Il y a quelques mois nous tremblions à l’idée que
les agences de notation puissent nous dégrader et, ce faisant, mettre à genoux tout un peuple par l’effet conjugué de la folie médiatique et de la dinguerie des marchés financiers. Et puis l’affaire a laissé place à d’autres nouvelles suscitant d’autres angoisses. Qui aurait imaginé à l’époque qu’un fabricant de lessive se transformerait à son tour en oracle et nous prédirait comme ça tout-à-trac,
le retour de la pauvreté en Europe ?
Et pourtant Unilever l’a fait. Comme le note
@si, on ignorait que la pauvreté avait disparu de nos aimables contrées. Le site relève également que tous les médias ont offert comme un seul homme une tribune au lessivier lui permettant de se faire de la publicité gratuitement. Car Unilever, fort de sa prédiction cataclysmique, annonçait dans le même temps la mise sur le marché de produits de plus petite taille à un prix moins élevé. Personnellement, j’ai entendu la nouvelle sur BFMTV qui est un des rares médias à avoir démaquillé l’information et posé la bonne question : ne risque-t-on pas de nous faire avaler une jolie augmentation du prix au litre ou au kilo, sous couvert d’une diminution du prix à l’unité ? Eh oui, c’est fort probable. Pourquoi les médias ont-ils relayé ainsi, me direz-vous ? Parce que les sujets « crise » ont le vent en poupe actuellement. Ecrivez
« crise » dans un communiqué de presse et vous êtes sûr d’avoir un coup de fil de journaliste dans la seconde.
Qu’importe cette petite errance médiatique, le plus important à mon sens est ailleurs. La multinationale, dont on trouve les produits partout mais que l’on serait bien en peine de situer sur la carte si on nous demandait
où se trouve son siège social, ce mastodonte qui ausculte en permanence le pouls de ses consommateurs dans chaque pays du monde, cet oeil gigantesque qui jamais ne se ferme a donc aperçu la déconfiture de la
« région commerciale Europe » et nous l’annonce, sans ciller. On en frissonne. Que cela n’interpelle personne montre que nous nous sommes habitués à l’idée de n’être que de simples consommateurs. Dans ces conditions, comment s’étonner que ce soit une multinationale de lessive qui nous informe de notre prochaine disparition ?