Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
Source : reporterre.net
Emmanuel Daniel (Reporterre)
lundi 16 décembre 2013
La ZAD de Notre-Dame des Landes n’est pas qu’un lieu de lutte contre le projet d’aéroport. Maraîchage, BTP, construction d’éoliennes et expérimentation de l’autogestion… les élèves de cette école à ciel ouvert apprennent à vivre libre.
Reportage, Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique)
Un mardi après-midi pluvieux de novembre, à vingt kilomètres au nord de Nantes. Cinq personnes se réchauffent les mains et le corps autour d’un brasero et d’un cubi de vin rouge. Cela fait plus de vingt-quatre heures que ces opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes attendent une hypothétique intervention policière, armés de fusées de détresse, de matraques et de raquettes de tennis. Postés entre une barrière de pneus et une rangée de tracteurs entravant la route, ils se tiennent prêts à faire obstacle aux gendarmes mobiles et à protéger l’entrée d’une maison récemment squattée.
Voilà généralement ce que les journalistes retiennent de la ZAD, la « Zone d’aménagement différé », une étendue bocagère de près de deux mille hectares censée accueillir le nouvel aéroport du Grand ouest et que les opposants ont rebaptisée « Zone à défendre ».
Habitants historiques de la zone, paysans, militants venus de toute l’Europe, ils sont entre cent et trois cents personnes à occuper le terrain afin d’empêcher le début des travaux. Mais cette « zone libérée », comme la qualifient souvent les Zadistes (surnom des occupants), n’est pas qu’un territoire en lutte. C’est aussi un vaste terrain d‘expérimentation, une école à ciel ouvert. « Du maraîchage à l’informatique, ici tu apprends de tout, tu évolues à une vitesse folle », assure Tony [tous les prénoms ont été changés], un des barricadiers rencontré près du brasero.
Et il n’y a pas d’âge pour intégrer cette école. Maquis, ancien ingénieur qui vient de souffler ses soixante-cinq bougies, ne savait pas planter une pomme de terre avant d’arriver sur la ZAD il y a deux ans. Aujourd’hui, il affirme en avoir extrait six tonnes du champ qu’il cultive avec quatre jeunes femmes au centre de la zone, et il pense atteindre l’autonomie alimentaire l’an prochain.
Université à ciel ouvert
Quand on quitte sa cabane et que l’on se balade de tente en yourte et de cabane en bergerie, on se rend compte de l’incroyable concentration de talents regroupés sur cette zone. Chaque lieu de vie est une salle de classe où chacun met ses compétences à disposition de ses amis, de ses voisins, voire de la communauté tout entière.
Le programme des cours, que l’on découvre au fur et à mesure des rencontres, donne le vertige : utilisation des plantes à des fins médicinales, plomberie ou électricité, maraîchage bio, phytoépuration, traction animale, conception de fromages, cours de musique et de langues, science politique, construction d’éoliennes, gestion de réseau informatique… « Les activités ne manquent pas, mais on ne voit pas ça comme un travail, vu qu’on a la liberté d’arrêter à tout moment », explique Camille.
Avec une quinzaine de personnes, il est en train de finaliser une cabane de quatre-vingt dix mètres carrés à proximité d’un potager. Sur pilotis, avec isolation paille, enduits naturels, toit en ardoise et en tôle… cette habitation en bois construite en quelques mois a fière allure. Pourtant, presque aucun des ouvriers qui ont participé au chantier ne travaille dans le bâtiment. « Nous sommes tous menuisiers et tous architectes », lance l’un de ces candidats à l’autonomie avant de fixer au sol une partie du plancher.
Comme souvent dans cette école particulière, l’intelligence collective a fait son travail. Les visiteurs et les voisins bricoleurs y sont allés de leurs conseils pour éviter que le bâtiment ne s’enfonce dans le sol humide ou que la charpente ne s’effondre sous le poids des ardoises.
Et le tout avec peu de moyens. « Sur un chantier classique, tu achètes ton matériel en fonction de tes plans. Ici tu fais les plans en fonction des matériaux que tu as », explique l’un des bâtisseurs. Car le chantier n’a pratiquement rien coûté, la maison étant principalement fabriquée à partir de matériaux de récupération.
A l’école de la ZAD, chacun est tour à tour professeur et apprenant. Fred, boulanger de profession, est un bon exemple de cette porosité entre les rôles. Il a formé une dizaine de personnes à son métier en trois ans tout en se mettant à l’apiculture, à la fabrication de bières et de cidre artisanal et à la construction de maisons en paille. Mais il ne voit là rien d’extraordinaire : « Sur la ZAD, si tu cherches à faire quelque chose, tu trouveras forcement quelqu’un qui s’y connait et qui pourra te prêter le matos. Tu te rends compte qu’il y a plein de choses possibles ».
Se réapproprier les savoirs
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Source : reporterre.net