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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 19:02

Pour une fois, ce n'est pas un Conseil européen « de la dernière chance » qui s'est ouvert à Bruxelles, jeudi. Officiellement, l'ambiance est plus sereine qu'à l'accoutumée. Gages de la Banque centrale européenne (BCE), entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité (MES) – sorte de « FMI à l'européenne » – après quelques hésitations allemandes, ratification en France, dans la douleur, du « Traité sur la stabilité, la convergence et la gouvernance » (TSCG), déblocage de la Taxe sur les transactions financières grâce au lancement (tardif) de la « coopération renforcée » : on veut croire, à Bruxelles, que la sortie de crise est pour bientôt. « Je pense que le pire est passé, mais nous n'en avons pas terminé », a prédit François Hollande, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Principale avancée de la soirée : l'« union bancaire » se précise. Les désaccords étaient vifs entre Paris et Berlin, mais Angela Merkel et François Hollande se sont vus jeudi à Bruxelles, en amont du sommet, afin de caler une position commune : d'accord pour une supervision bancaire prise en charge par la BCE, à partir du 1er janvier prochain, comme le voulaient les Français. Mais le dispositif montera en puissance au fil de l'année 2013, et la supervision ne sera effective qu'en 2014 – pour ne pas précipiter les choses, comme le souhaitaient les Allemands. Les Européens font de cette supervision bancaire renforcée un préalable à la « recapitalisation directe » des banques mal en point dans l'eurozone, par exemple en Espagne (lire les conclusions de la première soirée de discussions ici).

À l'occasion de ce sommet, Mediapart s'est entretenu avec l'économiste Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des questions de régulation financière, et figure des « économistes atterrés », ce collectif d'universitaires « atterrés » par les politiques d'austérité qui entraînent, selon eux, l'Europe dans le mur. Il décrypte l'ensemble des annonces des derniers mois, analyse les contours de cette « union bancaire » en chantier, et revient sur les ambiguïtés du « saut fédéral » régulièrement décrit comme une solution miracle à la crise.

La BCE a présenté en septembre un programme de rachat de la dette sur le marché secondaire, pour donner de l'oxygène aux pays les plus mal en point. L'annonce semble avoir apaisé les marchés et les taux auxquels l'Espagne et l'Italie empruntent ont reculé. S'agit-il d'un tournant dans la gestion de la crise ?


 

Un tournant, c’est sans doute beaucoup dire… La crise est si profonde qu’il faudrait non pas une, mais une série d’avancées institutionnelles, et au moins de ce calibre, pour qu’il y ait matière à parler de tournant. Cependant, à l’évidence, on ne peut pas dire avec cette décision de la BCE qu’il ne s’est rien passé. Mais quoi exactement ? L’intervention de Mario Draghi a temporairement congelé un processus de décomposition qui conduisait irrésistiblement à l’explosion de l’euro. Mais comme toutes les avancées, celle-ci est acquise dans la douleur, après de laborieuses tractations internes à la BCE et avec les États-membres et, pire encore, le doute continue de planer sur la réalité de sa mise en œuvre.

Pour créer de la conditionnalité là où il n’y en avait pas, la BCE a au surplus décidé qu’un pays ne pourrait bénéficier du programme OMT (opérations monétaires sur titres – ndlr) qu’après s’être déclaré « bénéficiaire » des fonds de secours européens…, c’est-à-dire après s’être laissé tomber dans les pattes de la Troïka.

Que se passera-t-il au moment où ces pays accepteront d’entrer dans les programmes de conditionnalité ? Ma crainte est qu'elle ne condamne les populations à ce qu’on pourrait appeler une austérité “sub-atroce”, soit quelques milliards d’euros de moins à couper dans les dépenses publiques du fait de la détente des taux d’intérêt, mais sur fond d’ajustement structurel maintenu à l’identique… Avec à la clé l’espoir un peu plus grand pour les gouvernements que les populations ne passent pas leur point de rébellion ouverte. Pour celles-ci, a contrario, la chose signifie la certitude d’endurer l’austérité pendant une décennie, sans même la possibilité qu’une explosion des marchés financiers vienne signifier l’inanité de ces politiques économiques et, de fait, y mettre un terme. Car voilà où on en est en Europe : les populations n’avaient plus que l’espoir paradoxal du pire, à savoir qu’une tempête spéculative vienne enfin tout mettre par terre, et que la tabula rasa permette de reconstruire autre chose. C’est cet espoir, très près de se matérialiser cet été, que la BCE vient de fermer.

Ce scénario du pire est-il définitivement écarté à vos yeux ?

C’est une autre affaire. Car l’équation macroéconomique – perdante – n’a en rien été altérée par la décision de la BCE. Quelques points de taux d’intérêt en moins ne changeront rien au fait que nous vivons la clôture d’une époque qui s’achève dans l’excès d’endettement généralisé – ménages et banques tout comme les États. Or on ne sort de ce genre d’impasse que par des effacements massifs de dette.

La voie de sortie n’est ni dans les ridicules bonifications de la BCE, ni même dans le prêt direct aux États (pour l’heure, comme on sait, interdit par le traité) : toutes ces solutions laissent intactes l’écrasant stock de la dette. La voie de sortie, c’est le défaut, car seul le défaut nous libère du stock. Mais c’est le genre de chose inconcevable à froid. Attendons donc que la macroéconomie fasse son œuvre…, éventuellement aidée par quelques ruades politiques de populations tenues pour simple chair à austérité, mais qui pourrait bien décider un jour que trop, c’est trop.

 

« Il n’y a plus que les dévots pour croire à la numérologie économique »

Quelques mois plus tôt, en juin, le Conseil européen s'était entendu sur une autre avancée présentée comme « décisive » : conformément aux souhaits de Madrid, les banques espagnoles au bord du défaut seront recapitalisées, non pas par l'État espagnol, mais via un plan d'aide européen (qui devrait finalement voir le jour courant 2013). Une manière de rompre le cercle vicieux entre crise bancaire et crise des dettes publiques en Europe. Qu'en pensez-vous ?

Décisive, non – à preuve les grandes tensions de l’été. Importante, oui. Mais l’état de décomposition de l’Union, ravagée par la défiance réciproque des États-membres entre eux et vis-à-vis des institutions, est tel que les décisions ne sont pas seulement actées trop tard et avec trop de réticence, mais sont en permanence sujettes à être reprises. Voilà que l’Allemagne demande maintenant que les opérations de recapitalisation directe des banques par le MES soient couvertes par une garantie souveraine…, soit le parfait recul après la « grande avancée » !

Cette décision ne change rien à la donne macroéconomique de fond. Même recapitalisées par le MES, ou soutenues par le LTRO de la BCE (les opérations de refinancement à long terme, pour assurer la liquidité du système bancaire – ndlr), les banques finiront par ne plus vouloir se charger en dettes souveraines s’il s’avère que l’équation de leur soutenabilité est sans solution (et d’autant moins que les politiques d’austérité sont poursuivies !).

 

Mario Monti et François Hollande à Bruxelles. 
Mario Monti et François Hollande à Bruxelles.© Elysée.

 

Êtes-vous favorable au fait de retirer du calcul du déficit public des États membres, les investissements « productifs », ce qui serait une autre manière de redonner de l'oxygène aux États, tout en essayant de respecter l'objectif des 3 % du PIB de déficit ?

C’est une question qui suppose implicitement d’avoir admis que la politique budgétaire doive être réglée sur des objectifs prédéfinis de déficit, courant et/ou structurel. Or cet implicite ne va nullement de soi, il est même aussi inepte que dangereux. Plutôt que d’entrer dans les discussions byzantines de définition des déficits variés, c’est le préalable de cette fausse évidence qu’il faut déconstruire car c’est en ce point précis de l’asservissement des politiques économiques à des cibles prédéterminées que réside la tare congénitale du modèle européen.

Un paradoxe étonnant veut que les États-Unis soient les grands émetteurs d’injonctions doctrinales que seuls les Européens sont assez bêtes pour prendre au pied de la lettre. Ainsi de ce débat très « Chicago » (les économistes libéraux de l'école de Chicago – ndlr), connu sous le nom « rule vs discretion » qui, au nom de la « crédibilité », enjoignait aux gouvernements de se tenir strictement à des règles.

Jamais les États-Unis ne seraient eux-mêmes assez fous pour se lier les mains par des objectifs prédéfinis et intangibles, et priver ainsi leur politique économique de toute marge d’appréciation stratégique et d’action discrétionnaire. Il n’y a que les Européens pour avoir épousé sans réserve cette monumentale ânerie. Et il n’y a plus que les dévots pour croire à la numérologie économique. Il faut reconnaître que c’est une religion qui se porte bien : elle ne cesse de se donner de nouvelles idoles.

Après les 3 % de déficit courant sortis de nulle part (en fait si : des cauchemars des socialistes français des années 80), voici les 0,5 % de déficit structurel dont les fondements macroéconomiques sont rigoureusement inexistants. Les plus exaltés ont même épousé les 90 % de dette publique, pondus par Rogoff et Reinhardt, ça fait une nouvelle breloque à agiter sous le nez des impies ou des simples d’esprit.

Le président du Conseil Herman Van Rompuy propose de renforcer l'union économique et monétaire (lire son rapport d'étape ici). À commencer par l'union bancaire, en chantier. Cette dernière prévoit la mise en place, officiellement au 1er janvier prochain, d'un superviseur unique pour l'ensemble des banques des 17 États membres de la zone euro. Est-ce une avancée ?

Il est évident qu’une union bancaire est un élément très important d’une avancée de l’intégration européenne. Où les banquiers se précipitent-ils tous pour pleurer misère et supplier qu’on les sauve ? Auprès du bon vieil État-nation, ce pelé, ce galeux, tellement dépassé, tellement à la traîne du monde qui est devenu « plat »… En cas de malheur, c’est bien à l’écurie nationale que retourne la race des seigneurs de la finance « mondialisée » pour se faire dorloter. Là où les banques se rendent en cas de crise, là se tient le pouvoir politique réel, le pôle hors-marché seul capable de sauver les capitalistes du désastre des marchés.

De ce point de vue, qu’elles soient conduites à se rendre non plus en des lieux nationaux mais en un lieu européen serait sans doute un pas dans la constitution de ce niveau européen en authentique pôle politique. Mais déplacer le lieu de la supervision et du sauvetage bancaires au niveau européen n’aura strictement aucun effet en matière d’inflexion du rapport de force entre le politique et la finance : moins qu’ailleurs les instances européennes n’imposeront à la finance la moindre conditionnalité, ne parlons même pas d’utiliser l’opportunité de la crise pour ramasser les banques et leur imposer une refonte radicale de leurs structures…

« La crise européenne est une crise de configuration politique »

Comment expliquez-vous la réticence des Allemands sur ce texte ?

C’est une attitude incompréhensible, en tout cas au regard d’un pays qui par ailleurs fait profession d’intégrationnisme fédéral. Comme toujours l’incompréhensible est très compréhensible dès lors qu’on est capable de voir la puissance, et la résistance du fait souverain national, pas moins fort en Allemagne qu’ailleurs. Les Allemands ne veulent pas qu’une autorité supranationale à la légitimité douteuse (euphémisme) vienne mettre son nez dans les Landesbanken où s’élaborent des compromis politiques régionaux importants. On notera au passage comment l’Allemagne, réputée reine de l’orthodoxie, est tout à fait capable de subordonner l’activité bancaire à des fins politiques qui lui sont notoirement extérieures.

Êtes-vous tout de même d'accord pour dire que certaines lignes commencent à bouger à Bruxelles ? Le récent rapport Liikanen, publié par un groupe d'experts de la Commission, plaide pour en finir avec le principe de la « banque universelle » et propose d'isoler les activités bancaires les plus risquées.


« Des lignes commencent à bouger »… Nous ne sommes jamais que quatre ans après le déclenchement de la crise du siècle et les lignes viennent de considérer qu’elles pouvaient « commencer » à bouger. Il faudrait juste que les lignes se grouillent un peu si elles veulent que leur début de mouvement ne finisse à l’état de chiffon. Qui ne voit pourtant qu’en matière de régulation, il n’y a aucune volonté politique, nulle part, de dépasser le simple stade de la pantomime : le Dodd-Frank Act d’Obama est méthodiquement vidé de sa substance par le lobbying de l’industrie financière ; le rapport Vickers, supposé préconiser (pour le Royaume-Uni) la séparation banque d’investissement/banque de détail a été réduit à un filet d’eau tiède.

Quant à son équivalent français défendu par François Hollande pendant sa campagne, Pierre Moscovici a déjà rectifié la pauvre petite « ligne » qui commençait à peine à « bouger » – et « l’ennemi sans visage » se tient les côtes de rire. Ne parlons même pas de l’Europe : en cette matière, elle est la figure même de la nullité. Ou plutôt du parfait mauvais vouloir, à peine accompagné de gesticulations verbales.

Le Conseil européen espère également obtenir l'aval des chefs d'État et de gouvernement pour « explorer » deux pistes nouvelles. La première porte sur la « contractualisation » des politiques économiques menées par les États, en dialogue avec la Commission, pour une meilleure coordination. Qu'en pensez-vous ?

« Contractualisation », « semestre européen », TSCG, règle d’or : autant de variantes navrantes du même profond contresens à propos de la crise européenne présente. Qui est une crise de configuration politique. La zone euro a tenté d’explorer une configuration intermédiaire entre les solutions nationales et une union complète, cette tentative a échoué. Le fédéralisme incomplet, simplement monétaire, comme beaucoup d’économistes hétérodoxes l’avaient fait remarquer dès le départ, est intenable. Il est économiquement inefficace et politiquement odieux. C’est le problème constitutif de cette configuration qui la voue à ses tares irrémédiables, or c’est un problème tout à fait objectif !

Dès lors en effet qu’elles se donnent un destin commun, en l’occurrence monétaire, il est impossible que des politiques économiques soient conduites hors de toute pré-coordination par des règles, sauf à laisser se développer des problèmes de free riding (passager clandestin – ndlr) et d’aléa moral (en encourageant les prises de risque parce qu'on sait qu'il existe une assurance contre ce risque – ndlr).

Or des règles, dans leur principe même, ont le double inconvénient, d’une part de supprimer toute marge de manœuvre stratégique pour une action discrétionnaire requise en cas de choc exceptionnel, et d’autre part d’attenter directement au principe de souveraineté. Seule l’europhilie béate peut rester ignorante des effets de ces dépossessions de souveraineté populaire. Il est vrai que, devenue entièrement adepte de la raison technocratique, seule à même de dépasser les « archaïsmes nationaux », la démocratie lui semble une question tout à fait subalterne, quand elle n’est pas un obstacle à faire sauter pour de bon.

La « contractualisation » et tous ses avatars persistent dans la logique de ce problème aussi objectif qu’insoluble : on continuera donc d’acheter la « coordination » au prix de la dé-démocratisation européenne, calcul désastreux à tous points de vue, aussi bien politique qu’économique d’ailleurs.

Pour certains, l'Europe est devenue « intransitive, c'est-à-dire sans autre finalité qu'elle-même »

 

Le document propose aussi de creuser l'idée, encore très floue, de « capacités budgétaires » au sein de la zone euro. Est-ce, à vos yeux, le retour des eurobonds, cette dette qui serait émise collectivement, à l'échelle de la zone euro, et qui permettrait de renforcer la solidarité au sein des États membres ? Est-ce une avancée ?

L’idée n’est pas seulement floue : elle est insignifiante, en tout cas dans les ordres de grandeur qu’elle se donne actuellement. Un budget communautaire augmenté (à quelle échéance ?…) à quelques points de PIB reste une misère – juste un peu moins misérable que le 1 point actuel. Il n’y a aucun effet macroéconomique sérieux à en attendre.

Par ailleurs, on ne saurait assimiler cet embryon de budget communautaire à l’idée des eurobonds, même si tout ça n’est pas sans air de famille. Mais jamais, les Allemands qui ont évidemment le plus à perdre à une péréquation des taux d’intérêt, n’entreront dans un dispositif d’eurobond sans avoir obtenu en contrepartie un droit de regard (éventuellement par Commission interposée) permanent, et plus sévère que jamais, sur la définition en amont des politiques économiques nationales. Inutile de dire que l’État-membre déviant se verra instantanément mis sous tutelle sans même avoir eu à atteindre le stade de réclamer les fonds de secours du MES. À la moindre incartade, le dessaisissement sera immédiat.

L’enthousiasme pour les eurobonds est alors une sorte de symptôme : il donne la mesure de l’incompréhension de la crise du principe de souveraineté qui ravage l’Union européenne. Pouvoir imaginer la sortie de crise par des voies qui l’approfondissent à ce point est un sommet d’aberration qui indique le degré de naufrage de la pensée économiste. Parce que sous la plomberie financière (« la crise économique »), il y a une crise profondément institutionnelle et politique, une crise du principe de souveraineté. Mais j’accorde que tout ça est beaucoup demander à des économistes, comme d’ailleurs à tous ceux, dirigeants politiques, éditorialistes, chroniqueurs européens fanatiques, etc., dont les esprits ont été dévastés par cette pensée-là, et à qui le politique, au sens le plus profond du terme, est devenue chose totalement étrangère.

Le dernier livre des «atterrés», en vente dans une librairie espagnole. 
Le dernier livre des «atterrés», en vente dans une librairie espagnole.

 

Mais l'intégration économique ne signifie pas forcément, en théorie, le durcissement budgétaire… Êtes-vous d'accord pour faire la distinction ? Le Parti socialiste, au Parlement européen, plaide par exemple pour l'intégration d'un « pacte social » au cœur du rapport Van Rompuy.

C’est en effet une distinction élémentaire, de celles précisément que les eurobéats ont toujours niées pour mieux pouvoir renvoyer les opposants de l’Europe de Maastricht-Lisbonne au rejet de l’Europe tout court. Cynisme délibéré ou simple bêtise, on ne sait plus trop, mais toute l’oligarchie s’est spontanément retrouvée pour enfermer le débat dans l’antinomie débile « Pour ou contre l’Europe », sans jamais vouloir poser la question « Quelle Europe ? », ou « À quelles conditions ? ». Comme si l’Europe était désirable par soi, formellement, sans aucun égard pour ses contenus. Des plus fanatiques défenseurs de l’Europe, je me pose toujours la même question : à quel moment, à quelle sorte de « progrès » européen diraient-ils « stop » ? À l’Europe du libre commerce des organes, on continue ou on s’arrête pour réfléchir ?

Il est vrai que l’Europe est plus futée que ça, et ne risque pas trop de tomber dans ce genre d’énormité. Elle se contente de répandre la misère, et c’est là le genre de choses tout à fait impropre à susciter la moindre réserve auprès des oligarques de tout poil (à commencer par les oligarques médiatiques), en général portés à considérer leur aisance matérielle comme naturelle et universellement partagée. Ce genre de vulgaires problèmes d’intendance n’est rien au regard des perspectives historiques grandioses qu’ils ont la hauteur de vue d’embrasser à la place du peuple obtus.

Ce qui m’effraye le plus chez ces gens-là est le degré auquel l’Europe est devenue intransitive, c’est-à-dire sans autre finalité qu’elle-même. Quoi qu’elle fasse, ils la défendront jusqu’au bout, jusqu’au bout de la crise humanitaire grecque, jusqu’au bout de la Grande Dépression où elle nous précipite. Si l’Europe, qui est bonne, dit « austérité », alors l’austérité est bonne ; et c’est ainsi qu’en France la plupart des chroniqueurs européens, jusque dans certains journaux supposément de gauche, se retrouvent plus à droite que le Financial Times, The Economist et le FMI réunis ! – il est vrai que les apprentis-idéologues n’ont pas l’aisance des grands consacrés qui peuvent se payer le luxe de la lucidité : eux voient, et disent !, que l’austérité est une impasse.

« Le drame de l'Europe... »

Pourtant la question est plus que jamais celle de la différence entre cette Europe et toute autre Europe possible. Mais ce débat-là ne doit jamais être posé, et voilà où en est la vie démocratique sous la férule éclairée de ces précepteurs : quelque part entre « marche ou crève » et « ferme ta gueule » (un autre inconvénient mineur à leurs yeux). En toute généralité, on peut donc dire de l’intégration économique la même chose qu’on pouvait dire de la monnaie unique au début des années 1990 : idée intéressante mais imprécise telle quelle, et qu’on ne jugera vraiment qu’une fois connus ses contenus concrets.

C’est là que les choses se corsent. Car sur la planche à dessin on peut très bien imaginer la monnaie unique de nos rêves. Mais, par exemple, on ne fait pas n’importe quelle Europe monétaire avec l’Allemagne : on fait la sienne, point barre. D’où cette monstruosité qui a consisté à fixer des contenus de politique publique, notamment de politique économique orthodoxe, dans des textes à caractère (quasi) constitutionnel, comme les traités européens. Or la démocratie suppose la possibilité de remettre en jeu régulièrement les politiques publiques ordinaires, de les soumettre à nouveau à la délibération souveraine, pour les reconduire, les modifier ou les abandonner.

Et ce « pacte social », alors ?

Le « pacte social » des « socialistes » européens fait partie de ce genre de verroterie régulièrement jetée aux populations quand elles deviennent un peu hargneuses. On leur offre alors de l’encre sur du papier, à l’image des risibles articles « sociaux » du Traité constitutionnel européen de 2005, ou encore du rajout du mot « croissance » derrière « pacte de stabilité ». Il faudra bien finir par se faire à l’idée que les promesses d’une superstructure de droits sociaux édifiée sur l’infrastructure d’un néolibéralisme « constitutionnalisé » sont, par construction, mensongères. Et que, pour reprendre les mots de François Denord et Antoine Schwartz, « l’Europe sociale n’aura pas lieu » – en tout cas pas à partir de cette Europe-là.

Êtes-vous d'accord pour dire que le « plus d'intégration » – ce qu'à Bruxelles, certains nomment le “saut fédéral” – est la seule réponse aux déséquilibres macroéconomiques à l'origine de la crise ?

Il est manifeste en effet que si une Europe veut survivre à cette crise, le saut fédéral est un impératif. Mais encore faut-il s’interroger sur sa forme, ses contenus… et ses conditions de possibilité. Si, comme je le crois, la crise présente de l’Europe est fondamentalement une crise politique du principe démocratique de la souveraineté populaire, alors n’importe quel fédéralisme ne fait pas l’affaire. La pire des solutions consisterait en un fédéralisme technocratique, piloté par une Commission aux prérogatives étendues. Suivi de près par un fédéralisme « conservatif » qui n’aurait aucune intention de remettre en jeu, en le « déconstitutionnalisant », le socle néolibéral présent.

Pour dire les choses plus positivement, « fédéralisme » n’a de sens qu’entendu comme avènement d’une authentique communauté politique européenne, munie d’une constitution n’ayant pas d’autre finalité que l’organisation des pouvoirs publics européens, et remettant la définition de toutes les politiques publiques (communes) à des instances (exécutives et législatives) élues et dotées des pouvoirs adéquats. Soit la réduction de la Commission à une pure administration, donc sans commissaires ni président.

Cette condition qui est nécessaire est cependant loin d’être suffisante. Car la formation d’une communauté politique authentique, d’une politeia comme disaient les Grecs, n’est pas qu’affaire d’institutions formelles. Elle requiert également que les multitudes européennes se reconnaissent en peuple européen, plus précisément en un peuple européen décidant de se gouverner selon la loi de la majorité. Or cela suppose que se constituent des clivages politiques-idéologiques transversaux qui prévalent sur les actuels compartimentages verticaux-nationaux.

Pour donner un exemple très simple, une Europe politique serait viable si, au hasard, les Allemands acceptaient de se plier à une loi de la majorité européenne qui déciderait que la banque centrale n’a plus à être indépendante et qu’elle peut financer directement les États… Qui est prêt à parier là-dessus ? Notez qu’on devrait procéder à la même expérience de pensée, sorte de stress-test a priori de l’Europe politique, avec des Français contraints par une loi de la majorité de renoncer à la Sécu ou à l’Éducation nationale publique, etc.

Posée plus généralement la question est donc la suivante : certaines nations consentiraient-elles à renoncer à une part de leurs idiosyncrasies historiques les plus profondes sous l’effet d’une loi de la majorité « transversale » ? Pour ma part je ne sais pas répondre à cette question. Je ne sais pas si le gain d’une réelle citoyenneté politique européenne, accompagnée par des avancées de droits fondamentaux, suffirait à créer une affectio societatis européenne capable de dominer les affectio societatis nationales, à la manière dont les appartenances régionales en France sont dominées par l’appartenance nationale. Or c’est la question absolument décisive.

Je vois bien que les fédéralistes enragés n’ont ni l’intention, ni peut-être même l’idée, de la poser. Avec, comme pour la monnaie unique, le risque de s’engager dans une construction dont on n’a même pas prévu qu’elle pourrait, qu’elle devrait, faire face à des chocs autres que ceux du « petit temps ». Le drame de l’Europe, c’est que sa défense, pratique comme idéologique, a été confiée à des zélotes qui n’ont aucun sens historique de ce qu’est le politique.

 

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 18:19

 

 

Le Monde.fr avec AFP | 19.10.2012 à 16h40

 

La Société générale avait acquis sa filiale grecque Geniki en 2004.

Les discussions sont terminées. La Société générale a signé un accord définitif en vue de la cession de sa filiale hellène Geniki avec un autre établissement grec, la Banque du Pirée, qui aura un impact négatif d'environ 100 millions d'euros sur son résultat du troisième trimestre, selon un communiqué publié vendredi 19 octobre.

Le prix de vente s'élève à un million d'euros, mais la banque française devra également investir 444 millions d'euros, dont 281 millions d'euros pour recapitaliser Geniki, le reste étant la souscription d'une obligation émise par la Banque du Pirée.

L'opération devrait être conclue avant la fin de l'année, indique la Société générale, qui avait acquis sa filiale grecque en 2004. Au total, son aventure dans ce pays aura coûté à la banque au logo rouge et noir environ un milliard d'euros.

 

 281 MILLIONS D'EUROS

Dans le détail, la transaction n'intègre aucun transfert d'actifs de Geniki à la Société générale, qui elle-même n'apportera pas de financement résiduel après la clôture de la vente.

En outre, l'établissement français souligne que les 281 millions d'euros qu'il va apporter à Geniki pourraient être revus à la hausse ou à la baisse par le Fonds de stabilité financière hellénique, chargé de restructurer le secteur bancaire grec et d'évaluer les besoins en capitaux des établissements.

Avec cette vente, la Société générale imite son compatriote du Crédit agricole, qui avait finalisé mercredi l'accord de cession de sa filiale grecque Emporiki à Alpha Bank.

Lire aussi : Société générale pourrait céder sa filiale égyptienne

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 18:15

 

Le Monde.fr | 19.10.2012 à 20h09

Par Clément Lacombe

 

La chute de la banque Dexia, ainsi que le retrait brutal du marché des banques commerciales ont contraint les collectivités locales à rechercher d'autres types de financements pour faire face à leurs besoins.

Le projet a été long à monter. Mais un groupement de 44 collectivités locales françaises a finalement réussi, vendredi 19 octobre, à réaliser un emprunt obligataire de 610 million d'euros. L'opération est inédite, tant par le montant levé sur les marchés financiers que par le nombre de collectivités engagées : les deux précédentes opérations analogues, en 2004 puis 2008, concernaient respectivement 11 et 22 collectivités locales.

La chute de la banque Dexia, ainsi que le retrait brutal du marché des banques commerciales ont contraint les collectivités locales à rechercher d'autres types de financements pour faire face à leurs besoins.

"En début d'année, les perspectives étaient tellement incertaines pour les collectivités locales, que nombre d'entre elles ont dû chercher d'autres pistes", rappelle Jérôme Pellet, banquier chez HSBC, tête de file de cet emprunt groupé avec Natixis et Cacib (groupe Crédit agricole).

 

TAUX D'INTÉRÊT TRÈS FAIBLE

Certaines régions (comme Rhône-Alpes), intercommunalités (comme la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise) ou départements (comme la Seine-et-Marne) ont été conduits à emprunter pour la première fois, et de façon individuelle, des fonds directement sur les marchés.

D'autres ont fait le choix de s'associer à l'emprunt groupé lancé vendredi. Parmi les 44 collectivités locales ayant participé à cette opération se trouvent des régions (Aquitaine, Lorraine...), des départements (Loire, Manche...), des communautés urbaines (Lyon, Lille...), des communautés d'agglomération (Montpellier, Toulon...), des communes (Grenoble, Saint-Etienne...) et un syndicat mixte (transports de Toulouse).

Les 610 millions d'euros ont été emprunté pour dix ans contre un taux d'intérêt de 4,30 %. A titre de comparaison, la référence, c'est-à-dire les rendements des emprunts de l'Etat français à dix ans, se situaient vendredi à 2,199 %. "C'est un taux d'intérêt très faible pour un emprunt non noté par les agences", relève M. Pellet.

Les acheteurs sont principalement basés en France. Mais une dizaine de banques privées suisses, une quinzaine d'assureurs allemands et un investisseur hongkongais ont également acquis une partie de ces obligations.

Clément Lacombe

 

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 19:58

 

Libération - 18 octobre 2012 à 11:43


Alcatel-Lucent va supprimer 5 490 postes dans le monde, 3 300 en Europe dont 1 430 en France.
Alcatel-Lucent va supprimer 5 490 postes dans le monde, 3 300 en Europe dont 1 430 en France. (Photo Eric Piermont. AFP)

En France, 1 430 emplois seront supprimés, sur les 9 000 que compte le groupe dans l'Hexagone.

L'équipementier en télécommunications Alcatel-Lucent va supprimer 5 490 postes dans le monde, 3 300 en Europe dont 1 430 en France, a-t-on appris jeudi auprès des syndicats réunis en comité de groupe européen.

«Il y aura 5 490 postes supprimés dans le monde, qui englobe l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique avec 3 300 suppressions de postes en Europe, dont 1 430 en France», a affirmé Claude Josserand, délégué central CGT. L'information a été confirmée par un responsable CFE-CGC.

Les syndicats, qui s’attendaient à un nombre important de suppressions d’emploi en France sont convoqués dans l’après-midi à un comité de groupe spécifique à la France pour avoir des précisions sur le plan de suppression de postes. «Pour l’instant, la direction n’a pas précisé si cela rentrait dans le cadre d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE)», a souligné la CFE-CGC.

En juillet dernier le groupe avait annoncé à ses 78 000 employés, dont 9 000 en France, son intention de supprimer 5 000 postes dans le monde pour retrouver la confiance des marchés. Cette réduction d’effectifs s’inscrit dans un programme de réduction des coûts de 1,25 milliard d’euros.

(AFP)

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 18:39

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 14:49

 

 

Le Monde.fr avec AFP | 17.10.2012 à 11h37 • Mis à jour le 17.10.2012 à 12h22

 

Foxconn est très suivi par les organisations de défense des droits du travail, après une vague de suicides – au moins 13 – dans ses usines chinoises en 2010, dus, selon les militants, aux dures conditions de travail.

Le groupe taïwanais Foxconn, un des grands sous-traitants d'Apple, Nokia et Sony, a reconnu employer dans une usine chinoise des jeunes de 14 ans, confirmant ainsi des informations d'une organisation de défense des droits des travailleurs. L'ONG China Labor Watch, basée aux Etats-Unis, et les médias chinois ont rapporté que Foxconn avait employé quelques semaines des jeunes âgés entre 14 et 16 ans, dans une usine de la province du Shandong, dans l'Est.

"Ce n'est pas seulement une violation du droit du travail chinois, mais aussi une violation du règlement de Foxconn, et nous avons pris des mesures immédiates pour renvoyer ces stagiaires à leurs études", a indiqué le groupe mardi soir. "Nous n'avons pas trouvé de preuve de violations similaires dans d'autres sites en Chine, mais nous n'hésiterons pas à prendre des actions immédiates si de quelconques violations sont découvertes", a ajouté la firme taïwanaise.

 

 L'IMAGE DES CLIENTS EN JEU

Foxconn est très surveillé par les organisations de défense des droits du travail, après une vague de suicides – au moins treize – dans ses usines chinoises en 2010, dus, selon les militants, aux dures conditions de travail. Le groupe – numéro un mondial des composants pour ordinateurs – assemble notamment des produits pour Apple, Sony et Nokia, et emploie 1,2 million de personnes en Chine.

Les conditions de travail dans les usines Foxconn, qui affichent de lourdes pertes financières, influencent directement l'image des clients de l'entreprise. Régulièrement mis en cause,  Apple a ainsi commandité une enquête par la Fair Labor Association (FLA) américaine, dont l'entreprise est membre. L'enquête avait pointé des dysfonctionnements dans le volume de travail, les conditions de sécurité ou encore le salaire.

 

Lire : Les usines Foxconn emploieraient de force des étudiants pour produire l'iPhone 5


Une rixe, fin septembre, impliquant 2 000 employés, a obligé Foxconn à fermer une journée l'usine concernée, qui compte 79 000 employés. Foxconn n'est pourtant pas le seul sous-traitant mis en cause : HEG Electronics a également été accusé d'employer des enfants pour le compte de Samsung, qui s'en est défendu.

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 14:33

 

 

LE MONDE | 17.10.2012 à 13h56 • Mis à jour le 17.10.2012 à 13h56

Par Alain Faujas (Service Economie)

 
 

Les "maîtres du monde" réunis à Tokyo du 9 au 13 octobre à l'occasion de l'assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale ne maîtrisent rien du tout. Les 188 ministres des finances, plus autant de gouverneurs de banques centrales, y ont donné le spectacle d'une planète déboussolée. Car la belle solidarité déployée sous la houlette du FMI, quand la crise grondait de 2008 à 2010, s'est envolée. Le "chacun pour soi" et le "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais" sont devenus la règle pour des gouvernants englués dans leurs stratégies électoralistes.

A Tokyo, la zone euro a été la région la plus montrée du doigt pour l'effet dépressif mondial que provoque son incapacité à juguler la crise de sa dette. Personne ne l'a dit, mais la Grèce est considérée par tous comme incapable de se redresser et de rembourser ses emprunts. On lui donnera du temps – "deux ans", a proposé Christine Lagarde, la patronne du FMI –, mais personne ne veut lui prêter plus d'argent que ce qui lui a été promis. "Oui, dit un des décideurs de son sort, la Grèce fera défaut, mais personne n'en prendra la responsabilité."

Passé par pertes et profits, ce pays ne semble plus être le problème de la zone euro. Il a cédé sa place à l'Allemagne. Quoiqu'ils en disent pour complaire à leur opinion, les dirigeants américains sont moins irrités par Pékin que par Berlin : les Allemands ont profité de la baisse de l'euro pour accroître leurs parts de marché à l'export ; par leur orthodoxie budgétaire, ils bloquent la reprise de la croissance en Europe.

Voilà qu'ils encouragent les Espagnols à ne pas demander l'aide conjointe de l'Europe, de la Banque centrale européenne (BCE) et du FMI et qu'ils traînent les pieds pour bâtir l'union bancaire européenne que le monde entier réclame ! A Tokyo, leur raideur a fait l'objet de vives critiques et nul ne pense que le Conseil européen du 18 et du 19 octobre sera plus efficace que les précédents.

Mais les Etats-Unis, eux aussi, menacent l'équilibre mondial, comme se sont fait un plaisir de le rappeler Yi Gang, gouverneur adjoint de la Banque de Chine, ou Guido Mantega, ministre brésilien des finances. Une incapacité de leurs deux partis à s'entendre pour réduire leurs déficits déclencherait, dans douze semaines, des coupes automatiques dans le budget de l'Etat, un "précipice budgétaire" qui plongerait le pays mais aussi le monde entier dans la récession.

Pis : qui bloque la réforme de la représentativité au FMI ? Les Etats-Unis. Et qui a tué les négociations du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Les Etats-Unis saisis d'un incoercible réflexe de repli pour cause de campagne électorale. La Chine est-elle exempte de critiques ? Non, car le laborieux processus de succession à Pékin est aussi perturbant pour la deuxième économie mondiale que le ralentissement européen pour ses exportations.

On peut poursuivre à l'envi le tour du globe des palinodies politiques. Le Brésil qui fait la leçon aux pays riches ? Il a mis en place en 2011 un assainissement budgétaire trop draconien et plus dommageable pour son économie que les flux financiers venus du nord. Le Japon ? Les dirigeants de ce recordman du monde de la dette sont incapables de décider une politique fiscale pour tarir leurs déficits. L'Inde ? New Delhi n'en finit pas de voter, puis d'annuler les réformes, les politiques, les infrastructures qu'exigerait son milliard d'habitants.

La situation n'est pas plus brillante dans les institutions. Pour sauver des économies en péril, les banques centrales (BCE, Réserve fédérale, Banque du Japon, Banque de Chine, Banque d'Angleterre) se sont lancées dans des politiques monétaires et financières laxistes sans se soucier des dégâts infligés aux voisins. Mme Lagarde les a sermonnées, dimanche 14 octobre, pour les risques de surchauffe que ces politiques génèrent, alors qu'elle les avait félicitées naguère d'avoir sauvé la croissance grâce à ces assouplissements inédits !

Le FMI gagnerait à ne pas rajouter à la pagaille ambiante et à garder le cap qu'il tient depuis deux ans à l'intention de ses Etats membres : "Poursuivez vos "consolidations budgétaires" (la réduction des déficits), mais pas au point de tuer la croissance." Depuis le 8 octobre, il a monté le ton : "Donnez du temps au temps, car le tarissement des déficits a des effets plus redoutables que nous ne le prévoyions."

Hélas ! il n'y a plus ni lieu ni temps pour mettre fin à ces cacophonies. Le G20, où s'harmonisaient vaille que vaille les crispations nationales, voire nationalistes, est en sommeil. Le Mexique a bâclé en six mois le sommet de juin à Los Cabos pour cause de changement de président. La Russie, qui en héritera le 4 novembre à Mexico, ne sait pas trop ce qu'elle souhaite en faire, hormis en profiter pour briller sur la scène mondiale.

Nombre de gouvernants et d'ONG pensent donc que la stabilité financière, la lutte contre la pauvreté, ou la maîtrise de la volatilité des prix alimentaires demeureront à l'état d'envolées oratoires pendant les deux prochaines années. L'économie de la planète est désaccordée comme jamais, et ce n'est pas fini. "Une quarantaine de pays sont toujours malades de leurs déficits dont certains ne pourront pas se sortir, et ils feront défaut. Qui en gérera les turbulences et comment ? Quand commencera-t-on à y réfléchir... ensemble ?", s'inquiétait à Tokyo un "maître du monde" perplexe devant l'insouciance générale.

faujas@lemonde.fr

Alain Faujas (Service Economie)

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 21:31

 

Le Monde.fr avec AFP | 16.10.2012 à 12h17

 
 
Des Roms évacués d'un campement de Saint-Denis sont installés sur un campement de fortune dans une rue, en septembre 2011 à Paris.

Des Roms, expulsés lundi matin d'un bidonville insalubre de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), ont passé la nuit devant la mairie de cette ville, avant d'être à nouveau dispersés par la police mardi matin. "L'évacuation des populations roms se termine", a-t-on précisé à la préfecture, ajoutant qu'il n'y avait "pas d'incident".

Environ 80 Roms et militants d'associations qui les soutiennent s'étaient rassemblés lundi devant la mairie du socialiste Michel Pajon après avoir été évacués d'un bidonville insalubre où ils vivaient, sur un terrain longeant l'A4 en contrebas d'un hôtel.

Ils ont ensuite passé la nuit sur place, dormant sur des matelas à même le trottoir, devant l'hôtel de ville. La veille, leur camp très insalubre, sans accès à l'eau ni à l'électricité, et où s'empilaient des monceaux de détritus faute de poubelles à proximité, avait été démantelé par la police, à la suite d'une décision de justice en ce sens, rendue au printemps.

 

"UNE ESPÈCE DE CHASSE À L'HOMME"

"Ils sont en train d'errer dans la ville après avoir été évacués de la mairie", a assuré Didier Cusserne, du Collectif de soutien aux Roms de Noisy-le-Grand. "C'est une espèce de chasse à l'homme avec les policiers qui les suivent", s'est-il indigné. "La police ne veut qu'une chose, qu'ils passent sur le territoire voisin, ça ne fait que repousser le problème", a-t-il regretté.

Cet été, des habitants du bidonville où vivaient environ 200 personnes selon les associations, 80 selon la préfecture, avaient confié ne pas bien dormir la nuit à cause du bruit que faisaient les rats. "Il y a beaucoup d'enfants, des nourrissons qui sont malades et qu'on a conduits aux urgences pédiatriques il y a encore deux jours", s'était inquiétée lundi Nathalie-Marie Chantepie, de l'association Porte-B'Honneur, rappelant qu'il y avait chez les habitants "de nombreux cas de tuberculose" et que "la plupart ont interrompu leur traitement, car ce n'est pas leur priorité".

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 21:01

 

Cela n’a pas fait l’objet de communiqués fracassants et décisifs tant l’exercice était délicat. Pourtant, les discussions qui se sont tenues la semaine dernière au Japon entre les principaux pays créanciers du Fonds monétaire international ont été le lieu d’une petite révolution. Après moult débats, une majorité de participants a fini par l’admettre : la gestion de la crise, telle qu’elle a été menée depuis cinq ans, est castastrophique. La logique de l’austérité, qui a prévalu, est en train de conduire l’économie mondiale à la ruine. 

Seul, le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble a continué à défendre envers et contre tout la ligne de conduite européenne, assurant qu’il ne fallait rien changer aux objectifs fixés, que les longs tourments infligés aux populations européennes finiraient par payer de retour. Mais il n’a guère trouvé de soutien auprès de ses collègues. Ils n’y croyaient plus.

Comment ne pas dresser le constat d’échec de la politique menée face à l’implacable réalité ? Après cinq années de crise, l’économie mondiale ne cesse de s’effondrer. Les perspectives pour 2013 s’assombrissent chaque jour un peu plus. L’Europe paraît condamnée à une récession prolongée. Dès que les élections présidentielles seront passées, les Etats-Unis vont se retrouver confrontés à un défi financier et budgétaire énorme. Le Japon est toujours en plein marasme. La Chine voit la fin de son modèle de mercantilisme d’Etat, avec l’écroulement de ses principaux débouchés dans les pays développés. Les pays émergents, qui étaient censés incarner le renouveau, ne sont les relais de croissance espérés, les banques centrales des pays développés, accentuant leur fragilité par une politique d’argent facile accordée à un monde financier toujours incontrôlé, qui en profite pour multiplier bulles et déséquilibres financiers et monétaires dans ces régions.

Pour les économistes, qui ont depuis longtemps prédit l’échec des politiques menées, ce qui s’est passé à Tokyo ne fait que participer à la chronique d’un désastre annoncé. Le fait nouveau, cependant, est que c’est le FMI lui-même qui a mené l’attaque. Dans son dernier rapport sur les perspectives de l’économie mondiale, remis juste avant la première réunion à Tokyo, il fait une critique en règle des politiques des pays développés, en réservant une place de choix pour la politique européenne. Rigidité dogmatique, austérité mal calibrée, fétichisme de critères nominaux, erreurs d’analyses, inadaptation des mesures, laxisme monétaire…, tout y passe, avant de mettre en garde l’Europe sur « les risques sociaux et politiques apparaissant chez les peuples européens, lassés par l’austérité et les réformes sans fin ».

À la lecture de ce rapport, une gêne, très vite, s’installe. Comment le Fonds peut-il écrire une critique aussi virulente alors que l’institution est partie prenante, voire initiatrice d’un certain nombre de mesures imposées aux pays européens, avec la même détermination  et le même aveuglement que dans le passé en Asie ou en Amérique du Sud ?

En tête pour les erreurs de prévisions

Le FMI est-il en train de passer maître dans le double langage, condamnant d'un côté ce qu'il applique de l'autre ? À aucun moment, en effet, l’institution internationale ne s’interroge sur son rôle, sur ses méthodes, sur ce qu’elle a défendu. Tout se passe comme si elle n’était pas concernée, se contenant d’une mission d’observateur extérieur. Ainsi, l’étude reproche aux gouvernements européens d’avoir mal évalué les effets des mesures d’austérité, qui menacent désormais d’entraîner toute l’Europe dans la récession. Pourtant, tous ces calculs reposaient sur la certification des experts du FMI !

Sur ce sujet, ils peuvent figurer en tête du classement des plus grandes erreurs en matière de prévisions économiques. En février 2012, ils assuraient ainsi que l’économie grecque allait reculait de 4 % du PIB cette année. Les dernières estimations montrent que le plongeon sera d’au moins 6,8 %, et encore si l’économie n’est pas totalement aspirée par la spirale déflationniste. Ils garantissaient également qu’à la suite de la restructuration de la dette grecque accordée en février, l’endettement du pays serait au plus haut à 160 % du PIB en 2014 avant de redescendre en 2020 à 120 %, niveau jugé acceptable. L’endettement public grec dépasse déjà les 170 % du PIB et ne reviendra au mieux qu’à 140 % en 2020.

La Grèce est un cas à part, argumentent les uns et les autres, tant ils sont pris de vertige devant la possible explosion du pays. Mais que faut-il penser de l’erreur d’appréciation commise au Portugal ? Car là aussi, les estimations ont été des plus optimistes. À la suite du plan d’aide européen et des multiples coupes budgétaires et sociales, les mêmes experts du FMI garantissaient que le pays allait réduire son déficit et le ramenait à 4,5 % en 2012 et 3 % en 2013. Le gouvernement portugais a dû reconnaître que toutes ses prévisions étaient erronées et que l’économie déraillait. Son déficit budgétaire, faute de recettes fiscales suffisantes, devrait atteindre plus de 5,4 % cette année. Les Européens sont déjà convenus qu’ils accordaient un délai d’un an supplémentaire au Portugal : celui-ci ne doit plus ramener son déficit à 3 % en 2013 mais fin 2014.

Face à tant d’erreurs, on attendrait au moins quelque aveu d’échec, ou au moins quelque regret. Pas du tout. Le FMI ne saurait se tromper. Les erreurs d’estimation, à l’en croire, sont toutes imputables aux gouvernements.

Pour le besoin de la démonstration, les économistes de l’institution se sont lancés dans une longue explication sur les effets multiplicateurs des politiques fiscales restrictives sur l’économie. Les gouvernements, écrit le rapport, assuraient que pour un euro d’économie dans les dépenses publiques, la contraction économique n’était que de 50 centimes. Or, rien de tel, dit le FMI. « De récents développements suggèrent que les multiplicateurs fiscaux à court terme peuvent être plus grands que prévu au moment de la planification fiscale. Des recherches, dont il a été fait état dans les derniers rapports du FMI, montraient que les multiplicateurs fiscaux sont plus proches de 1 dans un monde où de nombreux pays s’ajustent en même temps. Des analyses suggèrent ici que les multiplicateurs sont désormais plus grands que 1 », écrit-il. Lors des discussions à Tokyo, Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI , dira que ces effets multiplicateurs pouvaient aller de 0, 9 à 1,7. En clair, pour un euro de dépense publique économisé, les contrecoups sur l’économie peuvent être de 90 centimes à 1,7 euro. Le FMI vient de découvrir que la dépense publique n’était pas seulement un prélèvement, mais un soutien à l’économie, surtout dans un environnement récessif. Quand les travaux de Keynes ont-ils été publiés, déjà ?

 

Intransigeance

Poursuivant la démonstration, les économistes du FMI prônent un ajustement graduel des finances publiques, afin de soutenir la croissance. « Il y a d’autres raisons pour éviter les ajustements brutaux : les problèmes fiscaux peuvent trouver leur origine dans les problèmes structurels qui demandent du temps à régler, et les coupes budgétaires importantes ou les augmentations d’impôt peuvent instaurer un cercle vicieux  de chute de l’économie et de montée de l’endettement, qui au final privent les politiques d’un soutien pour continuer les réformes. (…) Une approche graduelle combinée avec des changements structurels offre de meilleure chance de réussite compte tenu des contraintes actuelles », préconisent-ils.

Au bout de trois ans de gestion de crise européenne, le FMI semble enfin s’apercevoir que la politique mise en œuvre par ses soins avec l’Europe aboutit exactement à l’inverse de ce qui était attendu. Tous les pays où ils sont intervenus sont exactement pris dans cette spirale de l’écroulement de l’économie et de l’explosion de la dette qu’ils décrivent.

Quelles conclusions tire-t-il de ce constat ? Il suffit de suivre les pourparlers actuels avec le gouvernement grec pour en juger : tandis que les économistes du FMI dénoncent doctement les effets pervers d’une austérité aveugle, ses représentants auprès du gouvernement grec continuent de partager la même ligne doctrinale que les représentants européens : aucune concession ne doit être accordée à la Grèce, sauf peut-être un délai supplémentaire. Parmi les exigences posées, ils demandent la suppression de 150 000 fonctionnaires d’ici à la fin de l’année, comme la diminution du revenu minimum qui a déjà baissé de 25 % depuis cinq ans, et la suppression d’une partie du droit du travail. Ces exigences sont considérées comme si intenables que le gouvernement grec, qui espérait aboutir à un accord d’ici le sommet européen des 17 et 18 octobre, a préféré suspendre les discussions avec la Troïka, pointant notamment l'attitude intransigeante du représentant du FMI dans les négociations.

De même, le FMI ne semble pas s’être alarmé des choix du gouvernement portugais, qui a décidé « une hausse fiscale massive » pour rassurer ses créanciers. Les prélèvements supplémentaires correspondent à 3 points de PIB, de l’aveu même du ministre des finances portugais. Encore ce ne sont que des calculs provisoires. Le Portugal risque donc de s’enfoncer un peu plus dans le cercle vicieux décrit par le FMI lui-même. Pourtant, ce dernier n’a adressé aucune critique, aucune réserve au Portugal ou à l’Union européenne. Il ne réagit pas non plus l’immense programme d’austérité qu’est en train de mettre en œuvre l’Espagne, afin de se conformer par avance aux attentes du FMI, de l’Union européenne et de la BCE, avant de réclamer une aide.

Pour terminer l’analyse, les économistes du FMI pressent les pays qui ne sont pas pris à la gorge de modérer leur politique de rigueur et de se fixer des objectifs plus réalistes sur le moyen terme, en oubliant notamment la fameuse règle d'or, afin de soutenir la croissance. « À l’exception des économies confrontées à des contraintes financières aigues, les stabilisateurs automatiques devraient être autorisés à jouer librement », recommande-t-il. Or, que sont ces stabilisateurs ? La dépense publique y compris dans l’emploi,  les investissements publics, la sécurité sociale, les retraites. En un mot, tout ce que les représentants du FMI, envoyés en émissaires dans les pays en difficulté, recommandent de sacrifier dès le début, et qui figurent aussi en tête dans les programmes de réformes structurelles préconisés par le FMI, la BCE et l’Union européenne. 

Ce n’est pas la première fois que le FMI pratique le double langage. En 2005-2006, bousculée par un certain nombre de pays émergents qui lui reprochaient de les avoir conduits au désastre, l’institution avait juré qu’elle avait changé, qu’elle avait  tiré les leçons des expériences passées. La manière dont elle se conduit depuis trois ans dans les pays européens montre qu’il n’en est rien : l’institution agit avec le même dogmatisme, le même aveuglement qu’auparavant. Alors à quoi servent tous ses discours par ailleurs, pour adjurer l’Europe à changer de politique, à opter pour une ligne plus réaliste et doctrinaire, si ce n’est pour se disculper par avance d’un désastre annoncé ?

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 18:28

 

Marianne - Lundi 15 Octobre 2012 à 18:09

 

Super No
Quadra d’origine lorraine, travailleur de l’informatique, et écologiste tendance... En savoir plus sur cet auteur

 

Le Sénat adoptait jeudi 11 octobre, à une écrasante majorité, le projet de loi autorisant la ratification du traité européen. L'occasion pour notre blogueur associé Superno de critiquer vertement la politique de rigueur menée par le gouvernement...

 

(François Hollande - Craig Ruttle/AP/SIPA)
(François Hollande - Craig Ruttle/AP/SIPA)
Certains se sont émus des noms d’oiseaux dont j’ai affublé Hollandréou et sa clique de traîtres. Ça ferait le jeu de l’UMP, ou du FHaine.

Je sais, ce n’est pas bien. Et je me repens. C’est vrai, je me suis un peu emporté. Car en réfléchissant deux secondes, il est facile de trouver de grosses différences entre l’UMP et le P«S».

Sous l’UMP, on inventait des lois scélérates contre le peuple, et tous les députés godillots les votaient comme un seul homme, avec le renfort de Jack Lang et de quelques traîtres «socialistes». La majorité des «socialistes», pour protester, s’abstenait (ce qui permettait à coup sûr de faire passer la loi). Quelques hardis votaient non, mais tout le monde s’en foutait.

Sous le P«S», on récupère les lois scélérates que l’UMP n’a pas eu le temps de faire voter. L’immense majorité des «socialistes» vote pour, avec la quasi-totalité des UMP. Quelques hardis s’abstiennent. Et une vingtaine d’inconscients votent contre… et se font immédiatement menacer de représailles par les apparatchiks comme Bruno le Roux ou Jean-Jacques Urvoas. En théorie, la démocratie P«S» et la démocratie «UMP», ça n’a rien à voir.

La réalité, c’est que dans les deux cas, une assemblée censée représenter le peuple, et non pas les intérêts des banksters ou de tout autre lobby malfaisant, vote ces lois scélérates qui nous pourrissent la vie dans les années et les décennies qui suivent.

Pourquoi Hollandréou a-t-il fait son Tartarin d’opérette pendant la campagne ? Ah ah, pas question de voter le traité Merkozy, on allait le re-négo-cier avec un «volet de croissance» (arf !). On allait voir ce qu’on allait voir : il allait lui faire bouffer son chapeau tyrolien et sa culotte de peau, à la grosse Merkel ! Quant aux traders de la City, à la seule évocation du nom de Hollande, ils allaient se mettre à pleurer comme des gamins et rendre aux travailleurs du monde entier les milliers de milliards qu’ils leur avaient volés et planqués dans les paradis fiscaux.

Résultat, même les pires résidus du sarkozysme (comme Borloo l’autre matin sur France Inter) ne se gênent pas pour se gausser comme des baleines en remarquant que c’est bien le traité Merkozy à la virgule près que nos «socialistes» ont voté, et que le dernier qui avait vu le «volet de croissance» était le même qui pensait avoir vu la «sensibilité sociale» de François Fillon un soir de cuite.

Voilà. Hollandréou (c’est le nom qu’il portera désormais ici), quoi qu’il dise, vient d’abandonner toute marge de manœuvre aux banksters et à la Troïka.

[Tiens, c’est pas le sujet, mais vous avez forcément entendu que le prix Nobel de la paix a été décerné à l’UE, notamment pour sa «démocratie». C’est le comble du cynisme. Attribuer le prix Nobel de la paix à une institution dans laquelle la guerre civile menace, et parler de démocratie lorsque les instances dirigeantes, aux ordres des banksters et des lobbies, ne sont pas élues, et qu’un prétendu parlement n’a aucun pouvoir, sinon d’offrir à ses élus un train de vie princier… C’est un peu comme donner un prix d’accordéon à Jimmy Hendrix. Ou un prix de la grâce et de la distinction à Roselyne Bachelot.]

«C'en est fait du Modèle Social Français»

Nous sommes désormais aussi maîtres de nos mouvements qu’un troupeau de bœufs qui vient de s’engager dans le couloir qui mène à la chaîne d’abattage. Avec un bonimenteur qui nous promet que oui, bien sûr, on reverra nos vertes prairies.

Oui, bien sûr, il pourra négocier. Quémander qu’en 2013 ce soit 3.5% et pas 3. Qu’on revienne à l’équilibre budgétaire en 2018 ou 2019 plutôt que 2017.

Mais cela n’empêche pas le principal : Hollandréou va devoir trouver entre 100 et 150 milliards d’euros dans le budget au cours de son quinquennat. Sans compter les dizaines de milliards de cadeaux patronaux qu’il va céder sous prétexte de «compétitivité».

Au lieu de se mettre à genoux pour négocier des miettes, il aurait mieux fait de montrer qu’il était de Gauche, se dresser dès le début, et tant qu’à renégocier, renégocier directement la dette.

Maintenant, c’en est fait du Modèle Social Français.

Cela fait bientôt 40 ans que nous avons abandonné la création monétaire à des banksters cupides. Cela fait bientôt 40 ans que nous «baissons les charges» et délestons les caisses de l’État dans les poches des actionnaires pour «créer des zemplois». Le chiffre de 200 milliards d’euros par an est souvent évoqué. Cela fait bientôt 40 ans que les recettes diminuent, que le déficit augmente, et qu’en conséquence la «dette» se creuse. Cela fait bientôt 40 ans que nous devons accepter les taux d’intérêts des banksters, auxquels nous donnons désormais 50 milliards d’euros tous les ans tout en continuant à creuser la dette. Pour rappel, pendant les 5 ans du quinquennat cataclysmique de Sarkozy, ce grand gestionnaire, nous avons payé environ 200 milliards d’intérêts aux banksters, tout en creusant notre prétendue dette à leur égard de 600 milliards.

Et c’est cette situation qu’Hollandréou prétend inverser dans une fuite en avant du remboursement, cependant que le MEDEF, plus insolent que jamais, prétend poursuivre et accentuer la saignée. Un enfant de six ans comprend tout de suite que c’est du grand n’importe quoi.

Mais Hollandréou n’en a cure. Et il se lance dans son marathon (perdu d’avance) de la taxe et de la coupe budgétaire. Il faut taxer. Il faut couper. Il faut récupérer du pognon partout, n’importe où. Pour le verser aux banksters.

Un florilège de projets ridicules

Le principe est simple. Vous, moi, nous tous, allons payer. En euros ou en nature, mais nous allons payer. Pour donner le pognon aux banksters.

Il y a bien sûr le premier plan de 37 milliards annoncé récemment, qui est censé toucher essentiellement les riches. Même si la promesse de Ayrault selon laquelle 90% des Français seraient épargnés est déjà dans la catégorie des mensonges avérés, et que nombre d’entre nous allons nous découvrir riches.

Mais il y a aussi des tas de projets plus ou moins ridicules et scandaleux qui fleurissent un peu partout. Et leur point commun, c’est qu’en même temps qu’on les annonce, des communicants, relayés par des journalistes complices ou en mal d’inspiration, inventent de bonnes raisons pour les rendre acceptables sinon logiques.

Tenez, le doublement de la taxe sur la bière. Ben oui, quoi, c’est normal, les jeunes y font rien qu’à se bourrer la gueule avec, c’est mauvais pour la santé, ça va en faire des épaves, sans même parler des bagarres et des accidents de bagnole.
Oui, cela est vrai. Un demi-milliard dans les poches de l’État. Enfin, dans celles des banksters. Car vous avez compris le principe : c’est pas pour la prévention de l’alcoolisme, c’est pour les banksters.

Je vous avais déjà parlé du projet de faire payer des frais de scolarité aux étudiants des classes prépas, «ces enfants des classes favorisées qui étudient à l’œil alors que les pauvres qui sont à la fac paient». Ben oui, hein, c’est injuste. Ça ne va pas rapporter grand chose, mais c’est toujours ça dans la poche de l’État. Enfin, des banksters, vous avez compris. Et on en reparlera, car les «frais de scolarité», ils aiment ça, les ultralibéraux. Transformer les étudiants en obligés des banksters avant même le début de leur carrière, c’est beau ! Voir ce qui se passe en Grande Bretagne et au Canada.

Il y a aussi le projet de nouveau «bonus/malus» automobile. Le système avait été mis en place sous Sarkozy (à l’époque bien révolue de son «trip écolo») par l’impayable Borloo dans le but affiché de favoriser les voitures «moins polluantes». Mais l’affaire a en fait tourné à la subvention des petits modèles diesel cancérigènes, et commençait à coûter bonbon à l’État. Du coup, Hollandréou va y remédier, en baissant le seuil du malus à 135 g/km, et surtout en augmentant fortement son montant, puisque tous les acheteurs d’un véhicule neuf qui dépasse les 200 g/km devront payer la coquette somme de 6000 euros.

Bien sûr, ça râle sec. Gningningnin les familles nombreuses de pauvres et leur monospace. C’est si compliqué de faire une exonération basée sur les revenus et le nombre d’enfants ? Et ça va tuer le marché du haut de gamme à essence. Ah bon ? Y’avait encore un marché ? Au Luxembourg, oui (et encore…), mais en France ?
Pour moi il y a deux problèmes : le premier, c’est que ça va encore renforcer les diesel cancérigènes, puisque rien ne prend en compte cette spécificité funeste. Au passage, même l’abracadabrantesque hybride cancérigène d’Hollandréou est épargnée…

Mais surtout, où ira cet argent ? Dans la subvention d’alternatives à la bagnole ? Dans les projets d’arrêt de l’étalement urbain ? Non ! Vous avez compris, le «malus écologique» est directement branché sur le réservoir des banksters !

Envoyez vos idées à Hollandréou !

Et la prise en compte des œuvres d’art dans l’ISF ! Voilà un serpent de mer, dû à une erreur initiale de conception : les œuvres d’art ont été exonérées d’ISF parce que le père de Fabius était antiquaire. Du coup, de nombreux milliardaires rapaces, pour cacher le fait que leur fortune soit due à l’exploitation, à la spéculation, à la fraude fiscale (ou aux lois fiscales scélérates, ce qui revient au même), se sont reconvertis en mécènes collectionneurs d’art. Arnault et Pinault en sont deux exemples parfaits.
Mais où ira le produit de cette taxe ? À aider les jeunes artistes ? À promouvoir l’art populaire ? Vous rêvez, ou quoi: cet argent ira dans la poche des banksters.

Une autre ? Tiens, la «dépendance». Encore un vieux serpent de mer, notamment agité avec des trémolos dans la voix par ce bouffon nuisible de Sarkozy, qui bien sûr n’a rien fait. Les «socialistes» viennent fort opportunément de reprendre un rapport de la Cour des Comptes pour envisager de taxer les retraités pour «financer la dépendance».  Riche idée, à laquelle on peut trouver toutes les justifications du monde. Il paraît que ça nous coûte 24 milliards par an, cette inévitable calamité. Tiens, ça fait la moitié des intérêts que l’on paie aux banksters ! Et tant que l’on paiera un centime d’intérêts indus à nos maîtres autoproclamés, les cotisations «pour la dépendance» payées par les retraités seront évidemment versées aux banksters.

Bon, devant la fronde, Ayrault a démenti, comme d’hab. Mais par les temps qui courent, un démenti de Ayrault, c’est quasiment une confirmation.

La dernière (en date, car si j’attends encore un jour ou deux avant de conclure ce billet j’en aurai encore certainement d’autres à mettre dans ma besace), c’est de faire payer une redevance télé pour les résidences secondaires. Avec bien évidemment les explications rationnelles à la chose, y compris la précision qui tue : «on ne fait payer qu’une demi-redevance, car on regarde moins la télé dans une résidence secondaire que dans une résidence principale». 164 millions par an. C’est bien pour la télé publique ? Ah non, c’est juste pour boucher le trou dû à la baisse du budget de la télé publique, baisse imposée, je vous le donne en mille, par le remboursement de la dette aux banksters.

Il ne serait pas étonnant qu’un jour on décrète une redevance pour chaque récepteur du foyer, et vu la tendance actuelle à mettre un écran dans chaque pièce, ça risque de faire mal… J’arrête là, j’espère que tout le monde a compris le principe : le vote quasi-unanime du TSCG vient de nous transformer en réservoir à fric pour les banksters, avec leur obligé Hollandréou comme contrôleur en chef de la bonne marche des opérations.

Alors si vous avez un peu d’imagination, soyez chou : envoyez vos idées (avec les justifications «rationnelles» associées), même en apparence les plus idiotes (et surtout celles-là !) à Hollandréou, Ayrault, Moscovici ou Cahuzac. Ou postez-les ici, je transmettrai.

Une taxe sur les chambres à air ? Les rhododendrons ? Les couverts en plastique (c’est vrai, Borloo voulait déjà la faire, celle-là…) ? Les canards vibrants ?  Les disques d’Enrico Macias ? Sophie la girafe ? Les ratons laveurs ?

Vous ne ferez pas ces sacrifices en vain. Hollandréou vous dira merci, car il est très poli.

Mais pas les banksters. Ils ne vont tout de même pas s’abaisser jusque là…

 

Traité budgétaire : à quand une taxe sur les rhododendrons ?
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