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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 16:25

 

*A lire ou à écouter, (vidéo en fin d'article), plus que jamais, d'actualité

 

 

Source : http://www.fakirpresse.info

 

 

Le plan de bataille des marchés : entretien avec le stratège

par Adrien Levrat, François Ruffin 12/04/2012

 

 

On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

 

 

« Les gens de marché s’expriment de façon très directe. » Dans sa note (largement traduite ici), le « chief economist de Cheuvreux » conseille en effet à François Hollande de « tromper le peuple » pour mettre fin au « fameux CDI ».
« On ne s’embarrasse pas de finasseries », poursuit-il dans un entretien diffusé dans l’émission Là-bas si j’y suis. Raison de plus, cette franchise, pour aller rencontrer ce « senior advisor », Nicolas Doisy. Car il ne faut pas mépriser l’adversaire : il est prêt à livrer bataille. Il a déjà son plan. Présentation.

 

 

François Ruffin : On se trouve au siège de la Corporate Investment Bank du Crédit agricole. Premier broker indépendant sur actions européennes, Cheuvreux possède quatorze bureaux à travers le monde, y compris New york, San Francisco, Tokyo, Zurich… Donc Cheuvreux conseille 1200 banques, fonds de pension et ainsi de suite.

 

Nicolas Doisy : Tout à fait.

 

F.R. : Mais pourquoi une société de courtage comme Cheuvreux a un département recherche ? Et pourquoi cette recherche s’intéresse à la politique française ?

 

Nicolas Doisy : Pourquoi la politique ? Parce qu’en fait, ce dont on se rend compte, c’est que dans politique économique, eh bien, il y a « politique », y a pas qu’économique. Depuis finalement le début de cette crise, la crise de Lehman en 2008, le cycle économique, financier, est beaucoup dirigé et conduit par la politique, et du coup, tout ce qui est politique prend énormément d’importance, et détermine beaucoup des événements sur lesquels les investisseurs gardent leurs yeux.

 

Hollande : le choix

F. R. : Vous avez publié un papier là, dont le titre est, en anglais, « François Hollande and France’s labour-market rigidity : the market will rock both ». François Hollande et la rigidité du marché du travail : le marché va chahuter, bousculer les deux.

 

N. D. : Tout à fait. Quand on regarde un petit peu la façon dont se déroulent les élections, dont les marchés perçoivent le problème européen, on se rend compte qu’il y a des chances non négligeables que François Hollande se trouve pris entre deux forces contradictoires : les marchés qui attendent de lui un certain nombre de réformes dites structurelles, qui vont porter sur l’assainissement des comptes publics évidemment, mais aussi des réformes qui sont appelées à rendre l’économie française plus performante. Or, c’est le type de réforme dont très vraisemblablement une partie de l’électorat de François Hollande se méfie, et si vous regardez bien, pour l’instant, François Hollande s’est abstenu de clarifier de façon nette sa position sur ce sujet.
Et pour cause : il sait qu’il sera pris à terme, à un moment, entre la pression de ses électeurs et la pression des marchés. Déjà on a des investisseurs qui s’étonnent du faible détail des candidats dans leurs programmes, les anglo-saxons que je rencontre me demandent souvent : « Où est le programme ? » Je leur dis : « Il n y en a pas ! », et pour cause, c’est un jeu tactique pour l’instant, le programme on le saura une fois l’élection finie. Et en fait on le connaît déjà, il sera imposé par l’appartenance à la zone Euro.

 

La fin du CDI

F.R. : Vous dites non seulement François Hollande ne va pas tenir ses promesses, mais en plus c’est lui qui va devoir flexibiliser le marché du travail, c’est lui qui doit remettre en cause ce que vous appelez « the famous CDI » le fameux CDI, contrat à durée indéterminée.

 

N.D. : C’est lui qui va devoir le faire dans la mesure où c’est lui qui sera élu. En d’autres termes, de toute façon, qui que soit le prochain président de la république française, c’est un travail qu’il va devoir faire, parce que tout simplement il y aura la pression des pairs dans la zone euro, c’est-à-dire de l’Italie, de l’Allemagne, de tous les autres pays. Quand vous regardez bien l’Allemagne au milieu des années 2000 a fait ce genre de réformes, l’Italie, l’Espagne sont obligés de le faire aujourd’hui, la Grèce aussi. Pourquoi la France pourrait-elle s’en dispenser ?

 

F.R. : Quel type de réforme ?

 

N.D. : Quelles réformes ? J’y viens. C’est le package typique de réformes qui a été imposé à la Grèce, qui est demandé aussi à l’Italie, qui est demandé aussi à l’Espagne, et c’est, si vous voulez, si on fait référence aux années 80, c’est ce qu’on appelle l’économie de l’offre, c’est ce qu’avaient fait en leur temps Reagan et Thatcher. L’Europe continentale a estimé qu’elle pouvait ne pas adopter ce modèle, c’est un choix de société, c’est un choix politique. Il se trouve qu’aujourd’hui le modèle traditionnel français, le modèle du CDI que vous mentionnez est en train d’arriver en bout de course. Il est à bout de souffle, quelque part. Et donc ce qu’il faut faire maintenant, c’est tout simplement le genre de réformes qui a été faite en Espagne récemment.

 

F.R. : Vous avez un encadré pour dire, en gros, le Royaume Uni et l’Irlande ont flexibilisé leur marché du travail, et ça a marché. En revanche, en Europe continentale, et notamment en France on a fait de la résistance, et finalement, on obtient des moins bons résultats.

 

N.D. : Oui, tout à fait. En Europe continentale, on a voulu s’épargner l’idée de faire un contrat de travail unique qui soit suffisamment flexible, et tout est dans le « suffisamment », c’est une question de bon dosage de la flexibilité, mais l’important c’est un contrat de travail unique, donc le CDI tel que nous l’avons connu, nous ne le connaîtrons plus normalement, ça c’est clair.

 

F.R. : Alors vous dites, « ça ne s’est pas fait en Europe continentale, alors que ça s’est fait au Royaume-Uni et en Irlande, donc aujourd’hui le moment est venu de flexibiliser le marché du travail en Europe continentale, on le voit en Espagne, on le voit en Italie, on le voit en Grèce… La France ne peut pas être le seul ilot à maintenir une rigidité sur son marché du travail dans une Europe qui flexibilise. »

 

N.D. : L’idée c’est de permettre aux entreprises d’avoir une plus grande flexibilité dans la gestion de leurs ressources humaines, de façon à ajuster au mieux leur personnel, leur force de travail, de façon a être les plus performantes. En d’autres termes, ça revient finalement à réduire substantiellement un certain nombre de garanties dont bénéficient, dont ont bénéficié jusqu’à présent les titulaires de CDI notamment. Et donc à imposer plus de flexibilité aussi sur les travailleurs. C’est là que ça va coincer, c’est là que ce sera problématique, parce que je ne suis pas certain qu’on pourra maintenir le modèle français tel qu’il est. C’est ça le point important. C’est que le conflit d’objectifs que va avoir François Hollande, c’est rester dans la zone euro et satisfaire les demandes de son électorat naturel. Les deux ne sont plus compatibles maintenant, on le voit depuis la crise grecque, il faudra qu’il fasse un choix. C’est pourquoi il est resté très prudent jusqu’à présent dans son expression publique.

 

F.R. : Juste une question qui vient comme ça… Vous vous êtes en CDI ou vous êtes pas en CDI M. Doisy ?

 

N.D. : Je suis en CDI, bien évidemment… Euh voilà… (Rires.)

 

 

L’Eurozone

F.R. : Alors dans votre papier vous écrivez : « C’est regrettable pour François Hollande, mais la nécessité d’une libéralisation du marché du travail est le résultat direct d’une appartenance de la France à la zone euro, aussi ne peut-on avoir l’une sans avoir l’autre. » Donc la seule question est de savoir si François Hollande va ne serait-ce qu’essayer de respecter ses promesses, ou s’il va volontairement revenir dessus aussitôt élu.

 

N.D. : C’est exactement ça, et effectivement je vous remercie de citer ce passage, c’est probablement un des plus importants de la note – en passant la traduction est très bonne – c’est exactement ça, on est au pied du mur, alors beaucoup de français penseraient « c’est la victoire du modèle libéral »… Oui en quelque sorte, mais ensuite effectivement, la France sera au pied du mur, tout au temps que l’Espagne l’est, tout autant que l’Italie, tout autant que la Grèce, tout autant que tous les pays qui n’ont pas fait ce genre de réformes…

 

F.R. : Ce que vous dites dans votre note, c’est, y aura quelqu’un de déçu.

 

N.D. : Oui, le marché ou les électeurs seront déçu.
Quelque part c’est un peu une répétition de 81-83. Pour ceux qui n’étaient pas nés à cette époque on va faire un petit point d’Histoire : en 81, alors qu’on venait d’avoir le choc pétrolier de 73- 74 et puis de 79, la France avait besoin précisément d’être plus flexible, mais François Mitterrand est élu sur un programme on va dire vraiment de gauche, très de gauche, très socialiste keynésien, relance par la consommation, etc. etc. Et tout ça pour qu’au bout de deux ans à peine, trois dévaluation du franc, en mars 83, après avoir perdu les élections municipales, François Mitterrand soit obligé de faire un complet demi-tour, et d’adopter les politiques de Madame Thatcher, de Monsieur Reagan à l’époque… Évidemment pas aussi ambitieuse, mais tout de même.

Qu’est-ce qui s’est passé à cette époque ? Le choix avait été très simple pour François Mitterrand, la question c’était : rester dans la construction européenne, dans le projet européen, ou en sortir. Et après avoir hésité, et apparemment failli quitter le SME, et donc le projet européen, la France a décidé d’y rester. Et donc la traduction de ça, ça a été ce qu’on a appelé la politique d’austérité, qui a duré des années, des années, des années, de désinflation compétitive…

Eh bien là la situation est un peu la même, si la France veut rester dans la zone Euro, il faudra très vraisemblablement qu’elle se plie à un certain nombre de programmes de réformes qui sont maintenant imposés, ou sinon l’idée sera que la France devra quitter la zone euro. Autant en 83 il était peut-être moins compliqué de quitter le projet de construction européenne, autant aujourd’hui ça risque d’être beaucoup plus compliqué. On l’a vu : si l’idée même de la sortie d’un petit pays comme la Grèce a causé une crise comme nous l’avons connue l’an dernier, je vous laisse imaginer pour la France…

 

 

La confiance

F.R. : Dans un premier temps vous dites, en gros, les marchés peuvent avoir confiance en François Hollande, parce que d’abord c’est quelqu’un de pragmatique, c’est un européen de cœur, donc il ne va pas remettre en cause l’appartenance de la France à la zone Euro et ainsi de suite… Et le troisième point : il était conseiller de François Mitterrand lorsque François Mitterrand a négocié le tournant de la rigueur en mars 1983, donc il en a gardé le souvenir de ça, donc il ne va pas commettre la même erreur aujourd’hui.

 

N.D. : Il me semblerait inconcevable qu’un homme de la formation et de l’intelligence de François Hollande qui a vécu l’expérience dont on vient de parler, c’est-à-dire 81-83, ne s’en souvienne pas. En gros l’alzheimer peut pas être aussi précoce que ça, et du moment où il s’en souvient, je ne vois pas comment à partir de là il serait capable de ne pas prendre en compte la réalité du marché telle qu’elle s’imposera à lui. Parce qu’il faut pas l’oublier : le marché s’imposera.
Donc je dis « ne vous inquiétez pas : a priori même si je ne suis pas dans le cerveau de François Hollande, ce que je vois ce qu’il y a tous les éléments nécessaires pour qu’il ait une approche tout à fait pragmatique… »
Et en plus, c’est visible pour ceux qui prennent le temps de scruter, François Hollande n’a pas promis le Grand soir. François Hollande n’a rien promis, parce que dans votre phrase y avait, l’hypothèse la plus optimiste, c’est celle où François Hollande prend ses fonctions et « revient sur ses promesses », mais il n’en a pas fait ! C’est ça mon point : il n’en a pas fait, ou il en a fait si peu que, finalement, de toute façon c’est comme si ça comptait pas. Donc il a gardé les mauvaises nouvelles pour plus tard.

 

Le danger

N.D. : Maintenant il y a un danger qui se présente, c’est la semaine qui vient de s’écouler, en particulier le week-end qui vient de s’écouler : on voit que Mélenchon est vraiment en phase ascendante, on a bien entendu ce week-end, François Hollande qui dit « oui, croyez moi, ça va être du sérieux ma renégociation du traité ». Mais bien sûr, il est bien obligé, parce que avant de gagner le deuxième tour, ceux qui ont connu 2002 savent qu’il faut gagner le premier, donc il est bien obligé de faire quelques concessions verbales à son électorat. Mais là encore je suis pas sûr qu’il ait été très spécifique sur sa renégociation. Et c’est pour ça, j’en reviens à ce point, il n’a pas fait de promesses, parce qu’il sait qu’il va devoir se renier par la suite, donc il essaie d’en promettre le moins possible pour que le retour de bâton soit le moins violent possible.

On voit la montée en puissance de Mélenchon. Ce qu’on se dit tout simplement, c’est que à partir de maintenant, il va bien falloir que Hollande commence à donner quelques gages à sa gauche, et c’est là que ça va devenir un peu plus compliqué pour lui, parce que les marchés vont commencer à comprendre, vous commencer à le sentir, c’est pour ça qu’il est resté très prudent jusqu’à présent dans son expression publique.

 

Tromper le peuple

F.R. : François Hollande dit « je vais demander la renégociation du dernier traité européen », vous, vous écrivez ça :

« François Hollande va avoir à naviguer à travers des forces dans la gauche, notamment à cause du référendum manqué de 2005, et dans cette perspective, vous écrivez, il serait politiquement intelligent que ses pairs de l’eurozone, ses partenaires allemands, belges italiens et ainsi de suite, permettent à François Hollande de prétendre qu’il leur a arraché quelques concessions, même si c’est faux en réalité. La demande de renégociation du traité serait alors utilisée pour tromper le public français, pour rouler – j’ai lu to ‘trick’ : rouler, tromper – pour tromper le public français, en lui faisant accepter des réformes convenables, dont celle du marché du travail. »

 

N.D. : Oui, alors, avant d’entrer dans le fond du sujet je voudrais préciser un point : les gens de marché s’expriment de façon très directe, donc le vocabulaire que j’ai pu choisir dans la citation que vous venez de lire, ça paraîtra peut être excessif a beaucoup de vos auditeurs. Maintenant, c’est vrai que voilà, on ne va pas s’embarrasser de finasserie, on va aller directement au point.
De « rouler » les électeurs français, c’est peut être un mot quand même excessif, l’idée c’est de dire : ce sera une concession en quelque sorte de façade qui aura été faite à François Hollande et au peuple français entre guillemets, de façon à ce que tout le monde constate qu’à la fin des fins, il les faut bien les autres réformes, les fameuses réformes structurelles dont personne ne veut entendre parler.
Le mot rouler les électeurs est peut être un peu fort, je regrette qu’il soit traduit comme ça en français, peu importe, c’est pas très grave, mais à défaut de les rouler, ça va leur permettre de peut-être prendre conscience qu’il y a un certain nombre d’idées qu’ils ont en tête, qui ne peuvent pas marcher, même s’ils en sont convaincus. Ce que je suis en train de dire, c’est qu’il y a un petit théâtre, le script est un peu écrit, si on est malin on s’écartera pas trop du script, et de cette façon là on arrivera peut être à faire passer la pilule de façon un peu plus simple que ça n’avait été le cas au début des années 80.

 

F.R. : Alors je reviens sur cette phrase. Ce que vous dites c’est, admettons, y a un sommet à Bruxelles, François Hollande demande une partie sur la croissance, les autres européens ils vont faire comme si « bon ben d’accord, on t’accorde ça », il rentre ici en France en disant « regardez ce que j’ai obtenu », et du coup il peut dire derrière « eh ben, en échange nous on va libéraliser notre marché du travail ».

 

N.D. : Vous avez parfaitement compris le sens de mon propos, c’est exactement ça. C’est une petite mise en scène, c’est un petit théâtre, alors faut pas avoir l’impression que je fais de la théorie du complot et qu’on manipule tout le monde, et c’est juste que vous avez un électorat qui a un certain nombre d’idées préconçues. Elles sont fausses peut être, n’empêche que c’est les idées que l’électorat porte, et là y a de la pédagogie à faire.

 

F.R. : C’est déjà un peu ce qu’il s’est passé en 1997 : en 1997, Lionel Jospin est élu avec la gauche plurielle en disant ce pacte de stabilité je n’en veux pas, donc il va à Amsterdam, on lui fait rajouter Pacte de stabilité et de croissance, et il revient en disant « regardez y a le mot croissance dans le titre ».

 

N.D. : Vous avez tout compris. C’est pas l’exemple que j’avais en tête quand j’ai écrit la note, mais oui vous avez raison, c’est exactement ça. J’avais pas en tête l’exemple, mais vous avez entièrement raison, c’est exactement ça. C’est…
Alors certains pourraient considérer que c’est une manipulation, moi je pense pas que ce soit une manipulation, c’est juste une façon d’arrondir les angles, on va dire, voilà.

 

 

La formule

F.R. : Vous concluez sur les deux mesures nécessaires. C’est :
1) couper dans les dépenses publiques
2) libéraliser le marché du travail ; et vous dites le vrai défi pour François Hollande est de trouver la formule politique pour le vendre au public français.

 

N.D. : Bien entendu, il faut trouver la formule pour vendre ça au peuple français. Je suis pas le conseiller de François Hollande, c’est pas mon rôle de définir le message qu’il doit porter. Mais je voudrais quand même citer un exemple historique, c’est celui de la Pologne qui quitte le communisme et qui fait sa transition vers l’économie de marché au début des années 90. La Pologne est connue pour avoir subie ce qu’on appelait la thérapie choc, c’est-à-dire que eux ils se sont pas embarrassés de beaucoup de précautions, ils y sont allés franco d’un seul coup dès le début. Ils ont fait la totale des réformes quasiment en un an ou deux. Ça a été extrêmement douloureux pour la population polonaise, mais ce qu’il faut savoir c’est que la Pologne est le pays qui s’en est sorti le mieux, le plus vite, quand on le compare à ses pairs.

Le sujet n’est pas là, le sujet c’est comment cela est il possible ? Pas seulement parce qu’il y avait la détestation des communistes, mais parce qu’il y avait aussi un gouvernement où il y avait un ministre des affaires sociales et du travail qui allait régulièrement à la télévision expliquer à la population pourquoi on fait ces réformes, que certes c’est douloureux, certes ça fait mal aujourd’hui, mais les bénéfices viendront plus tard. Que si on ne fait pas ce genre de travail aujourd’hui, demain ce sera encore pire qu’aujourd’hui, et ainsi de suite. C’est un effort de pédagogie.
Regardez maintenant Monti. Mario Monti aux affaires en Italie, c’est quand même assez frappant. C’est un homme qui fait les réformes les plus impopulaires que le peuple italien pouvait imaginer, et qui se trouve être le Premier ministre le plus populaire de l’après guerre ou presque. Donc y a vraiment un sujet sur la communication avec l’électorat, le peuple, et une façon de faire passer les messages. Ça, moi j’ai envie de dire, c’est ce pourquoi les hommes politiques sont payés, c’est leur métier, j’espère juste que François Hollande trouvera la bonne formule.

 

L’angoisse

F.R. : Si je fais un récapitulatif, je me suis amusé à faire des cas à partir de votre document :
Le cas n°1, c’est François Hollande est conciliant et il revient de lui même sur ses maigres promesses de campagne et il libère le marché du travail et en finit avec le CDI comme norme de travail.
Cas n°2, il lui faut une petite pression de ses partenaires européens, une petite concession qui lui sert de prétexte, et derrière il libéralise le marché du travail.
Cas n°3, il refuse de se plier à ce programme, à cette injonction, et alors les marchés vont le punir, le rappeler sérieusement à l’ordre.

 

N.D. : Oui.

 

F.R. : Donc là, jusque-là dans les trois cas, quand vous dites, « soit les électeurs, soit les marchés seront déçus », dans les trois cas c’est toujours les électeurs qui seront déçus et les marchés qui gagnent ?

 

N.D. : Oui oui. Eh bien regardez la Grèce, regardez l’Espagne, regardez l’Italie, regardez tout ce qui se passe en Europe depuis 2010, on a bien vu que de toute façon, à la fin, c’est le marché qui l’emporte. Je ne vais pas encore dire que le marché a nécessairement raison au sens moral du terme, en tout cas il aura raison factuellement puisqu’il s’imposera, c’est clair. Donc, c’est de ce point de vue-là que je le dis, oui en effet. Vous avez raison, les électeurs risquent d’être plus perdants que les marchés.

 

F.R. : Je propose un quatrième cas, l’irruption du peuple sur la scène de l’Histoire.

 

N.D. : La prise de la Bastille numéro 2.

 

F.R. : Hier, à Paris, y avait, bon, on va pas chipoter, 80 000, 90 000, 100 000, 120 000 manifestants à l’appel du Front de gauche. Si, comme en 1936, on avait une élection qui s’était suivie de mouvements de masse, de manifestations, de grèves…

 

N.D. : Qu’est-ce qui se passerait en Europe ? Ben là je crois que c’est le gros coup d’angoisse, parce que si, quand les grecs manifestent, on a déjà une Europe qui se sent sur le point d’exploser, je vous laisse imaginer pour la France.
C’est bien pour ça que je passe mon temps à répéter dans cette note que j’espère bien que François Hollande se souvenant de ses années de formation en 81-83 auprès de François Mitterrand évitera précisément de laisser se développer ce genre de scénario à nouveau, ou en d’autres termes trouvera la formule politique qui lui permet de vendre les réformes à la population française d’une façon qui soit acceptable…

 

À la revoyure…

F.R. : Je vous propose quelque chose pour terminer : qu’on se retrouve dans six mois, par exemple, à l’automne, et on fait le point pour voir où on en est dans votre scénario.

 

N.D. : Lequel des trois...

 

F.R. : Voilà, lequel des trois advient ?, où est ce qu’on en est ?, est-ce qu’effectivement y a eu des négociations ?, on a rajouté croissance dans le titre à la fin ?, vous voyez, ce genre de choses là.

 

N.D. : Eh pourquoi pas, avec plaisir, on a une conférence je crois à Paris au mois de septembre, je vous recevrai à ce moment là avec plaisir.

 

 

Source : http://www.fakirpresse.info

 

Un sujet de François Ruffin, réalisé par Olivier Azam - Les Mutins de Pangée avec Fakir et la-bas.org / Avril 2012 -. Pour donner suite voir lesmutins.org

 

 

Source : https://vimeo.com/40577072

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 17:17

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

 

Déluge de bombes sur le code du travail

par Martine Bulard, 19 février 2016
 
 
 
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« Miners going into the slope », Hazelton, Pennsylvania, 1906
 

Le patronat et Nicolas Sarkozy en rêvaient, MM. François Hollande et Manuel Valls l’ont fait : si, par hypothèse funeste, le projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » (sic) devait voir le jour, le code du travail ressortirait en miettes. (Le texte complet peut être téléchargé par exemple sur le site de l’Ugict-CGT). « L’objectif, précise la ministre du travail Myriam El Khomri dans un entretien aux Echos (18 février 2016), est de s’adapter aux besoins des entreprises ». On s’en doutait un peu — encore qu’il s’agisse d’une étrange vision des entreprises, réduites à leurs seules sphères dirigeantes.

Bien sûr, il ne s’agit que d’un projet et tout peut encore bouger. Le pouvoir excelle dans les manœuvres consistant à laisser fuiter les dispositions les plus folles pour ensuite accréditer l’idée que le pire a été évité. Ainsi il a laissé courir le bruit que les heures supplémentaires ne seraient plus rémunérées pour finalement décider un plancher obligatoire de 10 %. Tout le monde crie victoire alors que jusqu’à présent la norme était de 25 %, sauf quelques exceptions !

Roi de l’entourloupe, le président de la République assure ne pas toucher aux fondamentaux : contrat de travail à durée indéterminée qui reste la règle et la semaine de 35 heures qui demeure la norme légale. Mais il transforme ces deux principes en coquilles vides. Si les mots restent, la protection des salariés disparaît et avec elle l’égalité de traitement des citoyens devant la loi.

Jusqu’à présent, le principe fondamental du droit du travail donnait la priorité aux lois édictées par les élus de la République à moins qu’un accord à un niveau inférieur (branche, entreprise) se révèle plus favorable au salarié. Désormais, un accord dans une entreprise prévaut sur la loi, même s’il est défavorable à ce dernier. Singulière conception de l’« égalité réelle » ! Cette disposition fondamentale permettra au prochain président de la République d’amputer ce qui restera (encore) des droits des travailleurs.

Quant au fameux contrat de travail à durée indéterminée (CDI) maintenu dans la loi, il pourra être rompu à tout moment en cas « de réorganisation de l’entreprise » ou de « conquête de marché ». Au delà de ces situations somme toute très fréquentes, la direction n’aura même plus à se justifier : il lui suffira de payer trois mois de salaire pour les employés embauchés depuis moins de deux ans, six pour les moins de cinq ans, etc. La notion même de licenciement abusif disparaît de fait. Le patron qui paye peut se séparer de son salarié sans risque de pénalité supplémentaire.

Même tour de passe-passe pour les 35 heures. Entre les dérogations, un décompte du temps de travail et le paiement au rabais des heures supplémentaires, la réforme Aubry va passer aux oubliettes…

Après une lecture rapide des 131 pages de ce nouveau code du travail, on peut retenir les dispositions concernant la durée du travail, la réforme des prud’hommes (le prochain numéro du Monde diplomatique, en kiosques le 2 mars, y consacrera un article), l’élargissement du droit de licencier et de réduire autoritairement les salaires, le moindre paiement des heures supplémentaires, etc.

 

Le patron décide de la durée du travail

Ce nouveau code reprend les principes édictés par M. Robert Badinter, qui a fait sienne la formule la plus libérale que l’on puisse imaginer, dès l’article 1 : « Les libertés et droits fondamentaux de la personne sont garantis dans toute relation de travail. Des limitations ne peuvent leur être apportées que si elles sont justifiées (…) par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise. » Lesquelles sont définies par les actionnaires et les directions d’entreprise. Tout en découle.

La journée de travail de 10 heures, qui était jusqu’à présent l’exception, pourra se généraliser en « période d’activité accrue » ou « pour des motifs liés à l’organisation de l’entreprise ». Elle pourra même s’élever à 12 heures. Jusqu’alors, les dérogations exigeaient une autorisation administrative. Désormais, il suffira d’un accord d’entreprise — dont le recours sera facilité (lire plus loin).

Même principe pour la durée hebdomadaire, laquelle pourra grimper jusqu’à 46 heures en moyenne pendant 16 semaines par an (au lieu de 12 aujourd’hui) et même atteindre 48 heures « en cas de surcroît d’activité », sans autre précision. Un simple accord d’entreprise suffira. Le gouvernement ne renonce pas au plafond des 60 heures réclamé par les entreprises mais il l’encadre quand même d’une autorisation de l’inspection du travail.

Instauré lors de la loi Aubry sur la réduction du temps de travail (RTT), le forfait-jours, qui permet de s’émanciper de la durée légale quotidienne, était réservé aux grandes entreprises et principalement aux cadres (50 % d’entre eux). Le système sera étendu aux entreprises de moins de 50 salariés (sans distinction de fonction). Les charges de travail au quotidien pourront franchir toutes les barrières car, dans la pratique, elles ne seront plus contrôlables.

D’autant que les 11 heures de repos quotidiennes consécutives obligatoire sautent. Elles pourront être « fractionnées » !

De plus, « le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d’exécution du contrat de travail n’est pas un temps de travail effectif », sauf s’il dépasse le « temps normal ». On appréciera la précision de la formule.

 

Sécuriser les licenciements

Grâce à M. Nicolas Sarkozy, il y avait déjà la « rupture conventionnelle » (2 millions depuis sa création en juin 2008), faux nez qui cache souvent un moyen de pression patronale pour se séparer d’un salarié. Grâce à quelques syndicats, comme la CFDT et la CGC, qui avaient signé l’accord national interprofessionnel (ANI), et à M. Hollande, qui a concocté la loi dite de « sécurisation de l’emploi », le patronat pouvait réduire les salaires, augmenter le temps de travail et bien sûr licencier « en cas de difficultés économiques », dont l’interprétation était laissée aux juges. Le texte désormais les définit : une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires « pendant plusieurs trimestres consécutifs » (cela peut donc être deux trimestres), des « pertes d’exploitation pendant plusieurs mois ou une importante dégradation de la trésorerie ». Et ce, « au niveau de l’entreprise » (et non du groupe). Il suffit pour les grosses sociétés de présenter les comptes de leur filiale en déficit (un jeu d’enfant) pour que tout soit possible. Exit le droit au reclassement des salariés licenciés.

 

En fait le patronat a obtenu ce qu’il réclamait depuis la nuit des temps : le droit de licencier sans entrave.

A ces causes dites défensives de licenciements, s’ajoute la possibilité de jeter les salariés dehors en cas « de mutations technologiques » ou de simple « réorganisation de l’entreprise ». Le travailleur qui refuse une mutation à l’autre bout de la France ou une baisse de salaire, ou encore une augmentation du temps de travail sans augmentation de salaire, sera tout simplement licencié (auparavant, il avait droit au statut de licencié économique) ; il garde ses droits au chômage mais perd celui du reclassement.

En fait le patronat a obtenu ce qu’il réclamait depuis la nuit des temps : le droit de licencier sans entrave.

 

Ligoter les prud’hommes

Le patron pourra même licencier « sans cause réelle et sérieuse », il lui suffira de payer une indemnité forfaitaire fixée à l’avance, quel que soit le dommage subi par le travailleur. Celle-ci est d’emblée fixée à 3 mois de salaire pour 2 ans d’ancienneté, 6 mois entre 2 et 4 ans, 9 mois entre 5 et 9 ans, 12 mois de 10 à 20 ans, 15 mois pour les plus de 20 ans. Ainsi, un salarié jugé plus assez productif ou trop ouvertement revendicatif peut être jeté sur le carreau à n’importe quel moment.

 

Travailler plus pour gagner moins

Les heures supplémentaires pourront être majorées de 10 % — et non plus 25 % de plus pour les huit premières heures, 50 % au-delà. Il suffit d’un accord d’entreprise. Pour un salarié payé au Smic, l’employeur devra débourser moins de 1 euro par heure supplémentaire (0,96 euro contre 2,4 euros en vertu de la loi précédente). Une broutille qui le poussera à y recourir au lieu d’embaucher. Quant aux salariés, ils verront leur pouvoir d’achat baisser.

 

L’entreprise au-dessus de la loi

C’est sans doute le changement le plus important. Malgré les déclarations tonitruantes à la gloire de la République et de ses principes, la loi passe au second plan même quand elle protège mieux les salariés. C’est l’accord d’entreprise qui prime. La loi Macron (lire « Le choix du toujours moins », Le Monde diplomatique, avril 2015) avait déjà introduit cette disposition, mais elle restait exceptionnelle. Elle deviendra la règle.

Certes, cet accord devra être majoritaire, c’est-à-dire signé par des syndicats représentant plus de la moitié des salariés lors des élections professionnelles. Mais si ce n’est pas le cas, les syndicats minoritaires (au moins 30 % des voix) pourront recourir au referendum auprès des salariés. Et le pouvoir de vanter cette démocratie directe en jouant le petit peuple des travailleurs contre les élus syndicaux, forcément bornés.

Bien entendu, la consultation des travailleurs n’est pas en soi condamnable. Mais la question posée n’est pas définie collectivement, loin s’en faut. Si des syndicats minoritaires peuvent impulser la consultation, son contenu demeure entre les mains du patronat et prend souvent l’allure d’un chantage où les salariés ont le choix entre Charybde et Scylla : soit accepter de travailler plus et/ou gagner moins, soit perdre leur emploi… Chez Bosch, à Vénissieux, les salariés avaient accepté en 2004 de travailler 36 heures payées 35 et de renoncer à une partie des majorations pour travail de nuit ; leurs sacrifices n’ont servi qu’à rendre la société plus présentable : leur usine a été vendue en 2010, et plus de 100 emplois ont disparu. Même scénario chez General Motors à Strasbourg, Continental à Clairoix, Dunlop à Amiens…

Les commentateurs vantent souvent les référendums chez Smart, où 56 % des salariés ont répondu favorablement à la hausse du temps de travail (pour la même rémunération) réclamée par l’actionnaire au nom de la défense de l’investissement et de la non-délocalisation. Mais ils oublient de préciser que si 74 % des 385 cadres consultés ont approuvé l’accord, seuls 39 % des 367 ouvriers les ont imités, car ce sont eux qui ont les charges de travail les plus éprouvantes. Faut-il rappeler qu’un cadre vit six ans de plus qu’un ouvrier ? Avec la nouvelle loi, les ouvriers se verront imposer l’intensification de leurs tâches.

D’une entreprise à l’autre, les salariés ayant une même qualification auront des droits fort différents. On pourrait même imaginer des travailleurs aux statuts totalement divergents sur un chantier avec plusieurs sous-traitants. En fait, comme l’explique fort bien le spécialiste du travail Pascal Lokiec, « cela conduit potentiellement au dumping social et complexifie la situation du salarié qui changera de droit applicable en même temps qu’il changera d’entreprise (1) ». Quant à l’emploi, il restera à quai ou encore plus sûrement plongera. Comme le montrent toutes les études, ce n’est pas la prétendue « rigidité » du code du travail qui fait le chômage, mais le manque de débouchés.

 

Les élus socialistes aux ordres

Tout comme il oppose les travailleurs aux syndicats, les juges aux technocrates (qui seraient les mieux à même de fixer les pénalités patronale aux prud’hommes ou de définir les licenciements économiques), M. Hollande cherche à opposer les élus parlementaires au peuple français. Assuré avec ces orientations ultralibérales de ne pas bénéficier des voix des députés du Front de gauche et d’une partie des Verts pour faire passer sa loi, le chef de l’Etat réclame des élus socialistes qu’ils s’inclinent (même avec des états d’âme). Il menace donc d’employer la force du 49-3 — une disposition constitutionnelle qu’il qualifiait autrefois (avec lucidité) de « brutalité » et de « déni de démocratie ». La boucle est bouclée.

Martine Bulard

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(1) Cité par Mathilde Goanec, « La future loi El Khomri achève définitivement les 35 heures », Mediapart, 18 février 2016.

 

 

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

 

Commentaire d'un Indigné Nîmois ; On peut discuter de qui nous parle (ici Martine Brulard du Parti de Gauche). On peut discuter sans fin sur le travail, le salariat et tutti quanti. Il reste que tout compte fait le salariat a été jugé plus rentable que l'esclavage tant que les dits salariés n'ont pas pu s'organiser (ou fuir) pour survivre dans le monde librement brutal du capitalisme. Un travailleur "libre" ne coûte presque rien, moins qu'un esclave, juste le coût de sa reproduction en tant que "force de travail", et il ne coûte que quand il travaille, le reste est gratuit...à la charge du travailleur ou de la collectivité, ce qui au bout du compte revient presque au même...

Les restrictions légales (les acquis sociaux) à "pire que l'esclavage" sautent définitivement sous nos yeux, c'est bien ce que dit l'article. Le reste (sécu, chômage, retraite...) reposant toujours en grande partie sur le salariat ne tiendra pas bien longtemps après qu'il ait été réduit au minimum vital (400 g de pain par jour environ...). Et donc même ceux qui ne sont pas salariés vont aussi sérieusement morfler, aussi sûr que 2+2=4.

Pas grave? On en mourra certes pas, les gens vivent tout de même au "Bangladesh"...il faut imaginer le "bengali" heureux...
Moderne? Oui "moderne", mais...au tout début du 19° siècle, voire un peu avant (cela pour "Mr Valls", homme de "gauche moderne", qui ne peut pas "changer de logiciel" puisqu'il en est encore à compter au boulier...).

De nos jours, laisser passer cela sans réagir ressemble bien à un suicide collectif. Ce bas monde est-il si pourri qu'on a plus qu'une envie c'est de le quitter pour toujours? Cela semble...

Signé: Grenouille Cuite.

Hugh et...Biz.

 

 

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 16:57

 

Source : https://www.fidh.org/fr

 

 

[Avis CNCDH] Les dérives de l’état d’urgence ou le recul injustifiable de l’Etat de droit

19/02/2016
Communiqué
 
 
 

 

Avis sur le suivi de l’état d’urgence - Communiqué de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH)

 

Au lendemain du vote par le Parlement de la prorogation de l’état d’urgence, c’est un constat sévère que dresse la Commission nationale consultative des droits de l’homme sur la mise en œuvre de l’état d’urgence.

 

Abus, dérives, débordements, détournements

Saisie le 9 décembre 2015, par le président et le vice-président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, la CNCDH, institution nationale de promotion et protection des droits de l’homme, accréditée par les Nations unies, participe au contrôle de l’état d’urgence déclenché au lendemain des attentats de novembre 2015.
Abus, dérives, débordements, détournements

3284 perquisitions administratives, 392 assignations à résidence, une dizaine de fermetures de lieux de cultes, moins d’une dizaine d’interdictions de manifester : les chiffres du ministère de l’Intérieur posent le cadre.

Les résultats ?

29 infractions en lien avec le terrorisme ont été constatées. Ces infractions se ventilent de la façon suivante : 23 délits d’apologie d’actes de terrorisme et seulement 6 saisines du Parquet antiterroriste.

La réalité des mesures de l’état d’urgence, c’est aussi :

- des perquisitions menées de nuit, sans prendre en compte la présence au domicile de personnes vulnérables (dont de nombreux enfants terrorisés),
- des comportements policiers peu adaptés (menottage abusif, mise en joue avec arme),
- de nombreux dégâts matériels ou encore l’absence de remise systématique de l’ordre et du récépissé de perquisition,
- des assignations à résidence par nature attentatoires à la liberté d’aller et de venir et à bien d’autres droits. Du fait des pointages imposés, la vie familiale et professionnelle ne peut qu’en être lourdement désorganisée
- des détournements de l’état d’urgence, sans lien avec la lutte contre le terrorisme, pour entraver des manifestations d’écologistes, de syndicalistes, et pour lutter contre l’immigration clandestine ;des mesures qui pour l’essentiel sont de nature à stigmatiser une population et une appartenance religieuse.

 

Le contrôle de l’état d’urgence : les déséquilibres démocratiques et les initiatives citoyennes

Décidées par la seule autorité administrative (ministre de l’Intérieur, préfets), les mesures de l’état d’urgence échappent totalement au contrôle a priori du juge judicaire. En outre, s’agissant du juge administratif, si les conditions d’un contrôle a posteriori se sont progressivement mises en place, leur efficacité est trop souvent entravée par la pauvreté des pièces (notes blanches) soumises au contrôle du juge.

Dans ce contexte, la CNCDH salue l’engagement résolu des journalistes, des associations et des citoyens qui, dans le quotidien de leur vie, se sont efforcés de recenser les abus et de les combattre.

Christine Lazerges, présidente de la CNCDH, rappelle que « l’état d’urgence est un état d’exception qui doit demeurer circonscrit dans le temps, encadré et contrôlé strictement. La sortie de l’état d’urgence est une décision politique difficile, mais impérative. Le tribut que l’état d’urgence fait subir à la Nation et à ses citoyens est trop lourd, le respect de l’état de droit est un horizon non négociable

 

 

 

Agir

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 20:20

  

Source : http://reporterre.net

 

 

Les additifs du Roundup sont plus dangereux que sa substance active

2 mars 2016

 

Les co-formulants du pesticides Roundup sont plus dangereux que la matière active elle-même, le glyphosate. C’est ce que montre une étude publiée le 26 février 2016 dans le International Journal of Environmental Research and Public Health. Elle a été réalisée par une équipe de chercheurs de l’université de Caen, de l’Institut de recherche agro-environnementale de Budapest, et du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique). Parmi eux, notamment le professeur spécialiste des OGM (souvent associés au Round up) Gilles-Eric Séralini.

Les chercheurs ont testé les co-formulants, c’est-à-dire les ingrédients ajoutés au pesticide glyphosate pour obtenir le désherbant ensuite commercialisé sous le nom de Round up. Les scientifiques ont mis ces substances en contact avec de l’aromatase, une enzyme nécessaire au bon fonctionnement des hormones sexuelles. Résultat : « L’activité de l’aromatase fut significativement diminuée à la fois par les co-formulants seuls et par les formulations, à partir de doses 800 fois inférieures à la dose agricole, tandis que le glyphosate seul ne montrait un tel effet qu’au tiers de cette même dose agricole », observent-ils.

Les effets nocifs de ce pesticide ne seraient donc pas dû uniquement au glyphosate, mais également à ses co-formulants. Cette étude est publiée en plein débat sur la méthode d’homologation des herbicides à base de glyphosate : en France et en Union Européenne, les agences de santé n’ont évalué que la dangerosité de la substance active, sans prendre en compte les autres substances présentes dans le pesticide au final sur le marché. En revanche, le Centre International de recherche sur le cancer avait lui déclaré le glyphosate « cancérogène probable », après l’avoir testé avec ses co-formulants.

- Source : Criigen


Lire aussi : Le glyphosate reconnu comme « probablement cancérigène » par l’OMS

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

                                                                          **************************

 

Source : http://criigen.org

 

 

Les co-formulants des herbicides à base de glyphosate sont des perturbateurs endocriniens !

Lundi 29 Février 2016

 

 

 

/user/image/communiquePicture_586589.pngLe processus d’homologation des herbicides à base de glyphosate est actuellement débattu car leurs formulations commerciales contiennent des co-formulants qui s’avèrent plus toxiques que le glyphosate seul. Nous avons mesuré les effets de perturbateurs endocriniens des co-formulants de six herbicides à base de glyphosate. Pour cela, nous avons mesuré l’activité  de l’aromatase, une enzyme clé pour l’équilibre des hormones sexuelles, dans des cellules placentaires humaines, en utilisant une méthode validée par l’OCDE pour évaluer les perturbateurs endocriniens. L’activité de l’aromatase fut significativement diminuée à la fois par les co-formulants seuls et par les formulations, à partir de doses 800 fois inférieures à la dose agricole, tandis que le glyphosate seul ne montrait un tel effet qu’au tiers de cette même dose agricole. Ce nouvel article, publié dans International Journal of Environmental Research and Public Health, constitue la première démonstration que les effets perturbateurs endocriniens des herbicides à base de glyphosate ne sont pas seulement attribuables au glyphosate, l’ingrédient actif déclaré, mais surtout aux co-formulants.


Ces travaux remettent en cause la définition de la dose journalière admissible (ou DJA), car son calcul repose sur des tests de toxicité du seul ingrédient actif déclaré. Or, le glyphosate n’est jamais utilisé seul, mais avec ses co-formulants. Dès lors, il est crucial que la DJA des pesticides soit déterminée à partir de tests de toxicité réalisés avec les formulations commerciales.

Publié dans International Journal of Environmental Research and Public Health:

Co-Formulants in Glyphosate-Based Herbicides Disrupt Aromatase Activity in Human Cells below Toxic Levels (2016) DOI:10.3390/ijerph13030264


Les auteurs : Nicolas Defarge, Eszter Takács, Verónica Laura Lozano, Robin Mesnage, Joël Spiroux de Vendômois, Gilles-Eric Séralini and András Székács

 

 

 

Source : http://criigen.org

 

 

 

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 20:12

 

Source : http://reporterre.net

 

 

La folle stratégie d’EDF pour faire échouer la transition énergétique

1er mars 2016 / Benjamin Dessus
 

 

 

 

La production d’électricité baisse, les coûts d’entretien explosent, la loi sur la transition énergétique impose des objectifs de réduction de la consommation… Mais EDF poursuit comme si de rien n’était sa stratégie ruineuse, analyse l’auteur. Au bout du chemin, la faillite et l’échec de la transition énergétique.

Benjamin Dessus est un ingénieur et économiste français né en 1939. Il est actuellement président de l’association Global Chance.



En déclarant, le 16 février dernier, qu’« il n’y a pas de fermeture prévue de centrales dans les dix ans à venir » [1], Jean-Bernard Lévy, le président d’EDF, a annoncé la couleur : il n’est pas question que son entreprise se plie à la loi sur la transition énergétique, qui impose « 50 % maximum de la production nucléaire dans la consommation d’électricité intérieure de la France en 2025 ». EDF veut continuer à exploiter l’ensemble de son parc, qui produit 75 % de l’électricité nationale, en prolonger la durée de fonctionnement de 10 ou 20 ans, et assurer la relève avec des EPR. À nous, consommateurs, de rendre compatible cette décision de l’électricien avec la loi de transition énergétique en accroissant de 50 % notre consommation d’ici à 2025 pour faire mathématiquement baisser le ratio. M. Lévy ajoute, néanmoins, que tout cela va coûter cher : il faudrait que l’État se décide à garantir à EDF un prix du nucléaire sur 30 ou 40 ans et un relèvement des tarifs aux particuliers…

Le nucléaire, et donc EDF, est aujourd’hui dans une situation difficile. La production mondiale d’électricité nucléaire a chuté depuis 2011 de 12 %. Les nouvelles capacités se substituent à des réacteurs arrivés en fin de vie et l’accident de Fukushima a eu des conséquences importantes sur la production nucléaire en Allemagne et au Japon. Les experts indépendants qui, dès 2005, avaient tenté de mettre en garde sur l’irréalité d’une reprise du marché [2] n’ont jamais été entendus. Et c’est donc à un marché atone – qui contraste avec celui de l’électricité d’origine renouvelable en très rapide expansion – que se trouve aujourd’hui confronté notre « champion » national.

 

Le dérapage des coûts des chantiers EPR

Le contexte lui est fort défavorable. La consommation d’électricité stagne depuis plusieurs années et sa croissance en Europe d’ici à 2020 se situera, selon RTE (Réseau de transport d’électricité, une filiale d’EDF), entre + 0,7 % et ‐ 2 % par an et, en France, de + ou‐ 0,16 % par an, malgré les nouveaux usages de l’électricité régulièrement invoqués pour justifier un retour à la hausse [3] ; la loi de transition énergétique impose une division par deux de la consommation d’énergie en 2050 et l’on a du mal à imaginer qu’elle concernerait tous les produits énergétiques sauf l’électricité ; l’Allemagne se désengage du nucléaire, le Royaume Uni se contente d’en maintenir sa production en commençant à remplacer vers 2025 ses plus vieux réacteurs par deux EPR, et même la France a décidé de limiter la puissance de son parc à sa valeur actuelle. S’ajoutent à tout cela la chute récente des prix du charbon qui produit de l’électricité sur un marché européen saturé et la montée en puissance des renouvelables, qui font chuter les prix de gros.

 

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Évolution de la consommation d’électricité en France depuis 2006, en TWh.

 

Ce contexte d’atonie de la demande d’électricité ne date pas d’hier mais les dirigeants d’EDF, comme les gouvernements successifs, n’ont pas voulu en prendre conscience, tant le dogme de l’augmentation inéluctable de la consommation d’électricité et de la supériorité française dans le domaine nucléaire s’est révélé prégnant.

Au début des années 2000, convaincue qu’un vaste marché international ne pouvait manquer de s’ouvrir à court et à moyen terme, Areva a proposé un EPR clés en main à la Finlande, livrable en 2009. EDF a suivi en 2006 avec la construction d’un EPR à Flamanville. Mais les deux chantiers ont dérapé inexorablement, les coûts s’envolant d’un facteur 3 à 4. Aujourd’hui, aucun des deux EPR n’est encore en marche et des incertitudes majeures demeurent à la fois sur le coût, la date, voire la possibilité de leur mise en route [4].

Pendant ce temps, EDF, en pleine campagne d’acquisitions de sociétés à l’international, et qui a fait le pari qu’elle disposerait de réacteurs type EPR bon marché vers 2020, a négligé la maintenance des réacteurs de son parc : l’investissement de maintenance est resté inférieur à un milliard d’euros par an jusqu’en 2007. Le taux de disponibilité du parc est donc tombé de 84 % en 2005 à moins de 78 % en 2009. EDF a alors pris conscience de la nécessité d’investir environ quatre milliards d’euros par an pour maintenir la productivité et le niveau de sûreté de son parc vieillissant.

 

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Évolution des investissements de maintenance du parc nucléaire français, en millions d’euros.
 

Mais, en mars 2011, l’accident majeur de Fukushima est venu rebattre les cartes. De nouvelles mesures de sûreté exigées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont grevé le budget d’investissement initialement prévu. L’opération « grand carénage », prévue par EDF d’ici 2025, doit répondre à cette double exigence de sûreté et de cure de jouvence du parc. Estimée initialement à 55 milliards d’euros d’ici à 2025, la facture s’élèverait, selon la Cour des comptes [5], à 100 milliards d’euros d’ici à 2030. Mais elle permettrait peut-être, espère EDF, de prolonger la durée de vie des réacteurs de 10 ou 20 ans, et de mieux amortir ce très gros investissement, d’ampleur comparable à celui du parc actuel (96 milliards d’euros [6]). À condition que les solutions envisagées soient validées par l’ASN, réacteur par réacteur, ce qui n’est pas acquis.

Si tout va bien, le coût de production du mégawatt-heure (MWh) du parc rénové, autour de 65 €/Mwh [7], bien que largement supérieur au coût actuel du parc amorti, resterait très compétitif vis à vis de celui de l’EPR.

 

Une stratégie en contradiction avec deux points majeurs de la loi de transition énergétique

C’est la raison pour laquelle EDF tente cette opération délicate et risquée de prolongation des réacteurs. Délicate parce que l’incertitude pèse sur les conditions de prolongation du fonctionnement de chacun des réacteurs, risquée parce que les opérations de jouvence excluent des matériels comme la cuve et l’enceinte de confinement, des éléments essentiels de sûreté des installations qui ne sont pas remplaçables.

 

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Jean-Bernard Lévy, le président d’EDF.

 

Cela représente un mur d’investissement nucléaire pour l’entreprise, auquel s’ajoutent une bonne quinzaine de milliards d’euros [8] à débourser pour construire les deux EPR que propose EDF au Royaume-Uni à Hinkley Point contre le rachat de l’électricité produite à 120 €/MWh pendant 35 ans et le rachat de la section réacteurs d’Areva (deux milliards d’euros). Sans compter le démantèlement des réacteurs et le stockage des déchets, dont les coûts prévisionnels ne cessent d’augmenter, ni le casse-tête de l’embauche et de la formation des 110.000 techniciens nécessaires avant 2020 [9].

À plus long terme, EDF parie sur la réalisation d’un EPR compétitif pour commencer à remplacer les premiers réacteurs âgés de 50 ans en 2028 [10]. Mais il faudrait réduire le coût d’investissement d’un facteur au moins 2 à 2,5 par rapport aux EPR de Flamanville et d’Hinkley Point pour produire de l’électricité autour de 60 €/MWh. Pari majeur puisque l’expérience historique montre que le gain entre les têtes de série et la série n’a jamais dépassé 18 %.

 

 

Problème, cette stratégie est en contradiction avec deux points majeurs de la loi sur la transition énergétique : la division par deux de la consommation finale d’énergie en 2050 (et donc une diminution de l’ordre de 15 % en 2025), et la limitation à 50 % du nucléaire dans la consommation électrique française en 2025 [11].

Quels que soient les efforts de pénétration de l’électricité dans de nouvelles applications, personne (à part EDF ?) n’imagine en effet une augmentation ; on prévoit plutôt une stagnation, voire une décroissance de la consommation d’électricité en France en 2025.

 

Réduire le facteur de charge du parc nucléaire 

Il n’est pas vraisemblable non plus de multiplier par deux les exportations d’électricité actuelles (91 TWh en 2015), à la fois pour des raisons techniques (la capacité des lignes électriques transfrontalières) mais aussi économiques : la surcapacité de la plupart des pays européens retentit sur les prix de l’électricité hors pointe, qui s’effondrent.

Dernière solution, réduire le facteur de charge du parc nucléaire de 80 à 60 %, sauf que cette réduction provoquerait une augmentation du coût moyen de production de 25 % (de 65 € à plus de 80 €/MWh).

Seul l’arrêt de 15 à 25 tranches nucléaires du parc permettrait de respecter la règle des 50 %. Cette stratégie permettrait des économies d’investissement de maintenance de 25 à 35 milliards d’euros [12]. Par contre, elle rapprocherait d’une dizaine d’années les échéances du démantèlement problématique des centrales [13]. Elle poserait aussi évidemment à EDF des problèmes de réallocation d’emplois pour 8.000 à 12.000 travailleurs qu’il faudra former et affecter à d’autres tâches dans les 10 ans qui viennent.

 

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La centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir-et-Cher.
 

En fait, EDF et le gouvernement affrontent trois objectifs contradictoires :

- faire croître rapidement la proportion d’électricité renouvelable dans la consommation d’électricité à 23 % en 2020, comme la France s’y est engagée [14], objectif d’autant moins difficile à atteindre que cette consommation est faible ;

- faire décroître fortement la proportion d’électricité nucléaire destinée à la consommation française, objectif d’autant moins difficile à atteindre que cette consommation est élevée ;

- faire participer la consommation d’électricité à la décroissance continue de la consommation d’énergie finale nécessaire à sa division par deux en 2050, objectif synergique du premier objectif mais incompatible avec le second…

 

Repousser à plus tard la question inéluctable du démantèlement 

Avec ses annonces, le président d’EDF, semble-t-il avec la complicité du gouvernement, joue la politique du fait accompli. Si l’on suit sa politique, il deviendra de plus en plus évident, dès avant 2020, que ni les 50 % de nucléaire, ni les 23 % de renouvelables en 2020 [15], ni les indispensables économies d’électricité ne seront au rendez vous....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 17:21

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Santé publique

Virus zika : polémique au Brésil autour d’un insecticide

par

 

Et si le responsable des milliers de cas de microcéphalies – de graves malformations crâniennes – recensés chez les nouveaux-nés au Brésil, n’était pas le virus Zika transmis par les moustiques, mais un produit chimique ? Le 9 février, un groupe de chercheurs argentins du Reduas, réseau universitaire de l’environnement et de la santé, a publié un rapport pointant du doigt l’utilisation massive de pyriproxyfène au Brésil. Ce produit chimique est abondamment utilisé depuis 18 mois dans certaines régions pour détruire les larves du moustique Ædes ægypti dans les réservoirs d’eau, responsable de la propagation de la dengue... mais aussi du virus Zika. « Les malformations détectées chez des milliers d’enfants dont les mères enceintes vivaient dans des zones où le gouvernement brésilien a ajouté du pyriproxyfène à l’eau potable n’est pas une coïncidence », avance le rapport.

Les chercheurs soulignent également que les précédentes épidémies du virus Zika n’ont engendré aucun cas supplémentaire de microcéphalies. Leur rapport s’appuie sur une note technique publiée par Abrasco, une association brésilienne de santé publique, qui exige des autorités une enquête épidémiologique sur les malformations des nouveau-nés. D’après cette note, sur les 3 893 suspicions de microcéphalie fœtale reportées dans l’Etat du Pernambuco au 20 janvier 2016, 49 décès à la naissance pour complications liées aux malformations ont été enregistrés. Sur ces 49 décès, l’infection par le Zika a été confirmée pour 5 nouveaux-nés... Trop peu pour qu’on ne prenne pas en compte les autres facteurs socio-environnementaux entourant la naissance de ces enfants.

 

L’utilisation du pyriproxyfène suspendue dans l’Etat de Rio Grande

D’autre part, en Colombie, second pays le plus touché par zika, aucun cas de microcéphalie qui pourrait être lié au virus n’a été recensé pour l’instant. En réaction dans un article du Monde, des chercheurs « s’agacent des rumeurs fondées sur des hypothèses erronées ». Ils citent notamment des cas de microcéphalie détectés dans des zones où le pyriproxyfène n’a pas été employé. De son côté, le ministère de la Santé brésilien a déclaré le 15 février qu’« il n’existe aucune étude épidémiologique démontrant une association entre l’utilisation de pyriproxyfène et la microcéphalie. Le ministère de la Santé utilise uniquement des larvicides recommandés par l’OMS (Organisation mondiale de la santé, Ndlr). Produits soumis à un processus d’évaluation rigoureux de l’OMS ».

Deux jours avant cette annonce, l’Etat du Rio Grande do Sul a décidé de suspendre l’utilisation du pyriproxyfène dans l’eau potable. Selon l’industriel japonais Sumitomo Chemical, fabricant du pyriproxyfène et « partenaire stratégique » de Monsanto, ces accusations à l’encontre de son produit ne reposent sur « aucune base scientifique ». Le pyriproxyfène est l’un des douze larvicides recommandés par l’OMS pour réduire les populations de moustique. L’organisation internationale s’est engagée à donner une réponse claire permettant d’étayer ou d’infirmer le lien entre ce virus et la microcéphalie qui ravage le Brésil. Si la responsabilité de ce larvicide était écartée, le directeur de l’institut thématique Microbiologie et maladies infectieuses de l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) rappelle qu’« aucune étude scientifique ‘béton’ ne démontre aujourd’hui l’existence d’un lien direct » entre le virus Zika et la flambée des microcéphalies. En clair, les recherches indépendantes en la matière doivent se poursuivre.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 16:48

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

Une bombe contre le monde du travail

Kareen Janselme et Paule Masson
Jeudi, 18 Février, 2016
L'Humanité

 

 

Photo : Patrick Nussbaum

Paris octobre 2015. Manifestation contre le travail dominical.
Photo : Patrick Nussbaum
 

Loin d’être une « simplification à droits constants » du Code du travail, le préprojet dévoilé hier par le Parisien remet au patronat les clés de la relation de travail. Le modèle ultralibéral de l’économie numérique prend les commandes. Décryptage.

Les 150 pages du préprojet de loi de réforme du Code du travail que Myriam El Khomri doit présenter en Conseil des ministres le 9 mars prochain creuse la tombe d’un siècle de droit du travail. Les 35 heures volent en éclats et la possibilité d’en travailler 60 se généralise. La modulation des salaires pourra durer jusqu’à cinq ans. Le contournement des syndicats par l’employeur est facilité. Les pleins pouvoirs sont accordés aux patrons et l’ubérisation de l’économie est en marche. « Ce gouvernement entend donner un blanc-seing aux entreprises pour déréglementer le temps de travail et, avec lui, la santé, la vie personnelle et familiale des salariés », s’alarme la CGT.

 

1. Temps de travail : fini les 35 heures !

Le gouvernement l’aura sans cesse rabâché : mais non, on ne touchera pas aux 35 heures… Même si le principe est posé, l’avant-projet de loi sur la négociation, le travail et l’emploi (Nete) va permettre d’y déroger à tout-va. Et ce, en généralisant la négociation au niveau de l’entreprise qui s’imposerait à la loi. Le seuil de déclenchement des heures supplémentaires correspond toujours à la 36e heure, mais les entreprises pourront en augmenter le volume hebdomadaire. Jusqu’ici, il était interdit de faire des heures supplémentaires au-delà d’une durée maximale de 48 heures (Article L. 3121-35), sauf dans certains cas très précis comme dans les branches d’activité à caractère saisonnier. Le préprojet rend ce dépassement possible jusqu’à 60 heures « en cas de circonstances exceptionnelles, une convention ou un accord d’entreprise, ou, à défaut, un accord de branche », bref à tout niveau et sans respect de la hiérarchie des normes. Tout cela sans nécessiter l’autorisation de l’inspection du travail. Les apprentis de moins de 18 ans pourront travailler au-delà des 8 heures actuelles jusqu’à 10 heures par jour et 40 heures par semaine. Sans besoin de connaître l’avis du médecin ou de l’inspecteur du travail, qui devront simplement être informés. Et le forfait jours, qui peut lisser le travail des cadres sur 235 jours par an sans comptabiliser le nombre d’heures effectuées, va maintenant pouvoir être proposé à un salarié sans qu’un accord collectif ne l’y autorise.

 

2. Négociation collective : le pouvoir aux entreprises

Le modèle des accords de maintien dans l’emploi, qui permettent de revoir pour un temps déterminé le temps de travail et les salaires (c’est-à-dire augmenter le premier et baisser les seconds), est élargi « en vue de la préservation ou du développement de l’emploi ». Ils s’imposeront au contrat de travail. Si les salariés refusent, l’employeur pourra les licencier pour « cause réelle et sérieuse ». Pour éviter que des accords ne soient soi-disant bloqués par des syndicats majoritaires (voir reportage ci-contre), l’avant-projet de loi veut légaliser les référendums, jusqu’ici consultatifs. Au premier abord, l’article peut apparaître comme une amélioration : un accord ne pourra être validé que si 50 % des syndicats représentatifs le signent. Mais il y a un loup ! En effet, en relevant ce seuil de 30 % à 50 %, le projet supprime, de fait, le droit d’opposition des syndicats majoritaires. Un accord signé par les syndicats représentant 30 % des salariés pouvait en effet être contesté par ceux représentant 50 %. Ce droit est désormais caduc. Désormais, si un accord n’obtient pas de majorité, les syndicats prêts à signer peuvent déclencher les processus référendaires. Si les salariés votent à plus de 50 %, l’accord sera considéré comme valable. Sous couvert de démocratie directe, on délégitime les syndicats et on fait comme si aucune pression ne pouvait influencer le salarié, subordonné pourtant à son employeur. Quant aux prud’hommes, on le subodorait, c’est confirmé : les indemnités sont plafonnées au plus bas, c’est-à-dire à quinze mois de salaire maximum quelle que soit l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. Le patron pourra donc provisionner a priori les licenciements même injustifiés…

 

3. Économie numérique : Uber se frotte les mains.

Enterrée, la loi Macron 2 sur les « nouvelles opportunités économiques » de l’économie numérique ? Au contraire. Le modèle « Uber », bâti sur l’utilisation d’une cohorte de travailleurs faussement indépendants, fait une entrée fracassante dans le Code du travail, avec l’ajout d’un chapitre les concernant. La loi Macron 2, présentée en novembre dernier, avait délivré une définition de l’emploi futur, se partageant en deux catégories : d’un côté, des emplois « bien rémunérés avec un haut niveau de qualification », de l’autre des jobs « peu qualifiés ». Des petits boulots hyperprécarisés, mal rémunérés, et qui ont vocation à le rester. Reprenant à son compte cette philosophie, la loi El Khomri inscrit que le travailleur « ne peut être regardé comme ayant avec la plateforme un lien de subordination juridique caractéristique du contrat de travail… ». Les Uber, Airbnb et compagnie peuvent se frotter les mains. La dépendance de leurs chauffeurs ou loueurs d’appartement à leur plateforme pour trouver des clients est considérée comme relation de gré à gré. Le travailleur ne dépend pas de son employeur, il se soumet librement aux règles édictées par la plateforme. Le travailleur doit procéder lui-même au « recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et allocations familiales ». La plateforme, elle, est exonérée de contrôle de la part de l’inspection du travail.

En contrepartie de la consécration dans la loi de ce modèle totalement dérégulé, le compte personnel d’activité s’ouvre aux « professions non salariées ». Maigre consolation quand on sait que ce « sac à dos » de droits attachés à la personne et non plus au contrat de travail vise essentiellement à accorder un crédit de formation professionnelle, plafonnée dans la loi à 150 heuresn contre 120 actuellement.

 

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 19:09

 

Source : http://reporterre.net

 

 

L'agro-industrie veut confisquer le mot « bio »

15 février 2016 / Éliane Anglaret, Jean-Marie Defrance, Alain Delangle et Thierry Thévenin
 


 

 

Après avoir étouffé au maximum les pionniers de l’agriculture biologique, les industriels et les autorités leur dénient maintenant l’emploi du qualificatif « bio ». Derrière les mots, c’est une bataille de fond qui se joue.

D’un côté, certains mouvements historiques de l’agriculture biologique, résolument opposés à l’agriculture chimique industrielle, sont enquêtés sur l’usage qu’ils font dans leur communication des préfixes « bio », et « éco ». De l’autre, les plus gros pourvoyeurs de pesticides toxiques – Bayer, BASF, Dow, Syngenta, et autres [1] s’apprêtent en toute impunité à s’offrir une virginité en devenant les leaders du « biocontrôle ».

Au cours de l’année 2015, certaines structures historiques de la Bio, le syndicat des Simples, Demeter, Nature & Progrès (N&P), et BioCohérence, ont subi des enquêtes de la part des services régionaux de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des Fraudes). Les contrôles ont porté sur l’usage des termes de l’agriculture biologique au sein de ces différentes organisations. Objectif : « protéger » le consommateur contre d’éventuelles ambiguïtés ou confusions, voire tromperies, que pourrait générer la communication de ces structures.

Il a été demandé aux Simples (homologués en 1988) et à N&P (homologuée en 1986), d’éviter toute confusion entre leurs marques et le label bio européen (né en 1991) dans leurs outils de communication commerciale. Comme ces mouvements n’obligent pas leurs adhérents à être labellisés dans le cadre du Règlement bio européen (n° 834/2007, mis en application en 2009), ils ont particulièrement été mis en garde sur l’utilisation des termes réservés à la certification biologique, les préfixes et suffixes « bio », « éco » et « biologique », « écologique ».

Ces demandes sont d’autant plus paradoxales que l’on doit à ces mouvements historiques de la bio l’émergence de cette agriculture spécifique !

 

La bio : un mouvement citoyen agro-écologique avant d’être un label

Bien avant d’être réduite à un label, fût-il de qualité, l’agriculture biologique est un concept pratique et philosophique hérité d’une vision de l’agriculture respectueuse de la nature et des êtres vivants. Elle est née au cours du XX° siècle de la pensée de ses pionniers : Albert Howard, Hans et Maria Müller, Ehrenfried Pfeiffer, Rudolf Steiner et Masanobu Fukuoka…

Sur les traces de ces précurseurs, les organisations Demeter (marque créée dès 1930 par le mouvement biodynamiste allemand), Nature & Progrès (créée en 1964, Nature & Progrès est à l’origine, en 1972, de l’écriture des cahiers des charges qui serviront de base aux cahiers des charges bio français, puis européens), Simples, puis BioCohérence (fondée en 2010) ont fondé leur existence sur un objectif commun : une agriculture écologique à échelle humaine, ancrée dans les territoires pour une alimentation saine à la disposition des citoyens. Créées respectivement en 1930, 1964, 1978 s’agissant de ses organisations les plus anciennes, les valeurs qu’elles portent sont présentes depuis toujours dans leurs cahiers des charges :
- le respect du vivant (sol-végétal et animal) par des techniques respectant les écosystèmes, la biodiversité sauvage et cultivée, garantissant le bien-être des générations futures :
- le refus de l’industrialisation et de la financiarisation de l’agriculture en prohibant l’utilisation des produits chimiques de synthèse, des nanoparticules, des organismes génétiquement modifiés qui mettent en danger les équilibres de la biosphère et compromettent l’existence du vivant ;
- le développement d’une agriculture familiale, à taille humaine assurant une vie économique et sociale des territoires, l’autonomie et une vie digne des paysans.

Ces valeurs sont en train de disparaître du règlement européen de la Bio. Graduellement vidé des exigences écologiques, des finalités globales et citoyennes qui ont présidé à sa création en 1991, le label AB pourrait bientôt se résumer à un simple contenu technique.

 

 

La finalité des contrôles de la DGCCRF serait-elle d’éjecter les "moutons noirs" ? Il est souvent avancé que l’agriculture biologique est impossible à pratiquer, que les produits alimentaires qu’elle fournit sont trop chers, etc. C’est ignorer le prix considérable des « externalités » liées aux dégâts écologiques et sanitaires de l’agriculture chimique et de l’alimentation industrielle. L’étude réalisée en 2013 par l’Inra, intitulée Analyse des performances de l’agriculture biologique et qui se questionne sur : « Comment rendre l’agriculture biologique plus productive et plus compétitive ? » en dit long sur la pente qu’on entend faire suivre à la bio [2] .

Dans ce contexte, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, souhaite faire de la France un leader de l’agroécologie et du « biocontrôle ». Une vision pour le moins intéressante au regard des adhérents de l’association française des entreprises du biocontrôle (IBMA France) parmi lesquels BASF, Bayer, Dow, Syngenta…

Les mouvements Simples, Demeter, BioCohérence et Nature & Progrès ont une vision très différente de l’agroécologie. Est-ce pour cela que les pouvoirs publics auraient voulu, cette année, « dépoussiérer » la mouvance historique de l’agrobiologie de certains de ses éléments minoritaires, critiques, en allant les « visiter » et les positionnant au rang de hors-la-loi ?...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:18

 

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Les cinq méthodes de l’industrie pharmaceutique pour nous bourrer de médicaments inutiles

10 février 2016 / Sarah Lefèvre (Reporterre)
 

 

 

 

L’industrie pharmaceutique va bien, très bien même. Grâce aux Français, leurs plus fidèles clients au monde, mais d’abord grâce à un intense et efficace travail de l’ombre auprès des autorités politiques et sanitaires et des médecins. Si la santé des laboratoires est renforcée par ces pratiques, ce n’est pas le cas de celle des patients.

Au concours des consommateurs du comprimé, les Français figurent toujours sur la première marche du podium. En moyenne : quatre comprimés avalés par jour pour l’ensemble de la population et une facture de 34 milliards d’euros en 2014. Soit 2,7 % de plus que l’année précédente, dont 20 milliards pris en charge par la Caisse nationale d’assurance maladie. Parallèlement, l’industrie pharmaceutique s’affirme comme la plus rentable au monde et elle ne cesse de progresser : 639 milliards d’euros de chiffres d’affaires global pour le secteur en 2013, en croissance de 4,5 % par rapport à 2012. Il y a 10 ans, un rapport de la Chambre des Communes anglaises sur l’industrie pharmaceutique concluait : « Elle est maintenant hors de tout contrôle. Ses tentacules s’infiltrent à tous les niveaux » (texte en bas de cet article). Le constat est-il toujours d’actualité ? Comment s’y prend-elle, dans quelles strates se fond-elle pour maintenir notre dépendance et commercialiser toujours plus de nouvelles molécules ?

 

 

Tout commence par le cabinet du médecin traitant : le principe concurrentiel de la médecine libérale et payée à l’acte implique la notion de satisfaction. Claude Malhuret, sénateur UMP, a proposé plusieurs amendements en faveur de l’indépendance du corps médical face au lobby pharmaceutique lors du vote de la loi santé. « Les médecins sont prêts à tout pour garder leurs patients. Alors ils répondent à leurs demandes. Les somnifères, les benzodiazépines [anxiolytiques]… C’est un scandale, ça tue les vieux ! C’est normal, quand on est vieux, de ne dormir que cinq heures par nuit. Tous ceux qui en prennent à long terme – pas plus de six semaines normalement – sont finalement dépendants et subissent un déficit cognitif d’autant plus fort qu’ils sont âgés. » Dans ce système régi par la rentabilité et la réponse aux besoins immédiats du patient, pas le temps de s’intéresser en profondeur aux origines des troubles du sommeil ou d’une dépression, comme l’explique Jean-Sébastien Borde, président du Formindep, collectif de médecins qui œuvre pour une formation indépendante. « Nous sommes parmi les champions du monde de la consommation des anxiolytiques. Or l’accompagnement de ces pathologies prend du temps si l’on veut comprendre ce qu’il se passe, tandis que la prise d’un médicament va soulager automatiquement. C’est la conjonction d’un manque de praticiens et d’un nombre de consultations très élevé pour chacun qui conduit à ces prescriptions très importantes. »

 

 1. Manipuler le baromètre thérapeutique

Cette surconsommation de médicaments est encouragée par les labos. Première technique : modifier le seuil à partir duquel le médecin doit prescrire. Prenons l’exemple de l’hypertension, à l’origine de troubles cardiovasculaires, qui représente la moitié du marché médicamenteux de la cardiologie, selon Philippe Even, ex-président de l’institut Necker [1] et fervent militant anticorruption. « L’industrie, puis les agences de santé et les médecins ont redéfini l’hypertension à 14, contre 16 auparavant. Alors que la tension moyenne de la population se situe aux alentours de 13. Ça a l’air de rien comme ça, je n’arrive pas à réveiller les gens à ce sujet, mais qu’est-ce que cela signifie ? » Le professeur émet un bref silence avant de hausser le ton. « Cela veut dire quadrupler le marché des antihypertenseurs, parce qu’il y a quatre fois plus de gens qui ont une tension entre 14 et 16 ! »

 

2. À nouvelles maladies, nouveaux marchés

Autre tendance, la transformation de facteurs de risque en maladies. Exemple phare : le cholestérol, « notre ennemi à tous ». Parmi les traitements « blockbusters », le Crestor, du laboratoire Astrazeneca. Il est la troisième référence pharmaceutique la plus commercialisée au monde. Cette pilule anticholestérol fait partie de la famille des statines, prescrites à outrance et souvent à vie. « Cinq millions de gens sont traités avec des statines en France, explique Claude Malhuret. Contre un million seulement qui en auraient besoin. » Seules les personnes qui ont déjà eu un accident cardiovasculaire devraient en consommer, selon lui. Quid des quatre millions de personnes qui en prennent inutilement ? Les effets secondaires recensés sont lourds : insuffisance rénale, troubles musculaires, cognitifs, hépatiques, impuissance, myopathie, cataractes. Le sénateur enchérit : « Le jour où toutes ces personnes âgées qui consomment des statines et autres somnifères vont mourir d’un accident médicamenteux, personne ne va s’en occuper ou bien même s’en soucier. Elles seront mortes de vieillesse, comme tout le monde ! » 20.000 accidents dus à de mauvaises prescriptions sont recensés chaque année en France. Un chiffre sous-estimé selon Michèle Rivasi, députée européenne EELV, « du fait des carences de notre système de pharmacovigilance ».

 

3. Chers visiteurs médicaux

 

 

Une vigilance qui doit s’opposer à l’omniprésence du marketing. Les médecins sont quotidiennement sollicités par les visiteurs médicaux qui assurent la promotion des nouvelles molécules. « Les lobbies sont omniprésents dans les couloirs des hôpitaux, affirme Jean-Sébastien Borde, du Formindep. Or, le médicament prescrit par le spécialiste aura tendance ensuite à être prescrit par le généraliste à la sortie de l’hôpital. » Et cette promotion fonctionne à merveille, selon une étude de 2013 publiée dans Prescrire, la seule revue médicale indépendante en France. Les médecins qui reçoivent le plus de consultants ont les ordonnances les plus généreuses. Ces mêmes praticiens reçoivent plus de patients, pour des temps de consultation plus courts et lisent davantage de presse gratuite financée par les firmes elles-mêmes. Les visiteurs tentent d’instaurer « une relation amicale » avec les médecins et offrent petits-déjeuners ou déjeuners, proposent d’organiser le pot de départ des internes… 244.572.645 € : voici le montant total des cadeaux des firmes pharmaceutiques aux médecins entre janvier 2012 et juin 2014, recensés par le collectif Regards citoyens.

 

4. Séduire les leaders d’opinion

Les Key Opinion Leaders, alias KOL, ou leaders d’opinion, clés de voûte de la promotion des médicaments, interviennent en première ligne, avant et après l’autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments. Ils sont rémunérés pour réaliser les essais cliniques, les valider puis prêcher la bonne parole durant les congrès de spécialistes, dont les déplacements, frais de bouche et hôtels sont pris en charge par les labos, pour eux comme pour leurs confrères présents sur place. En tant que chef du service de gériatrie à l’hôpital Pompidou, à Paris, Olivier Saint-Jean a le profil parfait. « Je suis un KOL négatif », affirme-t-il pourtant. Le professeur refuse de prescrire les seuls traitements « inutiles voire dangereux » qui existent aujourd’hui contre la maladie d’Alzheimer. « C’est complexe pour nous de dire : “Je n’ai rien à vous prescrire.” Mais à partir du moment où je me suis rendu compte que le traitement était dangereux pour les patients, j’ai basculé et j’ai dit à mes étudiants à l’université que cela ne marche pas. » En 2006, l’Inserm lui demande d’étudier de plus près les analyses de ces médicaments. Résultat : il démontre leur inutilité, et révèle qu’ils peuvent s’avérer toxiques pour des patients justement atteints de troubles de la mémoire. « Je me suis fait insulter par mes confrères, raconte-t-il. Certains, en lien avec les labos, disaient qu’il était criminel de dire que ces médicaments étaient inefficaces. » KOL négatif, donc non rentable, brebis égarée d’un star système qu’il décrit par ailleurs pour y avoir participé quand la recherche était encore teintée d’espoir.

 

 

« Il y a trente ans, ces personnes âgées restaient dans les hospices et les fonds de salle des hôpitaux psychiatriques. Puis, les labos ont proposé des médicaments en parallèle de professionnels qui se bougeaient pour avoir une vraie reconnaissance de ces malades. J’ai eu des liens d’intérêts avec les labos à ce moment-là. On avait vraiment envie de faire mieux. Cela m’arrivait d’aller faire des formations à des médecins traitants et puis, c’est vrai que je repartais avec un chèque. Parfois réinjecté dans le service, parfois dans ma poche. » À l’heure où le montant des crédits alloués à la recherche ne cesse de baisser, de plus en plus de chefs de service, les « patrons », comme on les appelle, acceptent la manne des études diligentées par les labos.

Mais alors quelle différence y a t-il entre lien et conflit d’intérêts ? Claude Malhuret s’est battu au Sénat en 2015 lors du vote de la loi santé de Marisol Touraine pour imposer des amendements en faveur de plus de transparence entre les firmes et le corps médical. « Un laboratoire vous demande par exemple d’effectuer des recherches pour approfondir la compétence sur une pathologie. Vous réalisez cette étude, vous amenez donc des résultats et êtes rémunéré pour les services que vous avez rendus au laboratoire mais vous n’êtes pas en situation de conflit. Au contraire, il y a conflit d’intérêts lorsque, en échange d’une rémunération, vous apposez votre signature en bas d’une étude que vous n’avez pas pris le temps de suivre, de réaliser vous-même. » Ceux-ci sont une minorité insiste Philippe Even dans son dernier ouvrage Corruptions et crédulité en médecine : il identifie par exemple « les six cardiologues parisiens les plus liés à l’industrie ». Ce sont eux qui agissent ensuite auprès des autorités publiques, puis qui deviennent membres et présidents des agences de santé et livrent leurs recommandations au ministère pour les autorisations de mise sur le marché (AMM).

 

5. Contrôler les études et les consciences

Une fois l’AMM obtenue, une grosse machine en trois étapes se met en branle. La première est celle de la diffusion orale : « Il faut que des universitaires aillent de congrès en séminaires répandre la vérité sur la dernière merveille du monde qui vient d’arriver », raconte Philippe Even. Aux États-Unis, des médecins que l’on appelle les « Tour Doctors » passent des contrats d’orateurs avec les firmes.

C’est à ce moment-là que la presse s’en empare, c’est la deuxième phase. Les firmes s’arrangent alors pour faire signer les articles par les spécialistes des pays au plus fort potentiel de marché : États-Unis, Europe, Japon, Chine, Brésil. « Le plus souvent, ils lisent l’article écrit par des sous-traitants de l’industrie et le signent », poursuit l’auteur de Corruption et crédulité en médecine. Nos consultants ou leaders d’opinion ont ensuite la charge de répercuter la promotion dans leurs pays respectifs, dans les journaux locaux, sur les plateaux télé. « Et alors de nombreux journaux, même réputés, tombent dans le panneau : “Un expert mondialement reconnu”, lit-on dans Le Monde ou dans Le Figaro, par exemple… Reconnu à l’intérieur du périph, oui ! » rit Philippe Even, avant de poursuivre. « Or, ces journaux, comme les journaux spécialisés ne vivent plus que grâce à la pub et donc à l’industrie. » D’ailleurs, quel secteur se porte encore mieux que l’industrie pharmaceutique ? Justement celui de ces journaux médicaux. « Alors que les firmes pharmaceutiques réalisent en moyenne 20 % de bénéfices par an, les organes de publication en réalisent 30 % ! » affirme le président de l’institut Necker.

 

 

Dernière phase : le médicament doit être recommandé par les prescripteurs et les sociétés dites savantes, comme les fédérations de santé, qui sont des centaines en France. La fédération de cardiologie par exemple, celle de l’hypertension, la société d’athérosclérose, etc., financées par les laboratoires : « Elles émettent des recommandations officieuses. Pour les rendre officielles, la Haute Autorité de santé reprend les articles d’experts qui les ont rédigés pour les firmes. À travers ces trois étapes, les congrès, les journaux, les sociétés et agences de santé, on peut dire que les sociétés tiennent directement la plume des prescripteurs. » 

Sur les 2.000 médicaments commercialisés (10.000 au total avec les copies), seuls « 200 sont utiles », selon Philippe Even. Michel Thomas, professeur en médecine interne [2] à Bobigny, va plus loin. Il a publié une étude en 2013 recensant 100 médicaments vraiment indispensables. « On considérait qu’il y avait beaucoup trop de consommation de médicaments en France et qu’il fallait se pencher sur l’essentiel. » Après validation auprès d’une centaine de médecins internistes français, la liste se réduit aujourd’hui à 85 références, hors traitements de maladies rares et anticancéreux, pour une prise en charge de « 95 % des pathologies de départ ». Michel Thomas attend avec impatience de voir si, comme prévu dans la loi de santé, une liste des médicaments « préférentiels » inspirés de la sienne verra le jour. « Le Leem, le syndicat des firmes pharmaceutiques en France, a fait une offensive lors de la discussion de cette loi pour tenter de l’interdire, mais cette proposition a retenu l’aval de l’Assemblée et du Sénat », se félicite-t-il. Reste à savoir quand et comment sera promulguée cette loi de santé, car, comme il le dit, « les décrets d’application peuvent tout changer ».


« L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE EST MAINTENANT HORS DE TOUT CONTRÔLE »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:02

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/poppie/blog/130216/une-indifference-qui-tue

 

 

Une indifférence qui tue

 
 
 
Régulièrement, nous recevons des informations sur les drames qui se jouent aux portes de l'Europe. Notre petit train train continue, avec des régressions, qui très justement nous préoccupent. Ce que vivent des milliers de personnes est au-delà du supportable. Nos dirigeants l'acceptent et l'organisent, à notre grande honte.

J'aimerais relayer ici un billet du GISTI (Groupe d'Information et de Soutien des Immigrés)

 

 

 

Migreurop

Alep écrasée sous les bombes, l’UE demande à la Turquie de lui garder ses frontières

 

Alors que les habitant.e.s de la région d’Alep sont contraints à l’exode sous un tapis de bombes, les chancelleries européennes ont pour principale préoccupation de les cantonner au plus loin de leurs frontières. Elles s’en remettent pour cela à la Turquie, pourtant partie prenante du champ de bataille géopolitique qu’est devenue la Syrie. Pendant que des dizaines de milliers de réfugié.e.s s’agglutinent aux frontières turques, Recep Erdogan négocie avec une Europe aux abois une reconnaissance comme « pays sûr » (ce qui permettrait à la Grèce et aux autres Etats membres s’y renvoyer des exilé.e.s ayant transité par la Turquie), des milliards d’aides financières et l’assentiment tacite à la répression sanglante qu’il mène contre son opposition politique, notamment kurde [1] .

Il y a quelques mois encore, devant le calvaire vécu par les réfugié.e.s syriens tentant de faire valoir leurs droits, l’Union européenne et les États-membres pratiquaient la politique des « larmes de crocodiles ». Mais à l’émotion mondiale suscitée par les photos d’Aylan Kurdi au mois de septembre dernier ont immédiatement succédé les négociations visant à empêcher les Syrien.ne.s d’approcher des frontières européennes. Depuis, des centaines d’enfants et d’adultes sont morts dans l’indifférence en mer Égée, dans un bras de mer livré aux passeurs dont les profits sont indexés sur les atteintes à la convention de Genève et à la libre-circulation des demandeurs d’asile. La seule boussole politique de l’UE est maintenant celle du cynisme absolu.

Afin de mesurer l’étendue des atteintes aux droits pratiqués au nom du contrôle frontières extérieures de l’Union européenne, il est nécessaire de rappeler les dispositions adoptées depuis quelques mois afin que la « route des Balkans » soit fermée le plus en amont possible aux réfugié.e.s syriens :

  • L’UE a fait pression sur la Turquie afin qu’elle boucle ses frontières terrestres avec la Syrie et introduise une exigence de visas pour les Syrien.ne.s arrivant par voie aérienne.
  • Les principaux gouvernements européens ont demandé à ce que les près de trois millions de réfugié.e.s syriens présents en Turquie se voient limiter leur liberté de circulation à l’intérieur du pays. L’UE a prôné et partiellement financé l’ouverture de camps de réfugié.e.s situés au sud de la Turquie, tout en acceptant que cette dernière favorise le cantonnement des réfugié.e.s en territoire syrien.
  • Les possibilités de passages terrestres de la Turquie vers la Bulgarie et la Grèce, depuis longtemps rendues extrêmement difficiles, se sont encore amenuisées sous l’effet de la multiplication des contrôles. Les Syrien.ne.s en route vers l’Europe sont donc renvoyé.e.s vers le cimetière de la mer Égée.
  • Les Syrien.ne.s ayant réussi à sortir de la nasse turque et à arriver en Grèce sont considérés comme la plaie de l’Europe. Afin de « sauver l’espace Schengen », il est envisagé de mettre la Grèce en quarantaine, à moins qu’elle ne se résolve à installer les camps d’enregistrement et d’accueil supposés permettre d’éviter que les exilés ne remontent plus au nord [2].
  • Le mécanisme de « relocalisation » de 160 000 personnes ayant manifestement besoin d’une protection internationale, adopté par l’UE en septembre 2015 au profit de l’Italie et de la Grèce pour « assurer un partage équitable des responsabilités entre les États membres » face à de grands nombres d’arrivées de migrants dans ces deux pays, ne s’est, cinq mois plus tard, traduit que par le transfert de moins de 500 demandeurs d’asile  [3] .
  • Aujourd’hui même l’OTAN vient renforcer la « guerre aux migrant.e.s » en mer Egée avec une mission de patrouille menée par trois navires militaires, supportés par des avions et dirigés par l’Allemagne [4] .

Rappelons que les dernières évolutions de cette politique de mise à distance des réfugié.e.s syriens se placent dans un contexte général où des millions d’entre eux arrivés en Turquie, en Jordanie ou au Liban n’obtiennent qu’au compte-gouttes les « visas asile » qui leur permettraient de rejoindre un pays comme la France, sont matériellement empêchés de voyager en avion (par des exigences de visas y compris « de transit ») et sont confrontés au sous-dimensionnement dramatique des programmes de réinstallation proposés sous l’égide du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

Dans ces conditions, les appels lancés ces jours derniers par les Nations Unies [5] et la Commission européenne à la Turquie sont proprement « surréalistes »  : cette dernière est maintenant sommée d’ouvrir ses frontières pour laisser entrer les exilé.e.s syriens. Cette mesure est bien sûr indispensable mais elle s’inscrit dans une logique de sous-traitance qui, de longue date, vise à faire peser sur des États tiers des responsabilités auxquelles l’UE est pourtant tenue par ses obligations internationales. Ces appels ne seront ainsi crédibles et protecteurs des droits des réfugié.e.s syriens que si les États membres se résolvent à leur ouvrir leurs propres frontières et à mettre en œuvre toutes les mesures qui leur permettraient de voyager sans mettre leur vie en péril.

12 février 2016



 

[1« EU-Turkey joint action plan : implementation report », 10 février 2016.

[2« La Commission adopte un rapport d’évaluation Schengen concernant la Grèce et propose des recommandations pour qu’il soit remédié aux manquements constatés dans la gestion des frontières extérieures », 2 février 2016.

[3Au 4 février, 279 d’Italie et 218 de Grèce : « Member States’ Support to Emergency Relocation Mechanism. »

[4« Migrant crisis : Nato deploys Aegean people-smuggling patrols », 11 février 2016.

[5« U.N. refugee agency urges Turkey to open borders to Syrians », 9 février 2016.


 

Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site
www.migreurop.org

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/poppie/blog/130216/une-indifference-qui-tue

 

 

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