Des trois sites investis par le mouvement Occupy London, il y a tout d’abord celui situé à quelques mètres de la Bourse de Londres (the London Stock Exchange), en bas des marches de la célèbre cathédrale Saint Paul, celui de Finsbury Park et le squat de l’ancienne banque d’investissement UBS.
Il pleuvait en ce 20 décembre, aux pieds des marches de la Cathédrale, mais il ne faisait pas encore trop froid. Une chance pour les campeurs. Je rencontre sur place plusieurs personnes, principalement jeunes. Il faut dire que le chômage touche sévèrement les 18-30 ans en Angleterre et dans le reste de l’Europe. Ils sont les premiers en ligne de mire, et donc les plus enclins à se rebiffer contre le système. Les jeunes sont moins « peureux » que les générations plus âgées, plus « installées », et de fait ils se sentent plus libres et plus aptes à initier les campements. Beaucoup d’entre eux n’ont pas (encore) eu recours à des emprunts au logement, n’ont pas de dettes, et ceux qui vivent chez leurs parents n’ont pas de loyer ou de factures à payer.
Je rencontre Cathy, une jeune blonde souriante d’à peine 25 ans, mitaines aux poings et gros manteau – vous comprenez, faut pouvoir garder son corps à température pour tenir sur le long terme. Alors que nous commençons l’interview dans la « librairie ambulante », une jeune femme nous interrompt, portant un sac en toile contenant des oreillers et des couettes : « Où est ce que je peux déposer ça ? », nous dit-elle. « C’est pour les gens qui campent, pour que vous soyez un peu à l’aise et que vous n’ayez pas froid ». Cathy lui indique la tente prévue pour stocker les provisions.
Un geste totalement désintéressé, pour le bien des autres, pour soutenir leur combat, chacun à sa manière. La jeune fille me dit « je ne peux pas camper, mais je peux au moins donner des couvertures ». Certains passants jettent un regard furtif, mais la plus grande majorité passe son chemin en ignorant cette foule d’indignés qui s’attaquent au système financier moribond. Cathy me dit que cela arrive à longueur de journée de voir la foule en costar-cravate marcher d’un pas pressé vers ces banques d’investissement, ne se souciant que très rarement de cette contestation qui prend part en bas de leurs immeubles de verres et d’acier. Certains sont parfois même hostiles me confie-t-elle.