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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 17:03

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Loi Travail : le référendum syndical, faux ami des salariés

Pierre Gattaz et ses amis patrons de la Fnac ou des Galeries Lafayette n'en peuvent plus de voir les syndicats de salariés majoritaires bloquer les accords négociés avec les syndicats minoritaires, notamment ceux qui étendent le travail du dimanche. Alors Manuel Valls et Myriam El Khomri leur ont concocté une réforme sur mesure, intégrée dans la loi Travail, au nom qui fleure pourtant bon la démocratie : le référendum d'entreprise…
 
Le référendum d'entreprise est une mesure poussée par la droite et le patronat. - Sipa
 

Les syndicats, soit ils signent, soit on les évite. Dernier exemple en date de ce type de bras de fer direction-syndicats, le conflit au sein des Galeries Lafayette sur le travail du dimanche est en passe de finir devant la justice. La direction du groupe y conteste en effet la représentativité des syndicats majoritaires (CGT, FO et SCID) qui ont exercé leur droit d'opposition contre un accord proposé au sein de l'entreprise pour étendre le travail du dimanche. Mais si la loi Travail passait, elle offrirait à la direction une solution toute simple sur un plateau…

Résumé de la situation aux Galeries Lafayette : profitant des possibilités ouvertes par la loi Macron de 2015, la direction souhaite ouvrir tous les dimanches son magasin phare, boulevard Haussmann à Paris. A la suite de l'échec des négociations de branche, elle propose en mai un accord d'entreprise aux syndicats de salariés, rejeté à l'unanimité. Le 20 mai, elle parvient finalement à signer un compromis avec la CFE-CGC et la CFTC. Les deux syndicats sont habilités à le faire, puisqu'ils représentent à eux deux 37,94% des voix aux élections professionnelles, au-delà donc du seuil de 30% nécessaire à la validation de l'accord, prévu par la loi sur la représentativité syndicale de 2008. Mais cette même loi accorde aussi un droit d'opposition aux syndicats qui ne sont pas d'accord, à condition qu'eux représentent plus de 50% du personnel. C'est ce qu'il s'est passé vendredi : la CGT, FO et SCID, qui représentent 60,87% des salariés des Galeries, ont rejeté un "cadeau à la direction", dénonçant une signature "à la hâte" et "sous pression". Ce veto étant indépassable dans l'état actuel de la législation, l'accord est de facto rejeté.

 

"Le référendum d'entreprise, je n'y crois pas"

Pour tenter de faire valider son accord malgré tout, la direction des Galeries Lafayette conteste donc en justice la représentativité d'un des trois syndicats qui lui pose problème, le SCID (14,19%). La décision de la justice est attendue le 9 juin. Mais grâce à la loi El Khomri, adoptée en première lecture à l'Assemblée, les patrons pourront bientôt s'épargner ces imbroglios judiciaires. Et ce, grâce à une disposition intégrée au texte in extremis, annoncée à la surprise générale par Myriam El Khomri le 26 janvier dernier : le référendum d'entreprise à initiative syndicale. L'idée est lumineuse : quand un accord sera rejeté par les syndicats majoritaires, comme aux Galeries, ceux qui ont signé l'accord - à condition toujours qu'ils représentent au moins 30% du personnel - pourront lancer une consultation des salariés, laquelle aura le dernier mot.

Smart ou le chantage par référendum

A priori, quoi de plus démocratique que de faire voter les salariés ? Mais l'annonce de Myriam El Khomri a d'autant plus créé la surprise que le 20 octobre dernier, la ministre du Travail avait elle-même déclaré : "Le référendum d'entreprise, je n'y crois pas". A l'époque, elle réagissait au cas de l'usine Smart de Moselle, où les syndicats avaient rejeté un accord proposé par la direction pour relever de 37 à 39 heures le forfait d'heures payées 35. Menaçant de devoir recourir à des suppressions, la direction avait arraché l'accord de 56% des salariés lors d'un référendum. Le vote n'avait qu'une valeur consultative mais il a mis en valeur une chose : même quand leurs représentants syndicaux sont unanimes à rejeter un accord en leur défaveur, les salariés peuvent céder face au chantage à l'emploi. C'est pourquoi le gouvernement l'avait désavoué, Myriam El Khomri ajoutant : "Je n'y suis pas favorable, je crois aux syndicats dans notre pays. Pour moi les corps intermédiaires sont importants, ils représentent les salariés, ils ont été élus pour."

 

"On supprime le droit d'opposition"

Mais cela, c'était avant le cas Fnac, trois mois plus tard. Comme aux Galeries Lafayette, un accord sur le travail dominical est rejeté par les syndicats majoritaires alors qu'il avait été signé par trois syndicats représentant plus de 30% du personnel. Nous sommes le 20 janvier. Six jours plus tard, donc, coup de théâtre : le gouvernement intègre un référendum d'initiative syndicale dans son projet de loi Travail. Un nouvel "amendement Fnac", en somme, après le rejet de celui proposé dans la loi Macron l'an dernier, qui devait justement accorder de nouvelles possibilités d’ouverture aux distributeurs culturels. Et Myriam El Khomri a un argument tout trouvé pour expliquer que cela n'a rien à voir avec le chantage mené chez Smart, et que donc elle ne se contredit pas par rapport à ce qu'elle disait le 20 octobre :  il ne s'agit "pas d'un référendum à la main des entreprises mais d'un référendum à la main des organisations syndicales".

"Le referendum, c'est la mort du fait syndical !"
Sauf que comme l'a montré le cas Smart, les salariés ne sont pas toujours les mieux placés pour peser face à la direction… "Dans une période de chômage de masse, on est structurellement dans une forte situation de déséquilibre des rapports de force. Le chantage à l'emploi, individuel et collectif, d’un employeur envers ses salariés, ça existe, il y a eu des exemples", souligne pour Marianne Jérôme Pélisse, professeur de sociologie à Sciences Po et spécialiste des relations professionnelles. Lequel confirme un fait souligné par Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, au moment de l'annonce du référendum : "On supprime le droit d'opposition". "Cela revient à dire qu'aucun poids n'est donné aux élections professionnelles alors même que nous tirons notre légitimité de celles-ci", abondait Carole Couvert, présidente de la CFE-CGC. Résonnant avec les propos de Myriam El Khomri en octobre dernier, mais aussi avec cette maxime : "Le referendum, c'est la mort du fait syndical !". Celle-ci est de Jean Auroux, ministre du Travail de François Mitterrand, père de la "citoyenneté dans l'entreprise".


Source : http://www.marianne.net

 

 

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 16:13

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

El Khomri

Cisco va former 200 000 personnes. Bordel, à quoi sert la fac ?

 

L’allégresse avec laquelle la ministre du Travail annonce la délégation au privé d’une mission qui devrait revenir au service public, dont les moyens sont constamment essorés, est d’un cynisme inédit.

 

C’est un tweet de Myriam El Khomri vendredi 27 mai. Du genre de ceux qui ont le don de me plonger dans des abimes de perplexité auxquels succèdent des tréfonds de dépit qui à leur tour se muent immédiatement en furieuse envie d’éparpiller tout ça façon puzzle.

Donc Myriam El Khomri a tweeté :

« Notre objectif commun avec @CiscoFrance est de former en 3 ans 200 000 personnes aux métiers des réseaux numériques »

C’est chouette. Pour une fois y a un collègue qui a été plus prompt de moi au niveau de la réaction épidermique en tweetant à son tour :

« Ah ah ah, dans vos gueules les formations universitaires réseau/télécom. #pitoyable »

Voilà. On en est là. Franchement si vous n’aimez pas les grossièretés vous pouvez directement arrêter de lire ce billet.

Making of
Ce billet a d'abord été publié sur l'excellent blog Affordance.info, tenu par le maître de conférences en sciences de l'information et de la communication Olivier Ertzscheid. Il nous a aimablement autorisé à le reproduire sur Rue89 (les intertitres sont de la rédaction). Mathieu Deslandes

Vous êtes toujours là ? OK. Donc franchement ça me fout le cul en larmes. Bah oui. Parce que dans mon petit IUT je les croise tous les jours les collègues du département réseau et télécom. Pas plus tard que l’autre jour justement on discutait du fait qu’ils avaient trop d’offre d’emploi et de contrats pro par rapport aux candidatures qu’ils reçoivent.

Plus globalement ils sont comme tous les universitaires en charge de formations : on se démène pour créer des formations « à budget constant » (« budget constant » étant le petit nom administratif d’un volume horaire et de dotations en baisse mais passons ...), à « budget constant » donc, on se tape une paperasserie dans laquelle tous les patrons qui se lamentent sur la lourdeur administrative du code du travail seraient ravis de venir se vautrer tant elle leur paraîtrait légère, souple et quasiment éthérée, on est évalué en permanence par des organismes à l’utilité aussi discutable que l’acronyme les désignant est sexy, et nos institutions, nos autorités de tutelle, elles tweetent que grâce à Cisco France on va former 200 000 personnes en trois ans.

 

Avaler notre chapeau, encore et encore

Mais bordel. Bordel. What. The. Fuck. Mais bordel à quoi on sert ? Mais sans déconner nous à l’université on fait quoi ? On forme à quoi ?

Des formations « professionnalisantes » voire « professionnelles » on en a déjà plein. On a encore le gosier encombré et le transit bouché du nombre de fois où il a fallu avaler notre chapeau en sacrifiant la pédagogie à la rentabilité supposée ou au côté « bankable » de tel ou tel métier momentanément porteur ou déficitaire sur tel ou tel bassin d’emploi, mais faut croire que c’est pas assez. On est arrivé à des situations totalement aberrantes dans lesquelles on nous oblige à recruter de mauvais étudiants disposant d’un contrat quelconque (professionnel, apprentissage) plutôt que de bons étudiants qui ne rapporteront pas une thune à l’université qui les forme.

Tous ces chapeaux là, je les avais avalés, on les avait collectivement avalés. On se battait encore mais à la marge, en embuscade, en loucedé, davantage pour préserver notre capacité à encore se regarder dans la glace que pour combattre un système dont on savait qu’il avait déjà broyé la plupart des idéaux qui nous avaient, il y a longtemps, convaincus de pouvoir se rendre utile en y entrant pour transmettre un savoir et quelques compétences techniques et méthodologiques à des étudiants. Bref des trucs que Cisco semble être capable de faire mieux que nous.

A côté de ce qui est en train de se passer à l’heure actuelle, la LRU de Valérie Pécresse c’était Oui-Oui au pays des fées. Naturellement c’est la même chose. Je veux dire que la LRU, avec « l’autonomie » des universités (dont plus de la moitié d’entre elle est en faillite autonome ou sous-tutelle autonome ou a dû, en toute autonomie, fermer un nombre hallucinant de formations), la LRU était juste là pour préparer le terrain.

 

Cisco, Microsoft, Amazon et Elsevier

Parce que cet accord avec Cisco est loin, très loin d’être le premier.

Souvenez-vous de l’accord que la ministre de l’Education nationale a passé avec Microsoft, juste avant d’en passer un autre avec Amazon.

 

La ministre du Travail Myriam El Khomri à l'agence Pôle Emploi de Saint-Ouen (93), le 24 février 2016

La ministre du Travail Myriam El Khomri à l’agence Pôle Emploi de Saint-Ouen (93), le 24 février 2016 - MARS JEROME/SIPA
 

Souvenez-vous qu’en même temps que l’on sucre plus de 250 millions d’euros aux grands organismes de recherche français (voir le récent Appel des Nobels) on file chaque année la même somme d’argent public à Elsevier et quelques autres grands éditeurs pour racheter des travaux financés sur fonds publics par des chercheurs payés sur fonds publics.

Et là, toute guillerette le matin, Myriam El Khomri nous tweete le partenariat sur fonds publics avec Cisco pour former 200 000 personnes aux métiers des réseaux numériques (lequel partenariat date d’ailleurs d’il y a plus de six mois mais bon ...).

Moi je suis juste au-delà de l’au-delà du ras-le-bol. Des impôts j’en paie comme tout le monde. Et franchement je m’en félicite tous les jours. Mais bordel de merde je ne paie pas des impôts pour financer Microsoft, Amazon, Cisco, Elsevier ou je ne sais quel autre grand groupe privé, a fortiori dans un contexte où les universités n’ont plus une thune, et où ces acteurs privés se vautrent déjà allègrement dans le détournement organisé du crédit impôt recherche (on parle quand même de plus de 5,5 milliards d’euros...).

Et je n’aborde même pas les questions de remise en cause des modèles du logiciel libre que l’on essaie de défendre en balançant des cailloux sur des chars d’assaut.

 

Flinguer le droit à un service public de la formation

Au moins me direz-vous y’a un truc qui est désormais limpide et qui ne m’a bizarrement sauté aux yeux que ce matin à la lecture du tweet de la guillerette Myriam El Kohmri.

L’objectif de tout ça est de faire avec l’enseignement public, l’enseignement supérieur et la recherche et le droit à la formation la même chose qu’avec le droit du travail : inverser la hiérarchie des normes.

Quand Cisco fera le boulot des départements réseaux et télécom avec la thune, les moyens et l’accompagnement qui auraient dû leur revenir de droit, quand Elsevier fera le boulot des bibliothèques avec la thune, les moyens et l’accompagnement qui auraient dû leur revenir de droit, quand Microsoft fera le boulot des formateurs au numérique avec la thune, les moyens et l’accompagnement qui auraient dû leur revenir de droit, quand Amazon fera le boulot des éditeurs de manuels scolaires avec la thune, les moyens et l’accompagnement qui auraient dû leur revenir de droit, on se retournera, on regardera les dernières fumerolles s’échappant de ce qui fut un temps l’enseignement public de la maternelle à l’université et on organisera des colloques pour pleurer avec les familles des défunts ou aller pisser sur la tombe de Jean Zay.

Et Myriam, Najat, Valérie, Manuel, François, Nicolas et leurs copains ils rigoleront tranquillou en touchant les dividendes de leur impéritie pondérés à l’aune de leur soumission. On aura achevé de flinguer le droit à un service public de la formation mais on aura en contrepartie largement financé (sur fonds publics) Cisco, Amazon, Microsoft et Elsevier qui, c’est vrai, en avaient grandement besoin.

 

Le grand projet

Inverser la hiérarchie des normes dans le code du travail, dans le droit à la formation, dans l’enseignement supérieur et la recherche. Le voilà le grand projet. La voilà la seule doctrine. Tout aura été fait en ce sens. Plus j’y pense et plus c’est clair.

Ils nous ont fait le coup d’abord « à l’ancienne » : sabrer dans les crédits et les postes. Et puis ils nous l’ont refait mais en mode filou : rendre les universités « autonomes » (et en profiter pour sabrer dans les crédits et les postes). Et pour parachever le tout ils nous le refont encore une fois en mode « ça ose tout » : passer des contrats léonins avec des acteurs privés en expliquant qu’on n’a plus les moyens les crédits et les postes pour faire faire le boulot par les acteurs publics. Jusque là personne n’avait encore osé songé à s’en vanter sur Twitter avec le hashtag #guilleret. Myriam El Khomri et Najat Vallaud-Belkacem, si.

Vous savez quoi ? Ça me fout le cul en larmes. La destruction de l’université française bien sûr. Mais surtout l’abrutissement organisé comme projet social, l’autoritarisme comme principal mode de gouvernance, et le cynisme comme principal mode de négociation.

D’ailleurs Myriam El Kohmri le disait aussi sur Twitter, quelques heures après son autre tweet :

 

 permet aux étudiants bénéficiant des formations de rencontrer des entreprises qui recrutent

 

Pour les autres étudiants en revanche, ceux qui devront juste subir l’infâmie de bénéficier des formations universitaires réseau et télécom non estampillées #Cisco, ceux-là sont les bienvenus à la #Fuckingconnection qui leur permettra de rencontrer des agences pour l’emploi qui n’inversent pas la courbe du chômage.

L’abrutissement organisé comme projet social, l’autoritarisme comme principal mode de gouvernance, et le cynisme comme principal mode de négociation. Merde.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 13:09

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

L'Union européenne assume : la loi El Khomri, c'est elle

 

 

 

 

 

Jean-Claude Juncker, président luxembourgeois de la Commission européenne

 

FIGAROVOX/DECRYPTAGE - Jean-Claude Juncker a déclaré que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu'il faut faire».Pour Coralie Delaume, l'économie de notre pays est depuis longtemps l'application des orientations de l'Union européenne.


Coralie Delaume est journaliste. Elle a notamment publié Europe. Les Etats désunis (Michalon, 2014). Découvrez ses chroniques sur son blog.


La loi El Khomri est un produit d'importation made in Union européenne (voir explications détaillées ici). Les «Grandes orientations de politique économique» (GOPÉ), dont l'existence est posée par les traités, et le «Programme national de réformes» (PNR), qui s'inscrit lui-même dans le cadre de la stratégie Europe 2020 «pour une croissance économique intelligente, durable et inclusive» (tsoin-tsoin), prescrivent à de nombreux pays et depuis longtemps le malthusianisme budgétaire et la modération salariale.

Dans même temps, la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union (CJUE), n'a de cesse de promouvoir l'ordre concurrentiel et la dérégulation. Surtout, au travers d'arrêts à l'impact décisif mais mal connus du grand public, tels, par exemple, les arrêts Laval et Viking de 2007, elle œuvre à saper le droit du travail dans les pays membres, et à affaiblir la capacité de négociation des salariés dans les conflits sociaux.

Enfin, l'appartenance à l'euro interdit toute dépréciation de la monnaie. Dès lors, elle conduit les pays de l'eurozone non à renforcer leur coopération, non à développer entre eux la solidarité, mais à se mener les uns aux autres une véritable «guerre de la désinflation salariale», selon une expression de Steve Ohana. Pour livrer cette guerre, ajoute l'économiste, «la France ne semble plus avoir d'autre choix que de s'engager plus franchement dans des politiques de dévaluation interne, non plus seulement via la baisse de la fiscalité sur le travail, mais via la compression des salaires eux-mêmes ( …) c'est l'option qui sous-tend la loi El Khomri».

Face au caractère scandaleux de l'affaire, face à la blessure d'orgueil que ne peut manquer d'occasionner, chez n'importe quel peuple encore un peu conscient de lui-même, l'idée d'être «gouvernancé» depuis Bruxelles, Francfort ou Luxembourg au lieu d'être normalement gouverné par les dirigeants qu'il a élus, on pourrait s'attendre à ce que les «Européens de métier» fassent profil bas. Par décence. Par souci de ne pas attiser la colère. Parce que le fait de bénéficier de pouvoirs exorbitants dont ils ne doivent la titulature qu'à une série d'erreurs d'aiguillage de l'Histoire, devrait suffire à les contenter.

Mais non. Jouir en silence du confort sans risque qu'offre le séjour dans cet Olympe grisâtre depuis lequel ils nous surplombent n'est pas assez bien pour ces encravatés. Il faut encore qu'ils portent en bandoulière leur bonheur niais d'être là où ils sont, et qu'ils l'ouvrent à tout propos. Sans se rendre compte qu'à la fin, «les gens» commencent à comprendre. Et à s'agacer.

L'ouvrir très grand, c'est l'une des choses que Jean-Claude - «il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens» - Juncker fait le mieux. Aussi a-t-il trouvé judicieux, dans un récent entretien au journal Le Monde de formuler ces quelques regrets: «à voir les réactions que suscite la «loi travail», je n'ose pas m'imaginer quelle aurait été la réaction de la rue, à Paris ou à Marseille, si votre pays avait dû appliquer des réformes comme celles qui ont été imposées aux Grecs». Ah, ces Français rétifs! Comme il est dommage de ne pouvoir vitrifier leur économie avec cette même brutalité joyeuse dont on à usé contre l'économie grecque!

Ceci dit, rien n'est jamais perdu pour qui sait s'armer de patience. Durant l'été 2015, au cœur de la «crise grecque», le ministre hellène Yanis Varoufakis avait donné quelques clés pour comprendre la dureté des créanciers vis-à-vis de son pays. Selon lui, la véritable cible des «Européens» (et de l'Allemagne, plus encore que de l'Europe institutionnelle) était en fait l'Hexagone. «La Grèce est un laboratoire de l'austérité, où le mémorandum est expérimenté avant d'être exporté. La crainte du Grexit vise à faire tomber les résistances françaises, ni plus ni moins», avait-il osé. Pour lui, les cibles terminales étaient l'État-providence et le droit du travail français.

Or pour Jean-Claude Juncker, il se trouve que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu'il faut faire». Le minimum seulement. Et, avec un peu de chance, de constance et d'audace, une simple étape vers ce rêve éveillé que constitue l'idéal grec!

Autre grand bavard: Pierre Moscovici. Lui assume mieux encore que Juncker, et ses insinuations n'en sont plus. Ce sont même des aveux: oui, l'Union européenne veut la loi El Khomri. Dans un entretien publié ici le 18 mai soit, précisément, le jour de la parution des recommandations adressées par la Commission à la France dans le cadre du «semestre européen», le commissaire aux Affaires économiques faisait connaître sa volonté. S'il minaudait tout d'abord en prétendant qu'il ne lui appartenait pas de «juger» la Loi travail, il rappelait toutefois qu'il lui appartenait bien de l'exiger: «Tout ce que je peux dire, c'est que la réforme est indispensable et qu'y renoncer serait une erreur lourde (…) les Français ont souvent le même réflexe quand une réforme se présente: celui de s'y opposer. Cela ne signifie pas que la réforme n'est pas nécessaire et qu'elle ne doit pas être menée (…) En outre, je pense que la volonté du peuple doit s'exprimer dans les élections, pas dans les sondages».

C'est vrai. En principe, sauf à vivre dans le chaos de la démocratie d'opinion, les scrutins font foi bien plus que les sondages. Mais en principe aussi, le pouvoir exécutif français se situe à l'Élysée et à Matignon (Paris, France), et non dans le bâtiment du Berlaymont (Bruxelles, Belgique). Sauf à vivre dans le chaos de la démocratie congédiée.

Évidemment, si les choses en sont là, et Moscovici le dit fort bien, c'est en raison «des traités que les gouvernements et les Parlements de l'Union européenne, à commencer par celui de la France, ont signés». C'est là l'argument dont les européistes se prévalent sans cesse, car il n'y a plus que ça en magasin. Au passage, ils se hâtent d'oublier que le dernier des traités, celui de Lisbonne, a tout de même nécessité pour être signé que l'on s'assoie en 2005 sur les résultats de deux référendums, le néerlandais et le français. Tout comme on s'est assis sur le résultat de la consultation grecque de juillet 2015. Autrement, c'était début du détricotage de la zone euro.

Au sujet du mouvement social actuellement en cours, Myriam El Khomri a eu ces mots très contestés: «il n'est pas question que l'économie de notre pays soit prise en otage». Ils sont pourtant incontestables: l'économie de notre pays est, depuis longtemps, en situation de captivité. Simplement, les rançonneurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit.

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

 

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 21:51

 

 

Capture_Richard Abauzit

 

Un décryptage de la loi El Khomri [ Vidéo ]

Décryptage de la loi El Khomri par Richard Abauzit, ancien inspecteur du travail

 

Décryptage de la loi El Khomri par Richard Abauzit, ancien inspecteur du travail, militant syndicaliste à Solidaires 34 et co-auteur avec Gérard Filoche de Comment résister aux lois Macron, El Khomri et Cie ? dans le cadre d’une conférence organisée le 11 mai 2016 par l’intersyndicale nîmoise ( CGT, CNT et Solidaires ) :

 

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 14:01

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Du pétrole dans les crises économiques

24 mai par Robin Delobel , Mathieu Auzanneau

 
 

Photo by Val K. du collectif Bon Pied Bon Oeil

 

Le système économique dominant repose entièrement sur la croissance, elle-même largement dépendante du pétrole. En vue de comprendre plus amplement le rôle de cette énergie vitale pour nos économies, nous avons interrogé Matthieu Auzanneau, auteur de « Or noir, la grande histoire du pétrole » et rédacteur du blog « Oil man » sur le site du journal Le Monde.

Comment expliquer qu’en ce début d’année 2016, le prix du pétrole continue de baisser alors que ce prix très bas a provoqué de nombreuses faillites d’entreprises pétrolières aux États-Unis ? Ne doit-on pas s’attendre à une hausse ?

Mathieu Auzanneau : Avant de répondre à cette question précise, il faut remonter plus loin dans le temps. D’abord quand on a vu les cours du baril s’effondrer, lors de l’été 2014, les gens qui étaient focalisés sur les questions pétrolières se sont dit « c’est grave, c’est un phénomène qu’il faut attribuer essentiellement à ce qu’il se passe du côté de l’offre ». On a ce boom inattendu des pétroles de schiste aux États-Unis qui crée une surabondance. Mais avec le recul, on s’est aperçu qu’en réalité ce n’est pas le cours du baril qui s’effondrait mais les cours de toutes les matières premières, notamment tous les grands métaux et le charbon.

C’est clairement un phénomène qui se déroule du côté de la demande. Le facteur explicatif majeur est le ralentissement de la demande chinoise et par conséquent un ralentissement de la croissance mondiale. Car nous sommes aujourd’hui dans une situation dans laquelle la moitié de ce qui constitue la croissance mondiale vient de la Chine. Seconde raison, l’évolution de la progression de la production mondiale de pétrole : on est sur le même rythme de croissance depuis les années 80. La cause de l’effondrement du cours du baril n’est donc pas une surabondance totalement hors norme de la production, attribuée notamment aux pétroles de schistes. En réalité, la pente de la production est toujours croissante. On n’est pas encore au pic pétrolier. Je pense que l’on n’est pas très loin du sommet, mais le boom du pétrole de schiste n’a pas eu pour résultat une expansion hors norme de la production mondiale de pétrole. Il y a une raison très simple à cela, toujours si l’on regarde les choses avec une vue d’ensemble, pas seulement ces deux dernières années, on s’aperçoit que du point de vue du pétrole conventionnel, qui constitue entre 75 et 80 % de ce qu’on met dans nos réservoirs, (c’est-à-dire du pétrole liquide classique), la production a atteint son pic en 2005. Elle ne croît plus.

Depuis dix ans, cette production est sur un plateau. Elle ne s’est maintenue que grâce à l’envolée sans précédent du cours du baril qui a permis à l’industrie de faire un effort d’investissement énorme pour maintenir la production. Pour donner un exemple, les capitaux investis dans la production pétrolière (CAPEX) ne représentent pas forcément la recherche de nouveaux champs pétroliers. Cela consiste essentiellement à rajouter des pailles dans les verres qu’on a déjà commencé à boire : rajouter des puits, faire des puits plus puissants, pomper plus fort ... dans des zones qui sont généralement celles du pétrole conventionnel.

Le maintien de cette production de pétrole classique est déjà un exploit de la part de l’industrie mondiale, à peu près tout autour du globe. Cette industrie est dans une course sur un tapis roulant, le tapis roulant en sens inverse étant le déclin d’un très grand nombre de zones pétrolifères dites matures. La Mer du Nord est un cas d’école. C’est une zone pétrolifère qui a été exploitée tardivement, développée à la faveur des chocs pétroliers des années 70. C’est l’envolée des cours du baril qui a permis de rendre rentable le fait d’aller chercher du pétrole en mer du Nord, avec des installations qui à l’époque étaient aussi hors normes que celles du gaz de schiste aujourd’hui.
Cette production de la Mer du Nord est entrée en déclin irréversible en 2000, pour des raisons géologiques. Là il n’y a pas de problème de guerre, ni de problème d’accès aux capitaux.

Aujourd’hui, un grand nombre de pays pétroliers anciens, comme le Venezuela, l’Indonésie, le Mexique, le Congo Brazzaville, le Gabon, qui ont été très longtemps des producteurs majeurs, sont à présent sur le déclin. Il faut donc des investissements énormes pour compenser cette baisse. Si les investissements ralentissent, il est très clair que la production en Russie, en Iran, entrera aussi en déclin.


Et donc par rapport à la situation actuelle, les investissements sont en train de décliner...

MA : Oui, c’est la question du moment. Mais pour l’instant parlons encore de ce pétrole conventionnel. C’est très important d’analyser la substance du problème plutôt que ce symbole qu’est le pic. On a depuis 2005 un plafonnement de la production de pétrole conventionnel, qui n’a été possible qu’en triplant les investissements. L’industrie mondiale est passée de, grosso-modo, 200 milliards à quelque chose comme 600-700 milliards de dollars investis. Tout le monde n’a pas réussi à maintenir sa production. Total par exemple, qui a triplé ses investissements, a vu sa production décliner d’un quart.

Le boom du pétrole de schiste implique de forer cent fois plus de puits pour espérer maintenir une production élevée Maintenant parlons des pétroles non conventionnels. Tout ce qui a permis de continuer à augmenter la production mondiale, ce sont les pétroles non conventionnels, des pétroles de nature différente ou qui s’exploitent de manière différente et qui ont pour point commun d’être beaucoup plus coûteux à exploiter (pétroles de schistes, sables bitumineux, pétroles dits extrêmes par exemple au large du Brésil). C’est grâce à cette envolée des prix sans précédent depuis le milieu des années 2000 jusqu’à l’été 2014 que tous ces pétroles ont pu être mis en production très massivement.
On a une interrogation très importante : savoir ce qui va se passer maintenant que les cours du baril se sont effondrés alors que la croissance mondiale a beaucoup de mal à repartir depuis la crise de 2008. Si on était dans un monde aux ressources infinies, ce qui est postulé gentiment par la science économique depuis toujours, et avec une loi de l’offre et de la demande non bornée : une chute des cours du baril à cause de la surabondance de l’offre entraînerait une réduction de l’offre, qui permettrait de retrouver un nouvel équilibre entre l’offre et la demande et les cours du baril pourraient s’ajuster. Les industriels pourraient recommencer à investir et la production repartirait.

Ça, c’est la théorie classique qui postule sans le dire qu’on pioche dans des ressources infinies. Or, ce n’est pas le cas ! L’histoire du pétrole a à peu près 150 ans. On a foré quasiment partout sur Terre et du pétrole conventionnel, on n’en trouve plus. L’horizon ultime serait l’Arctique mais c’est trop cher et trop risqué. C’est le seul endroit où il n’y a pas eu d’exploration géologique complète. Le seul moyen de faire croître la production mondiale, voire ne serait-ce que la maintenir, serait d’aller vers des investissements toujours plus importants dans la production et donc un prix du baril toujours plus élevé. Dans le monde réel ce n’est pas possible. La question aujourd’hui est : l’humanité a-t-elle les moyens financiers de continuer la croissance de la production mondiale de pétrole ? Les éléments qu’on a sous les yeux ne vont pas du tout dans ce sens.

Le boom du pétrole de schiste aux États-Unis consiste à aller chercher le pétrole directement dans les roches mères. Cela suppose une nouveauté d’un point de vue industriel : forer cent fois plus de puits pour espérer maintenir une production élevée. Aujourd’hui, les experts pétroliers de l’administration Obama disent que, même avec toutes les conditions économiques favorables, d’un point de vue technique ce que l’on voit aux États-Unis actuellement ne pourra pas durer au-delà de la prochaine décennie. Cela signifie qu’au cours de la prochaine décennie on verra à nouveau la production pétrolière décliner, faute de réserves disponibles sur une planète aux ressources finies.

L’énorme question posée par la chute du cours du baril - alors qu’il y a beaucoup de gens qui pensent que c’est une nouvelle ère d’abondance pétrolière, bien qu’un certain nombre d’entre nous pense le contraire - est peut-être que cette chute est le signe que l’humanité n’a pas les richesses pour continuer cette course au baril ultime.

Un jour, un prospectiviste de BP m’a donné cette image à propos des pétroles de schistes : « on est exactement comme des rats de laboratoires qui auraient mangé toutes les céréales et qui se trouvent résolus à manger le paquet ».


Donc on se situe sur le plateau ondulent |1| annoncé par les experts de l’ASPO (Association for the Study of Peak Oil) il y a déjà plus de dix ans...

MA : En ce qui concerne les pétroles conventionnels, oui, depuis 2005, en dépit d’un triplement des investissements dans la production. La production mondiale est sur ce qu’on appelle un déclin naturel de la production existante, qui est estimé à 5 % par an. C’est monstrueux. Ça signifie que tous les ans l’industrie doit ajouter l’équivalent d’une Mer du Nord pour maintenir la production. Je ne parle même pas de la développer. Sur dix ans, il faut quatre Arabie Saoudite !

Si on arrête d’investir aujourd’hui, la production ne se maintient pas, mais chute de moitié. Quatre Arabie Saoudite, c’est environ la moitié de la production mondiale de conventionnel, soit environ 40 millions de barils par jour. Cela, sur une production de conventionnel qui est de l’ordre de 75 millions de barils de pétrole. Si on inclut toutes les autres formes de pétrole, le total est de 90 millions de barils par jour.

Jusque dans les années 90, même si on ne faisait rien la production se maintenait parce qu’il y avait des champs plus jeunes, pas encore à maturité. Ces zones à maturité fournissent aujourd’hui l’essentiel des réserves mondiales. Par exemple, l’Arabie Saoudite a augmenté considérablement son activité de forage, dans des champs déjà existants.

Les pays dont le pétrole est la première ressource économique sont de véritables bombes à retardement dont le mécanisme est d’ores et déjà enclenchéPar rapport à cette situation, quel est l’impact pour les pays du Sud fortement dépendants de leurs exportations pétrolières ?

MA : C’est terrible pour eux, il y a des chocs budgétaires radicalement violents pour des pays dont le pétrole est la première ressource économique et fiscale alors que sa valeur est divisée par trois. Au Venezuela, au Nigéria, en Algérie, en Russie, on a des monnaies qui se déprécient, des salaires de fonctionnaires qui ne sont pas payés, une inflation des denrées alimentaires et des prix des biens importés, qui sont en général des biens vitaux. Un certain nombre de bombes économiques et politiques à retardement sont amorcées. Je pense en particulier à l’Algérie où l’on sait très bien que la paix sociale est achetée à flux perdus par le régime, en particulier depuis l’envolée du cours du baril. Aujourd’hui, il y a une forte inquiétude sur la stabilité de ces sociétés.


Ce qui risque de créer une crise de la dette

MA : Oui, bien entendu. De toute façon, nous sommes « sortis » de la crise de 2008 en ajoutant plus de dettes. Un des facteurs qui permettait de se maintenir, pour un certain nombre de pays fragiles politiquement mais très dépendants du pétrole, était le niveau exceptionnellement élevé du cours du baril. Au Mexique, en Russie, en Algérie, au Venezuela, et dans un certain nombre d’autres pays, le danger est élevé. Je rappelle que la dernière fois que le baril s’est effondré autant c’est au milieu des années 80, avec le contre-choc pétrolier. Comme son nom l’indique, c’est le contrecoup des chocs pétroliers. Il y a eu une envolée sans précédent des cours du baril dans les années 70, qui a provoqué une crise économique et une crise de la dette. Le point d’origine de l’endettement massif, aussi bien des pays riches que des pays du tiers monde, ce sont les chocs de 73 et 79. La crise, sur laquelle ont débouché ces chocs pétroliers, a déprimé durablement les cours du baril. Il y a quand même beaucoup de parallèles avec la situation d’aujourd’hui, la croissance mondiale a été déprimée et les cours du baril se sont effondrés.

A ce moment-là, quelle a été la conséquence politique quasiment directe ? L’effondrement de l’URSS. Cela a même été une stratégie délibérée de l’administration Reagan : encourager l’Arabie Saoudite à ne pas fermer les vannes en 1985 pour mettre à genoux l’économie de l’URSS dont la seule et unique source de devises internationales était le pétrole. Gorbatchev l’a dit en personne, un des facteurs fondamentaux de la chute de l’URSS a été la chute des cours du baril pendant les années 80. Les Politiques dajustement structurel datent de la même période. Elles ont touché les pays qui s’étaient le plus largement endettés pendant les années 70, très souvent des pays pétroliers.

Le Mexique par exemple, qui est un grand pays pétrolier, s’était lancé dans des programmes sociaux ambitieux qui ont été complètement sapés par l’effondrement des cours du baril. D’un coup, ces programmes n’étaient plus finançables.

Il est très possible que le nouveau choc pétrolier que l’on est en train de vivre ait des conséquences beaucoup plus massives.

 


Question piège : combien de temps pensez-vous que le pétrole et la dette resteront les moteurs de l’économie capitaliste ?

MA : (Rires) Bonne question !
D’après mes recherches, j’ai tendance à croire que la capacité de notre économie à générer des revenus est directement tributaire de la quantité d’énergie peu chère que l’on peut mettre dans le carburateur de l’économie mondiale. Il y a un lien, sous-estimé jusqu’à présent, entre le niveau de croissance et la quantité d’énergie que vous mettez dans le moteur. On ne saurait trop s’attarder sur le fait que, à mon avis, le big bang de la dette a été provoqué par les chocs pétroliers. Les années 70 représentent le premier moment où l’énergie impose une contrainte au développement de la croissance.

La capacité de notre économie à générer des revenus est directement tributaire de la quantité d’énergie peu chère que l’on peut mettre dans le carburateur de l’économie mondiale


Pas uniquement... pas le seul élément explicatif

MA : Pour expliquer le fait qu’on ait eu plus recours à l’endettement, il y a deux éléments : la fin de l’étalon-or et la crise. D’où vient-elle si ce n’est de l’impact des chocs pétroliers ?


On avance aussi comme explication la hausse des taux d’intérêt de la FED...

MA : Effectivement, mais cette hausse des taux d’intérêt est liée au risque inflationniste. Le Plan Volcker consistait à tuer l’inflation car elle tue les revenus des banques. L’inflation est fondamentalement liée à l’envolée des cours du baril.


Ce rôle fondamental du pétrole dans l’éclatement des crises n’est pas forcément partagé par tous

MA : J’ai consacré beaucoup de temps et de place dans mon livre sur le sujet, en particulier par rapport aux chocs de 73 et 79. Mais le lien entre cours du baril et taux d’intérêts existe aussi au moment de la crise de 2008. Qu’est-ce qui fait éclater la bulle des subprimes ? C’est l’écrasement du spread |2|, l’écart entre le taux d’intérêt directeur de la FED et les taux d’intérêts hypothécaires.

Ce spread a été comprimé entre 2003 et 2006 pour une raison très simple : le comité de direction de la FED s’inquiétait de l’inflation. La raison première de cette inquiétude, était déjà l’augmentation des cours du baril, ce qui impacte des myriades de produits et d’activités. C’est la mère de toutes les matières premières. La FED a remonté ses taux d’intérêt entre 2003 et 2006. Au moment de la crise des subprimes, le spread est totalement écrasé entre les taux d’intérêts courts et les taux hypothécaires. Il y a un phénomène identique en 73, un éclatement de la bulle hypothécaire avec la même chaîne : envolée du cours du baril, hausse des taux d’intérêts, problèmes de solvabilité pour les gens endettés, éclatement de la bulle.


Justement, ne risque-t-on pas d’avoir une situation similaire, voire pire, avec les nombreuses faillites des compagnies pétrolières qui ont beaucoup emprunté auprès des banques ?

MA : C’est une possibilité très grave. Aux États-Unis, l’effondrement du cours du Dow Jones a tiré les cours vers le bas notamment à cause des hydrocarbures. Or on pense qu’avant la chute des cours, un tiers des CAPEX3 étaient des capitaux investis dans le pétrole et le gaz.


Enfin, vous travaillez au Shift Project, pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre travail ?

MA : Nous sommes un groupe de réflexion et de lobbying sur tout ce qui nous parait pertinent dans le domaine de la transition énergétique. Dans l’objectif de sortir le plus vite possible des énergies fossiles, nous faisons des propositions tant vers les politiques que vers les industriels.


Quels types de propositions ?

MA : Notre analyse prend en compte le rôle de l’énergie dans l’économie. La croissance verte par exemple est exclue de notre réflexion. On ne résonne pas avec ces solutions techniques et trop coûteuses. Nous sommes plutôt sceptiques sur la prétendue révolution énergétique en Allemagne. Nous ne proposons pas de solutions clés en main, mais on essaie d’éclairer sur des questions d’arbitrages avant tout.


Cet article est extrait du magazine du CADTM : Les Autres Voix de la Planète

 

Notes

|1| Succession de phases d’expansion et de régression de la production mondiale, avant le déclin terminal

|2| Différentiel des taux d’intérêt

 

 

Auteur

Robin Delobel

Permanent au CADTM Belgique

Auteur.e

 
 

Mathieu Auzanneau

Auteur de Or noir, la grande histoire du pétrole et rédacteur du blog « Oil man » sur le site du journal Le Monde.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:49

 

Source : http://www.marianne.net

 

Exemptions d'impôt, millions du CICE… Total, la pompe à fisc

Alors que Total a été exempté durant plusieurs années de l'impôt sur les sociétés, le groupe pétrolier perçoit aussi des dizaines de millions d'euros grâce aux crédits d'impôts de Bercy. Et menace malgré tout de réviser ses investissements prévus dans le pays, n'acceptant pas que des grévistes anti-loi Travail bloquent ses sites…
 
Le PDG de Total Patrick Pouyanné a menacé ce mardi 24 mai de réviser les projets d'investissements du groupe en France. - Sipa
 

"C'est quelque part une forme de rupture du pacte qui lie à la fois nos employés et notre entreprise", a argué ce mardi 24 mai Patrick Pouyanné. Le PDG de Total justifiait ainsi qu'à la suite des barrages montés par les grévistes anti-loi Travail aux abords de ses raffineries, le groupe allait "réviser sérieusement" les projets d'investissements dans ces sites. Un chantage à l'investissement qui passe d'autant plus mal quand on se souvient que le groupe a été exempté en France d'impôt sur les sociétés de 2012 à 2015, alors qu'il enregistrait des bénéfices record dans le monde. Et qu'il perçoit en plus, depuis 2013, des dizaines de millions d'euros du fisc grâce au CICE.

 

 

L'exemption d'impôt sur les sociétés dont a bénéficié Total est due aux pertes subies ces années-là par le groupe sur le territoire français. Parfaitement légale, mais qui a pu choquer au regard des bénéfices pharamineux que le groupe réalisait en même temps dans le monde : 8,4 milliards d'euros en 2013, 4,2 milliards en 2014, 5,1 milliards en 2015…

La manne des crédits d'impôt

48 millions de CICE et 60 millions de CIRMais les largesses de la France avec l'un de ses groupes phares ne s'arrêtent pas là. Depuis 2013, l'entreprise perçoit aussi des dizaines de millions d'euros aux titres du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), mis en place par François Hollande, ainsi que du Crédit d'impôt recherche (CIR). Selon une enquête menée en 2015 par , Total a eu droit à 48 millions d'euros en 2013 et 2014 rien que pour le CICE. Auxquels il faut ajouter près de 60 millions d'euros pour le CIR, selon . Soit, un total de plus de 100 millions d'euros.

Ces dispositifs, Total en bénéficie sous la forme d'une créance de crédits d'impôt sur les sociétés. En clair, une partie des millions servent à payer cet impôt si l'entreprise redevient bénéficiaire dans les quatre ans. Au terme de cette période, Total se verra reverser le reste. Un beau jackpot en perspective, donc. Si Patrick Pouyanné conçoit "une forme de rupture du pacte qui lie à la fois (ses) employés et (son) entreprise", le pacte entre Total et le contribuable semble, lui, bien consommé.

 

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Source : http://www.marianne.net

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:17

 

 

Libre-échange: avec TISA, les multinationales réclament un droit de veto sur les Etats

 
25 mai 2016 | Par martine orange et Julian Assange (WikiLeaks)
 
 
 

WikiLeaks rend publics de nouveaux documents sur les négociations secrètes d'un accord sur les services (TISA). Ils révèlent comment les grands groupes cherchent à organiser leur irresponsabilité juridique et financière. Ils font pression pour obtenir la suppression de toute réglementation contraignante et avoir un droit de veto à l’avenir sur toutes les lois nationales.

 

Moins connues que les négociations sur le traité commercial transatlantique (TAFTA), les discussions sur l’accord sur les services (TISA) n’en sont pas moins lourdes de conséquences. TISA, pour Trade in services agreement, est négocié dans un secret bien gardé par les pays de l’Union européenne, les États-Unis et une vingtaine d’États allant du Canada à la Chine. Il s'agit d'organiser une nouvelle libéralisation, celle des services, et de passer outre les blocages de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour aller plus loin dans la dérégulation.

Les dernières révélations de WikiLeaks, publiées ce 24 mai avec ses partenaires (Mediapart et Libération en France, l’Espresso en Italie et Público en Espagne), mettent une fois de plus en lumière ce qui se trame lors de ces pourparlers. Ce qui en ressort est effrayant : un désarmement démocratique face aux puissances de l’argent.

 

De nombreux documents révélés par WikiLeaks datent d’octobre ou novembre 2015, quelques mois à peine donc. À leur lecture, souvent très fastidieuse, une question s’impose : mais qui sont ces négociateurs, qui progressent dans l’ombre, cherchant à imposer des bouleversements considérables derrière un langage d’une sécheresse technique et juridique à toute épreuve ? Sont-ils à ce point insensibles à ce qui les entoure ? Dans leurs débats, ils semblent ignorer les angoisses et les attentes des opinions publiques, comme les promesses faites par les gouvernements, répétées de sommets internationaux en sommets internationaux, tant sur la protection de l’environnement que sur l’évasion fiscale.

 

Les documents de WikiLeaks montrent bien combien, dans l'esprit des négociateurs, il ne s’agit plus d’obtenir un nouvel abaissement de barrières douanières ou une entente sur des normes, mais de bâtir un monde uniforme, où la liberté de faire du profit serait sans entraves, face à des États – désignés dans tous les textes par le seul mot de “partie”, comme dans un vulgaire contrat commercial –, renonçant à tout pouvoir d’imposer et de réguler.

Avec TISA, les grands groupes ne seraient plus seulement des intaxables mais des irresponsables au sens propre du terme. Tout est pensé dans ces textes pour les dégager de toute obligation sociale, environnementale, et même prudentielle, pour leur permettre de réécrire la loi selon leurs intérêts, pour éviter la moindre poursuite judiciaire.

En guise de préambule à toutes ces discussions, les États-Unis ont déposé en octobre 2015 des propositions sur « les nouvelles disciplines et leurs améliorations » censées poser un cadre général à cet accord sur les services. Ces propositions, s’inspirant de l’accord sur le traité transpacifique, visent à libéraliser encore un peu plus tous les secteurs, à supprimer les contraintes qui pourraient peser sur les groupes.

Les États-Unis proposent ainsi d’en finir avec toutes les obligations locales. Dans le cadre de TISA, les pays devraient renoncer à toute législation imposant une implantation locale, liant les contrats à des emplois locaux, à des transferts de technologies, à des efforts de recherche et développement sur place, à l’utilisation de produits industriels nationaux.

« Les dispositions de ce texte restreignent la possibilité pour les pays en développement d’emprunter les mêmes chemins de développement que de nombreux pays développés », mettent en garde les auteurs d’une longue note d’explication diffusée par WikiLeaks (lire ci-dessous). Tous les pays développés, à commencer par les États-Unis, rappellent-ils, ont pris des dispositions pour protéger leurs industries locales, pour leur donner le temps de se développer à l’abri d’une concurrence mondiale.

 

 

C'est encore vrai dans de nombreux pays développés. Nombre d’entre eux lient les contrats publics, donc payés avec l’argent des citoyens, à des obligations de recourir à des PME, à des emplois locaux, voire à des associations. Toutes ces dispositions, inscrites souvent dans des cadres législatifs, devraient être supprimées dans le cadre de TISA. Cela vaudrait aussi pour les obligations de programmes audiovisuels ou radiophoniques locaux, imposés dans de nombreux pays pour protéger ou diffuser leur langue, leur culture nationale ou régionale.

Alors qu’Internet a déjà fait exploser les limites géographiques nationales, cette absence de tout ancrage local, exigée par TISA, risque de mettre à bas toutes les tentatives de régulation prises après la crise financière de 2008, notamment dans les services financiers. La note rappelle opportunément le cas de la banque IceSave en Islande. Cette entité bancaire britannique s’y était développée sans filiale, par le seul biais d’Internet. En 2008, elle s’était écroulée en quelques semaines, laissant derrière elle un imbroglio juridique et diplomatique entre la Grande-Bretagne et l’Islande et des clients ruinés, sans possibilité de réclamer devant une juridiction la réparation de leurs préjudices. 

Que se passera-t-il à l’avenir si une assurance suisse ou américaine, sans aucune filiale dans le pays, vend des contrats au Pakistan et qu’à la suite d’un désastre – un tremblement de terre par exemple –, elle ne veut ou ne peut payer ? s’interrogent les auteurs de la note. Auparavant, on pouvait encore saisir des actifs dans une filiale. Demain, il n’y aura rien, concluent-ils. 

« Cette absence de présence locale pourrait avoir de lourdes implications pour les lois sociales mais aussi pour toutes les régulations gouvernementales. Car pour que les lois soient effectives, elles doivent être appliquées », insiste la note. En effet, sans ancrage local, les gouvernements risquent de se retrouver sans aucun moyen de pression, sans aucune possibilité de négocier. Bien sûr, il existe des coopérations judiciaires entre les pays, des traités d’extradition. Mais ceux-ci ne s’appliquent que pour les crimes, pas pour les délits civils, encore moins pour les fraudes ou les préjudices causés à des clients. Ainsi, par le biais de TISA, les multinationales sont en voie d’organiser leur irresponsabilité juridique.

 

« Modifier ou éliminer les réglementations »

Une fois tracé ce cadre général – dont on ne sait, faute de documents, s’il prête à discussion parmi les pays négociateurs du traité –, les négociateurs sont en train de passer en revue les domaines où TISA devrait s’appliquer. Ils ont des vues sur tout : les services financiers, les télécommunications, les services publics – à libéraliser naturellement –, les transports, mais aussi certaines professions comme les experts-comptables, les médecins, les infirmières, les architectes et autres. Pour ces secteurs, les négociateurs demandent la suppression de toute réglementation contraignante, de reconnaissance de diplôme ou de travailler sur place. Ils ont même des idées précises sur la politique des visas qui doit être appliquée par les pays qui seront signataires de TISA !

Parmi les différents points abordés, il en est un qui retient particulièrement l’attention : celui sur les « réglementations domestiques », en d’autres termes les lois de chaque pays, rassemblé dans un document intitulé « Transparence » (voir document en fin d'article). Un lobbying actif des représentants des services s’est mis en place auprès des négociateurs de TISA sur cette question. Aux États-Unis, il a pignon sur rue. Mais il est certainement tout aussi actif, même si plus discret, en Europe. Son but affiché est de « modifier ou d’éliminer les réglementations ».

Le texte en négociation préconise ainsi de supprimer toutes les règles « plus contraignantes que nécessaires pour assurer la qualité du service », laissant la possibilité aux groupes de se retourner contre les États, s’ils s’estiment entravés dans leur quête aux profits. Qu’est-ce qui définit la réglementation nécessaire ? Mystère. Les enquêtes d’utilité publique pour des projets urbanistiques ou industriels pourraient ainsi à l’avenir être remises en cause, car beaucoup trop longues et contraignantes. Les obligations environnementales, les autorisations d’exploitation, les licences seraient aussi susceptibles d’être attaquées en justice, car bridant l’initiative privée.

La fédération américaine du commerce ne prend même plus la peine de cacher ses arrière-pensées. Devant le congrès américain, elle a expliqué qu’elle souhaitait que TISA permette d’ouvrir des marchés internationaux à ses membres, mais aussi fasse tomber les réglementations. « Y compris les restrictions sur la taille des magasins et les heures d’ouverture, qui ne sont pas nécessairement discriminatoires, mais gênent les grandes enseignes pour atteindre leur pleine efficacité économique », a-t-elle expliqué. L’objectif étant, pour elles, de travailler « relativement libre de toute réglementation gouvernementale ». Tout est dans le « relativement ».

Non seulement les grands groupes entendent attaquer les réglementations existantes, mais ils entendent avoir un droit de veto sur les dispositions légales prises dans le futur par les États. Le projet TISA sur la « transparence » précise ainsi les procédures que les gouvernements devront suivre, s’ils veulent prendre de nouvelles réglementations, afin que les intérêts étrangers puissent faire entendre leur voix dans les décisions.

Tout nouveau projet de réglementation et autres mesures devrait être ainsi publié suffisamment longtemps à l’avance et avec des détails suffisants, de telle sorte que les gouvernements étrangers et les grands groupes soient informés que leurs intérêts commerciaux peuvent en être affectés. « Les intérêts étrangers devraient se voir accorder un temps suffisant et des moyens raisonnables pour réagir aux réglementations prévues », est-il dit. Les gouvernements se devraient de tenir compte des commentaires qui leur sont adressés par ces intérêts étrangers. Enfin, un délai suffisant devrait être pris entre l’annonce de cette réglementation nouvelle et sa mise en application. Naturellement, toute nouvelle disposition législative ou réglementaire pourrait être attaquée par un groupe, s’il s’estime lésé.

Comment des gouvernements dits démocratiques peuvent-ils accepter de discuter de tels textes ? Qui leur a donné mandat de renoncer à leur pouvoir législatif, à consentir des droits de veto au pouvoir économique ? On comprend mieux, à la lecture des documents révélés par WikiLeaks, pourquoi les États veulent absolument garder ces négociations secrètes.

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 00:57

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Un élevage de 200 000 poules pondeuses aux conditions sanitaires « intolérables »

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 
 

Les cages se succèdent et s’empilent à perte de vue.

Les cages se succèdent et s’empilent à perte de vue. À l’intérieur, des poules se bousculent dans des espaces exigus et grillagés qui surplombent à peine des amas de fientes. Des asticots profilèrent au sol, des poux grouillent sur les œufs et les poules, et des cadavres en décomposition gisent au milieu des autres gallinacées, dont certaines en mauvaise santé.

 

 

Dans une nouvelle vidéo diffusée mercredi 25 mai, l’association de défense des animaux L214 révèle les conditions d’élevage « intolérables pour les animaux et inadmissibles du point de vue sanitaire » qui règnent au sein du GAEC du Perrat, une exploitation de 200 000 poules pondeuses située dans la commune de Chaleins (Ain). L’association s’apprête à déposer plainte devant le tribunal de grande instance (TGI) de Bourg-en-Bresse et lance une pétition demandant aux autorités la « fermeture immédiate » de l’élevage industriel.

 

Vue aérienne de l'élevage de poules pondeuses du Gaec du Perrat.

Vue aérienne de l'élevage de poules pondeuses du Gaec du Perrat. L214

Les images ont été tournées le 27 avril dans les deux hangars qui accueillent près de 100 000 poules, soit une taille d’exploitation moyenne en France. Les oiseaux y sont enfermés 68 semaines durant, depuis l’âge de 18 semaines jusqu’à leur réforme, sans jamais voir la lumière du jour. Seule activité : pondre des œufs réceptionnés par un tapis mécanique. Le GAEC du Perrat, qui emploie 20 salariés, produit ainsi 160 000 œufs par jour. Selon l’enquête de L214, ils sont notamment vendus sous la marque Matines, dans au moins cinq enseignes de la grande distribution : Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché et Super U.

« La vidéo révèle des infractions graves et répétées aux règles sanitaires et de bien-être des animaux », expose Sébastien Arsac, porte-parole de l’association L214. La directive européenne relative à la protection des poules pondeuses, adoptée en 1999 et entrée en vigueur en 2012, dispose ainsi que les gallinacées disposent d’un espace vital d’au moins 750 cm2 (en réalité à peine plus qu’une feuille A4), assorti d’un nid, d’un perchoir et d’une litière permettant le picotage et le grattage. Des aménagements absents au GAEC du Perrat, hormis des barres en fer.

Les conditions d’élevage des poules en batterie sont de longue date connues et dénoncées par les associations de bien-être animal. L214, à l’origine d’une dizaine d’enquêtes à ce sujet – au-delà de ses vidéos sur les abattoirs –, avait déjà publié des images de l’intérieur du GAEC du Perrat, en juin 2013. Mais elle avait dû en cesser la diffusion, à la suite d’une décision du TGI de Bourg-en-Bresse de juillet de la même année, avançant une « violation de la vie privée ».

 

Des poules déplumées ou en mauvaise santé.

Nombreuses alertes

« Trois ans plus tard, la situation reste inchangée et les conditions d’élevage des poules sont toujours aussi misérables, dénonce Sébastien Arsac. Les défaillances perdurent malgré les nombreuses alertes de riverains, de salariés, des autorités sanitaires et de la direction départementale de la protection des populations. »

Deux arrêtés préfectoraux pris en mars 2015 et en janvier 2016 ont constaté des non-conformités et prescrit des mesures correctives concernant notamment la gestion des fientes et l’importante prolifération de mouches. L’élevage a également dû réduire son activité pendant quelques jours, sur injonction d’un troisième arrêté préfectoral, suite à des plaintes de riverains liées aux nuisances. L’arrêté a été levé le 4 avril.

« Certains travaux avaient pris du retard. Il s’agissait de mettre en place une ventilation dans le hangar à fientes, afin d’en améliorer le séchage », justifie Dominic Raphoz, cogérant du GAEC du Perrat, qui affirme avoir déboursé 4 millions d’euros pour rénover l’exploitation en 2012. « On travaille avec du vivant. On n’est donc pas à l’abri de nuisances, même si on fait tout pour les réduire, poursuit-il. Cela arrive dans tous les autres élevages du pays. »

 

Des cadavres gisent au fond des cages.

15 milliards d’œufs produits en France

La France est le premier producteur européen d’œufs, avec 14,8 milliards d’unités en 2014, selon les données de la filière avicole (Itavi). 68 % des 47 millions de poules pondeuses sont aujourd’hui élevées en cage contre 25 % en bâtiments avec accès au plein air et 7 % au sol sans accès au plein air. Paris reste à la traîne de ses voisins européens, qui enregistrent une moyenne de 56 % d’élevages en batterie.

Pourtant, les consommateurs français étaient 90 % à se montrer favorables à l’interdiction des élevages en batterie, selon un sondage OpinionWay publié fin 2014. Mais les changements de pratique restent freinés par les différences de prix, la méconnaissance du code situé sur la coquille indiquant l’origine (s’il commence par 0, il s’agit d’élevage bio, par 1, de plein d’air, par 2, au sol, et par 3, en batterie), et les artifices des marques – comme Matines qui affiche « œufs frais » sur l’étiquette des œufs du GAEC du Perrat.

Surtout, seulement un tiers de la production d’œufs est vendue en coquille aux consommateurs. Le deuxième tiers est écoulé en restauration hors domicile tandis que le troisième est destiné à l’agroalimentaire (pâtes, pâtisseries, etc). A moins d’acheter des produits bio, qui bannissent les élevages en batterie, il s’avère alors quasi-impossible de tracer l’origine de l’œuf et de sa poule.

 

 

 Audrey Garric
Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde


 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 13:23

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Purge à “L’Obs”, reprise en main à “Marianne”

23 mai 2016 | Par Laurent Mauduit
 
 

Manœuvres dans la presse avant la présidentielle : la directrice adjointe de la rédaction de L'Obs, Aude Lancelin, fait l'objet d'un licenciement manifestement politique. Le propriétaire de Marianne promeut, lui, un nouveau directeur, Renaud Dély.

Loin d’être une coïncidence, sans doute est-ce le signe de grandes manœuvres souterraines à l’approche de l’élection présidentielle : au même moment, deux des magazines les plus influents en France, L’Obs d’un côté, Marianne de l’autre, connaissent des jours de tourmente ou de bouleversements. Dans le premier cas c’est le licenciement, manifestement pour des raisons politiques, de la directrice adjointe de la rédaction Aude Lancelin, qui indigne la quasi-totalité de l’équipe. Et dans le second cas, le parachutage d’un nouveau directeur de la rédaction, Renaud Dély, laisse présager une reprise en main éditoriale, même si l'intéressé le conteste.

C’est à L’Obs que les turbulences ont pris ces derniers jours la tournure la plus spectaculaire et la plus violente. Sans que rien ne le laisse vraiment présager, l’hebdomadaire, qui était autrefois la propriété de Claude Perdriel et qui est tombé en 2014 dans l’escarcelle du trio Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé, déjà propriétaire du groupe Le Monde depuis 2010, est entré dans une crise grave.

 

Aude Lancelin Aude Lancelin
 

Tout commence, selon le récit que Mediapart a établi grâce aux témoignages de nombreux journalistes, le lundi 9 mai. Ce jour-là, le directeur de la rédaction, Matthieu Croissandeau, installé à ce poste par les nouveaux propriétaires, convoque l’un après l’autre ses deux adjoints, Aude Lancelin et Pascal Riché.

 

Le statut de la réunion est ambigu : il ne s’agit pas, à proprement parler, d’en entretien préalable à un licenciement et aucune sanction n’est encore évoquée, mais la directrice générale de L’Obs, Jacqueline Volle, y assiste. Aux directeurs adjoints, le patron de L’Obs fait des reproches imprécis mais sur un ton pesant et lourd, leur disant qu’il y a entre eux et lui des dysfonctionnements et qu’il va devoir réorganiser la direction.

À Aude Lancelin, il émet en particulier des reproches de nature “managériale”, lui faisant grief de ne pas l’avoir assez soutenu face à la rédaction, notamment lorsqu’il a décidé de suspendre la parution en kiosque du supplément TéléObs, pour ne plus le diffuser qu’aux abonnés. Des reproches passablement obscurs, car à l’époque de la décision sur le supplément, Aude Lancelin ne s’était pas opposée à la décision.

La rumeur commence donc à circuler dans la rédaction qu’il se trame quelque chose de mystérieux dans les sommets de la rédaction ou que Matthieu Croissandeau ne fait qu’obtempérer à des instructions données par les actionnaires. Mais pour quelles raisons ?

Le lendemain, mardi 10 mai, les choses s’accélèrent. Factotum de Louis Dreyfus, le directeur général du groupe, Jacqueline Volle fait savoir à Aude Lancelin qu’elle veut la voir en fin d’après-midi pour lui remettre une lettre de convocation à un entretien préalable. Pascal Riché apprend lui qu’il est suspendu de ses fonctions de directeur adjoint en charge du numérique, dans l’attente d’une nouvelle affectation. Toute la rédaction comprend alors que la journaliste ciblée par Matthieu Croissandeau est Aude Lancelin, et que dans la confrontation qui se prépare, « Pascal Riché a pris une balle perdue ». En clair, la mise en cause des deux journalistes permet d’arguer de problèmes managériaux alors que le vrai motif est autre, mais ne peut pas être affiché publiquement : si Aude Lancelin doit être licenciée, c’est pour une raison politique…

Le mercredi 11 mai, c’est ce qui commence d'ailleurs à transparaître. À l’occasion d’un conseil de surveillance de L’Obs, Claude Perdriel, qui y siège encore puisqu’il détient toujours près de 30 % du capital, dit publiquement sa colère contre la journaliste. Violant tous les principes de la presse indépendante qui fait obligation aux actionnaires de ne jamais se mêler des questions éditoriales, il admet que Aude Lancelin « a beaucoup de talent », mais il affirme qu’elle est « en faute » car elle ne respecte pas la charte du journal et sa ligne éditoriale « social-démocrate », puisqu’elle publie dans les pages “Débats” des points de vue qui sont en fait des « articles antidémocratiques ». Des propos que dénonce peu après avec ardeur la journaliste Elsa Vigoureux, qui siège au conseil en sa qualité de présidente de la Société des rédacteurs.

Xavier Niel se garde, lui, de marcher sur ces brisées. Il se borne à dire que le journal ne marche pas et que si c’est le cas, c’est pour des raisons éditoriales. Il renouvelle donc sa confiance à Matthieu Croissandeau et affirme que les actionnaires lui ont donné les pleins pouvoirs pour organiser le rebond.

Il n’empêche ! Dans les heures qui suivent le conseil de surveillance, toute la rédaction comprend que c’est Claude Perdriel qui, détestant viscéralement à gauche toute voix qui n’est pas furieusement néolibérale, a lâché le fin mot de l’affaire : à son goût, dans les pages “Débats” de l’Obs, il y a trop de points de vue de la première gauche, ou de la gauche radicale ; trop de place donnée à des intellectuels comme Jacques Rancière ou Emmanuel Todd.

Le lendemain, le jeudi 12 mai, la rédaction de L’Obs, qui n’est ordinairement pas frondeuse, manifeste pourtant son indignation. Une motion de défiance à l’encontre de Matthieu Croissandeau – la première dans l’histoire du journal – est soumise à la rédaction. Et le résultat est sans ambiguïté : 80 % des votants manifestent leur défiance à l’encontre du directeur de la rédaction ; pour l'hebdo, c'est un séisme.

 

Croissandeau seul face à toute la rédaction

Certains journalistes pensent alors que le directeur de la rédaction et les actionnaires vont céder du terrain, face à une réaction aussi unanime de l’équipe. Espoirs vains ! Malgré le camouflet qu'il a subi, Matthieu Croissandeau, qui répète à l’envi n’avoir reçu aucune instruction des actionnaires et agir de sa propre initiative, ne veut rien entendre. Le vendredi 20 mai, Aude Lancelin est donc reçue par Jacqueline Volle pour un entretien préalable à son licenciement. Ce qui renforce l'indignation de la rédaction.

Le même jour, la Société des rédacteurs de L’Obs fait paraître un point de vue qui dit sa sidération. Cela commence par ces mots solennels : « Forts et fiers de notre histoire, nous résistons. » Et cela se poursuit par ces mots : « Engager une procédure de licenciement contre un journaliste de cette manière et dans de telles circonstances est contraire aux principes que l’Obs défend. Cette situation laisse peser le soupçon grave et inacceptable d’une intervention politique. À un an d’une élection présidentielle, alors que la presse souffre de difficultés économiques qui la fragilisent toujours davantage, une telle atteinte à la liberté d’opinion et d’informer serait extrêmement inquiétante. Nous, journalistes de l’Obs, demandons à la direction du journal et du groupe Le Monde libre d’interrompre cette procédure de licenciement, de nous donner la garantie de notre indépendance, et les moyens d’une stratégie. Il ne saurait être question pour nous d’aborder une campagne électorale dans un tel climat de suspicion. »

Ce même 20 mai, l’intersyndicale de L’Obs dit aussi son indignation : « Nous avons demandé l’arrêt de la procédure en cours. Les raisons managériales invoquées par Matthieu Croissandeau pour justifier un ”éventuel” licenciement lors de la conférence de rédaction du 18 mai sont inacceptables. Si licenciement il devait y avoir, il serait particulièrement choquant au moment où ont filtré dans la presse et au conseil de surveillance de L’Obs des raisons politiques à l’éviction de cette journaliste. »

Peine perdue ! Alors qu’au sein de la rédaction, certains pensent qu’il existe peut-être encore une marge de négociation et que les trois actionnaires Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé ne vont pas prendre le risque d’affronter une équipe aussi soudée, aucun geste de conciliation n’intervient.

Ce lundi 23 mai, c’est donc plus que jamais l’impasse. À l’unanimité (moins une petite poignée d’abstentions mais aucun vote contre), les salariés de L’Obs décident le matin, à l’occasion d’une assemblée générale, de faire un débrayage de 15 heures à 16 heures l’après-midi même, « avec rassemblement sur la place de la Bourse pour protester contre le licenciement d’Aude Lancelin et le traitement réservé aux salariés de l’Obs, de Rue 89 et de O, amenés à changer de postes ou à quitter l’entreprise (ruptures conventionnelles en lieu et place de licenciements économiques, promesses de reclassement dans le groupe non tenues, souffrance au travail) ». « Les salariés considèrent inacceptables ces méthodes qui vont à l’encontre des valeurs fondamentales de ce journal. L’Intersyndicale, les représentants du personnel et la SDR demandent à être reçus par la direction pour discuter de l’ensemble de ces sujets, en présence de Matthieu Croissandeau à 15 h », affirme un texte publié par l’Intersyndicale et les représentants du personnel, avec le soutien de la Société des rédacteurs.

 

Lundi 15 heures, place de la Bourse, en face de "L'Obs", pendant le débrayage... Lundi 15 heures, place de la Bourse, en face de "L'Obs", pendant le débrayage...

 

Comment l’épreuve de force va-t-elle donc se dénouer ? En fait, l’histoire est passablement mystérieuse. Car nul ne comprend véritablement ce qui a pu conduire à un conflit aussi soudain et aussi obscur. On en est donc réduit à recenser les hypothèses.

D’abord, François Hollande s’inquiète indéniablement – nous en avons recueilli plusieurs témoignages concordants – des traitements que lui réservent depuis plusieurs mois des journaux “amis” ou avec lesquels il pensait entretenir au moins des relations dénuées d’hostilité. Sans doute est-ce un signe du climat de panique qui prévaut dans les sommets du pouvoir en cette fin crépusculaire du quinquennat socialiste : à des visiteurs, le chef de l’État a dit à plusieurs reprises ces derniers temps l’agacement que lui procurait la lecture du Monde, de Libération et surtout de L’Obs, qui a longtemps fait office de Journal officiel pour les hiérarques du parti socialiste.

Au sein de la rédaction de L’Obs, les bruits les plus divers circulent à ce sujet – ou les bruits les plus fous – et dans tous les cas difficilement vérifiables. Certains croient même que depuis l’irruption de Nuit debout, sur fond de contestation de la loi sur le travail, la nervosité de François Hollande s’est encore renforcée et qu’il a informé l’un de ses visiteurs de la découverte qu’il venait de faire, à savoir que la responsable des pages “Débats” et “Culture” de L’Obs, Aude Lancelin, aurait pour compagnon l’une des figures du mouvement de la place de la République, en la personne de l’économiste Frédéric Lordon.

François Hollande s’est-il ouvert de son inquiétude auprès de Xavier Niel ? Il est évidemment impossible de le savoir. La seule chose qui soit certaine, c’est que la dernière rencontre entre les deux hommes remonte au mois de janvier, c'est-à-dire avant l'accélération de la crise sociale, sans que l’on ne sache ce qu’ils se sont dit pendant le rendez-vous.

 

Une rencontre Hollande-Chaisemartin

Dans les facteurs multiples qui peuvent expliquer cette crise, il y a donc aussi la croisade engagée depuis quelques semaines par l’ancien propriétaire du journal, Claude Perdriel, qui ne décolère pas de constater que les pages “Débats” de L’Obs ne sont plus monopolisées par les représentants de l’aile la plus libérale du parti socialiste – celle qu’incarne aujourd’hui Emmanuel Macron. L’opinion de Claude Perdriel, qui a fait sa fortune grâce aux sanibroyeurs SFA, est assez bien résumée par l’un de ses “porte-flingues”, le chroniqueur de Challenges Bruno Roger-Petit, qui sonne cette semaine le tocsin sur le même registre : « Hollande, victime d’un complot des gauches de la gauche ? » Alors, si complot il y a, n’est-il pas temps de faire le ménage, jusqu’à L’Obs ?

Or, si Xavier Niel a toujours la prudence de dire publiquement qu’il ne se mêle pas des questions éditoriales et que son seul souci est de redresser L’Obs, sans doute faut-il prendre en compte le fait qu’il entretient des relations beaucoup plus proches qu’on ne le pense avec Claude Perdriel. Plus habile que son ami, le patron de Free ne dira donc pas publiquement qu’il voit en Aude Lancelin une « militante » ; mais en son for intérieur, c’est sûrement ce qu’il pense. De même qu’il n’est sûrement pas homme à accepter les mises au placard, préférant un licenciement pur et simple.

On ne peut donc pas suspecter le patron de Free de répondre aux sollicitations de l'Élysée : sa fortune est tellement considérable qu'il n'est plus homme à répondre à ce genre d'invitation. En revanche, Xavier Niel est sûrement très sensible à l'opinion des milieux d'affaires et des grands patrons qu'il côtoie. Et il n'a dû guère apprécier que certains lui fassent observer, comme on nous l'a rapporté, que L'Obs donne parfois la parole à des intellectuels qui, pour les cercles de la finance, passent pour de dangereux révolutionnaires…

Le propos public que tient Xavier Niel sur son rôle à L’Obs n’est certes pas que de forme. Car l’hebdo se porte effectivement très mal. Selon les meilleures sources, ses ventes en kiosque se sont effondrées à un niveau absolument sans précédent, ne dépassant parfois pas les 20 000 exemplaires vendus en kiosque. Mais la crispation autour d’Aude Lancelin n’a rien à voir avec la situation économique du magazine. C’est exclusivement la sensibilité qu’elle incarne, et l'ascendant qu'elle peut avoir sur une partie de l'équipe, qui sont à l’origine de tout ce tohu-bohu.

Incidemment, l'affaire Lancelin dévoile aussi le double jeu fréquent du banquier d'affaires Matthieu Pigasse – absent lors du dernier conseil de surveillance – qui, dans les dîners en ville, aime beaucoup prendre une posture très à gauche, ou signer des tribunes avec Arnaud Montebourg, mais qui dans la vie des affaires défend les mœurs du CAC 40.

Bref, il y a sûrement plusieurs facteurs qui se combinent pour expliquer les turbulences à L’Obs. Mais tous mènent à la même conclusion : c’est bel et bien un licenciement politique qui est engagé, ce qui est gravissime. Et la rédaction de l’hebdomadaire en a bien pris la mesure…

L’affaire prend d’autant plus de relief qu’elle n’est pas la seule : visiblement, l’Élysée suit également de très près les évolutions de Marianne. Mais dans ce cas, sans doute les changements en cours ont-ils une double clef d’explication : économique et politique. Depuis qu’il a pris le contrôle de l’hebdomadaire, Yves de Chaisemartin, l’ancien homme fort du groupe Hersant, n’a cessé de tirer des sonnettes pour essayer de sortir le magazine de l’ornière et de trouver des financements complémentaires.

Mais ces derniers mois, selon nos informations, c’est vers l’Élysée qu’il s’est aussi tourné, pour tenter d’obtenir des aides à la presse complémentaires. Une rencontre dans le courant du mois de décembre a même eu lieu entre Yves de Chaisemartin et François Hollande pour évoquer le sujet. D’après de bonnes sources, le chef de l’État aurait d’abord enregistré la demande de son visiteur sans y donner suite. Mais ultérieurement, le propriétaire de Marianne aurait obtenu des assurances.

Dans le “deal” implicite, y aurait-il donc eu une contrepartie, avec le remplacement de Joseph Macé-Scaron, l’actuel directeur de la rédaction, par Renaud Dély ? Le fait est que les deux journalistes n’incarnent pas du tout la même sensibilité. Au cours des derniers mois, sous la houlette du premier, le magazine a pris des résonances qui pendant longtemps n’étaient pas les siennes. Alors qu’en d’autres temps, le magazine avait un souci de ménager tous les camps, en faisant suivre une charge contre la gauche par une autre contre la droite, tout en ayant une coloration assez fortement pro-européenne sous l’impulsion de Jean-François Kahn, il a changé progressivement de musique. Très anti-européen, très critique contre la gauche, il fait souvent entendre des accents qui s’apparentent au souverainisme de gauche.

Or, si les choses ici vont se passer en douceur – Joseph Macé-Scaron devrait garder son éditorial –, Renaud Dély, qui n’a pas encore quitté L’Obs, incarne une tout autre orientation – beaucoup plus “hollando-compatible”. Dans les tractations en coulisses qui ont précédé cette révolution de palais, c'est Jean-François Kahn qui a susurré à l'oreille d'Yves de Chaisemartin l'idée de faire venir le journaliste de L'Obs.

Renaud Dély dit tout ignorer des rencontres qu’Yves de Chaisemartin aurait pu avoir avec François Hollande, mais il assure que cette interprétation n’est pas la bonne. Il affirme qu’il n’a nullement « l’intention de changer la ligne éditoriale actuelle de Marianne au profit d’une ligne social-démocrate », et qu’il « n’a reçu aucune instruction en ce sens ». Il fait valoir que « ce serait d’ailleurs suicidaire », car la ligne éditoriale actuelle de Marianne est « beaucoup plus en phase » avec l’attente des lecteurs et du pays. On peut sûrement donner crédit à Renaud Dély de ce qu’il dit : Yves de Chaisemartin ne lui a sans doute pas fait ses confidences. Mais à travers le choix d’un nouveau directeur, on devine tout de même le choix d’une nouvelle orientation.

Triste époque, en tout cas… Dans un univers où la presse est devenue le jouet de puissances financières considérables, on en est, semaine après semaine, à scruter les remises au pas ou changements de pied qu’elles peuvent inspirer…

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 15:24

 

Source : http://reporterre.net

 

 

En crise, Monsanto pourrait fusionner avec Bayer

21 mai 2016 / Lorène Lavocat (Reporterre)
 


 

Annoncées jeudi, les négociations de fusion entre Monsanto et l’allemand Bayer constituent une étape supplémentaire dans la course au gigantisme des agro-industriels. Objectif pour ces mastodontes : amortir les coûts de recherche sur les biotechnologies, concentrer les brevets et, in fine, maîtriser l’ensemble de la filière. En face, la dépendance des paysans et des pays s’accroît.

La marche mondiale contre Monsanto devra peut-être bientôt changer de nom. Car le leader des semences OGM pourrait bientôt être racheté par le chimiste allemand Bayer. Jeudi 19 mai, ce dernier a ainsi annoncé mener des discussions avec la firme étasunienne à propos d’une fusion. « Les dirigeants de Bayer ont récemment rencontré les responsables de Monsanto pour discuter en privé d’une acquisition négociée de l’entreprise », a indiqué le groupe allemand dans un communiqué. Une offre de 35 milliards d’euros, « actuellement étudiée » par Monsanto, le fabriquant du Roundup. Si elles fusionnaient, les deux firmes formeraient un géant de l’agro-industrie.

Avec une capitalisation boursière de plus de 80 milliards d’euros et 18 % du marché, Bayer est le numéro deux mondial de l’agrochimie, juste derrière Syngenta. Monsanto, qui pèse quelque 37,5 milliards d’euros en Bourse, est le leader des semences avec 26 % du marché. « Face aux difficultés économiques et à une réglementation de plus en plus contraignante, la fusion apparaît comme la solution pour les entreprises comme Monsanto », analyse Stéphane Lemarié, économiste à l’Institut national de recherche agronomique (Inra) de Grenoble. Depuis un an, la multinationale, basée dans l’État du Missouri, accumule en effet les revers. Baisse du prix des matières premières agricoles, pression citoyenne contre son herbicide phare, le Roundup, contestation de sa suprématie en Inde. Le groupe a ainsi perdu presque un tiers de sa valeur boursière en une année... et annoncé la suppression de 3.600 postes d’ici 2018.

Les deux tiers du marché mondial des semences commerciales contrôlés par dix sociétés 

Ce rapprochement s’inscrit dans un mouvement de concentration sans précédent dans le secteur de l’agrochimie. Après l’annonce de la fusion en décembre 2015 de Dow Chemical et Dupont, puis le rachat du suisse Syngenta par le chinois ChemChina en février dernier, c’est donc au tour de Bayer et de Monsanto de s’allier. « Depuis la fin des années 1990, on assiste à un important mouvement de consolidation, avec notamment une intégration croissante entre les activités de la semence et de l’agrochimie », observe Stéphane Lemarié. Ainsi, d’après l’ONG Swissaid, les deux tiers du marché mondial des semences commerciales sont aujourd’hui contrôlés par dix sociétés seulement. Et six compagnies de pesticides dominent les trois quarts du marché, selon le groupe de recherche indépendant ETC.

 

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Parts de marché des principaux semenciers (4 pour la betterave, 5 pour les autres produits) dans l’Union européenne en 2012-2013 pour - de haut en bas - le maïs, la betterave sucrière et les légumes.

Un phénomène que l’économiste explique par le développement des biotechnologies — OGM en premier lieu : « Pour amortir des coûts de recherche élevés et s’adapter aux réglementations contraignantes, mieux vaut être gros. » Autre facteur de concentration : l’essor des brevets. « Une innovation dans le domaine des biotechnologies, par exemple sur un caractère OGM, peut reposer sur un nombre important de brevets qui ne sont pas nécessairement détenus par les mêmes firmes, explique Stéphane Lemarié. D’une façon générale, l’accès au brevet d’une autre firme peut se faire soit par un contrat de licence, soit par l’acquisition de cette autre firme. » Ainsi, les gros groupes ont peu à peu racheté tous leurs petits concurrents. « Le brevet est une arme économique redoutable », estime Émilie Lapprand, du réseau Semences paysannes. « Plus une entreprise possède de brevets, plus elle contrôle le marché. » D’après une étude des eurodéputés écologistes, « l’immense majorité des brevets sur les biotechnologies est détenue par quatre firmes : Monsanto, Dupont, Syngenta et Bayer ».

Réunir les activités semencières et agrochimiques — voire les activités de conseil et d’équipement — permet aussi aux multinationales de vendre aux agriculteurs des « paquets » : semences + engrais + pesticides + conseil. C’est la stratégie de Monsanto avec le Roundup associé aux OGM rendus résistants à l’herbicide. « En maîtrisant l’ensemble de la filière, les firmes dictent aux paysans quoi faire et comment le faire, et petit à petit, notre autonomie disparaît », observe Guy Kastler, éleveur et membre de la Confédération paysanne.

« Imposer leur loi au détriment de la souveraineté populaire » ...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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