Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 22:23
Romain Blachier - Tribune | Vendredi 6 Janvier 2012 à 18:01

 

L'omniprésence de Nadine Morano sur tous les écrans, de télévision comme sur les smartphones, via Twitter et sa ligne de défense, ne doit rien au hasard de la part de cette diplômée et ancienne cadre en métiers de la communication. Selon Romain Blachier, elle démontre un véritable mépris des classes populaires.



(Kevin Lim - Flickr - cc)
(Kevin Lim - Flickr - cc)
Il s'agit d'abord de faire oublier, par cette omniprésence et cette virulence médiatique, que le pouvoir d'achat est en baisse, le président pris dans l'affaire Karachi, le chômage plus élevé que chez nos partenaires, nos importations plus hautes que nos exportations, etc. Ah, il faut aussi faire oublier que François Hollande est toujours haut dans les sondages.

Il y a aussi comme objectif pour Morano, dans la perspective de l'équipe de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, de réussir à se placer à un poste important du dispositif, à l'heure où son image, très dégradée, pourrait la voir rester sur le banc de touche.

Certes au milieu, la ministre y laisse des plumes, se ridiculisant en se trompant lourdement sur d'importants dossiers, hier sur RMC/BFMTV, ou en surréagissant volontairement à une fausse rumeur au sujet d'un propos du candidat socialiste. Ou balançant çà et là quelques énormités sur Twitter.

Mais n'est d'ailleurs pas un hasard si la ministre s'exprime de plus en plus souvent sur ce réseau social : Twitter favorise le clash, la simplification, le temps rapide. Et puis surtout ce média social a une image de lieu virtuel pour happy few branchés. Facile à ce moment la en cas de conflit de prétendre qu'on y est une incomprise face à une méchante « élite ». Même si on trouve un peu de tout sur le réseau à l'oiseau bleu, gauche comme droite modérée sont souvent critiques vis-à-vis des méthodes de polémique permanente de la ministre.

C'est d'ailleurs ce qui est précisément recherché par Morano un peu partout. C'est sa ligne de défense, développée par exemple ce jour dans Libération, celle de prétendre être une fille du peuple victime de snobisme par la méchante gauche qui serait composée uniquement de « méchants-geeks-bobos-coupés-du-peuple ».

C'est aussi, toute réaction entrainant une contre-réaction, la ligne prévisible de ses défenseurs, dont certains dérapent carrément en prônant les travaux forcés pour les contradicteurs de la ministre. Cette vague est même, tout n'étant pas le fruit du hasard, en bonne partie une phase concertée de plan de communication pour certains d'entre eux. Les critiques de Morano seraient le fait d'une bande d'affreux bobos gauchistes qui ne supporteraient pas ses manières popus et feraient montre de mépris de classe.

On s'amusera en regardant que nombre de ses défenseurs qui parlent ainsi au nom des milieux populaires en sont fort éloignés. On se désolera surtout du mépris pour les ouvriers dont ils font preuve de même que la ministre qu'ils défendent.

En premier lieu, même si ses parents l'étaient, Morano n'est pas ouvrière. Elle est titulaire d'un très classe moyenne/classe sup DESS d'information, communication et organisation des entreprises. Depuis elle a toujours été salariée de la politique, occupant des postes à responsabilité, par exemple comme directrice de la communication du parc naturel de Lorraine. Et depuis une grosse dizaine d'années elle est députée puis ministre, gagnant à chaque fois une dizaine de smics par mois.

On est loin de l'image que cherche à se construire Nadine Morano. Et on ne peut prôner la méritocratie tout en cherchant à ne se résumer qu'à sa seule naissance...

Et puis quel est ce terrible mépris des ouvriers dont font preuve la ministre et ses défenseurs , qui aiment les plus démunis surtout quand ils sont loin d'eux ? Dans la tête de Nadine Morano, classe populaire voudrait dire vulgarité, excès, erreurs dans ses dossiers ? Ouvrier voudrait dire fanatique, agressif, haineux ?

On ne sache pas que Phillipe Séguin, Gérard Collomb, Henri Guaino, Aurélie Filippetti, tous enfants de la classe ouvrière, aient le même comportement que Nadine Morano. On ne sache pas non plus que les travailleurs manuels de ce pays, qui sont parmi les plus productifs au monde, se trompent aussi souvent que le fait la ministre dans ses déclarations et actes.

Que l'on puisse considérer qu'être né d'un milieu peu aisé vous marque à vie, quels que soient vos études et votre parcours, d'accord. Mais un comportement vulgaire et une rare incompétence sur vos dossiers démontrent une scandaleuse vision élitiste, un mépris de classe et une attitude qui abaisse volontairement, par pure tactique, le niveau du débat politique. Un tel mépris de la part de Nadine Morano n'est pas sans rappeler la noblesse d'ancien régime qui prenait le peuple pour des gueux incultes.


Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Informations diverses
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 22:19
06/01/2012 à 20h23

Eleonore Gratiet-Taicher  Rue89


 

Aéroport Paris-Charles de Gaulle : le vol DL8538 en direction de Lome (Togo) devait décoller à 13h50 ce vendredi. Il a finalement quitté le sol français à 16h08. Deux passagers installés dans l'avion ont raconté à Rue89 le récit de ce retard, un embarquement contrarié, sur fond de violence et d'indignation.

Alors que les passagers s'apprêtent à monter dans le bus qui les conduira dans l'avion, ils remarquent une voiture de police et des forces de l'ordre en train de discuter avec des agents de l'aéroport. Sans savoir de quoi il retourne. Le bus les conduit normalement à bord de l'appareil.

Pieds et mains liés avec des cordes

A peine installés sur leurs sièges, ils voient la voiture de police s'approcher. Cette fois, un homme africain escorté par deux agents sort de cette dernière. Les passagers remarquent immédiatement que l'homme n'est pas menotté, il est attaché « tel un bagnard ». Ses pieds et ses poings (dans le dos) sont liés avec des cordes.

Il n'embarque pas - comme les autres voyageurs - par l'avant mais par la porte arrière de l'avion. Stupéfaits de constater que les policiers ont sérieusement l'intention de faire voyager le « prisonnier » attaché de la sorte, ces derniers se questionnent. L'homme est-il un dangereux criminel ? Les hôtesses interrogent les policiers, son crime abominable est... d'être en situation irrégulière, et doit être rapatrié. C'est du moins la réponse qui leur est donnée.

Commence alors un vent de protestation. Plusieurs passagers s'en mêlent et crient au scandale. Hors de question de laisser un homme voyager dans ces conditions, attaché avec des cordes noires. Le ton monte, les policiers appellent au renfort, le spectacle du hublot continue.

Cinq cars de police débarquent

Cinq cars de la police des frontières débarquent et la force civile envahit l'endroit, 10... 15... le témoin parisien - qui s'apprête à partir en vacances au pays - ne compte pas le nombre d'agents, mais s'étonne d'un tel dispositif. A cause de la ressemblance des uniformes, il les prend pour des CRS.

Les voyageurs continuent de prendre le parti de l'homme. Des coups partent, du côté des forces de l'ordre et des passagers. En réponse à cet accroissement de violence, trois d'entre eux - des hommes, africains - sont arrêtés. Menottés (avec de vraies menottes), le décollage est encore retardé, il faut également évacuer leurs bagages...

A 16h08 ce vendredi, le vol Paris/Lomé peut enfin décoller.

« Tentative volontaire d'entrave à la circulation d'un aéronef »

Philippe Dormoy, de la cellule de communication de l'état-major de la police aux frontières (DCPAF), nous affirme que l'homme, contrairement à ce qu'ont cru les passagers au moment des faits, n'était en réalité pas reconduit pour irrégularité, mais suite à une décision de justice : c'était une « mesure d'éloignement », dont la cause est inconnue.

Il ajoute que ce dernier s'était violemment opposé à son rapatriement, au point de blesser un agent de police, ce qui expliquerait les pieds et poings liés par les cordes.

Quant aux trois passagers, ils pourraient être poursuivis pour « entrave à la circulation d'un aéronef », qui selon l'article L. 282-1 du Code de l'aviation civile, est passible de cinq ans de prison et d'une amende de 18 000 euros.

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 22:13

 

Leçon de morale 06/01/2012 à 18h18

Blandine Grosjean

Redchef adj Rue89

 

Une riveraine de Rue89 décide de contester une contravention pour stationnement gênant, parce qu'elle l'estime non gênant. A ce stade, c'est touchant, mais ça ne justifie pas un article.

Elle rédige une longue (et poignante, pour qui mesure l'inutilité de la performance) missive à l'officier du ministère public, le 10 octobre 2011.

 

Voir le document

(Fichier PDF)

 

Et elle reçoit une réponse, personnelle, le 2 janvier de cette nouvelle année, sous forme d'une leçon de morale sociale et fiscale. L'officier grenoblois du ministère public à qui elle avait raconté ses nombreux soucis financiers lui écrit :

« Votre situation fiscale devrait vous inciter à faire preuve de plus de vigilance quant au strict respect du code de la route... »

Notre riveraine estime « honteux que l'administration avoue que les riches sont au-dessus des lois. Qu'ils ont conscience qu'une même amende est facilement payée par un riche et durement par un “pauvre” ».

Voici le courrier de notre riveraine qui mérite vraiment d'être lu jusqu'au bout.

« Je vais vous parler de ma vie »

 » Pour vous expliquer ma démarche, je vais vous parler de ma vie.

Mercredi 5 octobre, comme depuis un mois maintenant, je suis en stage. C'est donc sur mon téléphone que je reçois le message suivant :

« Je suis passé devant ta voiture et tu as un PV. »

Un PV de 35 euros, cela peut sembler dérisoire… Mais pas pour moi. 35 euros pourquoi ? Car je suis garée devant chez moi, sur une place non matérialisée. Ni sortie de garage, ni place pour personnes handicapées en vue, juste une barre au sol, signifiant sans doute l'ironie d'un zébra.

« En effet, je n'ai plus de rétroviseur droit »

Non, je n'ai ni un garage, ni une place de parking privée et je ne me déplace pas non plus en stage avec ma voiture car le gazole c'est trop cher (ce n'est pas moi qui vais vous l'apprendre).

D'autant plus que j'ai « la chance » d'avoir un tarif préférentiel pour le tramway. Je ne paie que 14 euros par mois alors j'en « profite ».

Pour être sincère avec vous, je préfèrerais aller au « travail » en voiture, je ne mettrais pas 45 minutes pour aller de la caserne de Bonne à Echirolles. En plus, ma voiture serait stationnée toute la journée sur un parking sûr.

Mais il y a une autre raison pour laquelle je ne vais pas au travail en voiture. C'est que pour l'instant, je cours le risque d'avoir une autre contravention. En effet, je n'ai plus de rétroviseur droit. Je me suis levée un matin et il était cassé, côté trottoir, sans doute un passant énervé ou colérique qui n'a pas trouvé un autre moyen pour exprimer sa peine.

« En fait, c'est encore la voiture de ma maman »

C'est la deuxième fois cette année et je n'ai pas les moyens de m'offrir un rétroviseur tous les six mois. Comme je n'ai pas non plus les moyens de payer cette contravention de 35euros. D'ailleurs, je ne devrais pas dire « ma » voiture car c'est encore celle de ma maman.

Elle m'a payé ma voiture 2 600 euros il y a deux ans et je lui dois encore 1 600 euros. Je pensais pouvoir lui rembourser car je travaille l'été. Malheureusement, je privilégie le paiement de mes charges courantes : loyer, nourriture, EDF, GDF, téléphone. [...] [Un jour] je gagnerai assez bien ma vie pour prendre MA voiture pour me rendre au travail et la garer dans MON garage quand je rentrerai le soir.

Alors j'imagine déjà votre courrier de réponse : « Mademoiselle, selon
l'article R417-10 du code de la route, tout véhicule à l'arrêt ou en stationnement... [...].

“Cette contravention, je ne la paierai pas”

De toute façon, je ne vous demande pas d'accepter l'opposition que je fais à cette contravention mais sachez juste que je ne la paierai pas. [...]

Actuellement, je suis étudiante et mes parents n'ont pas les moyens de m'aider. Je fais des études pour me sortir de cette situation, je suis en master 2 et pourtant je me demande à quel salaire je vais pouvoir prétendre l'année prochaine : 1 600 euros ? 1 700 euros ? [...]

Voilà, j'espère que vous m'aurez lu. Je n'en serai jamais certaine puisque je n'ai pas les moyens d'envoyer ces courriers en recommandé avec avis de réception.

Alors comme pour le reste de ma vie, je vais miser sur ma (pseudo) chance. Par ailleurs, sachez que je me ferai un plaisir de participer à la solidarité nationale, de payer mes impôts ou des contraventions quand j'en aurai les moyens.[...]

Vous remerciant, peut être de m'avoir lu, je vous prie de croire, mesdames, messieurs, en ma sincère considération. »

La réponse de l'officier du ministère public

« Mademoiselle,

Vous m'adressez une correspondance qu'effectivement j'ai pris le temps de
lire, relative à une verbalisation relevée à votre encontre par le contrôle du stationnement de Grenoble. Il n'a pas été accordé de suite favorable à votre demande.

Je ne répondrai pas que “votre situation fiscale ne justifie pas le retrait de votre contravention”, mais plutôt que votre situation fiscale devrait vous inciter à faire preuve de plus de vigilance quant au strict respect du code de la route... Deux possibilités s'offrent à vous :

  • ou vous payez la contravention de 35 euros sous 45 jours [...] ;
  • ou vous souhaitez maintenir votre contestation malgré la présente décision, auquel cas votre dossier sera envoyé devant la juridiction compétence, ce qui entrainera en cas de condamnation, outre l'amende, des frais fixes de justice de 22 euros. »
Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 22:07

 

L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

 

Rue89 - Elodie Cuzin Journaliste

Publié le 07/01/2012 à 12h14

 

Des aéroports, une prison, un vélodrome, des cités (de la justice, de la culture, des sciences et des arts, etc.), des « ambassades » partout dans le monde... Les délires pharaoniques des dix-sept communautés autonomes d'Espagne sont responsables d'un déficit public record.

 

En 2011, celui-ci devait être ramené à 6% du PIB ; finalement, « il est possible » que le déficit « dépasse les 8%, mais pas de beaucoup », a estimé le ministre de l'Economie du nouveau gouvernement (conservateur) de Mariano Rajoy, Luis de Guindos.

 

Ce n'est pas tant la faute de l'ex-Premier ministre, le socialiste Jose Luis Rodrigues Zapatero, que celle des administrations régionales, a admis le ministre des Finances, Cristobal Montoro.

 

Responsables des lourds budgets de la santé et de l'éducation, certaines communautés autonomes ont profité du boom économique – qui a spectaculairement pris fin en 2008 – pour lancer des projets ruineux.

 

Résultat : une dette de 135,51 milliards d'euros au troisième trimestre 2011, soit 12,6% du produit intérieur brut (PIB) espagnol. Les communautés les plus endettées ? Selon la Banque d'Espagne, la très dynamique Catalogne (38,5 milliards d'euros au deuxième trimestre), et la communauté de Valence (20,5 milliards d'euros au troisième trimestre).

 

Revue des réalisations « narcissiques », comme on dit aujourd'hui en Espagne, des communautés autonomes.

 

Communauté de Valence, Castellon

Un aéroport pour les vautours

 


L'aéroport de Castellon, communauté de Valence, 2010 (Aerocas.com)

 

Présenté au public juste avant les élections régionales de mai, l'aéroport de Castellon (communauté de Valence) ne dispose pourtant pas encore des licences lui permettant d'accueillir des vols. C'est ballot, direz-vous, pour un projet mûri pendant dix ans et qui a coûté quelque 150 millions d'euros.

 


L'aéroport de Castellon, communauté de Valence, vue du ciel, 2010 (Aerocas.com)

 

Mais l'image d'une piste d'atterrissage vide ou le silence de halls d'enregistrement déserts ne sont pas si rares en Espagne. Le pays compte en effet le plus grand nombre d'aéroports commerciaux de toute l'Europe : 48 publics et 2 privés, soit l'équivalent d'un par province. En gros, c'est comme si chaque département français avait voulu un aéroport et l'avait construit. Forcément, les passagers ne suivent pas toujours. Et une dizaine d'aéroports sont vides aujourd'hui.

 

Le cas le plus célèbre étant celui de Ciudad Real (Castille-La Manche) qui rêvait de desservir Madrid (à 200 km) mais a vu son dernier vol décoller en octobre. Celui de Huesca (Aragon) survit grâce aux vols privés.

 

TF1, octobre 2010

La piste vide de Castellon fait au moins le bonheur des vautours, embauchés, pour 90 000 euros par an, pour débarrasser la piste des lapins et oiseaux gênants.

 

Les premiers vols pourraient être accueillis au printemps 2012, espèrent encore ses responsables.

 

Aragon, Saragosse

Un réaménagement urbain... pour les apéros géants

 


Le site de l'exposition internationale de 2008 (Grez/Wikimedia Commons/CC)

 

Les Aragonais avaient laissé exploser leur joie sous l'immense Basilique de Saragosse en apprenant, en 2004, que leur capitale décrochait l'organisation de l'Expo internationale en 2008.

 

Centrée sur le thème de l'eau et du développement durable, elle aura au moins eu le mérite de réconcilier Saragosse avec l'Ebre, le fleuve qui la traverse, en équipant ses berges de pistes cyclables et d'agréables promenades.

 

Mais à 700 millions d'euros, cela fait cher le réaménagement urbain : les immeubles emblématiques construits pour l'Expo, qui n'a duré que trois mois, par des architectes de renom peinent eux à se reconvertir en bureaux. Frappées par la crise, les entreprises frileuses n'investissent pas dans de nouveaux locaux.

 

Dominant le fleuve, le téléphérique construit pour l'occasion a entraîné 1,7 million d'euros de pertes en 2010. Les « skaters » et les jeunes en quête de lieux pour leurs fameux « botellones » (apéros géants en plein air) ont eux trouvé le filon avec ces grands espaces désertés, selon la presse locale.

 

Madrid

Le campus de la justice, toujours sous terre

La capitale espagnole rêvait d'un « campus de la justice » : 200 000 m², quinze immeubles signés par les plus grands architectes internationaux (Norman Foster, Zaha Hadid, Richard Rogers...) pour accueillir 5 000 employés œuvrant dans le « plus grand complexe judiciaire du monde ».

 

Après un premier investissement de 90 millions d'euros – un dixième du coût total envisagé, selon El Mundo –, le projet est paralysé depuis 2008 avec un seul bâtiment comme maigre trophée.

 

Le gouvernement régional de Madrid vient d'annoncer qu'il étudiait une offre de reprise présentée par le groupe américain Carlyle.

 

Les autorités espèrent encore pouvoir ainsi casser tous les contrats multimillionaires passés avec les grands architectes sans (trop) se ruiner.

 

Galice, Saint-Jacques-de-Compostelle

Une Cité de la culture pas finie mais déjà chère à entretenir

Après onze ans de travaux, la construction des deux bâtiments qui devaient être les plus emblématiques de la Cité de la culture est stoppée, au moins jusqu'en 2014.

 


Cité de la culture par Peter Eisenman, Saint-Jacques de Compostelle, Galice (Luis Miguel Bugallo Sanchez/Wikimedia Commons/CC)

 

Lancés en 1999 par le gouvernement conservateur (Parti populaire) de Galice, les travaux de construction et d'aménagement des quatre autres immeubles, tous signés de l'Américain Peter Eisenman, ont déjà coûté plus de 400 millions d'euros, contre les 108 millions prévus au départ.

 

Optimistes, les concepteurs du projet pensaient inaugurer ces 60 000 m² dédiés à la culture... avant 2005.

Le seul entretien des bâtiments coûte à la région 4,5 millions d'euros par an.

 

Valence

Une Cité de la science et des arts au budget quadruplé

 


La Cité de la science et des arts par Santiago Calatrava, Valence (David Iliff/Wikimedia Commons/CC)

 

Conçue par l'architecte célèbre Santiago Calatrava, cette Cité, abritant notamment un musée des sciences et un opéra, a indéniablement changé le visage de Valence, ajoutant à son attrait touristique. Ce, au prix de l'explosion de son budget à 1,28 milliard d'euros – quatre fois le montant prévu.

 

La Banque d'Espagne a dû saisir cette année deux banques locales qui l'avaient en partie financée, la Caisse d'épargne CAM et Bancaja, forcées d'assainir leurs comptes plombés par les investissements toxiques dans l'immobilier.

 

La police a en outre interrogé deux anciens directeurs de la Cité de la science, sur ordre du parquet anticorruption, dans le cadre de l'enquête qui met en cause le gendre du roi Juan Carlos, Inaki Urdangarin.

 

Les Baléares, Palma de Majorque

Le vélodrome Palma Arena, un désastre royal

L'Espagnol Santiago Calatrava était aussi chargé de construire le vélodrome de Palma Arena à temps pour la Coupe du monde de cyclisme sur piste de 2007.

 


Le vélodorme Palma Arena, Palma de Majorque, (Chixoy/Wikimedia Commons/CC)

 

Le prix du projet a finalement doublé, jusqu'à plus de 100 millions d'euros. Un surcoût qui a attiré l'attention d'un juge d'instruction de Palma de Majorque. Et c'est en tirant les ficelles du cas Palma Arena, dans lequel l'ancien président de la région des Baléares, Jaume Matas, est soupçonné de détournement de fonds publics et de corruption, que le nom du gendre du roi Juan Carlos est (encore) apparu : Inaki Urdangarin devra témoigner devant le même juge fin février.

 

Asturies, Aviles

Le Centre Niemeyer, mort-né

Splendide structure curviligne blanche s'élevant sur les anciennes terres industrielles des Asturies, le centre culturel conçu par l'architecte brésilien centenaire, Oscar Niemeyer, avait été inauguré en décembre 2010 à Aviles avant d'ouvrir ses portes au public en mars 2011, au son de la clarinette de Woody Allen.

 


Le Centre Niemeyer, Aviles, Asturies, mars 2011 (SurfAst/Wikimedia Commons/CC)

 

Un an jour pour jour après son inauguration, le 15 décembre, il a fermé ses portes. Ce sont ici des disputes politiques régionales – le gouvernement ayant changé en mai dernier – qui ont forcé sa fermeture.

La région avait dû débourser 50 millions d'euros pour le construire.

 

Catalogne, Figueres

Une prison vide pour un million d'euros par mois

Ces derniers jours, les médias espagnols rapportent, mortifiés, un article du New York Times qui dénonce le gaspillage de la nouvelle prison de Figueres, en Catalogne.

 

Flambant neuve mais encore vide, au moins jusqu'à la mi-2012, son entretien et le paiement des intérêts de sa construction coûtent déjà près d'un million d'euros par mois au gouvernement catalan, dont les finances sont pourtant déjà mal en point.

 

Installée sur 300 000 m², dont 60 000 de bâtiments où devraient être logés jusqu'à 750 détenus, la prison a coûté quelque 108 millions d'euros.

 

El Pais dénonçait lui récemment un autre gaspillage : celui entraîné par l'illumination nocturne du site, apparemment digne d'un son et lumière à la Jean-Michel Jarre. La Generalitat, le gouvernement régional, a promis d'en baisser l'intensité.

 

Espagne

La télé de Valence, sacrément fournie !

Les dépenses de certaines télévisions régionales sont montrées du doigt, tandis que certaines communautés endettées commencent à couper dans les budgets santé et éducation.

 

L'on apprend ainsi que Canal 9, chaîne publique de la communauté de Valence, emploie 1 800 personnes, soit plus qu'Antena 3, Telecinco et laSexta, trois chaînes privées espagnoles, réunies.

 

A chaque région son « ambassade » à l'étranger

« Utilisez les ambassades espagnoles ou vous devrez expliquer à vos concitoyens pourquoi vous dépensez plus », a lancé récemment le nouveau ministre des Affaires étrangères, Jose Manuel García-Margallo aux communautés qui ont installé quelque 200 bureaux à l'étranger.

 

L'une des plus actives dans sa politique de représentation, la Catalogne, est aussi la région la plus endettée. Celle-ci a justement annoncé fin décembre qu'elle fermait son « ambassade » en Argentine. Il lui en reste cinq à :

  • Berlin,
  • Londres,
  • New York,
  • Bruxelles,
  • Paris.
Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Espagne
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 22:01

LEMONDE.FR | 06.01.12 | 19h38

 
 

 

Roselyne Bachelot vient de confirmer que la réforme de la dépendance ne serait pas faite avant l'élection présidentielle

Roselyne Bachelot vient de confirmer que la réforme de la dépendance ne serait pas faite avant l'élection présidentielleAFP/FREDERICK FLORIN


Il n'y aura "pas de nouvelles mesures" réformant la prise en charge de la dépendance des personnes âgées avant l'élection présidentielle, a indiqué, vendredi 6 janvier, le ministère des solidarités. En septembre, Roselyne Bachelot avait déjà confirmé qu'il n'y aurait "aucune mesure financière supplémentaire" dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2012.

 

Promesse de Nicolas Sarkozy en 2007, le "cinquième risque" devait être l'objet d'une des réformes les plus importante du quinquennat. Le président de la République a plusieurs fois répété que la réforme serait faite, en 2011, après celle des retraites. Face à la hausse importante du prix de la dépendance, une réforme devait améliorer notamment les conditions de financement de l'allocation personnalisée d'autonomie.

 

TRAITER LE DOSSIER SERAIT "IRRESPONSABLE"

Lors de l'émission "Paroles de Français" en février 2011, il annonçait qu'il allait "organiser une grande consultation qui va durer six mois", à l'issue de laquelle "nous déciderons cet été de la création d'une cinquième protection aux côtés de la maladie, de la retraite, de la famille, des accidents du travail, qui sont les branches traditionnelles de la Sécurité sociale".

 

En septembre, François Fillon avait annoncé que "traiter ce dossier dans le contexte économique et financier que nous connaissons aujourd'hui, dans l'urgence, ne serait pas responsable". Il avait alors annoncé qu'elle serait repoussé au début de l'année 2012. Roselyne Bachelot vient de confirmer que la crise a eu raison de cette réforme.

 

>> Lire aussi : "Le discret enterrement de la dépendance"


Alexandre Léchenet

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Alertes- Ce que vous devriez savoir
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:56

 

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 06.01.12 | 19h05   •  Mis à jour le 07.01.12 | 09h59

 
 

L'association britannique à but non lucratif Raspberry Pi est prête à fabriquer à des dizaines de milliers d'exemplaires un mini-ordinateur de la taille d'une carte de crédit. Le tout pour 25 ou 35 dollars selon les versions (respectivement environ 19 ou 27 euros). La plus chère possède une prise permettant de se connecter à Internet avec un câble plutôt que par Wi-Fi. Sinon, ce PC possède l'essentiel, avec prise USB, lecteur de carte mémoire de type appareil photo (SD), branchement de casque audio et de micro, ainsi qu'une sortie vidéo pour se raccorder à un téléviseur. L'alimentation peut se faire par piles ou par un chargeur de téléphone portable de 5 volts.

 

"La taille de l'ordinateur est essentiellement limitée par les connecteurs, ce qui fait que notre modèle peut être considéré comme le plus petit du monde", explique Eben Upton, le directeur exécutif du projet, mené en collaboration avec l'université de Cambridge. Les autres fondateurs sont issus du monde industriel - comme lui -, académique ou financier. "Nous avions noté, dans les années 2000, que le nombre d'étudiants en informatique baissait, de même que leur niveau. Pour nous, l'une des raisons était que l'ordinateur était trop cher. D'où la volonté, en 2008, de concevoir une machine à très bas coût. Cela a notamment été permis par le développement des processeurs pour téléphones portables", rappelle Eben Upton, qui travaille chez Broadcom, l'un des dix plus importants fabricants de puces électroniques et fournisseur du processeur central du Raspberry Pi.

L'initiative se rapproche de celles du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou d'Intel, baptisées respectivement One laptop per child (OLPC) et Classmate PC. Il s'agissait de produire des ordinateurs à 100 dollars pour les pays en voie de développement. Bien que d'un prix deux fois plus élevé que prévu, des dizaines de milliers d'exemplaires ont été achetés par des gouvernements en Asie, Afrique ou Amérique du Sud. "Notre philosophie est différente car nous voulions un produit encore moins cher et pas uniquement dédié à l'éducation des enfants", dit Eben Upton.

 

Enchères sur le Web

L'absence d'écran et de clavier du Raspberry Pi aide, bien sûr, à limiter les prix. "Nous ne sommes pas prescripteurs sur les usages. L'outil est là, et on voit ce qu'on peut faire avec." Les concepteurs de l'OLPC et du Classmate PC ont en effet développé des interfaces logiciels adaptées aux enfants et à la pédagogie. Rien de tel pour l'initiative anglaise, qui laisse assez libre la possibilité d'installer un grand nombre de systèmes d'exploitation de type GNU/Linux.

 

Pour les jeunes bidouilleurs, il sera ainsi moins risqué de "casser" ce PC que celui de la maison. Et, en cas de plantage, on peut graver une nouvelle carte mémoire avec le système d'exploitation et relancer un PC quasi neuf. En outre, sa petite taille permet d'imaginer des utilisations en robotique ou d'autres usages automatisés.

 

Pour les ventes, à partir de fin janvier, l'association est optimiste, avec ses 50 000 inscrits et les 10 000 euros récoltés grâce à la vente d'autocollants en forme de framboise. Les dix premiers exemplaires du Raspberry Pi, après la correction d'un ultime bogue, ont été mis aux enchères sur le Web, le 1er janvier, et les prix atteignent les 2 000 livres (2 400 euros)... La recherche du profit ne guidant pas l'association, le design de la machine sera prochainement rendu public sous une licence libre permettant la diffusion et la modification de ce mini-ordinateur (vendu sur raspberrypi.com). On verra alors si les jeunes retrouvent le goût de l'informatique.

 

David Larousserie


Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:51

Haqqi alayyi, les indignés de Beyrouth

Lettre du Proche-Orient | LEMONDE | 07.01.12 | 13h18

 
 

Sur les murs de Beyrouth, des affiches de couleur blanche et jaune portent un slogan percutant : "Haqqi alayyi". Un jeu de mots en dialecte libanais : les propos signifient à la fois "Mon droit dépend de moi" et "C'est ma faute".

 

Un appel à la responsabilité, promu par une vingtaine de jeunes Libanais âgés de 25 et 35 ans, artistes ou cadres pour la plupart, qui portent cette initiative. Leur but : "récupérer" les droits sociaux (comme l'accès à la santé pour tous, ou aux transports publics, inexistants) dont les Libanais sont privés, tout en dénonçant la corruption.

 

Et, par là, redessiner le rapport entre le citoyen et l'Etat - réduit à une peau de chagrin au fil des ans - pour mettre en place un nouveau système politique.

 

Vaste programme, sans aucun doute. "Notre but n'est pas réformiste, car le système n'est pas réformable. Nous voulons un changement radical, plaide Mohamad Hamdan, jeune ingénieur et l'un des piliers de Haqqi alayyi. Sur chaque dossier (santé, travail...), des solutions existent. Mais chacun est aux mains d'un petit groupe de décideurs politiques, qui verrouillent le débat et monopolisent les ressources économiques du pays pour servir leurs intérêts personnels."


Le mouvement est né dans la foulée des manifestations du printemps 2011 au Liban, où des milliers de personnes ont demandé la chute du régime confessionnel. Autrement dit, la fin du système qui régit le pays, octroyant ainsi sur une base confessionnelle les hautes charges de l'Etat et les postes dans l'administration. Les manifestations, faisant écho aux révolutions tunisienne et égyptienne, se sont rapidement essoufflées.

 

A Beyrouth, les observateurs se divisent, entre ceux qui croient, non sans fierté, que le "printemps arabe" a été nourri par le vent de révolte qui a soufflé sur le Liban en 2005, à la suite de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. Et ceux qui, amers, voient le train du changement leur échapper, tandis que la société libanaise semble engourdie dans un profond immobilisme.

 

"Peut-être n'étions-nous pas prêts pour notre révolution, suggère Myriam Mehanna, membre de Haqqi alayyi, revenant sur les manifestations de 2011 auxquelles elle a participé. En tout cas, nous n'étions pas d'accord sur l'alternative au confessionnalisme."


Aux autocongratulations et aux regrets, les jeunes de Haqqi alayyi préfèrent le travail de fourmi, tenace, dans la durée, pour poursuivre le désir de changement, par un projet politique qu'ils bâtissent pas à pas. Début décembre, ils remplissaient un théâtre de Beyrouth, le temps d'un après-midi, autour d'experts en droit ou en économie. Objectif : construire leur discours, de manière participative.

 

Plus tard dans le mois, ils se sont rassemblés devant le ministère de la santé, en disposant sur le sol des cadavres de chiffon et de papier. Des cadavres symbolisant la mort de ces Libanais décédés, faute de n'avoir été pris en charge par les hôpitaux parce qu'ils ne disposaient pas d'une couverture médicale.

 

Dans une société polarisée depuis 2005, le débat a été confisqué, selon les sympathisants de Haqqi alayyi, par la polémique politique, reléguant aux oubliettes les préoccupations quotidiennes des Libanais (accès à l'électricité, cherté de la vie...). Et entérinant des clivages qui n'ont fait que calcifier la société.

 

Eux refusent tout camp politique : ni "8 mars" (actuelle majorité, coalition du Hezbollah), ni "14 mars" (opposition, alliance menée par Saad Hariri). Autre spécificité de leur initiative : vouloir sortir des cercles militants pour créer une plateforme citoyenne plus large.

 

Pour rompre avec le désarroi ambiant, il convient, croient-ils, de repartir sur des dossiers concrets, en "demandant des comptes", explique Myriam Mehanna. "On loue toujours l'extraordinaire capacité des Libanais à s'adapter aux situations de conflit, de manque. Moi, je veux que l'on ne s'adapte plus, c'est-à-dire que l'on obtienne des droits", poursuit la jeune femme. Ces droits sont aussi, pour Haqqi alayyi, l'un des moyens de combattre le clientélisme favorisé par le jeu communautaire, où le zaïm (leader) fournit à son groupe des services.

 

Les membres de Haqqi alayyi savent la difficulté à mobiliser au Liban, dominé par une classe politique qui semble immuable depuis les années de conflit (1975-1990). Le maintien au pouvoir des anciens seigneurs de guerre participe largement au désenchantement.

 

Pour l'heure, le mouvement souhaite avant tout sensibiliser. "Combattre le sentiment de désespoir qui prévaut, comme si la situation misérable dans laquelle évolue le pays était notre destinée. Et convaincre qu'un changement du système serait bénéfique à tous", soutient Mohamad Hamdan.

 

Face à leurs concitoyens, qui, désabusés, les taxent de doux rêveurs ou jugent leur initiative isolée, les jeunes d'Haqqi alayyi ont en tête l'exemple égyptien. "Pendant des années, de jeunes activistes ont préparé le changement. Quand ils ont appelé à la manifestation du 25 janvier, combien d'Egyptiens étaient sceptiques ! Et pourtant, cela a pris !", lance Myriam

 

Mehanna.

 

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:46

LEMONDE | 30.08.11 | 17h28   •  Mis à jour le 30.08.11 | 18h44

 
 

 

Une vingtaine de jeunes gens finalisent un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s'appuyer sur aucune infrastructure existante.

Une vingtaine de jeunes gens finalisent un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s'appuyer sur aucune infrastructure existante.Conspiritech / Wikimedia commons


Un immeuble confortable et anonyme, au cœur de Washington, à quelques rues de la Maison Blanche. Dans une enfilade de bureaux au fond du 5e étage, une vingtaine de jeunes gens, surtout des garçons, travaillent discrètement, dans une ambiance à la fois studieuse et décontractée. Cette petite équipe, composée d'informaticiens, de juristes et de sociologues, est en train de réaliser l'utopie suprême des hackers et des militants libertaires du monde entier : un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s'appuyer sur aucune infrastructure existante – ni relais téléphonique, ni câble, ni satellite. Ils seront mouvants, horizontaux, entièrement décentralisés et échapperont à toute surveillance, car le trafic sera anonyme et crypté.

Ce projet ambitieux – nom de code Commotion– est dirigé par Sascha Meinrath, 37 ans, militant de longue date de l'Internet libre et précurseur des réseaux citoyens – au sein du collectif de journalistes en ligne Indymedia, puis à l'université d'Urbana-Champaign (Illinois), un des berceaux du logiciel libre, et dans diverses start-up et ONG d'action sociale : "J'ai bricolé mon premier réseau autonome il y a dix ans. Les antennes étaient faites avec des boîtes de conserves." Depuis ces temps héroïques, Sascha Meinrath a fait du chemin. Dans sa version actuelle, Commotion est un projet très officiel. Il est hébergé et financé par l'Open Technology Initiative (OTI), département high-tech de la New America Foundation, organisme prestigieux consacré à l'étude des grands problèmes de la société américaine, et présidé par Eric Schmidt, l'un des patrons de Google.

 

Grâce à cette tutelle, Sascha Meinrath dispose d'un budget annuel de 2,3 millions de dollars (1,6 million d'euros), auxquels est venue s'ajouter une subvention exceptionnelle de 2 millions, octroyée par le département d'Etat. En effet, les diplomates américains s'intéressent de près à la technologie des réseaux sans fil autonomes, légers et faciles à installer. Ils espèrent les déployer bientôt sur le terrain dans diverses situations d'urgence : dans des zones dévastées par une guerre ou une catastrophe naturelle ; dans les régions les plus déshéritées de la planète, où les populations sont privées de moyens de communication modernes ; et, enfin, comme "outil de contournement" dans des pays dictatoriaux, pour aider les dissidents politiques à communiquer entre eux et avec le reste du monde, en déjouant la surveillance policière et la censure. "Fin 2010, se souvient Sascha Meinrath, j'ai appris un peu par hasard que le département d'Etat avait décidé d'aider ce type de recherches. Nous avons déposé un dossier, en concurrence avec d'autres organisations, et nous avons été choisis. Les autres projets s'appuyaient en partie sur les infrastructures existantes, alors que Commotion les court-circuite entièrement."


"LE SEUL OUTIL À APPORTER SUR LE TERRAIN, C'EST UNE CLÉ USB"

La subvention fédérale n'a pas suffi à transformer l'équipe de Commotion en fonctionnaires. Josh King, 28 ans, le responsable technique, a gardé son look très rebelle – vêtu de noir de la tête aux pieds, avec chaîne, piercing et cheveux en bataille... Son bureau est encombré d'appareils de toutes sortes, sur lesquels il fait des tests approfondis, car Commotion doit pouvoir fonctionner avec un assemblage hétéroclite. Ses logiciels transforment un routeur Wi-Fi ordinaire, un simple PC ou un smartphone en relais intelligents, capables de connaître en temps réel la configuration du réseau, et de trier les données pour les envoyer vers leurs destinataires, ou vers un autre relais, plus proche du but. Par ailleurs, Commotion peut être facilement raccordé au reste du monde : il suffit qu'un seul des appareils soit connecté à Internet pour que tous les autres profitent de l'accès. "En fait, résume Josh King, le seul outil indispensable à apporter sur le terrain, c'est une clé USB contenant les logiciels, qui doivent être installés sur chacun des appareils appelés à faire partie du réseau." Depuis le printemps 2011, OTI propose des éléments de Commotion en téléchargement libre sur Internet. Une version de travail complète sera disponible en septembre, afin que des experts de tous les pays puissent l'étudier et faire des suggestions. Sascha Meinrath ne sait pas exactement qui télécharge quoi, car il ne garde aucune trace des internautes venant sur le site : "Si nous conservions une liste de nos visiteurs, nos serveurs pourraient être piratés par différents gouvernements – y compris le nôtre."


Récemment, OTI a reçu des messages de militants du "printemps arabe", vivant en Egypte, en Syrie, en Libye, à Bahreïn et au Yémen : "Ils veulent se procurer Commotion, mais nous essayons de les dissuader. C'est trop tôt, il n'est pas sécurisé, ce serait risqué de s'en servir contre un régime répressif. Cela dit, si ça se trouve, des groupes clandestins utilisent déjà des versions provisoires, sans nous le dire. Certains interlocuteurs sont peut-être des agents au service des dictatures, mais peu importe, nous montrons la même chose à tout le monde."


Sascha Meinrath se donne jusqu'à fin 2012 pour produire une version utilisable par le grand public. Pour aller plus vite, OTI s'approprie des systèmes mis au point par d'autres équipes. Pour la sécurisation, Commotion va intégrer les programmes du projet TOR (The Onion Router), inventé par une bande d'hackers allemands et américains pour circuler sur Internet en évitant d'être repéré. TOR a notamment été utilisé pour protéger les communications du site WikiLeaks –qui a divulgué en 2010 des masses de documents secrets appartenant au gouvernement des Etats-Unis. L'un des créateurs de TOR, l'Américain Jacob Appelbaum, fut un temps très proche de l'équipe de WikiLeaks. A deux reprises, en 2010, il a été arrêté par la police américaine, qui l'a interrogé sur ses activités au sein de WikiLeaks et a saisi ses téléphones et ses ordinateurs. Or, Jacob Appelbaum est aussi un ami personnel de Sascha Meinrath, qui fait appel à lui comme conseiller pour la mise au point de Commotion.

 

Pour expliquer cette situation paradoxale, Sascha Meinrath évoque la "schizophrénie" du gouvernement fédéral : "Parmi les responsables de Washington, il y a encore des gens formés pendant la guerre froide, qui rêvent de tout bloquer et de tout surveiller, mais il y a aussi des jeunes arrivés avec Obama, qui sont partisans de la transparence et de la liberté d'expression. En privé, de nombreux fonctionnaires du département d'Etat étaient en colère de voir leur hiérarchie critiquer WikiLeaks aussi violemment. Selon eux, l'affaire aurait pu être l'occasion de montrer au monde que les Etats-Unis savent défendre la liberté d'expression et la transparence, en toutes circonstances."


A présent, Jacob Appelbaum participe à un vaste projet baptisé Freedom Box – un ordinateur basique et bon marché transformé en serveur crypté et sécurisé pour le grand public. Sascha Meinrath envisage d'intégrer Freedom Box au réseau Commotion, notamment pour bénéficier d'une fonction dite de "connexion différée" : "Par exemple, lors d'une manifestation réprimée par la police, un manifestant prend une photo avec un smartphone connecté à Commotion. Internet a été coupé ce jour-là dans le quartier par les autorités, la photo ne peut pas sortir du pays, mais grâce à Commotion, elle est stockée à l'abri, sur une freedoom box locale. Puis, dès qu'Internet est rétabli, la box envoie automatiquement la photo dans le monde entier."


 LES ENTREPRISES DE TÉLÉCOMS, ENNEMIS POTENTIELS

OTI songe à intégrer d'autres appareils expérimentaux, qui permettront aux utilisateurs de partager des masses de fichiers lourds, de faire transiter sur Commotion des appels téléphoniques passés avec des mobiles ordinaires, de transmettre des données dans toutes les gammes de fréquences, et même d'interconnecter plusieurs réseaux voisins : "En juillet, raconte Sascha Meinrath, une équipe d'hackers en camionnette a monté un réseau éphémère, couvrant une zone de 60 km sur 30, à cheval sur l'Autriche, la Croatie et la Slovénie. C'est la preuve qu'on peut fournir une connexion Internet à toute une zone frontalière, sans être physiquement présent dans le pays." Commotion n'est pas prêt pour un déploiement dans les zones à risque, mais il peut déjà être testé aux Etats-Unis – par exemple, dans les quartiers pauvres des grandes villes, dont les habitants ne peuvent pas se payer d'abonnement Internet classique. A Washington, à Detroit, et dans une réserve indienne californienne, l'OTI est entré en contact avec des associations de quartiers et des groupes militants qui avaient entrepris de créer des réseaux sans fil sauvages, pour offrir aux habitants des accès Internet gratuits. Grâce à son expertise et à son carnet d'adresses, l'équipe d'OTI a fourni à ces amateurs une aide technique et financière décisive.

 

Cette fois, les ennemis potentiels sont les entreprises de télécoms, qui pourraient faire pression sur les autorités, pour qu'elles tuent ces initiatives citoyennes à coups de lois et de restrictions bureaucratiques. Sascha Meinrath est conscient de la menace : "Notre technologie va bousculer pas mal de choses, y compris aux Etats-Unis. Si les gens se mettent à construire leurs propres réseaux, le business model des groupes de télécoms va s'effondrer. Il faut s'attendre à ce qu'ils contre-attaquent brutalement." Commotion devra aussi affronter l'hostilité des majors d'Hollywood, car il peut faciliter le piratage des œuvres sous copyright. Sascha Meinrath est à la fois fataliste et optimiste : "Que ce soit aux Etats-Unis, au Moyen-Orient ou ailleurs, qui va mettre en place ces réseaux alternatifs ? Pas des vieux, on le sait. Ce sont les ados qui vont s'en emparer. Ils s'en serviront pour contester l'ordre établi et aussi pour partager leur musique et leurs films. Ce sera peut-être négatif pour les détenteurs de droits, mais le bilan global sera très positif."


Yves Eudes


Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:42

 

LEMONDE.FR | 01.09.11 | 19h46   •  Mis à jour le 02.09.11 | 08h18

 
 

 

La carte des pays "ennemis d'Internet" ou "sous surveillance", d'après l'organisation Reporters sans frontières.

La carte des pays "ennemis d'Internet" ou "sous surveillance", d'après l'organisation Reporters sans frontières.RSF


Après la publication de notre article consacré au projet Commotion, qui permet de créer des réseaux informatiques non censurés et faciles à déployer dans des pays dictatoriaux, de nombreux lecteurs nous ont interpellés pour savoir qui contrôle aujourd'hui Internet. En raison de  sa nature décentralisée, Internet n'est pas "contrôlé" par un unique organisme, Etat, ou entreprise. Contrairement à une idée répandue, le réseau n'est pas non plus une "jungle" totalement libre : à tous les échelons, de nombreux organismes exercent ou peuvent exercer un contrôle ou une censure sur les informations qui y circulent.


AU NIVEAU MONDIAL

Les stuctures les plus fondamentales d'Internet sont sous le contrôle de l'Icann, l'Internet corporation for assigned names and numbers. Cet organisme a un statut particulier, puisqu'il s'agit d'une société à but non lucratif, soumise au droit californien. Composé de nombreuses commissions, qui gèrent des problématiques structurelles, l'Icann encadre notamment les noms de domaine ou le fonctionnement des adresses IP (Internet Protocol, les "adresses" de machines et de sites sur le réseau).

 

La gouvernance de cet organisme stratégique fait l'objet de nombreux débats : plusieurs pays lui reprochent notamment la sur-représentation des Américains dans les différentes commissions. L'Europe et la Chine, notamment, demandent depuis plusieurs années une plus grande ouverture dans la gestion de la fonction Iana, la "racine" d'Internet, qui gère par exemple les noms de domaine en .com. Le pouvoir de l'Icann est fondamental, puisque l'organisation peut suspendre des noms de domaines entiers, comme elle l'avait fait pour le .iq irakien ou pour le domaine afghan.

 

Pour le bon fonctionnement du réseau, un organisme distinct de l'Icann est également chargé de fixer les normes techniques des technologies les plus courantes sur Internet, comme le langage HTML : le World Wide Web Consortium (W3C). Sa gestion est assurée conjointement par des experts américains, européens et japonais.

 

AU NIVEAU NATIONAL

S'il est décentralisé, le réseau reste cependant tributaire de la présence de câbles pour son bon fonctionnement : en l'absence de "tuyaux" suffisamment grands, le trafic peut être très fortement ralenti. Or, de nombreux pays sont dépendants, pour leur accès au réseau, d'un ou deux câbles sous-marins ou souterrains. En Afrique, des pays entiers voient leur accès tributaire des décisions des pays voisins ou des choix des entreprises privées.

 

Surtout, les pays disposent techniquement de la capacité de bloquer ou de censurer tout ou partie d'Internet. Durant les manifestations qui ont précédé la chute de Hosni Moubarak, l'Egypte a pu couper quasi-instantanément l'accès au réseau en faisant pression sur les fournisseurs d'accès à Internet (FAI). En bloquant deux protocoles d'échange d'information vitaux, le pays a été coupé du reste de la Toile en quelques heures.

 

Sans aller jusqu'à ces extrémités, de nombreux pays exercent aussi un contrôle très fort sur le réseau. Des contenus contraires aux lois nationales sont ainsi bloqués dans la plupart des pays autoritaires, mais aussi dans des démocraties : en France, la loi sur les jeux d'argent en ligne permet d'ordonner le filtrage des sites qui n'ont pas reçu un agrément. En Australie, un vaste projet de filtre a été repoussé à plusieurs reprises devant les difficultés techniques et politiques. Ces systèmes de filtrage ne sont en effet pas infaillibles, mais les solutions de contournement peuvent être relativement complexes à utiliser.

 

L'organisation de défense de la liberté d'expression Reporters sans frontières publie chaque année un classement des pays qui censurent Internet. Dix pays sont classés par RSF comme "ennemis d'Internet" en raison de la censure draconienne qu'ils exercent sur le réseau. Parmi eux, la Chine, la Birmanie et l'Iran, où les activités des internautes sont également espionnées. La Russie, le Venezuéla ou la France sont, eux, classés comme "pays sous surveillance" en raison de lois en vigueur qui permettent de filtrer des sites Web.

 

POUR CHAQUE ORDINATEUR

Au sein d'un même pays, plusieurs acteurs peuvent exercer un contrôle sur la manière dont les utilisateurs accèdent à Internet. Les fournisseurs d'accès disposent théoriquement d'importants pouvoirs : ils peuvent par exemple bloquer ou ralentir certains types de trafic, par exemple le téléchargement en P2P. Depuis la création du Web, une règle non-écrite, dite de "neutralité du Net", prévoit que les opérateurs ne font pas de discrimination des contenus circulant sur le réseau : quel que soit l'utilisateur ou le type de données, toutes les informations doivent théoriquement circuler à la même vitesse.

 

Mais les FAI, qui se plaignent d'engorgements suite au développement exponentiel du Web, souhaitent pouvoir, dans certains cas, s'affranchir de cette règle. Pour des raisons de gestion du réseau, estiment-ils, il serait par exemple souhaitable de pouvoir donner la priorité à certains "paquets" d'informations au détriment d'autres, comme les vidéos en ligne par exemple. Dans certains pays, et notamment aux Etats-Unis et au Canada, les FAI brident également la vitesse de connexion et la quantité de données téléchargeables par les internautes.

 

En bout de chaîne, l'internaute est également soumis au contrôle de son réseau local, s'il n'est pas directement connecté à Internet. En pratique, ce sont souvent les entreprises qui détiennent le plus de pouvoir sur la connexion d'un internaute. Il est en effet plus simple de filtrer un réseau de petite taille que de le faire à l'échelle d'un pays.

 

Damien Leloup


Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Alertes- Ce que vous devriez savoir
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:36

LEMONDE | 07.01.12 | 13h13   •  Mis à jour le 07.01.12 | 19h10

 
 

New York Envoyé spécial - Un café à la mode, dans un quartier fréquenté par les étudiants de Manhattan. En cette fin de matinée, la salle est bondée, mais pas trop bruyante, car la moitié des clients lisent ou écrivent sur leur ordinateur portable. David Darts, responsable du département d'art de la New York University, entre discrètement, avec à la main une lunch box d'écolier - une petite boîte en fer noire, décorée d'une tête de mort.

 

Discrètement, il va la poser sur une table, dans un coin. Aussitôt, plusieurs clients, qui cherchent le réseau WiFi du café pour aller sur Internet, voient apparaître sur leur écran une icône inédite : " Pirate Box, Share Freely !" (partagez librement). Ils se connectent en un clic, mais au lieu d'arriver sur un site Internet, ils se retrouvent face à une tête de mort, accompagnée d'un menu qui leur propose de participer à une messagerie en direct, de télécharger des textes et des musiques, ou de déposer leurs propres fichiers pour les offrir aux autres clients connectés.

 

Sur la messagerie, la conversation part très vite dans tous les sens. David Darts intervient pour expliquer le fonctionnement de la Pirate Box, mais les clients du café l'ont déjà compris, intuitivement : la boîte posée sur la table crée autour d'elle un miniréseau sans fil autonome, permettant aux ordinateurs du voisinage de s'interconnecter gratuitement, hors de tout contrôle. En quelques minutes, les fichiers commencent à circuler. David Darts ignore combien de personnes sont connectées : "C'est exprès, la Pirate Box ne comporte aucun outil permettant de pister ou de recenser les utilisateurs. Si des gens mal intentionnés - ou la police - entrent ici et s'emparent de ma boîte, ils ne pourront jamais savoir qui s'en est servi."


Il a choisi de mettre en partage des oeuvres musicales à base de sampling (échantillonnage) considérées par leurs auteurs comme étant "hors copyright". Cela dit, si quelqu'un dépose un fichier protégé par copyright, il n'a aucune objection : dans ce petit univers clos, chacun agit à sa guise, sans peur d'être espionné ni puni. Au-delà de son aspect ludique, la Pirate Box a été conçue pour donner à réfléchir : "La protection de notre vie privée et de notre anonymat est intimement liée à la préservation de nos libertés fondamentales. Or, sur Internet, nous acceptons d'être espionnés en permanence par Google ou Facebook, et par des agences d'Etat. En échange, nous recevons des services très pratiques, mais, à mon sens, c'est trop cher payé."


Quand on ouvre la boîte, on découvre un assemblage d'appareils banals coûtant une centaine d'euros : un "plug server" (module de gestion de périphériques) faisant office d'unité centrale, un routeur WiFi, une clé USB contenant le site et les fichiers, plus une batterie. L'ensemble fonctionne grâce au système d'exploitation libre et gratuit Linux.

 

Au départ, fin 2010, David Darts s'était lancé seul dans l'aventure : "J'avais emprunté le logiciel libre Droopy, écrit par un Français, et j'avais commencé à l'adapter à mes besoins." Mais très vite, il s'aperçoit qu'il a besoin d'aide. Il ouvre alors un site Internet et lance un appel vers la communauté du logiciel libre, qui fonctionne sur le principe de l'entraide et du partage. En quelques semaines, des experts lui envoient bénévolement des solutions et des suggestions, qui lui permettent d'achever son travail.

 

Pour vérifier l'attrait de sa Pirate Box sur différents publics, David Darts fait des tests un peu partout : sur le campus, dans des bars, des soirées, des parcs, dans le métro, dans son immeuble... A ce jour, l'accueil a toujours été positif. Il distribue aussi son logiciel gratuitement sur Internet, avec un mode d'emploi qui permet aux bricoleurs de fabriquer leur propre box. Fidèle à ses principes, il ne veut rien savoir sur eux, mais il devine qu'ils sont nombreux : "Sur Amazon, le plug server était bradé à 20 dollars (15 euros), mais, d'un seul coup, la demande a explosé, il est monté à 60 dollars (46 euros). D'ailleurs, Amazon indique que ceux qui l'ont acheté ont aussi acheté une boîte décorée d'une tête de mort..."


En dix mois, son site a reçu plus d'un million de visiteurs, dont quelques-uns se sont associés au projet. Une hackeuse allemande s'est aperçue que le plug server était en fait inutile, car les logiciels de la Pirate Box peuvent être installés directement sur certains routeurs, comme le Buffalo AirStation.

 

Parallèlement, une communauté de geeks a entrepris de transformer un smartphone en Pirate Box, tandis qu'une autre en fait autant avec un ordinateur portable. Un troisième groupe construit une Pirate Box plus puissante, en utilisant uniquement des composants dont les plans sont en libre accès (open source).

 

Un passionné fabrique des Pirate Boxes pour ceux qui n'y arrivent pas tout seuls, et leur revend à prix coûtant. Renseignements pris, il s'appelle Joseph, et se présente comme un garçon de 15 ans habitant en Virginie. Il ne sait pas s'il va continuer longtemps, car cela ne lui rapporte rien, mais pour lui, pas question d'en faire un business : "Le principal attrait du projet est d'être à contre-courant, hors du système marchand." Joseph teste sa propre Pirate Box, à l'école, en ville, chez des copains : "Les jeunes discutent comme sur Facebook, sauf que ça reste entre nous. On s'échange des photos, des vidéos, des enregistrements de groupes locaux, des livres comme Harry Potter, et aussi de la documentation sur des sites pirates."


A New York, David Darts reçoit à présent des messages l'incitant à se lancer dans la création d'un réseau parallèle, composé d'une série de Pirate Boxes interconnectées : "Mon petit projet fait partie d'un vaste mouvement. Des tas de gens rêvent de créer une version alternative de l'Internet actuel, dont ils ne veulent plus, car il est devenu mercantile, centralisé et surveillé de partout."


D'autres New-Yorkais, plus politisés, travaillent à la réalisation de cette utopie, avec des variantes. Les militants de l'Internet libertaire ont compris que pour toucher le grand public, ils devaient fournir des appareils prêts à l'emploi. La petite ONG Access Now, qui se consacre à la défense des "libertés numériques", a entrepris de transformer un routeur Internet ordinaire en machine à anonymiser le trafic Internet. Son directeur technique, Gustaf Björksten, installé dans un immeuble vétuste du sud de Manhattan, a lui aussi choisi le routeur Buffalo AirStation, sur lequel il s'efforce d'installer une version modifiée du système TOR (The Onion Router).

 

Mis au point par une équipe de hackers américains et allemands, TOR est un réseau de serveurs anonymes, qui cryptent les données Internet et les font transiter par plusieurs relais pour brouiller les pistes. Access Now espère mettre en vente dès 2012 un outil simple et bon marché pour ceux qui ont besoin d'utiliser Internet discrètement - militants écologistes ou humanitaires, dissidents politiques, syndicalistes...

 

A quelques kilomètres de là, au 17e étage d'un gratte-ciel, dans un quartier d'affaires de New York, une autre équipe s'est lancée dans une aventure plus ambitieuse : la conception d'une Freedom Box, qui combinera dans un seul boîtier une large gamme de fonctions permettant de protéger la confidentialité des communications sur Internet. Le projet est hébergé par le Software Freedom Law Center (SFLC), un cabinet juridique à but non lucratif, qui fournit gratuitement des services juridiques aux créateurs de logiciels libres. Le patron du SFLC, Eben Moglen, militant de longue date de la défense des libertés individuelles, par ailleurs avocat et professeur de droit à l'université Columbia, a compris qu'en matière de protection des droits des citoyens sur Internet, la loi est une arme insuffisante. Il a donc décidé de passer à l'action directe : "Nous allons produire un équipement qui permettra à chaque citoyen de prendre en main personnellement la protection de sa vie privée sur Internet, sans s'y connaître vraiment en informatique."


Pour mettre au point ses logiciels, l'équipe de la Freedom Box a choisi le Dream Plug de Globalscale, un mini-ordinateur fonctionnant sous Linux et coûtant 150 dollars (115 euros). La montée en charge se fera par étapes, en commençant par une messagerie cryptée. Puis, si tout se passe comme prévu, à partir de 2013, le possesseur d'une Freedom Box pourra consulter Internet et télécharger des fichiers anonymement, contourner des firewalls d'entreprise, téléphoner gratuitement en mode crypté, échanger des sons et des images en direct et en différé, déposer des fichiers sensibles en lieu sûr dans une autre Freedom Box.

 

Ce réseau alternatif permettra aussi de publier des documents sur Internet tout en restant anonyme : chacun possédera ainsi son propre WikiLeaks. Enfin, la communauté des Freedom Boxes pourra créer un réseau social offrant les mêmes fonctions que Facebook, mais dont l'architecture sera horizontale et décentralisée : les données personnelles de ses membres ne seront jamais stockées en un seul lieu, et chacun en gardera le contrôle.

 

Conformément à l'esprit de la communauté du logiciel libre, l'équipe travaille en partie à partir de programmes existants, et s'appuie sur une cinquantaine d'experts, dont beaucoup de bénévoles - parmi eux, Jacob Appelbaum, cofondateur de TOR, par ailleurs proche de WikiLeaks.

 

Eben Moglen rêve déjà de voir sa box se vendre sur Internet à des millions d'exemplaires, grâce à des accords commerciaux avec des fabricants et des distributeurs. Cela dit, il sait que ses efforts n'auront jamais de fin : "Des hackers et des services secrets vont attaquer notre réseau, et certains réussiront à le compromettre. Nous devrons donc trouver à chaque fois de nouvelles parades. Il faudra aussi sans doute négocier avec certains Etats, accepter des compromis..." En bref, s'imposer comme un nouvel acteur sur le réseau mondial.

 

Yves Eudes


Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
commenter cet article

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22