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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:14
NEW YORK, 17 NOVEMBRE Quelques jours après l’évacuation par la police de Zuccotti Park, les manifestants continuent leurs protestations dans le Financial district du sud de Manhattan.
Andrew Burton / Getty Images

 

Essai

Pourquoi les Indignés gagneront
Il existe un chemin qui part de l’avenue Bourguiba, à Tunis, vers Zuccotti Park, à New York. Il raconte une colère dans de nombreux endroits du monde, au-delà des manifestants: ce changement des consciences influencera fortement les temps à venir.

Sa barbe grise lui donne un faux air de l’acteur Jeff Bridges. Il s’appelle Jim Gerritsen, il a 56 ans, il s’avance. Il est dans un petit square de l’avenue C. Maintenant, on appelle plutôt cette artère Loisaida Avenue, dans ce Lower East Side hispanique de New York. Ici, jusqu’aux années 90, se situait le coeur sanglant de l’Alphabet City, haut lieu de la criminalité de la ville.

Cela demeure décrépi et populaire, mais il y a aussi cette énergie heureuse de la lisière urbaine, les bistrots latinos arrosant le quidam à la caïpirinha trop tassée, juste en dehors de la folie du centre de Manhattan. C’est le 4 décembre, et il fait étrangement doux, à peine une fraîcheur de début d’hiver, ciel de plomb brouillardeux, bruine à venir, et ils sont 500 ou 1000, guère plus, dans ce parc, à écouter Jim.

C’EST PEUT-ÊTRE À 1848 QUE RESSEMBLE 2011. LA RÉBELLION PA RISIENNE AMENA UNE DÉMOCRATIE RÉPUBLICAINE EN FRANCE, MAIS INSPIRA RAPIDEMENT TOUTE L’EUROPE.

La manifestation s’appelle Occupy Food, occuper la nourriture. Un «event» de plus organisé en coordination avec Occupy Wall Street, le mouvement des Indignés de New York, lancé à la fin de l’été dernier. Il s’agit ce dimanche de montrer la solidarité du monde paysan avec les protestataires de Zuccotti Park. Ce sont surtout des agriculteurs bios qui sont venus, des ennemis déclarés de Monsanto et des géants de l’agroalimentaire. Ils arrivent de la vallée de l’Hudson, mais aussi de l’Iowa ou de plus loin encore.

Quand Jim vient devant le micro, il dit: «Ils ont cassé l’Amérique», le silence alors se fait. «Ils»: Jim y fourre aussi bien la finance de Manhattan sud que la cupidité générale, ou les consommateurs prisonniers de leurs habitudes, et qui ne savent plus distinguer le maïs transgénique – il en agite un morne épi dans la main – d’une laitue fraîche. Jim continue: «Je suis paysan depuis trente-cinq ans. J’en suis fier. J’aime ce que je fais, là-bas dans le Maine, chez moi. Et aujourd’hui, c’est la première fois de ma vie que je mets les pieds à New York City.» Une émotion forte vient, des gens applaudissent, l’attention est totale.

Alors Jim continue, il parle de la cruauté des marchés et de la perte d’autonomie des fermiers. Il parle de n’être bientôt plus rien, ruiné par la moissonneusebatteuse des grandes industries. Jim Gerritsen termine en regardant droit dans la foule les jeunes gars d’Occupy Wall Street: «Je suis venu vous dire que les fermiers d’Amérique sont avec vous.» Il est ovationné.

La petite foule se met en marche, pour descendre vers Zuccotti Park. Le trajet prendra une heure. Les manifestants ont plutôt l’air d’une grosse escouade de fermières et de fermiers un peu babas que d’une horde sauvage en colère. Ils agitent des panneaux pour de la nourriture saine, c’est bon enfant, on défile en passant par les trottoirs, avec les policiers à scooter à côté.

Ce qui étonne cependant, ce sont les gens dans la rue, ou ces commerçants qui sortent devant leur échoppe, saluent, encouragent, filment avec leur portable, jubilent, lèvent le poing parfois. Mais plus Wall Street approche, plus l’ambiance peu à peu se tend. De la défiance apparaît, palpable, épaisse comme les manteaux de marque des traders en plein shopping du bas de la ville, paquets de Noël sur les bras, et qui font non avec leur tête en guise de sarcasme. Il y a désormais plusieurs dizaines de policiers, les voitures à feux bleus, aux côtés des manifestants.

«MAIS L’ÉDEN EST EN FLAMMES.» Bob Dylan, «Changing of the Guards»

En allant par ces rues, avec eux, je me suis souvenu de l’avenue Bourguiba, à Tunis, en janvier dernier, où marchaient alors des milliers de personnes. Là aussi il faisait doux, une fin d’hiver d’Afrique du Nord, cette fois. Le président Ben Ali venait de quitter le pays, mais les manifestations continuaient contre le RCD, le vieux parti du despote «dégagé», afin que la machine du pouvoir soit dissoute. Des gens émanaient une joie de fête mêlée encore de fureur.

Il y avait des fleurs dans la bouche du canon des tanks, au carrefour: bien sûr que ça ressemblait à un cliché niais de fraternité, mais c’était très beau, quand même. La médina sublime était fermée, sombre et inquiétante de vide sinueux. Walid m’y avait emmené boire le thé dans le seul café ouvert, avec une télé repassant les manifs en boucle, devant laquelle se pressaient quelques habi tués. Il voulait parler du basculement de son pays, de son drôle d’ahurissement joyeux devant ce qui se passait.

Qu’allait-il devenir, lui qui arrondissait l’ordinaire en essayant de pousser les touristes vers des boutiques de mauvais parfums? En même temps il disait sa fierté, déjà, tout de suite, le sentiment que son pays pouvait montrer un chemin. Il n’avait pas vraiment fait la révolution, Walid. Il était de ceux qui l’avaient plutôt regardée passer dans la rue. Mais, comme une force, elle l’avait emporté, c’est-à-dire pris, au sens de l’émotion forte. Il avait peur, mais il savait que c’était maintenant moins des flics ou des soldats que de lui-même. Et qu’il était possible désormais de transformer cette impuissance en courage.

Les Indignés ont sans doute trouvé une partie de leur raison d’exister là, en Tunisie. Dans la colère née de l’immolation désespérée de Mohamed Bouazizi, marchand de fruits et légumes. Et s’il fallait un jour écrire une paradoxale histoire heureuse de la mondialisation, de l’ironie des allers-retours qu’elle permet parfois entre les mondes, un chapitre aurait l’odeur entêtante du jasmin.

Car la Tunisie, en bougeant, tombant, en faisant tomber un despote, en abattant aussi le cynisme occidental qui se plut longtemps à regarder en sceptique les trublions tunisiens, a déclenché unmouvement. Pas seulement celui d’un printemps des pays alentour, d’une contagion des révoltes ou violences. Mais aussi celui d’une pensée du changement qui a irradié au-delà, vers l’Espagne ou la Grèce, les Etats-Unis ensuite, peut-être la Russie maintenant.

Dans les dernières heures avant de repartir de Tunis, j’avais l’habituel sentiment des échotiers de passage: celui de les laisser un peu en plan. Ils allaient devoir se débrouiller comme ils pourraient avec leur révolution. Et il n’y avait pourtant qu’à écouter et à voir les passants, parole libérée, pour sentir que rien ne serait facile, qu’il allait falloir inventer des funambulismes entre le pragmatisme, les amertumes revanchardes et les envies de démocratie. Oui, il y aurait un retour des islamistes, mais ils ne sont pas tous extrémistes, l’infinie palette des nuances serait nécessaire. Mais les Tunisiens avaient ouvert une brèche énorme.

Rue de Marseille, encore un café avec Nadhir, voisin sur le zinc, et c’est à ce moment que la radio a passé Changing of the Guards et que ça m’a bouleversé, ce «mais l’éden est en flammes» craché par la voix de Patti Smith, qui continuait: «La paix viendra, avec tranquillité et splendeur sur les roues de feu. Mais sans aucune récompense quand ses fausses idoles tomberont.» J’ai entrepris d’expliquer vaguement la chanson à Nadhir, mais il riait seulement, en criant «Vive la Tunisie!».

«LE DIEU QUI M’A FAITE M’A FAIT COURBER LA TÊTE. ET JE SENS QUE JE TOMBE.» Natacha Atlas, «Mon amie la rose»

Que s’est-il passé, après? Un incroyable effet domino. On peut expliquer cela par un pourrissement similaire et général des situations, ces potentats divers et leurs tentations dynastiques, le désespoir des jeunesses arabes, la réprese sion imbécile et la captation des richesses par les familles au pouvoir.

Tout est vrai, et fut accéléré sans doute par l’internet, les réseaux sociaux et les portables. Mais c’est pourtant d’abord dans les têtes que la révolte s’est propagée. Les héros égyptiens de la place Tahrir ont eu des contacts avec les Tunisiens: ils voulaient savoir comment s’y prendre, imprimer un tract, organiser la non-violence ou arrêter un char, et peutêtre un chameau.

Ensuite, le Yémen, l’Algérie, la Libye, la Syrie. Dès l’été, à Madrid, Puerta del Sol, Los Indignados sont de plus en plus nombreux: au total, sur 46 millions d’Espagnols, plus de 6 millions ont participé à l’une ou l’autre manifestation dans le pays durant l’été. Dix jours après l’Espagne, ils sont 100 000, un dimanche étouffant, sur la place Syntagma, à Athènes. On croit, comme partout, à une simple éruption passagère.

Le dimanche suivant, les Indignés grecs sont un demimillion. En août, à Londres, c’est Tottenham qui s’embrase, puis d’autres villes, ailleurs, Tel-Aviv aussi, où plus de 400 000 personnes défilent. On entend parler, à la fin août, de ces New-Yorkais qui se réunissent dans un petit square du bas de la ville, Zuccotti Park.

Quelque chose les réunit, malgré la diversité des situations et les différen ces, énormes, que ce soit du point de vue social, économique ou politique. Quelque chose de l’ordre de l’impasse du fonctionnement financier, de la captation des richesses par quelques-uns: lorsqu’un anthropologiste, David Graeber, invente l’expression «Nous sommes les 99%», il fait plus que poser un slogan.

Il souligne qu’à l’arrivée, il n’y a guère de différence entre un clan familial qui s’enrichit aux dépens du peuple en Tunisie et une minuscule ploutocratie (le mot est de Paul Krugman, Nobel d’économie, dans le New York Times) de Wall Street, représentant moins de 1% de la population états-unienne, qui spécule et engrange toute la richesse produite par le pays. La comparaison est choquante? Alors c’est que tout n’est pas perdu. Et qu’il faut changer de fonctionnement.

La nouveauté des mouvements d’aujourd’hui réside précisément dans une inhabituelle solidarité se créant entre des étudiants chômeurs tunisiens, les foules d’Europe, des banlieusards d’Oakland, des Frères égyptiens, des employés moscovites ou des fermiers du Maine. Ils parlent tous d’autre chose, vraiment? Ou ne serait-ce pas, justement, qu’ils évoquent exactement la même histoire?

Partout, ils sont proportionnellement plutôt jeunes, bien éduqués, souvent issus de la classe moyenne. Partout, les protestations commencent comme des histoires particulières, sans encouragements des oppositions politiques en place, voire même une gêne de leur part, un dénigrement par les dissidences installées, dépassées rapidement par l’ampleur des choses et bien incapables de récupérer le mouvement une fois lancé.

A quand faut-il remonter pour sentir pareilles situations, avec pareille internationalisation des protestations. 1989 et l’effondrement du soviétisme? Pas vraiment: il s’agissait plus prosaïquement de la fin d’un empire usé. Alors 1968 et les mouvements étudiants? Ça ne fonctionne pas non plus. Car il était question alors de contre-culture, et ce n’est pas du tout ce dont parlent les foules d’aujourd’hui.

Elles savent d’abord ce qu’elles ne veulent pas: la corruption générale, l’opacité oligarchique en cours, l’injustice obscène de l’enrichissement permanent des déjà riches, détaxés de mille manières et sans aucune solidarité avec des populations s’appauvrissant. L’ascenseur social n’est pas seulement bloqué: il est carrément en chute libre, d’Athènes à New York.

C’est peut-être davantage à 1848 que ressemble 2011. La parisienne rébellion amena une démocratie républicaine en France, mais inspira rapidement toute l’Europe. Des foules descendirent dans la rue à Venise, à Vienne, à Milan ou à Berlin. Il y eut même une démonstration de solidarité démocratique qui descendit Broadway et s’arrêta à peu près où se trouve désormais le Financial district de New York. Ça ne vous rappelle rien?

Entendons-nous: les Indignés du monde d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec un Grand Soir de plus. Il y aura des usures, des effilochages, des fatigues, des retours en arrière. Ceux qui meurent à nouveau sur Tahrir, au Caire, en sont les premiers exemples. «On est bien peu de chose, et mon amie la rose me l’a dit ce matin», chantait Natacha Atlas, l’Egyptienne.

«D’ABORD, NOUS PRENONS MANHATTAN, PUIS NOUS PRENONS BERLIN.» Leonard Cohen, «First we take Manhattan»

Que vont devenir ces mouvements? A Zuccotti Park, Will, l’un des jeunes gens chargés du groupe communication (oui, les Indignés ont désormais des attachés de presse) explique une organisation très éclatée. Les protestataires d’Occupy Wall Street ne peuvent plus camper et dormir sur place, mais cela n’empêche pas les réunions, plusieurs fois par semaine.

On vote à main levée. Il y a bien une vague structure, mais sans hiérarchie forte: plutôt des groupes de travail, chargés aussi bien de la subsistance et des repas pour ceux qui sont sur place, que de mettre sur pied une manifestation sur tel ou tel thème, ou de réfléchir aux actions futures.

Je lui demande où ils se situent, idéologiquement, il reconnaît que ça part un peu dans tous les sens, allant de l’écologie pure et dure à la taxe Tobin sur les transactions financières. Mais ce ne sont pas des gauchistes ou de vieux anarchistes: Will, moins de 30 ans, raconte qu’il travaille dans le marketing, dans l’environnemental, et il n’a rien d’un naïf, ni d’un chômeur révolté ou d’un doux rêveur.

D’autres sont employés de banque, ou vendent des pizzas à Brooklyn, étudient le droit ou la communication. Ou alors sont fermiers dans le Maine, comme Jim. Ils me répètent tous que Wall Street dysfonctionne absolument et emprisonne la démocratie. Et que malgré l’inertie, malgré la propension du système financier à vouloir tout recommencer comme avant, les gens comprennent de plus en plus qu’il est possible d’agir en citoyen.

IL Y A DES INDIGNÉS QUI RESTENT CHEZ EUX, MAIS N’EN PENSENT PAS MOINS: LES INFILTRÉS. ILS SONT DES CENTAINES DE MILLIONS.

Ce sera en 2012, mais aussi en 2013, 2014. Cela prendra dix ans peut-être, mais ce n’est plus une utopie. Ils connaissent aussi mieux le monde que les caricatures que l’on fait souvent des Américains. Je leur rappelle la Puerta del Sol et Syntagma, et ils se disent habités d’un sentiment de responsabilité: ici, à quelques pas de Wall Street, existe un genre de ligne de front.

Car s’approcher de la Bourse new-yorkaise n’est pourtant guère aisé, désormais, pour les passants et les curieux venus voir le canyon urbain du western financier moderne. Le ventre de la Bête est protégé par des barrières, surveillé par de nombreux policiers en guérites. On peut faire des photos, mais à cinquante mètres, sous le regard d’une statue de George Washington semblant regarder avec une drôle de mine ce que les hedge funds ont fait de son espérance.

Sur le site du New York Times existe aussi un graphique interactif qui permet de mesurer sa solidarité avec divers buts et méthodes d’Occupy Wall Street. L’inégalité des revenus, la taille des banques, l’attitude du Congrès, etc., sont disséquées sur abscisse et ordonnée. On constate une incroyable adéquation entre une large majorité de l’opinion publique et les protestataires. Des sondages sérieux évaluent aujourd’hui entre 50 et 60% le soutien de la population américaine à Occupy Wall Street. Aucun mouvement de protestation sociale dans le pays n’avait recueilli autant de sympathie, aussi vite.

Ils ne sont pas tous dans la rue, évidemment. Pas plus là-bas qu’ici. Ou à Moscou, où les foules inédites et courageuses qui défient Vladimir Poutine sont habitées d’une même étincelle – la fin de la peur – et s’avancent pour les mêmes idées – la fin de la corruption et de l’oligarchie. Mais il n’y a pas de fin de l’Histoire, comme le croyait autrefois Francis Fukuyama. Il y a plutôt des Indignés de deux sortes, souligne le Français Martin Hirsch. Ceux qui manifestent et ceux qui restent chez eux, mais n’en pensent pas moins: il les nomme les Infiltrés, ils sont des centaines de millions.

Ils ne sont pas sûrs que tout cela va servir à quelque chose, le désabusement est encore si fort. Ils voient cependant qu’il n’est pas toujours impensable d’enrayer la tragédie des hommes. Ils en feront peut-être une solidarité à leur manière, en 2012 et dans les temps qui viennent. Ou bien trouveront un courage dans un refrain, First we take Manhattan, parce que les chansons disent toujours la vérité. Celle allant de Tunis à New York s’est éclairée comme une révolte, mais d’abord une lucidité, une urgence, une chance de partage aussi: voilà pourquoi les Indignés gagneront.


 

De la place Tahrir à Athènes ou New York, les Indignés ont leurs inspirateurs et déjà leurs héros

Ecrivains, penseurs, figures politiques, philosophiques ou économiques: le terreau d’idées que représentent les mouvements de protestation actuels est porté par des personnages venus de tous horizons.

Martin Luther King Des people de la rébellion globalisée, allant de Gandhi au Christ en passant par Marley ou le Che, King, assassiné en 1968 à 39 ans, apparaît comme la figure la moins éloignée des protestataires actuels. L’été dernier, sur la place Syntagma, à Athènes, une banderole afficha par exemple «Let freedom ring» (Que la liberté retentisse): la citation fait référence au discours célèbre de King au moment de la lutte pour les droits civiques.

Stéphane Hessel A 94 ans, le patriarche du XIVe arrondissement de Paris se défend d’être un modèle, un leader, ou un déclencheur. Mais si le terme d’Indignés a fait pareille carrière, il le doit tout de même en partie au triomphe d’Indignez-vous, opuscule d’une trentaine de pages, écoulé à 4 millions d’exemplaires après 38 traductions dans le monde. L’optimisme de Hessel a été un tournant: plutôt qu’annoncer la catastrophe, il incite à imaginer un possible.

Joseph Stiglitz Prix Nobel en 2001, l’Américain, 68 ans, est l’un des rares économistes à dire les maladies du système financier depuis une dizaine d’années. Cela longtemps sous les ricanements. Mais La grande désillusion, en 2001, et surtout Quand le capitalisme perd la tête, en 2003, étaient des ouvrages en plein dans le mille. Et pour comprendre ce qui s’est passé, pour entrevoir un avenir, Le triomphe de la cupidité, paru en 2010, est une bible.

Peter Sloterdijk Philosophe allemand de 64 ans, cette figure de la pensée contemporaine jette en 2009 un pavé dans la mare de l’impuissance générale érigé en doxa: Tu dois changer ta vie devient un best-seller, alors que ce volume de 700 pages exigeantes tente de renouer un lien humaniste entre la philosophie, une meilleure conscience des problèmes mondiaux et un dépassement de soi… par l’exercice physique. Les Indignés doivent avoir la forme, et tout sera possible.

Mohamed Bouazizi Il avait 26 ans. Il était marchand de fruits et légumes à Sidi Bouzid, au sud de Tunis. Il subissait l’humiliation par les policiers et l’administration, les amendes, et confiscations. Le 17 décembre 2010, il s’immole par le feu devant le siège du gouvernorat. Des manifestations éclatent, Bouazizi meurt le 4 janvier. Le printemps arabe commence là, dans le feu qui consuma l’espérance de ce jeune homme, devenu icône et héros..

David Graeber Anthropologiste et anarchiste américain, Graeber, 50 ans, a été professeur à Yale, puis à l’Université de Londres. Son parcours d’activiste politique est passé par la protestation contre le Forum économique de Davos, à New York, en 2002. Il fit partie du noyau dont découla Occupy Wall Street, organisant des réunions dès août dernier. On lui doit notamment la paternité du désormais fameux We are the 99 percent.

Paul Krugman A 58 ans, il est l’un des grands faiseurs d’opinion de la presse américaine, grâce notamment à ses chroniques dans le New York Times. Prix Nobel d’économie en 2008, Krugman a souvent écrit sa compréhension pour les manifestants de New York et, par exemple, souligné dans un article fameux, La panique des ploutocrates, les réactions hystériques qu’ils provoquaient au sein de Wall Street.

Kalle Lasn Ex-publicitaire né à Tallin, en Estonie, en 1942, Lasn a ensuite émigré à Vancouver où il est devenu l’éditeur d’Adbusters, lancé en 1989: un magazine d’activistes opposés à la société de consommation et au capitalisme. Le journal tire aujourd’hui, sans publicité ni sponsor, aux alentours de 120 000 exemplaires. Lasn fut le premier à utiliser une expression devenue logo, et presque une marque, en appelant à «Occupy Wall Street».

Aliaa Elmahdy Il y a quelques semaines, cette jeune fille de 20 ans, étudiante en communication au Caire, se photographie nue, et met le cliché en ligne. A quelques jours des élections, elle entend dénoncer l’hypocrisie autour du corps de la femme dans le monde musulman, revendiquer sa liberté et sa sexualité. Scandale et menaces de mort s’ensuivent, elle vit depuis dans la clandestinité. Mais le monde entier sait que le courage porte désormais en Egypte ce prénom: Aliaa.





Par Christophe Passer - Mis en ligne le 21.12.2011 à 15:09

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:07

CHRONIQUE DE GUY FOURNIER

canoe.ca - Guy Fournier - Collaboration spéciale - 24-12-2011 | 04h00

 
   

Il y a déjà plusieurs semaines, Joseph s'est abonné à Twitter sous le pseudonyme de «Jo le charpentier», mais personne encore n'a décidé de suivre cet inconnu. Ses amis, il est vrai, sont assez clairsemés et le connaissent seulement depuis qu'ils occupent le parc du centre des affaires de Jérusalem. Jo le charpentier s'est joint aux indignés au cours du mois d'octobre après avoir appris que des milliers d'autres comme lui avaient envahi Wall Street, la City de Londres, la place de la Bourse à Paris et même le square Victoria de Montréal.

Le petit livre Indignez-vous! de Stéphane Hessel, Français d'origine juive, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, est responsable de ce mouvement qui a fait boule de neige. Hessel, corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, demande aux jeunes dans son pamphlet de «regarder autour d'eux où ils trouveront tous les thèmes qui justifient leur indignation».

 

JO PERD SA «JOB»

Jo le charpentier a toutes les raisons de s'indigner. À la fin d'avril, quelques jours après avoir appris que sa femme est enceinte, il reçoit son «quatre pour cent» de l'entrepreneur pour qui il travaillait depuis des années. Au noir et au salaire minimum. À Jérusalem, rien ne va plus dans le bâtiment. Des centaines de jeunes couples ont construit de coûteuses maisons et ils n'arrivent plus à faire leurs paiements. Les banquiers les dépossèdent, les uns après les autres.

Heureusement, Jo n'a pas commis l'imprudence de construire. Sa femme, qui ne demande jamais rien, a toujours préféré vivre à loyer en attendant de ramasser un pécule suffisant pour faire le paiement de base sur une maison. Grâce à ce pécule, ils vivotent jusqu'à la fin d'octobre, mais sans le sou, ils doivent alors quitter leur modeste logement. Ils rejoignent donc le groupe des indignés.

 

UN iPHONE EN CADEAU

Ils arrivent au bon moment, car le mercure baisse et les indignés ont grand besoin d'un abri. Ils demandent au charpentier d'élever une grande structure de bois qu'ils recouvrent de bâches pour se protéger du froid. En retour de son travail, même si Jo le charpentier ne demande rien, on lui donne un iPhone et on l'abonne à Twitter et à Facebook.

C'est par des tweets que les indignés apprennent qu'on déloge les contestataires dans toutes les capitales. Le tour de Jérusalem ne devrait pas tarder, car le maire Nir Barkat n'est pas très conciliant. Le 26 novembre, veille de la longue fête d'Hanoucca, le maire Barkat dépêche une cinquantaine de policiers et de pompiers qui délogent les indignés et démolissent leurs installations.

Jo le charpentier et sa femme passent le premier soir d'Hanoucca sur un banc de parc du mont des oliviers et les jours suivants, ils cherchent en vain refuge chez d'autres manifestants. La plupart sont sans abri comme eux et ne peuvent les accommoder.

 

C'EST COMPLET PARTOUT

Ils décident de tenter leur chance à L'auberge du bon Samaritain, sur la route de Jéricho. Faire de l'autostop avec une barbe longue comme celle de Jo le charpentier n'est pas chanceux. Ils restent des heures au bord de la route avant qu'un camionneur finisse par prendre en pitié cette femme enceinte. À cause d'Hanoucca, c'est complet à L'auberge du bon Samaritain et on leur suggère de se rendre à Bethléem.

Tous les bed & breakfast de Bethléem affichent complet aussi. À la fin, dans une étable que le couple squatte depuis quelques heures dans un quartier isolé de Bethléem, la femme de Jo le charpentier donne naissance à un bébé frileux. Aussitôt, Jo prend son iPhone et envoie à ses quelques amis indignés, un simple tweet: Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!

Le message devient viral et fait le tour du monde. Grâce à une étoile hyper brillante qui éclaire miraculeusement l'étable, Jo le charpentier prend aussi des photos qu'il envoie sur son compte Facebook.

Malheureusement, la plupart des grands quotidiens ne publiant pas demain, il faudra attendre pour voir ces photos exceptionnelles!

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:03

| Par Mathilde Mathieu et Michaël Hajdenberg

L'hyper-président Sarkozy ne s'interdit rien. Non seulement il empiète sur les attributions de son gouvernement et s'accapare le pavillon de La Lanterne, la résidence historique du Premier ministre, mais on découvre qu'il a aussi mis la main, dans la plus grande discrétion, sur la «réserve» du ministre de l'Intérieur, une étrange cagnotte connue des seuls initiés, dotée de plusieurs millions d'euros par an. Un véritable «hold-up», selon le député socialiste René Dosière, spécialiste des comptes de l'Élysée.

 

C. Guéant, ministre de l'Intérieur
C. Guéant, ministre de l'Intérieur© Elysée

De quelle «réserve» s'agit-il? Chaque année, dans le budget de l'État, une ligne de crédits est allouée au ministre de l'Intérieur, camouflée dans un programme au nom abscons: «travaux divers d'intérêt local». Derrière ce jargon se cache, depuis des lustres, un formidable outil de pouvoir et d'influence: le ministre de l'Intérieur (aussi ministre des Collectivités locales) a le droit de distribuer cette manne sous forme de subventions exceptionnelles aux communes qui lui en font la demande par courrier, et qu'il choisit selon son bon vouloir. En 2012, cette tirelire contiendra au moins 19 millions d'euros, d'après le projet de loi de finances initial.

Traditionnellement, l'occupant de la place Beauvau saupoudre ici et là, vole au secours de tel ou tel élu qui n'arrive pas à boucler le financement de son nouveau clocher, de son école, de son stade, ou de n'importe quel projet local (remplissant un certain nombre de critères tout de même). L'usage de cette «réserve ministérielle» a toujours été d'une opacité totale: aucune liste des collectivités bénéficiaires n'est rendue publique. C'est le clientélisme à l'état pur, érigé en système.

Or Nicolas Sarkozy a mis la main sur une grande part de ce trésor fin 2008, sans le moindre complexe. Deux anciens ministres de l'Intérieur du gouvernement Jospin, interrogés par Mediapart, n'en reviennent pas. «C'est scandaleux!», dénonce Jean-Pierre Chevènement, aujourd'hui sénateur. «Nous assistons à un détournement de procédure», s'étrangle Daniel Vaillant (maire et député du XVIIIe arrondissement de Paris), «choqué que le président de la République se soit attribué cette réserve ministérielle». «C'est une curieuse conception de la République

L'affaire date du 23 octobre 2008. Par une lettre longtemps restée secrète (rendue publique le 15 novembre dernier par Le Monde), Nicolas Sarkozy a ordonné à Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur à l'époque, de renoncer à l'essentiel de sa cagnotte: «Je souhaite que les deux tiers de ces crédits (...) fassent désormais l'objet d'une programmation décidée au niveau de mon cabinet», lui a indiqué le président de la République. «Les deux tiers», c'est-à-dire 12,6 millions d'euros pour 2012. 

La gaulliste s'est exécutée. Et depuis, des élus locaux en mal de subventions adressent leurs courriers au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré, palais de l'Élysée. Les conseillers du Président traitent les demandes, en fonction de critères restés inconnus. Comment ne pas soupçonner un usage ultrapartisan de cet argent public, qui favoriserait l'UMP et récompenserait des opposants accommodants?

 

Mediapart n'a pu obtenir le moindre chiffre, le moindre nom. Quand on demande la liste des collectivités aidées par l'Élysée depuis octobre 2008, le conseiller communication du Président renvoie vers le ministère de l'Intérieur: «Ce sont eux qui ont les infos.» Place Beauvau, où Brice Hortefeux puis Claude Guéant ont succédé à Michèle Alliot-Marie, pas de réponse. À Bercy, même mutisme.

Mediapart a donc sollicité une vingtaine de préfectures (Hauts-de-Seine, Alpes-Maritimes, Paris, Bouches-du-Rhône, Pas-de-Calais, Corrèze, etc.): département par département, celles-ci gèrent en effet les dossiers et voient passer chaque subvention. Mais au lendemain de nos premières demandes, une consigne est tombée du ministère de l'Intérieur: bouche cousue!

La loi de 1978 sur le droit d'accès aux documents administratifs fait pourtant obligation aux préfectures de nous communiquer ces données − comme la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA), autorité indépendante, a déjà eu l'occasion de le rappeler. Il s'agit, dès lors, d'une obstruction délibérée.

Sarkozy: «Heureux d'avoir pu vous aider sur ce dossier important»»

Mediapart a fini par dénicher un exemple. Le 3 mars 2011, Anne Grommerch-Brandenbourger, députée UMP de Moselle, a reçu cinq lettres signées du chef de l'État en personne, lui annonçant qu'il “arrosait” cinq villages de sa circonscription: «Vous avez bien voulu appeler mon attention sur la demande d'aide financière de la commune de KANFEN, afin de lui permettre de réaliser l'aménagement d'un parking de covoiturage, écrit notamment Nicolas Sarkozy. J'ai décidé d'accorder à cette commune une subvention (...) d'un montant de 30.000 euros. (...) Heureux d'avoir pu vous aider sur ce dossier important.»

 

25.000 euros pleuvent, le même jour, sur Zoufftgen et ses «ateliers municipaux». 50.000 euros sur Waldweistroff pour la «requalification de la place de l'Église». 150.000 euros sur Rettel et sa «caserne de gendarmerie». 30.000 euros sur Merschweiller dans la perspective de l'«aménagement de la rue des Champs et d'une placette à Kitzing». En tout, à six mois de sénatoriales ultraserrées en Moselle (et quinze mois des législatives), Nicolas Sarkozy a ainsi distribué 285.000 euros. Pour quelles raisons? La députée Anne Grommerch, sollicitée à de multiples reprises par Mediapart, n'a pas retourné nos appels.

 

Le parking de covoiturage en construction à Kanfen (Moselle) Le parking de covoiturage en construction à Kanfen (Moselle)

En général, une fois la bonne nouvelle annoncée aux édiles, l'Élysée ne s'encombre pas de la paperasse ni du suivi des dossiers, abandonnés aux fonctionnaires de l'Intérieur. «La gestion administrative (de la réserve) continuera à être assumée par votre ministère», précisait Nicolas Sarkozy dès octobre 2008, dans ses instructions à Michèle Alliot-Marie. Les avantages de la réserve, oui. Les inconvénients, pas question!

«Constitutionnellement, tout cela pose un vrai problème, peste le socialiste René Dosière. C'est une intervention directe du Président dans le champ d'action du gouvernement. En plus, je parie que Nicolas Sarkozy fait principalement des choix politiques; ça lui sert à fluidifier, comme on dit, ses relations avec les élus de la majorité. À les contrôler. Je serais curieux de savoir, par exemple, comment sont traités les villepinistes.»

Les anciens ministres de l'Intérieur, de droite comme de gauche, n'ont-ils pas procédé, eux aussi, à une répartition des fonds clientéliste? «C'est vrai que, de toute façon, c'est un peu politique comme financements», admet René Dosière.

Daniel Vaillant, ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin entre 2000 et 2002, reconnaît lui aussi que «le système de la réserve n'est pas très élégant», mais il assure avoir, quand il était en fonction, réparti les fonds de manière «équitable». Faute de données publiques, c'est invérifiable. «Au ministère, il y avait alors une commission avec des fonctionnaires de la Direction générale des collectivités locales et un membre de mon cabinet, qui examinait les demandes, détaille le socialiste. Je ne décidais pas le nez au vent!»

 

D. Vaillant en février 2002 avec le Premier ministre L. Jospin  
D. Vaillant en février 2002 avec le Premier ministre L. Jospin© Reuters

À l'époque, surtout, le chef de l'État, Jacques Chirac, respectait les formes républicaines: «Quand le président Chirac voulait débloquer des subventions pour des élus de Corrèze (ndlr: son fief), il m'écrivait à moi!, relate Daniel Vaillant. Il ne s'arrogeait aucun droit.»

Daniel Vaillant plaindrait presque les ministres de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy: «Quand je suis intervenu auprès de Brice Hortefeux pour qu'il accorde une petite subvention à la commune de Saint-André-en-Morvan dans la Nièvre (ndlr: le département de naissance de Daniel Vaillant), je comprends mieux pourquoi il m'a répondu: "Je ne peux pas, y a plus de sous"! En fait, ses crédits se raréfiaient, puisqu'ils étaient détournés par l'Élysée!»

Si Daniel Vaillant suggère que Nicolas Sarkozy rende la cagnotte, d'autres socialistes poussent plus loin la critique: «Cette réserve, qui institutionnalise le clientélisme, ne devrait même pas exister», juge le député Jean-Jacques Urvoas, qui réclame son abrogation pure et simple.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:59
| Par Carine Fouteau

Rien n'arrête le ministre de l'intérieur, Claude Guéant. Le jour même où il envoie des CRS pour casser la grève des agents de sûreté de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle et où il déclare que «l'État a le devoir de garantir la liberté de circulation», il brandit un nouveau chiffon rouge prenant pour cible les étrangers.

Devant les parlementaires UMP, il a évoqué, mardi 20 décembre, l'éventualité d'un texte prévoyant une interdiction du territoire pour accompagner une condamnation pénale. Alors que Nicolas Sarkozy se vante, à tort, de l'avoir supprimée, la double peine ferait ainsi son retour. Celle-ci constitue une rupture d'égalité puisqu'elle consiste à sanctionner un étranger délinquant par une peine de prison et une interdiction du territoire, tandis qu'un délinquant français n'a que la peine de prison.

Seraient concernés les étrangers arrivés depuis peu en France, «n'y ayant pas d'attache» et «s'étant rendus coupables de délits graves», selon une source citée par l'AFP.

Le ministre a aussi indiqué vouloir étendre l'application des peines planchers. Selon Europe 1, Claude Guéant souhaiterait durcir la législation «avant la fin du quinquennat Sarkozy». Une proposition de loi pourrait être déposée dès le début de l'année 2012. «On a évoqué des pistes pour améliorer la lutte contre la délinquance, notamment cette délinquance d'habitude. Ce sont des pistes pertinentes que je soutiendrai et que je suis prêt à porter à l'Assemblée nationale», a affirmé Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, spécialiste des questions de sécurité à l'UMP et membre de la Droite populaire.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:44
22 Décembre 2011 Par Les invités de Mediapart

En 2008, le président équatorien décidait de ne pas rembourser «la part “illégitime” de la dette» de son pays et organisait un audit public. Se référant à ce précédent, Guillaume Beaulande, membre du Parti de gauche, réclame un audit de la dette française car «les citoyens ont le droit de savoir d'où vient la dette, pourquoi elle a été contractée».

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Le 14 décembre 2008, le président de l'Equateur, Rafael Correa prenait la décision  simple et ferme de ne plus payer la part «illégitime» de la dette publique et de suspendre le remboursement des titres de la dette.
 
Rafael Correa annonçait un plan de restructuration ainsi qu'un audit de la dette publique pour en déceler la part «légitime» (la part utilisée dans l'intérêt du peuple équatorien) et «illégitime» (le renflouement des banques privées et issue des contrats de dettes illégaux), voire  «odieuse» (contractée par des régimes dictatoriaux contre l'intérêt du peuple). Le pouvoir exécutif avait en effet décider en 2007 de mettre en place une commission d'enquête pour un audit de la dette sur la période 1976-2006 dont faisaient partie des experts européens tels que Eric Toussaint du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM). Le président de l'Equateur déclara qu'il ne paierait plus toute une part de la dette jugée illégitime. Cette part fut estimée alors à 70% de sa totalité. Un point significatif de cette démarche est que 95% des créanciers de l'Equateur (FMI, Banques, et autres fonds institutionnels) ont accepté cette décision! 

En utilisant l'outil de l'audit de la dette et grâce à une mobilisation populaire, alors à son paroxysme en Equateur, Correa a pu établir le rapport de force nécessaire pour faire accepter à l'oligarchie financière que cette part de la dette n'était pas celle du peuple, ce n'était par conséquent pas au peuple de la payer.

 
Cela marquait un tournant décisif dans l'histoire politique du pays et mit fin en partie au cercle vicieux de la dette: l'hémorragie financière, la baisse des dépenses publiques qui enrayent toute possibilité de relance, provoquant l'augmentation scandaleuse des intérêts de la dette, mais surtout la perte totale de souveraineté du peuple équatorien qui était demeuré pendant des décennies sous la tutelle du FMI et de la Banque Mondiale. Tous les gouvernements depuis celui de Guillermo Lara (1972-1976) avaient jusque-là appliqué sans sourciller les mesures d'austérité budgétaires imposées par les institutions financières internationales (FMI et Banque Mondiale), mal leur en a pris.

Le non-remboursement de la dette décidé courageusement par Rafael Correa, contrairement à ce que prétendaient les pseudos-experts qui juraient leurs grands dieux que l'on courait droit à la catastrophe, a permis à l'Equateur d'économiser (intérêts compris) près de 7 milliards de dollars. Ils ont été depuis réinvestis dans les dépenses sociales et nottament dans la santé, l'éducation et les aides sociales. Par ailleurs, la part du budget de l'Etat pour le paiement de la dette est passée de 32% à 15% et celle concernant les dépenses sociales de 12 à 25%. En outre, la croissance est en moyenne de 4% depuis 2006, ce qui a permis de financer l'augmentation des salaires, des pensions et l'amélioration générale des conditions de vie.  


En mai 2010, los d'une rencontre avec le premier ministre grec Papandreou, Rafael Correa lui avait pourtant bien conseillé de ne plus payer sa dette mais en vain.  Il lui expliqua alors avec des mots simples et chargé de bon sens, la logique financière du capitalisme: «Tu es tombé, tu me payes davantage et plus cher, mais pas pour le développement, je te "relève" et on avise». Il a réitéré ce conseil le 8 octobre dernier aux pays européens touchés par la sacro-sainte «crise de la dette» qui n'est qu'un prétexte pour la mise en place des politiques «austéritaires». Il a ajouté qu'il ne fallait pas céder au Fonds monétaire international et à ses prérogatives néfastes. La situation catastrophique de l'Argentine après sa crise de 2001 et le moratoire du paiement de la dette décrété par le président argentin Nestor Kirchner depuis 2003 avait donc montré une voie politique que Rafael Correa a pu approfondir. Grâce à ce moratoire, Nestor Kirchner est parvenu à renégocier sa dette et à relever temporairement l'économie exsangue du pays, celle-ci avait été mise à sac par une décennie de politique néolibéral acharnée,  faite de «plans de sauvetages» et autres mesures d'austérité qui n'avaient fait que creuser la plaie.


Pas de cataclysme donc, tout le contraire même: il s'agit de retrouver sa souveraineté en sortant d'une telle «dettocratie» pour pouvoir  se doter des outils qui permettent de mettre le système économique au service de l'intérêt général du peuple. Il s'agit de l'intérêt général défini par le peuple pour le peuple et non par un gouvernement soumis aux banques et qui accepte de faire payer au peuple la spéculation financière.

 
Le courage ce n'est peut-être pas d'annoncer aux peuples comment et pourquoi «il n'y a pas d'alternative» comme le répétait à l'envi Mme Thatcher, le courage politique, c'est sans doute de tout faire pour libérer les peuples de la tyrannie des marchés. Le courage politique, c'est le fait de cesser de parler de la «crise de la dette» quand il s'agit d'une crise systémique et le fait de mettre tout en oeuvre dans l'intérêt des peuples et non pas des créanciers.

 
En Europe, une dynamique citoyenne commence à se mettre en place, des campagnes pour l'audit et l'annulation de la dette publique se mettent en marche en Grèce, Belgique, Allemagne, Italie et commencent à créer des liens avec les luttes historiques de pays du Sud contre la dette: notamment avec le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, la République Démocratique du Congo, l'Equateur, le Brésil...

 
En France, d'ores et déjà une cinquantaine de collectifs locaux ont été crée en réponse à l'appel national pour un audit citoyen de la dette publique: www.audit-citoyen.org. Les citoyens ont le droit de savoir d'où vient la dette, pourquoi elle a été contractée.

 

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:41

Forcer les salariés à accepter un baisse temporaire de leurs salaires pour garder leur l'emploi. La recette n'est pas nouvelle. Sauf que cette fois-ci elle est défendue par Nicolas Sarkozy, le Président du « Travailler plus pour gagner plus » !



Sarkozy et Medef : Vers une légalisation du chantage à l'emploi ?

 

En juillet 2009, Laurent Jeanneau écrivait dans le magazine Alternatives Economiques : « (...) Gagner moins pour continuer à travailler ! A la faveur de la crise, la tentation de rogner sur les salaires se fait de plus en plus pressante. Fiches de paie tronquées, rémunérations gelées, RTT supprimées… (...) Une pilule amère, que les entreprises tentent de faire avaler aux syndicats en invoquant la préservation de l'emploi (...) »

Or, en 2011, nous expliquent Le Monde et Les Echos, une idée forte pour l'emploi, défendue par Nicolas Sarkozy ferait son chemin : « (...) le développement d'accords compétitivité-emploi, sur le modèle de l'Allemagne. Le principe : échanger temporairement des baisses de salaires et/ou de temps de travail contre une préservation de l'emploi (...) En clair, il s'agirait de permettre aux chefs d'entreprise de négocier avec les représentants du personnel des accords (...) En échange d'une flexibilité accrue des salariés, ceux-ci obtiendraient des garanties pour leur emploi ou des investissements. Ces accords s'imposeraient automatiquement aux salariés, sans nécessité de signer des avenants individuels au contrat de travail comme actuellement (...) »

Il va de soi que cette idée est accueillie avec la plus grande bienveillance par le Medef et surtout l'UIMM dont l'un de leurs représentants déclare : « Nous sommes prêts à avancer sur cette question qui s'inscrit dans notre réflexion plus large sur la compétitivité équitable » Pour la bonne raison que ce sont eux qui en sont les initiateurs !

Ce qui reviendrait à transformer les salariés en sorte « d'actionnaires » sans titre ni droit, si ce n'est celui de participer aux pertes mais jamais au bénéfices. Où alors avec des montants indécents de 8 à 20 €, comme ceux de la prime dividendes !

Quelle confiance peut-on accorder aux organisations patronales et au gouvernement tous deux promoteurs de cette « voie d'avenir » ?

A priori aucune, dans la mesure où rien n'empêchera une baisse continue des salaires en fonction de la durée de la (ou des ) crise(s) et des impératifs de compétitivité. Car, à la moindre revendication d'augmentation de salaire ou d'amélioration des conditions de travail, on leur opposera : le coût trop élevé de la main d’œuvre qui plombe la compétitivité de l’entreprise au niveau mondial !

D'où un abandon progressif mais définitif pour les salariés de l'idée d'un simple retour à leur salaire antérieur ou du rétablissement d'acquis sociaux sacrifiés en échange du maintien dans l'emploi !

La CGT a raison de rapeller les engagements non tenus par plusieurs entreprises ayant eu recours à cette technique du « Gagner moins pour continuer à travailler »

Le plus symbolique étant Continental : « (...) Une majorité (52 %) des 2.500 employés des trois usines Continental Automotive du sud-ouest de la France ont voté pour le plan présenté par la direction de Continental (...) Pour mémoire, les 1 120 salariés de Continental de Clairoix avaient eux aussi accepté de revenir aux 40 heures et d’abandonner des primes pour sauver l’emploi sur le site. Quelques mois plus tard, en 2009, dans une vague de colère sans précédent, les « Conti » avaient appris la décision de, finalement fermer le site »

On pourra aussi évoquer : « (...) General Motors, la société américaine avait raisonné en ces termes. Au Mexique, la main-d’œuvre est de 14 % moins élevée qu’en France, alors si les Strasbourgeois voulaient retourner dans le giron américain, ils devaient faire un effort et baisser de 10 % le coût de leur main-d’oeuvre. Leur travail n’était pas mis en cause, ni la santé de l’entreprise qui était bénéficiaire, mais, leurs salaires étaient tout simplement plus élevés que ceux pratiqués au Mexique (...) »

Deux exemples parmi tant d'autres, qui permettent de mettre en doute la sincérité des engagements revendiqués par les organisations patronales et qui séduisent notre Président.

« (...) Dans un contexte de concurrence mondiale, pour garder nos industries et donc nos emplois, serions-nous amenés à allonger notre temps de travail et à baisser nos salaires ? Sommes-nous à même de sortir gagnants de cette compétition ? (...) » Demande le site Emploi-pro, qui nous assène un exemple que n'aurait pas renié le Medef.

« (...) Fin juillet 2008, Herbert Hainer, patron d’Adidas, avait estimé que, « en Chine, les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop chers ». Une partie de la production du groupe allemand a, dès lors, été transférée au Laos, Cambodge, Vietnam, considérés comme plus compétitifs (...) »

Alors, direz-vous, devant une possible détresse des actionnaires menacés ... de gagner moins, comment les salariés pourraient-ils refuser de diminuer leurs salaires ? D'ailleurs, Xavier Bertrand totalement séduit par le concept affirme que la généralisation d'accords compétitivité-emploi : « peuvent être une voie d'avenir »

Quel timing pour la mise en place de cette « voie d'avenir » ?

Dans l'immédiat, Nicolas Sarkozy et les organisations patronales reconnaissent que le projet à peu de chance d'être adopté avant les élections présidentielles et législatives. Néanmoins, le message est clair : les salariés savent maintenant à quoi ressemblerait leur avenir, en cas de reconduction du Président sortant, et de son actuelle majorité !


Crédit photo
FlickR CC - Medef 

 

Jeudi 22 Décembre 2011
J-C Slovar
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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:19

LEMONDE | 22.12.11 | 11h32   •  Mis à jour le 22.12.11 | 15h46

 
 

 

Le nombre de fichiers, en constante augmentation.

Le nombre de fichiers, en constante augmentation.Assemblée nationale, Infographie "Le Monde"

Les fichiers de police sont comme les jardins : il faut les entretenir. Voilà tout le défi auquel ont bien du mal à faire face les ministères de l'intérieur et de la justice, à lire le rapport d'information des députés Delphine Batho (PS, Deux-Sèvres) et Jacques-Alain Bénisti (UMP, Val-de-Marne), déposé mercredi 21 décembre. Car le jardin est luxuriant : de 58 fichiers en 2009, on est passé à 80 en 2011, dont 45 % attendent d'être légalisés (ils n'étaient que 27 % dans l'attente en 2009). Et le nombre de personnes fichées ne cesse d'augmenter : le système de traitement des infractions constatées (STIC), grand fichier judiciaire, est passé de 3,96 millions de mis en cause en 2009 à 6,5 millions en 2011, et de 28 millions à 38 millions de victimes. Le fichier des empreintes génétiques (FNAEG), de 800 000 à 1,79 million sur la même période.

ILLÉGALITÉ ET MANQUE D'ENCADREMENT, DE CONTRÔLE, DE MOYENS

Les deux parlementaires sont des récidivistes. En 2009, leur premier texte avait fait date. Ils y critiquaient durement le manque d'encadrement, de contrôle, de moyens, et tout simplement l'illégalité de certaines bases de données. Ils y émettaient également une soixantaine de recommandations. Deux ans plus tard, 60% des mesures proposées n'ont pas été prises en compte. Et pas des moindres. La proposition de loi qui avait suivi le premier rapport sur l'encadrement législatif des fichiers a été enterrée.

Autre point noir majeur, les fichiers d'antécédents judiciaires de la police et de la gendarmerie. "Les recommandations sont, à de rares exceptions près, restées lettre morte", regrettent les auteurs du rapport. Ainsi du STIC : "Le flux entrant est mieux mis à jour, juge la députée des Deux-Sèvres, mais pas l'arriéré". De nombreuses fiches erronées vont ainsi être transférées dans le nouveau fichier commun police-gendarmerie, qui doit être prochainement mis en place.
Surtout, le mode d'apparition des fichiers n'a pas changé. Ils sont d'abord créés, développés, puis le ministère se préoccupe de fournir un cadre réglementaire à ces acronymes exotiques. Gesterex (terrorisme et extrémismes violents), Octopus (taggeurs), Corail (police judiciaire), etc. attendent l'arrêté ou le décret qui les régularisera.

Il existe un bon exemple des péripéties des fichiers judiciaires et de police : le FIJAISV, fichier judiciaire automatisé des auteurs d'agressions sexuelles et violentes, créé en 2004. Après plusieurs affaires de viols commis par des récidivistes en 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, avait souhaité qu'à l'issue de sa peine, le violeur soit "obligé de pointer dans un commissariat, de signaler un changement de domicile". Tollé des magistrats, réticences des sénateurs. Un fichier est néanmoins créé par la loi Perben 2.

FAILLE JURIDIQUE

Sept ans plus tard, le fichier réunit 54 900 personnes, qui doivent justifier régulièrement de leur adresse, en fonction de la gravité des faits. Et comme souvent avec les fichiers, les critères d'inscription ont été élargis progressivement – dans ce cas, à tous les crimes graves. Il mêle donc aujourd'hui un grand nombre de situations, que les forces de l'ordre ont le plus grand mal à hiérarchiser : elles reçoivent, par mois, 2 500 alertes de non justification de domicile des personnes inscrites au fichier. "Trop nombreuses, [les alertes] motivent insuffisamment les services locaux de police et de gendarmerie qui doivent établir la nouvelle adresse du délinquant", notent les rapporteurs.

Quant aux délinquants les plus dangereux, qui devraient chaque mois se rendre au commissariat, une faille juridique empêche leur contrôle : il faut que le suivi soit expressément mentionné dans le jugement, ce que les magistrats oublient de faire. Aujourd'hui, seuls deux personnes fichées sont concernées… Autre bug : 9 000 personnes échappent au contrôle car il ne leur a jamais été notifié.

Dans plusieurs affaires récentes de viols, l'auteur était ainsi inscrit au FIJAISV, et en défaut de justification de domicile. Le rapport décrit le "découragement des forces de l'ordre" qui se retrouvent mises en cause lorsque ce type d'incidents est révélé au grand public. Et Delphine Batho de conclure : "Plutôt que de créer des nouveaux fichiers, comme la base de données de reconnaissance faciale que certains proposent, il vaudrait mieux travailler à la modernisation des outils existants."

Laurent Borredon

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:14

LEMONDE.FR | 22.12.11 | 10h21   •  Mis à jour le 22.12.11 | 11h58

 
 

 

Manifestation à Paris d'opposants au texte de loi pénalisant la négation des génocides.

Manifestation à Paris d'opposants au texte de loi pénalisant la négation des génocides. AFP/MARTIN BUREAU

La relation franco-turque pourrait-elle être "sacrifiée pour de petits calculs électoralistes", comme s'en est inquiété, mardi 20décembre, le président turc Abdullah Gül ? A quelques mois des élections présidentielle et législatives, l'adoption d'une proposition de loi réprimant la contestation des génocides, dont le génocide arménien, procède à l'évidence, chez les responsables politiques, de la volonté de se concilier une communauté forte de plusieurs centaines de milliers de votants.

Candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy s'était "solennellement engagé à faire adopter un texte, voté en 2006, visant à réprimer la négation du génocide arménien", rappelle Pascal Chamassian, secrétaire national du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France. Estimée à près de 500 000 personnes, la communauté arménienne avait obtenu cet engagement des deux finalistes de l'élection présidentielle de 2007.

Cependant, après l'élection de M.Sarkozy, le texte adopté par l'Assemblée nationale en 2006 n'avait pas été transmis au Sénat par le gouvernement. Serge Lagauche, sénateur (PS) du Val-de-Marne, a déposé une proposition de loi identique au Palais du Luxembourg, mais la droite, qui y était alors majoritaire, l'a rejetée en mai 2011.

ACTIVISME DE FRANÇOIS HOLLANDE

Cet échec a cristallisé un sentiment de "trahison" au sein de la communauté, selon Ara Toranian, directeur du magazine Les Nouvelles d'Arménie. "Déjà en 2010, des câbles diplomatiques révélés par WikiLeaks nous apprenaient que, deux mois seulement après son élection, Nicolas Sarkozy envoyait Jean-David Levitte [conseiller diplomatique de l'Elysée] assurer Ankara que le texte mourrait au Sénat", rappelle-t-il. "Il n'aura même pas fallu deux mois à Nicolas Sarkozy pour trahir ses engagements envers la communauté arménienne de France", écrivait le journaliste dans une tribune publiée dans Le Monde du 28 décembre 2010.

Tandis qu'un divorce se dessine entre la communauté arménienne et le président de la République, François Hollande, candidat à la primaire socialiste, ne laisse pas passer l'occasion de séduire un électorat qui avait manqué à Ségolène Royal en 2007.

Il annonce, le 26septembre, après la victoire de la gauche aux élections sénatoriales, qu'il demandera à la nouvelle majorité sénatoriale de reprendre la proposition de loi votée par l'Assemblée nationale en 2006. "Nicolas Sarkozy sent la catastrophe", analyse François Pupponi, député (PS) du Val-d'Oise et maire de Sarcelles, où vit une importante population arménienne. Dix jours plus tard, en visite à Erevan, le président de la République s'engage dans la même voie.

"QUESTION ÉPIDERMIQUE"

A cette soudaine montée d'intérêt des deux favoris de la présidentielle, Patrick Devedjian, député UMP et président du conseil général des Hauts-de-Seine, reconnaît des "circonstances électorales, pour les uns comme pour les autres". L'ancien ministre ne croit pourtant pas à un vote communautaire dans les élections nationales.

"Traditionnellement, les Arméniens de France votent à droite, exception faite de quelques situations locales", estime, pour sa part, M.Pupponi.

Toutefois, selon M.Devedjian, les Arméniens de France sont unis "face au négationnisme". "C'est une question épidermique, qui touche au plus profond de chaque Arménien", observe Nathalie Krikorian-Duronsoy, philosophe, pour qui "les Arméniens seront extrêmement sensibles à l'adoption de ce texte".

Eric Nunès

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:11

L'"homme de la forêt" victime de l'huile de palme

LEMONDE | 22.12.11 | 16h27   •  Mis à jour le 22.12.11 | 16h42

 
 

 

Symbole de la fragilité de la biodiversité, l'orang-outan (Pongo pygmaeus) est classé comme espèce en danger critique d'extinction dans la liste rouge de l'UICN.

Symbole de la fragilité de la biodiversité, l'orang-outan (Pongo pygmaeus) est classé comme espèce en danger critique d'extinction dans la liste rouge de l'UICN. AFP/JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Le point commun entre les orangs-outans d'Indonésie et le FC Barcelone ? Carles Puyol. Le capitaine du club de football espagnol, victorieux de la Coupe du monde 2010, a accepté d'être le porte-parole de ces paisibles primates, dont la population diminue chaque année du fait de la déforestation et du braconnage. Editées par le Partenariat pour la survie des grands singes (Grasp, Nations unies) et l'association International Animal Rescue, les affiches de cette campagne de sensibilisation montrent le sportif vedette debout devant des photos d'orangs-outans emprisonnés ou maltraités, avec cette interpellation : "I Care. Do you ?" ("Je m'en préoccupe ? Et vous ?")

Il y a urgence. Le grand singe roux, avec lequel nous partageons environ 98 % de notre patrimoine génétique, ne vit que dans les îles indonésiennes de Bornéo et Sumatra. Sa population y était estimée à plusieurs centaines de milliers d'individus il y a cent vingt ans ; ils ne seraient plus que 65 000 environ et ces effectifs se réduisent un peu plus chaque année. D'ici à vingt ans, l'unique singe anthropoïde d'Asie pourrait avoir disparu de son habitat naturel si la déforestation, menée pour l'essentiel au profit de la production d'huile de palme, continue au rythme actuel. Pour l'orang-outan ("homme de la forêt" en malais), qui se nourrit, s'accouple, se repose et se déplace dans les arbres, le maintien de ce biotope est en effet vital.

A cette menace s'ajoute celle de la chasse, devenue d'autant plus active que les conflits entre l'homme et le grand singe se multiplient. Pour la première fois, une enquête de terrain, menée par l'ONG People and Nature Consulting International auprès des villageois du Kalimatan (la partie indonésienne de Bornéo), a livré sur ce point des informations précises. Publiées dans la revue scientifique PLoS ONE, elles décrivent une situation désolante.

Dirigée par le biologiste Erik Meijaard, de l'Université du Queensland (Brisbane, Australie), cette étude a consisté à interroger, entre avril 2008 et septembre 2009, près de 7 000 personnes vivant dans 687 villages. Les questions portaient sur leur situation socio-économique, leur connaissance de la faune locale et leurs rapports avec les grands singes. Il ressort de cette enquête que, malgré leur statut d'animaux protégés, de 750 à 1 800 orangs-outans ont été tués entre avril 2007 et avril 2008. Ce qui témoigne d'une évolution "positive" par rapport aux années précédentes (meilleure connaissance de la loi ou moindre présence de l'animal ?), puisque les villageois, interrogés sur des périodes plus anciennes, évoquent un tableau de chasse annuel supérieur à 2 000 singes.

Les motifs de ces abattages ? 54 % des réponses évoquent la recherche de viande de brousse, 10 % la protection des cultures, 15 % des conflits survenus dans les villages. L'enquête souligne également le laxisme des autorités indonésiennes, qui ne poursuivent qu'exceptionnellement les contrevenants : 63 % des personnes interrogées reconnaissant avoir tué un de ces primates admettent savoir qu'ils sont protégés par la loi.

Il est malheureusement probable que les tensions entre les Indonésiens et les grands singes arboricoles ne s'apaiseront pas de sitôt. "L'orang-outan a de grandes capa cités d'adaptation. Lorsque la forêt tropicale, qui constitue son habitat naturel, se transforme en plantations de palmiers à huile, il apprend à se nourrir des fruits de pal mier", constate Yaya Rayadin, chercheur à l'université de Mulawarman (Samarinda, Bornéo). Fruits dont est précisément extraite la précieuse huile... D'où d'inévitables conflits.

DEUX ESPÈCES

Le 21 novembre, le Jakarta Globe rapportait ainsi l'arrestation, dans le Kalimantan oriental, de deux hommes qui ont reconnu avoir tué plus d'une vingtaine d'orangs-outans en échange de récompenses offertes par des propriétaires de plantations de palmiers à huile.

Motif d'inquiétude supplémentaire pour les défenseurs des grands singes : une étude, publiée début 2011 dans la revue Nature, sous l'égide du Centre génomique de l'université Washington (Saint Louis, Etats-Unis), a permis de comparer la diversité génétique des deux espèces d'orangs-outans, celle de Bornéo (Pongo pygmaeus) et celle de Sumatra (Pongo abelii). Cette dernière, dont les effectifs se réduisent désormais à quelque 7 000 individus, n'en a pas moins conservé une assez grande diversité génétique. La première, en revanche, présente un génome relativement semblable d'un individu à un autre, ce qui la rend plus vulnérable aux changements de milieu et aux maladies. Pour ses 50 000 à 60 000 représentants, il s'agit d'une mauvaise nouvelle de plus.

Catherine Vincent

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:07

LEMONDE.FR avec AFP | 22.12.11 | 08h04   •  Mis à jour le 22.12.11 | 08h58

 
 

 

Anna Hazare lors d'une conférence de presse, le 4 novembre.

Anna Hazare lors d'une conférence de presse, le 4 novembre.AP/Gurinder Osan

Le gouvernement indien devait présenter jeudi 22 décembre au Parlement deux projets de loi clés, dont un texte anticorruption très attendu par l'opposition qui presse le pouvoir, accusé d'immobilisme, de durcir la législation actuelle. Au coeur des attentes parlementaires, ce texte prévoit la création d'un médiateur de la République aux pouvoirs renforcés qui lui permettraient de poursuivre des élus et des fonctionnaires convaincus de corruption.

Mais l'opposition estime que ses prérogatives sont réduites. Elle réclame qu'il puisse enquêter sur le premier ministre, indépendamment du Bureau d'enquête criminelle (CBI), sous contrôle du gouvernement.

GRÈVE DE LA FAIM

Une première mouture présentée pendant l'été avait jeté des millions d'Indiens dans la rue, écoeurés de subir la corruption au quotidien, et galvanisés par un charismatique militant de 74 ans qui jeûna en public pendant 12 jours. Ce militant, Anna Hazare, qualifiant le nouveau texte de "trahison", a menacé d'observer une nouvelle grève de la faim de trois jours à partir du 27 décembre à Bombay si une réforme n'était pas adoptée avant la fin de la session parlementaire d'hiver.

>> Lire le décryptage "Inde : un héros anti-corruption qui galvanise ou exaspère"

Cette session s'achève normalement jeudi mais elle a été exceptionnellement prolongée jusqu'au 29. Le gouvernement a approuvé le nouveau projet de loi mardi et Sonia Gandhi, présidente du parti du Congrès au pouvoir, a appelé les parlementaires à le voter.

"FOOD SECURITY BILL"

Un autre texte soumis au Parlement jeudi concerne une subvention alimentaire pour des centaines de millions de personnes, un projet populiste extrêmement coûteux qui pèsera sur les finances publiques, selon ses opposants.

La "Food Security Bill" ou loi pour la sécurité alimentaire fournirait des provisions mensuelles de blé, de millet et de riz bon marché à 64 % des 1,2 milliard d'Indiens, soit environ 770 millions de personnes. Il augmenterait les subventions annuelles pour l'alimentation de près de 4,1 milliards d'euros (280 milliards de roupies) pour les porter à 14 milliards d'euros.

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