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Source : rue89.nouvelobs.com
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Des Syriens à pied dans les débris de la ville de Deir Ezzor, le 4 janvier 2014 (Ahmad Aboud/AFP)
La seule certitude de la Conférence de paix sur la Syrie qui s’est ouverte ce mercredi à Montreux, près de Genève, c’est qu’elle ne suffira pas à ramener la paix dans ce pays martyr.
Les plus optimistes y verront le début d’un processus pouvant éventuellement déboucher sur la paix, sur une paix hypothétique dont on voit mal les contours à ce stade.
Les plus réalistes savent que des millions de Syriens vont souffrir un deuxième hiver de privations, de froid, de souffrances, de peur, de mort.
Ces conclusions sont hélas le constat de la partie de dupes qui se déroule autour de la table et dans les coulisses de cette conférence convoquée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dont le mandat restera marqué par l’impuissance désespérante de l’organisation mondiale face au conflit central de ce début de siècle.
La liste des participants est d’abord significative par le nombre et la qualité de ses absents :
A la veille de l’événement, un rapport accablant est venu saper un peu plus les fondements moraux de cette conférence qui réunit les bourreaux et les victimes.
Ce rapport [PDF], réalisé par trois anciens procureurs internationaux sur la base du témoignage d’un ancien geôlier, accuse Damas d’avoir systématiquement recours à la torture dans ses prisons. Le document de 31 pages a été publié lundi par CNN et The Guardian : il contient des images de corps portant des marques de lacérations, de strangulation ou d’électrocution, des visages sans yeux et des corps affamés dont la plupart montrent des signes de torture.
Les auteurs du rapport affirment disposer de 55 000 images d’au moins 11 000 victimes, mortes entre mars 2011 et août 2013. Ils les ont obtenues grâce à un policier militaire qui travaillait secrètement pour l’opposition. Identifié sous le pseudonyme de « Caesar », l’homme affirme avoir été photographe pour la police militaire, avant de faire défection. Sa mission, dit-il, était de prendre des images des cadavres.
La publication de ce rapport 48 heures avant Genève 2 n’est pas fortuite. Le rapport a été commandé par un cabinet d’avocats londonien agissant pour le Qatar, très engagé dans le soutien à l’opposition syrienne. Mais ses auteurs sont des juristes à la réputation internationale incontestable, et la documentation produite est accablante.
Elle peut servir de base à des poursuites contre les principaux dirigeants syriens et les responsables de la sécurité du régime pour « crimes contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale. Une menace qui pèse sur Bachar el-Assad et son entourage même si la communauté internationale a gardé cette « carte » en réserve jusqu’ici.
Mais peut-on négocier avec un pouvoir qui s’est rendu coupable de telles atrocités ? Ainsi posée, la question est dans le registre de la morale, pas de la diplomatie qui, on le sait, obéit plutôt au registre du cynisme.
Il y a encore un an, les dirigeants occidentaux, la France en tête, misaient sur un départ rapide de Bachar el-Assad, face à la montée de la rébellion. L’optimisme a cédé la place à un sentiment croissant d’impuissance face à la résilience du régime et de ses alliés (Russie, Iran, Hezbollah..), aux divisions de l’opposition, et à l’incapacité à définir une stratégie cohérente pour les « Amis du peuple syrien ».
L’épisode des « frappes punitives » qui n’ont pu avoir lieu à la fin de l’été, après l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, a assurément constitué un tournant, laissant les plus va-t-en-guerre des Occidentaux, là encore la France en tête, orphelins d’une action plus déterminée.
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Bachar el-Assad dans son Palais de Damas le 19 janvier 2014 (Photo de l’agence syrienne SANA, via AP/SIPA)
L’administration Obama en a décidé autrement, jugeant plus sage de s’entendre avec la Russie à la fois pour détruire l’armement chimique syrien, processus en cours en ce moment, et pour relancer le processus de Genève 2, amorcé avant l’été mais resté lettre morte.
Parallèlement, le rapprochement avec l’Iran avec l’accord nucléaire esquissait une redistribution possible des cartes au Moyen-Orient, remettant Téhéran dans le jeu comme contrepoids au djihadisme sunnite.
A l’arrivée, il n’y a donc plus guère que la France pour proclamer quotidiennement que le départ d’Assad est à l’ordre du jour, avec la création d’un « gouvernement de transition » excluant l’actuel Président.
A son arrivée à Montreux, mercredi, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, convenait que « la seule solution au drame en Syrie est une solution politique, et non une solution militaire ».
Il ajoutait au micro de BFM-TV :
« La vraie conférence va débuter dans deux jours, lorsque l’opposition modérée, que nous soutenons, et des représentants du régime commenceront à discuter. C’est à ce moment-là que cela peut avancer ou capoter.
Si cela capotait, ce serait le drame parce que ça signifierait que les tueries continueraient. Il faut à la fois avancer pour construire ce gouvernement de transition et en même temps prendre rapidement des mesures de confiance, c’est-à-dire des mesures humanitaires et de cessez-le feu. Notre effort va porter sur ces deux aspects. »
Autant dire qu’un miracle est improbable, et que Genève 2 n’a guère de chances de mettre fin au calvaire des Syriens. La poursuite du malheur des Syriens sera aussi la honte de la communauté internationale.
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