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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 13:55

Marianne - 04 Janvier 2012 Par Alain LE GOUGUEC

 

 
© Nathanaël Charbonnier

Assise à son bureau, Marie-Michèle Laborde réglait les affaires courantes. Elle dirigeait l'exécutif en l'absence du Président. Les rênes du pays étaient tenues d'une main sûre. Personne ne devait en douter.

C'était comme à l'école quand on lui laissait le soin de surveiller la classe. C'était une marque de confiance offerte  à la meilleure élève, « la meilleure d'entre vous » disait d'elle la maîtresse. Ça, c'était autrefois. La petite classe de l'enfance avait radicalement changé de dimension. Marie-Michèle occupait à présent et pour quelques jours la place de premier personnage de l'Etat. Pas moins.

Même si elle n'était que temporaire, cette position lui procurait une sensation d'ivresse doublée d'une aspiration légitime: elle désirait seule prendre de grandes décisions. La vice-Présidente (son conseiller en communication le lui disait souvent) n'était «pas encore assez entrée dans l'histoire». Peut-être le moment était-il venu de combler cette lacune...

L'interphone grésilla. On lui annonçait la présence du Commandant de la C.R.S. 63.

Sommé de radier l'un de ses hommes sans autre forme de procès, il venait implorer la clémence de son Autorité de tutelle. On le fit entrer.

L'officier de police portait impeccablement bien l'uniforme. Son plastron s'ornait d'une quantité de décorations comme la vice-Présidente n'en avait jamais vues.

De toute évidence, ce C.R.S. gradé avait connu d'autres champs de bataille que les rues de Paris. Sans doute s'agissait-il d'un ancien militaire rompu aux vrais combats? Revenu à la vie civile, il ne s'était certainement pas résolu à lâcher l'engagement viril, la discipline, la vie rangée des casernements. Il n'avait pas renoncé à servir.

A cette pensée, Marie-Michèle Laborde frissonna.

-  Mes respects, Madame.

-  Prenez place, Commandant.

L'entretien s'ouvrit sur de lapidaires formules de politesse et l'officier, très vite, en vint au fait d'une voix de baryton.

En s'exonérant de tout pathos superflu, il expliqua à la vice-Présidente ce qu'avaient du subir sans broncher, pendant les mois d'hiver, les hommes de sa compagnie. Il raconta le sang-froid dont ils durent faire preuve pour ne pas réduire les noctambules en charpie. Il évoqua les heures de veille, la sournoise action de l'épuisement, le lourd ressentiment des femmes de C.R.S. à l'encontre de l'Institution.

Son interlocutrice ne lui intima pas l'ordre de se taire. En acceptant de le recevoir, pourtant, elle s'était convaincu qu'elle mettrait au pas ce Commandant trop proche de ses troupes.

C'est ainsi qu'il déroula sa plaidoirie, passant des épouses délaissées aux couples en péril. Il eut alors ces mots: «Pour affronter les coups, l'homme doit être assuré qu'un corps à corps plus doux l'attend à la maison».

Les yeux écarquillés, Marie-Michèle Laborde le fixa avec beaucoup d'intensité en attendant la suite.

-  Je sais que vous comprenez, Madame la Présidente.

«Pourquoi donc chauffe-t-on cette pièce au printemps?» se dit Marie-Michèle Laborde. La soie lui collait à la peau tellement il faisait chaud.

Oui, bien sûr, elle comprenait fort bien ce que ce guerrier voulait dire. Après l'effort, le réconfort. Cela n'était pas discutable évidemment, mais il y avait autre chose. Avec infiniment de tact, le Commandant venait d'affirmer sa respectueuse considération envers la mission qu'elle remplissait en l'absence du chef de l'Etat. En disant très  opportunément «Madame la Présidente», il avait su naturellement s'adapter aux circonstances. Vraiment, ce gaillard en uniforme était un parfait légaliste doté d'un grand sens des convenances.

Elle toussota dans sa main.

-  En effet, en effet. Je vois très bien ce que vous voulez dire, Commandant. Continuez, je vous prie.

Il revint assez longuement sur les couples qui n'avaient pas résisté aux cadences imposées vingt-quatre heures sur vingt-quatre aux C.R.S.  Il en vint au forum de discussion que leurs épouses avaient créé sur internet. Elles s'étaient unies pour tenter de résoudre leur mal-être.

En bravant le couvre-feu, ces femmes n'avaient pas exprimé leur mépris de la loi. Pas du tout. Elles avaient seulement voulu attirer l'attention de maris devenus sourds à la détresse de leurs familles. L'interpellation de Lakshmi Payet avait accentué l'impact de cet appel au secours. Les «déambulations» étaient nées de ce «remue-ménage», c'était le cas de le dire. Depuis sa libération, la paix était revenue dans les foyers des C.R.S... La page était tournée.

La vice-Présidente se sentit chanceler.

Elle se ressaisit et se redressa sur son fauteuil.

-  Commandant, comme vous y allez!... La page est tournée, dites-vous... Elle le sera, voyez-vous,  quand les meneurs... Euhyyy... quand les meneurs auront été sanctionnés. Pas avant. Le rôle que l'épouse du Brigadier Payet a joué dans ces évènements a mis à mal la confiance que les pouvoirs publics plaçaient dans l'allégeance des C.R.S., sachez-le !

L'officier opta prudemment pour la soumission.

-  Madame la Présidente...  Madame la Présidente, je vous suis. Il faut sanctionner, c'est incontestable. Je vous l'assure, j'y suis prêt.

Elle se détendit; il poursuivit.

-  J'aimerais seulement vous faire observer que nous risquerions de faire repartir le feu si jamais nous nous avisions de radier le Brigadier Payet pour une faute commise par son épouse. Dans les Compagnies, et pas seulement dans la mienne, la braise est encore chaude...

-  ....Hyyyeuuhh... Que suggérez-vous, Commandant?

-  Nous pourrions infliger à Payet une mutation-sanction. Eloignons-le de l'épicentre, en quelque sorte. Je saurais m'en occuper personnellement.

La Présidente par intérim contempla le plafond et rendit son verdict.

-  ...Accordé. Va pour -comment dites-vous?- une mutation-sanction. Je compte sur vous, Commandant, pour prendre les dispositions sans tarder.

-  Sans tarder, Madame la Présidente.

Il avait à peine quitté son bureau que déjà Marie-Michèle Laborde se demandait quelle médaille elle allait pouvoir ajouter à toutes celles qu'arborait fièrement cet homme. Elle prendrait plaisir à épingler une breloque de plus sur la poitrine de ce beau Commandant. Elle se laissa dissiper par un rêve d'accolade jusqu'à ce qu'un importun vint frapper à sa porte.

 

***

 

Face aux flots miroitants du lac, au lieu-dit Hajosgáldi, la terrasse du gros manoir résonnait des rires de Maurizio Caillard. Dans une pose très étudiée, Imogène passait le temps en scrutant l'horizon. Elle ne s'extrayait de ses pensées que pour tourner lascivement la tête vers son mari qui gesticulait devant elle, le col amplement ouvert, les pans de chemise sortis du bermuda. Un peu à l'écart, Arnaud Pillorègues pianotait sur une tablette de trader à la recherche des produits spéculatifs les plus rentables du moment. De temps à autre, il surveillait son petit monde et s'amusait de ce qui se jouait sous ses yeux.

Les cheveux mouillés retenus en arrière par un peigne serre-tête, Caillard pérorait en désignant du doigt le jet-ski que trois hommes venaient de sortir de l'eau. En sautillant, il s'exclamait:  Personne -vous m'entendez?-, personne  n'avait jamais piloté ce bolide comme je l'ai fait cet après-midi!». Dans un luxe de détails à sa gloire, le Président revenait sur ce qu'il appelait «ma course», il moquait ses deux gardes du corps qui avaient été «bien incapables» de le rattraper. Dès le départ du ponton, il avait pris une longueur d'avance sur ses poursuivants. Il s'était plu à les arroser copieusement dans son sillage à chaque fois qu'il l'avait pu.

Il riait à l'évocation de ses enfantillages. «Quand j'suis plein gaz, moi, on m'rattrape pas» serinait-il. Ensuite, il interpellait ses anges-gardiens de quelques brefs coups de menton: «Hein, Messieurs... Hein?... Ha! Ha!». Les gorilles opinaient: «Monsieur le  Président, vous êtes le Champion des champions». Moqueur, il leur répondait aussitôt: «Vous n'êtes que des amateurs!».

 

***

 

Mèche au vent, en t-shirt uni clair et pantalon «battle», Aurélien Fenaux pédalait sans se presser à l'ombre de la «Catedral». Au passage, il leva les yeux vers le clocher de l'édifice. La «Giralda» avait d'abord été le minaret d'une mosquée à l'époque almohade.

En l'admirant, il se dit que rien n'était jamais taillé d'un seul bloc. Ce qui ne se voyait pas toujours à l'œil nu apparaissait souvent à la lumière ou dans l'examen minutieux du détail. Tout était inattendu car tout était chimique, constitué de rencontres impossibles, de mélanges explosifs, de miraculeuses synthèses. Il en allait ainsi des êtres humains comme des objets les plus insignifiants. Le projet le plus encadré, le mieux calibré, ne pouvait se concevoir sans qu'y fut ajouté au dernier moment un soupçon de faits imprédictibles. L'imprévu. C'était le sel et le piment de tout dessein. La perfection, au fond, n'était rien d'autre qu'une salade impeccable que le destin assaisonnait d'imprévu.

Aurélien appuya sur les pédales pour s'éloigner de l'odeur piquante de l'urine de cheval qui commençait à monter du sol sous l'effet de la chaleur. C'était le matin. Rangées sagement l'une derrière l'autre, les calèches vernissées noires attendaient les touristes dont les cochers devinaient la nationalité au premier coup d'œil. Le chapeau à la main, ils interpellaient les flâneurs dans leur langue. D'un geste accorte, ils les invitaient gentiment à s'asseoir sur le velours rouge des banquettes pour un dédale inoubliable dans les rues de la capitale andalouse.

Les guichets postaux n'étaient plus très loin. Sitôt derrière Santa-Maria, le jeune Français prit garde de ne pas glisser malencontreusement les roues de son vélo dans les rails du tramway sévillan. Il avait vu pas mal de cyclistes chuter lourdement à cet endroit par manque de vigilance. La voie était libre de véhicules. Il traversa donc l'avenue en diagonale jusqu'à sa destination, attacha la bicyclette et fila récupérer le courrier de Paris qui l'attendait en poste restante.

Un peu plus tard, assis dans l'air climatisé du BlackStick, il sirotait un café américain dans un gobelet de carton king size. La lettre qu'il venait de retirer était posée devant lui dans son enveloppe. Il ne la quittait pas du regard. Aurélien Fenaux repensa à ce jour de septembre. En pensée, il revit très précisément cette jeune et jolie femme blonde d'une mise un peu classique à qui il avait emprunté son téléphone portable, un vieux modèle équipé d'une antenne apparente. Le détail l'avait amusé car, avant même de l'aborder, il la savait fille d'un milliardaire. Du père de Luisa, il connaissait ce qu'en rapportait la presse; de sa mère, en revanche, il ignorait tout jusque-là.

Du bout des doigts, il saisit sur la table du BlackStick le courrier envoyé par son correspondant parisien. Il le plia soigneusement, le glissa dans l'une des poches latérales de son pantalon, en referma le battant. Puis, la main sur la cuisse, il chuchota comme pour lui-même: «Luisa, maintenant je sais qui est ta maman».

 

***

 

Seule dans son grand lit, Marie-Michèle Laborde n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Afin d'être sûre de ne croiser personne en chemin, elle n'attendit pas l'aube ce matin-là pour réveiller son chauffeur. Elle se fit conduire à son bureau très tôt.

Le jour se levait à peine, le ciel de Paris ne s'annonçait pas très clair; pourtant, elle sortit de chez elle avant l'heure du laitier avec de larges lunettes de soleil sur le nez. Elle remarqua l'étonnement de son conducteur et les regards furtifs qu'il jeta dans le rétroviseur intérieur tout au long du parcours. La vice-Présidente et Présidente par intérim ne voulait pas que l'on voit à quel point ses yeux étaient gonflés. Ils étaient encore plein de larmes. Elle était triste à pleurer.

La journée de la veille avait pourtant bien commencé.

Marie-Michèle Laborde avait beaucoup apprécié cet entretien inattendu avec le sympathique Commandant de la C.R.S. 63. Il l'avait convaincue de prendre une décision humaine à l'encontre de ce Brigadier Payet dont les soucis conjugaux avaient bien failli transformer ses collègues en factieux. Ce garçon allait être muté d'autorité: la vice-Présidente y avait vu une sanction juste, ni trop légère ni trop lourde. Le Commandant avait eu la bonne formule à propos de ce Payet... Il avait dit: «Eloignons-le de l'épicentre».

Alors que la voiture officielle accédait à la cour pavée de la vice-Présidence, sa passagère fut secouée de sanglots qu'elle cacha rapidement derrière une quinte de toux. Arrivée devant le perron, elle n'attendit pas que le chauffeur vienne lui ouvrir la portière. Elle jaillit littéralement, son sac dans une main, une chemise cartonnée grège dans l'autre. Après la visite impromptue du Préfet de police de Paris, Marie-Michèle Laborde avait compris que «l'épicentre» de ses ennuis s'était sérieusement déplacé.

 

***

 

De la fenêtre de sa chambre de villégiature située plein sud, la «Première Dame» contemplait le Balaton. Imogène Caillard se nourrissait du spectacle «si naturel» des oiseaux de toutes tailles dont la chatoyante présence  animait les rives du lac. Elle surveillait leurs cris,  s'amusait de voir s'ébattre les canards et leurs petits («ils sont si choux!») et se sentait infiniment reconnaissante envers son hôte, le charmant Monsieur Pillorègues.

Depuis le début de la matinée, elle avait pris son temps. Loin du tumulte de Paris, minute après minute elle appréciait de voir son Richou revivre. Dès l'aurore, elle l'avait entendu sauter du lit puis descendre l'escalier avec un enthousiasme contagieux. En passant près de la chambre de ses gardes du corps (située plein nord), il avait tambouriné contre la grosse porte ouvragée en s'écriant: «Debout, tas d'faignants!». Elle l'avait entendu rire, il avait parlé fort pendant un bon moment.  Les échos de la voix du Président lui étaient enfin parvenus assourdis et elle avait perçu au loin les bruits de trois plongeons dans les eaux fraîches du Balaton. Elle avait alors accouru jusqu'à la fenêtre et lui avait crié: «Sois prudent, mon Richou!». Portée par l'onde calme du lac, la réponse de Caillard s'était essentiellement adressée aux deux nageurs partis l'accompagner dans sa baignade; tout en brassant l'eau, il leur avait dit: «La Première Dame est inquiète».

Imogène n'avait pas aimé l'ambiance de ces derniers mois. Elle avait même eu peur pour sa vie. Les comptes-rendus de la presse à propos des rassemblements nocturnes, elle les avait tous lus. Ces récits avaient très souvent viré pour elle au cauchemar. L'épouse du Président avait vu ses nuits peuplées de milliers de zombies carnassiers aux lèvres maculées de sang.  Dans ses plus mauvais rêves, elle voyait ces hordes sanguinaires faire irruption dans ses appartements privés. C'était comme si Maurizio les aimantait. Pendant qu'il dormait, elle tentait bien de crier, d'appeler à l'aide, mais les sons restaient dans sa gorge. Le Palais était déserté, plus aucun Garde républicain n'était là pour les protéger.

D'avance, elle redoutait le moment où il faudrait rentrer. Pour dire la vérité, que comprenait-elle à tout cela? Elle n'avait jamais fait de politique, ça ne l'intéressait pas. Le vacarme silencieux des noctambules lui importait autant que les manifestations gueulardes des syndicats entre République et Nation. Ça lui paraissait loin, très éloigné de sa vie de «Première Dame de France». Imogène ne demandait rien d'autre que la tranquillité. Ce qu'elle voulait par-dessus tout, c'était voir son époux rayonner; à l'occasion,  elle prenait un peu de sa lumière... Etait-ce trop demander? Pourquoi ces gens ne restaient-ils pas chez eux? Pourquoi protestaient-ils tout le temps? Pourquoi n'acceptaient-ils pas simplement d'être gouvernés par ceux dont c'était le métier? Tout cela la dépassait et commençait à la lasser.

Pour ne plus se gâcher l'existence, elle avait fini par éviter de lire les journaux français. Elle avait fait en sorte qu'on lui livrât chaque après-midi la presse étrangère. Elle y trouvait souvent matière à comparaison. Tout semblait tellement plus facile chez les autres!... Chez les autres, les rois régnaient, les Présidents présidaient, les premiers ministres administraient... et les peuples paraissaient heureux. On ne bloquait pas la libre circulation des braves gens en manifestant en nombre pour un oui, pour un non. La nuit, les honnêtes citoyens pouvaient s'endormir en toute quiétude: les policiers veillaient sur leur sommeil et leur sécurité. Ceux que l'on appelait «Visiteurs du Soir» ou«V.S.» ne venaient pas perdre leur temps sous la lumière des lampadaires à minuit pour y faire le pied de grue sans décrocher un mot!...  Ailleurs, -là où vivre ne prenait pas l'allure d'une épreuve-, le mot «noctambule» désignait un couche-tard, un fêtard, un noceur; en clair, il signalait une réjouissance et un jouisseur, pas le mécontentement d'un pisse-froid.

Elle était assise dans le salon de lecture du manoir quand un employé de maison hongrois prénommé Attila vint lui porter sur un plateau sa ration quotidienne de médias étrangers. Elle se mit aussitôt à feuilleter ces journaux pour y prélever sa dose d'optimisme et regretter peut-être de n'avoir pas épousé le roi de Prusse.

Elle parcourut d'abord les pages du journal espagnol à vocation internationale «Nosotros News». Sous un article consacré à la flambée passagère des cours du «Pata Negra», elle vit alors un entrefilet dont le titre disait: «La fille du riche industriel Villaluenga interpellée en France». Suivaient quelques lignes selon lesquelles Luisa Bajos de Villaluenga était fortement soupçonnée d'être à l'origine des troubles qui secouaient le territoire français depuis plusieurs mois. Sur ordre direct de la vice-Présidente Marie-Michèle Laborde, la jeune femme avait été appréhendée à l'aéroport d'Orly. Aussitôt conduite dans les locaux de la police judiciaire pour y être interrogée, elle refusait catégoriquement de parler. Sa garde à vue avait été prolongée. Elle totalisait déjà cinq jours de détention sans aveu.

Imogène Caillard releva la tête. Le quotidien espagnol lui glissa des mains et elle resta prostrée jusqu'au soir, assise  dans ce petit boudoir qu'elle trouvait, à son arrivée, «si cosy!».

Elle ne bougeait toujours pas d'un cil quand son mari refit son apparition en début de soirée. Il avait passé l'après-midi à Budapest. Arnaud Pillorègues et lui s'y étaient rendus en hélicoptère dans le but d'assister à une vente aux enchères de prestige. Maurizio y avait fait l'acquisition d'un poudrier. L'objet avait appartenu à l'impératrice d'Autriche, reine de Hongrie, Elisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite «Sissi». Le Président des Français avait l'intention d'offrir ce poudrier à sa belle, ce serait son cadeau d'anniversaire. La «Première Dame», en effet, allait avoir 50 ans.

 

***

La vice-Présidente et Présidente par intérim avait encore la main sur le combiné téléphonique. Cette journée, elle l'avait espérée calme. Elle n'avait pas digéré la nouvelle de la veille, et sa nuit n'avait été qu'une longue insomnie. A présent qu'elle savait ce qu'elle savait et que ce qu'elle savait elle ne pouvait pas l'envisager tant qu'on ne le lui avait pas appris, elle appela le directeur de la police judiciaire. Au prétexte que la garde à vue avait assez duré, elle l'enjoignit de transmettre le dossier napix310 au Parquet en vue d'une mise en examen. La suspecte serait libérée dans la foulée et placée sous contrôle judiciaire. Cela permettrait de limiter les dégâts et d'amorcer un sérieux rétropédalage en toute discrétion.

Elle s'était tout juste acquittée de cette tâche prioritaire quand sa directrice de cabinet demanda à la voir toutes affaires cessantes. C'était une énarque quadragénaire, célibataire au service exclusif de l'Etat.

En pénétrant dans le bureau, elle afficha la mine des mauvais jours. On venait de lui communiquer les chiffres de la délinquance et de la criminalité pour les trois mois passés. Tous les voyants étaient dans le rouge. La France semblait être livrée aux assassins et aux voleurs, la courbe des délits routiers sortait du cadre, les morts par accident s'empilaient. Et toutes ces données déprimantes avaient un dénominateur commun : la pleine nuit n'était plus le décor préféré des contrevenants. Depuis quelque temps, pour commettre leurs forfaits, ils préféraient tous la lumière à l'obscurité. Ils violaient la loi en plein jour.

Marie-Michèle Laborde soupira en se disant que les pires nouvelles n'arrivaient décidément jamais seules. Songeuse, elle repensa à la judicieuse image de «l'épicentre» que le Commandant de la 63 avait empruntée aux sismologues... Elle pensa que d'autres répliques ne tarderaient pas à se faire sentir... C'est alors qu'un raisonnement lui traversa l'esprit.

-  Supposons», dit-elle, que l'épicentre du séisme se trouve en un point A. Il est urgent de s'en éloigner et donc d'aller de A en B. Il faut mettre en œuvre le plan B.

Réfléchissant à voix haute, la vice-Présidente repassa le film des derniers mois. Elle égrena la chronologie des évènements, l'apparition incendiaire des Visiteurs du Soir, l'épuisante contagion des mécontentements, les arrêts de travail qui s'étaient multipliés dans les rangs des C.R.S. et des gendarmes mobiles soumis à des cadences impossibles « sans répit ni repos », la réquisition nocturne des agents de police des commissariats et postes de quartier. Ceux-là, il fallait les extraire de la nuit « au plus vite », les réaffecter à la journée, remettre des uniformes « partout au coin des rues »...

-  ... Et dans ce cas, Madame... à qui confierions-nous les patrouilles de nuit ? Qui s'emploierait à faire respecter le couvre-feu ?

La directrice de cabinet était perplexe. Elle avait tout suivi du raisonnement mais ne comprenait pas bien où sa patronne voulait en venir. La réponse ne tarda pas.

-  A l'armée, ma Chère. A l'armée.

***

Fin du dixième épisode, la suite demain

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