincus...

– Dans les marchés, ce sont des gens aisés.

– Moi pour faire ma lessive, j'utilise du savon de Marseille râpé. On pourrait, par exemple, au supermarché, se mettre à râper des savons de Marseille pour montrer aux gens que ça coûte moins cher que des packs de lessive et que ça lave aussi bien.

– Oui, mais ça existe déjà dans les bouquins.

– C'est bien de le montrer. Ca fera faire des économies à ceux qui en ont besoin.

– Il faudrait le faire devant un Lidl alors. »

La soirée avance, les idées surgissent. Pourquoi ne pas encourager ceux qui ont un jardin à produire ? Mais ceux qui n'ont pas de jardin ? Ils peuvent acheter des produits à ceux qui en ont, leurs produits en plus, ça se faisait autrefois. Se pose alors la question de la légalité. Une participante se fait pédagogue :

« Je ne paye pas mes factures. De toute façon, même si je voulais, je ne peux pas. Du coup, je ne paye que ce que je dois. Pour l'eau, par exemple : les taxes d'assainissement, le forfait de je ne sais pas quoi et l'aménagement de la station d'épuration, c'est non. Je paye uniquement ce que je consomme. Parce que je ne trouve pas ça juste. Je leur écris pour leur dire. »

L'assemblée est perplexe : mais il se passe quoi ?

« Je paye uniquement ce que je dois, et sinon j'écris à Hollande [président du conseil général de Corrèze, ndlr].

– Et tu fais ça depuis quand ?

– Depuis que je suis pauvre. Depuis trois ou quatre ans. »

Indignation en Corrèze, mode d'emploi

Cette vingtaine de Corréziens s'indigne et a l'intention de faire plus encore. Ensemble, ils veulent peser. Leur mode d'emploi :

  • une assemblée générale d'information sur la désobéissance civile pour échanger des « trucs » ;
  • des actions concertées pour ne pas « que quelqu'un se retrouve seul au tribunal » ;
  • des actions locales  ;
  • des manifestations, encore et encore, pour rassembler autour d'eux.

Le 15 janvier, ils seront à Brive. Ce sera la journée mondiale des Indignés.

Vous faites aussi partie d'un groupe qui s'indigne ? Racontez-nous dans les commentaires.

 


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