Le procès qui a débuté au tribunal fédéral de Manhattan à New-York s’annonce comme le plus symbolique de la crise financière qui a plongé les banques américaines dans la tourmente. La SEC (Securities and Exchange Commission) accuse Fabrice Tourre, surnommé « Fab le fabuleux », de « fraude » lors de la vente d’un placement financier complexe début 2007, peu avant l’éclatement de la crise des « subprime ».
Ce courtier avait conçu pour Goldman Sachs un placement (CDO) basé sur des dérivés d'emprunts immobiliers à risque. Baptisé Abacus, le placement jugé frauduleux serait la source de tous les problèmes liés à la crise immobilière. La SEC avait fait de la poursuite des « voyous de la finance » son cheval de bataille, faisant de Fabrice Tourre un cas d’école, sa réputation de gendarme de la Bourse étant sur la sellette. Une plainte avait été déposée en 2007, qui visait non seulement le trader français mais également son employeur Goldman Sachs.
Ces derniers fuyant le scandale avaient réglé l’affaire à l’amiable en 2010, en déboursant pas moins de 550 millions de dollars. Fabrice Tourre, doit quant à lui, affronter le tribunal fédéral, seul, sans possibilité pour lui de passer par un arbitrage. Pour les journaux américains, la SEC préfère poursuivre un trader, âgé de vingt-huit ans au moment des faits, plutôt que les dirigeants de la banque. Les américains ont besoin d’un coupable ! D'autant que dans des courriels privés - transmis par l'employeur lui-même - Fabrice Tourre compare ses produits à des petits « Frankenstein ». Ce trader diplômé de Centrale Paris et de Stanford avait donc conscience de l'amoralité de son placement.
Contre toutes attentes Goldman Sachs le nomme directeur exécutif et le transfert à Londres en 2010. Pourquoi cette promotion un an après la plainte déposer par la SEC ? Les dirigeants de Goldman Sachs connaissaient pourtant les accusations portées contre leur salarié et la tournure prise par la crise des « subprime » : des milliers de familles se sont en effet retrouvées dans des conditions financières catastrophiques.