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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 16:54

 

Source : www.mediapart.fr

 

L'Argentine en défaut de paiement, et dans une situation ubuesque

|  Par Dan Israel

 

 

 

Parce qu'il n'a pas payé une tranche d'un peu plus de 500 millions d'euros à ses créanciers, le pays est en faillite. Or cette somme a été versée. La justice américaine la bloque, estimant que le pays doit d'abord régler un conflit avec des fonds « vautours ». Qui détiennent à peine 1 % de sa dette.

C'est encore un constat d’échec. Vendredi s'est tenue à New York une ultime réunion entre les représentants de l’Argentine, des fonds d’investissement qui détiennent une partie de sa dette et de la justice américaine. L’objectif affiché était de trouver une issue à la situation ubuesque dans laquelle se trouve l’Argentine depuis le 31 juillet, après avoir échoué à trouver un accord avec les fonds NME et Aurelius et avec la justice américaine. Mais la situation n'a pas changé, le juge new-yorkais Thomas Griesa exhortant simplement les deux parties à trouver une solution au plus vite. Car le pays est désormais en situation de défaut – partiel – de paiement sur les échéances de sa dette. Et pourtant, sa banque centrale a bien versé le 26 juin les 539 millions de dollars (401,5 millions d’euros) qu’elle devait payer avant le 30 juin !

C’est en fait la justice américaine qui a bloqué le versement de la somme, finalement assez minime. Mediapart détaillait la situation mi-juin ; elle n’a pas évolué depuis. Le juge Griesa estime toujours qu’avant de verser les 539 millions que le pays doit aujourd’hui aux investisseurs qui avaient accepté, en 2005 et 2010, une décote de 70 % des titres de dettes qu’ils détiennent, il doit d’abord trouver un accord avec ceux qui n’avaient pas accepté de réviser leurs prétentions à la baisse. Et pourtant, ces investisseurs déterminés à ne rien lâcher ne détiennent que 7 % de la dette totale du pays. Et les deux fonds qui ont saisi la justice en détiennent… 1 %.   

La présidente argentine Cristina Kirchner assure d’ailleurs que son pays n’est pas en défaut de paiement. « Défaut sélectif ? Cela n’existe pas, a-t-elle indiqué selon l’AFP. Le défaut, c’est de ne pas payer. Nous avons la volonté de dialoguer mais nous devons défendre nos droits et les intérêts du pays. Que ce monde mette un frein aux fonds vautours et aux banques insatiables qui veulent s’enrichir avec une Argentine à genoux. » Son ministre de l’économie Axel Kicillof, arrivé précipitamment à New York pour tenter d’emporter le morceau lors des dernières négociations, a quant à lui dénoncé ce vendredi une « extorsion judiciaire ».

Le chef du gouvernement argentin, Jorge Capitanich, est allé plus loin, en s’en prenant violemment au juge, qui traite ce dossier épineux depuis près de dix ans : « Si le juge est un agent des fonds spéculatifs, si le médiateur (judiciaire) est un agent à eux, de quelle justice parle-t-on ? Il y a dans cette affaire une responsabilité de l’État, des États-Unis, qui doivent garantir les conditions d’un respect sans restriction de la souveraineté des pays. »

Cristina Kirchner et son ministre de l'économie. 
Cristina Kirchner et son ministre de l'économie. © Reuters - Marcos Brindicci

Car, de fait, on est loin de la situation de 2001, lorsque l’Argentine avait fait défaut une première fois. À l’époque, c’est une centaine de milliards de dollars qu’elle avait refusé de payer, déclenchant une lourde récession économique. Cette fois, le litige est d’un tout autre ordre. D’une part, donc, 539 millions sont bloqués par la justice de New York. Mais le réel conflit, qu’elle a jugé impératif de régler avant de continuer à payer les autres détenteurs de la dette, porte sur un maximum de 1,33 milliard de dollars.

NML Capital et Aurelius font partie des fonds « réfractaires » à tout accord avec l’Argentine, qui réclament que le pays leur paie 100 % de la dette qu’ils détiennent. Mais il faut souligner que ces fonds spéculatifs n’ont pas du tout acheté la dette à sa valeur réelle. Ainsi, NML a déboursé l’équivalent de 50 millions d’euros en 2008, et attend que l’Argentine lui paie en échange plus de 800 millions.

Derrière NML Capital se cache un milliardaire américain, très proche des républicains, Paul Singer. Le magazine américain Mother Jones lui avait consacré un portrait acéré l’an dernier. Il se spécialise notamment dans l’achat de dette décotée, qu’il tente ensuite, par tous les moyens, de se faire rembourser à sa valeur initiale. Il ne recule devant rien : en 2012, il avait fait saisir temporairement au Ghana un trois-mâts de la marine argentine. Et comme le rappelle Le Monde, en 2013, la Cour de cassation française a empêché de justesse que soient saisies des sommes que Total, BNP Paribas et Air France devaient à l’Argentine…


Un risque de devoir payer des dizaines de milliards

De son côté, l’Argentine refuse tout net de se plier aux volontés de ses adversaires. Elle se présente comme une bonne élève, qui a remboursé par anticipation en 2003 la totalité des sommes qu’elle devait au FMI. Le 28 juillet, elle a aussi réglé ses dettes au Club de Paris, qui regroupe de nombreux États créanciers des pays en développement.

Surtout, explique Kirchner, si elle cède, elle risque de devoir payer d’autres titres de dette à leur valeur faciale. Au nom de l’égalité entre les créanciers, tous les porteurs d’obligations qui ont refusé de baisser leurs prétentions pourraient demander très vite le même traitement que les deux fonds spéculatifs. C’est alors plus de 10 milliards de dollars que l’Argentine devrait payer. Pis encore, tous les détenteurs de la dette pourraient vouloir faire de même, au titre de la clause Rufo (« Rights upon future offers »), ajoutée aux obligations restructurées en 2005 et 2010, qui précise que le gouvernement n'a pas le droit d'offrir de meilleures conditions financières que celles qu’il avait négociées à l’époque. Dans ce scénario catastrophe, le gouvernement devrait payer environ 100 milliards de dollars, alors qu’il détient moins de 30 milliards de réserves de change.

Le pays a tout intérêt à trouver une porte de sortie rapide à cette situation. Selon l’institut d’études argentin Abeceb, le défaut pourrait aujourd’hui entraîner « une chute du PIB de 3,5 %, une inflation annuelle de 41 % et une contraction de la consommation de l’ordre de 3,8 % ». Une mauvaise nouvelle pour Buenos Aires, retombé dans la crise économique et financière après une petite dizaine d’années d’accalmie, qui s’explique notamment par les fortes exportations agricoles (soja principalement). L'industrie est en berne, et le pays connaît à nouveau une inflation galopante (+ 23 % en 2013). En janvier, le gouvernement a dû affronter une nouvelle crise de change et de fuite de capitaux. La banque centrale argentine a choisi de laisser le peso argentin se déprécier de plus de 18 % en quelques semaines et le pays est officiellement en récession depuis mars. Malgré ces indicateurs au rouge, le pays espérait retourner prochainement sur les marchés de capitaux pour pouvoir à nouveau y emprunter, ce qu'il n'a pas fait depuis 2002. Ce nouveau défaut devrait l'en empêcher.

L’Argentine peut compter sur plusieurs soutiens officiels. Le ministre français des finances, Michel Sapin, s’est dit « extrêmement choqué » par la décision de justice américaine, qui « juge selon ses propres canons » sans se soucier de l’intérêt général. Une prise de position qui trouve sans doute sa source dans la récente et sévère condamnation de la BNP. Mais le FMI, peu suspect de partialité, s’est lui aussi inquiété de l’attitude de la justice américaine, et a appelé le 24 juillet à une réflexion sur un mécanisme international de restructuration de dettes plus protecteur pour les pays en difficulté.

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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