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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:47
http://presentation.mouvement-zeitgeist.fr/mebr.html

Modèle Économique Basé sur les Ressources (MEBR)


  

 

Le Mouvement Zeitgeist propose que nous travaillions à la mise en place d'un modèle économique mondial basé sur les ressources, dans lequel les ressources planétaires sont reçues en tant qu'héritage commun de tous les habitants de la Terre. La pratique actuelle de rationalisation des ressources par le biais de méthodes monétaires est impertinente, contre-productive, et est loin de satisfaire les besoins de l'humanité.

 

Simplement, un Modèle Économique Basé sur les Ressources utilise les ressources existantes - plutôt que l'argent - pour fournir une méthode de distribution équitable de la manière la plus humaine et efficace possible. Dans un système dans lequel tous les biens et services sont mis à disposition de chacun sans l'utilisation d'argent, de crédit, de troc ou toute autre forme de dette ou servitude.

 

Afin de mieux comprendre ce modèle, considérez ceci. Si tout l'argent dans le monde disparaissait du jour au lendemain, tandis que les terres arables, les usines, le personnel et les autres ressources étaient laissées intactes, nous pourrions construire tout ce dont nous avons besoin pour satisfaire la plupart des besoins humains. Ce n'est pas d'argent dont les gens ont besoin, mais plutôt d'un accès à la plupart de leurs besoins sans avoir à s'inquiéter à propos de la sécurité financière ou avoir à recourir à une bureaucratie gouvernementale. Dans une économie d'abondance basée sur les ressources, l'argent deviendrait impertinent.

 

Nous sommes arrivés à un moment où les nouvelles innovations dans la science et la technologie peuvent facilement fournir une abondance pour tous les peuples du monde. Il n'est plus nécessaire de perpétuer le retrait conscient d'efficacité par l'obsolescence planifiée, perpétuée par notre système de profit vieillissant et périmé. Si nous sommes véritablement préoccupés par l'environnement et par nos frères humains, si nous voulons réellement mettre fin aux conflits territoriaux, à la guerre, à la pauvreté, à la criminalité, et à la famine, nous devons consciemment reconsidérer les processus sociaux qui nous ont conduit à un monde dans lequel ces facteurs sont communs. Que cela vous plaise ou non, ce sont nos processus sociaux - nos pratiques politiques, nos systèmes de croyances, notre économie basée sur le profit, nos normes comportementales axées sur la culture - qui conduisent à et soutiennent la famine, la guerre, la maladie et les dommages environnementaux.

 

L'objectif de cette nouvelle conception sociale est d'encourager un système stimulant qui ne sera plus dirigé par les objectifs superficiels et égocentriques de richesse, de propriété et de pouvoir. Ces nouvelles motivations encourageraient les gens vers l'accomplissement de soi et la créativité, à la fois matérielle et spirituelle.

 

En résumé, le Modèle Économique Basée sur les Ressources :

  • Est un système global dans lequel les ressources de la planète sont déclarées comme héritage commun à toute personne dans le monde. 
  • Est un système dans lequel tous les biens et services sont disponibles à chacun sans l'utilisation de monnaie, troc, ou tout autre forme de dette ou servitude.
  • Applique une approche systémique de la société et gère les ressources de la Terre de manière holistique, tout en rationalisant la production afin de réduire les pertes.
  • Présente un système où le bien-être de l'homme et la préservation de la Terre est priorité plutôt que profit.
  • Est un système basé sur l'automatisation de machines plutôt que sur le travail humain, libérant tous les gens de travaux insignifiants et répétitifs.
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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:41

 ghi.ch

Par Sarah Zeines, 05 janvier 2012

 

Inviteés à quitter le parc desBastions au 31 décembre, les Indignés sont finalement autorisés à camper au moins jusqu'au 11 janvier.
PARC DES BASTIONS • «Les Indignés des Bastions pourront rester dans leur campement en ce début d'année», informe Rémy Pagani, conseiller administratif en charge du Département des constructions et de l'aménagement. En effet, initialement prévu le 31 décembre, le délai de départ du groupement de militants a été prolongé: «Les campeurs resteront au même endroit jusqu'à la prochaine séance du Conseil administratif agendée, le 11 janvier, informe le ministre. C'est à ce moment que nous prendrons une décision définitive. En attendant, ils peuvent camper sans souci.»

Demande renouvellée


La raison de cette dérogation provisoire? Une demande de renouvellement de l'autorisation d'occupation du domaine public. Imposé par le Conseil administratif, le formulaire avait provoqué la colère des Indignés au mois de novembre. A cette époque, ils contestaient notamment la fixation d'un délai de départ (GHI du 24.11.11).
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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:41

 

 

Pour David Graeber, anthropologue, militant et théoricien libertaire, activiste d'« Occupy Wall Street », la vague de rébellions de 2011 dans le monde est le début d'un nouveau cycle révolutionnaire.

 

 

 

 

Manifestation d' «Occupy Wall Street », à New York.  
Manifestation d' «Occupy Wall Street », à New York.

 

Des intellectuels de gauche étasuniens, on connait, ici, Noam Chomsky, linguiste et anarchiste, Naomi Klein, journaliste et altermondialiste, ou encore Howard Zinn (décédé en 2010), historien militant, auteur notamment d' « Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours ».

 

 

David Graeber, avec les Indignés à New York. David Graeber, avec les Indignés à New York.

 

 

David Graeber, 50 ans, qui bénéficie d'une renommée comparable outre Atlantique où il est reconnu comme « le meilleur théoricien anthropologique de sa génération », est encore quasi inconnu des Français. Auteur de plusieurs livres originaux de réflexion sur l'actualité de l'anarchisme, il a contribué au numéro spécial du magazine Adbusters(connu notamment pour avoir lancé l'appel d' « Occupy Wall Street »), de janvier 2012, « The Big Ideas of 2012 », avec un article (version originale, en anglais, ICI) où il s'interroge sur les suites possibles des révolutions et des rébellions dans le monde, en 2011.

 

 

 

Situating Occupy

 

Lessons from the revolutionnary past

 

« Sommes-nous en présence

d'un changement fondamental, comme en 1789,

et pas seulement à une mutation des pouvoirs en place ?

Il est impossible de le dire,

mais il y a des raisons d'être optimiste. »

 

La Révolution française aurait pu se cantonner à un seul pays, mais elle a rapidement transformé en profondeur tout l'occident. En seulement vingt ans, ses idées, auparavant considérées comme de folles utopies (que le changement social pouvait être vertueux, que les gouvernements devaient gérer le changement social, qu'ils tenaient leur légitimité du peuple), ont pris corps.

 

 

1848 à Berlin. « En 1848, les révolutions ont éclaté simultanément dans cinquante pays différents, de la Vallachie au Brésil. »  
1848 à Berlin. « En 1848, les révolutions ont éclaté simultanément dans cinquante pays différents, de la Vallachie au Brésil. »

 

Et si les révolutionnaires n'ont nulle part réussi à prendre le pouvoir, les institutions inspirées de la Révolution française se sont ensuite partout imposées.

 

Le même processus s'est déroulé au XXe siècle. Certes, les révolutionnaires ont pris le pouvoir en 1917 en Russie, mais ce que Wallerstein a appelé la « révolution mondiale de 1968 » ressemblait plus à celle de 1848 : de la Chine à la Tchécoslovaquie, de la France au Mexique, nulle part les révolutionnaires n'ont pris le pouvoir, mais partout « 68 » a commencé à transformer l'idée même de révolution.

 

 

Lénine... « 1968 n'a pas consolidé la révolution russe, il a été le premier pas significatif dans la direction opposée. »  
Lénine... « 1968 n'a pas consolidé la révolution russe, il a été le premier pas significatif dans la direction opposée. »

 

D'une certaine manière, la séquence du XXe siècle était très différente de celle du XIXe. La révolution bolchévique a représenté l'apothéose finale de l'idéal jacobin de transformation de la société par en haut. L'esprit de la révolution mondiale de 1968 a été plus anarchiste.

 

Un étrange paradoxe, puisque, à la fin des années 60, l'anarchisme avait pratiquement disparu comme mouvement social de masse. Pourtant son esprit a tout envahi : la révolte contre le conformisme bureaucratique, le rejet de la politique partidaire, le dévouement à la création d'une nouvelle culture libératrice permettant une véritable auto-réalisation des individus.

 

 

Manif de féministes Noires en 1970. « Le féminisme moderne, principal héritage de 1968. »  
Manif de féministes Noires en 1970. « Le féminisme moderne, principal héritage de 1968. »

 

L'héritage le plus durable de « 68 » est le féminisme moderne. Les impératifs et les sensibilités du féminisme radical — la conscience anti-hiérarchique, la volonté de substituer le débat et le consensus aux rapports de force traditionnels, la remise en cause de toutes les inégalités... — se sont introduits en profondeur dans nos existences quotidiennes. Ainsi l'anarchisme, comme mouvement social, renaît-il à nouveau de ses cendres.

 

 

1989, place Tienanmen... « C'est l'esprit de rébellion des années 60 qui a inspiré les soulèvements contre le “socialisme”. »  
1989, place Tienanmen... « C'est l'esprit de rébellion des années 60 qui a inspiré les soulèvements contre le “socialisme”. »

 

Ces dernières années ont vu surgir une série de petits « 68 ». , qui ont débuté place Tienanmen pour aboutir à l'effondrement de l'Union soviétique, esprit de rébellion détourné ensuite par le capitalisme néolibéral. Ensuite, à partir de la révolution zapatiste qui débuta en 1994, ce fut l'émergence de l'alter mondialisme fondé sur la décentralisation et la démocratie directe. La perspective d'avoir à faire face à un véritable mouvement mondial et démocratique a suscité la peur des autorités américaines. Au point que celles-ci ont eu recours à leur antidote classique : la guerre, sur une échelle la plus grande possible.

 

Et là, le gouvernement américain a bénéficié de l'avantage extraordinaire d'un prétexte : le terrorisme des droites islamiques, aussi sauvagement ambitieux qu'hétéroclite. Plutôt que de traiter le problème à sa source, le gouvernement américain a préféré dépenser des milliards de dollars en dépenses militaires, en pure perte. Dix ans plus tard, l'impérialisme, à son paroxysme, semble avoir sapé les fondements même de l'empire américain. Nous assistons aujourd'hui à son effondrement.

 

 

Les Indignés en Israël, aussi... « La vague de rébellion a explosé partout. »  
Les Indignés en Israël, aussi... « La vague de rébellion a explosé partout. »

 

Rien que de très logique : en grande partie, de la même façon que les révoltes qui ont abattu le pouvoir soviétique ont débuté dans des pays comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie, la vague de rébellion contemporaine s'est répandue à travers la Méditerranée, d'Afrique du Nord au sud de l'Europe, puis, beaucoup plus hésitante au début, à travers l'Atlantique, à New York... Et, en quelques semaines, elle a explosé partout.

 

À ce stade, il est extrêmement difficile de dire sur quoi cela va déboucher. Après tout, la caractéristique des évènements véritablement historiques est d'avoir échappée à toute prédiction. Sommes-nous en présence d'un changement fondamental, comme en 1789, et pas seulement à une mutation des pouvoirs en place ? Il est impossible de le dire, mais il y a des raisons d'être optimiste.

 

 

Permettez-moi de conclure en citant trois de ces raisons.

 

 

Le manifestant « personnage de l'anneé » pour Time Magazine. « La révolution de 2011 s'est propagée vers le centre impérial. »  
Le manifestant « personnage de l'anneé » pour Time Magazine. « La révolution de 2011 s'est propagée vers le centre impérial. »

 

Premièrement, aucune des révolutions mondiales précédentes n'a eu lieu au centre du système. La Grande-Bretagne, la principale puissance impériale du XIXe siècle, a été à peine touchée par les soulèvements de 1789 et 1848. De la même manière, les États-Unis sont resté largement à l'abri des grands moments révolutionnaires du XXe siècle. Fait sans précédent, la révolution de 2011, elle, s'est propagée vers le centre impérial lui-même, les États-Unis.

 

Cette fois-ci, l'élite au pouvoir ne peut pas commencer une guerre. Ils ont déjà essayé, mais ils n'ont pas les cartes en mains pour y parvenir. Et cela fait toute la différence.

 

 

« L'image de mecs blancs, d'âge moyen, en costume... peut-être l'image la plus spectaculaire d'“Occupy”. »
« L'image de mecs blancs, d'âge moyen, en costume... peut-être l'image la plus spectaculaire d'“Occupy”. »

 

Enfin, la propagation des sensibilités anarchistes et féministes a ouvert la possibilité d'une véritable transformation culturelle. Car telle est la grande question : peut-on créer une culture véritablement démocratique ? Peut-on changer nos conceptions fondamentales de la politique ? Pour moi, l'image de mecs blancs, d'âge moyen, en costume, dans des endroits comme Denver ou Minneapolis, apprenant patiemment les rudiments de la démocratie directe avec des prêtresses païennes ou des militants Noirs et anarchistes, est peut-être l'image la plus spectaculaire du mouvement « Occupy ».

 

 

New York, automne 2011...  
New York, automne 2011...

 

Bien sûr, tout cela est peut-être la première étape d'un nouveau cycle de récupérations et de défaites. Mais si nous assistions à un autre 1789, un moment où nos conceptions de base de la politique, de l'économie, de la société, sont sur le point de se transformer, c'est précisément ainsi que tout commencerait.

 

DAVID GRAEBER

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:37

ouestafrikablog.net

 

A l’image des vagues de révoltes qui ont rythmés l’actualité cette année dans le monde, 2011 aura été pour le Sénégal une année mouvementée et riche en évènement. De la tenue du forum social mondial en passant par les nombreuses manifestations contre la vie chère et les coupures d’électricités, 2011 symbolise surtout, l’année des Indignés.

Cheikh Tidiane Seck,  membre de la société civile, analyse les nombreux soubresauts de cette année comme étant le fruit d’une année pré-électorale plutôt tendue au Sénégal.  « Pour nous, acteur de la société civile, 2011, fait partie des années les plus perturbées en matière de violation du droit des hommes au Sénégal. De nombreuses manifestations ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre, et jusqu’à nos jours nous nous battons pour que justice soit rendu aux victimes. » 

Les nombreuses manifestations et descentes dans les rues des populations, cette année sont autant de baromètres révélateurs de la frustration du peuple.

Vie chère, spoliation des terres liée au découpage administratif de plusieurs localités, à Rufisque, ville porte d’entrée de la capitale Dakar, l’année 2011, est à l’image du pays.  « Ici les événements de cette année finissante les plus marquants sont les manifestations de Sangalkam  et le décès de l’ancien maire de Rufisque Ndiawar Touré qui a été vécu comme un choc dans la ville » explique  Amadou Bayal Sow, journaliste et habitant de la ville. 

2011 s’en va, mais ces nombreuses manifestations continuent de rythmer l’actualité. La hausse du prix du carburant ces dernier jours a entrainé une grève des transporteurs dans plusieurs localité du pays.  A Rufisque, les commerçants ont entamés une grève contre l’insécurité et l’insalubrité de leur espace économique. Une grève qui se veut maintenant illimitée pour durcir le ton. Des événements majeurs de la vie des populations qui annoncent déjà, la couleur de l’année 2012.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:32

 

npa2009.org


tean-3-indignés539.jpg

 

Depuis le printemps 2011, de nombreuses manifestations pacifiques spontanées, rassemblant jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de personnes, ont lieu à travers le monde. Au commencement, c’est peut-être le mouvement « Geração à rasca » (« génération dans la dèche »), lancé le 12 mars au Portugal et reconnu comme la plus grande manifestation que le pays ait connue depuis la révolution des œillets en 1974, qui inspira ce que l’on appelle aujourd’hui le mouvement des IndignéEs.

Celui-ci voit le jour, en Espagne, le 15 mai, avec pour unique revendication celle d’une réelle démocratie. Le mouvement du 15 mai, se réclamant aussi des influences du printemps arabe, et des mouvements grec et islandais de 2008, a alors très vite pris une certaine ampleur dans la péninsule ibérique. Considérant que les partis politiques ne les représentent plus et ne prennent aucune mesure en leur faveur, les Indignados espagnols se mettent à camper sur les places principales des villes, notamment à la Puerta del Sol à Madrid, jusqu’aux élections du 22 mai 2011.

Ces manifestantEs, pour la plupart assez jeunes et fortement touchéEs par le chômage, reçoivent alors l’appui de plus de 500 associations très diverses (tout en refusant la collaboration avec les partis politiques et les syndicats) et dénoncent le chômage, les mesures d’austérité et le pouvoir des banques. Les forces anti-émeutes finissent par les déloger avec violence et par interdire tout rassemblement mais la mobilisation ne s’arrête pas là, puisque le mouvement du 15 mai s’exporte très vite à l’étranger.

Des mouvements similaires, qui se réfèrent aux « IndignéEs », apparaissent alors dans d’autres pays. L’indignation devient européenne. Mais ces mobilisations, en mai 2011, sont bien moindres en dehors de l’Espagne. Il s’agit le plus souvent de manifestations quotidiennes rassemblant entre 30 et 300 personnes.

La Grèce après l’Espagne
Dès le 25 mai, c’est la Grèce qui s’indigne. À Athènes, sur la place Syntagma, les IndignéEs grecs convergent pour dénoncer la gestion désastreuse des finances publiques, les plans de rigueur imposés par le gouvernement et la corruption des hommes politiques. Le 5 juin, on estime entre 100 000 et 500 000, les personnes rassemblées en ce lieu. Puis le 15 juin, c’est un appel à la grève générale qui est lancé à la population afin de rejoindre les « IndignéEs » devant le Parlement.

À la suite de cette pression, le 9 novembre, le Premier ministre George Papandréou démissionne pour laisser place à un gouvernement d’union nationale dirigé par Loucas Papadémos. En Belgique, le mouvement des IndignéEs s’établit lui aussi dans plusieurs villes du royaume (Bruxelles, Liège, Namur…) regroupant quelques centaines de personnes jusqu’à ce que la police procède à l’expulsion des campements d’Ixelles et de Liège. Il faut attendre le mois de septembre et l’arrivée des marches européennes à Bruxelles pour voir à nouveau des IndignéEs en masse dans la capitale européenne.


En France, les premières manifestations de soutien aux Espagnols ont eu lieu aussi très vite. Le 15 mai, ils se rassemblent à Bayonne et les 19 et 29 mai à Paris, où 3 000 personnes convergent place de la Bastille. Dans plus d’une cinquantaine de villes, des manifestations et des rassemblements ont également lieu. Le mouvement se construit progressivement mais les difficultés restent massives : la répression policière est importante et toute tentative de campement est systématiquement compromise.

Le mouvement traverse l’Atlantique
À l’automne, les IndignéEs parisiens se sont mis à occuper la Défense, en écho aux actions d’« Occupy Wall Street », mouvement né aux États-Unis et lié à celui de « ¡Democracia real ya ! » Lancé par le magazine canadien Adbusters et relayée par plusieurs groupes de désobéissance civile américains dont les Anonymous, ce mouvement anticapitaliste sans leader s’indigne outre-Atlantique contre le trop grand pouvoir de la finance et l’accroissement des inégalités sociales. Il affirme représenter « les 99 % de la population contre les 1 % les plus riches ». L’occupation d’une place à Wall Street lance l’indignation à travers tout le pays. Le 6 octobre, on comptait 146 villes américaines mobilisées. Plus de 30 000 New-Yorkais sont finalement descendus dans les rues en résistance contre l’austérité.

Cette occupation a aussi donné des idées aux Londoniens puisque le 15 octobre, un collectif appelé « Occupy LSX » (Occupy London Stock Exchange) appelle à la première manifestation d’IndignéEs à Londres. Des tentes sont alors installées sur le parvis de la cathédrale Saint-Paul, au cœur de la City, puis sur Trafalgar Square et enfin dans un immeuble inoccupé de la banque suisse UBS, réquisitionné pour y créer une banque d’idées. Les forces de l’ordre interviendront mais l’exaspération est là, comme en témoignent les 2 millions de salariéEs de la fonction publique anglaise qui participent à la première grève générale depuis 1979 à Londres.

Cette même exaspération, alimentée par la hausse du coût de la vie et des inégalités, a aussi précipité, le 3 septembre, près d’un demi-million de personnes dans les rues à Tel-Aviv et dans les principales villes du pays. La démocratie israélienne est profondément malade de son système électoral et de la corruption ambiante. Les politiques israéliens sont interpellés par ces IndignéEs.

Et gagne l’Est
Tout comme en Russie d’ailleurs. En effet, au lendemain des élections russes et son lot de falsifications massives de la part du parti du pouvoir, presque 10 000 personnes se sont retrouvées à manifester dans la capitale. Après quoi, plus de 300 personnes ont été arrêtées à Moscou et autour de 200 à Saint-Pétersbourg. Le 10 décembre, alors qu’était annoncée une journée nationale de protestation, 100 000 personnes ont défilé sur la place Bolotnaïa, à Moscou, et à peu près autant en province, toutes villes confondues. Dans les rues, comme dans les autres pays, c’est un mélange d’euphorie de se retrouver ensemble et de colère face à cette usurpation de démocratie.

De la Tunisie à l’Espagne, de la Grèce à la France, du Royaume-Uni à Israël, des États-Unis à la Russie, la protestation se répand comme une traînée de poudre, et sur les places du monde les citoyenEs se rassemblent. Les situations de tous ces pays sont pourtant extrêmement différentes : les IndignéEs européens dénoncent les mesures d’austérité, les Uncuts anglais dénoncent les coupes budgétaires, les Occupy anglo-saxons ont pris pour cible la finance, les Russes s’indignent eux de la fraude électorale...

Autant de combats qui exigent la mise en place d’une réelle démocratie, d’une réelle réappropriation de l’espace public. À travers les assemblées populaires et l’exercice du consensus, le pouvoir est à nouveau entre les mains de tous. Le mouvement des IndignéEs s’autogère et met la démocratie participative au centre des débats. Les exigences locales sont mises en réseau et portées à d’autres niveaux, avec une mutualisation des revendications autour de ce même axe démocratique.

Mais quelles peuvent être les perspectives au niveau mondial ? Les luttes restent très localisées et les revendications très générales. Il faudra suivre avec attention ce à quoi aboutira l’appel à la grève internationale lancé pour le 15 mars 2012 et les projets portés par ces différents pays qui s’indignent... Même si le mouvement emportera très probablement l’adhésion des populations, il y a fort à parier que les perspectives seront bien difficiles à trouver pour ces IndignéEs.

Coralie Wawrzyniak

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:25

 

 radio-canada.ca

Mise à jour le vendredi 6 janvier 2012 à 8 h 05 HNE

 

Mouvement des indignés Le campement du groupe Occupons Terre-Neuve, à Saint-Jean.

Tandis que le mouvement des indignés s'essouffle au Canada, des militants occupent toujours un campement à Saint-Jean, à Terre-Neuve, où ils ont l'intention de passer l'hiver.

Quelques personnes se trouvent toujours dans ce campement situé dans le parc Harbourside. Il n'y a plus de campements comme celui-là dans les autres capitales du pays.

Ken Canning, l'un des militants, est sur place depuis la deuxième journée d'activité du groupe Occupons Terre-Neuve, à la mi-octobre. Il dit s'intéresser à la politique depuis l'âge de 12 ans. Il affirme que les politiciens appuient davantage les commanditaires de leur campagne que leurs électeurs.

Ken Canning a maintenant 19 ans. Il a quitté la Colombie-Britannique il y a deux ans pour éviter de se retrouver dans une famille d'accueil.

Avec l'appui de la municipalité

Les campements des indignés ne sont plus tolérés dans l'ensemble du pays, à quelques exceptions près, comme à Moncton, au Nouveau-Brunswick, où il reste deux tentes. À Terre-Neuve, les autorités tolèrent les indignés. Le campement est même alimenté en électricité par la municipalité.

 

Ken Canning Ken Canning   © Ken Canning

Selon M. Canning, les travailleurs de la municipalité ont dit aux indignés qu'il y avait moins de vandalisme et de déchets dans le parc depuis qu'ils y ont installé leur campement.

Le maire de Saint-Jean, Dennis O'Keefe, ne voit aucune raison d'expulser les militants. Il explique qu'ils ne dérangent personne et qu'ils ne constituent une menace ni pour eux-mêmes ni pour le public.

Le mouvement des indignés dénonce les excès du capitalisme. Il s'inspire des indignés antipauvreté de Wall Street, aux États-Unis.

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:23

 

lexpress.fr -

Par Christelle Marot, publié le 06/01/2012 à 15:41

 

Depuis près de quatre mois, Tinghir, petite ville minière du Maroc est en ébullition. Ses habitants dénoncent la mine d'argent d'Imiter accusée de polluer l'environnement au cyanure et au mercure. 

 

Depuis près de quatre mois, Tinghir, petite ville minière (centre est du Maroc), à 160 kilomètres de Ouarzazate, est en ébullition. Ses habitants, hommes, femmes, enfants, multiplient sit-in et manifestations pour dénoncer les agissements des responsables de la mine d'argent d'Imiter, à 30 kilomètres de là, accusés de polluer sans vergogne l'environnement au cyanure et au mercure, deux produits chimiques couramment utilisés dans le traitement de l'argent. La population réclame également une meilleure redistribution des richesses. 

La mine, située à une trentaine de kilomètres de la ville, est exploitée par la Société métallurgique d'Imiter (SMI), filiale du groupe minier Managem (holding SNI). Elle emploie près d'un millier d'ouvriers. Managem, la société mère, a enregistré une hausse de son chiffre d'affaires de 35,6 % au premier semestre de 2011. 

"Il n'y a aucun respect de l'environnement", s'indigne un militant syndical de la Confédération démocratique du travail (CDT) qui préfère rester anonyme par crainte des représailles. La nappe phréatique est touchée ! Polluée et asséchée ! Dans l'agriculture, le rendement et la qualité ont baissé. Les déchets contaminés sont laissés à l'air libre. Les habitants de la région ne profitent pas des retombées de la mine. Où sont les emplois ? Où sont les routes ? 

Depuis plusieurs semaines, environ 200 diplômés chômeurs se relaient, jour et nuit, devant le réservoir d'eau du mont Alban, pour bloquer l'alimentation de la mine qui tournerait donc au ralenti. Les discussions entamées avec la SMI et le gouverneur de la province de Tinghir n'ont pour l'instant rien donné.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:21

 

 

Les Indignés de Strasbourg

Pour une démocratie réelle, maintenant !

 

Sur la Route des Indignés d’Europe

 Rach & Teuf partent à pied avec des vélos. Ils sont sur Strasbourg depuis quelques mois et ont décidé de tout abandonner 

 En ce jour du 5 Janvier 2012, nous quittons la capitale européenne dans l’espoir de rencontrer et réunir nos sœurs et frères de 15 pays du Monde.

De Strasbourg à Madrid, en passant par le nord, Stockholm, Riga, Varsovie, Budapest, Rome, nous voyagerons avec la conviction que nous pouvons nous réunir au delà de nos frontières.

A travers notre route, nous tisserons des liens entre les peuples, nous témoignerons de nos rencontres et des différentes expériences vécues.

Nous essayerons à notre mesure de permettre la convergence des mobilisations, d’ici et d’ailleurs.

Si nous voulons changer la face du Monde, nous le pouvons si nous le décidons.

Pour nous suivre, nous vous invitons à partager sur: http://indignes-strasbourg.tk

Nous sommes les 99%, la convergence ne se fera pas sans vous, alors faites tourner le lien !!!

On this  January 5th 2012, we leave the European capital with the hope of meet our brothers and sisters from 15 countries in the World.
From Strasbourg to Madrid, we will cross the north, Stockholm, Riga, Warsaw, Budapest, Rome, we will travel with the conviction that we can meet beyond our borders.
Through our journey, we build bridges between peoples, we will testify our meetings and different experiences.
We will try our position to allow for convergence of mobilizations, here and elsewhere.
If we want to change the face of the world, we can if we decide.
To follow us, we invite you to share on: http://indignes-strasbourg.tk
We are 99%, convergence will not happen without you, then spread the word!!

Φ ITINÉRAIRE:

  1. France: Strasbourg
  2. Belgique: Bruxelles
  3. Hollande: Amsterdam
  4. Allemagne: Berlin
  5. Danemark: Copenhague
  6. Suède: Stockholm
  7. Finlande: Helsinki
  8. Estonie: Tallinn
  9. Lettonie: Riga
  10. Lituanie: Vilnius
  11. Pologne: Varsovie
  12. République Tchèque: Prague
  13. Hongrie: Budapest
  14. Autriche: Vienne
  15. Italie: Rome
  16. Espagne: Madrid

♦ NOUS SUIVRE:

Vous pourrez nous suivre plus ou moins en temps réels sur une carte mise à jour régulièrement:
Agrandir le plan
(EN CONSTRUCTION – revenez après notre départ)

♦ DISCUSSIONS:

:) Nous pourrons discuter sur le forum de Strasbourg (en suivant ce lien)


Mais aussi sur notre page “fessebouc” que voici:

  

 

 

♥ BESOINS:

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:18

 

france3.fr - Publié le 06/01/2012 | 11:42

Par Maxime Villirillo  


Les Indignés ont quitté Strasbourg sous les bourrasques de pluie.

Les Indignés ont quitté Strasbourg sous les bourrasques de pluie.

 

Les Indignés engagent un tour d'Europe pour faire le point sur les mouvements internationaux

Hier 14H devant le Parlement européen, une dizaine d'indignés entouraient deux d'entre eux qui s'apprêtaient à entamer un périple à travers 15 pays du monde pour réaffirmer les liens des indignés : Strasbourg, Madrid, en passant par Stockholm, Riga, Varsovie, Budapest, Rome. Pour tisser des liens.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:15

 

 
© Nathanaël Charbonnier

Longue d'à peu près deux cents mètres, la rue Beautreillis était une artère proprette bordée d'immeubles dépareillés. Sur les trottoirs, les soldats s'étiraient en deux files indiennes. Ils avançaient avec la prudence du grenadier-voltigeur. Au milieu de la chaussée, à égale distance des deux files, Duboïs était aux aguets. Il redoutait un piège et scrutait les fenêtres grandes ouvertes d'où s'échappait parfois un ronflement.

Plus détendus que leur chef et l'arme en bandoulière, les hommes du Colonel se contentaient de mimer la posture de la patrouille en milieu hostile. Aucun d'entre eux ne sentait dans cette voie étroite l'imminence d'un danger. Pas un ne craignait l'embuscade, tous s'employaient surtout à humer l'air de Paris. Ils marchaient le nez en l'air, cherchant du regard les détails qui conféreraient à ce lieu sans charme un semblant d'intérêt.

En regardant bien, ils trouvaient ce qu'ils cherchaient. De belles portes-cochères étaient surmontées de médaillons sculptés aux centres desquels souriaient pour l'éternité de rondes figures emperruquées. Au numéro 16, une façade lisse arborait une plaque en souvenir de Victorien Sardou, auteur dramatique «né dans cette maison le 5 septembre 1831». Au 9, un petit panonceau  annonçait: «Maison salubre. Tout à l'égout». De modestes bâtiments de ciment voisinaient avec la pierre, une grosse résidence hideuse faisait face à la construction de briques de «V. Tondu, architecte, 1906».

Toutes les époques semblaient s'être donné rendez-vous dans cet arrondissement de Paris.

Les deux colonnes de soldats arrivèrent ainsi rue des Lions Saint-Paul sans avoir jamais croisé âme qui vive. Il fallait se rendre à l'évidence: déjà peu fréquentée le jour, la rue Beautreillis était, la nuit, un désert. Par pure précaution, le Colonel Duboïs décida d'y faire un second passage en remontant jusqu'à la rue Saint-Antoine. A l'exception d'un rat, il ne vit rien de plus que la première fois.

A minuit, l'officier supérieur fit un point par radio avec les sections disséminées dans la capitale. A chaque fois, on lui répondit «R.A.S.», rien à signaler. La nuit était calme dans toute la ville que quadrillait l'armée. «R.A.S.» rue des Innocents, «R.A.S.» chaussée de la Muette. Duboïs décida de ne pas s'attarder dans le quartier des Célestins; il mit le cap avec ses hommes sur la deuxième étape de leur patrouille: l'impasse Caillard, près de La Bastille, à dix minutes de là.

 

***

 

Rive gauche, dans le treizième arrondissement, deux flambeaux plantés sur des tiges de bambou éclairaient joliment l'impasse du Petit-Modèle et ses occupants. Ils étaient dix ou douze assis-là sur des chaises de bois tropical et sur des tabourets. Non loin d'eux, les braises d'un barbecue neuf finissaient de griller les chairs de deux épaisses côtes de bœuf.

Un verre de vin rouge à la main, grappillant les amuse-gueule, les convives surveillaient à tour de rôle la cuisson de leur dîner. Par souci de ne pas réveiller les clients du petit hôtel voisin, ils parlaient à voix basse tout en sachant que les sons venus du fond de l'impasse n'allaient pas jusqu'à la rue; à moins d'un éclat de rire, les bruits déjà ouatés de la fête s'arrêtaient aux branches et aux énormes pots des végétaux qui décoraient le pavé de cette minuscule voie sans issue. L'entrée de l'impasse pentue  était barrée d'une chaîne d'où pendait un panneau destiné aux importuns: «Voie privée, défense d'entrer».

Les murs étaient encore tièdes du soleil de la journée. Le thermomètre posé sur une fenêtre du rez-de-chaussée indiquait vingt-deux degrés à minuit passé.

Sous la lumière ondulante des flambeaux, le groupe n'avait d'yeux que pour une jeune femme aux traits tirés.  Elle ne cessait pas de sourire en ayant l'air de quelqu'un qui redécouvre la vie dès sa sortie du bagne. Luisa Bajos de Villaluenga savourait ce moment. Ses amis étaient là, autour d'elle, dans ce décor de vieux-Paris, près de cette maison où elle avait vécu quelques-uns des plus beaux jours de son existence pendant ses études en Sorbonne. Une main était dans la sienne et ne la quittait pas, ne la lâchait plus. C'était celle d'Imogène, sa mère, rentrée quelques heures plus tôt de Hongrie.

 

***

Il allait être 1 heure du matin. Un plan de Paris en main,  le Colonel Maxence Duboïs commençait à perdre patience. Il avait beau sillonner le quartier en tous sens, l'impasse Caillard restait introuvable.

Toujours en formation patrouille, la section commandée cette nuit-là par Duboïs n'en finissait pas d'arpenter les rues du onzième arrondissement. Rue des Taillandiers, rue de Charonne, passage Thiéré, rue de la Roquette et retour... Rue de la Roquette, passage Thiéré, rue de Charonne, rue des Taillandiers... Les deux colonnes de militaires tournaient en rond sans résultat ni personne à qui demander son chemin. Le cercle pouvait s'élargir à la rue Keller, à la rue de Lappe et au-delà, il n'y avait rien. «Impasse Caillard» rimait avec «cauchemar». C'était même à se demander si cette voie sans issue avait un jour existé.

A cette pensée, le Colonel s'empressa de chasser de son esprit l'ombre du doute qui s'y installait. C'était  insidieux. Tout comme sur son plan,  le nom de l'impasse s'inscrivait en toutes lettres sur l'ordre de route que lui avait fait parvenir la vice-Présidente en personne (« en personne »). Il lui était donc interdit de douter. Ce foutu cul-de-sac devait se trouver quelque part et il s'y essuierait les pieds après avoir constaté qu'aucun noctambule n'y promènerait ses fesses. Une fois sa mission accomplie, il effacerait cet épisode de sa mémoire, à tout jamais.

Alors qu'il se faisait cette promesse, Duboïs entendit dans son dos le grincement d'un gond mal huilé. Il se retourna en même temps que ses soldats, tous rendus très nerveux à force de tourner en rond. Il y eut un cliquetis d'armes, les canons des pistolets-mitrailleurs désignèrent un point dans l'angle mort des lampadaires. On entendit claquer la question d'usage: «Qui va là?»... Puis une injonction: «Avancez dans la lumière, les mains ouvertes. Pas de geste brusque».

Les bras en l'air, un petit vieux en pyjama, peignoir et pantoufles roses à claquettes, apparut dans le halo d'un réverbère. Il tenait haut une laisse à l'extrémité de laquelle pendait un chien minuscule. La gueule grande ouverte, l'animal ne tenait plus sa langue, ses yeux sortaient de leurs orbites, il était agité de soubresauts et ses pattes antérieures battaient l'air. On eut dit qu'il nageait verticalement.

Face à cet homme terrorisé devant la troupe armée, le Colonel se remémora opportunément les cours d'action psychologique de sa jeunesse et se rappela le chapitre intitulé «Comment gagner la confiance des populations autochtones». Il fit un pas en avant, salua militairement de la main gauche, se présenta et invita l'inconnu à poser son chien sur le sol. Tandis que le microscopique bâtard de Cairn-terrier et de Carlin, tremblant et haletant de tout son être, se libérait d'un pâté chiasseux presque aussi gros que lui, le militaire demanda au maître du chien de lui indiquer le trajet le plus court pour l'impasse Caillard.

Le petit monsieur eut l'air sincèrement surpris, mais pas autant que l'officier supérieur quand vint la réponse à sa question... car l'impasse Caillard avait disparu sous les fondations d'une résidence, elle n'existait plus depuis belle lurette. Et si le nom de cette voie figurait bien sur le répertoire des rues qu'utilisait Duboïs, c'était pour une raison très simple: ce guide de Paris aux pages écornées datait du voyage de noces du Colonel. Il était périmé.

-  Maintenant, montrez-moi votre dérogation.

Rompu à toutes les situations, passé maître dans l'art de s'adapter instantanément à toutes les circonstances, le militaire venait de faire passer à ses hommes l'envie de se ficher de lui.

-  Euh... Oui mais de quelle dérogation me parlez-vous, Monsieur?

-  Mon Colonel.

-  ...Oui... Quelle dérogation, mon Colonel?

Le vieil homme n'avait pas de dérogation. Comme ses compatriotes, il vivait en état d'urgence sur un territoire soumis au couvre-feu... Devait-il pour autant rester sourd aux aboiements de son compagnon ? Il est si douloureux de résister à une envie pressante que, l'âge venant, on compatit sans peine à l'incontinence d'un bâtard lilliputien de quatorze ans - presque un octogénaire selon les critères humains!

Le Colonel ne voulut rien entendre. Le maître et son chien avaient violé le couvre-feu, ils furent interpellés.

A l'instant où deux des soldats de la section reçurent l'ordre d'encadrer et d'emmener le contrevenant et son compagnon, une clameur monta de la place de la Bastille toute proche. Un doigt sur la bouche, Duboïs fit aussitôt signe à ses hommes de se taire ; ils prirent tous l'air ébahi car à cet instant précis aucun d'entre eux ne parlait.

L'officier prêta l'oreille en observant les façades. Il pensait apercevoir dans l'encadrement d'une fenêtre la lueur changeante d'un poste de télévision allumé. Il voulait se persuader que la clameur provenait d'un film, un péplum peut-être, avec les cris d'effroi et de plaisir que poussent les spectateurs de l'arène quand le rétiaire terrasse son adversaire et attend la décision de l'Empereur.

Mais la rue semblait dormir et la clameur retentit une fois encore, plus forte que la précédente. Elle provenait de La Bastille, c'était indéniable, et sur un signe de son chef la section prit rapidement la direction de la place.

Le spectacle était hallucinant. Des milliers de noctambules silencieux convergeaient de partout vers la Colonne de Juillet, des centaines d'autres les y accueillaient en piaillant, libérant les nouveaux-venus de leur mutisme par des cris qui déchiraient l'air de la Bastille et qui enflaient, enflaient...

Des boulevards confluents, du Faubourg Saint-Antoine, des rues de Rivoli et de Lyon, ils arrivaient par groupes (faudrait-il plutôt dire par tribus d'internautes?), souriants, forts de leur nombre, prêts -enfin !- à faire entendre leurs voix dans la nuit jusqu'au lever du jour.

Face à cette houle humaine dont il pressentit l'existence en débouchant de la rue de la Roquette sur la place immense, le Colonel Maxence Duboïs ne prononça que deux mots :

-  Embarquez-les.

 

***

 A leur tour, Imogène et sa fille unique s'affairaient auprès du barbecue. A l'aide d'une longue fourchette à deux pics, Luisa éprouvait la tendreté de la viande. Presque cramées en surface, les côtes de bœuf laissaient juter leur sang quand on les piquait. Elles étaient cuites comme il faut, prêtes à être découpées, dégustées, juste habillées d'une pincée de gros sel, aussi fondantes que les pommes de terre en robe des champs qui les attendaient sur la table dans leur cocotte en fonte.

Quand elles se retournèrent vers les autres convives pour dire «c'est prêt!», elles comprirent tout de suite que leur dîner de retrouvailles n'irait pas à son terme. Slalomant entre les bacs des arbrisseaux et les plantes, des soldats armés s'avançaient dans l'impasse privée. Ils étaient précédés d'une jeune Capitaine à queue de cheval, elle aussi en treillis. Elle s'arrêta à un mètre des premiers dîneurs, droite comme un i, pieds écartés, une main sur la gaine de son révolver. De ses yeux clairs, elle les regarda l'un après l'autre d'un air soupçonneux. Son regard finit par s'accrocher à celui d'Imogène ; La mère de Luisa tenait encore entre ses mains la planche de bois à gouttière sur laquelle était savamment disposée la bonne et belle viande fraîchement tranchée. Luisa passa un bras autour des épaules de sa mère. La militaire toisa longuement les deux femmes d'un air dédaigneux... et enfin, elle leur dit :

-  Mesdames et Messieurs, vous enfreignez  la loi.

 

***

 

Par transmission radio, l'ordre donné par Duboïs ricocha de quartier à quartier dans toute la capitale. Car la scène à laquelle il venait d'assister à La Bastille se propageait dans Paris, arrondissement par arrondissement, avec l'effet d'une torche jetée sur un toit de chaume.

L'un après l'autre puis tous en même temps, les chefs de section demandèrent ce qu'ils devaient faire d'une telle quantité de contrevenants. Chaque officier, de son côté, poussait les noctambules vers un coin sans échappatoire; on les y pressait, on les y bouclait comme des moutons dans un enclos. Et pendant la manœuvre d'encerclement de ces masses, d'autres protestataires affluaient sans se soucier de la présence des treillis. Toujours accueillis par la clameur de leurs camarades contraints par les soldats à l'immobilité, ils semblaient s'extirper d'une longue nuit de silence.

-  Qu'est-ce qu'on fait, Mon Colonel?

-  Il en vient de partout!... Quels sont les ordres, mon Colonel?

-  Bon Dieu ! Ils sont trop nombreux...

-  Mon Colonel? Ici, nous sommes débordés... Attendons vos instructions.

La forme variait un peu, mais la question était la même pour tous. Elle retentissait dans le casque de l'opérateur radio qui ne distinguait aucune sérénité dans la voix de ses interlocuteurs. D'ailleurs, lui-même commençait à se sentir gagné par la panique à mesure que les chefs de section l'appelaient pour clamer leur désarroi et mendier une solution.

Duboïs ôta son petit béret et s'essuya le crâne à l'aide d'un mouchoir blanc aux dimensions réglementaires. Il lui fallait encore une fois décider au plus vite. Mentalement, il chercha dans les souvenirs de ses manuels de guerre la stratégie payante, la tactique la mieux adaptée à la situation.

Le visage de l'officier supérieur s'éclaira tout-à-coup d'une idée. Ce qui risquait de les perdre, ses hommes et lui, c'était la dispersion. Il fallait au plus vite réunir les noctambules interpellés dans un endroit sûr et excentré d'où ils ne pourraient s'échapper, où ils ne pourraient être rejoints. Le plan s'élaborait dans sa tête avec une grisante célérité. Il voyait déjà le lieu ; il trouva le moyen d'y acheminer ses prisonniers en invoquant les mânes de Galliéni. Il fit réveiller le directeur général de la COPATRA, la Compagnie Parisienne des Transports.

Vers 2 heures 30 du matin, les autobus à soufflet conduits par les soldats d'un régiment du train sortirent des dépôts d'arrondissement. Les premières rotations s'exécutèrent comme à la parade, sans fioritures, comme un numéro bien rôdé. Les bus prenaient position entre les noctambules appréhendés et les cordons de militaires.  La troupe maintenait à distance les nouveaux arrivants. Les contrevenants étaient dirigés vers l'entrée des véhicules dans lesquels ils s'entassaient; dès que le plein de passagers était fait, les autobus de la COPATRA partaient pour une destination inconnue... qui ne le resta pas très longtemps.

Vers 4h30, les travées du Stade de France bruissaient de la présence d'un public inhabituel à une heure pareille. Spectateurs d'une pelouse sans joueurs, sans match et  sans enjeu, ceux que l'on avait conduits là finirent par investir le gazon pour y dormir, y discuter, y chanter, et même y danser au son d'une guimbarde, d'un ukulélé ou d'une paire de djembés. A 5h00, il n'y avait plus un brin d'herbe à fouler. Le rectangle vert n'était plus que le théâtre d'une grande kermesse libertaire, la plus belle fête que l'on ait vue à Paris depuis bien longtemps. Dehors cependant, entre les boulevards des Maréchaux et le Stade, il se préparait un évènement que le Colonel Maxence Duboïs n'aurait pu imaginer.

Les premières rotations d'autobus se firent sans incident. Après une heure d'allers-retours, des mottes de terre atteignirent les carrosseries des véhicules réquisitionnés par l'armée. Puis des pierres. Puis des objets d'acier. Dans un vacarme effrayant, une barre à mine perça et fendilla en étoile un pare-brise; le bus fit une embardée et il faillit verser. Il s'immobilisa un moment avant de reprendre sa route, heureusement sans blessé.

Dès qu'il apprit l'incident, le Colonel exigea un rapport. Il l'obtint rapidement d'un homme du rang. Comme beaucoup de ses semblables, ce soldat avait grandi aux marches de la capitale. Le jeune banlieusard expliqua à son chef que le va-et-vient nocturne des cars de la COPATRA avait certainement eu raison de la patience des riverains. Sans doute aussi la colère de ces habitants que l'on avait dérangés dans leur sommeil s'était-elle doublée d'une intense curiosité lors de la mise en marche des projecteurs du Stade.

Les cités qui entouraient l'arène sportive faisaient partie des ZATHRA, les «Zones A Très Hauts Risques Avérés». L'acronyme sonnait comme un méchant avertissement adressé à quiconque souhaitait s'y aventurer. Les risques en question englobaient autant l'investissement industriel que la sécurité des visiteurs. Les dirigeants politiques  avaient fini par renoncer à y mettre les pieds, les administrations ne s'y installaient plus. La plupart des résidents de ces ZATHRA étant insolvables, la puissance publique n'exigeait plus le recouvrement des loyers. Il n'y avait plus d'écoles, plus de dispensaires, plus de grandes enseignes commerciales, plus de subventions, pas d'aides sociales, pas de recensement. Combien de femmes, d'hommes et d'enfants ces ghettos renfermaient-ils? Personne ne savait le dire précisément.

Depuis des années, les médias ne fréquentaient plus ces cités interdites. On les avait abandonnées. La police, elle, avait pour mission d'en surveiller les contours et contrôlait systématiquement ceux de ses occupants qui cherchaient à s'en échapper. Pour s'élargir de ces quartiers, il fallait posséder des papiers en règles. Pour avoir des papiers en règle, il n'y avait pas d'autre hypothèse que celle qui consistait à quitter sa ZATHRA. C'était absurde. L'unique espoir pour les jeunes adultes consistait à aborder un policier afin de solliciter un engagement dans l'armée.

Les soirs de match ou de concert, un périmètre  terrestre et aérien permettait de sécuriser les abords du Stade de France. L'important cordon d'uniformes et le ballet des hélicoptères tenaient à distance toute velléité d'assaut de la part de ceux que les beaux parleurs des quartiers gras surnommaient en ricanant avec mépris les « Zathrabilaires » ou plus simplement: les «Zautres».

En ordonnant les va-et-vient d'autobus chargés d'éloigner du cœur de Paris les contrevenants au couvre-feu, Duboïs n'avait pas songé à sécuriser les voies routières qui traversaient Saint-Denis.

 

L'une de ses paupières se mit à trembler nerveusement quand il entendit le récit de l'homme du rang. Elle s'agita plus encore quand lui parvint l'écho d'un appel lancé vers l'opérateur radio, comme un cri d'alarme en provenance du Stade. L'édifice était attaqué par des milliers de types que les sommations n'intimidaient pas le moins du monde. Les voies d'accès étaient coupées, plus aucun bus ne passait, et... et les sentinelles postées devant les grilles extérieures désormais closes paraissaient vouloir fraterniser avec les assaillants...

 

***

 

Au lever du soleil, la pelouse du Stade de France offrait l'image d'un champ labouré par les piétinements et les jeux de ceux qui venaient d'y vivre sans doute la plus belle de leurs nuits.

Survolés par des escouades de drones et d'hélicos, les reliefs de l'immense fête tourbillonnaient d'une extrémité du terrain à l'autre. Les filets de buts n'étaient plus que le réceptacle de vêtements oubliés, de bouteilles de plastique, d'objets témoins de l'évènement. Sereins et radieux en dépit de l'absence de sommeil, les derniers noctambules passaient la grille de sortie, bras-dessus-bras-dessous avec les habitants des ZATHRA environnantes, leurs libérateurs.

Dans les heures qui suivirent, tous les internautes de France purent se repaître de ces incroyables scènes filmées par des smartphones.

Sur la vidéo la plus vue, un petit homme débonnaire en robe de chambre et en pantoufles à claquettes sortait du Stade en faisant le V de la Victoire. Il tenait au bout d'une laisse un chien minuscule qui frétillait sous les caresses des passants. A deux ou trois mètres de là, derrière l'homme et son chien, apparaissait la jeune Espagnole que l'on avait interpellée quelque temps plus tôt à l'aéroport d'Orly. La tête relevée, les épaules droites, elle se dirigeait fièrement vers celle ou celui qui la filmait et qu'elle fixait du regard avec morgue.

Elle n'était pas seule. Une femme plus mûre qu'elle mais d'un maintien encore jeune la tenait par la main. A mesure qu'avançait cette femme s'esquissait un visage connu, celui de l'épouse du Président. Oui, braves gens. Collagène était là!

Belles et sveltes, d'un pas ferme mais gracieux, elles progressaient ensemble vers le vidéaste. Elles rayonnaient dans le petit matin, marchant comme deux ballerines qui viendraient à l'avant-scène s'incliner devant leur public en ouvrant l'air d'un ample mouvement du bras. Au lieu de cela, elles stoppaient net devant l'œil numérique du téléphone portable à fonctions multiples. Elles en approchaient leurs visages devant lesquels s'érigeaient dans la foulée deux majeurs pointés raides vers le ciel. Enfin, sans un son, comme au temps du cinéma muet, elles articulaient en chœur une rime pauvre, le clou de leur spectacle.

Sur les écrans des ordinateurs, leurs lèvres pourpres prises en gros plan dessinaient très distinctement deux mots. Deux mots formés de quatre syllabes, dix consonnes et cinq voyelles. Et ça disait: «Caillard... Connard...».

 

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