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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 17:47

 

Catherine GrèzeEva Joly et Ulrike Lunacek, députées européennes du groupe des Verts, sont allées visiter le chantier du 3e plus grand barrage au monde : Belo Monte, au Brésil. « Ce barrage est non seulement un échec économique annoncé, mais c'est surtout, déjà, un désastre social, humain et environnemental », explique Catherine Grèze. 


Avant même notre départ, les embûches avaient commencé. Des eurodéputées (Catherine Grèze, Eva Joly et Ulrike Lunacek) venues s'opposer à un projet aussi pharaonique, cela dérangeait en haut lieu. N'ayant pu avoir raison de notre détermination, les autorités locales avaient changé de pied et tenté de nous convaincre du bien-fondé du projet. À grands renforts d'officiels, ils nous ont expliqué que le barrage serait un modèle, que les populations autochtones ne seraient pas affectées et que le Brésil misait sur les renouvelables et le développement soutenable ! Naturellement. Exercice inverse l'après-midi, les associations ont démonté le discours officiel, cartes à l'appui. Elles veulent voir dans l'imbroglio juridique un espoir... Le soir, les écologistes brésiliens que nous avons retrouvés ont martelé leur opposition à ce projet. À l'origine de la « commission sur les indigènes », dix députés verts qui résistent au lobby de l'agrobusiness cherchant à en finir avec les « zones protégées » pour les peuples indigènes ou la biodiversité. La mort dans l'âme, les Verts disent que Belo Monte se fera et ils égrènent déjà le nom des six mégaprojets qui suivront.

Le lendemain, nous tenions une conférence de presse avec les ONG à Belém. Salle bondée, flashes et caméras. Après la conférence, réunion avec de nombreux experts qui nous ont présenté une étude remise au gouvernement en 2010. L'exposé est passionnant. Belo Monte est un « piège technique » : une fois construit, ils voudront en construire une dizaine d'autres pour le remplir. Sans cela, le barrage sera en pleine capacité seulement quatre mois dans l'année. Car Belo Monte n'est pas un barrage comme les autres. Il n'y aura pas d’inondation mais un assèchement et un détournement du fleuve Xingu. Les chiffres sont démentiels : 200 millions de mètres cubes de terre et de roche déplacés... Plus encore que pour le Canal du Panama !

Les conséquences seront terribles pour les populations autochtones qui verront leurs terres envahies. Bateaux, véhicules, vêtements, nourriture, argent... La stratégie du consortium en charge de la construction du barrage est de tenter de les acheter. En réalité, les conséquences sont désastreuses : drogue, prostitution (y compris de mineures), conflits, violence. Sans parler du manque de poisson, qui constitue 70% de leur régime alimentaire. On omet trop souvent de le dire : la zone du barrage regorgerait d'or. Belo Monte multipliera le potentiel minier. Le fleuve asséché, les entreprises d'extraction auront de nouveaux terrains de chasse. Ce qui explique leur participation au consortium.

«No river, no life !»

Arrivées à Altamira ce matin, nous avons survolé le chantier. Trente minutes du premier barrage aux turbines ! Ainsi donc voilà le fameux barrage de Belo Monte. Voilà le fameux chantier qui coûte entre 9 et 17 milliards de dollars, où s'échinent 100 000 ouvriers sous-payés. Voilà ce qui va causer la ruine de milliers d'indigènes, submerger une biodiversité inestimable. Un chantier démesuré de 660 km2. Voilà la catastrophe écologique qui se prépare. Voilà pourquoi je suis ici. Nous y voilà, donc.

La rivière coule encore. Mais pour combien de temps ? Soudain, Belo Monte n'est plus un dossier d'une centaine de pages combattu dans les couloirs du Parlement européen. Sous nos yeux, c'est une réalité, un projet dément et effrayant. Cet après-midi, nous avons rencontré deux hommes de courage. Le procureur Felicio Pontes, le premier à avoir déclaré que le barrage Belo Monte était contraire à la Constitution. Il n'y a en effet pas eu de consultation préalable des populations autochtones, comme le demande la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, que le Brésil a ratifiée. En réponse, l'Etat brésilien a fait appel, grâce à une procédure qui date de la dictature. M. Pontes nous demande de faire pression sur la Cour suprême brésilienne pour qu'elle arbitre en sa faveur. C'est important, étant donné que la construction de pas moins de 40 barrages est prévue d'ici vingt ans. Le procureur ne désarme pas.

Le deuxième homme est «l'évêque du Xingu». Il paie son engagement au prix fort : deux gardes du corps l'escortent, 24 heures sur 24. Erwin Kräutler, prix Nobel alternatif en 2010, nous témoigne de la destruction et du chaos qui règnent à Altamira. Le prix du logement qui augmente, tout comme l'insécurité et la toxicomanie. Une mineure prostituée a été assassinée récemment. Tant Felicio Pontes qu'Erwin Kräutler nous disent combien notre visite –une première– compte. Tous deux résument leur combat par le slogan aussi simple que vrai : « no river, no life ». « Sans rivière, pas de vie. »

Dernier jour : témoignages

Sans rivière, pas de paix non plus, nous dit une indienne, cheffe Munduruku. « Notre richesse, c'est notre mode de vie. Ils ont envahi nos terres, coupé notre bois, et maintenant ce barrage ! » Autre témoignage, de Maria : « J'ai 63 ans, il est trop tard pour recommencer ma vie. Tout ce que je sais faire, c'est pêcher. » Or il n'y a plus ni animaux, ni poissons, ni même d'eau potable à cause de la pollution. Jorurna, vieux pêcheur, vit à 50 kilomètres du barrage, avec le bruit des machines et des explosions en continu. Il est né ici, il souffre ici. Et il demande deux choses : ses droits et du respect. « Nous ne savons pas comment faire respecter nos droits ! », confirme Kaipo, un homme brisé. Lorsqu'il a compris qu'il ne pourrait plus pêcher, il a organisé une occupation du site, il a tenté d'arrêter les machines. En vain.

Ce matin, 240 travailleurs du chantier se sont mis en grève. Ils ont aussitôt été renvoyés. Ormazete s'adresse à nous au nom des paysans expulsés sans compensation : « Le barrage est un projet financier, un projet politique. À quoi sert le progrès énergétique s'il détruit le peuple ? » Une autre femme nous raconte les promesses du consortium Norte Energia (en charge des travaux) : beaucoup de promesses, de dons d'argent, de terrain, et même de maisons. Résultat ? Elle a été expulsée sans aucune compensation. 15 000 familles ont été expulsées. Comment vivre ? Comment manger ?

« Qui pouvons-nous appeler à l'aide ? Nos représentants ne sont pas là. C'est une honte que vous soyez ici alors qu'il n'y a pas un officiel ! », déplore le Père Clare, curé dans un village. C'est le pot de terre contre le pot de fer : « Je suis allé à Berlin, dans les locaux de l'entreprise Siemens. Ils nous ont répondu que tout ce qu'ils faisaient, c'était de livrer des machines ! » Siemens, arrivé au Brésil en 1964, avec le début de la dictature... « Tout le monde sait ici que l'enjeu n'est pas l'énergie mais bien la mine d'or qui viendra une fois la rivière asséchée », explique Johana. Une de ses élèves, une adolescente, explose : « Les vieux sont écrasés et nos rêves de jeunes brisés. Développement, développement, développement ? Faites passer le message : nous luttons pour notre dignité ! »

Voilà donc le message que je porte, de retour de Belo Monte. C'est une lutte pour leur dignité. Il faut un regain de mobilisation contre ce mégaprojet. Ce barrage est non seulement un échec économique annoncé, mais c'est surtout, déjà, un désastre social, humain et environnemental. 

C'est déjà une catastrophe.   

Catherine Grèze, députée européenne du Groupe des Verts, coordinatrice de la commission du développement

 

 

 

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