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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 16:23

 

Source : www.mediapart.fr

 

Fausse reprise en Grèce

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

Deux instituts publient des chiffres encourageants pour l'économie grecque : la chute du PIB semble, enfin, enrayée. Mais après six années de récession, plus d'un tiers des Grecs vit en dessous du seuil de pauvreté. État des lieux d'une économie anémiée, alors que Jean-Claude Juncker, le président désigné de la Commission européenne, se rend ce lundi à Athènes.

C'est une nouvelle qui est passée inaperçue ce lundi 28 juillet. Dans son dernier rapport trimestriel, le bureau du budget de l’État à la Vouli, le parlement grec, indique que le pays aurait besoin d'un troisième plan « de sauvetage », c'est-à-dire un troisième accord avec ses créanciers afin de garantir de nouveaux prêts après ceux qui ont été signés en mai 2010 et en février 2012 avec la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Au total, ces mémorandums assortis d'une cure d'austérité sans précédent ont apporté 240 milliards d'euros de lignes de crédit à l’État grec, dont les versements se sont étalés dans le temps et sont toujours en cours, assortis, chaque fois, de nouvelles conditions.

« Les incertitudes demeurent », peut-on lire dans le rapport, qui montre que si « le pays est entré dans une phase de stabilisation économique » et si la fin de l'année verra « de manière presque certaine, une petite reprise », « la dynamique de cette reprise n'est pas saine malgré le confinement de la récession ». Le rapport met en évidence une situation bancaire problématique, où la proportion de crédits impayés des particuliers comme des entreprises continue à augmenter, ce qui limite les capacités des banques à accorder des prêts. Ce taux de prêts douteux sur lesquels les retards de remboursement s'accumulent fait partie des plus importants au monde, d'après le FMI. Le financement de l'économie grecque se retrouve par conséquent considérablement réduit. Autre problème soulevé par ce rapport : le retard dans les réformes, qui peut contribuer à une hausse des taux d'intérêt et freine la capacité d'emprunt du pays. « Le plus probable, écrit le rapport, est que le pays demande un nouveau crédit auprès de la Troïka ou d'un organisme international ad hoc. » D'après l'Union européenne en effet, d'ici à la fin 2015, la Grèce doit encore trouver 14,9 milliards d'euros, au risque de faire face à un défaut de paiement. Or ses capacités d'emprunt restent limitées : si le gouvernement a annoncé au printemps le grand retour sur les marchés du pays, l'emprunt est pour l'heure limité à une durée de cinq ans, et rien ne garantit que les taux d'intérêt ne vont pas à nouveau s'envoler.

Enfin, ajoute ce rapport parlementaire décidément peu encourageant, les investissements continuent de reculer, l'assainissement budgétaire est toujours une route semée d'embûches, et, last but not least, la dette publique du pays reste « une épée de Damoclès » sur l'économie grecque, pesant sur l'investissement interne comme étranger. « Jusqu'à présent et malgré les prévisions officielles optimistes, la dette continue d'augmenter. L'Union européenne prévoit que d'ici la fin 2014 la dette publique passe de 318,6 milliards d'euros à 322,3 milliards, avec comme conséquence une hausse de 175 à 177,2 % du PIB. »


Chantier naval de Perama, en banlieue d'Athènes. La plupart des ouvriers sont aujourd'hui des chômeurs de longue durée 
Chantier naval de Perama, en banlieue d'Athènes. La plupart des ouvriers sont aujourd'hui des chômeurs de longue durée © Reuters

Or l'objectif, lorsque la Troïka a administré la potion de l'austérité au pays, était de réduire le ratio de la dette à moins de 110 % du PIB pour 2022. Aujourd'hui, les économistes de tous bords admettent que cet objectif, en l'état, est impossible à atteindre, et qu'une nouvelle restructuration de la dette est nécessaire, après le « haircut » (effacement partiel) de février 2012 et le « buying back » (opération d'échange d'obligations) de novembre de la même année, qui ont tous deux permis d'alléger la dette de près de 130 milliards d'euros. Mais cette idée, si elle est partagée par l'exécutif lui-même (gouvernement de droite dirigé par Antonis Samaras, allié aux socialistes du Pasok), n'a cessé d'être remise à plus tard depuis un an et demi. D'abord repoussée après les élections allemandes de septembre 2013, tant il était évident qu'à l'aune d'un scrutin national Angela Merkel n'allait pas favoriser une décision en ce sens, si impopulaire aux yeux de son électorat, la négociation sur la dette a ensuite été retardée en raison des élections européennes et du renouvellement qui s'ensuit au sein des institutions bruxelloises. Maintenant que la nouvelle Commission est en train de se dessiner, les discussions devraient progressivement repartir.

Jean-Claude Juncker se rend d'ailleurs à Athènes ce lundi 4 août 2014 pour son premier voyage dans une capitale européenne depuis qu'il a été désigné président de la Commission – signe que la Grèce reste un dossier prioritaire pour l'UE, même si ces voyages dans les pays membres ont aussi pour objet d'attribuer les futurs postes de commissaires. Pour le gouvernement Samaras en tout cas, cette visite sera l'occasion de relancer la question de la restructuration d'une partie de la dette grecque, mais aussi de demander la fin des audits de la Troïka, dont chaque visite se traduit par de nouvelles mesures d'austérité – la prochaine étant prévue pour la deuxième quinzaine de septembre.

Baisses de salaire et chômage de longue durée

Néanmoins, pour la première fois depuis le début de la crise, le gouvernement grec a un atout en main : la chute de l'économie grecque semble enrayée. Dans son dernier bulletin publié jeudi 31 juillet, le KEPE – Centre de planification et de recherche économique, proche du gouvernement – indique que l'économie est revenue dans le positif au deuxième trimestre : entre avril et juin, le PIB s'est accru de 0,38 %. Une goutte d'eau, mais ce centre d'analyse juge la situation encourageante : « Ce chiffre reflète les conditions de stabilisation qui dominent aujourd'hui l'économie grecque, lit-on dans le rapport. Ces conditions proviennent principalement de la consolidation graduelle de la discipline budgétaire, de la mise en œuvre d'une série de réformes structurelles clés, ainsi que de la normalisation progressive des opérations dans le secteur du crédit. »

D'après le KEPE, la tendance devrait se renforcer d'ici à la fin de l'année, et le taux de croissance devrait ainsi atteindre 0,6 % sur l'ensemble de 2014. Des prévisions qui ne sont pas très éloignées de celles de la Banque centrale de Grèce (0,5 % pour 2014) ni de celles de l'IOBE – la Fondation pour la recherche économique et industrielle, proche du patronat – sorties une semaine plus tôt que celles du KEPE et qui tablent, elles, sur une croissance de 0,7 %. Le gouvernement se targue en outre d'avoir remis les comptes à l'équilibre : depuis fin 2013, le budget de l’État est en excédent primaire (c'est-à-dire sans les intérêts de la dette), et depuis le printemps, il a annoncé à grands renforts de communication le « retour de la Grèce sur les marchés ». Après quatre ans sans pouvoir emprunter tant les taux étaient prohibitifs, le pays peut en effet à nouveau emprunter sur les places financières, pour une durée de cinq ans. C'est la « success story » tant vantée par Antonis Samaras… Mais à quel prix ? Si ces résultats attestent que la Grèce a enrayé sa chute, pour les Grecs, la « lumière au bout du tunnel » qui ponctue régulièrement les discours du premier ministre n'est pas encore visible…

Car il ne faut pas s'y méprendre : cette stabilisation reste fragile et n'est pas, pour l'heure, créatrice d'emplois ; elle est en grande partie liée à des variations saisonnières, les professionnels du tourisme annonçant une saison spectaculaire cette année. Et même si le gouvernement obtenait gain de cause lors de la visite de Jean-Claude Juncker et si un allègement de la dette publique pourrait, à terme, faire repartir l'investissement, le mal est fait pour l'économie grecque : ces quatre dernières années, le PIB grec s'est effondré de 40 milliards d'euros, d'après Elstat, les autorités statistiques grecques, soit de près d'un quart. Le chômage continue de caracoler à près de 28 %, de plus en plus de gens s'enfoncent dans un chômage de longue durée dont ils auront toutes les peines du monde à se sortir, tandis que les actifs ayant un emploi continuent de voir leurs revenus chuter.

Car si le secteur public a été le premier touché par les cures d'austérité, en 2010, aujourd'hui ce sont les salariés du privé qui souffrent de baisses de salaire et d'importants retards de paiement : il n'est pas rare, dans les petites entreprises, de devoir attendre six mois consécutifs avant d'être payé. En 2013, le salaire moyen net dans le secteur privé grec s'élevait à 817 euros par mois… quand il était de 1 014 euros quatre ans plus tôt, selon des chiffres de la principale caisse d'assurance sociale. De leur côté, les travailleurs indépendants ont également vu leurs revenus chuter et près d'un sur deux n'est désormais plus en mesure de payer ses cotisations sociales (au total, un tiers de la population grecque n'est plus couvert par l'assurance maladie). Résultat, la Grèce affiche aujourd'hui le taux de pauvreté le plus élevé de la zone euro : en 2013, d'après Elstat, 36,4 % des citoyens grecs vivaient au-dessous du seuil de pauvreté (c'est-à-dire avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national), contre une moyenne de 23,3 % au sein de la zone euro.

L'an dernier, le FMI avait déjà fait son mea culpa par la voix d'Olivier Blanchard, économiste en chef, qui avait reconnu que l'institution avait sous-estimé dans le cas de la Grèce l'effet du multiplicateur budgétaire, à savoir l'impact d'une forte baisse des dépenses publiques sur la croissance. Dans un rapport publié le 22 juillet dernier, le FMI a en outre reconnu que les gains de compétitivité réalisés en Grèce par le biais des cures d'austérité n'étaient pas « durables », dans la mesure où ils ne reposaient que sur des baisses de salaire et des licenciements et avaient donc provoqué, en retour, une baisse de la consommation intérieure et une hausse du chômage. En effet. Un peu tard, peut-être…

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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