Le journaliste de France 2 nous précise aussi que Moftah Missouri conteste avoir « démenti » les révélations de Mediapart comme Le Figaro l’avait écrit à l’époque. « Missouri nous a dit que Le Figaro avait fait une extrapolation de ses propos, poursuit Tristan Waleckx. Comme c’est quelqu’un de prudent, il avait dit qu’il n’avait pas vu les mallettes, et c’est devenu un démenti formel. Pour lui, c’était clairement de la part du Figaro une déformation de ses propos, coupés au bon endroit ».
Ce témoignage de Moftah Missouri intervient alors que l’affaire s’est judiciarisée. Alors qu’en 2012 une enquête préliminaire avait été ouverte sur plainte de Nicolas Sarkozy contre Mediapart pour « faux », une information judiciaire a été ouverte sur les faits de financement illicite de la campagne de l’ancien président par le régime libyen, le 19 avril, pour « corruption active et passive », « trafic d'influence », « faux et usage de faux », « abus de biens sociaux », « blanchiment, complicité et recel de ces délits ».
La perquisition du domicile de Claude Guéant, le 27 février, est à l’origine de ce rebondissement. Selon L’Express, des « notes manuscrites à entête du ministère de l’intérieur » relatives aux dossiers libyens ont alors été saisies. Elles viennent s’ajouter à l’importante documentation de l’intermédiaire Ziad Takieddine, écroué le mois dernier, et les nombreuses notes adressées à Guéant, qui prouvaient déjà l’existence de préparatifs financiers secrets sur fond de ventes d’armes au régime de Kadhafi.
A l’exception de Bachir Saleh parti en Afrique, et de Moussa Koussa, réfugié et semi-clandestin au Qatar, les hommes clé de l’affaire sont entre les mains du nouveau régime libyen : Saïf al–Islam Kadhafi, l’ancien premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi, et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services spéciaux libyen.
Avant d’être extradé de la Tunisie vers la Libye en 2012, Baghdadi al-Mahmoudi avait déclaré devant la cour d’appel de Tunis, avoir lui même « en tant que premier ministre, supervisé le dossier du financement de la campagne de Sarkozy depuis Tripoli ». « Des fonds ont été transférés en Suisse et Nicolas Sarkozy était reconnaissant pour cette aide libyenne et n’a cessé de le répéter à certains intermédiaires », avait-il précisé.
Interrogé le 18 juillet 2012 lors d’une conférence de presse à l’Élysée, François Hollande a déclaré qu’il « regrettait » l’extradition de Baghdadi al-Mahmoudi, précisant qu’il y avait « sûrement des informations à obtenir qui seraient utiles pour connaître un certain nombre de flux».
Les langues se délient en Libye également. En septembre, à la question d’une journaliste du Point sur un éventuel financement de Nicolas Sarkozy par le régime Kadhafi, l’ancien président libyen (qui a démissionné fin mai), Mohamed Youssef el-Megarief, a répondu : «Cela ne me paraît pas impossible».
Un ancien responsable des services secrets extérieurs du Conseil national de transition (CNT) libyen, Rami el-Obeidi, a affirmé au Daily Telegraph et à Mediapart que la mort de Kadhafi, dans les heures qui ont suivi son lynchage par la foule, le 20 octobre 2011, à Syrte était liée à « la menace d'une révélation d'un financement de la campagne de Sarkozy en 2006-2007 ». Selon lui, Mouammar Kadhafi aurait été exécuté par un agent français.
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- Complément d'enquête, diffusé ce soir à 22h15 sur France 2.
- Claude Guéant : le préfet était presque parfait, un reportage de Romain Verley, Tristan Waleckx, Philippe Maire et Frédérique Prigent