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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 20:41

Tribune de Genève - Anne-Elisabeth Celton | 28.10.2011 | 16:15


 La Ville a décidé en séance du Conseil administratif de tolérer ce rassemblement depuis maintenant quinze jours. Étonnamment, l'opposition semble au diapason sur la question.

 

© Steeve Iuncker Gomez | Une quarantaine d'indignés occupe le parc des Bastions.

 

"Je préfère cent fois qu'ils s'installent sans désordre aux Bastions plutôt qu'ils lancent des cocktails molotov sur l'ONU. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter, la météo aura probablement raison de leurs revendications!" explique Eric Bertinat, conseiller municipal UDC. "Franchement c'est un épiphénomène". Comme lui, de nombreux élus de droite semblent s'accomoder des Indignés installés depuis maintenant quinze jours le parc des Bastions.

La Ville a décidé en séance du Conseil administratif de tolérer ce rassemblement «tant qu’il se limite dans l’espace et dans le temps» et que les participants respectent le site. Mais l'arrivée de la Course de l'Escalade pourrait chasser les militants de cet espace public. Ce vendredi matin, Pierre Maudet, maire de Genève, s'est rendu sur place afin d'évoquer avec eux des options envisageables. Pourquoi cette tolérance ? «Principalement parce qu'ils utilisent le domaine public dans le cadre du droit à la liberté d'expression et observent les conditions posées» analyse Raoul Schrumpf, son chef de cabinet. Les revendications politiques des Indignés justifient donc leur campement.

"Ils ont bien raison de s'indigner!"

Des requêtes qu'approuve d'ailleurs Danièle Magnin, candidate MCG déçue aux Conseil des Etats. "La plaine de Plainpalais aurait été un endroit plus propice au camping selon moi. Et puis les militants seraient plus visibles là-bas! En tout cas ils ont bien raison de s'indigner, tant mieux!"

Un bémol quand même du côté du Parti démocrate-chrétien selon lequel toutes les bonnes choses ont une fin. "Ils ont réussi un bon coup médiatique et leur message a été entendu, maintenant ils devraient se retirer et rendre l'espace public aux utilisateurs" estime Michel Chevrolet. La majorité comme l'opposition semble être au diapason sur la question. En tout cas tant que les lieux sont respectés. "A partir du moment où ils n'engendrent pas de nuisance, pourquoi s'énerver? Par contre j'ai cru apercevoir un chapeau de paille sur Calvin l'autre jour, là je ne suis plus du tout d'accord!" s'amuse Simon Brandt, conseiller municipal PLR.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 20:37

latribune.fr- 28/10/2011 | 18:34 

Copyright Reuters
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Avec tentes, braseros et générateur électrique, une centaine d' "indignés" font toujours le siège devant la Banque centrale européenne à Francfort, et veulent s'installer dans la durée.

C'est un soulagement pour le camp des indignés : la capitale financière allemande a accordé une nouvelle prolongation de deux semaines aux indignés parqués devant l'immeuble de la BCE, les autorisant ainsi à poursuivre leur campement jusqu'au 12 novembre. Depuis son installation  le 15 octobre lors d'une journée de mobilisation internationale, le camp de Francfort s'organise mieux de jour en jour, avec un coin cuisine, un stand d'information et du bois de chauffage en quantité.

"Quelqu'un peut me tenir la caméra pour me filmer?" demande Frank Stegmaier, chasuble jaune et brassard de service d'ordre, qui fait partie du "groupe vidéo". "Nous voulons lancer la semaine prochaine Camp TV, notre propre chaîne sur internet", explique-t-il.

Les médias, le camp les connaît bien. Le mouvement "Occupy Frankfurt" inspiré par son alter ego américain "Occupy Wall Street" s'est formé début octobre grâce aux réseaux sociaux sur internet. Il dispose aussi de sa propre radio internet et l'intérêt des journalistes ne faiblit pas.

Le mouvement s'est constitué en association, a ouvert un compte auprès d'une petite banque alternative et a lancé un appel à des donations. "Nous avons récolté 3.500 euros jusqu'à présent, ce n'est pas assez. Et nous avons besoin d'être raccordés au réseau électrique", poursuit Frank Stegmaier.

Son téléphone ne cesse de sonner. "Ce n'est pas le mien, c'est celui du standard téléphonique du camp dont je m'occupe en ce moment", dit-il. Le syndicat d'un groupe de téléphonie mobile vient d'appeler, en espérant que les militants relaient ses doléances.

La proximité avec les "indignés" est recherchée. Angela Merkel et le futur président de la BCE Mario Draghi ont dit comprendre leurs revendications. Et cette semaine les banques coopératives allemandes ont utilisé une photo d'une de leurs manifestations pour faire leur publicité.

Le camp est aussi populaire auprès des sans domicile fixe du quartier, qui s'y sentent bien acceptés et qui y trouvent des boissons chaudes et de quoi se restaurer. Des associations caritatives les soutiennent, et certains commerçants du quartier offrent leurs stocks d'invendus.

"C'est vrai que le point de départ du mouvement était la protestation contre les dérives des banques et la crise de la zone euro, mais cela s'est vite étendu à des thèmes plus généraux comme la justice et l'égalité" reconnaît Sebastian Drozda, un étudiant de 27 ans.

"Les personnes dans la rue sont les bienvenues ici, du moment qu'ils participent aussi à la vie du camp et qu'ils ne provoquent pas de bagarre", dit-il.

Nul ne veut songer à partir. Surtout pas Maria Kam, 42 ans, sans domicile et sans papiers, qui semble avoir trouvé une seconde famille dans le village communautaire. "Si l'on nous demande de vider les lieux nous manifesterons tant que nous n'aurons pas obtenu une nouvelle autorisation", jure-t-elle.

La prochaine manifestation hebdomadaire des "indignés" était prévue pour samedi à Francfort ainsi que dans d'autres villes allemandes. Plus de 5.000 personnes étaient au rendez-vous de Francfort les deux semaines précédentes.

latribune.fr, avec AFP - 28/10/2011, 18:34

 
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 20:13

Pour tenir dans la durée, les militants du mouvement "Occupy Wall Street" s'organisent. A New York, Boston et dans plusieurs autres campements, des coins bibliothèque ont fait leur apparition pour occuper le terrain... et les esprits.

28.10.2011 | Jess Bidgood | The New York Times

 

La ville de Boston, qui abrite la première grande bibliothèque publique ouverte aux Etats-Unis, possède désormais un tout nouveau coin lecture, un peu moins majestueux. Installée sous une tente militaire, la bibliothèque du camp Occupy Boston, sur Dewey Square, offre une myriade d'ouvrages érudits à emprunter, sans date de retour ni frais pour restitution tardive.

Sa collection, qui comprend plus de 500 volumes classés par genre (consumérisme, identité sexuelle, militantisme/organisation) et ne cesse de croître, est gérée par un libraire et un petit groupe de bibliothécaires qui soutiennent le mouvement. La bibliothèque constitue également, au fur et à mesure, les archives des comptes-rendus de réunion et des propositions d'Occupy Boston, et vient de mettre en place un programme d'ateliers d'écriture et de discours.

Pour John Ford, 30 ans, qui a fermé temporairement Metacomet, sa librairie alternative de Plymouth, pour pouvoir s'occuper de cette "bibliotente", il s'agit d'aider les manifestants à mieux comprendre les systèmes politiques qu'ils jugent insatisfaisants et à explorer les alternatives."J'espère qu'au minimum, cela incite les gens à réfléchir sur ce qu'ils font ici,"souligne-t-il.

Occupy Boston n'est pas la seule branche du mouvement à posséder sa propre bibliothèque. A New York, les occupants de Zuccotti Park en ont une aussi, tout comme les campements de Los Angeles ou de Portland, dans l'Oregon, et quelques autres. La bibliothèque de Zuccotti Park a la particularité d'être à la merci des éléments, car les manifestants new-yorkais n'ont pas obtenu le droit d'installer des tentes. "Plusieurs personnes sont allées à New York et ont trouvé qu'ils étaient moins bien organisés que nous - cela me fait plaisir, reconnaît Vered Meir, une bibliothécaire bénévole de Boston. Même si ça n'est pas une compétition !"

Reste que tenir une bibliotente présente plus d'une difficulté. Selon John Ford, le mouvement reçoit des dons pouvant atteindre 50 livres par jour et les volumes entrent plus vite qu'ils ne peuvent être empruntés par les lecteurs. L'un deux, Stephen Squibb, un étudiant de Harvard âgé de 28 ans est penché dans un coin de la bibliothèque sur son ordinateur portable posé entre un exemplaire de La Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith et un paquet de cigarettes.

Il a passé sa journée là, à jongler entre ses devoirs, son travail de bénévole et les articles qu'il écrit pour le magazine littéraire n+1 et la revue Artforum. "Franchement, je sais pas ce qu'il se passe avec ces livres, je me sens bien ici", s'étonne Stephen Squibb. "Jamais je n'ai été aussi productif." Ilya Slavinski, 24 ans, travaille pour une organisation à but non lucratif et faisait partie des 141 personnes arrêtées lors d'une récente confrontation avec la police. Il est venu à la bibliothèque, car il voulait en savoir plus sur l'historien Howard Zinn, célèbre auteur d'une Histoire populaire des Etats-Unis qui dépeint le pays comme un endroit où les privilégiés abusent des opprimés. "J'ai beaucoup entendu parler d'Howard Zinn comme étant l'historien des Etats-Unis le plus honnête", explique le jeune homme.

Noam Chomsky fait également partie des auteurs très recherchés à la bibliothèque d'Occupy Boston. Il a même sa propre section, baptisée "Papa Noam etc." Le linguiste et philosophe est d'ailleurs venu s'exprimer le 30 octobre devant les manifestants bostoniens. John Ford était ravi : "C'était extraordinaire de l'avoir ici : il est un peu le saint patron de l'idéalisme de gauche."

Pour certains, les livres sont une distraction nécessaire face aux dures réalités de la vie sous la tente. Quand elle a eu besoin d'un moment de répit, Kassandra Ledesma, 18 ans, est allée à la bibliothèque emprunter La Nuit, d'Elie Wiesel. "C'est un livre que j'ai lu au lycée", précise Kassandra, qui campe à Dewey Square depuis près de deux semaines. "Tu es sous ta tente, avec un bouquin, tu fais relâche. C'est un moment rien qu'à soi, un moment de clarté."

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 19:29

hautetfort.com - 28.10.2011

 2011-10-15T190358Z_01_SRE103_RTRIDSP_3_PROTEST.jpg

 Voilà l'explication de ce masque, sardonique et moustachu, porté par les « indignés » à Londres, Madrid, New York, Zurich etc :

 

 

 

 

Qui était Guy Fawkes ? Le catholique le plus haï de l'Angleterre anglicane depuis le XVIIe siècle.

 Né le 13 avril 1570 à York, exécuté le 31 janvier 1606 à Londres, Guy Fawkes tenta de faire exploser le palais de Westminster lors de la session d'ouverture du Parlement, le 5 novembre 1605, afin de supprimer le roi protestant Jacques Ier et les membres des deux Chambres. Cette « conspiration des poudres » (Gunpowder Plot) fut déjouée, Fawkes arrêté, puis torturé et exécuté à Tyburn pour trahison et tentative de régicide.

L'échec de la conspiration fut célébré chaque année jusqu'au XXe siècle, sous le nom de Guy Fawkes Night : on allumait des feux de joie en chantant « no popery », « pas de papisme ».

Avant d'essayer de transformer l'oligarchie anglaise en chaleur et en lumière, Guy Fawkes avait eu une carrière étonnante. Fils de protestant, éduqué dans la religion protestante, il s'était converti au catholicisme à l'âge de 16 ans, avant de s'engager (à 22 ans) dans l'armée espagnole pour se battre aux Pays-Bas ; c'est là qu'il devint expert en explosifs. En 1603, il est recruté à ce titre par les conspirateurs Robert Catesby, William Stanley et Thomas Winter, décidés à empêcher Jacques Ier de relancer la persécution sanglante à l'encontre des catholiques. D'où l'idée de louer une cave sous la Chambre des Lords, d'y stocker 36 barils contenant 670 kilos de poudre noire, et de faire sauter le roi et les parlementaires. Mais des catholiques conspirateurs restent des catholiques : ils voulurent épargner ceux des parlementaires qu'ils considéraient comme innocents. Ils les prévinrent donc. L'un de ceux-ci, lord Monteagle (un ennemi de la Subversion, un ami de l'Ordre et des Vraies Valeurs Nationales) balança le complot au gouvernement. Fawkes fut arrêté dans la cave à l'instant où il allumait la mèche. On le tortura longuement, puis on le condamna à être pendu, étripé et coupé en morceaux (hanged, drawn & quartered) selon la procédure alors en vigueur.

 indignés,guy fawkes,v comme vendetta

        L'arrestation de Guy Fawkes, par Henry Perronet Briggs (1823).


Comment l'effigie de Guy Fawkes est-elle devenue l'emblème des indignés en 2011 ? Via la BD de Moore et Lloyd, V pour Vendetta, qui s'inspira de la physionomie de Fawkes pour créer le masque de « V ». Et qui est « V » ? Un résistant, dans une Angleterre future devenue fasciste, et qui s'est placé sous le patronage de Fawkes pris comme symbole de la défense des libertés.

On pourra ergoter sur le degré de moralité de V pour Vendetta, et dire - avec sérieux - que Guy Fawkes eut tort de vouloir faire sauter le Parlement anglais ;  on peut en effet refuser de s'amuser devant les ironies de l'Histoire et le retour des archétypes. En tout cas je rassure les inévitables censeurs : fidèle à l'esprit d'Assise, je ne prône pas le terrorisme. Et s'il faut tout expliquer, la clé de cette note se trouve... dans la note précédente.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 19:03

Tribune de Geève - Anne-Elisabeth Celton | 28.10.2011 | 07:26


DÉMÉNAGEMENT | La quarantaine de campeurs des Bastions va laisser place aux préparatifs de la course de l'Escalade. En attendant, le groupe reste actif et annonce une manifestation cet après-midi.


© Pierre Abensur |

 

Les campeurs du parc des Bastions ont appris cette semaine qu'ils vont devoir quitter les lieux durant le mois de novembre. Cela pour laisser place aux préparatifs de la course de l'Escalade, informe 20 Minutes.

«Dès le 1er novembre, l’emplacement actuel des campeurs est réservé pour la mise en place de la manifestation, explique Raoul Schrumpf, du département municipal de l’environnement urbain. Mais les Indignés pourraient rester jusqu’au début du montage des infrastructures.»

Les campeurs avaient été avertis de la situation en début de semaine et s'étaient déjà déclarés prêts à faire des concessions. Ils souhaitent désormais s'installer sur la pelouse du Palais Eynard.

Cet après-midi, Pierre Maudet doit rencontrer sur place les Indignés afin de discuter avec eux de différentes options.

Manifestation de soutien

En attendant, le groupe reste actif et annonce une manifestation de solidarité aujourd'hui avec les indignés d'Oakland (Californie) en raison de la répression violente subie mardi soir. La police a tiré en fin de journée des gaz lacrymogènes et des balles lestées pour déloger les militants.

Le cortège débutera à 12h30 place des Nations pour se diriger vers l'ambassade américaine.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:59

Léo-Paul Lauzon

MÉTRO
Publié: 27 octobre 2011 06:00
Mis à jour: 26 octobre 2011 17:51
La population québécoise, canadienne, américaine et d’ailleurs en a ras-le-bol de se faire exploiter éhontément par une infime minorité de puissants milliardaires et de leurs politiciens, lobbyistes (souvent d’ex-politiciens), organismes de recherche et universitaires commandités.

Les gens sont écœurés de se faire prendre pour des valises et de se faire dire n’importe quoi par des ti-counes affranchis remplis de suffisance et de certitude qui, pour qu’ils avalent leur agenda économique, social et politique, leurs répètent à satiété des faussetés comme celle voulant que le Québec soit pauvre (ce qui est erroné car en termes de PIB par habitant le Québec se classe 20e au monde sur 235 pays selon l’Institut de la statistique du Québec. Comme l’écrit le Journal de Montréal du 29 mars 2006) et que la dette du Québec est une bombe atomique (dixit l’économiste de service Pierre Fortin). Bombe atomique qui est plutôt un pétard mouillé si on retranche de la dette publique – ce que ne font pas les lucides afin de mieux vous endoctriner – la valeur marchande de l’instrument collectif Hydro-Québec qui vaut plus que la totalité de la dette globale du Québec. Et si le Québec est à feu et à sang, dixit encore une fois Pierre Fortin, pourquoi donc ce titre dans La Presse du 16 septembre 2011 : «Québec garde sa bonne note de Moody’s»? Et puis, ils répètent inlassablement les mêmes âneries mensongères du vieillissement de la population, de l’immobilisme, de l’exode des cerveaux, de la rigueur fiscale obligée, des riches surtaxés, du taux de syndicalisation trop élevé du Québec qui sclérose notre économie et opprime nos entrepreneurs ; ils ciblent nos prétendues vaches sacrées que sont nos services publics délabrés et sous-financés intentionnellement afin de mieux les privatiser aux affairistes. Ils omettent toutefois de mentionner les odieuses vaches sacrées consenties aux pachas : abris fiscaux, paradis fiscaux, baisses indécentes d’impôts, subventions éléphantesques qui s’apparentent à un bar ouvert qu’avait dit l’ex-vérificateur général du Canada Denis Desautels, etc. Après ils se demandent pourquoi les gens ne vont pas voter.

Il y a aussi ces hypocrites qui feignent ne pas comprendre les indignés et même les accusent de tous les torts en affirmant qu’ils se comportent en gros bébés gâtés. Ils affirment qu’au Québec et au Canada tout va très bien. Très bien pour qui au juste? Au cours des 30 dernières années de croissance économique soutenue, le salaire des travailleurs a stagné et les inégalités se sont accrues à des niveaux records. Gracieuseté des élus corrompus qui ont défiscalisé les riches et les entreprises et ont taxé davantage la classe moyenne (qui s’est appauvrie au fil des ans), en augmentant allègrement la TVQ et en tarifiant abondamment tous les services publics. Bien oui, ça va très bien madame la marquise et monsieur le marquis. Effectivement, tout va extraordinairement bien pour les marquis et leur famille. À l’urgence, qui n’a d’urgence que le nom, il faut attendre 20 heures pour voir un spécialiste et pour passer une radiologie faut mettre un an. Les classes sont insalubres et, pour améliorer les choses, Charest vient de couper dans le maigre de nos services publics un autre 800 M$ (Le Devoir, 17 septembre 2011) afin de payer pour la nouvelle salle de 300 M$ de l’Orchestre symphonique de Montréal (une autre vache sacrée pour les gens importants) et le nouvel amphithéâtre à Québec (400 M$). Et il y a les patrons d’entreprises qui n’ont jamais été aussi riches qui annoncent : «Une hausse salariale des travailleurs [pour 2012] sous la barre des 3 %» (La Presse, 19 octobre 2011), au moment même où l’inflation augmente de près de 4 % : «Le coût de la vie augmente rapidement» (La Presse, 22 octobre 2011). Beau modèle équitable de répartition de la richesse. Après, on feint d’être surpris par la montée des injustices économiques et faudrait rien dire et surtout rien faire.

Puis-je vous dire mes amis qu’en Allemagne et en Israël ça va bien économiquement aussi, mais la grosse partie de la richesse est accaparée pat une minorité? À quoi sert d’avoir une job et de recevoir une augmentation de salaire de 10 % si le prix des produits et services incluant la nourriture et le logement, augmente de 20 %? Voilà ce qui se produit en Allemagne et en Israël et qui explique la réaction des gens qui manifestent par milliers tout en brassant la cage dans la rue qui a fait réfléchir et reculer les politiciens.

Pour les vendus, tout va supposément bien pour tout le monde. La collusion et la corruption nous sortent par les oreilles et coûtent des milliards de dollars en fonds publics et ils ne voient rien. En catimini, Charest démantèle Hydro-Québec, gaz et pétrole, Soquip et Soquiem et donne nos ressources naturelles (pétrole, eau, bois et mines) à des opportunistes, souvent d’ex-politiciens, et ils ne remarquent rien. Ces pantins trouvent même ça correct. Ça répond à leur façon de contrer l’immobilisme au Québec et ça crée, à même nos ressources naturelles et nos services publics, une classe dodue de riches qu’il ne faut surtout pas taxer. Ces colonisés applaudissent la vente de nos ressources naturelles et nos services publics à des étrangers car ils reçoivent une belle commission lorsque cela se produit.

Tiens, il y a le titre de cet article de La Presse du 5 mars 2010 qui dit : «Entreprises canadiennes : des taux d’imposition parmi les plus bas au monde.» Et au moins deux fois moins élevé qu’aux States. Qu’à cela ne tienne, les entreprises canadiennes nous vendent leurs produits et services 20 % plus chers qu’aux Etats-Unis et nos gouvernements ne font rien. Ils se disent préoccupés tout au plus. Ils sont plus courageux avec les syndicats aux Postes, chez Air Canada et dans la construction. Et puis il y a cet article du Devoir du 16 août 2011 intitulé : «Les banques canadiennes veulent un assouplissement du régime fiscal.» Vraiment révoltant. Ces banques qui nous arnaquent et qui détournent des milliards dans les paradis fiscaux veulent payer encore moins d’impôts même si elles sont parmi les moins taxées dans le monde occidental. Et, ce sont ces mêmes banques qui nous disent régulièrement comment gérer l’État et qui comptent plusieurs ex-banquiers comme ministres, tant au fédéral qu’au provincial. Ben oui, tout va très bien. On peut dormir tranquille sur nos deux oreilles et leur faire confiance. Et puis il y a l’organisme de recherche patronal du Conference Board qui affirme dans Le Devoir du 14 septembre 2011 : «Les inégalités de revenus progressent plus vite au Canada qu’aux Etats-Unis.» Il ajoute même : «Au Canada, la classe moyenne tend à se rapprocher des groupes les plus pauvres.»

La moitié des compagnies ne paient pas d’impôt sur le revenu au Québec même si elles sont très rentables et le gouvernement du Québec, qui coupe partout dans nos services publics et tarifie ceux qui restent, verse 6 M$ par année en subventions aux entreprises, ce qui en fait le champion canadien selon le Fraser Institute, organisme privé très à droite (La Presse, 28 novembre 2009).

Nos politiciens et le patronat font comme si rien ne s’était passé, que ces manifestations ne sont pas vraiment sérieuses et qu’il s’agit seulement d’une saute d’humeur passagère de quelques hurluberlus. Faites comme si de rien était messires. Feignez ne pas voir les gros messages qui vous sont envoyés comme celui-ci : «Les Québécois sont ceux qui jugent le plus sévèrement leur gouvernement. Méfiance extrême envers les élus» (La Presse, 29 octobre 2011). Mais ne venez pas plus tard jouer à l’autruche et faire vos innocents si les indignés d’aujourd’hui deviennent les révoltés de demain. Vous n’aurez que vous à blâmer et à tenir responsables pour les soulèvements qui vont survenir, probablement violents, que vous aurez fomentés. L’exploitation est la mère de la violence. Quand cela produira, au moins un de vos souhaits qui vous tient le plus à cœur aura enfin été exaucé, soit celui de contrer l’immobilisme au Québec.


– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

 

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:43
RFI - jeudi 27 octobre 2011
 
Les «indignés» italiens ont manifesté en masse samedi 15 octobre, notamment à Rome, près du Colisée.
Les «indignés» italiens ont manifesté en masse samedi 15 octobre, notamment à Rome, près du Colisée.
REUTERS/Remo Casilli
Par Catherine Guilyardi

Au lendemain du Sommet européen, Accents d’Europe revient sur la colère des Indignés italiens. Les manifestations ont été particulièrement violentes dans ce pays.

En Italie, alors que les violences qui ont marqué la manifestation du 15 octobre 2011 restent dans tous les esprits, les Indignés ne veulent pas perdre possession de la rue. La colère et la peur, celle de rester précaires à vie, sont encore vivaces. Olivier Tosseri est allé recueillir, sur le vif, les paroles des manifestants à Rome…

Une dette grecque allégée, un soutien à l'Euro renforcé et une recapitalisation des banques… Ce matin, les Bourses européennes ont salué les décisions du Sommet économique. Espoir pour les populations les plus touchées par la crise, ou prémices à de nouvelles mesures d’austérité...

La crise économique touche particulièrement la culture
Avec la crise, les aides sociales diminuent mais aussi les fonds alloués à la culture. Dans plusieurs pays d’Europe, les musées sont sommés de trouver des financements privés. Mais, les dons ne sont pas suffisants, alors certains musées vont jusqu’à se priver de collections entières. Aux Pays-Bas, Sabine Cessou. 

Promenade sur les chemins d’Europe
Entre légende et histoire : les sites du Roi Arthur.…
A Mostar, en Bosnie-Herzégovine, Sophie Guesné nous emmène dans la vieille-ville, témoin du passé ottoman de la région… Il y a là-bas une maison traditionnelle turque. Visite guidée. 

Droits d'auteur
La RTBF, la radio publique belge, nous envoie ce reportage de Marie Michiels sur les droits d’auteur. C’est une question épineuse au niveau européen… Chaque pays a son propre organisme de redistribution aux artistes, et rechigne à céder du terrain. Marie Michiels nous explique quel est la situation en Belgique avec l’accordéoniste Didier Laloy.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:07
Tribune de G enève -

jeudi, 27 octobre 2011


Roms évacué passerelle Jonctio.jpgHier à la radio, petit reportage sur nos indignés des Bastions. Face aux indignés du Mur des Réformateurs, une jeune campeuses nous explique son quotidien: la cuisine, la bibliothèque dans une caisse à pommes, les AG, le tipi où l'on se réfugie quand il fait froid. Rupestre et honorable à souhait mais sans perpectives, souligne le géniteur de ce mouvement.

Stéphane Hessel en profite pour faire la promo de son dernier livret: "Engagez-vous!", la suite de son petit brûlot "Indignez-vous!".

- Engagez-vous où? demande le reporter?

- Dans les partis politiques, dans les institutions démocratiques, souligne le vieux résistant, qui était encore hier soir sur Arte parmi les témoins européens, déportés pour opposition au nazisme.

"Les Roms, que la police déloge sous les feux des médias, n'ont pas le droit de s'indigner", me lance Marie-Cécile. D'un trait, nous voilà renvoyés à la réalité, les indignés des Bastions et toute la société genevoise.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:01
20minutes.fr - Créé le 27/10/2011 à 00h18 -- Mis à jour le 27/10/2011 à 00h18

 

Un manifestant blessé à Oakland, en Californie, lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, le 25 octobre 2011.

Un manifestant blessé à Oakland, en Californie, lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, le 25 octobre 2011. D.BRUSH/AP/SIPA


SOCIAL - A Oakland, un manifestant se trouve dans un état critique. A Atlanta, les manifestants ont été délogés par la force.

Six semaines après le début de l'occupation, le mouvement des «indignés» américains traverse un moment critique. Ces derniers jours, les forces de l'ordre sont intervenues dans plusieurs villes pour déloger les manifestants, occasionnant des affrontements.

A Oakland, un manifestant se trouve dans un état grave après avoir été touché à la tête par un projectile tiré, semble-t-il, par la police. Mardi soir, les forces de l'ordre ont utilisé des balles en plastique et des grenades pour disperser les activistes avec du gaz lacrymogène, alors que la mairie leur a interdit de camper dans un parc de la ville.

 

 

Mercredi, ce sont les manifestants d'Atlanta qui se sont fait déloger à leur tour. La police a procédé à plusieurs dizaines d'arrestations. La mairie de Baltimore a également interdit le camping nocturne, faisant craindre de possibles affrontements dans la soirée.

 

Le mouvement n'est pas limité aux Etats-Unis. L’évêque de Londres a appelé les manifestants rassemblés devant la cathédrale St Paul à rentrer chez eux. Au Canada, les activistes d'AdBusters ont, eux, lancé un appel à manifester le 29 octobre, pour faire pressions sur le G20, qui doit se dérouler à Cannes les 3 et 4 novembre.

P.B.
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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 20:00

Compte rendu | LEMONDE.FR | 26.10.11 | 16h26   •  Mis à jour le 26.10.11 | 17h30

 
 

Dans un chat, mercredi 26 octobre, Bertrand Badie, professeur à Sciences Po revient sur la poussée des sociétés ("printemps arabe", "indignés") dans le monde.

Al Tahir : Pourquoi et comment expliquez-vous cette poussée des sociétés dans le jeu international ?

Bertrand Badie : En fait, cette poussée est déjà ancienne. Elle a épousé le rythme des avancées de la démocratie, mais aussi de celles de la mondialisation, qui a contribué à déposséder les Etats d'une partie de leurs prérogatives régaliennes et à les mettre en concurrence avec tout un ensemble d'acteurs sociaux. Durant la bipolarité, le phénomène restait contenu, notamment par la force du clivage Est-Ouest et par la prédominance du jeu diplomatico-militaire. Depuis 1990, on a assisté à une ascension remarquable de ces nouveaux acteurs au sein même de la scène internationale. Mais peut-être qu'en fin de compte le facteur le plus décisif tient à la crise du politique que nous vivons depuis ces deux ou trois dernières décennies.

Crise de désynchronisation d'abord : la plupart des "marchés politiques" et des systèmes partisans ont été constitués, dans l'univers démocratique, au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que s'amorçaient en Europe les "trente glorieuses". Les offres partisanes n'ont guère évolué depuis, et un sentiment de décalage, de défiance à l'égard des partis politiques s'est développé un peu partout. Crise institutionnelle ensuite : notre formule démocratique occidentale reposait sur les vertus du gouvernement représentatif, de la médiation, des corps intermédiaires. A l'heure de l'immédiateté, de la libre circulation du son et des images, ces intermédiaires sont de moins en moins acceptés, et on assiste à un retour en force de l'idée de démocratie directe.

Crise des idéologies également : celles-ci, au Nord comme au Sud, à l'Ouest comme à l'Est, organisaient la vie politique. Leur échec, c'est-à-dire la disparition de certaines d'entre elles et la banalisation des autres, a réduit le débat public, laminé la légitimité des acteurs politiques, conduit à l'imagination d'autres modèles qui ne se retrouvaient en rien dans les structures politiques en place.

Crise d'efficacité : l'Etat, au Nord comme au Sud, perd de sa capacité distributive et régulatrice, éloigne les citoyens plutôt que de les mobiliser. De plus en plus ceux-ci sont à la recherche de modèles de substitution, qu'ils trouvent dans la société, soit en retournant vers la tradition ou vers les communautés, soit en cherchant dans la technologie moderne des moyens de contourner l'Etat.

Crise de la mondialisation enfin : celle-ci a en quelque sorte brisé les lieux et les formules de régulation politique traditionnelle, s'attaquant à la souveraineté, donc à la nation, remettant en cause les équations classiques qui fondaient la puissance de l'Etat, faisant naître enfin des demandes sociales et des enjeux sociaux qui surclassaient l'agenda politique traditionnel. Comme on le voit, cette poussée du social n'est pas propre à un segment de notre espace mondial, mais se retrouve un peu partout : nulle surprise que ces formes nouvelles de mobilisation apparaissent aux quatre coins de la planète.

Lionel : Peut-on vraiment parler d'une nouvelle forme de contestation, d'un nouveau jeu citoyen ? Il suffit de se référer à la révolution iranienne, au mouvements hippie pour voir que le peuple influe, comme c'est le cas actuellement dans les révolutions arabes ou dans le cas d'Occupy Wall Street, pour voir que les sociétés sont promptes à "s'emparer du pouvoir", non ?

Bertrand Badie : Certes, on peut trouver dans le mouvement hippie et dans l'ambiance de 1968 les prémices de cette forme nouvelle de contestation. La différence essentielle tient à ce qu'elles étaient à l'époque marginales ou conjoncturelles, alors qu'elles se construisent aujourd'hui comme l'expression généralisée d'un échec plus vaste, tant du pouvoir que des modèles traditionnels d'opposition.

Ici, la rupture est très forte, car ces formes nouvelles de contestation se veulent "antisystème", récusent une opposition institutionnelle qui ne mobilise plus, voire perd de sa légitimité. Peut-être peut-on aller encore plus loin et noter qu'il y a une volonté délibérée de dépasser le cadre politique traditionnel : c'est l'essence même du politique tel qu'il était jusqu'ici conçu qui se trouve mise en cause. Du coup, les mobilisations qui en dérivent ne trouvent pas de localisation naturelle sur l'échiquier politique. Elles réunissent des secteurs très différents de la société, renâclent à se figer dans une idéologie nouvelle, rejettent même toute forme d'organisation qui viendrait les ossifier.
On sort donc de la dialectique entre le pouvoir et l'opposition dans un effort de la société pour reconquérir sa globalité et remettre en cause les expressions politiques qui étaient censées en dériver.

Lili : D'après vous, quelle est la cause de tout cela ? Pourquoi se révolter maintenant et pas avant ? Si c'est dû en partie aux avancées dans la diffusion de l'information, pouvons-nous croire que cela se produira sans cesse à l'avenir?

Bertrand Badie : Comme je l'ai déjà indiqué, le mouvement a eu une longue préhistoire. Mais on ne s'étonnera pas qu'il vienne se développer dans un contexte paroxystique. Le monde arabe vivait l'essoufflement de systèmes dictatoriaux usés par le temps et par l'accumulation des échecs.
A son tour, le monde occidental eut à faire face à ce genre de mobilisation au moment où la crise qui le frappe depuis 2008 prend une tournure dramatique et angoissante. Il ne faut pas oublier que parmi les "indignés" espagnols, grecs, portugais ou même américains, on trouve une proportion importante de chômeurs, de jeunes, souvent diplômés et dont les perspectives d'emploi sont de plus en plus fermées. On trouve aussi quantité de mouvements marginaux qui s'étaient essayés au genre de la représentation et avaient échoué. En fait, dans des situations semblables, on a souvent vu naître des populismes dont les visées étaient promptes à s'inscrire dans un cadre autoritaire, voire totalitaire.

Dans la crise présente, ce type de démarche reste bien heureusement limité : les "indignés" expriment tout autre chose, c'est-à-dire la conviction que l'ordre politique tel qu'il est constitué ne peut plus faire face aux problèmes sociaux les plus graves, et qu'il convient donc de rétablir des formes d'expression de démocratie directe qui viennent davantage défier les partis d'opposition sur leur gauche que produire les imaginaires prétotalitaires qui commencèrent à fleurir lors de la crise de 1929.

Jacqueline : Pensez-vous que les mouvements actuels aboutiront à de réels changements ?

Bertrand Badie : D'un certain point de vue, ces changements sont à terme inévitables : les sociétés s'attaquent à la légitimité du politique avec une force jamais égalée jusqu'ici. Elles expriment clairement leur défiance à l'égard des systèmes partisans. Prenez l'exemple de l'Espagne, où un sondage récent indiquait que plus de 80 % de la population ne faisaient plus confiance à leurs partis politiques. Face à un tel vide, qui se traduit entre autres par une montée régulière de l'abstention observable partout en Europe depuis quelques années, la classe politique ne peut pas rester longtemps indifférente, au risque d'être submergée et de perdre toute autorité dès lors qu'elle accède au pouvoir.

Précisément, cette érosion des légitimités se retrouve partout : effondrement des courbes de popularité de ceux qui gouvernent, dérision à leur égard, dénonciation de leur médiocrité, banalisation de la passivité politique, voire regain d'importance des appels à la désobéissance.
Un entrepreneur politique habile pourrait, par une refonte audacieuse des mœurs politiques, tirer un grand bénéfice d'une telle défiance. Ceux qui n'ont pas ce courage ne peuvent qu'observer la perte de sens de l'action politique traditionnelle, le divorce croissant entre Etat et société, ce qui, à terme, devrait conduire à un "New Deal" politique. Après tout, c'était un peu déjà le sens de la candidature de Barack Obama, dont il faut bien admettre que l'essai n'a pas été transformé…
Au-delà, qui, en Europe, pour demain ?

France : Peut-on associer deux phénomènes aussi différents que celui du "printemps arabe", qui voit la fin de dictatures anciennes, et celui des "indignés", qui montre l'inadéquation entre l'aspiration d'une jeunesse et ce que proposent les partis politiques de gauche ?

Bertrand Badie : Vous avez raison, on a un peu trop forcé les traits de ressemblance entre deux mouvements qui s'inscrivent dans des contextes fort différents. Pourtant, la correspondance est forte. Dans le temps d'abord. Le "printemps arabe" s'amorce en décembre 2010, et les premiers frémissements d'un mouvement des "indignés" s'observent au Portugal et en Grèce dès mars 2011 pour gagner toute leur visibilité à partir du 15 mai en Espagne.

Dans les formes, ensuite. On retrouve dans les deux cas le même rejet explicite de toute organisation partisane des mobilisations, la même méfiance à l'égard des professionnels de la politique quels qu'ils soient, le même scepticisme à l'égard des idéologies, et surtout, ce sur quoi j'insisterai tout particulièrement, le même rapport à l'humiliation.

Du côté du monde arabe, celle-ci s'exprime face à des régimes dictatoriaux et arrogants, face à un ordre régional qui a toujours relégué les populations arabes dans le rôle d'instruments de construction du bonheur des autres, et face à un ordre international qui le méprisait. Du côté européen, les "indignés" se recrutent d'abord parmi les chômeurs diplômés, parmi ceux qui ont perdu leur emploi, parmi ceux, marginaux, auxquels le pouvoir politique n'a jamais cherché à ménager une place digne. L'humiliation, plus que jamais, vient structurer les comportements sociaux et prendre en quelque sorte un peu partout la place qu'occupait jadis l'idée d'exploitation : exploitation coloniale par les puissances dominantes, ou exploitation des classes laborieuses par les plus dotés.

Au-delà de ces similitudes, que l'on ne peut pas négliger, bien sûr, on pressent que ces mouvements, en s'inscrivant dans des contextes très différents, ne peuvent avoir qu'un destin dissemblable : dans le monde démocratique occidental, il s'agit de réagir face à un jeu démocratique grippé. Il n'est d'ailleurs pas surprenant que le mouvement des "indignés" ait été lancé en Espagne à la veille des élections municipales et pour exprimer le malaise qu'inspirait la concurrence bipartisane entre un parti de droite et un parti de gauche, tous deux compromis dans l'échec. L'enjeu est donc bien celui de la réinvention de la démocratie occidentale comme de la redéfinition de la place des vieilles puissances au sein de la nouvelle mondialisation.

Dans le monde arabe, il s'agit, pour ce mouvement, de se construire face à la sortie de la dictature, c'est-à-dire d'occuper ce terrain vide laissé par l'effondrement d'un système, et donc d'inventer un système politique qui n'existait pas au-delà des ersatz dictatoriaux. Tout le problème alors est de savoir si ces mouvements sociaux qui ont abattu les anciens régimes sauront se doter du "transformateur politique" qui leur permettra d'accéder au gouvernement.

Ploppy : Il semble y avoir une montée de la grogne mondiale envers le système établi. Y a-t-il un risque (une chance ?) de révolution mondiale a plus ou moins long terme ?

Bertrand Badie : La notion de "révolution mondiale" est difficile même à concevoir au sein d'un monde qui est fragmenté, éclaté, et dont les jeux politiques nationaux sont si peu raccordés les uns aux autres.

Pourtant, on peut dire, pour aller dans votre sens, que le processus que nous vivons marque bien la première forme de contestation active et explicite de la mondialisation : en cela, elle crée inévitablement de la convergence entre mouvements qui se retrouvent volontiers, comme ce fut le cas lors de la journée du 15 octobre dernier, pour dénoncer l'austérité, perçue comme ce voile pudique que tout le monde se partage pour survivre dans un contexte de crise frappant les mécanismes mêmes de la mondialisation.

Tout le monde se retrouve aussi dans l'articulation d'un même discours qui rejette toutes les formes classiques de politique auxquelles nous étions habitués : Etat, partis, gestuelle électorale, représentation, programmation plus ou moins inspirée de modèle idéologique désuet. Le paradoxe tient à ce que ces convergences s'expriment souvent en symbiose avec des surenchères nationalistes qui bloquent l'unification de ces mouvements, celle-ci étant d'autant plus difficile à réaliser qu'aucune idéologie commune ne vient les rassembler.
 

Pedro : La poussée islamiste en Tunisie (victoire électorale) et en Libye (introduction de la charia dans la Constitution) traduit-elle un tournant dans le "printemps arabe" ou un juste retour des choses aux réalités locales, à savoir que le soulèvement des peuples arabes n'avait qu'une apparence démocratique, la situation étant toujours plus complexe que les formules hâtives et encore une fois occidentalo-centrées ?

Bertrand Badie : Je me garderai bien de parler d'islamisme au singulier et de mêler dans un même ensemble des formes d'expression très variées que l'on voit apparaître en Syrie, en Libye ou en Tunisie. Je ne vois pas non plus en quoi on pourrait tenir les aspirations démocratiques pour de simples apparences : il est en tous les cas trop tôt pour arriver à une conclusion aussi forte.

Maintenant, le succès électoral d'Ennahda en Tunisie traduit bien, en effet, l'ambiguïté majeure de ces mouvements. Comme je le suggérais plus haut, ceux-ci se sont construits hors de toute grammaire politique, sans leader, sans parti, sans idéologie. Très vite devaient donc se poser, notamment à la faveur des élections, les conditions de leur traduction politique. A défaut d'une offre partisane renouvelée, ceux qui se retrouvaient dans le "printemps arabe" ont porté leurs voix vers les partis qui, dans leur propre conscience, incarnaient le mieux la contestation portée au régime déchu.

En choisissant selon cette méthode l'expression islamiste, les électeurs empruntaient une voie qui exprimait inévitablement un décalage par rapport à cette qualité d'autonomie, d'inédit et d'indépendance qui marquait les premiers mouvements de mobilisation. Tout le problème est de savoir maintenant comment ce décalage va être géré : est-ce que les partis vainqueurs, et notamment Ennahda, sauront le prendre en compte et le combler, ou chercheront-ils à ramener ce mouvement vers un modèle idéologique figé ? Dans cette dernière option, les populations concernées ne pourront que se sentir dépossédées de leur révolution, ce qui peut conduire à des formes nouvelles de tensions, voire plus.

Pierre Thomé : La société civile d'un pays peut-elle s'emparer directement du pouvoir, c'est-à-dire sans les intermédiaires institutionnels que sont les partis politiques ?

Bertrand Badie : Bien évidemment non. Le succès de la Révolution française a été de parvenir à politiser les premiers mouvements sociaux grâce à des filtres nouveaux qui n'étaient pas à proprement parler des partis politiques, mais des clubs, des ligues, des associations, bref, tout un ensemble d'instances de sociabilité qui ont peu à peu produit une culture politique nouvelle, elle-même préparée par le siècle des Lumières et la philosophie politique qu'il avait suscitée.

Evidemment, nous n'en sommes pas là : les mouvements sociaux en question ne peuvent pas s'appuyer sur des Lumières récentes, et ce renouvellement profond de la vie politique que l'on doit aux clubs révolutionnaires et à ces organisations relais ne trouve pas aujourd'hui son équivalent.

Peut-être est-ce là l'effet pervers des "révolutions Internet", ces instruments modernes de communication pouvant mobiliser, faire circuler les mots d'ordre, et même les slogans, mais se révélant incapables de combler ce déficit d'innovation, voire d'imagination politique.
N'est-il pas étrange que dans ce concert de contestation des dérives de la mondialisation, personne n'ose définir le cadre d'une mondialisation alternative de gauche ?

Harry : Je me demande si on n'assiste pas plutôt à un mouvement très promondialisation. Il me semble que ce qu'ils dénoncent est aussi le concept d'Etat-nation qui semble archaïque aujourd'hui. Qu'en pensez-vous ?

Bertrand Badie : Oui, je suis prêt à vous rejoindre : ce n'est pas la mondialisation qui est rejetée, mais bien un usage particulier de celle-ci. Même si cette distinction n'est pas travaillée ni explicitée.

C'est bien l'ordre politique traditionnel dont on fait le procès : des Etats qui, dans leur forme originelle, sortis du Moyen Age européen, ne correspondent plus au contexte de la globalité ; une classe politique partout archaïque dénoncée comme inefficace, incompétente, corrompue, impliquée dans tant de scandales ; des institutions internationales discréditées, qu'il s'agisse des institutions de Bretton Woods, de l'OMC, du G8, toujours accueillies par des mouvements de contestation de plus en plus forts quel que soit le lieu où elles se réunissent.

Au-delà de la dénonciation des archaïsmes, ce n'est pas la mondialisation comme processus qui se trouve mise en cause, mais bien la mondialisation à travers les usages qu'on en fait. Comment, d'ailleurs, ces mouvements pourraient tourner le dos à la mondialisation, alors qu'ils en utilisent les techniques, les modes de communication, la mobilité et la fluidité qui en dérivent ? Les "indignés" n'appartiennent pas aux catégories traditionnelles de la société, mais pour l'essentiel à sa fraction la plus jeune, et souvent la plus diplômée. Peut-être est-ce même là les nouveaux entrepreneurs de la mondialisation qui essaient de se faire entendre.

Max : De Damas à Wall Street, la jeunesse semble s'élever "contre le système", et c'est là le seul mot d'ordre – d'une manière générale, elle exprime un ras-le-bol –, mais peine à lui proposer une alternative. En Tunisie, en Egypte, en Libye, ce sont les jeunes qui ont fait tomber le régime, mais on s'aperçoit aujourd'hui que ce sont les partis politiques traditionnels qui émergent victorieux, comme si les révolutions finissaient toujours par dévorer leurs enfants ? Est-il possible de s'affranchir du jeu politique traditionnel ?

Bertrand Badie : Oui, il est indispensable de faire cet effort de reconstruction du politique. Après tout, ça n'aura pas été le premier : rappelons-nous ce qu'il en fut dans nos nations au XIXe siècle, lorsque le politique a dû s'arracher coup sur coup à la pesanteur aristocratique, puis à celle du régime censitaire, pour aller jusqu'à produire la protection sociale. C'était bien le sens même du politique qui était repensé.

Le décalage aujourd'hui entre le social et le politique est tel qu'il risque de devenir très vite insupportable pour tous, et rendant même toute réforme impossible. Chacun gagnera donc à le repenser.

Harry : Ne pourrait-on pas dire que ces mouvements ne pourront jamais réellement trouver un écho politique puisqu'ils s'opposent fondamentalement à l'essence de la démocratie représentative. Il me semblerait logique qu'une certaine violence se développe à l'avenir. Qu'en pensez-vous?

Bertrand Badie : Vous avez raison de poser le problème en ces termes, en mettant le doigt sur un point particulièrement délicat de notre corps politique présent : on s'est éloigné, en Europe, de l'idéal démocratique, on l'a "routinisé", on l'a trop souvent contourné, notamment à propos du Traité constitutionnel européen, pour que la confiance en nos institutions ne soit pas profondément atteinte. Ces échecs et ces crises touchent l'idée de représentation, car dans notre modernité, faite de communication et d'instantanéité, le représentant a de plus en plus de mal à justifier sa place.

Mais un substitut tiré de la démocratie directe n'est pas encore né, tant s'en faut. Au moment où gouvernements, partis et syndicats souffrent de cette commune pathologie, il n'est pas gagné de penser que la solution aux maux est trouvée. D'où, peut-être, en effet, des violences à venir.

San José : Internet est-il de gauche et subversif ? La contestation est numérique, mondiale et instantanée ("printemps arabe", WikiLeaks, "indignés"). Qu'en pensez-vous ?

Bertrand Badie : Non, Internet est un instrument de communication qui tend à se substituer aux intermédiaires d'antan, mais qui conteste ce qui constitue le pouvoir. Comme celui-ci est dans nos sociétés majoritairement de droite, il a une apparence de gauche. Mais que la cible change, et l'orientation politique de ces nouvelles formes de communication changera également.

chat modéré par Gaïdz Minassian

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