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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:13

Le Monde - Vendredi 02 décembre 2011

D'où vient l'argent qui sert à financer les très polluantes centrales à charbon ? C'est la question à laquelle répond le rapport Bankrolling Climate Change (Financer le changement climatique) publié mercredi 30 novembre, lors de la conférence de Durban sur le climat. Quatre ONG se sont ainsi penchées sur les portefeuilles de 93 grandes banques. Le résultat est sans appel : depuis 2005, date de l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto fixant des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de lutter contre le changement climatique, ces établissements ont octroyé 232 milliards d'euros de prêts à l’exploitation du charbon dans les mines et à sa transformation en électricité par les centrales.

 Or, le charbon constitue l'énergie fossile la plus intensive en carbone. Sa combustion est ainsi responsable de l'émission de milliards de tonnes de gaz à effet de serre (CO2, CH4 ou NO) chaque année au niveau mondial, mais aussi d'autres polluants comme des particules de suie et du mercure. Son extraction altère par ailleurs les écosystèmes, pollue les eaux, et nuit à la santé des populations environnantes.

La construction de centrales à charbon coûte très cher (environ 2 milliards de dollars pour une centrale de 600 MW). Les entreprises s’appuient donc fortement sur les banques pour trouver les capitaux nécessaires. "Nos chiffres montrent clairement que le financement du charbon augmente : il a presque doublé entre 2005 et 2010", remarque Tristen Taylor, d'Earthlife Africa Johannesburg.

En tête de liste des 20 institutions bancaires qui ont le plus mis la main à la poche, on trouve trois banques américaines — JP Morgan Chase, Citigroup et Bank of America — qui totalisent 42 milliards d'euros d'investissement dans le secteur du charbon depuis 2005. Elles sont suivies de comparses anglais, allemands, suisses et... français. Nos trois principaux établissements bancaires nationaux figurent ainsi dans le classement : BNP Paribas est 8e avec 10,7 milliards d’euros de prêts accordés depuis sept ans, le Crédit agricole 14e avec 5,6 milliards et la Société générale est 18e avec 4,7 milliards.

Comment ces chiffres ont-ils été compilés ? "La plupart des grandes banques commerciales fournissent des chiffres sur leurs investissements annuels dans les énergies renouvelables, qu'elles mettent en valeur, mais cachent les données sur les levées de fonds ou les actions détenues pour de projets de combustibles fossiles", déplore le rapport. Les experts du groupe d'ONG — l'allemande Urgewald, le réseau international BankTrack et les ONG sud-africaines Earthlife Africa Johannesburg et GroundWork — ont ainsi passé sept mois à décortiquer les rapports annuels des principales sociétés exploitant des mines de charbon ou des centrales. Les vrais chiffres des investissements pourraient donc s'avérer encore plus élevés.

Certaines institutions bancaires ont réagi à cette étude, dans les colonnes du Guardian, soulignant qu’elles ne pouvaient tracer les sommes prêtées à cette industrie et ajoutant que ces prêts n’avaient en rien affecté leur engagement environnemental.

Pour les ONG, c'est une fois de plus la preuve d'un décalage entre les discours et la réalité, les banques se targuant d'être investies dans des projets de réduction de leurs émissions, en façade, et finançant l'industrie du charbon, dans l'ombre.

"Bien que le changement climatique ait déjà des impacts sur les sociétés les plus vulnérables, il y a de nombreux projets de construction de nouvelles centrales à charbon, regrette Heffa Schücking, de Urgewald. Si les banques fournissent l’argent nécessaire à ces projets, elles vont ruiner les efforts pour limiter la hausse de la température mondiale à 2°C d'ici la fin du siècle." Deux centrales à charbon, à Medupi et Kusile, sont par exemple en construction en Afrique du Sud, qui accueille actuellement la conférence sur le climat.

"Par la dénonciation publique de ces banques, nous espérons ouvrir la voie à une course vers le sommet, où les banques se font concurrence pour nettoyer leurs portefeuilles et arrêter de financer des activités qui tuent notre climat." Un espoir sans doute très utopique, même si ce genre de publicité négative pourrait finir par inciter certaines des sociétés à limiter leurs financements néfastes. 


Photo : AFP PHOTO / DAREK REDOS

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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