On n’en parlera plus. Le Medef a envoyé ses estafettes avant de taper du poing sur la table et d’expliquer que le principe même de la loi était contestable et inapplicable dès lors que l’on entrait dans le monde des affaires.
Christine Boutin aime à rappeler qu’à ses yeux « il y a une loi supérieure à la loi de la République », ce qui constitue une extrapolation pouvant justifier n’importe quel putsch. Eh bien, pour le patronat, la loi du marché est supérieure à celle de la République, et l’on doit en rester là.
Pierre Moscovici,
nolens volens, a dû endosser un concept surréaliste apparu sous la présidence de Laurence Parisot, celui d’
« autorégulation ». Il faut laisser nos amis les grands patrons s’autoréguler à des niveaux de salaires qui feraient tourner la tête à n’importe quel chef d’entreprise petite ou même moyenne. Le Medef a même accouché d’un
« code éthique » (sic) autant respecté que la vérité par Jérôme Cahuzac. Ledit code a été béni par Pierre Moscovici, à charge pour les PDG de s’en tenir à une décence qu’ils ont toujours violé.
Certes, les scandales de ces dernières années ont incité à une (très) légère retenue, d’autant que les syndicats de salariés et les assemblées d’actionnaires demandent des comptes à ceux qui ont l’habitude de n’en rendre qu’à leurs pairs.
Mais il eût été souhaitable, juste, et nécessaire, d’en passer par la loi afin de mettre un minimum d’ordre là où règne le désordre de la finance folle, et d’en finir avec des pratiques (stock options, dividendes, retraites chapeaux) qui sont un défi à la justice. Comment peut-on faire du
« coût du travail » l’ennemi public numéro 1 quand le
« coût du capital » est considéré comme intouchable ?
Malheureusement, on en restera aux vœux pieux et aux bonnes intentions. Ce n’est pas vraiment une surprise.
Quand François Hollande choisit de rendre hommage à un Gerhard Schröder passé de l’hymne à l’austérité au conseil d’administration de Gazprom, où il est largement rétribué par Poutine, c’est un signe qui ne trompe pas. C’est la preuve que l’on a choisi de caresser dans le sens du poil la finance dénoncée sur les estrades de campagne électorale.
Maurice Lévy (Publicis), Carlos Ghosn (Renault-Nissan), Bernard Arnault (LVMH) Franck Riboud (Danone) et tous les prolétaires du CAC 40 pourront continuer à faire comme bon leur semble, en n’ayant de comptes à rendre qu’à leur conscience, laquelle n’est pas cotée en Bourse. Au mieux, ils verseront leur écot comme les bourgeoises d’antan donnaient la pièce aux pauvres, au sortir de la messe.
Naguère, du temps où Renault était encore installé sur les rives de la Seine, la gauche disait qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt. En préférant ne pas désespérer le Fouquet’s, le PS risque de perdre un peu plus de son crédit dans les couches populaires sans en gagner dans un grand patronat qui le considèrera toujours comme un intrus. C’est une forme de double peine.