Abusés par le discours financier des courtiers anglo-saxons, les Richard Ellis, Jones Lang LaSalle ou Knight Frank, qui leur ont fait miroiter des retours sur investissement en or massif – une entreprise, ça paye mieux qu'un smicard -, bon nombre d'élus franciliens se retrouvent frappés d'une double peine : un excès de bureaux et une pénurie d'appartements. Transformer les premiers en seconds ? Les promoteurs n'y sont pas hostiles à condition, disent-ils, de bénéficier d'exonérations fiscales (la création de parties communes leur fait perdre de la surface vendable). Le patron d'Altarea Cogedim, Stéphane Theuriau, qui chiffre à 5 millions les mètres carrés de bureaux franciliens en trop, évoquait récemment dans un bulletin professionnel la piste d'une « prime à la casse », comme dans le secteur automobile.
Mais, si l'Etat consent à cette fleur fiscale, il est en droit d'imposer du logement social, non ? Et là, allez comprendre, les propriétaires trouvent l'idée beaucoup moins séduisante ! Du coup, ils préfèrent garder leurs locaux en l'état, dans l'attente de jours meilleurs. Les charges sont lourdes, mais toujours moindres que pour un immeuble d'habitation.
Début 2011, le député socialiste de Paris Christophe Caresche avait mis les pieds dans le plat, en réclamant l'instauration d'une taxe sur les bureaux vacants dans la capitale, après un an d'inoccupation. Son collègue de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg, a enfourché le même cheval de bataille lors de la dernière discussion budgétaire. En vain : sa proposition, qui ne visait pourtant qu'à taxer les constructions à venir, et pas le stock existant, a été écartée par le gouvernement. « Si l'on continue à déséquilibrer Paris en parquant les habitants au nord et à l'est et les entreprises à l'ouest et au sud, on va au-devant de gros problèmes de transports et de qualité de vie, qui risquent de nuire gravement à la compétitivité de l'Ile-de-France », prévient cet élu. La grande loi sur le logement annoncée par Cécile Duflot pour le premier semestre de cette année devrait relancer le débat. A moins que la ministre, plus prompte à taper sur l'épiscopat que sur les géants de l'open space, ne se trompe une fois encore de combat.