De l’art de l’esquive. François Hollande a montré à la tête du PS tout son talent pour étouffer les polémiques dans une vaste synthèse. Il compte bien s’en inspirer à l’Élysée pour s’éviter de revivre la fracture de 2005. Dans quelques jours, le Conseil constitutionnel dira si le président doit passer par une révision de la Constitution pour faire adopter le traité budgétaire européen à la rentrée. Mais quelle que soit sa décision, François Hollande fera tout pour enterrer une polémique sur la “règle d’or” qui divise profondément sa majorité.
Le conseil constitutionnel
Saisi par l’Élysée mi-juillet, en vertu de l'article 54, le Conseil constitutionnel devrait rendre sa décision au cœur de l’été, vers le 10 août. S’il juge que le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) au sein de l’Union européenne n’exige pas de modification de la Constitution, François Hollande pourra se contenter d’un simple vote des deux chambres, l’Assemblée et le Sénat. Dans le cas contraire, le Congrès (qui réunit l’ensemble des parlementaires à Versailles) devra être convoqué et la Constitution ne pourra être modifiée qu’avec 3/5e des votes. C’est ce qui s’était passé lors de l’adoption du Traité de Lisbonne, en 2008, celui d’Amsterdam, en 1999 ou bien le Traité de Maastricht, en 1992. Mais la procédure n’est pas automatique : la Constitution n’avait pas été révisée pour l’Acte unique en 1986.
Cette fois, si de nombreux constitutionnalistes jugent inévitable une révision de la Constitution, en raison des transferts de souveraineté budgétaire que concèdent les États membres, François Hollande espère l’éviter. « Il existe une possibilité juridique pour ne pas avoir besoin d’une ratification constitutionnelle », estime-t-on à l’Élysée. Par ailleurs, le Palais fera tout pour ne pas inscrire dans la Constitution la “règle d’or” contenue dans le traité européen et qui impose aux États, sous peine de sanctions, de se limiter à terme à un déficit structurel de 0,5 % du Produit intérieur brut.
Le mic-mac de la loi organique
Lors du sommet de Bruxelles, fin juin, François Hollande s’est engagé à ratifier le traité négocié par son prédécesseur, en échange du pacte pour la croissance de 120 milliards d’euros et d’avancées sur la taxe sur les transactions financières, dans le cadre d’une « loi organique ». Une façon de donner plus de solennité qu’un simple texte législatif, tout en évitant son inscription dans la Constitution que le traité européen n’impose pas. « Les États membres devront intégrer cette “règle d'équilibre budgétaire” dans leur ordre juridique interne, de préférence au niveau constitutionnel », stipule-t-il. D’où le choix, plus neutre, d’une loi organique.
Mais le Conseil constitutionnel pourrait considérer que la loi organique, à mi-chemin entre une loi ordinaire et une loi constitutionnelle, n’est pas calibrée pour contenir des dispositions aussi lourdes. Hollande serait alors contraint de convoquer, malgré tout, le Congrès à Versailles pour élargir la définition des lois organiques. Un tour de passe-passe juridique et ultra-technique qui ne changerait rien au fond –avec le TSCG, la France renonce bien à une part de sa souveraineté budgétaire –, mais qui pourrait éviter au président de la République une polémique grand public. « Il va essayer de raccrocher au fait que le retour à l’équilibre des comptes publics est un engagement de campagne. Que c’est sa volonté et pas un engagement imposé par Bruxelles », décrypte une source diplomatique.
Car il est d’ores et déjà acquis que François Hollande, meurtri par sa défaite sur le Traité constitutionnel européen (TCE) de 2005, n’organisera pas de référendum. « Le président de la République a été clair depuis le départ, et avant même son élection, durant la campagne électorale, sur ce qu'il voulait et sur son intention de ne pas soumettre ce traité à référendum. (…) En choisissant François Hollande comme président de la République, les Français se sont prononcés pour cette approche. Lors du conseil des 28-29 juin, nous avons obtenu des avancées importantes sur ces points. Les engagements du président de la République ont donc été tenus, la volonté exprimée par les Français respectée », justifie le ministre délégué aux affaires européennes, Bernard Cazeneuve, dans un entretien à Mediapart. Hollande juge également que l’Assemblée, fraîchement élue, est suffisamment légitime.