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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 15:49

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Financement du terrorisme

Le pétrole, le coton ou le phosphate de l’Etat islamique sont-ils vendus en Europe ?

par , Rachel Knaebel

 

 

 

Des puits de pétrole, des gisements gaziers, des mines de phosphate, des champs de coton, des cultures de céréales… Autant de ressources sur lesquelles l’Etat islamique a mis la main grâce aux territoires qu’il contrôle en Irak et en Syrie. Malgré l’embargo dont il fait l’objet, une partie de ces produits sont écoulés sur les marchés, vers les pays voisins, et servent à financer sa guerre sans fin. Comment les entreprises des secteurs concernés, les négociants de matières premières, les banques et les institutions internationales s’assurent-ils qu’ils ne contribuent pas à remplir les caisses de Daech ?

 

« Les établissements financiers et de crédit sont appelés à exercer une vigilance particulière à l’égard de toutes transactions commerciales de nature à bénéficier à Daech » prévient Tracfin, la branche du ministère français des Finances chargée de la lutte contre le blanchiment. Les revenus annuels de l’État islamique avoisinent les 3 milliards de dollars, selon les estimations. En prenant le contrôle d’une partie du territoire syrien et irakien, le groupe armé a mis la main sur plusieurs puits de pétrole, sur des gisements gaziers, des fabriques d’engrais, des champs de coton et de céréales… Autant de matières premières qui peuvent contribuer à son financement. En plus de l’argent venu des enlèvements, des taxes imposées aux populations, du trafic d’antiquités, cette mainmise sur des ressources naturelles et les hydrocarbures rapportent des sommes conséquentes. Encore faut-il écouler ces matières premières. Qui sont donc les partenaires commerciaux de Daech ? Les autorités internationales et les grandes entreprises des secteurs concernés ont-elles pris les mesures qui s’imposent ?

Avec le déploiement du porte-avions Charles-De-Gaulle en Méditerranée orientale, suite aux attentats de Paris du 13 novembre, l’armée française va intensifier ses bombardements aériens – débutés il y a plus d’un an – contre Daech en Syrie et en Irak. La veille des attaques de Paris, le ministère de la Défense annonçait avoir bombardé trois sites pétroliers syriens. Les frappes menées par les États-Unis ciblent également des installations pétrolières de Daech. L’opération a été baptisée "Tidal Wave II", en référence à la première opération Tidal Wave qui visait les ressources pétrolières des nazis en Roumanie durant la Seconde Guerre mondiale. Le lundi 16 novembre, pour la première fois, les États-Unis ont commencé à attaquer également des convois de camions citernes, transportant du pétrole destiné à la contrebande. Ce dont ils s’étaient abstenus jusqu’alors par crainte de faire des victimes civiles.

 

ExxonMobil, Chevron et Total convoitent les sous-sol kurdes

Les puits pétroliers contrôlés par Daech représentent, en octobre 2014, 60 % de la production syrienne de pétrole et 10 % de la production irakienne, selon un rapport de l’agence d’informations financières Thomson Reuters. Ce qui correspond à l’époque à une capacité de 60 000 barils par jour dans chaque pays. Une production qui place en théorie le « califat » au 40ème rang des pays producteurs de pétrole, et rapporte un profit estimé entre 2 et 4 millions de dollars par jour. Mais c’était il y a plus d’un an.

La situation militaire a changé. Une partie des puits capturés par Daech en 2014 ont été reconquis par les forces kurdes et irakiennes appuyées par les États-Unis et l’Iran, réduisant considérablement les ressources potentielles de l’État islamique. S’ils revêtent une importance majeure pour la conduite de la guerre, les gisements actuellement exploités par Daech restent en fait modestes : quelques dizaines de milliers de barils par jour au plus, alors que la production d’ensemble de l’Irak se compte en millions de barils. Les gisements syriens contrôlés par l’organisation sont par ailleurs sur le déclin. Mais l’avancée de Daech dans le nord de l’Irak durant l’été 2014 menace alors directement des gisements pétroliers bien plus considérables, ce qui a probablement motivé l’intervention états-unienne. ExxonMobil, Chevron et la française Total se préparent d’ailleurs toutes à exploiter les richesses du sous-sol kurde.

 

Pétrole, phosphate et textile made in Etat islamique ?

Que fait Daech avec ses ressources, même limitées, en pétrole ? L’État islamique « couvre ses propres besoins et, semble-t-il, vend le reste sur le marché noir local, et exporte du pétrole brut et ou raffiné vers la Jordanie, l’Iran, le Kurdistan et la Turquie », indique le rapport de Thomson Reuters. Les djihadistes profiteraient des réseaux de contrebande existant depuis les embargos frappant l’Irak de Saddam Hussein puis l’Iran. Un rapport d’avril 2015 du Congrès des États-Unis signale aussi que le groupe vend du pétrole venu de ses puits irakiens via la Turquie « de la même manière pour l’essentiel que le pétrole syrien ». Des informations font aussi état de ventes possibles du pétrole de Daech au régime syrien, et même aux rebelles et aux Kurdes de Syrie, qui combattent les islamistes.

En plus du pétrole, Daech a aussi pris le contrôle de plusieurs gisements gaziers, d’une mine de phosphate irakienne, d’une usine de production d’acide sulfurique et phosphorique et de cinq cimenteries, dont une de Lafarge en Syrie. Mais, précise une analyse du groupement intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent (Groupement d’action financière, Gafi), « au contraire du pétrole brut et raffiné, pour lesquels il existe des circuits de contrebande établis de longue date et des marchés noirs locaux, ces autres ressources sont probablement plus difficile à monétiser pour Daech ». Des inquiétudes existent aussi sur la possibilité que du coton syrien cultivé dans les champs sous contrôle de Daech puisse passer par la Turquie, avant de se retrouver dans les stocks des fabricants textiles européens. Une étude réalisée par une consultante française sur la filière textile régionale alertait il y a deux mois sur l’existence d’un risque réel pour les consommateurs français d’acheter des vêtements contenant du coton de l’État islamique. Des conclusions que l’Union française des industries textiles, indirectement mise en cause, juge erronées.

 

Les transaction de pétrole avec Daech interdites par l’UE, les États-Unis et l’ONU

En principe, toute transaction qui risque d’alimenter les caisses des groupes islamistes en Syrie et en Irak est interdite. Des entreprises ont stoppé leurs achats de matières premières avec la Syrie dès le début de la guerre. La multinationale norvégienne Yara, spécialisée dans les engrais, assure ne plus acheter de phosphate syrien depuis février 2011, ni venant d’Irak. L’Union européenne a prohibé tout achat de pétrole syrien [1]. À cette époque, les sanctions visent spécifiquement le régime de Bachar El-Assad et la répression sanglante face au soulèvement populaire – l’Etat islamique n’a pas encore surgi sur la scène régionale. Total cesse toutes ses activités de production en Syrie en décembre 2011. L’entreprise française y exploitait du pétrole dans la région de Deir Ez Zor. Elle n’emploie aujourd’hui plus que deux personnes dans son bureau de Damas, afin de « respecter les obligations contractuelles », fait savoir la compagnie.

Les États-Unis aussi ont interdit l’importation de pétrole venu de Syrie avant que Daech ne prenne le contrôle d’une partie des puits [2]. Les sanctions états-uniennes prohibent toutes les transactions de pétrole, mais aussi toute transaction financière en lien avec du pétrole d’origine syrienne. Au sein de l’ONU, les décisions prises visent uniquement les groupes islamistes de la région, mais épargnent le gouvernement syrien, grâce au soutien de la Russie, qui dispose d’un droit de véto au Conseil de sécurité. Une résolution [3] de février 2015 condamne « tout engagement dans un commerce direct ou indirect en particulier de produits pétroliers, et de raffineries modulables, avec Daech et le Front Al-Nusra », une autre composante des forces islamistes en Syrie.

 

Des réseaux de contrebande qui datent de l’embargo irakien

En France, Tracfin invite « les établissements financiers et de crédit » à « considérer les transactions financières relatives, directement ou indirectement, à l’achat de pétrole, brut ou non, en provenance d’Irak ou produit en Irak, comme des transactions à risque élevé, justifiant des vigilances particulières, sauf si la State Oil Marketing Organization, qui relève du ministère du Pétrole du gouvernement Irakien, y a consenti. » Sur place, les frontières sont poreuses, les alliances de factions sont à géométrie variable, la corruption est généralisée et la situation régionale, notamment au Kurdistan irakien, extrêmement complexe. Autant d’éléments qui favorisent évidemment la vente de pétrole de Daech par l’intermédiaire de trafiquants à travers l’Irak et la Turquie. Le gouvernement régional kurde d’Irak, s’il combat lui aussi Daech, exporte par exemple du pétrole sans l’accord du gouvernement central irakien, dans une stratégie d’indépendance politique et financière [4].

Dans cette situation de guerre, où les réseaux de contrebande sont implantés de longue date, les frontières troubles, et où le Kurdistan irakien vend du pétrole sans l’aval de Bagdad, il est extrêmement difficile de tracer le pétrole dans la région. Là encore, la frontière turque est montrée du doigt. « Les institutions financières feraient bien d’examiner précisément les transactions qui impliquent des entreprises turques ou des individus liés au secteur pétrolier en Turquie », conseille l’agence d’informations financières Thomson Reuters dans son rapport. En Irak, « il est apparu que Daech fait usage des anciens réseaux mis en place par le parti Baas [l’ancien parti au pouvoir à l’époque de Saddam Hussein, ndlr] pour contrevenir au programme Pétrole contre nourriture ».

 

Les sociétés de trading achètent-elles du pétrole de Daech ?

Ce programme, mis en place par l’ONU pour atténuer les effets de l’embargo des États-Unis contre l’Irak entre 1992 et 2002, s’est retrouvé au cœur d’un vaste système de corruption pour le contourner. Dans cette affaire, l’entreprise française Total a été poursuivie pour corruption. Elle est toujours en attente du jugement en appel [5]. Une grande entreprise suisse de négoce de pétrole, Vitol, a également été condamnée en 2007 aux États-Unis à plus de 17 millions de dollars d’amende et de compensation pour la corruption de fonctionnaires irakiens.

Comment les négociants de pétrole et de matières premières s’assurent-ils qu’ils ne commercent pas de l’or noir extrait par l’État islamique ? « Vitol a un programme global de conformité qui inclue des politiques et des procédures rigoureuses d’examen des intermédiaires et de leurs chaîne d’approvisionnement », nous assure la société de trading. « Dans la région, une vigilance et des contrôles renforcés ont été mis en place, comme l’exigence de ne traiter qu’avec des interlocuteurs connus de longue date et de confiance. »

 

« Il est très difficile de tracer l’origine exacte d’un produit pétrolier »

Trafigura, une autre grande entreprise de courtage de matières premières, apporte une réponse similaire : « Trafigura n’achète du pétrole et des produits pétroliers, des métaux, et minerais qu’à des sources que nous connaissons bien et qui ont passé nos procédures de connaissance clients ». Trafigura avait aussi été pointée du doigt pour des transactions illicites avec le pétrole soudanais au moment de la guerre du Darfour (ainsi que dans un scandale de déversement de déchets toxiques en Côte d’Ivoire). Les deux entreprises collaboreraient désormais avec les autorités de Washington : elles « ont été invitées dans le seul but de donner, sur la base de leurs connaissances de leur branche, une évaluation du possible volume et le déroulement des opérations pétrolières de l’État islamique », communiquent les autorités suisses.

Est-ce suffisant ? Pour Marc Guéniat, responsable d’enquêtes à l’ONG suisse Déclaration de Berne, qui suit de près les activités des grandes frimes de négoce, « il est très difficile de tracer l’origine exacte d’un produit pétrolier, surtout s’il est mélangé. Il n’existe pas de dispositif qui contraindrait un négociant à se poser cette question. En Suisse, où se trouvent les grands négociants, ceux-ci n’ont pas l’obligation de s’interroger sur l’origine des matières premières qu’ils commercent, contrairement aux banques, qui doivent s’interroger sur l’origine des fonds qu’elles reçoivent en vertu de la loi sur le blanchiment d’argent. Les négociants peuvent acquérir une matière première d’origine illégale ou qui serait le produit d’un crime. » Le traçage semble d’autant plus difficile dans des situations de conflit ouverts, des situations qui ne repoussent pourtant pas les négociants, au vu des scandales passés.

 

Cesser toute activité avec les pays voisins ?

En septembre 2014, l’ambassadrice européenne en Irak Jana Hybaskova confie qu’il est connu que des pays européens achètent en bout de course du pétrole de Daech [6]. Sans que plus d’informations à ce sujet n’ait été communiquée par les institutions européennes depuis. « Les négociants seraient bien inspirés de véritablement exclure le commerce de pétrole provenant des zones de Daech, juge Marc Guéniat. Une banque française qui travaille à Genève dans le financement du négoce a décidé d’écarter totalement ce risque en cessant toute activité dans le pétrole de la région, ce qui signifie aussi en Turquie. C’est, à mon sens, le seul moyen d’être certain de ne pas écouler ce pétrole sur les marchés mondiaux. »

Les banques françaises savent bien que ce type de transaction en zones troubles peuvent leur valoir un coûteux retour de bâton. L’année dernière, c’est pour des transactions avec des régimes sous sanctions des États-Unis (Soudan, Iran, Cuba) que BNP Paribas a écopé d’une amende record de plus de six milliards d’euros. Près de trois quarts des transactions incriminées concernaient des échanges réalisés avec le régime soudanais, visé par des sanctions pour soutien au terrorisme et violations des droits de l’homme. Et c’est de vente de pétrole dont il s’agissait [7]. La première banque française a, depuis, considérablement renforcé son contrôle juridique, et serait particulièrement vigilante à ne pas s’impliquer dans les pays voisins de la Syrie.

 

La Suisse, paradis des commerçants de pétrole… et du trafic d’antiquités

La Suisse est aussi au cœur des préoccupations sur le commerce des antiquités pillées dans les zones occupées par Daech. Un rapport du président du Louvre, rendu public après les attentats de Paris, indique que les principaux sites antiques de Syrie et d’Irak ont fait l’objet « d’un nombre incalculable de fouilles sauvages ». La vente de ces objets viendrait, elle aussi, gonfler les finances de Daech.

« Daech a probablement récupéré les plus belles pièces du musée de Raqqa (en plus de celles volées dans les musées en Irak) pour les revendre à des trafiquants qui bénéficient de réseaux parfaitement organisés et qui existaient bien avant l’apparition de Daech », pointe le rapport. Or, il se peut que ces pièces volées se retrouvent dans les ports francs du monde entier pour y trouver acheteur. Car dans ces « paradis du recel », confidentialité et discrétion sont la règle. « Dans certains ports francs, aucune obligation d’inventaires à l’intention des douanes n’est imposée : la nature des biens entreposés, leur valeur et l’identité de leur propriétaire restent confidentiels », souligne le directeur du Louvre. Parmi ces territoires, on trouve Singapour et Shangaï, mais aussi Genève et Luxembourg. Au cœur de l’Europe.

Rachel Knaebel, avec Olivier Petitjean

En photo : Des miliciens de l’Etat islamique dans la région de Tikrit en Irak et leurs prisonniers, en juin 2014. Après la prise de la ville et d’une base militaire irakienne, l’État islamique revendique le massacre de 1700 prisonniers chiites.

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 15:39

 

Source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

Perquisitions musclées, arrestations injustifiées : les abus de l’état d’urgence

Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par

 

 

 

Des policiers à Strasbourg, le 16 novembre 2015.

Mickaël, 27 ans, regardait un film d’action dans le TGV Marseille-Rennes, vendredi 20 novembre, en compagnie d’un autre homme. Mal lui en a pris, selon Sud-Ouest : en gare de Massy (Essonne), la police évacue le train et lui saute dessus pour l’arrêter. Des passagers auraient trouvé suspects son comportement et son aspect : le jeune homme est barbu et il portait des gants. Choqué, il a été libéré au bout de quatre heures.

 

Cette histoire n’est qu’un exemple des nombreux cas relevés cette semaine par la presse locale : la France est en état d’urgence. Un état administratif qui donne aux forces de l’ordre de larges moyens d’action. Mais aussi un état collectif prompt à l’emballement.

 

Lire aussi le post de blog : Observons l’état d’urgence

 

Une fillette de 6 ans blessée

Autre histoire édifiante, celle que raconte La Voix du Nord sur ce jeune homme, dont le père de 67 ans a été interpellé manu militari, mardi 17 novembre, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Sophiane avait accompagné son père à la préfecture la veille pour une démarche administrative. Les forces de l’ordre l’auraient alors repéré prenant des photos, ce qu’il dément. Résultat : la police enfonce la porte du domicile familial, fouille l’appartement de fond en comble, et arrête son père, qui passe la nuit en garde à vue.

A Quévrechain, dans le Nord, Fatima et sa fille ont subi une brusque perquisition de nuit au motif qu’un homme, que les autorités suspectaient de détenir des armes de guerre, avait habité dans la maison par le passé. La jeune fille raconte les lasers dans l’appartement, la porte qui vole en éclats, sa mère de 43 ans menottée… pour une perquisition qui n’a rien donné.

 

Les victimes des bavures sont parfois très jeunes et impressionnables : à Nice (Alpes-Maritimes), une petite fille de 6 ans a été blessée par des éclats au cou, lors d’une perquisition jeudi. A 4 h 30 du matin, les policiers d’élite du RAID enfoncent la porte de l’appartement familial, plaquent le père au sol. Les voisins évoquent des tirs dans les serrures, que la police dément, mais c’est bien par des éclats de bois qu’a été blessée la fillette, touchée alors qu’elle dormait dans la chambre d’à côté. Et le tout pour rien : la police s’est trompée de porte, elle visait en fait le voisin. Hospitalisée, la petite fille n’a rien de grave et la police a reconnu une « erreur rare ».

Lire aussi : Récit d’une perquisition musclée dans le Val-d’Oise

 

Le musicien Ibrahim Maalouf retenu sans motif

Ibrahim Maalouf, trompettiste français renommé, qui a rendu un hommage aux victimes des attentats sur le plateau du « Grand Journal » de Canal+ le 16 novembre, a raconté au site spécialisé Clique avoir été retenu plusieurs heures par des policiers, gare du Nord à Paris, avant de monter dans un train Eurostar pour Londres.

Le natif de Beyrouth (Liban) aurait alors appris que son passeport avait fait l’objet d’un signalement auprès de l’organisme de coopération policière Interpol. Papiers confisqués, interrogatoire… Une fois relâché, il raconte sur son compte Facebook sa mésaventure relayée aussitôt sur Le Parisien, qui impute la responsabilité à la douane au lieu de la police. Le musicien prend ensuite son train, avant d’être invité à en descendre par « trois agents de la douane », fâchés d’avoir été associés à l’épisode. S’il dit comprendre l’attitude de la police face au signalement d’Interpol (dont il ne saisit pas la raison), Ibrahim Maalouf reproche aux douaniers d’avoir « dépassé les limites en [le] traitant comme un terroriste potentiel devant tout un wagon juste parce qu’un journaliste a écrit par erreur qu’ils [l]’avaient arrêté ».

Lire aussi : Que va changer l’état d’urgence pour les citoyens ?

 

« Acharnement contre un lieu sacré »

Les riverains de la mosquée d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), eux, sont scandalisés par l’état du bâtiment laissé par la police après sa perquisition musclée, dans la nuit du 16 au 17 novembre. Un des responsables de la mosquée a assuré avoir proposé les clés à la police, qui a refusé, « préférant forcer la porte ». Un adjoint au maire d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi, a posté sur sa page Facebook des photos des dégradations subies par le lieu de culte, qu’il qualifie d’« acharnement contre un lieu sacré ».

Ces personnes pourront-elles obtenir réparation ? En théorie, elles peuvent porter plainte pour violation de domicile et voie de fait, sans garantie, bien entendu, d’obtenir réparation. Il est même possible, si les dommages causés ont été reconnus par la police, d’invoquer la responsabilité de l’Etat, et d’adresser les factures au ministère. Dans certains cas, les forces de police ou les préfectures ont déjà indiqué qu’elles indemniseraient les personnes concernées.

Lire aussi : Que contient la loi sur l’état d’urgence ?

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 17:46

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

François Gemenne : « L’urgence climatique et l’urgence terroriste posent la même question »

 

 

Oublier le climat pour se concentrer sur la sécurité est contre-productif aux yeux de François Gemenne, spécialiste des migrations. Ces deux questions nous rappellent qu’« il va falloir faire des choix qui touchent à notre rapport à l’autre ».

 

 

Tout était réglé depuis des mois. Enfin, la menace climatique allait être en haut de la liste des préoccupations médiatiques et politiques, grâce à la Conférence des Nations unies sur le climat (à Paris, du 30 novembre au 11 décembre). Et puis la France a été frappée.

La menace terroriste a remplacé la menace climatique dans nos têtes et dans les journaux. Même les actions prévues de la société civile sont annulées.

Dans ce triste temps intermédiaire, il est utile d’écouter François Gemenne. Spécialiste des migrations, ce chercheur en sciences politiques travaille depuis dix ans sur les impacts du changement climatique sur nos sociétés. Contre les préjugés – si nombreux sur ces sujets – il alerte, explique et, parfois, s’énerve.

 

Une rue inondée à Wenling, dans la province du Zhejiang en Chine, le 10 août 2015

Une rue inondée à Wenling, dans la province du Zhejiang en Chine, le 10 août 2015 - STR/AFP
 

Quand on nous parle du changement climatique, c’est souvent avec des mots techniques et des chiffres froids, à propos de faits lointains. François Gemenne fait partie de ceux qui savent rappeler que ces questions sont déjà inscrites dans notre quotidien.

 

Rue89 :  Les attentats ont éloigné un peu plus l’urgence climatique dans l’agenda politique et médiatique. Comment être entendu quand on parle du climat après ces événements ?

François Gemenne : Après les attentats, tout passe au second plan, tout le reste apparaît dérisoire. C’est compréhensible, mais c’est évidemment aussi le but des terroristes : capter toute l’attention politique et médiatique. Or, la question climatique nécessite un autre état d’urgence, comme le dit Bruno Latour. Il est absolument capital que les attentats ne détournent pas l’attention qui doit être portée à la COP21. Parce qu’au fond, l’urgence climatique et l’urgence terroriste posent la même question : comment vivre ensemble dans un monde globalisé ? Et, accessoirement, c’est le pétrole qui finance largement Daech…

 

Vous êtes spécialiste des migrations. Comment en êtes-vous venu à travailler sur le climat  ?

Au départ, c’est une coïncidence. J’étais stagiaire à l’ONU à New York à l’été 2001, et je me suis retrouvé coincé dans un ascenseur avec l’ambassadeur de Tuvalu. Il m’a raconté que si son pays avait adhéré aux Nations unies – ce qui coûte cher à leur échelle –, c’est uniquement pour sensibiliser la communauté internationale à la possibilité que Tuvalu se trouve englouti par la hausse du niveau des mers.

A l’époque, le changement climatique apparaissait comme une menace assez lointaine, on savait encore assez peu de choses sur sa dimension humaine. Cette question m’a passionné.

 

La situation a peu changé depuis 2001, on parle encore souvent du changement climatique comme d’une menace lointaine...

Oui, on continue à voir le changement climatique comme une catastrophe future que l’on peut éviter, en particulier si l’on a un accord fort à Paris [pendant la COP21, ndlr].

La vérité, c’est que le changement climatique est déjà là, c’est déjà une réalité. Les catastrophes naturelles déplacent chaque année 26 millions de personnes [plus que le nombre de réfugiés de guerre, ndlr], c’est une personne par seconde, et à ce chiffre il faut ajouter les déplacements liés à des dégradations plus lentes de l’environnement.

Simplement, on ne voit pas les victimes parce qu’elles habitent dans des pays loin de nous, où peu d’entre nous ont déjà mis les pieds

 

Sur la question des réfugiés climatiques, on parle souvent de dizaines de millions de personnes déplacées d’ici quelques décennies, de hordes de personnes débarquant en Europe. Ces chiffres vous semblent justifiés  ?

La vérité, c’est qu’on est incapable de dire «  il y aura X millions de déplacés en telle année  », en l’état actuel de la science. On peut établir des scénarios, c’est tout. Il faut aussi essayer de comprendre comment les migrations ont lieu sur le terrain.

On voit que les populations les plus vulnérables sont aussi celles qui sont les moins mobiles, contrairement à ce qu’on pourrait croire, parce que les migrations coûtent très cher. La migration se fait aussi parfois de manière irrationnelle, parfois d’une zone vulnérable à une autre zone vulnérable, parce que les gens n’ont pas les moyens d’aller plus loin.

Tout cela dépend aussi beaucoup des choix politiques et collectifs qui seront faits. Quand je parle de choix politiques, c’est, par exemple, quel territoire menacé on va préserver et quel autre on va sacrifier.

On ne pourra pas mettre des digues partout, on ne pourra pas construire des îles artificielles partout, donc des choix politiques vont être faits, et ces choix vont avoir des conséquences énormes sur les déplacements et les localisations des populations.

 

Comment faire prendre conscience qu’il y a déjà des choix à faire sur ces sujets  ?

Il faut faire comprendre aux dirigeants que leur intérêt est d’accompagner ces migrations pour en tirer un maximum de bénéfices, pour les migrants comme pour les sociétés d’accueil et d’origine.

Plutôt que faire de la migration une solution de dernier ressort, on peut en faire une solution d’adaptation. Les gens peuvent migrer non pas parce qu’ils ont échoué à s’adapter, mais précisément pour s’adapter. Pour cela, il faut mettre en place les conditions, leur donner les moyens de s’adapter en leur donnant des ressources, des contacts ou des informations.

 

Après les attentats, le débat sur l’immigration s’est encore dégradé. Certains ont fait le lien entre l’arrivée de réfugiés en France et le trajet des terroristes. Craignez-vous que la situation empire ?

Un des objectifs des terroristes, c’est évidemment de monter les gens les uns contre les autres. Et notamment de jeter la suspicion sur les réfugiés, puisque Daech est l’ennemi commun de la France et des réfugiés. Même si l’on pourrait croire qu’il s’agit d’une mesure de sécurité nécessaire, fermer la porte aux réfugiés sert en réalité l’intérêt des terroristes.

Et marginaliser, stigmatiser les populations musulmanes sert aussi l’intérêt des terroristes, puisque ce sont ces musulmans marginalisés qu’ils espèrent recruter et radicaliser. C’est leur stratégie.

 

Faut-il politiser la question climatique, comme le recommande par exemple la chercheuse Amy Dahan  ?

Tout à fait. Tout se passe comme s’il y avait un grand consensus politique sur la question climatique, comme si ce n’était pas un enjeu électoral. C’est cet unanimité de façade qui fait naître certains mouvements climatosceptiques.

Mais le seul consensus sur la question est scientifique. Au niveau politique, il y a des intérêts extrêmement contradictoires qui sont en présence. Il va falloir faire des choix qui vont froisser des intérêts, fâcher certaines personnes...

On a l’impression que la population est totalement coupée de ces choix collectifs. Les élections régionales françaises tombent par un hasard de calendrier en même temps que la COP21. Pourtant, on a l’impression que ce qui va se passer dans les urnes n’a rien à voir avec ce qu’il va se passer au Bourget [lieu où va se dérouler la COP21, ndlr]. Il y a un problème démocratique.

Les acteurs autour de la table sont toujours les gouvernements, comme on le faisait après la Seconde Guerre mondiale. Or, ceux qui ont le plus de leviers pour agir ne sont pas les Etats, mais les collectivités, la société civile, les sociétés privées. Il faut penser à mettre d’autres acteurs autour de la table, à signer d’autres types d’accords. On pourrait même représenter les acteurs non humains et les générations futures autour de la table.

Quelque chose m’a beaucoup frappé au sommet de Copenhague en 2009. Pour que la négociation ne soit pas juste un calcul de tonnes de CO2 sur des tableaux Excel, la société civile, les ONG, les peuples indigènes sont venus et ont essayé de représenter la réalité du changement climatique. Dans les derniers jours, pour des raisons de sécurité, ils ont été exclus du centre de négociation. On avait l’impression d’une négociation totalement déconnectée de la réalité. Mais on ne doit pas négocier que des tonnes de CO2 ou des milliards d’euros, on négocie aussi la vie des gens.

 

Malheureusement, les marches et rassemblements prévus ont été annulés. Pensez-vous que cela peut nuire à l’issue de la COP ?

Bien sûr. Tout ce qui réduira le rôle, la force et la voix de la société civile sera nuisible à la COP. La société civile est indispensable pour ancrer la négociation dans le réel, pour éviter qu’elle ne s’enferme dans une bulle comme cela avait été le cas à Copenhague.

Cela étant, je comprends naturellement la nécessité d’éviter les rassemblements de foule importants. Mais la société civile doit maintenant trouver d’autres façons de manifester et de peser sur la négociation. Après tout, on n’est pas forcés de manifester avec ses pieds : on peut aussi manifester avec sa voix, avec son téléphone, avec son compte Facebook...

 

Comment inscrit-on la vie des gens dans un accord international ?

La solution que l’on peut trouver à un problème tient beaucoup à la représentation que l’on se fait de ce problème. Aujourd’hui, il n’y a pas de représentation commune du problème du changement climatique. Pour certains, c’est un problème économique, pour d’autres, un problème de survie, de développement, de sécurité, de compétitivité. La lutte contre le changement climatique n’est donc pas un projet politique mobilisateur, elle est encore vécue comme une contrainte.

On a une vision claire du monde catastrophique auquel il faut essayer d’échapper. Ce qu’on n’a pas encore, c’est une idée d’un monde attirant. Quel est le chemin et les obstacles pour y arriver dans deux générations ? Il faut commencer par construire ensemble ce projet politique.

 

Pour provoquer une prise de conscience, faut-il s’énerver, comme vous l’avez fait sur plusieurs plateaux de télé  ?

Je ne suis pas expert en communication, je ne sais pas si c’est une bonne stratégie. J’estime que mon rôle de chercheur est aussi de montrer que ce ne sont pas des débats de salon, d’exprimer les options qui s’offrent à nous.

Il va nous falloir faire des choix qui touchent à notre rapport à l’autre. C’est là qu’il y a des correspondances entre le climat et les migrations.

Je ne veux pas accuser Philippe Verdier de défendre le Front national, mais il y a dans son discours sur le climat quelque chose qui se rapproche beaucoup de celui du FN sur l’immigration. Verdier dit que le changement climatique va produire une série d’impacts positifs en France, que c’est bien pour nous, que ça va créer une ambiance de vacances. De la même façon, le FN dit qu’il ne faut pas laisser les autres venir chez nous, parce qu’on est bien entre nous, et ce parti propose de créer une forteresse autour de nous. C’est la même logique.

Sur le climat, la question c’est  : est-on capable de sacrifier notre intérêt actuel pour l’intérêt supérieur de gens qu’on ne connaît pas, soit parce qu’ils habitent ailleurs, soit parce qu’ils ne sont pas encore nés  ? La question se pose principalement dans les pays industrialisés qui doivent faire l’essentiel de l’effort et qui ne seront pas les principales victimes des impacts du changement climatique.

 

Faut-il désigner des responsables  ?

C’est très difficile d’identifier des responsables. La Chine est le premier émetteur mondial mais la majorité des biens qu’elle produit sont destinés au marché mondial. Qui est responsable  ? Je pense qu’il faut plutôt travailler sur la capacité à faire quelque chose. J’en reviens aux migrations. Angela Merkel a dit « nous allons accueillir des réfugiés » et elle a dit « nous allons le faire parce que nous pouvons le faire, nous avons les moyens de le faire ». Avec cette logique-là, on ouvre beaucoup de perspectives.

 

Vous êtes optimiste sur la réponse de nos élus à cette question ?

Non, et c’est pour ça qu’il faut une mobilisation de la société civile. Malheureusement, quand on parle d’environnement, on s’adresse aux gens comme à des consommateurs, pas comme à des citoyens. Vous pouvez acheter tel type d’ampoules, vous pouvez acheter des panneaux solaires… Ces actes sont important, mais l’essentiel de nos émissions dépendent de choix collectifs et on ne le dit pas assez.

Les médias ont un rôle à jouer. Je rêve d’un débat politique télévisé entre des candidats sur des questions climatiques et environnementales, pour contribuer à les mettre à l’agenda politique et à en faire un déterminant du vote.

 

Beaucoup de gens croient à des solutions technologiques. Est-ce une bonne piste de recherche ou un leurre  ?

Ça reste largement un leurre. Il y a un vrai risque de tomber dans le techno-optimisme, un vrai risque de se dire « ce n’est pas grave de ne pas réduire aujourd’hui nos émissions, on pourra compter dans le futur sur une rupture technologique majeure qui nous permettra de nous passer des énergies fossiles ». Bien sûr, j’espère cette rupture, et bien sûr, les technologies auront un rôle à jouer. Mais ces technologies n’arriveront pas forcément à temps et elles peuvent comporter des risques, comme l’a montré la géo-ingénierie.

D’autre part, certaines technologies existent déjà mais ne sont pas accessibles à tous, notamment pour les pays en développement et pour certaines classes sociales. Pour eux, l’énergie la moins chère est souvent la plus polluante. Il faut rendre ces technologies plus accessibles.

Le drame, c’est que nous avons déjà aujourd’hui les solutions technologiques qui permettraient de nous en sortir, mais elles sont trop peu utilisées, notamment parce que les énergies fossiles reçoivent énormément de subventions, ce qui rend les renouvelables moins compétitives.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 17:11

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Animaux transgéniques

Le saumon OGM autorisé pour la consommation humaine

par

 

La décision vient d’être prise par les autorités sanitaires des États-Unis : pour la première fois dans le monde, un animal transgénique est autorisé pour la consommation humaine. Le poisson OGM devrait donc débarquer prochainement sur les étals des supermarchés. Il s’agit d’un saumon transgénique de la marque AquAdvantage, modifié avec un gène d’un autre saumon pour grandir deux fois plus vite. Baptisé « Frankenfish » par ses détracteurs, il a été autorisé à la consommation humaine aux États-Unis par la Food and Drug Administration (FDA) le 19 novembre. La FDA a publié ses recommandations : « Après un examen scientifique exhaustif et rigoureux, la FDA est arrivée à la conclusion que le saumon AquAdvantage est aussi sûr pour la consommation que le saumon de l’Atlantique non-génétiquement modifié, et il est aussi nutritif. » Selon l’agence sanitaire, les gènes insérés dans l’ADN du poisson sont restés stables sur plusieurs générations, la modification génétique est sans danger pour le saumon lui-même, et le produit obtenu répond aux attentes en terme de croissance plus rapide.

Ce saumon est développé par AquaBounty Technologies, dont l’actionnaire principal est le groupe Intrexon, spécialiste de la biologie de synthèse. L’entreprise assure qu’il n’y aucun risque de dissémination dans la nature, car elle affirme ne produire que des saumons femelles, stérilisées. Une stérilisation qui ne serait efficace qu’à 99,8 %, admet cependant l’entreprise... Qui peut dire aujourd’hui que ces saumons d’élevage élevés dans des bassins, ne se retrouveront pas demain dans les mers où leur prolifération deviendra incontrôlable ? Une université canadienne a croisé ces saumons OGM avec des truites sauvages : 40 % des rejetons hybrides héritent du gène ajouté artificiellement – et ces hybrides grandissent encore plus vite que le saumon OGM ! Selon lautorisation de la FDA, le saumon AquAdvantage ne pourra être élevé que dans deux installations, au Canada et à Panama.

 

Bientôt des porcs et poulets OGM ?

D’autres animaux génétiquement modifiés ont déjà été autorisés, mais pas pour la consommation humaine (lire notre enquête : Ces animaux mutants que la cuisine génétique vous prépare) : poissons d’aquarium, papillons, moustiques transgéniques pour lutter contre la dengue au Brésil, mouches OGM. Aux États-Unis, l’opposition est grande : la FDA a reçu plus de deux millions de messages lors des consultations dans le cadre de la procédure d’autorisation du saumon. Plusieurs États, comme la Californie ou l’Alaska, souhaitent l’interdire sur leur territoire. Des chaines de supermarchés sont opposées à sa commercialisation. L’étiquetage « OGM » de ce saumon ne sera pourtant pas obligatoire [1].

Au Canada, c’est un cochon génétiquement modifié avec un gène de souris, l’Enviropig™, qui attend son autorisation de mise sur le marché. Et les laboratoires de biotechnologies multiplient les expériences sur les poulets transgéniques, les chèvres avec un gène d’araignée, les lapins et autres poissons-zèbres fluorescents.

 

A lire sur le sujet :
- Après le moustique OGM au Brésil, le papillon génétiquement modifié à New York
- Des millions de moustiques OGM sur le point d’être commercialisés au Brésil
- Le gouvernement catalan refuse de recourir aux mouches OGM
- Ces animaux mutants que la cuisine génétique vous prépare

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Alertes- Ce que vous devriez savoir
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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 16:59

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Capitalisme vert

Comment les multinationales se servent du changement climatique pour imposer leur futur modèle agricole

par

 

 

Les émissions de gaz à effet de serre liées au secteur agricole sont dans le collimateur des gouvernements. Un nouveau concept émerge : « l’agriculture climato-intelligente », en vue de produire plus et mieux… Dans les arènes des négociations sur le climat, les multinationales sont dans les starting-blocks pour promouvoir des « engrais intelligents » et des plantes génétiquement modifiées tolérantes à la sécheresse. Alors que l’agro-industrie est en passe de remporter la bataille sur l’agro-écologie, des chercheurs et des ONG tentent de renverser la donne. Enquête.

Près d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre seraient imputables à l’agriculture [1]. Un chiffre inquiétant... et dérangeant. Car il englobe tous les systèmes de production, de l’agriculture « conventionnelle » à l’agriculture biologique, de l’élevage hors-sol à l’élevage pastoral, des monocultures industrielles aux petites fermes en polyculture-élevage. Alors que la responsabilité des agriculteurs dans le réchauffement climatique se retrouve pointée du doigt, des acteurs agro-industriels tirent profit de ces amalgames pour reverdir leur image.

C’est le cas de Yara International, une entreprise norvégienne leader des engrais de synthèse, qui a vendu plus de 26 millions de tonnes d’engrais dans 150 pays l’an passé [2]. Le groupe se lance dans l’« intensification durable » ! L’idée ? Accroître le recours aux engrais chimiques augmenterait les rendements, et permettrait ainsi d’utiliser moins de terres agricoles et d’éviter les émissions liées à l’expansion des cultures sur les forêts. Ce raisonnement n’a pas convaincu l’ONG agricole Grain, qui, dans un nouveau rapport, souligne que les fabricants d’engrais figurent « parmi les principaux ennemis du climat au niveau mondial ». Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que pour 100 kilos d’engrais azoté appliqué sur les sols, un kilo se retrouve dans l’atmosphère sous forme d’oxyde nitreux (N2O), un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2 ! « Leurs produits pourraient être responsables de près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), sans parler des dommages entraînés pour les cours d’eau, les sols et la couche d’ozone », ajoute l’ONG. Un décalage entre pratiques et discours qui vaut à Yara une nomination au Prix Pinocchio du climat 2015 [3].

 

Agriculture climato-intelligente : un concept dangereux

La FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, n’est pas de cet avis : elle considère l’intensification durable comme une solution « intelligente » pour faire face aux changements climatiques. En dépit des critiques formulées par les ONG, Yara fait partie des multinationales qui ont récemment rejoint l’Alliance mondiale pour l’agriculture climato-intelligente (Gacsa [4]), qui regroupe des pays, des ONG de conservation environementale, des universités et des centres de recherche. Le concept d’« agriculture climato-intelligente » – climate smart agriculture, en anglais – repose sur trois piliers. Il s’agit d’abord, explique la FAO, d’augmenter la productivité agricole pour faire face à l’augmentation de la population mondiale, et « d’adapter les systèmes agricoles » face aux événements climatiques extrêmes amenés à se multiplier, tels que les inondations ou les sécheresses. Troisième pilier, la mise en œuvre des pratiques agricoles qui « atténuent » les émissions de gaz à effet de serre.

 

 

Basta ! s’est plongé dans le guide des initiatives « climato-intelligentes » [5]. Au menu des remèdes miracles, le colza tolérant aux herbicides, qui permettrait d’utiliser « moins de produits chimiques de moins en moins toxiques », ou bien encore le maïs tolérant à la sécheresse, qui augmenterait les rendements « de 20 à 30 % » – ce que conteste par ailleurs l’association Inf’Ogm. En septembre 2015, une centaine d’organisations ont signé un appel qui reproche au Gacsa de ne pas préciser les critères qui permettraient de définir ce qui peut, ou pas, être qualifié de « réponse intelligente » au changement climatique. « Il n’y a aucun travail sur la définition des critères de l’agriculture climato-intelligente, car définir reviendrait à exclure des pratiques agricoles », souligne Jeanne-Maureen Jorand du CCFD-Terre solidaire. Or, sans norme ou critères d’exclusion, ce concept est tout simplement dangereux. »

 

Développer l’agriculture industrielle au nom de la lutte climatique

« La définition de l’agriculture climato-intelligente était une ligne rouge pour le gouvernement français », relate Jeanne-Maureen Jorand. Lors du lancement du Gacsa, Annick Girardin, secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie, avait ainsi mis en garde sur les risques de certaines pratiques, comme les OGM ou le recours aux agrocarburants : « Il nous faut veiller à ne pas tout cautionner au nom de la lutte contre le dérèglement climatique, et à bien nous assurer que les solutions que nous mettrons en place ne créent pas plus de problèmes qu’elles n’en résolvent », déclarait-elle en septembre 2014. Le gouvernement français a finalement décidé de s’engager dans le Gacsa aux côtés de vingt et un autres pays, expliquant auprès de l’AFP vouloir « être dedans plutôt que dehors pour avoir une influence ».

 

 

C’est aussi la position de certains organismes de recherche, comme le Cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement [6]. « La définition n’est pas assez rigoureuse, ce qui laisse les portes ouvertes à différentes manières d’intensifier et à la vision d’une agriculture plus industrielle, observe Emmanuel Torquebiau, chargé de mission « changement climatique » au Cirad. On se bat à l’intérieur du Gacsa pour faire valoir notre point de vue. »

 

Danone et Walmart, nouveaux défenseurs de l’agriculture intelligente

« On propose des recherches scientifiques permettant de vérifier ce qui relève de l’agriculture climato-intelligente écologique ou du greenwashing, explique Emmanuel Torquebiau. Il s’agit de rester dans ces réseaux pour y mettre de la science, car il y a beaucoup de discours de façade. » Le Cirad, principalement à l’œuvre dans les pays du Sud, préconise des pratiques agro-écologiques, comme la couverture permanente du sol, afin d’augmenter la matière organique, de piéger du CO2 et de limiter le recours aux engrais. L’Inra, Institut national de la recherche agronomique, également membre du Gacsa, encourage l’agroforesterie en cultivant, par exemple, « des céréales sous les arbres pour mieux résister à la sécheresse ».

Mais la bataille entre agro-écologie et agro-industrie est fortement déséquilibrée au sein de l’alliance, celle-ci comptant une forte représentation du secteur privé. Outre des membres actifs, comme Danone, l’Alliance compte en son sein le Conseil mondial des entreprises sur le développement durable (WBCSD en anglais), qui regroupe de très nombreuses multinationales. Selon les ONG, environ 60 % des membres du Gacsa seraient issus du secteur privé des engrais [7]. Emblématique de cette stratégie, Walmart, le leader mondial de la grande distribution, veut réduire ses émissions, en associant ses fournisseurs à des programmes d’« optimisation des engrais » élaborés par Yara [8] !

 

 

Concrètement, les plantations d’oranges de PepsiCo, entreprise fournisseur de Walmart, doivent désormais recourir à des engrais azotés portant la marque « faible empreinte carbone » de Yara. Censés entraîner moins de ruissellement, ces engrais visent à « éviter une situation dans laquelle les aliments issus de l’agriculture biologique seraient les seuls à bénéficier d’un label dans le cadre de la lutte contre le changement climatique » (sic), explique Yara.

 

La « finance carbone » à l’assaut de l’agriculture

Invité en mars dernier aux troisièmes rencontres de l’agriculture climato-intelligente, à Montpellier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a insisté sur « les puits de carbone » que constituent les sols. « Plus vous augmentez la matière organique de vos sols, plus vous stockez des gaz à effet de serre, a-t-il expliqué. Et, en plus, on augmente les rendements ! » Le gouvernement a lancé un programme de recherche international intitulé « 4 pour 1 000 ». En améliorant de 0,4 % par an la capacité de stockage en carbone des sols à travers la mise en œuvre de certaines pratiques agricoles – non définies pour l’instant –, ce projet ambitionne d’absorber et de stocker 75 % des émissions de gaz à effet de serre ! Et de restaurer, en plus, les terres dégradées, notamment en zone aride et quasi aride du continent africain.

« Au vu des chiffres que j’ai annoncés, précise Stéphane Le Foll, il y a un enjeu qui en vaut largement la chandelle, qui mériterait qu’on finance aussi, à travers le marché du carbone, les techniques, les évolutions, les modèles de production de demain. » S’il aboutit, le projet 4 pour 1 000 pourrait ainsi devenir un outil de compensation des émissions de gaz à effet de serre pour les entreprises privées, à l’instar du projet d’Air France dans les forêts de Madagascar (lire notre enquête). « Un rôle central est confié à la finance carbone et aux investisseurs financiers », dénoncent l’association Attac et la Confédération paysanne dans une note commune sur l’agriculture climato-intelligente. « Ces dispositifs ont pourtant démontré leur inefficacité et leur incapacité à générer une transition post-carbone. Il n’y aucune raison qu’il en soit autrement dans l’agriculture. »

 

L’agriculture climato-intelligente, nouvel avatar du greenwashing ?

À quelques jours de l’ouverture de la COP 21, les organisations de la société civile demandent aux gouvernements de ne pas reconnaître cette « agriculture climato-intelligente » comme solution possible au changement climatique. Une position partagée par la secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie, qui a insisté en septembre 2014 pour que Gacsa « ne vienne pas interférer et se substituer aux négociations climat ». Contacté par Basta !, le ministère de l’Agriculture souligne que l’agriculture climato-intelligente pourrait figurer dans « l’agenda des solutions », un texte rassemblant les engagements des acteurs non étatiques et qui pourrait figurer aux côtés de l’accord négocié à Paris.

« L’initiative 4 pour 1000 figure déjà dans cet agenda », remarque Jeanne-Maureen Jorand. Une table ronde des technologies bas carbone (LCPTI), portée par le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable et appuyée par le gouvernement français, apparaît aussi dans l’agenda. Parmi les invités de cette table-ronde figure d’ores et déjà... Monsanto ! « C’est une catastrophe, réagit Jeanne-Maureen Jorand, le gouvernement est en train d’institutionnaliser cet agenda des solutions et d’entériner la voie de l’agriculture climato-intelligente sans aucun critère et sans aucune discussion. » Interrogé à ce sujet, le ministère de l’Agriculture n’a pas souhaité répondre.

@Sophie_Chapelle

 

Photos :
- Une : plantations industrielles de salades en Californie / CC Malcolm Carlaw
- Une ferme labellisée climato-intelligente / CIAT.
- Intervention de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, à la 3e conférence internationale sur l’agriculture climato-intelligente, en mars 2015 / © CSA 2015 Montpellier.
- Employé de Yara / source.

Notes

[1Dans une évaluation publiée en avril 2014, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture, aux forêts et à la pêche représentent 10 à 12 gigatonnes équivalent CO2, soit 24 % des émissions mondiales. Source

[2Yara International a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 11,1 milliards d’euros. Voir son site.

[3« Les Prix Pinocchio du Climat ont pour but d’illustrer et de dénoncer les impacts négatifs des entreprises multinationales et spécialement celles qui se blanchissent avec un discours “ vert ” »

[4Cette alliance a été lancée en septembre 2014, à l’occasion du sommet sur le climat à New York, par la Banque mondiale, le CGIAR (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale et la FAO.

[5Voir le guide des success stories du CGIAR, publié en 2013 par le CGIAR.

[6Membre de l’Alliance, le Cirad a organisé la 3e conférence internationale sur l’agriculture climato-intelligente à Montpellier du 16 au 18 mars 2015.

[7Cette sur-représentation est assurée au travers d’alliances professionnelles comme l’Alliance internationale des industries de la fertilisation ou encore le « Fertilizer Institute » dont Yara est membre.

[8Voir ici et

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 18:31

 

Source : https://www.laquadrature.net/fr

 

 

État d'urgence : l'État policier pour éluder tout bilan critique

 

 

Paris, le 19 novembre 2015 — L'Assemblée nationale a voté aujourd'hui le projet de loi sur la refonte de l'état d'urgence1, adopté en extrême urgence dans un climat de surenchère autoritaire sans précédent. La Quadrature du Net s'inquiète de plusieurs mesures contenues dans la loi, notamment concernant les perquisitions informatiques, la censure d'Internet et la liberté d'association. À rebours de toute réflexion de fond sur les causes profondes des attentats et la manière de régler une situation complexe, la classe politique dans son ensemble se désavoue elle-même en répondant par la restriction générale des libertés publiques à une attaque sans précédent contre nos libertés.

 

pour votre sécurité

Si le projet de loi précise et actualise un certain nombre de points, notamment en rouvrant une possibilité de recours administratif, La Quadrature du Net regrette profondément qu'il soit refondu dans des délais rendant impossible un examen serein et un débat éloigné des émotions actuelles. Les modifications qui sont faites sur le texte ne sont pas anodines et touchent profondément aux libertés fondamentales. La Quadrature du Net appelle les sénateurs qui voteront le texte demain à adopter des amendements visant à restreindre la portée temporelle de l'état d'urgence, à renforcer le contrôle judiciaire et à borner strictement toutes les mesures exceptionnelles afin d'éviter toute utilisation de l'état d'urgence à des fins autres que celles ayant justifié sa déclaration.

 

 

En effet, les mesures votées sous pression du gouvernement par les députés en ce jour touchent aux fondements des libertés publiques et individuelles :

 

 

  • Tout d'abord sur la prorogation de 3 mois de l'état d'urgence, qui n'est pas justifiée par d'autres motifs que celle de s'affranchir du principe de séparation des pouvoirs. Depuis le début de l'état d'urgence samedi dernier, nombre de perquisitions administratives conduites le sont pour des affaires relevant du droit commun, sans aucun lien avec la lutte antiterroriste, et préfigurent un État policier que la prorogation de trois mois risque de banaliser.

 

  • Au sujet de la perquisition administrative, l'extension aux appareils électroniques et informatiques ne se limite pas à la copie des éléments trouvés sur les appareils, mais permet également la saisie de l'ensemble des éléments et documents « accessibles à partir du système initial ou disponibles pour le système initial ». En dehors de tout contrôle strict par l'autorité judiciaire, c'est donc open bar pour aller chercher de façon extrêmement large n'importe quelle information sur n'importe quel appareil électronique ou informatique de résidents français, et notamment toute information accessible via des identifiants, mots de passe collectés lors d'une perquisition, tout contenu stocké sur Internet, etc.

 

  • Les députés ont également voté un amendement permettant au Ministre de l'Intérieur de faire bloquer sans délai tout site Internet « faisant l'apologie du terrorisme ou provoquant à des actes de terrorisme ». Ce blocage administratif et secret, instauré avec la loi antiterrorisme de 2014 qui confiait déjà cette possibilité aux services de police, ne bénéficiera d'aucun contrôle judiciaire (pas même celui de la CNIL prévu en temps normal).

 

  • En ce qui concerne l'assignation à résidence, il est à noter que la nouvelle rédaction allège sensiblement les conditions nécessaires à cette mesure gravement attentatoire aux libertés individuelles : là où le texte de 1955 demandait que l' « activité s'avère dangereuse pour la sécurité et l'ordre publics », le projet de loi prévoit quant à lui de s'appliquer au personnes pour lesquelles il existe des « raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre publics », formulation beaucoup plus large et floue. Aucune définition des « raisons sérieuses » n'est donnée. L'étude d'impact explique que les personnes visées sont celles « qui ont appelé l'attention des services de police ou de renseignement par leur comportement ou leurs fréquentations, propos ou projets ». Cette mesure laisse donc la porte ouverte à des interprétations très larges, d'autant plus graves que les mesures prises en état d'urgence ne sont pas garanties par l'intervention du juge judiciaire.

 

  • De même, le texte précise que cette assignation se fera sur des lieux déterminés par le Ministre de l'Intérieur, ce qui ouvre la voie aux pires demandes de rétention évoquées dans la classe politique (certains ayant évoqué des « camps d'internement »), avec possibilité de placement sous bracelet électronique.

 

  • Concernant la dissolution de groupes et d'associations, la procédure permet une interprétation très large et donc une atteinte grave à la liberté d'association, en décrivant des associations qui « participent à la commission d'actes portant une atteinte grave à l'ordre public, ou dont les activités facilitent cette commission ou y incitent », ce qui permettrait d'y inclure nombre d'associations promouvant, par exemple, l'utilisation de technologies de chiffrement qui sont utilisées certes par des criminels, mais surtout principalement par de nombreux citoyens innocents. Cette crainte est renforcée par le fait que les pouvoirs extraordinaires conférés au pouvoir administratif par l'état d'urgence sont actuellement utilisés pour des affaires sans lien avec l'anti-terrorisme.

 

« Le débat et le vote de la loi sur l'état d'urgence à l'Assemblée nationale montrent que les députés et le gouvernement sont dans le déni complet de la situation actuelle. Ce vote marqué par une ambiance d'acharnement contre l'État de droit et la séparation des pouvoirs montre que la France est bien loin d'avoir entrepris le travail nécessaire à un vrai règlement du risque terroriste dans toute sa profondeur. Nous appelons les citoyens à marquer leur désapprobation auprès de leurs représentants de manière très claire, puisque c'est au nom de leurs craintes que les députés, paniqués, sacrifient aujourd'hui les libertés. Ils croient ainsi créer un illusoire sentiment de sécurité en mettant en place, pour plusieurs mois, un État réellement policier2. Devant ce vote en sur-urgence3, il ne nous reste plus guère que la possibilité de documenter le désastre, en espérant un sursaut proche. » déclare Adrienne Charmet, coordinatrice des campagnes de La Quadrature du Net.

 

La Quadrature du Net vous invite à appeler vos députés pour leur demander d'ouvrir une enquête parlementaire d'investigation sur les lois de surveillance et antiterroristes : la réponse aux attentats ne peut pas être qu'une baisse des libertés ! Agissez maintenant pour demander un vrai bilan !

 

  • 1. Le texte a été adopté à 551 voix contre 6.
  • 2. La principale caractéristique de l'état d'urgence étant de placer entre les mains de la police les prérogatives normalement attribuées au pouvoir judiciaire
  • 3. Texte présenté en conseil des ministres mercredi matin, en commission des lois de l'Assemblée nationale le même jour, votée à l'Assemblée nationale jeudi matin, en Commission des lois du Sénat jeudi après-midi, au Sénat vendredi matin

 

 

Source : https://www.laquadrature.net/fr

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 21:16

 

Source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

Réfugiés et aides sociales : les intox de Pierre Lellouche

Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par

 

 

 

Pierre Lellouche, député de Paris, le 7 janvier 2015.

Le député (LR) de Paris, Pierre Lellouche, invité de RMC, a assuré que « l’Europe n’est pas une terre d’asile », et que « ce sont des dizaines et des centaines de personnes qui vont arriver ». Surtout, selon M. Lellouche, un réfugié politique aurait droit à plus d’aides « qu’une famille modeste » : 700 euros par mois, selon lui.

 

Ce qu’il a dit :

« Aujourd’hui, un réfugié politique, en France, il a droit à 700 euros par mois, il a une priorité au logement, il a droit au transport gratuit, toutes sortes de choses auxquelles la famille modeste ici n’a pas droit »

 

Pourquoi c’est faux

 

1. Un peu de vocabulaire

Lorsque l’on parle d’immigration, on a souvent tendance (les politiques les premiers) à confondre plusieurs notions :

- un demandeur d’asile est une personne qui cherche à obtenir un statut de réfugié auprès d’un pays. Durant l’examen de sa demande, il peut être aidé, mais peut aussi se voir refuser sa requête, et donc devoir – en théorie – quitter le pays. En pratique cependant, nombre de déboutés du droit d’asile restent en France, devenant de fait des immigrés clandestins (ou « sans-papiers ») ;

- un réfugié est une personne qui a obtenu le droit d’asile, et donc un statut officiel l’autorisant à rester, ainsi que son conjoint et leurs enfants mineurs, en France durant dix ans. Il a ensuite accès à plusieurs aides et dispositifs.

 

Les Asiatiques sont les plus nombreux réfugiés statutaires en France
 

0 25000 50000 75000 100000 125000 150000 175000 200000 Nombre de réfugiés selon le continent de provenanceAfrique AmériquesAsieEurope1980199020002010

2011
Afrique : 43 643
Amériques: 4 105
Asie: 62 702
Europe: 46 881
Total : <b>157 331</b>
Source : OFPRA

 

On compte en France aujourd’hui environ 175 000 réfugiés selon le ministère de l’intérieur, et le droit d’asile a été accordé, en 2014, à 14 564 personnes, pour 64 536 demandes.

 

Demandes et admissions à l'asile en France
 
 

2. Que touchent les réfugiés ?

Une personne qui a obtenu le statut de réfugié obtient un permis de séjour de dix ans en France, le droit de travailler et l’accès au contrat d’accueil et d’intégration (CAI), un « forfait » qui inclut des formations en langue et un bilan de compétences professionnelles. Mais elle ne touche aucune aide spécifique.

En réalité, un réfugié a accès à la même chose que les Français : allocations (familiales et logement), prestations sous conditions de ressource, revenu de solidarité active (RSA) s’ils n’ont aucun revenu, et couverture maladie universelle (CMU). Ces deux dernières allocations ne sont versées qu’aux réfugiés n’ayant aucun autre revenu. Dès lors qu’ils travaillent, les réfugiés cotisent et sont assujettis aux mêmes régimes que les nationaux.

Un réfugié n’a donc ni accès à 700 euros par mois, ni à davantage d’aides qu’une famille française modeste : il a les mêmes droits et les mêmes aides que cette famille, dans les mêmes conditions. Il a ainsi accès aux aides au logement ou à des logements sociaux, mais sans obtenir de priorité automatique du fait de son statut de réfugié : une mère célibataire réfugiée en France avec trois enfants sera considérée au même niveau qu’une mère célibataire française par les offices HLM.

De même, il n’y a pas de « transports gratuits » spécifiquement destinés aux réfugiés : là encore, ceux-ci ont accès aux aides données aux plus modestes par les conseils généraux et régionaux, dans les mêmes conditions.

Ce tableau résume qui a droit à quoi :

 

 

3. Mais alors de quoi parle M. Lellouche ?

En réalité, M. Lellouche a mélangé deux choses : les réfugiés et les demandeurs d’asile. Il parle donc probablement ici de demandeurs d’asile et de l’allocation temporaire d’attente (ATA).

L’ATA était jusqu’ici versée aux demandeurs d’asile en attente d’instruction du dossier, à condition de ne pas être hébergé dans un centre d’accueil. Pour la percevoir, il fallait ne pas dépasser un certain revenu : 524 euros pour une personne seule, 700 euros pour un couple, jusqu’à 1 571 euros pour un parent seul avec quatre enfants mineurs.

L’ATA était de 11,45 euros par jour, soit 343,50 euros par mois. Elle n’était accordée que durant l’instruction de la demande d’asile, ou durant la durée la protection temporaire ou subsidiaire (des variantes de l’asile).

Mais, et M. Lellouche, en tant que député, ne devrait pas l’ignorer, la loi a changé. Un texte, voté le 29 juillet, réforme le droit d’asile et cette allocation, qui disparaît pour les demandeurs d’asile. Une nouvelle allocation pour demandeur d’asile la remplace, dont les conditions d’attribution n’ont pas encore été précisées par décret.

Les demandeurs hébergés en centre d’accueil ont eux aussi accès à une aide, plus modeste : l’allocation mensuelle de subsistance (AMS) de 91 euros par mois pour une personne seule et qui peut grimper jusqu’à 791 euros par mois pour une famille de six enfants.

Enfin, signalons que les personnes en situation irrégulière ont accès à quelques aides, notamment l’aide médicale de l’Etat (AME) qui leur donne donc la gratuité des soins.

 

4. Grands mélanges et petits calculs

Sciemment confondre un réfugié, à qui la France a accordé sa protection au terme de l’examen de son dossier, un demandeur d’asile, dont le dossier est en cours d’examen, et un immigré clandestin, présent dans le pays sans titre de séjour ni justification, contribue à créer la confusion, et à donner une vision caricaturale de situations complexes.

On ne parle pourtant pas franchement des mêmes chiffres : on compte en France 178 000 personnes qui ont le statut de réfugié (en 2014). La plus grande majorité provient… d’Asie. Il s’agit assez souvent des anciens boat people des années 1980. Entre 10 000 et 15 000 personnes par an obtiennent ce statut.

Les demandeurs d’asile sont plus nombreux (51 000 demandes pour 14 000 admissions en 2014), et la question de leur devenir lorsqu’ils sont déboutés reste posée, la France ayant le plus grand mal à les expulser du territoire. Mais ces personnes qui restent en France sans statut sont alors des clandestins, qui n’ont pas droit à beaucoup d’aides, essentiellement l’aide médicale d’Etat (AME).

 

 

 Samuel Laurent
Responsable des Décodeurs - Vérifications, contexte, données.

 

 


Source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 17:31

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits

19 novembre 2015 / Émilie Massemin (Reporterre)
 


 

 

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech (alias État islamique) en lui achetant du pétrole ? Non, selon les spécialistes interrogés par Reporterre. Daech tire deux millions de dollars par jour de l’or noir, soit environ un cinquième de ses revenus. Et sa production de moins de 40.000 barils par jour, largement autoconsommée, ne pèse pas lourd dans la région.

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech en lui achetant du pétrole ? Non, assurent les deux spécialistes interrogés, Matthieu Ausanneau (Shift Project) et Valérie Marcel (Chatham House). Si l’or noir reste une source de financement importante pour l’Etat islamique, ce dernier exporte peu et complète son budget par d’autres trafics. Faisons le point.

 

De quelles ressources pétrolières Daech dispose-t-il ?

L’État islamique contrôle actuellement 60 % des ressources pétrolières de Syrie. Il dispose principalement de champs pétroliers dans la province de Deir ez-Zor, dans l’est du pays. « C’est une province assez vaste, plus ou moins désertique et peu peuplée, située à frontière de l’Irak », décrit à Reporterre Matthieu Auzanneau, chargé de la prospective au Shift Project et auteur dOr noir, la grande histoire du pétrole. Daech y produit de 30.000 à 40.000 barils chaque jour. « C’est très peu par rapport aux standards du golfe Persique, où la production se compte en millions de barils par jour », relativise ce spécialiste du pétrole.

Cette production, faible, est « structurellement en déclin », poursuit-il. En effet, la Syrie a dépassé son pic de production à la fin des années 1990. « Il est intéressant de voir que la diminution de cette manne pétrolière, pour des raisons écologiques d’épuisement de la ressource, a contribué au marasme économique du pays, remarque M. Auzanneau. Le même phénomène se produit, en pire, au Yémen, et y participe à l’effondrement des institutions étatiques. »

 

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Construction d’un oléoduc en Irak dans les années 1930.

En Irak, quatrième exportateur mondial de pétrole et détenant 40 % des réserves mondiales, Daech ne disposerait pas de champs pétroliers, estime M. Auzanneau. « Une grande peur était que l’État islamique remette la main sur les puits pétroliers de Kirkouk, dans la zone d’autorité des Kurdes d’Irak, mais il s’est arrêté à Mossoul », constate-t-il.

En 2014, d’après le rapport Islamic State : the Economy-Based Terrorist Funding rédigé par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez, Daech contrôlait encore 13 champs de pétrole dans les gouvernorats de Ninive, al-Anbar, Salah ad-Din et Kirkouk. Le pétrole produit dans ces champs représentait 10 % des capacités de production irakiennes.

Mais « Daech a perdu les trois-quarts des champs pétroliers dont il disposait dans l’ouest et le nord-ouest de l’Irak, reconquis par les forces kurdes et irakiennes », relate le docteur Valérie Marcel, chercheuse associée énergie, environnement et ressources à l’Institut royal des relations internationales (Chatham House) de Londres. Qui évalue toutefois la production de Daech en Irak à « 10.000 barils par jour, à rapporter au 3,4 millions de barils par jour de capacité de production que totalise l’Irak ».

 

Quels revenus Daech tire-t-il de sa production de pétrole ?

L’État islamique tire environ 2 millions de dollars par jour de la vente de brut et de produits pétroliers plus ou moins raffinés. « C’est très peu pour la région, mais cela représente une part substantielle du revenu de Daech, qui s’élève au total à un peu moins de 10 millions de dollars par jour [soit environ 3,5 millards d’euros par an], d’après les évaluations des services de renseignement américains et européens », analyse Matthieu Auzanneau. « A cette source directe d’or noir s’ajoute une autre, indirecte mais sans doute très importante : les pétrodollars donnés par de riches habitants des pays arabes du golfe arabo-persique, via divers canaux occultes », précise-t-il.

Contrairement à ce qui se lit parfois, le pétrole de Daech n’est pas vendu en-dessous des prix du marché, estime le chargé de prospective au Shift Project. « Le prix varie entre 25 et 40 dollars le baril, ce qui est moins cher que le baril de Brent mais correspond aux prix du marché dans la région, évalue-t-il. Sachant que le prix varie en fonction du type de pétrole : plus le pétrole est lourd, moins il est cher. »

 

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Défilé de combattants de l’État islamique.

« On exagère souvent les revenus que l’État islamique tire du secteur pétrolier, estime pour sa part Valérie Marcel. Je pense qu’aujourd’hui, ils tirent davantage de revenus de taxes, d’extorsions et de péages. » En effet, outre le pillage de la banque centrale de Mossoul en juin 2014, qui lui a apporté environ 500 millions de dollars états-uniens, Daech se finance par la contrebande de matières premières, la vente de produits contrefaits (cigarettes, vêtements), le zakat (l’aumône islamique obligatoire) et le mécénat de quelques grandes fortunes du Golfe.

« Historiquement, le pétrole a joué un rôle dans la fortune de Daech, mais actuellement tout est bombardé. Tous les oléoducs ont été fichus en l’air, idem pour les raffineries, renchérit Pierre Radanne, expert énergie à l’association 4D. Les revenus de l’État islamique viennent aussi du trafic de drogues et du trafic d’armes, ainsi que du racket des populations locales. Une des manières de casser Daech est de casser sa tirelire, mais pas forcément par le pétrole. »

 

Qui achète et consomme ce pétrole ?

Le pétrole produit par Daech est essentiellement consommé sur place, en Syrie et en Irak, explique Matthieu Auzanneau. « On soupçonne fortement que l’État islamique troque avec le régime de Bachar el-Assad du brut contre des produits raffinés, complète Valérie Marcel. Nous ne disposons pas de preuves fermes, mais le régime de Bachar el-Assad avait déjà noué une entente de ce genre avec al-Nosra, un groupe rival de Daech en Syrie. » Des soupçons d’autant plus forts que l’État islamique ne dispose que de faibles capacités de raffinage. L’existence d’un tel trafic semble possible à M. Auzanneau : « Cela a été évoqué par la CIA il y a un an et nous n’avons pas d’éléments nouveaux depuis. Mais cela semble plausible dans la mesure où l’armée de Bachar el-Assad a peu fait pression sur l’État islamique, avec peu d’actions aériennes. »

Concernant d’éventuelles exportations vers la Turquie, M. Auzanneau se montre prudent. « On entend beaucoup fantasmer sur cette idée, mais en réalité la production de pétrole de Daech est faible, et la part exportée vers la Turquie représente une goutte d’eau sur le marché turc et moins encore au niveau mondial », relativise-t-il. « Une portion de brut doit passer en Turquie, mais les volumes sont moins élevés qu’autrefois car les contrôles à la frontière sont plus importants », complète Mme Marcel.

 

Comment ces ressources pétrolières évoluent-elles ?

Les bombardements états-uniens et français sur l’appareil de production (champs, oléoducs, raffineries) ont fait redescendre la production de pétrole de Daech de 70.000 à 40.000 barils par jour en environ en un an...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:46

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

Le gouvernement suit la droite vers un état d'urgence renforcé

|  Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

 

 

 

Le gouvernement a présenté mercredi le projet de loi permettant la prolongation à trois mois de l’état d’urgence. La loi du 3 avril 1955 sera également fortement renforcée, en échange de quelques garanties supplémentaires pour les citoyens.

 

Surtout ne pas laisser le terrain sécuritaire à la droite. Depuis les sanglants attentats de vendredi, le gouvernement poursuit la même stratégie. Mercredi, il a présenté le projet de loi permettant la prolongation à trois mois de l’état d’urgence, ainsi que plusieurs modifications apportées à une loi vieille de 60 ans. Le texte prévoit quelques garanties supplémentaires face au régime d’exception prévu par l’état d’urgence. Mais il permet surtout son extension dans plusieurs domaines. Dans la soirée de mercredi, la commission des lois de l'Assemblée nationale a encore durci l'arsenal des mesures. Les policiers seront notamment autorisés à porter leur arme en dehors du service, une vieille revendication de la droite et des syndicats de police.

« L’état d’urgence, et l’État de droit. » C’est le message qu’avait pourtant martelé mercredi le gouvernement en présentant le projet de loi, validé mercredi en conseil des ministres et qui devrait être adopté jeudi par l'Assemblée en procédure accélérée. « L’état d’urgence n’est pas le contraire de l’État de droit. (...) Il est son bouclier », a juré Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur devant les députés. « On protège et on garantit l'État de droit (...) C'est ce qui fait l'engagement du président de la République », avait déjà indiqué, quelques heures plus tôt, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

Le décret pris par le conseil des ministres, réuni en toute hâte, dans la nuit de vendredi à samedi, permettait d’instaurer l’état d’urgence sur tout le territoire métropolitain pour 12 jours. C’est la limite fixée par la loi. Pour aller au-delà, il faut passer devant l’Assemblée et le Sénat : c’est le premier objectif du texte validé mercredi 18 novembre en conseil des ministres qui prolonge l'état d'urgence à trois mois, « à compter du 26 novembre 2015 ». Mais au gouvernement comme dans la majorité, personne n'exclut que cette période ne puisse être prolongée par la suite. « La perspective que d'autres attentats aient lieu dans les prochaines semaines ne peut être écartée », a affirmé l'influent président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, le député PS Jean-Jacques Urvoas.

« Il est indispensable, pour approfondir la lutte contre le terrorisme, que les autorités administratives puissent recourir à ces mesures pendant une période limitée mais suffisamment longue pour s’assurer que les réseaux terroristes, au-delà des procédures juridictionnelles en cours, puissent être, par des actions coercitives, mis hors d’état de nuire », explique le gouvernement dans l’exposé des motifs du projet de loi déposé mercredi à l’Assemblée. « L’état d’urgence est une nécessité pour la sécurité des Français », a affirmé Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. L’argument a été validé par le conseil d’État qui considère qu’eu « égard à la nature de l’attaque dont a été victime notre pays et à la persistance des dangers d’agression terroriste », la prorogation de l’état d’urgence est « justifiée » (lire ici l’avis du conseil d’État dans son intégralité).

Pour l’instant, l’application de l’état d’urgence a abouti à 414 perquisitions administratives (hors la tutelle d’un juge) et 64 interpellations, selon le ministère de l’intérieur. Par ailleurs, 118 assignations à résidence ont été prononcées sur l’ensemble du territoire.

 

 

Pourtant, comme le président de la République l’avait annoncé lundi lors de son discours devant le Congrès réuni à Versailles, le gouvernement ne s’est pas contenté de se donner du temps pour démanteler les cellules terroristes présumées. Il soumet à l’examen des parlementaires plusieurs modifications de la loi du 3 avril 1955 qui définit et encadre l’état d’urgence. L’une d’elles est une simple adaptation du texte aux technologies existantes : il est explicitement écrit qu’il est possible d’accéder aux données d’un ordinateur ou d’un disque dur. Mais là n’est pas l’essentiel.

 

L’assignation à résidence : élargie et renforcée

Le projet de loi, validé mercredi en conseil des ministres, dont le vote est prévu dès jeudi en procédure accélérée par l’Assemblée nationale, prévoit une extension et un durcissement des assignations à résidence, permises dans le cadre de l’état d’urgence. Jusque-là, l’article 6 prévoyait que soit visée « toute personne (…) dont l'activité s'avère dangereuse pour la sécurité et l'ordre publics ». Ce sera désormais « toute personne (…) à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». Une acception beaucoup plus large.

 

Une personne assignée à résidence pourra désormais être escortée au lieu de résidence fixé par les policiers ou les gendarmes. Elle pourra être contrainte de pointer, jusqu’à trois fois par jour, dans un commissariat ou à la gendarmerie, ainsi que de devoir remettre son passeport aux forces de l’ordre. Elle pourra aussi être obligée de rester jusqu’à 8 heures par jour à son domicile – un délai qui pourrait être porté à 12 heures lors du débat parlementaire : de très nombreux députés, sur tous les bancs, y sont favorables. Enfin, il sera désormais possible de lui interdire « de se trouver en relation, directement ou indirectement, avec certaines personnes, nommément désignées, dont il existe des raisons sérieuses de penser que leur comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». Toutes ces dispositions n’existaient pas jusque-là.

 

Mercredi soir, le groupe LR (ex-UMP) a par ailleurs proposé en commission des lois un amendement pour imposer le bracelet électronique aux assignés à résidence. Cette vieille revendication de la droite a été soutenue par plusieurs socialistes, dont Jean-Jacques Urvoas. Le gouvernement, représenté par la secrétaire d'État Clotilde Valter, a été pris de court : après une suspension de séance, celle-ci s’est engagée à présenter un amendement du gouvernement en séance, ce jeudi. « L'amendement est dans la seringue, s'est félicité le député LR Philippe Gosselin mercredi soir. Je serais surpris qu'il ne soit pas accepté demain. On progresse de façon intelligente ! »

 

Surtout, la majorité a finalement lâché sur une autre demande de LR : la possibilité pour les forces de l'ordre d'utiliser leur arme, même quand les policiers et les gendarmes ne sont pas en service. Les appels à la prudence de Daniel Vaillant, l'ancien ministre socialiste de l'intérieur, n'ont servi à rien. Tout en affirmant que cette disposition n'est pas du ressort de la loi, Clotilde Valter, ancienne responsable de la sécurité à Matignon du temps de Lionel Jospin, a annoncé que cette décision allait être prise prochainement par le ministre de l'intérieur. « Il y a un projet d'arrêté pour autoriser de façon générale le port d'armes des policiers hors service. Charge aux chefs de service ensuite d'apprécier s'ils le permettent ou pas à leurs agents », a confirmé la ministre à Mediapart, à l'issue de la commission des lois.

 

Le gouvernement a en revanche maintenu l’interdiction de camps de rétention pour les assignés à résidence. « En aucun cas, l'assignation à résidence ne pourra avoir pour effet la création de camps où seraient détenues les personnes visées », précise la loi de 1955. Le député LR (ex-UMP) Laurent Wauquiez a proposé la création de tels camps pour toutes les personnes ciblées par une fiche S, soit plus de 11 000 personnes. François Hollande a indiqué lundi que le gouvernement allait saisir le conseil d’État pour examiner la faisabilité juridique d’une telle disposition. « J’en tirerai toutes les conséquences », a-t-il indiqué. En off, l’exécutif se dit convaincu que la disposition est anticonstitutionnelle et, surtout, inefficace. Mais il ne veut surtout pas laisser un millimètre à la droite sur le terrain sécuritaire.

 

Des perquisitions partout, tout le temps

Le projet de loi élargit également le champ des perquisitions administratives permises par l’état d’urgence. Contrairement au droit commun, ces perquisitions peuvent être ordonnées de jour comme de nuit, en dehors de toute procédure judiciaire. Ce principe ne change pas. Il est même étendu : elles ne seront plus seulement possibles aux domiciles des personnes visées mais « en tout lieu, y compris un domicile (…) lorsqu’il existe des raisons sérieuses de penser que ce lieu est fréquenté par une personne dont le comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». Ce peut donc être une salle de prière, un café ou une voiture…  

 

Les peines encourues pour non-respect de l’état d’urgence (assignation à résidence, fermeture d’une salle de spectacle ou remise d’une arme) sont aussi fortement renforcées : elles pourront aller de six mois à trois ans d’emprisonnement, et de 7 500 euros à 45 000 euros d’amende. Jusque-là, c’était de huit jours à deux mois de prison et une amende de 11 à 3 750 euros.

 

Enfin, le gouvernement a ajouté une disposition absente de la loi existante qui permet de dissoudre des « associations ou groupements de fait » qui participent, aident ou incitent à commettre des « actes portant une atteinte grave à l’ordre public ».

 

En contrepartie de ce renforcement évident de l’état d’urgence jusque-là en vigueur, le texte prévoit de nouvelles garanties. Il supprime une disposition, très critiquée de longue date, sur le contrôle des médias. « Le contrôle de la presse et de la radio est supprimé », a indiqué Stéphane Le Foll mercredi à la sortie du conseil des ministres. Plusieurs députés ont pourtant déposé un amendement pour le rétablir lors de l’examen parlementaire entamé mercredi après-midi à l’Assemblée. Y compris dix élus socialistes. Les députés en ont longuement débattu. Mais le gouvernement l’a exclu : « Le contrôle de la presse n'a plus de pertinence dans l'abondance du monde médiatique qui est le nôtre », a avancé le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve.

 

Le gouvernement a également précisé – ce qui n’était pas le cas dans le texte signé par René Coty en 1955 – que les perquisitions administratives ne pouvaient pas viser les lieux d’exercice du mandat d’un parlementaire (son bureau ou sa permanence), et les bureaux des avocats, des magistrats ou des journalistes. Toutefois, un amendement écologiste pour empêcher que leurs domiciles soient également perquisitionnés a été rejeté. De telles perquisitions privées seront donc possibles.

 

Autre concession à l'État de droit : les citoyens visés par ces mesures pourront également les contester plus facilement : jusque-là, une personne concernée pouvait contester son assignation à résidence par exemple en saisissant une « commission consultative » composée par des conseillers départementaux… Une instance dont les contours n’ont jamais été précisés et qui n’a jamais été activée par quiconque, selon Philippe Cossalter, professeur de droit public. Le projet de loi du gouvernement prévoit que toute personne visée par une assignation à résidence ou une perquisition administratives puisse saisir en référé le juge administratif. Même si les perquisitions ne se font pas sous son autorité, le procureur de la République devra être « informé sans délai ». Elles devront également se faire en présence d’un officier de police judiciaire, et en présence de l’occupant du lieu visé. Ou, à défaut, de son représentant ou de deux témoins.

 

Après les attentats de Paris et de Saint-Denis vendredi, d’une exceptionnelle gravité, François Hollande a très vite adopté une attitude très martiale, usé d’un langage guerrier (« La France est en guerre », a-t-il indiqué lundi). Il a annoncé une batterie de mesures sécuritaires d’importance. Surtout, il a annoncé que l’état d’urgence ne devait pas seulement être prolongé et adapté : le président de la République veut l’inscrire dans la Constitution.

 

Avec le gouvernement, il prépare une réforme constitutionnelle pour y intégrer un « état de sécurité », entre les pouvoirs exceptionnels (article 16) et l’état de siège (article 36). François Hollande veut également modifier en profondeur le droit du sol : il a annoncé qu’il allait proposer de déchoir de leur nationalité les binationaux nés français et de leur interdire leur retour sur le territoire, en cas de condamnation pour faits de terrorisme. Autant de mesures jusque-là portées par la droite et l’extrême droite. Mercredi soir, le député LR Philippe Gosselin pouvait jubiler. « Quelle révolution en quatre jours ! Il y a bien encore quelques dissidences chez les écologistes, mais la dissidence est extrêmement limitée. » Voilà comment on parle, désormais, dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:06

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

La liste des victimes des attentats du 13 novembre

|  Par Michel de Pracontal

 

 

 

Les 129 victimes des attentats ont été identifiées. Nous avons reconstitué une liste de 120 victimes dont les identités ont été rendues publiques par des proches ou des amis sur des sites web, des médias ou des réseaux sociaux.

 

Le bilan des attentats du 13 novembre est à ce jour de 129 morts et 352 blessés. L'identité de la très grande majorité des victimes tuées par les terroristes a été divulguée par leurs proches ou amis sur les réseaux sociaux ou sur différents sites de médias ou de presse, ou dans certains cas par des organismes ou entreprises où ils travaillaient. Mediapart a rassemblé ces informations publiques pour établir la liste suivante, qui regroupe 120 victimes. Les photos des visages des victimes sont visibles sur le site de Francetvinfo. Une infographie avec des informations nominatives se trouve sur le site de l'AFP.

Tués au Bataclan :

Stéphane AlbertiniStéphane Albertini © DR

Stéphane Albertini, chef de salle du restaurant italien Chez Livio, à Neuilly, apprécié des joueurs du PSG, cousin de Pierre Innocenti (voir ci-après).

Nick Alexander, 36 ans, Britannique, originaire de Colchester, amateur de rock, s’occupait des produits de merchandising du groupe Eagles of Death Metal.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, Parisien, oncle d’une élue de Quimper, marié, père de deux filles et grand-père de deux petits-enfants, fondateur de la société de sérigraphie Art Go.

Thomas Ayad, 32 ans, originaire d’Amiens, chef de produit pour le label de musique Mercury Records, rattaché à Universal Music Group.

Guillaume B. Decherf (Barreau-Decherf), 43 ans, natif de la Meuse, journaliste aux Inrockuptibles, chroniqueur de rock.

Emmanuel Bonnet, 47 ans, de la Chapelle-en-Serval (Oise), employé à la RATP, joueur de basse, marié, deux enfants, était au concert avec l’un d’eux qui est sain et sauf.

Maxime Bouffard, 26 ans, originaire de Coux-et-Bigaroque dans le Périgord, joueur de rugby amateur, Parisien depuis cinq ans, réalisateur.

Quentin Boulenger, 29 ans, chef de projet digital chez L’Oréal, originaire de Reims, vivait dans le XVIIe arrondissement de Paris.

Élodie Breuil, 23 ans, originaire de Boulogne-Billancourt, étudiante en design à l’école de Condé, dans le XVe arrondissement de Paris.

Claire Camax, 35 ans, originaire d’Avignon, dessinatrice graphiste, vivait à Houilles avec ses deux enfants, était au Bataclan avec son mari, blessé.

Nicolas Catinat, 37 ans, originaire de Domont, Val-d’Oise, où il était artisan menuisier.

Baptiste Chevreau, 24 ans, originaire de Tonnerre (Yonne), musicien, petit-fils de la chanteuse Anne Sylvestre, vivait à Paris depuis cinq ans.

Nicolas ClasseauNicolas Classeau © DR

Nicolas Classeau, 43 ans, avait été lycéen à Émerainville en Seine-et-Marne, directeur de l’IUT Marne-la-Vallée, où travaillait Matthieu Giroud (voir ci-après), père de trois enfants ; sa compagne a été blessée.

Anne Cornet, 29 ans, originaire de Ville-Houdlémont, en Lorraine, vivait à Saint-Germain-en-Laye avec son mari Pierre-Yves Guyomard, tué aussi (voir ci après).

Precilia Correia, 35 ans, Franco-Portugaise, habitante d’Asnières-sur-Seine, salariée à la Fnac, tuée avec son ami Manu Perez (voir ci-après).

Marie-Aimée Dalloz, 34 ans, Parisienne, travaillait chez Amundi, société d’épargne salariale.

Elsa Delplace San Martin, 35 ans, Parisienne d’origine chilienne, mère d’un petit garçon de 6 ans, co-fondatrice de l’agence Les Pro’créatives, tuée avec sa mère Patricia San Martin (voir ci-après).

Alban Denuit, 32 ans, né en 1983 à Marmande, plasticien enseignant à Bordeaux-Montaigne, sculpteur, vivait à Bordeaux.

Vincent Detoc, 38 ans, originaire de L’Haÿ-les-Roses, architecte, guitariste amateur, marié, père de deux enfants, vivait à Gentilly.

Elif DoganElif Dogan © DR

Elif Dogan, 26 ans, Belge d’origine turque, Liégeoise, travaillait dans une société d’informatique avant de rejoindre son compagnon Milko Jozic à Paris (voir ci-après).

Fabrice Dubois, 46 ans, marié, deux enfants, rédacteur concepteur chez Publicis conseil, notamment pour des publicités pour les chewing-gums Hollywood, vivait à Médan dans les Yvelines.

Romain Dunay, 28 ans, professeur d’anglais à l’ensemble scolaire catholique Saint-Michel de Picpus (Paris et Saint-Mandé), et musicien.

Thomas Duperron, 30 ans, originaire d’Alençon, responsable communication de la salle de concerts parisienne La Maroquinerie, vivait à Saint-Ouen.

Mathias Dymarski, 22 ans, originaire de Metz, ingénieur ESITC (école supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction), considéré comme l’un des plus doués des « streeters » français (pratiquant du vélo acrobatique), tué avec sa compagne Marie Lausch (voir ci-après).

Germain Ferey, 36 ans, originaire de Vienne-en-Bessin, dans le Calvados, travaillait dans la production et l’illustration audio-visuelle, habitait Paris, était au concert avec son ami Antoine Mary (voir ci-après).

Grégory Fosse, 28 ans, natif de Gambais dans les Yvelines, programmateur musical pour la chaîne D17, vivait à Paris.

Christophe Foultier, 39 ans, directeur artistique chez Havas Life Paris, marié, deux enfants, vivait à Courbevoie.

Julien Galisson, 32 ans, originaire d’Orvault (Loire-Atlantique), habitant à Nantes, célibataire, fan de musique, était au concert avec une amie qui a eu la vie sauve.

Suzon Garrigues, 21 ans, étudiante en troisième année de licence de lettres modernes appliquées à la Sorbonne.

Juan Alberto Gonzalez Garrido, 29 ans, Espagnol, a vécu à Madrid, ingénieur au Centre national d’équipement nucléaire d’EDF à Montrouge, habitait à Paris depuis deux ans avec son épouse, présente avec lui au Bataclan, qui n’a pas été tuée dans l’attaque.

Mayeul Gaubert, 30 ans, originaire de Morey en Saône-et-Loire, juriste, Parisien.

Matthieu Giroud, 39 ans, originaire de Jarrie (Isère), géographe, enseignant à l’IUT de Marne-la-Vallée dirigée par Nicolas Classeau (voir plus haut), marié, père d’un garçon de 3 ans, vivait à Paris avec son épouse, actuellement enceinte.

Cédric Gomet, 30 ans, originaire de Foucherans, dans le Jura, Parisien, travaillait pour la chaîne de télévision TV5 monde, guitariste du groupe d’électro-rock « First All The Machines ».

Nohemi GonzalezNohemi Gonzalez © DR

Nohemi Gonzalez, 23 ans, Américaine d’origine mexicaine, étudiante en art à l’université d’État de Long Beach, Californie, séjournait à Paris dans le cadre d’un programme d’échange de six mois.

Pierre-Yves Guyomard, 43 ans, ingénieur du son, professeur de sonorisation à l’ISTS (école de son), marié avec Anne Cornet, morte avec lui (voir plus haut).

Olivier Hauducœur, 44 ans, Parisien, ancien élève de l’École nationale supérieur d’ingénieurs de Caen, coureur de cross amateur, travaillait chez Arval, filiale de location automobile de BNP Paribas.

Frédéric Henninot, 45 ans, employé de la Banque de France à Cergy, père de deux enfants, était au Bataclan avec sa compagne Stéphanie, blessée.

Pierre-Antoine Henry, 36 ans, Parisien, ingénieur (architecte système) chez Sagem puis chez Tns-MARS, marié, père de deux petites filles.

Mathieu Hoche, 37 ans, originaire de Siouville-Hague (Manche), cameraman pour la chaîne France 24, père d’un garçon de 9 ans, vivait à Montreuil.

Pierre Innocenti, 40 ans, restaurateur, patron de Chez Livio, à Neuilly, qu’il dirigeait avec son frère, à la suite de leurs père et grand-père, tué en même temps que son chef de salle Stéphane Albertini (voir plus haut).

Nathalie Jardin, 31 ans, régisseuse au Bataclan, originaire de Marcq-en-Barœul (Nord), Parisienne.

Marion Jouanneau, 24 ans, de Chartres où elle a été élève au lycée Marceau, étudiante, assistait au concert d’Eagles of Death Metal accompagné de son petit ami.

Milko Jozic, 47 ans, Belge, Liégeois, ingénieur, vivait à Paris depuis plusieurs mois avec sa compagne Elif Dogan, tuée en même temps que lui (voir plus haut).

Jean-Jacques Kirchheim, 44 ans, Parisien originaire de Saint-Maur, salarié de Free.

Marie Lausch, 23 ans, originaire de Saint-Julien-lès-Metz, étudiante en communication à la NEOMA Business school de Reims, en stage à Paris, tuée avec son compagnon Mathias Dymarski (voir plus haut).

Renaud Le Guen, 29 ans, habitant de Savigny-sur-Orge, conseiller service chez MAN Truck&Bus (constructeur de camion et d’autocars), était au concert avec sa compagne Floriane, rescapée.

Gilles Leclerc, 32 ans, fleuriste à Saint-Leu-la-Forêt, fan de rock et de formule 1, était au Bataclan avec sa petite amie qui est saine et sauve.

Christophe Lellouche, 33 ans, Parisien, musicien, avait créé une agence de communication, Luminol.

Antoine Mary, 34 ans, originaire de Caen, développeur, avait travaillé chez Milky, agence parisienne de communication web, était au Bataclan avec son ami Germain Férey, tué lui aussi (voir plus haut).

Cédric Mauduit, 41 ans, fils d’un technicien agricole et d’une institutrice de la Manche, directeur de la modernisation au conseil départemental du Calvados, marié, père de deux enfants, habitait à Lion-sur-Mer après avoir été parisien.

Isabelle MerlinIsabelle Merlin © DR

Isabelle Merlin, 44 ans, ingénieur à Rambouillet.

Fanny Minot, 29 ans, monteuse pour l’émission Le Supplément de Canal plus. 

Yannick Minvielle, 39 ans, originaire d’Épervans en Saône-et-Loire, vivait et travaillait à Paris, où il était directeur de création chez Red/Publicis, et chantait dans un groupe de rock.

Cécile Misse, 32 ans, originaire de Gap (Hautes-Alpes), chargée de production au théâtre Jean-Vilar de Suresnes, tuée avec son compagnon Luis Felipe Zschoche Valle (voir ci-après).

Marie Mosser, 24 ans, originaire de Nancy, travaillait pour le label Mercury Music group (Universal Music France).

Quentin Mourier, 29 ans, originaire de Rouffach dans le Haut-Rhin, architecte (ENSA de Versailles), avait été chargé d’étude à l’Atelier international du Grand Paris et travaillait pour le projet Vergers Urbains, association du XVIIIe arrondissement de Paris qui plante des arbres fruitiers dans les quartiers parisiens.

Hélène Muyal, 35 ans, Parisienne, maquilleuse-coiffeuse, travaillait aussi dans la mode, était mariée et mère d’un enfant de dix-sept mois.

Romain Naufle, la trentaine, luthier à Paris dans le XXe.

Bertrand Navarret, 37 ans, originaire de la région de Tarbes, charpentier à Capbreton, amateur de surf, était de passage à Paris.

Christopher Neuet-Shalter, 39 ans, originaire de Levallois, consultant formateur en marketing digital, vivait à Clichy avec sa compagne et leur fille de 11 ans.

Lola OuzounianLola Ouzounian © DR

Lola Ouzounian, 17 ans, Arménienne, était au concert avec son père.

David Perchirin, 45 ans, ancien étudiant à Sciences Po Rennes, journaliste devenu instituteur à Bagnolet.

Aurélie de Peretti, 33 ans, d’une famille originaire de Corse, infographiste, avait travaillé dans des restaurants, habitait Saint-Tropez, et était venue à Paris pour le concert.

Manu Perez, 40 ans, travaillait pour Polydor (Universal Music France), père de deux filles, était le compagnon de Precilia Correia (voir plus haut).

Franck Pitiot, 33 ans, habitant de Meudon (Hauts-de-Seine), ingénieur diplômé de l’Esstin Nancy, travaillait chez MCCF, société de construction.  

Caroline Prenat, 24 ans, Lyonnaise, graphiste, diplômée de l’école d’Arts appliquées de Lyon, venait de s’installer à Paris. 

François-Xavier Prévost, 29 ans, originaire de Lambersart près de Lille, diplômé de l’Institut supérieur de commerce international de Dunkerque, était chef de publicité à l’agence LocalMedia à Lille, après plusieurs années chez Havas à Paris.

Armelle Pumir Anticevic, 46 ans, Parisienne, chef de fabrication chez Logic Design Studio, était au Bataclan avec son mari, Joseph, rescapé.

Richard Rammant, 53 ans, Parisien originaire du Lot, biker, fidèle du Cahors Blues Festival, marié, père de deux enfants, était au concert avec son épouse Marie-Do, blessée en même temps que lui mais rescapée.

Valentin Ribet, 26 ans, avocat au cabinet Hogan Lovells, Parisien.

Matthieu de Rorthais, 32 ans, Parisien.

Estelle Rouat, 25 ans, originaire de Concarneau, professeur d’anglais au collège Gay-Lussac de Colombes, était au Bataclan avec son ami, blessé.

Thibault Rousse Lacordaire, 36 ans, Parisien, ancien élève de l’établissement catholique Notre-Dame de Sainte-Croix à Neuilly, contrôleur de gestion chez Colony capital, fonds d’investissement qui a été actionnaire du Paris Saint-Germain, et bénévole à l’association le Relais Frémicourt.

Lola SalinesLola Salines © DR

Raphael Ruiz, 37 ans, Parisien, originaire de Grenoble où il avait été élève à Sciences Po, rédacteur chez Ubiqus, guitariste et passionné de musique.

Madeleine Sadin, 30 ans, Parisienne, professeur de français au collège Adolphe-Chérioux à Vitry-sur-Seine.

Lola Salines 28 ans, Parisienne, éditrice chez Gründ, membre de la ligue sportive La Boucherie de Paris, équipe de roller derby (sport d’équipe sur patin à roulettes).

Patricia San Martin, 61 ans, chilienne, exilée en France depuis le coup d’État de 1973,  fonctionnaire à la mairie de Sevran, tuée en même temps que sa fille Elsa Delplace San Martin (voir plus haut).

Hugo Sarrade, 23 ans, étudiant en intelligence artificielle à l’université de Montpellier, passait le week-end chez son père à Paris.

Maud Serrault, 37 ans, Parisienne, mariée, directrice de marketing de la société d’hôtels Best Western France, était au concert avec son époux, qui n’a pas été tué.

Sven Silva PeruginiSven Silva Perugini © DR

Sven Silva Perugini, 29 ans, du Venezuela, né à Caracas, domicilié depuis deux ans à Palma de Majorque, était au Bataclan avec deux amis vénézuéliens.

Valeria Solesin, 28 ans, Italienne de Venise, Parisienne depuis quatre ans, doctorante en sociologie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, bénévole pour l’ONG italienne Emergency.

Fabian Stech, 51 ans, né à Berlin, marié, père de deux enfants, installé en France depuis 1994, docteur en philosophie, critique d’art, vivait à Dijon où il était professeur au lycée privé Les Arcades. 

Ariane Theiller, 24 ans, a vécu près de Lille, a suivi un cursus à l’université de Strasbourg, était auteur d’un mémoire de master sur les super héros, habitait Montreuil et travaillait à Paris chez Urban Comics, filiale de Dargaud qui édite des bandes dessinées américaines.

Éric Thomé, 39 ans, ancien élève au lycée de Sèvres, photographe et graphiste, créateur de l’agence We are Ted à Paris, était père d’une petite fille et en attendait une deuxième.

Olivier Vernadal, 44 ans, dit Dadot, originaire de Ceyrat, Puy-de-Dôme, agent des impôts à Paris, ancien joueur de foot dans l’équipe de Ceyrat, habitait dans le XIe arrondissement, non loin du Bataclan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 35 ans, Chilien, Parisien depuis huit ans, guitariste et chanteur dans le groupe de rock Captain Americano, compagnon de Cécile Misse, tuée avec lui au Bataclan.

À La Belle Équipe, 92, rue de Charonne, dans le XIe

Ludovic Boumbas, 40 ans, d´origine congolaise, a grandi à Lille, était employé chez Fedex.

Ciprian Calciu, 32 ans, Roumain, et sa compagne Lacramioara Pop, Roumaine aussi, parents d’un enfant de 18 mois, ont été tués ensemble.

Romain Didier, 32 ans, Parisien, originaire de Sury-en-Vaux, dans le Sancerrois, avait travaillé pour le Little Temple Bar, à Paris, tué avec son amie Lamia Mondeguer, qui travaillait pour l’agence artistique Noma Talents.

Romain Feuillade, 31 ans, originaire de Gilly-sur-Isère, en Savoie, Parisien, restaurateur.

Véronique Geoffroy de Bourgies, 54 ans, ancien mannequin, ex-journaliste à Madame Figaro et à ParisObs, fondatrice du site Jemesensbien.fr, mariée, deux enfants.

Cédric Ginestou, 27 ans, Parisien originaire de Laval.

Michelli Gil Jaimez, 27 ans, Mexicaine, travaillait au café des Anges comme Houda Saadi.

Thierry Hardouin, 36 ans, policier à Bobigny, père de deux enfants, mort avec sa compagne.

Djamila Houd, 41 ans, Parisienne, originaire de Dreux, travaillait dans le prêt-à-porter, mère d’une fille de huit ans, mariée au propriétaire de La Belle Equipe, morte dans ses bras.

Hyacinthe Koma, originaire du Burkina Faso, serveur au restaurant Les Chics Types, dans le XIXe arrondissement de Paris.

Guillaume Le Dramp, originaire de Cherbourg, travaillait dans un restaurant, avait fêté ses 33 ans à La Belle Équipe où il a été tué.

Victor Muñoz, 25 ans, fils d’un élu du XIe arrondissement.

Halima Saadi, 37 ans, d’origine tunisienne, mère de deux enfants, et sa sœur Houda Saadi étaient à La Belle équipe pour fêter les 35 ans de cette dernière ; une grande partie des 18 victimes de La Belle Équipe était venue pour l’anniversaire.

Tués au Petit Cambodge, 20, rue Alibert, dans le Xe arrondissement :

Chloé Boissinot, 25 ans, originaire de Château-Larcher dans la Vienne, dînait avec son compagnon, blessé. Vivait à Paris, travaillait au bar Le Verre Volé.

Asta Diakité, cousine du footballeur Lassana Diarra, a été tuée à proximité du Petit Cambodge alors qu'elle faisait des courses.

Raphael Hilz, 28 ans, architecte, originaire de Garmisch, en Allemagne, travaillait au cabinet Renzo Piano Building Workshop, à Paris, dînait au Petit Cambodge avec deux collègues.

Stella VerryStella Verry © DR

Amine Ibnolmobarak, 29 ans, Marocain, architecte, encadrant à l’école national supérieure d’architecture du quai Malaquais. Son épouse a été blessée.

Justine Moulin, 23 ans, étudiante à Paris.

Anna Petard Lieffrig, 24 ans, graphiste et sa sœur Marion Petard Lieffrig, 30 ans, musicologue.

Sébastien Proisy, 38 ans, originaire de Valenciennes, diplômé de Sciences Po, avait travaillé dans un cabinet d’avocats.

Stella Verry, 36 ans, médecin généraliste au Pôle de Santé les Eiders, à Paris.

Tuées au café Le Carillon :

Charlotte Meaud et Émilie Meaud, sœurs jumelles de 30 ans, Parisiennes, Charlotte était chargée de développement de start-up, Émilie architecte.

Tué au bar La Bonne Bière :

Nicolas Degenhardt, 37 ans, Parisien, originaire du Mans, tué à La Bonne Bière.

Tuée rue de La Fontaine-au-Roi :

Lucie Dietrich, 37 ans, Parisienne originaire de Recologne, près de Besançon, graphiste, tuée rue de La Fontaine-au-Roi, salariée de L’Étudiant, sœur du fondateur de la marque de montres Dietrich.

Tué à son domicile :

Stéphane Hache, 52 ans, Parisien, originaire de Vendée, maître d’hôtel, tué d’une balle perdue dans son studio situé près du Bataclan, retrouvé le samedi 14.

Tué au Stade de France :

Manuel Colaco Dias, 63 ans, chauffeur d’autocar, Portugais, vivait à Cormontreuil, près de Reims, et travaillait pour l'entreprise rémoise Regnault Autocars.

Lieu du décès non confirmé :

Kheireddine Sahbi, 29 ans, Algérien, musicien, violoniste, étudiant en ethnomusicologie à la Sorbonne, vivait à Paris.

Anne Laure Arruebo et Cécile Coudon Peccadeau de l’Isle, inspectrices des douanes à la Direction générale des douanes et des droits indirects.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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