Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
Source : www.reporterre.net
Hervé Kempf et Lorène Lavocat (Reporterre)
jeudi 29 mai 2014
Pour remettre le projecteur sur la ferme-usine des Mille Vaches qui, selon eux, signe l’arrêt de mort des petits paysans, la Confédération paysanne a mené une action de démontage. Le gouvernement a choisi la réponse répressive : le porte-parole du syndicat, Laurent Pinatel, a passé la nuit de mercredi et à jeudi incarcéré, ainsi que quatre autres paysans.
Buigny-Saint-Maclou, Abbeville, Paris, reportage
Il est 4 h 30, ce mercredi 28 mai . Dans la nuit, trente cinq paysans sont levés, au siège de la Confédération paysanne, à Bagnolet, près de Paris. Les raisons d’un lever si matinal : ils vont mener une action de démontage de la salle de traite de la ferme-usine des Mille vaches, dans la Somme. Dans la cour, trois camionnettes et trois voitures. Deux vidéastes sont là, et un journaliste, de Reporterre. Un journaliste de France Inter rejoindra l’action sur les lieux. Après une rapide tasse de café, on embarque dans les véhicules avant cinq heures. Direction l’autoroute du nord. On file vite.
Arrivée vers 6 h 50 sur les lieux de la ferme-usine, sur la commune de Buigny-Saint-Maclou, en un terrain qui jouxte Drucat-le-Plessiel. Le jour s’est levé. Le crachin tombe. Personne, pas de vigile. Les véhicules tournent à gauche sur la route, s’avancent sur un chemin de terre. Les hangars de la ferme-usine sont maintenant bien avancés, le chantier a avancé rondement depuis septembre et une première action nocturne du syndicat paysan.
Les hommes et les femmes sortent rapidement, et franchissent un petit fossé pour aller sur le terrain boueux. Ils sont équipés de clés à molettes et de pinces. A travers les pièces vides d’un grand hangar au sol de béton, ils parviennent dans la grande salle de traite où, dès l’été, des centaines de vaches sont censées être traites tous les jours.
L’action est rapide, efficace, peu de mots sont échangés, tout le monde s’active : il s’agit essentiellement de déboulonnner, de démonter quelques pièces, qui seront acheminés à Paris pour être présentés aux ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie. Car ceux-ci, le jour même, doivent se retrouver pour célébrer… l’agriculture biologique. Les paysans agissent à visage découvert, ils assument leur action. Ils prennent soin de ne rien casser, ce n’est pas un saccage, mais un démontage. Les pièces sont défaites, pas brisées.
"Ce genre de projet va faire couler les petits paysans", explique Christian Rouqueirol, "en faisant chuter le prix du lait. C’est une logique folle où, plus c’est gigantesque, plus c’est rentable."
Presque tous les membres du secrétariat national du syndicat sont présents, pour marquer l’engagement fort, collectif et politique de la Confédération paysanne. Le porte-parole, Laurent Pinatel, est présent, mais il ne se livre pas au démontage.
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- Un élément d’un "compteur à lait" -
Il est 7 h 30. Les premiers salariés arrivent sur le site. Ils sont furieux. L’un d’entre eux se saisit d’un tuyau, un échange a lieu, vif, mais heureusement, on en reste aux mots.
Ecouter :
Sur le chemin d’accès, où d’autres membres de la Confédération paysanne ont porté les pièces, un autre ouvrier a avancé sur eux à vive allure, leur faisant peur et frottant un des véhicules. Un salarié prend des photos des démonteurs.
Dans le hangar, le démontage s’arrête. L’essentiel de l’action a eu lieu. Elle est racontée dans le journal de 8 h sur France Inter - et aussi sur Radio Aligre (à 20’), dans l’émission dont Reporterre est partenaire.
Quelques gendarmes arrivent. L’ambiance est calme. Des gendarmes photographes prennent des clichés de tout le monde.
Un gendarme se dirige vers quatre paysans et leur demande leur identité : apparemment, il les a reconnus sur des photos prises par des salariés. Mais pourquoi ceux-ci et pas les autres ? Un attroupement se fait, tous insistent pour qu’on prenne aussi leur identité : c’est une action collective, tous sont coupables, ou personne. Le jeune gendarme note les noms sur son carnet rayé.
Il y a maintenant beaucoup de monde, des gendarmes sur le chemin, où des bulldozers bloquent les véhicules des syndicalistes, et dans les hangars où, d’ailleurs, le travail reprend.
Les paysans se retrouvent sur le chemin, à côté des camionnettes - l’une est partie sur Paris, avec les pièces démontées - et sous l’oeil des forces de l’ordre.
Pendant ce temps, je vais parler avec Michel Welter, qui dirige le chantier et est, en quelque sorte, le porte-parole du projet de ferme-usine lancé par l’entrepreneur Michel Ramery. Il est furieux et ne cache pas sa colère. Lui-même était éleveur dans l’est de la France : "C’était 365 jours par an. J’ai voulu changer de vie, pour avoir du temps libre". Il s’insurge contre l’action de la Confédération paysanne : "Ce mode d’action, c’est, ’on n’est pas d’accord, on pète tout’". Il dit qu’"il n’a aucune idée des conséquences" de l’action du matin, "les conséquences, elles sont morales pour moi et mes collègues".
Il défend point par point le projet : le bien-être animal y serait mieux assuré que sur la majorité des fermes. La ferme-usine produira de l’énergie de méthanisation, "c’est à dire une énergie renouvelable". "On réduit notre consommation d’énergie, notre consommation de pesticides, notre usage d’antibiotiques". Quant au prix du lait qui sera fourni ici, il assure ne pas le connaître : "Le prix du lait varie tous les jours. En 2011, dans le dossier économique, nous avons dit que le coût de production était estimé à 25 centimes par litre. Mais depuis, le coût des aliments a monté, donc le coût de production aussi".
Il estime que, dans la région, les exploitations laitières disparaissent. "Si on n’avait pas fait ce projet, il n’y aurait plus que des cultures".
"Ce n’est pas notre faute si dans le pays, les éleveurs laitiers disparaissent. Si le lait est plus cher que les concurrents étrangers, on ne le vendra pas. Nous, on apporte une solution."
Le coeur du débat est là : s’adapter à un contexte international qui pousse à l’industrialisation de l’agriculture pour des coûts le plus bas possible,...
*Suite de l'article sur reporterre
Source : www.reporterre.net