Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
L’enquête en cours à Paris sur l’affaire dite des «fadettes» a mis au jour une affaire similaire à Marseille, où le procureur se serait fait communiquer les factures téléphoniques détaillées d’un journaliste du Monde travaillant sur des dossiers corses, affirme samedi Le Parisien. Le procureur, Jacques Dallest, n’avait pu être joint samedi matin. Cité par Le Monde.fr, qui dit l’avoir interrogé vendredi, celui-ci affirme avoir «agi en conformité avec la loi, qui autorise la saisie de facturations téléphonique dans certains cas bien précis, par exemple lors d’affaires de criminalité organisée».
Selon Le Parisien, ce «nouveau lièvre» a été soulevé par la juge d’instruction parisienne Sylvia Zimmermann, dans le cadre de son enquête ouverte après une plainte du Monde pour violation du secret des sources de deux de ses journalistes dans l’affaire Bettencourt. Le Parisien affirme que le procureur Dallest a demandé que lui soient fournies les factures détaillées du journaliste du Monde Jacques Follorou, auteur de deux articles, cosignés avec Yves Bordenave, sur une tentative d’assassinat ayant visé l’ancien chef nationaliste corse Alain Orsoni et sur l’assassinat d’une des figures du gang de la «Brise de mer», Richard Casanova.
Ces articles se fondaient sur les procès-verbaux de garde à vue d’Edmond Melicucci, condamné depuis à cinq ans de prison dans le dossier Orsoni, et de Claude Chossat, mis en cause et écroué dans l’enquête sur la mort de Casanova, et citaient les noms de commanditaires présumés. «Les enquêteurs - magistrats comme policiers - et des avocats, s’étaient vivement émus auprès du parquet de la mise sur la place publique de certains éléments d’enquêtes en cours, révélations susceptibles non seulement de nuire aux investigations, mais surtout de mettre en danger la vie de certains protagonistes de ces dossiers», a déclaré le procureur Dallest au Monde.fr.
«Le procureur Dallest a agi à notre demande», ont déclaré à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, des magistrats de la Juridiction interrégionale spécialisées (Jirs) de Marseille. Ils ont expliqué lui avoir demandé, suite à la parution des procès-verbaux dans Le Monde, d’ouvrir une information préliminaire pour violation du secret de l’enquête, tout en soulignant que cette affaire n’avait rien à voir avec le profil de l’affaire Bettencourt.
«On a ainsi fait courir des risques à nos instructions mais aussi pratiquement en temps réel à des gens que nous interrogions. Si le journaliste s’était contenté d’interpréter, nous n’aurions pas bougé, mais là cela dépasse l’entendement», ont-ils estimé. Selon la même source, Jacques Follorou a été entendu par des policiers auxquels il a objecté le secret des sources. Pour les magistrats marseillais, le problème est de savoir si la consultation de «fadettes» est autorisée ou pas en matière de crime organisé.
Après la divulgation par Le Monde de ses aveux en mai 2009, Melicucci, dont la libération provisoire est attendue dans les prochaines semaines, avait dû être placé à l’isolement, selon ses proches interrogés par l’AFP. Sa mère et son frère avaient également dû quitter la Corse.