Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
Rue89 - Sylvain Gouz Journaliste
Que cela fut dit avec délicatesse, et même avec une franche pudeur, Nicolas Sarkozy veut réformer la protection sociale en affirmant la nécessité « d'alléger la pression sur le travail et faire contribuer financièrement les importations qui font concurrence à nos produits avec de la main d'œuvre à bon marché. »
Qui ne serait d'accord au moment où « produire français » devient très tendance et où la mondialisation comme l'Europe a si mauvaise presse ? Comme par magie, selon le scénario élyséen, à niveau de protection sociale inchangée, le coût du travail baisserait et donc le prix hors taxe des produits made in France qui deviendraient du coup plus compétitifs.
Pour les produits fabriqués en France, les baisses de prix rendraient indolore, disons neutre, le relèvement du taux de TVA, tandis que les produits importés frappés du nouveau taux relevé de TVA verraient leurs prix flamber.
En effet les importations, par définition fabriquées ailleurs, ne supportent aucune charge sociale en France, mais en revanche sont soumises à la TVA comme n'importe quelle production française.
A l'arrivée donc, une meilleure compétitivité pour le « made in France », une pénalisation du « made in ailleurs » et une opération blanche pour les consommateurs.
En apparence, ou en pure théorie, cela paraît évident, mais si jamais ce mécanisme devait être mis en place (on parle d'un projet de loi voté à la va-vite en février) on se rendrait vite compte de ses incohérences :
Il faut appeler un chat un chat, le plat que nous a réchauffé le chef de l'Etat lors de ses vœux porte un nom : c'est un nouvel accommodement, tout doucereux, de la désormais insubmersible TVA sociale, une sorte de serpent de mer, décidément.
En l'évoquant au soir du premier tour des législatives de 2007, Jean-Louis Borloo, éphémère ministre de l'Economie, avait, dit-on, fait perdre quelques dizaines de sièges de députés à l'UMP.
Et de temps à autre voici qu'on nous la ressert : le MEDEF s'y dit extrêmement favorable -on comprend pourquoi-, Jean-François Copé, tout comme Hervé Morin en font leur oriflamme et même Manuel Valls avait cédé à cette vilaine sirène lors des débats de la primaire socialiste.
En soi ; vouloir diminuer les charges sociales payées par les entreprises n'est pas une mauvaise idée, mais les remplacer par de la TVA supplémentaire relève d'une incompréhension très technocratique de la réalité économique.
Et si l'on tient à reporter sur un impôt, à « fiscaliser » ces charges sociales, il est un mécanisme fiscal qui porte sur tous les revenus –travail et capital- et qui est proportionnel aux dits revenus : cela s'appelle la CSG, contribution sociale généralisée. Chiche.