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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:35

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/la-sdj-de-mediapart/blog

 

 

Mediapart et «Le Figaro» protestent contre les pressions de l'Agence du médicament

 

 

 
Les Sociétés des journalistes de Mediapart et du Figaro dénoncent les méthodes de l’agence du médicament (ANSM) dans l'affaire de l'essai clinique de Rennes. Dominique Martin, actuel directeur général de l’agence, n’apprécie pas le travail rigoureux de certains journalistes, et préfèrerait une presse plus complaisante et plus docile.

 

Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart dénoncent les méthodes de l’agence du médicament (ANSM) dans l'affaire de l'essai clinique de Rennes. Dominique Martin, actuel directeur général de l’agence, n’apprécie pas le travail rigoureux de certains journalistes, et préfèrerait une presse plus complaisante et plus docile. 

Le 28 octobre, Dominique Martin a écrit à la direction du Figaro et de Mediapart à qui il n’hésite pas à demander « de bien vouloir cesser de citer nommément les agents de l’ANSM ». Il exige aussi que ces deux médias retirent les noms figurant dans les précédents articles mis en ligne depuis... janvier dernier.

L’une des fonctionnaires de l’ANSM, Farida Ouadi, a de son côté fait envoyer par ses avocats, aux deux mêmes journaux, une mise en demeure. Elle exige que l’on cesse de divulguer son identité.  

Ni Dominique Martin, ni les avocats de Madame Ouadi, ne s’appuient sur le moindre fondement juridique qui imposerait de respecter l’anonymat des agents de la fonction publique et qui justifierait leurs demandes.  

Monsieur Martin, qui fut membre du cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la santé (2001-2002), et Madame Ouadi, salariée de l’ANSM, travaillent tous deux dans une agence nationale, qui, à ce titre, a des comptes à rendre aux citoyens. 

Retirer les noms de personnes citées dans des articles déjà publiés, tout comme s’interdire de les nommer à l’avenir, est contraire à notre métier, celui d’informer. Et cela, d’autant plus que ces personnes ont été parties prenantes dans la chaîne de décision qui a conduit à l’accident mortel. 

L’ANSM a validé l’essai clinique de Rennes qui s’est soldé en janvier 2016 par la mort d’un volontaire et l’hospitalisation de quatre autres. Les enquêtes du Figaro et de Mediapart ont mis en cause les conditions dans lesquelles l’ANSM a autorisé cet essai et ont soulevé la question de savoir si l’agence avait rempli sa mission principale, qui est d’assurer la sécurité des médicaments et des produits de santé. 

Une information judiciaire est actuellement ouverte des chefs d’homicide involontaire et de blessures involontaires.

Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart jugent les requêtes de Dominique Martin et de Farida Ouadi inacceptables et réaffirment leur volonté de poursuivre leur travail d’information, sans céder aux tentatives d’intimidation. 

 

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/la-sdj-de-mediapart/blog

 

 

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:25

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

Débattre Démocratie spectacle

 

Election de Donald Trump : « Les médias ont rendu le pays malsain »

 

par

 

 

 

Ni les grands médias états-uniens, ni les instituts de sondage n’ont vu venir la victoire de Donald Trump. Pire, les médias « ont choisi de produire de l’anxiété, dans l’espoir que nous reviendrons vers eux de façon obsessionnelle pour en savoir plus », estime danah boyd, spécialiste des médias sociaux à l’Université de Berkeley. « L’industrie des médias doit assumer sa responsabilité dans sa manière de tout transformer en spectacle pour son seul bénéfice. » Ses critiques et interrogations sur le rôle des médias, papier, audiovisuels ou Internet, font échos en France, à l’approche de l’élection présidentielle.

Je m’interroge depuis des mois : ce que j’observe sur le terrain et sur les divers réseaux ne correspond pas à ce que disent les commentateurs. Je sais de longue date que l’infrastructure des sondages n’est plus adaptée, mais à chaque fois que j’aborde les problèmes liés aux choix des panels, on me regarde comme si j’étais une extraterrestre, et on m’assure qu’il faut que j’arrête de me tracasser. Au fil du temps, j’ai fini ces dernières semaines par penser que c’était moi qui avait tort. Malheureusement non.

Et j’en veux aux médias.

Les médias sont, en principe, censés être des contre-pouvoirs. Mais depuis des années maintenant, ils se complaisent à devenir des pouvoirs à part entière. Et ce qui est inquiétant en ce moment, c’est qu’alors même que les médias assurent le spectacle au quotidien, ils ne disposent d’aucune structure pour s’auto-évaluer, pour comprendre leurs faiblesses et identifier les risques d’être manipulés.

« Cette élection a constitué un grand spectacle »

Je crois dans les données, mais les données elles-mêmes sont devenues un spectacle. Je n’arrive pas à croire que les médias puissent accepter de diffuser des sondages sans aucune critique des limites propres à ce type de données ; qu’ils puissent produire des infographies toujours plus élaborées qui transforment les nombres en une information magique. Au cours de cette campagne, tous les instituts de sondage ont été dans l’erreur. Et il y a de bonnes raisons pour cela. Ils n’ont attaché aucune attention aux diverses forces structurelles à l’œuvre, qui introduisent des biais dans leurs panels, ni aux diverses raisons qui font qu’une nation désabusée n’est pas prête à fournir des informations valides à un média du spectacle. Il faut en finir avec l’abus de données. Nous devons penser les données comme étant utiles, et non comme une source de divertissement.

 

 

Cette élection a constitué un grand spectacle, car les médias se sont complus à le produire. Et ce faisant, ils ont montré combien il était facile de les abuser. Je parle ici du secteur médiatique dans son ensemble, car journalistes et éditorialistes agissent à l’intérieur d’un cadre structurant, et ne trouvent que rarement la motivation suffisante pour bousculer le statu quo, même si certains perçoivent les mêmes problèmes de fond que ceux que j’observe. Ils estiment qu’ils « se doivent » de raconter une histoire parce que les autres le font, parce que leurs lecteurs ont profondément envie de la lire. Ils vivent dans un monde mis sous la pression du clic et plus généralement de l’économie de l’attention. Ils ont besoin de cette attention pour survivre économiquement. Et pour cela, il leur faut du spectacle, une longue course au résultat très serré.

Nous savons tous cela. Ça n’a rien de neuf. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils se sont fait avoir.

Au cours de la dernière année, j’ai pu voir comment un large ensemble décentralisé de supporters de Trump s’est attaché à ce que les médias vivent sa candidature comme un spectacle, nourrissant leur appétit pour le show. Durant les quatre derniers mois, j’ai vu ces même réseaux chercher à dégouter de toute participation, utilisant les médias pour que les gens se sentent si désabusés et frustrés qu’ils se désengagent. Ce n’était pas très compliqué, car il est facile de jouer des médias. Des médias si enthousiastes à faire circuler des tonnes et des tonnes d’encre numérique dans une boucle frénétique.

« Certains estiment que la solution consiste à se débarrasser des médias sociaux »

Dans le monde entier, les gens nous ont regardé comme un pays en état de choc, confus, ayant du mal à comprendre comment nous avions pu transformer notre démocratie en un gigantesque spectacle. Qu’est-ce que les news 24h sur 24 et 7 jours sur 7, la télé-réalité et les médias sociaux ont bien pu provoquer ? Le monde était en droit de se poser cette question. Nous avons été irresponsables de l’avoir ignorée.

Les gens qui travaillent dans les technologies de l’information ont depuis toujours cru que les réseaux décentralisés, en reliant les gens, construiraient une démocratie plus saine. Nous sommes restés scotchés à cette croyance, même si chaque jour nous voyons bien que ça ne fonctionne pas. Nous avons construit des architectures et des plateformes dans lesquelles la haine emprunte le même chemin que le savoir, mais nous avons continué d’espérer qu’il n’en soit pas ainsi. Nous avons fourni les moyens et été complices du suicide des médias.

Nous avons pris la pilule rouge [référence au film Matrix, dans lequel la pilule rouge est celle qui permet de savoir ce qu’est la matrice qui a réduit l’humanité en esclavage, mais signifie renoncer à son illusion de confort]]. Et le résultat n’est pas très beau à voir.

Nous vivons dans un monde dominé par la peur et le matraquage médiatique, non par fatalité, mais parce qu’il s’agit du paradigme le plus à même de faire fonctionner l’architecture capitaliste de l’information que nous avons construite.

De nombreux opposants estiment que la solution consiste à mettre à bas le capitalisme informationnel, à construire des systèmes d’information locaux et à se débarrasser des médias sociaux. Je n’y crois pas. Je pense que nous devons travailler dur pour comprendre la complexité, faire bouger les gens à partir de là où ils en sont, en les respectant, et construire des infrastructures qui leur permettent d’entendre et d’évaluer différents points de vue. C’est ce que veut dire être réellement informé.

« Les gens ne savent plus comment s’écouter et se comprendre les uns les autres »

Les raisons qui font que nous vivons dans un pays divisé sont nombreuses. Entre la privatisation de l’appareil militaire (qui limite la capacité à construire des réseaux sociaux diversifiés) et le choix de nos architectures informationnelles, nous vivons une époque ou les gens ne savent plus comment s’écouter et se comprendre les uns les autres. Notre obsession pour les données chiffrées nous donne l’illusion de comprendre simplement quand nous entendons les résultats des sondages d’opinion, et que nous nous en servons pour juger les gens dont les vues sont différentes des nôtres. C’est complètement improductif.

La majorité des gens n’est pas apathique, mais fatiguée et désabusée. Nous vivons un niveau de peur et d’anxiété jamais atteint dans notre pays. Et ce n’est pas en écoutant les économistes nous répéter que le monde va mieux qu’il n’a jamais été, que l’on va effacer ce sentiment d’insécurité et d’inégalité. Personne n’arrive à croire que le monde va mieux. On ne le ressent pas ainsi parce qu’autour de chacun d’entre-nous, il n’est question que de déchéance, de différence et d’incertitude.

Tous ceux d’entre nous qui travaillent à la production et à la diffusion de l’information ont sérieusement besoin d’atterrir.

L’industrie des médias doit assumer sa responsabilité dans sa manière de tout transformer en spectacle pour son seul bénéfice. Ce n’est pas un hasard si les gens ne croient plus aux institutions dans ce pays. Ce que les médias ont choisi de faire est très éloigné de la production d’information. Ils ont choisi de produire de l’anxiété, dans l’espoir que nous reviendrons vers eux de façon obsessionnelle pour en savoir plus. Ce n’est pas sain. Et cela fait de notre pays, un pays malsain.

Le spectacle a un coût. Il en a toujours eu un. Et nous sommes en train de découvrir à quoi ressemble ce coût.

danah boyd*, le 9 novembre 2016

 

*Pourquoi danah boyd veut éviter les capitales à son nom : l’explication ici.

Traduction depuis l’anglais (États-Unis) par Hervé Le Crosnier et Valérie Peugeot pour C & F éditions.

 

 

Ce billet de danah boyd est la traduction de Reality check : I blame the media., publié le 9 novembre sur le site Points, site de publication des travaux du think tank Data & Society dont elle est l’animatrice principale.

danah boyd est l’auteure de C’est compliqué. Les vies numériques des adolescents, C & F éditions, juin 2016.

Photo Une : CC Stephen Coles

 

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 16:57

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Sécurité sociale : « Depuis la fin des années 1960, l’effritement des principes fondateurs »

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Propos recueillis par

 

 

La sociologue Colette Bec revient sur l’histoire de la « Sécu », à l’occasion de la sortie du documentaire « La Sociale » dans lequel elle apporte son éclairage.

 

Une image du documentaire français de Gilles Perret, « La Sociale », sorti en salles mercredi 9 novembre 2016.

Couverture

Gilles Perret avait consacré deux de ses précédents documentaires au programme du Conseil national de la résistance (Walter, retour en résistance, en 2009, et Les jours heureux, en 2013). Toujours dans cette même veine – historique et militante –, le réalisateur signe à présent La Sociale, en salles depuis le 9 novembre. Le film revient sur les 70 ans de la Sécurité sociale, née en 1945 puis développée sous l’impulsion du ministre communiste Ambroise Croizat. Avant de subir un « effritement de ses principes fondateurs », selon Colette Bec, professeure émérite de sociologie à l’université Paris-5 Descartes, spécialiste de la question, qui apporte son éclairage dans le documentaire.

 

Lire notre critique :   « La Sociale » : la Sécu auscultée sans modération

 

Quelle est la principale différence entre la Sécurité sociale telle qu’elle existe en 2016 et celle de 1945 ?

Colette Bec : Les différences sont nombreuses, mais il y en a une qui me paraît essentielle : on constate un effritement des principes fondateurs depuis la fin des années 1960. Le déficit, dont on parle beaucoup ces temps-ci, et quasiment devenu un marronnier depuis des années. Il était déjà à l’origine de la réforme de 1967. Cette réforme est, selon moi, la première pierre d’une approche essentiellement comptable, qui va peu à peu reléguer au second rang les finalités politiques et sociales de la Sécurité sociale.

A partir de ce moment-là, on débattra de moins en moins de la place de la Sécurité sociale dans la société, plutôt de sa place dans l’économie. C’est le thème omniprésent du « trou » de la Sécurité sociale et la substitution significative du terme « charges » à celui de « cotisations ». Cette logique n’a fait que s’amplifier depuis. Elle a contribué à déstabiliser et à délégitimer les deux piliers de l’Etat social que sont le droit du travail et le système de Sécurité sociale.

Avant l’existence de la Sécurité sociale, quelles institutions remplissaient cette fonction ?

La question de la protection est évidemment bien antérieure à 1945. Elle est présente tout au long du XIXe siècle, au cœur de la « question sociale ». Cette situation de paupérisme montre que la liberté proclamée en 1789 ne tient pas ses promesses pour une très large part de la population qui est aux marges de la survie, dans une situation d’infériorité sociale, voire d’assujettissement. Cette persistance de la question sociale et des problèmes qui lui sont liés rend patent l’échec de la doctrine libérale comme conception du vivre ensemble, impuissante à faire société.

C’est la IIIe République qui donne une première réponse politique à ce problème. Elle pose qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité et pas d’égalité sans solidarité. Elle met en œuvre ce dernier principe au travers de ce qu’on peut qualifier d’ébauche d’une politique sociale de protection. Parmi les grandes lois de cette époque, outre les lois scolaires, sont votées trois grandes lois d’assistance qui tentent d’articuler l’individu et la collectivité.

 

Quelles sont ces trois grandes lois ?

La loi d’assistance médicale gratuite (du 15 juillet 1893) est considérée comme un prêt envers les malades qui recouvreront leur capacité de travail ; celle sur le service des enfants assistés (du 27 juin 1904) comme un placement envers les enfants qui coopéreront bientôt à l’œuvre commune ; enfin, la loi d’assistance aux vieillards, infirmes et incurables (du 14 juillet 1905) comme le paiement d’une dette envers des personnes qui ont déjà travaillé.

Ces lois traduisent le lien qu’elles contribuent à tisser entre le citoyen et la nation. Elles seront suivies par des lois d’assurance de 1910, celle des retraites ouvrières et paysannes, et surtout la loi de 1928-1930 créant des assurances sociales obligatoires mais pour les seuls salariés de l’industrie et du commerce.

 

 

Lors de sa création, en quoi la Sécurité sociale présentait-elle une innovation par rapport à ces lois antérieures ?

L’objectif des lois précitées se limitait à protéger les catégories les plus vulnérables du monde du travail, alors que l’ambition du projet de Sécurité sociale est tout autre : il s’agit de « solidariser » l’ensemble de la société. Pierre Laroque, le premier directeur de la Sécurité sociale [l’un de ses fondateurs avec le ministre communiste Ambroise Croizat], parlait d’une politique de redistribution « tendant à modifier la répartition qui résulte du jeu aveugle des mécanismes économiques ».

Ainsi pensée, la « Sécu » devait prendre place dans un projet politique général : organiser rationnellement une société juste et solidaire. Elle devait être une pièce centrale de ce nouveau cours démocratique en contribuant à l’émancipation des individus, à l’augmentation de l’espérance de vie, au recul massif de la mortalité infantile. C’est en ce sens qu’on peut la qualifier d’institution de la démocratie, une institution qui a transformé profondément notre société.

 

Quel avenir imaginer pour la Sécurité sociale dans un contexte où le secteur public fait l’objet de privatisations ?

Difficile à dire. Il y a certes un satisfecit largement affiché d’un « sauvetage » de la « Sécu » par une réduction prévue des déficits. Mais on se garde bien d’en préciser les modalités – la situation de l’hôpital et les mobilisations du personnel infirmier et médical de ces derniers jours devraient pourtant nous y inviter…

Mais surtout, il y a le risque d’une véritable réorientation des principes fondateurs du système. D’abord, un processus de dualisation du système qui est à l’œuvre depuis un certain temps. Cela se traduit par le développement d’une sphère à part, une véritable sphère de gestion de la pauvreté (minima sociaux, travailleurs pauvres…) à côté de la protection toujours efficace des travailleurs statutaires.

 

Lire aussi :   Sécu : qu’il semble faible le souffle épique de la Libération !

 

Ensuite, il y a l’implantation de plus en plus forte d’une deuxième composante du système depuis les années 1970 : les assurances complémentaires. Didier Tabuteau [responsable de la chaire « santé » à Sciences Po] a montré comment le remboursement des soins courants se situe entre 50 et 55% à l’heure actuelle, alors même qu’en 1980 il était de 80%. Ce qui explique que la « complémentaire » soit devenue une nécessité pour avoir accès aux soins.

Cela revient à une réduction de fait de la protection des plus faibles : une part significative de la population française est sans complémentaire, ce qui lui ferme quasiment l’accès aux soins. Et ce qui crée aussi, de fait, un véritable marché de la protection dans lequel le bien fondamental qu’est la santé est ramenée au rang de marchandise, le patient devenant un client. Un marché où entrent en concurrence sociétés mutualistes, compagnies d’assurances et institutions de prévoyance complémentaire.

 

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 14:04

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

Quelle crise ?
Les salaires des grands patrons français ont explosé en 2015

 

 
 
 
 
La rémunération globale des patrons des 120 plus grandes entreprises françaises cotées a atteint 3,5 millions d'euros en 2015, rapporte le cabinet Proxinvest. Soit une hausse de 20% par rapport à 2014 ! Cinq d'entre eux ont touché plus de 10 millions d'euros...
 
 
 
Avec 16,8 millions d'euros, Olivier Brandicourt, directeur général de Sanofi, a été le patron le mieux payé de France en 2015. - Olivier Brandicourt
 

Le dernier rapport du cabinet Proxinvest sur la rémunération des dirigeants des sociétés cotées françaises donne le tournis. En 2015, la rémunération globale des patrons des 120 plus grandes entreprises françaises cotées a atteint 3,5 millions d’euros… Soit une hausse de 20% par rapport à 2014 !

Les chiffres publiés par ce comprennent tous les types de rémunérations : salaire fixe, bonus annuel, jetons de présence, avantages en nature, stock-options et actions gratuites de performance à leur date d'attribution, intéressement en numéraire et autres formes indirectes de rémunération.
Une rémunération moyenne de 5 millions d’euros pour le CAC 40
Pour les sociétés qui composent le CAC 40, les plus grosses donc, la rémunération moyenne est en hausse de 18% par rapport à 2014, atteignant ainsi 5 millions d’euros. Proxinvest souligne d’ailleurs que ce montant excède désormais la rémunération maximale socialement acceptable, que le cabinet a fixée à 240 fois le Smic (4,8 millions d'euros).
 
C’est quand on se penche sur la rémunération des cinq patrons les mieux payés que la machine s’emballe. Pour la première fois depuis 2005, ces derniers ont touché plus de 10 millions d'euros par an. En tête, Le Directeur Général de Sanofi, Olivier Brandicourt, avec 16,8 millions, parmi lesquels il faut compter 7,2 millions de “primes de bienvenue” relativement confortables, octroyées sous la forme d'indemnités et d'actions gratuites de performance... Gilles Gobin, le fondateur de Rubis, a pour sa part touché 16,4 millions. Avec un revenu de 15,6 millions, Carlos Ghosn, le PDG de Renault et de Nissan arrive troisième du classement.
 

Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, a vu sa rémunération totale augmenter de 31% et atteindre 14,1 millions d'euros. Cinquième du classement, Jean-Pascal Tricoire, PDG de Schneider Electric, a touché le jackpot avec une hausse de 86%, notamment grâce à une compensation financière liée à l’abandon de son régime de retraite supplémentaire. Il a ainsi touché 10,4 millions.

 
Des assemblées générales ingorées

Ces résultats en ont ébranlé plus d’un. Depuis 2013, un vote consultatif des actionnaires en assemblée générale sur la rémunération des dirigeants ("Say On Pay") est possible. Même si l’effet de cette mesure est manifestement discutable, pour la première fois en France, des assemblées générales ont refusé d'approuver la rémunération totale de leur dirigeant en 2015.

C'est le cas pour Carlos Ghosn (Renault), qui est le seul patron français à cumuler une double rémunération non validée par ses actionnaires. Patrick Kron (ex-Alstom) et les dirigeants de Solocal ont connu le même désaveux, en théorie seulement, car ces rejets n'ont pour l’instant pas de conséquence juridique. Mais cela devrait progressivement changer à partir de 2017. Dans le cadre de la loi Sapin 2, le Parlement vient d’adopter

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:53

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

États-Unis

Administration Trump : un ancien de Goldman Sachs au Trésor et un lobbyiste climato-sceptique à l’Environnement ?

 

 

Ceux qui voyaient en Donald Trump un pourfendeur des « élites » affairistes risquent de déchanter. Le profil des candidats pressentis pour intégrer la nouvelle administration Trump laisse rêveur : un ancien de la puissante banque d’affaires Goldman Sachs au Trésor, un patron de firme pétrolière à l’Energie, un lobbyiste climato-sceptique à l’Environnement ou des représentants de l’agrobusiness à l’Agriculture. Plusieurs secteurs économiques, séduits par les promesses de dérégulation, se réjouissent déjà.

Donald Trump a largement axé sa campagne électorale victorieuse sur un discours de rejet des élites de Washington et de Wall Street. Une stratégie gagnante qui lui a permis d’attirer une grande partie des classes populaires blanches, au détriment des Démocrates. Mais ceux qui ont pris au sérieux sa rhétorique anti-libérale, et sa dénonciation du libre-échange, des délocalisations et des excès de la finance, risquent fort de déchanter. Donald Trump se prépare en effet à nommer une équipe qui accordera une large place aux intérêts économiques. Avec notamment un ancien dirigeant de Goldman Sachs au Trésor et le patron d’une firme pétrolière au secrétariat à l’Énergie.

Une partie des postes ministériels de la future administration Trump sera sans doute réservée aux membres du parti républicain qui se sont rangés derrière lui – comme l’ancien maire de New York Rudy Giuliani ou l’ex-gouverneur du New Jersey Chris Christie. Pour étoffer cette équipe, la consigne est de trouver des personnalités du monde de l’entreprise. Parmi les potentiels candidats : Steven Mnuchin, ancien de Goldman Sachs, patron de la firme d’investissement Dune Capital Management et principal conseiller économique de Trump, est favori pour la position de secrétaire au Trésor. Deux patrons de firmes pétrolières pourraient être nommés à l’Intérieur et à l’Énergie (Forrest Lucas de Lucas Oil et Harold Hamm de Continental Resources respectivement).

Un climato-sceptique à l’Agence fédérale de l’environnement ?

Selon le site Politico, d’autres hommes d’affaires ou ancien dirigeants d’entreprises pourraient hériter des secrétariats d’État au Commerce et au Travail. Sans oublier le poste de secrétaire à l’Agriculture, où plusieurs représentants du secteur de l’agrobusiness sont pressentis. La direction de l’Agence fédérale de l’environnement pourrait, elle, se voir confier à Myron Ebell, dirigeant de lobbys climato-sceptiques.

Durant la campagne électorale, une bonne partie des milieux d’affaires américains s’étaient tenus publiquement à l’écart de Trump, en raison à la fois de ses positions sur le libre-échange et de la révulsion d’une bonne partie de l’opinion publique pour ses discours racistes, sexistes et homophobes. Comme nous l’expliquions dans notre enquête sur les financements des entreprises françaises dans la campagne électorale américaine 2016, cela ne les a pas empêchés de continuer à financer massivement les Républicains, soit directement, soit par le biais de divers associations professionnelles et lobbys.

Certains secteurs comme celui des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) menacé par les régulations climatiques, de la restauration rapide inquiète des campagnes pour une hausse du salaire minimal, de l’élevage industriel, ou encore des casinos et de l’immobilier, ont soutenu massivement la campagne de Trump. Celui-ci a pu compter sur le soutien de plusieurs milliardaires, ayant fait fortune dans les casinos, le pétrole ou la finance.

Les évadés fiscaux réhabilités ?

Avant même sa victoire, Donald Trump a assemblé une équipe de lobbyistes chevronnés liés à Disney, Koch industries et Goldman Sachs – là encore en contradiction avec la posture qu’il a adoptée durant la campagne – pour préparer son arrivée à la Maison blanche. Selon The Intercept, des réunions ont été organisées avec des représentants de plusieurs secteurs économiques, dont ceux de la finance et de la technologie.

Wall Street et la Silicon Valley, qui ont plutôt misé sur Hillary Clinton, ont-ils du souci à se faire ? Pas forcément, car le candidat Trump, s’il a beaucoup vitupéré les rémunérations des traders, a aussi promis de revenir sur la loi Dodd-Frank, adoptée en 2010 pour réguler un peu plus le secteur financier suite à la crise des subprimes. Quant à Apple, Google ou Facebook, ils pourront au moins se consoler avec la promesse du candidat Trump de faciliter le retour aux États-Unis des centaines de milliards de cash qu’ils ont accumulés dans des paradis fiscaux, en réduisant les taxes très élevées que les géants du Net auraient dû payer.

Les marchés financiers rassurés

La nervosité des marchés financiers mondiaux affichés à l’annonce des résultats s’est rapidement apaisée. Le CAC 40 a même fini en hausse de 1,5%, tout comme les autres indices européens et le Dow Jones. De nombreux secteurs économiques, perçus comme les bénéficiaires d’une présidence Trump, ont même connu des hausses spectaculaires. C’est le cas du BTP et du transport en raison du plan d’investissement dans les infrastructures annoncé par Trump après son élection. C’est le cas également des industries minières en raison des promesses de remise en cause des normes environnementales et des besoins pour la construction. Ou encore du pétrole et de l’énergie rassurés par la remise en cause des politiques climatiques nationale et internationale.

Peabody Energy, la principale entreprise charbonnière américaine, a ainsi vu sa valeur boursière bondir de près de 50% en une journée. D’autres industries, comme celles des prisons privées ou des marchands d’armes, pourraient être parmi les principaux bénéficiaires du nouveau monde « trumpien ». Le secteur pharmaceutique sort lui aussi du lot, car il échappe aux mesures de contrôle du prix des médicaments promises par Hillary Clinton. Les principales hausses de la place de Paris ce mercredi 9 novembre – la parapétrolière Vallourec, Alstom, ArcelorMittal, Dassault, Sanofi… – reflètent ces tendances. Le secteur des énergies renouvelables, en revanche, faisait plutôt grise mine.

Olivier Petitjean

Photo : CC Gage Skidmore

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:36

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

Bolloré poursuit France 2 jusqu'au Cameroun
 
 
Après avoir lui avoir réclamé 50 millions d'euros en juillet dernier, Vincent Bolloré continue de menacer France 2. La chaîne, qui avait diffusé un reportage sur l'industriel breton, est aujourd'hui traînée devant la justice camerounaise par Socapalm, une société qui appartient à l'empire Bolloré.
 
 
Vincent Bolloré n'a pas aimé que les journalistes de France 2 enquêtent sur ses activités au Cameroun. - SIPA

 

Vincent Bolloré ne lâche pas l'affaire. La société Socapalm, une filiale de son groupe, a ainsi engagé des poursuites au Cameroun contre la chaîne France 2. Plus grande entreprise camerounaise de production d'huile de palme, Socapalm s'affirme victime de diffamation à cause d'un reportage diffusé en avril dernier et consacré à Vincent Bolloré. Réalisée par le magazine Complément d'enquête, l'enquête consacrait une large part aux activités africaines du groupe Bolloré, dont celles de Socapalm. Sept mois plus tard, la société saisit la justice camerounaise. France 2, Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions), Nicolas Poincaré (présentateur du magazine) et Tristan Waleckx (auteur du reportage) sont ainsi cités à comparaître devant le TGI de Douala le 2 février 2017.

"La chaîne a joué le jeu, confie un dirigeant de France 2 cité cette semaine par le Canard Enchaîné. Nous avons pris un avocat à Douala et envoyé notre offre de preuves. Mais pour ce qui est d'envoyer plaider les journalistes, c'est plutôt hasardeux…" Hasardeux, le mot est faible ! Au Cameroun - 126e dans le classement mondial de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse -, la diffamation est un délit passible de prison ferme. En octobre 2014, avaient été condamnés à plusieurs mois d'emprisonnement pour avoir enquêté sur des affaires de corruption touchant de hauts responsables. se montre donc particulièrement critique à l'égard de la justice qui est rendue à Douala :

 

"Le traitement des dernières affaires de presse jugées à Douala laisse transparaître une tendance inquiétante : celle d'une collusion entre les plaignants - souvent des personnalités locales puissantes dont les actions en justice se multiplient - et des juges qui leur donnent raison, même en l'absence d'éléments à charge contre les accusés. Ce petit microcosme semble déterminé à décourager les journalistes dans leur mission d'information, notamment leurs enquêtes sur la corruption."

Une autre action a été lancée en France

Difficile de ne pas voir dans cette manœuvre judiciaire la griffe du big boss. Le 22 juillet dernier, Vincent Bolloré annonçait par la voie d'un qu'il assignait France 2 en réparation devant le tribunal de commerce de Paris. Il indiquait par ailleurs vouloir obtenir une indemnisation extravagante de 50 millions d'euros ! Cette déclaration - faite au lendemain de la rediffusion du reportage -, dénonçait une "émission totalement à charge et tendancieuse à l’encontre du groupe Bolloré" caractérisant "une volonté avérée de lui nuire en le dénigrant gravement". Dans le reportage de France 2, on voyait notamment des Camerounais travaillant au cœur d'une palmeraie avec un matériel obsolète. Parmi eux, certains affirmaient être mineurs. Un élément qui avait attisé la colère de Bolloré, du reportage d'avoir "payé" pour obtenir de faux témoignages.

 

 

 

Ce qui est curieux, c'est que Vincent Bolloré ait saisi le tribunal de commerce au lieu de la 17e chambre du TGI de Paris. Cette dernière est pourtant la juridiction spécialisée dans les affaires de presse, chargée notamment de trancher les litiges rattachés à la diffamation. L'industriel estime sans doute que les arguments développés par les journalistes de France 2 auront moins de poids devant une juridiction commerciale. Avocat au barreau de Paris, Me Pascal Winter confirmait cette hypothèse au site : "Les avocats du groupe ont peut-être voulu éviter les juridictions parisiennes qui traitent les cas de diffamation, qui sont assez sensibles à la question de la liberté d'expression, et pour qui la question la qualité de l'enquête va entrer en compte. Ce n'est pas le cas du tribunal de commerce, qui sera peut-être plus sensible aux arguments d'un groupe comme Bolloré."

Une tentative de contournement des lois françaises sur la liberté de la presse qui vient donc de franchir un nouveau cap avec l'action lancée au Cameroun. Tristan Waleckx, l'auteur du reportage à l'origine de la polémique, va dans ce sens : "Un reportage français relève du droit de la presse français, et non pas du droit commercial ou du droit camerounais, argumente-t-il. Bolloré a peur de la solidité de nos preuves et préfère esquiver en tentant des procédures inédites et irrecevables." Car à travers les poursuites lancées au Cameroun, c'est un message clair qui est adressé aux journalistes : s'aventurer dans les jardins de Vincent Bolloré peut être risqué…

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:18

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Le film "Merci Patron !" une nouvelle fois censuré au "Parisien"
 
 
 
 
 
 
Le film "Merci Patron !", qui avait déjà subi à sa sortie la censure dans les pages du journal possédé par Bernard Arnault, vient de se voir refuser une page de publicité pour la sortie du DVD. Pour François Ruffin, réalisateur du film, ce nouvel épisode "montre bien quelle est la limite de l'indépendance du journal vis-à-vis de son actionnaire".
 
 
Bernard Arnault, patron de LVMH et propriétaire du "Parisien". Mori/AP/SIPA

 

Décidément, entre le fondateur du journal Fakir François Ruffin et Le Parisien, le torchon brûle. Entre eux, il y a le film Merci Patron !. Cet ovni cinématographique, qui met en scène le coup de poker d'une famille de prolos contre le grand patron Bernard Arnault, avait déjà subi lors de sa sortie une première censure dans les pages du journal, propriété du même Bernard Arnault. Une "auto-censure", avaient dénoncé conjointement dans un communiqué le SNJ, FO, SNJ-CGT et la SDJ du quotidien. "Au final, le choix retenu est toxique : le silence pour lequel a opté le directeur de la rédaction est un message dangereux envoyé à l’actionnaire LVMH", concluaient les journalistes. Bernard Arnault ayant fait main basse, via LVMH, sur "Le Parisien" et "Aujourd'hui en France" depuis 2015.

 

 

"A notre grande surprise, le service en charge de la pub a accepté notre demande"Mais ça, ce n'était que pour la sortie du film… Ce qui avait d'ailleurs - effet Streisand - assuré paradoxalement une certaine renommée au film de Ruffin. Toujours espiègle, ce dernier a voulu retenter sa chance à l'occasion de la sortie de Merci Patron ! en DVD. Se disant peut-être qu'avec le temps, les rancunes s'estompent, les haines s'effacent. François Ruffin a donc essayé d'acheter un espace de publicité dans les pages du Parisien pour en faire la promotion. "On était plutôt dans le domaine de l'expérience sociale, se marre-t-il aujourd'hui auprès de Marianne. Mais à notre grande surprise, le service en charge de la pub a accepté notre demande !". Mieux, le rédacteur en chef de Fakir passe même un bon deal : l'encart publicitaire passera dans les pages politique pour 4.000 € et l'envoi d'une cinquantaine de DVD du film. "Ça aurait été très drôle que 'Le Parisien' reçoive nos DVD", s'amuse-t-il. 

 

La date du 9 novembre est finalement arrêtée. Les équipes de Fakir versent alors un acompte de 1.200 euros, affirme Ruffin, et préparent les cartons de DVD à envoyer pour la date du 4 novembre. Le casse est pratiquement bouclé. Mais la veille, François Ruffin reçoit un coup de téléphone du directeur de la clientèle qui, gêné, l'informe qu'il est "allé un peu vite dans la confirmation"… Un échange que, fidèle à ses habitudes, Ruffin a pris soin d'enregistrer de bout en bout. Comme quoi, la leçon de Merci patron ! n'a pas été retenue…

 

"Ce nouvel épisode montre bien quelle est la limite de l'indépendance du journal"Au cours de cette conversation, le directeur tente maladroitement de se justifier : "Puisqu’on avait des directives, en fait, en période préélectorale, de refuser, en fait, tout ce qui est communication polémique. Or, la vôtre en fait partie…" Et de tenter un dégagement surprenant : "On peut pas se permettre de laisser la parole libre comme ça à des personnalités ou à… Y a une indépendance de la rédaction et ils restent maîtres de leurs contenus. Ils veulent une autonomie, ils veulent une clarté de l’information et ça passe par ce type de choix".

Du pain bénit pour Ruffin. "Ce nouvel épisode montre bien quelle est la limite de l'indépendance du journal vis-à-vis de son actionnaire", se délecte-t-il. Et de pointer les jeux de cour au sein du quotidien : "Arnault n'a sûrement même pas eu besoin de donner le moindre ordre. Je pense même que ce n'est même pas arrivé aux oreilles de la rédaction. Il y a juste un type dans la hiérarchie qui s'est réveillé d'un coup, et qui a pris la décision pour éviter de fâcher le maître", déplore-t-il.

Ce que confirmait déjà, lors de la sortie du film, Martine Chevalet, journaliste au Parisien et déléguée SNJ-CGT, : "Finalement, cela prouve qu’un milliardaire qui entre en possession d’un journal n’a quasiment pas besoin de faire des pressions directes : il suffit de laisser les échelons inférieurs s’inféoder tout seuls". 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 18:31

 

 

 

Espagne : L’enjeu de l’audit de la dette des municipalités et du manifeste d’Oviedo. Désobéir aux créanciers pour rompre avec l’austérité

 

 

11 novembre par Eric Toussaint , Fátima Martín

 

 

 

 

L’expérience démontre que des mouvements de gauche peuvent parvenir au gouvernement sans pour autant arriver réellement au pouvoir. La démocratie, c’est à dire l’exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple, requiert bien davantage. Le problème s’est posé en Grèce en 2015 avec Syriza et se posera à l’avenir avec les forces du changement en Espagne et dans d’autres pays européens.

 

La question se pose pour tout mouvement de gauche qui parvient au gouvernement dans une société capitaliste. Lorsqu’une coalition ou un parti de gauche parvient au gouvernement, il n’obtient pas le pouvoir réel. Le pouvoir économique (la propriété et le contrôle des groupes financiers et industriels, des grands moyens de communication, des grandes enseignes commerciales, etc.) demeure entre les mains de la classe capitaliste, c’est à dire le 1 % le plus riche. Cette classe capitaliste contrôle l’État, le pouvoir judiciaire, les Ministères de l’Économie et des Finances, la Banque centrale... En Grèce et en Espagne, comme dans d’autres pays, un gouvernement déterminé à exercer des changements structurels devra entrer en conflit avec le pouvoir économique pour affaiblir et ensuite mettre fin au contrôle de la classe capitaliste sur les grands moyens de production, de services, de communication et sur l’appareil d’État.

 

Si les gouvernements de gauche veulent réellement rompre avec les politiques d’austérité et les privatisations qui ont cours actuellement dans toute l’Europe, ils entreront immédiatement en conflit avec les puissantes forces conservatrices tant au niveau national qu’au niveau européen. Et ce par le simple fait d’affirmer que le gouvernement désire appliquer les mesures demandées par la population qui rejette l’austérité. Chaque gouvernement véritablement de gauche fera face à une dure opposition des instances européennes, de la majorité des gouvernements de l’Union européenne ainsi que des dirigeants et grands actionnaires des principales entreprises privées, sans oublier le FMI.

 

Même en autolimitant son programme de changement, chaque gouvernement de gauche fera face à une forte opposition. En effet, les classes dominantes et les instances européennes (intimement liées et solidaires) veulent aller plus loin encore dans l’attaque concertée au niveau européen contre les droits économiques et sociaux des peuples, sans oublier leur volonté de limiter fortement l’exercice des droits démocratiques |1|.

 

Il est illusoire de penser pouvoir convaincre les autorités européennes et les dirigeants des grandes entreprises (principalement financières et industrielles) d’abandonner le cours néolibéral qui a été renforcé depuis 2010. Alors que François Hollande et Matteo Renzi ont timidement proposé de diminuer l’austérité, ils visent en même temps à transposer le modèle allemand dans leurs pays respectifs |2|. Or, ce modèle allemand se traduit par la précarisation la plus avancée des droits de négociation collective et de la protection des conquêtes des travailleurs. Ils n’ont pas non plus été les alliés du peuple grec au cours de l’année 2015 qui fut décisive et ne le seront pas à l’avenir pour soutenir de réelles forces de gauche dans d’autres pays européens.

 

La conclusion qui s’impose est qu’il n’y aura pas de chemin facile pour la mise en route d’un programme économique et social de rupture avec l’austérité et les privatisations. Les gouvernements de gauche devront désobéir aux créanciers, aux autorités européennes et au FMI (lesquels se confondent largement) pour respecter leurs promesses électorales. Le degré de rejet de l’austérité et des politiques européennes est tel qu’il permet à ces gouvernements de gauche de bénéficier d’une légitimité et d’un appui considérable. Le refus du paiement d’une partie substantielle de la dette constituera un élément clé dans la stratégie du gouvernement, de même que la décision de mettre fin aux privatisations et de rétablir pleinement les droits sociaux affectés par les politiques d’austérité. Il s’agit là d’une combinaison vitale.

 

La réduction radicale du stock de la dette et la diminution drastique de la partie du budget consacrée au paiement de la dette est une condition sine qua non pour pouvoir augmenter massivement les dépenses sociales et les investissements nécessaires pour financer la transition écologique et la création d’emplois.

 

Un gouvernement de gauche doit socialiser le secteur bancaire (c’est à dire procéder à l’expropriation du capital des grands actionnaires privés et transformer les banques en un service public sous contrôle citoyen |3|). Il doit par ailleurs prendre des mesures strictes de contrôle des mouvements de capitaux, collecter un impôt sur le patrimoine du 1 % le plus riche, refuser les emprunts conditionnés à la poursuite de l’austérité et des privatisations, refuser le paiement d’une dette largement illégitime, illégale, insoutenable du point de vue de l’exercice des droits humains, y compris odieuse. L’audit de la dette avec participation citoyenne active est l’un des nombreux instruments dont dispose un gouvernement de gauche pour favoriser la participation et le soutien de la population et qui lui permet en même temps de renforcer sa position face aux créanciers. L’audit a pour objectif d’identifier la partie de la dette qui ne doit pas être remboursée, en d’autres termes qui doit être répudiée.

 

Sans prétendre à l’exhaustivité on peut avancer les définitions suivantes :

 

Dette publique illégitime : dette contractée par les pouvoirs publics sans respecter l’intérêt général ou contractée pour favoriser particulier d’une minorité privilégiée.

 

Dette illégale : dette contractée en violation de l’ordre juridique ou constitutionnel applicable.

 

Dette publique odieuse : crédits liés à la mise en place de politiques qui violent les droits sociaux, économiques, culturels, civils ou politiques des populations affectées par le paiement de ladite dette, en connaissance de cause des créanciers. Par exemple, la dette contractée pour sauver les banques espagnoles en application des politiques dictées par la Commission européenne pour imposer davantage d’austérité qui viole les droits économiques et sociaux de la population |4|.

 

Dette publique insoutenable : dette dont le remboursement empêche les pouvoirs publics de garantir les droits humains fondamentaux.

 

Le point 9 de l’article 7 du Règlement n°472/2013 du Parlement et du Conseil européens du 21 mai 2013 - règlement que nous avions déjà dénoncé car il constitue la mise sous tutelle des États membres soumis aux plans d’ajustement structurel - prescrit cependant à ces pays la réalisation d’un audit intégral afin de déterminer les raisons de l’augmentation exagérée de l’endettement et de révéler d’éventuelles irrégularités. Le texte complet du point 9 dudit article 7 dispose que : « Un État membre soumis à un programme d’ajustement macroéconomique effectuera un audit exhaustif de ses finances publiques afin entre autres d’évaluer les raisons pour lesquelles on a atteint des niveaux excessifs d’endettement et de détecter toute possible irrégularité |5|. »

 

Le gouvernement grec d’Antonis Samaras (2012-2014) s’est abstenu d’appliquer cette disposition du règlement pour cacher ainsi à la population grecque les véritables motifs de l’augmentation de la dette et les irrégularités qui y sont liées. Les autres gouvernements européens sous assistance financière, y compris celui de Mariano Rajoy |6|, n’ont pas davantage effectué d’audit. La Commission européenne n’exige pas cet audit car elle s’est rendue compte que cette disposition du règlement est susceptible d’aller à l’encontre de ses intérêts et de ceux des créanciers. Nous plaidons pour qu’un gouvernement de gauche prenne des mesures unilatérales d’autodéfense face aux impositions injustes des institutions européennes. Il est nécessaire de désobéir en s’appuyant sur cet article du règlement européen que les gouvernements qui imposent l’austérité et la Commission européenne n’appliquent pas.

 


L’enjeu de l’audit de la dette des municipalités

Après plus de 5 années d’austérité imposée par l’Union européenne en connivence avec les gouvernements espagnols de Zapatero et Rajoy, les « municipalités dites du changement » |7| ont commencé à se rebeller contre cette situation. En 2011, l’article 135 de la Constitution espagnole avait été modifié pour donner la priorité absolue au paiement de la dette |8|. Par la suite surgirent des lois « austéritaires » comme la loi de stabilisation budgétaire et la loi « Montoro » relative aux administrations locales |9|. La mise en œuvre de ces lois détruit l’autonomie des municipalités et des gouvernements autonomes et attaque les droits des citoyens. Nous considérons qu’il s’agit de lois particulièrement injustes imposées sans légitimité démocratique. De fait, la loi « Montoro » a été déclarée partiellement inconstitutionnelle |10|.

 

La socialisation des pertes à laquelle a donné lieu le sauvetage bancaires espagnol s’est poursuivie avec des mesures comme le « Plan de paiement des fournisseurs » (Plan de pago a Proveedores, FFPP) des municipalités ou le « Fonds de liquidités à destination des Communautés autonomes » (Fondo de Liquidez Autonómico, FLA) qui, au lieu de servir l’intérêt général, ont en réalité servi l’intérêt des banques. Celles-ci ont prélevé un intérêt jusqu’à 26 fois supérieur à celui auxquelles elles empruntent auprès de la Banque centrale européenne (BCE).

 

Le 20 novembre 2015, la municipalité de Cadix, dont le maire José María González dit « Kichi » est à la tête d’une équipe municipale composée de mouvements favorables au changement |11|, a présenté une motion en ce sens, mais elle n’a pas été approuvée par l’opposition. Cette motion mettait en avant que la dette de 90 millions d’euros liée au « Plan de paiement des fournisseurs » avait généré un surcoût de 14 millions d’euros d’intérêts abusifs. L’argument en faveur de l’illégitimité de ce surcoût était la différence abusive entre le taux auxquelles les banques avaient emprunté auprès de la Banque centrale européenne (0,25 % en 2013) et le taux d’intérêt (de 3,34 %) auxquelles ces mêmes banques avaient prêté aux municipalités. Le différentiel étant ici de 1 à 13 |12|.

 

Un autre élément qui atteste de l’illégitimité de ces « Plans de paiement des fournisseurs » et « Fonds de liquidités à destination des Communautés autonomes » est leur utilisation électoraliste de la part du gouvernement de Mariano Rajoy pour soutenir son parti. Au cours de l’année électorale 2015, il a éliminé les intérêts que les municipalités devaient payer aux banques et a fixé à 1,31 % à partir de 2016 et pour une période de 7 ans le taux d’intérêt qui serait octroyé aux banques. Ce qu’il faut comprendre c’est que si Rajoy, par décision de gouvernement, impose aux banques de prélever un intérêt moindre, c’est que les taux prélevés précédemment étaient clairement abusifs. Cela démontre également que même le gouvernement du Parti populaire (droite) peut lorsque cela l’arrange prendre une décision contre les banques pour diminuer la dette |13|. Cela étant, le taux de 1,31 % demeure illégitime tenant en compte que les banques se financent depuis mars 2016 auprès de la BCE à un taux de 0 % |14|.

 

Le Plan de pai

ement aux fournisseurs peut également être un moyen de blanchir des dettes illégales. L’audit pourrait montrer des années après comment une municipalité aurait contracté une dette commerciale illégale. Avec le Plan de paiement aux fournisseurs, cette dette commerciale a été transformée en dette financière. Le créancier n’étant plus l’entreprise commerciale mais une banque. Cette restructuration de dettes, comparable à ce qui s’est passé en Amérique latine ou en Grèce, s’est faite dans l’intérêt de la banque et sert en plus à blanchir une dette illégale. Lorsqu’un délit est lié à la contraction d’une dette, il ne disparaît pas lorsque cette dette change de mains, quand bien même tel était l’objectif.

 

Au cours de cette année 2016, le gouvernement « en affaires courantes » de Mariano Rajoy n’a pas cessé d’appliquer l’austérité, en obéissant servilement à une Commission européenne de plus en plus affaiblie et discréditée. Le ministre des finances et des administrations publiques, Cristóbal Montoro - le même qui a signé l’amnistie fiscale de 2012 - a envoyé des courriers menaçants aux municipalités pour leur ordonner la fermeture des entreprises offrant des services publics fondamentaux comme l’épuration des eaux usées ou le transport urbain. Sa « dictature politique » a amené les municipalités à entrer en résistance et la Fédération espagnole des Municipalités et Provinces (FEMP), présidée par un maire du PSOE (parti socialiste), a exigé un moratoire de la « Loi Montoro ».

 

L’exigence de fermeture des entreprises publiques locales est très mal passée puisque les municipalités sont les entités les moins endettées, à hauteur de 3,2 % du PIB. A comparer avec le taux d’endettement des Communautés autonomes qui est de l’ordre de 24,9 % du PIB. Le total de la dette publique au second trimestre 2016 a atteint 101 % du PIB.

 

Les Communautés autonomes subissent aussi les pressions du Ministre Montoro qui a exigé des mesures d’austérité en exerçant un chantage avec le Fonds de liquidités qui leur est destiné (FLA). Or, lors de la réunion d’avril 2016, le Conseil de politique budgétaire et financière en charge de la coordination de l’activité financière des Communautés et des finances de l’État, il y a eu un consensus absolu de toutes les Communautés Autonomes de toutes couleurs politiques pour contester la politique de répartition du déficit ainsi que de l’objectif exigé par Bruxelles |15|.

 

Notre activité en tant que Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) et en tant que Plateforme espagnole d’audit citoyen de la dette (PACD) s’inscrit dans cette défense de la souveraineté populaire et de la dignité contre l’austérité et la dictature de la dette. Nous soutenons la réalisation d’audits citoyens. Il est nécessaire que les gouvernements du changement soutiennent la volonté des citoyens d’identifier les dettes illégitimes. Ces gouvernements devraient stimuler et apporter leur concours aux audits qui ne peuvent se limiter à un simple exercice démocratique mais qui doivent déboucher sur une pratique pour en finir avec le paiement des dettes illégitimes et punir les responsables.

 

Si on paie les créanciers, notre dette n’est pas leur problème. Comme le dit un proverbe populaire : si vous avez une dette de 1000 euros à l’égard de votre banque et que vous ne pouvez pas la payer, le problème est le vôtre. S’il s’agit d’une dette de 10 millions d’euros et qu’elle n’est pas remboursée, c’est la banque qui a un problème.

 

Nous savons que rien de cela ne sera possible sans une mobilisation nécessaire et indispensable. Si le mouvement citoyen, les mouvements sociaux, les militant-e-s et membres des forces de gauche abandonnent la question du refus de paiement de la dette illégitime dans l’État espagnol et se limitent à la revendication d’une simple restructuration, on aboutira à une déception comme dans le cas de la Grèce. De ce fait, il est nécessaire de maintenir l’importance de ce combat et de jeter toutes ses forces dans la bataille.

 

L’exemple le plus récent est le Manifeste d’Oviedo |16| qui propose un front des municipalités, communautés autonomes et nationalités de l’État espagnol contre la dette illégitime. Celui-ci a reçu l’appui de près de 600 conseillers municipaux et députés de différents territoires et partis politiques et est ouvert aux mouvements sociaux, activistes et citoyens.

 

Fátima Martin |17| et Éric Toussaint |18|


Traduction : Virginie de Romanet

 
Notes

|1| Eric Toussaint, « Union européenne : conquêtes démocratiques et sociales radicalement remises en cause », 16 décembre 2014, http://www.cadtm.org/Union-europeenne-conquetes

|2| Eric Toussaint, « Le modèle allemand et l’offensive contre les droits sociaux », 7 janvier 2015, http://www.cadtm.org/Le-modele-allemand-et-l-offensive

|3| Voir : Éric Toussaint, Michel Husson, Patrick Saurin, Stavros Tombazos, Miguel Urbán Crespo, « Que faire des banques ? Version 2.0. Mesures immédiates pour aller vers la socialisation », 25 mars 2016, http://www.cadtm.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0

|4| Voir en espagnol : https://www.boe.es/diario_boe/txt.p...

|5| Règlement n°472/2013 du Parlement et du Conseil européens du 21 mai 2013 sur le renforcement de la supervision économique et budgétaire des États membres de la zone Euro connaissant ou risquant de connaître de sérieuses difficultés du point de vue de leur stabilité financière. Disponible sur : http://eur-lex.europa.eu/legal-cont...

|6| Le gouvernement de Rajoy est sous assistance financière via le Fonds européen de stabilité financière (FESF).

|7| Ces municipalités qui à l’issue des élections municipales du 24 mai 2015, sont gouvernées par de nouvelles formations « populaires » nées dans la foulée du mouvement des Indignés de 2011 et qui regroupe divers partis politiques progressistes et sont généralement appuyées par des mouvements sociaux. C’est le cas à Madrid avec Ahora Madrid, à Barcelone avec Barcelona en Comú, à Valence avec València en Comú, à Zaragoza avec Ganemos Zaragoza en Común, à Cadiz avec Por Cadiz sí se puede et Ganar Cádiz en Común...

|8| Réforme de l’article 135 de la Constitution espagnole, du 27 septembre 2011. Voir en espagnol le Bulletin officiel de l’État : http://www.boe.es/diario_boe/txt.ph...

|9| Loi de stabilisation budgétaire : Loi organique 2/2012, du 27 avril, de stabilisation budgétaire et de soutenabilité financière. Voir en espagnol le Bulletin officiel de l’État : https://boe.es/buscar/act.php?id=BO...
La Loi Montoro limite les dépenses des municipalités aux dépens des services publics pour satisfaire le service de la dette : Loi 27/2013, du 27 décembre, de rationalisation et soutenabilité de l’administration locale. Voir en espagnol le Bulletin officiel de l’État : https://www.boe.es/boe/dias/2013/12...

|10| Lire en espagnol : Fátima Martín, « España : Ayuntamientos en pie de guerra exigen una moratoria de la austeritaria Ley Montoro, declarada parcialmente inconstitucional », 31 août 2016, http://www.cadtm.org/Espana-Ayuntamientos-en-pie-de

|11| Il s’agit des mouvements Sí se puede Cádiz et Ganar Cádiz qui coexistent à côté des partis traditionnels.

|12| Voir : Fátima Martín, Gouvernement municipal de Cadix, « Le gouvernement municipal de Cadix juge que la majeure partie de la dette de la Ville devrait être considérée comme illégitime », 7 mars 2016, http://www.cadtm.org/Le-gouvernement-municipal-de-Cadix

|13| Éric Toussaint, « En Espagne, il est fondamental que les municipalités du changement constituent un front commun, qu’elles soient ou non confrontées dans l’immédiat à un problème de dette », 28 février 2016, http://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-En-Espagne-il-est

|14| Notons qu’entre septembre 2014 et mars 2016, les banques espagnoles se sont financées auprès de la BCE à un taux de 0,5% : http://www.ecb.europa.eu/stats/mone... (consulté le 9 octobre 2016).

|15| La dette de la Communauté autonome d’Aragon a été multipliée par 6 au cours des 8 dernières années, une augmentation « absolument illégitime ». Voir à ce sujet en espagnol : http://www.cadtm.org/La-deuda-de-Aragon-se-ha

|16| Manifeste d’Oviedo, publié le 21 octobre 2016 en français : http://www.cadtm.org/Manifeste-d-Oviedo

|17| Journaliste. Membre de la PACD et du CADTM Espagne.

|18| Docteur en sciences politiques des Universités de Liège et Paris VIII, historien de formation, Éric Toussaint est porte-parole du CADTM International. Il lutte depuis de nombreuses années pour l’annulation des dettes publiques au Sud et des dettes publiques illégitimes au Nord. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette grecque créée en 2015 par la présidente du parlement grec.

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 créée par la la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission a poursuivi ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

 

 
 
Fátima Martín

est journaliste, membre du CADTM et de la PACD, la Plateforme d’Audit Citoyen de la Dette en Espagne (http://auditoriaciudadana.net/). Elle est l’auteure, avec Jérôme Duval, du livre Construcción europea al servicio de los mercados financieros, Icaria editorial 2016. Elle développe le journal en ligne FemeninoRural.com.

 

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 18:13

 

 


Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Paul Magnette: «Dans l’intérêt de l’Europe, il faut parfois lui désobéir»
Par Ludovic Lamant
 
 
 
 

Dans un entretien à Mediapart, le ministre-président wallon Paul Magnette tire les leçons de la victoire de Donald Trump pour la social-démocratie et revient en longueur sur les coulisses de sa bataille contre le CETA. « Ce que les démocrates ont subi aux États-Unis, les sociaux-démocrates en Europe peuvent le subir exactement de la même manière », met-il en garde. Le socialiste belge plaide pour une gauche plus offensive sur les questions commerciales.

Il a été la figure du « moment wallon », lorsque cette région belge de 3,5 millions d’habitants a tenu tête à l’Europe, fin octobre, sur le traité de libre-échange avec le Canada (CETA). Dans un entretien à Mediapart, Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie, réagit à la victoire de Donald Trump et réfléchit aux leçons politiques à tirer pour la social-démocratie en Europe. Le socialiste revient aussi, longuement, sur les coulisses de cette négociation inédite avec Bruxelles et Ottawa, et explique pourquoi il a choisi, en bout de course, de ratifier ce texte. 

Paul Magnette à Bruxelles le 27 octobre 2016, en pleine crise du CETA. © Reuters / Yves Herman Paul Magnette à Bruxelles le 27 octobre 2016, en pleine crise du CETA. © Reuters / Yves Herman
 
 
 
 

 

Que vous inspire la victoire de Donald Trump ?
Paul Magnette : Les premiers éléments que l’on observe, surtout lorsque l'on se souvient que le vote des démocrates et des républicains était très figé lors des trois dernières élections, c'est que tous les États de la « rust belt » [la ceinture de la rouille, dans le nord-est – ndlr] ont basculé côté républicain. C'est l’ouvrier qui a subi la désindustrialisation et la pression de la compétitivité, ce sont les classes moyennes qui ont peur du déclassement, et qui ont voté anti-système. Je formule une analyse précoce, parce que je ne connais le résultat que depuis quelques heures (lire la boîte noire). Mais si cela se confirme, c’est bien sûr une question fondamentale pour la gauche. Cela veut dire que ce que les démocrates ont subi aux États-Unis, les sociaux-démocrates en Europe peuvent le subir exactement de la même manière.

Nous devons repenser notre rapport à la politique industrielle et aux politiques anti-dumping, de manière beaucoup plus offensive. On ne doit pas devenir un populiste de gauche pour autant, parce qu’on perdrait notre âme de socialiste. La différente entre un socialiste et un populiste de gauche, c’est que nous avons vocation à gouverner la société. Je dis cela tout en étant convaincu que la fonction tribunitienne est très importante.

 

La réponse à Trump, c'est plus d'agressivité en matière commerciale ?
C’est entendre ce cri des “perdants” de la mondialisation. Si l’on n’entend pas ce cri-là, à quoi on sert, en tant que gauche ? C’est cela qu’on doit incarner. Le problème d’une partie de la social-démocratie européenne, c’est qu’elle a fini par faire partie du système. Sur les questions du libre-échange, la différence idéologique n’est plus aussi nette. Cela ne veut pas dire que l’on doit devenir protectionnistes. Mais je prends toujours l’expression de Gramsci pour le dire : on doit assumer « l’autonomie culturelle » de la gauche. La gauche doit dire : je ne suis ni libérale ni protectionniste, je suis sociale-démocrate et c’est un programme en soi. Si l'on fait des échanges commerciaux avec les pays qui produisent les mêmes produits que nous, et s’ils le font dans des conditions sociales et environnementales inférieures aux nôtres, quel est l'intérêt de l’Europe à se lancer là-dedans ?

 

Cela commence à bouger un peu à Bruxelles, avec la lutte contre le dumping chinois sur l’acier.
Oui, et ce sont celles-là, les vraies questions. La social-démocratie doit porter ce débat-là : très bien, vous voulez faire du commerce, mais pourquoi ? Cela va créer de l’emploi ? Pour lutter contre le réchauffement climatique ? Il faut forcer la commission à dire : on ne peut pas continuer le “business as usual”. J’espère qu’à la commission, il n’y a plus personne ce matin qui croit que l’on va négocier le TTIP [le traité de libre-échange avec les États-Unis, ou TAFTA – ndlr]. Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y en ait pas quelques-uns qui y croient encore.


Si l'on vous suit, votre bras de fer sur le CETA, c'est la bonne manière de revitaliser la social-démocratie ?
Le vice-premier ministre de Belgique, Didier Reynders [MR, droite – ndlr], a dit, en substance : Paul Magnette, Donald Trump, même combat. Il l'a dit de manière plus nuancée. Mais il estime, en gros, que le protectionnisme de Trump n’est pas très différent de la résistance de la Wallonie au CETA. Il y a toujours cette volonté de nous faire passer pour des protectionnistes et d’empêcher les sociaux-démocrates d’avoir un discours critique sur le libre-échange. Mais c'est exactement ce qui tue l’Europe, et la gauche depuis toujours.

Si vous étiez contre l’euro, vous étiez un mauvais social-démocrate et un mauvais européen. Si vous étiez contre les traités, idem. Non : je suis un Européen convaincu, mais je pense, et je l'ai dit sans prémonition lors de mon discours de rentrée [le 3 octobre 2016 – ndlr], que « dans l'intérêt de l'Europe, il faut parfois lui désobéir ». Pour sauver le projet européen, il faut, dans certains moments, se mettre en opposition au projet européen, se mettre presque en infraction, pas au sens légal du terme, mais au sens politique.

« Tsipras, lui, avait une contrainte colossale »

Qu’est-ce que le « moment wallon » sur le CETA vous a appris de l'Europe ?
J'ai vu de l'intérieur quelles techniques les institutions européennes utilisent pour isoler les « minoritaires ». Un jour, je l’écrirai en détail. Dans le fond, ce sont des techniques diplomatiques classiques. En interne, l'Union fonctionne beaucoup plus comme un système international que comme un État. L’UE n’est pas une machine à produire de l’accord, c’est une machine à réduire les désaccords.

Il y a ceux qui sont pour le traité avec le Canada, très bien. Et il y a les autres. La commission va les voir les uns après les autres, pour cerner les difficultés, et voir comment s’en accommoder. Évidemment, avec une certaine préséance : quand c’est l’Allemagne qui demande, ça n’a pas le même poids que la Wallonie, pour dire les choses clairement.

L'idée, c'est de laisser les plus petits pour la fin. Et à la fin, on vous dit : 27 sont d’accord, vous ne pouvez pas être tout seul à ne pas être d’accord. Comme si le seul fait d’être le dernier vous privait de votre droit au désaccord. Quand on dit que l'UE fonctionne à l'unanimité, ce n'est pas vrai. C'est de la presque unanimité. Au fond, le dernier, surtout s'il est petit, n’a pas le droit d’avoir un veto.

 

Il y a d'autres techniques pour vous faire rentrer dans le rang ?
Les ultimatums. On vous dit qu’il y a une date qu'on ne peut pas dépasser, qu'il y a conseil européen, qu'il faut un accord sur le CETA au conseil européen. Je savais que d'un point de vue institutionnel, c'était faux : ce n'est pas au conseil européen [la réunion des chefs d'État et de gouvernement – ndlr] que l'on adopte les traités commerciaux, c'est aux conseils commerce [les réunions des ministres du commerce des 28 – ndlr] de le faire. Même si j'entendais que politiquement, c'était délicat de sortir du conseil européen le 21 octobre sans accord.

 

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Troisième technique : on vous convoque sans cesse à des réunions. Et il faut être honnête, il n'est pas possible de ne pas y aller. Parce que l'on joue le jeu institutionnel. Il m'est arrivé une seule fois durant la séquence de pratiquer la politique de la chaise vide, parce qu'on avait essayé de me coincer dans un format de réunion qui n'était pas celui que je désirais. Mais sinon, la technique, c’est que l'on vous invite et l'on vous demande d'expliquer vos difficultés. On vous explique pourquoi on ne peut pas y répondre. On vous demande de faire des propositions. On vous fait des contre-propositions. Vous ne pouvez pas sortir de la réunion. La négociation dure. Et il faut reconnaître la qualité intellectuelle et le professionnalisme des experts, de la commission comme du conseil. Ce sont de grands commis de l'État, d'une grande rigueur et honnêteté intellectuelles. Et tout cela fait que l'on se trouve un peu coincés dans le processus.

 

C’est une technique d’épuisement ?
Une technique d’entonnoir, très classique dans les négociations internationales. Au fil des semaines, de moins en moins d'acteurs s'y opposent. Mi-octobre, il restait encore les Roumains et les Bulgares, qui voulaient des garanties sur les visas avec le Canada, pour signer le CETA. Puis il n'est plus resté que les Wallons. Et puisqu'il n'y a plus que vous, vous allez forcément céder. On a dit non. Et là, ils nous disent qu'ils veulent bien discuter, mais uniquement jusqu’à telle date, et sous telles conditions, et uniquement sur tels aspects. Tout l'enjeu pour nous, tout au long des discussions, c'était de rouvrir l’agenda, et de rouvrir le calendrier, pour trouver à chaque fois la manière de ne pas se laisser enfermer.

 

Vous avez pensé à appeler Alexis Tsipras, pour qu'il vous conseille ? [Le premier ministre grec a perdu son bras de fer au sein du conseil européen à l'été 2015, après des mois de bataille, sur l'aide économique à la Grèce]
J’y ai pensé. Mais je ne l’ai pas fait (rires). La grande différence, c’est que Tsipras avait une contrainte colossale. Il avait besoin d’un accord sur la dette, sans quoi le lendemain, son pays était en faillite. Moi, je n’avais besoin de rien. J’étais dans un confort politique beaucoup plus grand. J'avais des pressions diplomatiques, c'est tout...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 18:01

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/patricjean/blog/091116/pourquoi-la-victoire-de-trump-est-elle-une-chance-saisir

 

 

Pourquoi la victoire de Trump est-elle une chance à saisir?

 

 

La victoire de Trump permise par le vote d'Américains désespérés doit être pour nous un électrochoc salutaire. Face au gouffre, une seule question doit nous être posée: que suis-je prêt à perdre pour que d'autres souffrent moins ?

 

"gardez votre monnaie, je veux le changement" "gardez votre monnaie, je veux le changement"
 
 
 
 

 

La victoire d'un milliardaire qui s'est fait connaître du grand public par une télé réalité est un événement politique majeur qui révèle plusieurs fondamentaux:

- une part des hommes blancs (et pas seulement blancs) fait son baroud d'honneur face à la transformation anthropologique que représente l'égalité femmes hommes mais aussi homos hétéros. Un groupe social aussi puissant n'allait pas s'effacer de son pouvoir total et incontesté depuis deux cent millénaires sans tirer une dernière salve. La voilà. Trump a traité Clinton de "féminazie", véritable cri de ralliement du masculinisme revendiqué et revanchard.

- si les conséquences de cette élection sont terribles pour les Noirs en premier lieu (le rythme actuel d'un Noir tué toutes les 28h par la police devrait s'accélérer) mais aussi pour les homosexuels, les migrants, les femmes, il ne faut pas s'imaginer que Trump mettra en pratique les bribes de programme politique qu'il a éructé. Quand il va découvrir que la Chine est le premier propriétaire de la dette américaine, il rangera vite ses idées de barrières douanières. Structurellement, rien ne changera et les pauvres qui ont voté pour lui en seront pour leur compte.

- il serait criminel de ne pas observer que ce qui a permis l'élection de Trump, c'est le désespoir d’hommes et de femmes poussés vers le chômage et le désespoir par une politique menée tant par les Républicains que par les Démocrates. Ils auraient pu tout autant élire le clown de MacDo puisqu'ils ont la politesse d'exprimer leur colère par la violence légitime des urnes. Ce coup de pied dans la fourmilière est peut-être un électrochoc salutaire si nous en tirons immédiatement les leçons avant qu’il ne se reproduise chez nous.

 

Trump élu, que pouvons-NOUS faire? Est-ce une occasion à ne pas rater ?

La réussite de l'extrémisme (Le Pen s'est félicitée de la victoire de Trump) est le résultat de nos petits égoïsmes. Notre système social se fonde sur des rapports de force et de domination auxquels nous participons tous et toutes, souvent involontairement. Hommes sur les femmes, Blancs sur les autres, plus riches sur plus pauvres, hétéros sur homos (bi trans), valides sur handicapés. Sans nous culpabiliser, nous devons reconnaître que la vie est plus facile quand on est un homme, un Blanc, un hétéro, un valide. Contrairement aux homosexuels, je ne risque rien en embrassant ma compagne dans la rue. J’obtiens un emploi ou un logement plus facilement que si j’étais noir ou arabe. En cas de coup dur je possède encore la maison de vacance héritée de la grand-mère. Etc.

Et il faut observer que les privilèges qui nous favorisent ne nous empêchent pas de dormir. Très peu d'entre nous font des cauchemars à l'idée qu'il y a trois millions d'enfants sous le seuil de pauvreté en France.

Le coupable est toujours l'Autre:

- le méchant homme c'est l'Arabe ou le beauf sexiste mais pas moi, même si je profite tranquillement de mon statut d’homme

- les méchants pollueurs sont la Chine et les USA mais pas nous qui achetons du café Max Havelaar

- le méchant raciste c'est l'électeur du FN mais pas moi qui ne m'étonne pas de vivre dans un univers entièrement blanc et qui m'insurge quand un migrant s'est installé dans le hall de mon immeuble

- le méchant homophobe c'est l'intégriste mais pas moi qui continue avec mes blagues de mauvais goût dans l'indifférence de ce qu'elles provoquent

- le méchant antisocial c'est le millionnaire des 1% mais pas moi qui ne vis pourtant pas si mal à côté d'une misère inouïe

- le méchant c'est l'élu-e cynique mais je me fous des personnes handicapées murées chez elle parce que l'accessibilité n'est pas une urgence

L'histoire nous a habitués à penser que l'autre est le problème et que la solution est de le combattre. La révolution anthropologique en cours permet de considérer l'individu comme libre et égal à tout autre individu, une femme à un homme, un homo à un hétéro. Et donc d'admettre que le problème est aussi "moi". Tout cela ne peut se faire sans soubresauts, résistances et régressions dont Trump et Le Pen sont le symptôme. Mais tout cela nous oblige à nous remettre "individuellement" en question, non pour nous culpabiliser ou nous auto-flageller (attitude narcissique par excellence) mais pour sortir de nos idées binaires et observer la société comme une structure où nous occupons chacun-e une place particulière. Pour nous poser une question:

 

Que suis-je prêt à perdre pour que d'autres souffrent moins ?

Ce moment particulier où notre intuition nous indique que la situation politique peut nous mener à des catastrophes plus grandes que celles que l'histoire a déjà connues, cet instant nous force à changer de grille d'analyse avant qu'il ne soit trop tard. Que nous soyons de gauche ou de droite, (pour beaucoup cela ne signifie rien d'autre qu'une tradition familiale) chacun-e peut commencer par exprimer à haute voix la conscience qu'il ou elle a de ses propres privilèges.

Car rien n'est plus terrible que l'humiliation qui consiste à nier la souffrance imposée par nos rapports de force. C'est cette douleur qui pousse des jeunes de quartiers populaires à brûler des voitures quand il n'y a plus personne pour les entendre et leur dire que leur désespoir est légitime. C'est cette folie qui pousse d'autres jeunes à se jeter dans le nihilisme du suicide kamikaze. C'est ce mépris ressenti qui jette les classes oubliées dans les bras des Trump, Le Pen ou autres Soral. C'est ce "no future" entretenu par notre silence qui indique la porte des officines les plus radicales, politiques ou religieuses.

La Fraternité dont le concept est tellement à la mode devrait nous obliger à penser à ce que nous sommes prêts, chacun et chacune à lâcher, à abandonner, à céder. Oublier cette habitude consistant à ne penser le bouleversement de l’échelle sociale qu’en regardant vers le haut, jamais vers celles et ceux qui sont en-dessous. Et donc désirer perdre individuellement pour gagner collectivement. Cesser de penser que mon action individuelle est si minuscule qu’elle ne vaut pas la peinte d’être tentée (car dans ce cas pourquoi voter ou payer des impôts ?).

Parce que je ne peux rien au machisme des Talibans, à la pollution de la Chine, à l'homophobie du Vatican, à la gourmandise des plus riches, au racisme des néo-nazis. Parce que je peux tout sur moi-même dès que j'accepte que je ne suis ni en dehors de la structure sociale, ni au-dessus. Parce que ce que j’obtiens injustement (en tant que membre d’un groupe social particulier, hommes, Blancs, valides etc) quelqu’un d’autre en est, par ce fait-même, privé.

Parce que verbaliser cette prise de conscience de mes privilèges a un effet performatif (la parole agit sur le réel), affirmer à mon entourage que mon statut favorisé d'homme, de Blanc ou blanche, d'hétéro, de petit bourgeois-e de naissance, de valide, me confère des privilèges indus, je participe à faire reculer une pensée qui nous dirige vers le gouffre. Je deviens la molécule d’un catalyseur social mille fois plus efficace que quand je place mon bulletin dans l’urne (et qui ne m’empêche pas de le faire).

Il ne s’agit pas de se soumettre à un fatalisme politique suicidaire mais de considérer que dans le rapport de force qui s’impose, nous ne sommes pas tous intégralement des victimes dès que nous n’appartenons pas à une oligarchie. Déclarer illégitimes nos propres privilèges et en assumer les conséquences est le seul moyen d’abolir tous les privilèges, y compris ceux qui pèsent sur nous. C’est le seul moyen d’éviter Trump, Le Pen ou pire encore.

 

 

 

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/patricjean/blog/091116/pourquoi-la-victoire-de-trump-est-elle-une-chance-saisir

 

 

 

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