Les amis du blog habitant l'île de Syros m'ont fait part d'un appel émanant de l'Espace social d'autogestion d'Ermoupolis, car jeudi et vendredi, ainsi que le mardi 3 juillet, on va collecter des denrées alimentaires à destination de l'établissement public de santé mentale de l'île de Leros. J'avais déjà évoqué ce drame dans un article du blog, hélas, l'appel précise que les médecins s'adressent dans l'urgence (et sans succès pour l'instant) au ministère de la Santé, car depuis le 5 juin, les malades ne sont plus nourris. Mon ami S.P. l'instituteur n'était pas au courant, mais il assure qu'en Thessalie aussi la situation s'est considérablement dégradée depuis Noël. Il ne s'est pourtant pas déplacé aux urnes le 17 juin : «Je ne voulais pas voter Tsipras, ils sont dangereux ces gens de Syriza, ils arriveraient au pouvoir pour devenir riches comme les autres... mais je préfère les autres, il nous garderons dans l'euro et mon salaire déjà amputé de moitié certes, sera versé au moins. A l'école, les enseignants ont pourtant voté Syriza ou l'Aube dorée, le directeur d'une école voisine a même hésité entre les deux, il a apprécié le programme économique de Syriza, mais comme il ne voulait plus voir les immigrés dans son quartier, il a finalement opté pour l'Aube dorée, étrange non ?» «Etrange», sans commentaire !
Les résultats locaux confirment les tendances nationales. Tel un ex-employé et ex-paysan au chômage élevant ses poules, cultivant ses tomates et ses illusions perdues, à 55 ans, il a voté Aube dorée pour la première fois en juin : «C'est pour qu'ils fassent leur entrée au parlement mais durablement... et ainsi casser la gueule à tous ces voleurs», a-t-il expliqué. Petite bourgade paisible : 1361 inscrits et 808 votants le 6 mai. Résultats : Nouvelle démocratie 203 (26%), Syriza 105 (13,44%), Gauche démocratique 132 (17%), KKE 129 (16,52%), Pasok 60 (7,68%), Grecs indépendants 38 (4,87%), Laos 25 (3,2%) et Aube dorée 24 (3,07%).
Et en juin, 789 votants et les résultats suivants : Nouvelle démocratie 291 (37,2%), Syriza 182 (23,3%), Gauche démocratique 57 (7,3%), KKE 90 (11,52%), Pasok 52 (6,6%), Grecs indépendants 32 (4,1%), Laos 12 (1,54%) et Aube dorée 41 (5,25%). Disons un village très tendance, comme le reste du pays. Ailleurs par contre, Syriza est arrivé en tête, comme dans la plupart des Cyclades et en Crète par exemple.
Dans les cafés de Karditsa, au département voisin, la doxa du «pays réel» approuve largement la baffe de Kasidiaris : «Je crois que cet épisode a largement contribué au renforcement de l'Aube dorée et non pas à son contraire, malheureusement», a expliqué une habitante de cette ville. Puis, après un bref silence, une hésitation passagère, elle rajouta : «Tu sais, il y eu dispute avec mon frère, il est policier. Il prétend que Syriza sème le désordre dans les manifestations, tandis que les types de l'Aube dorée aident la Police dans sa mission». Aristide, frère de Mina, policier, gagne mille euros par mois et vient de faire installer le GPL à sa voiture.
En Thessalie aussi les seules nouvelles boutiques font dans l'achat d'or, le dépôt-vente et le GPL. Même les pastèques sur le marché n'ont plus tellement la cote. Seul le football retient désormais les hommes au café. Jeudi soir, l'Italie l'emportant 2-1 contre l'Allemagne grâce à un doublé de Mario Balotelli et tous les Grecs ont crié «victoire». Mais pour les Allemands, pas d'eurobonds sans union fiscale. Epoque Art déco ?