J'ai remarqué que cet appel n'était pas signé, intéressant! Une dernière affichette, posée à l'intérieur d'une voiture et montrant une photo de la chambre des députés, exprimait ceci : «
Vous avez volé mon argent, le sourire de mes enfants, le rêve et l'espoir de mes petits enfants ». Et le défilé a démarré avec les écoliers. Devant la mairie, une grande banderole reprend le texte de la dernière affichette en y ajoutant : «
Vous avez volé à nous Grecs, notre patrie », ainsi qu'une signalétique bien connue de l'UE. fut accompagnée du texte suivant : «
Union Européenne Allemande ». Cette banderole fut par contre signée par « l'
Union des Associations Culturelles de Rhodes ».
Sur fond d'architecture datant de l'ère mussolinienne, une banderole bien remarquée par tous explicite le lien à travers l'imaginaire populaire entre la commémoration, et le présent : «
À l'époque c'était le fascisme des Italiens, maintenant c'est le fascisme des banques », cette banderole a été plébiscitée par des applaudissements fréquents.
Devant l'estrade des officiels les manifestants se mêlent aux spectateurs. Ils crient leur indignation, le personnel politique, députés et élus régionaux sont insultés durant un long moment. Soudainement, les barrières tombent et la foule se lance contre les officiels, interrompant ainsi le défilé. La police intervient mais d'abord sans violence vis à vis des manifestants, juste pour laisser le temps aux hommes politiques. Évidemment, ces derniers vont rapidement se diriger vers le bâtiment situé derrière, montant les escaliers sous les insultes et les bouteilles d'eaux lancées par certains manifestants. Un grand et bref moment expiatoire, pratiquement préparé car prévisible, presque un rituel.
Un élu a fait le bras d'honneur à l'encontre de la foule, renforçant les traits de notre dramaturgie du jour. Peu de gens ont exprimé du mécontentement, tel un homme âgé : «
Moi je suis là pour voir défiler mes petits enfants, vous m'emmerdez espèce de communistes », mais aussitôt plusieurs personnes l'on fait taire : «
Quels communistes ? Tu ne vas pas bien, ils veulent nous diviser, ici nous sommes tous unis contre les voleurs » et l'homme n'a pas insisté. Mais si effectivement cela relève désormais du rituel expiatoire, il faut alors inventer autre chose, car ce n'est pas vraiment par le rituel qu'on arrive d'habitude à la praxis politiquement efficace, au-delà de toute signification symboliquement certes forte et tout à fait réelle.
En tout cas, seuls les militaires, les élus locaux et les dignitaires de l'Église sont restés à leur place, car les manifestants n'ont pas montré d'autre hostilité. Ces derniers, ont même reculé pour permettre à la fanfare militaire de prendre place. Ensuite, le défilé s'est poursuivi avec les militaires, très applaudis par tout le monde il faut dire. Deux ou trois personnes ont alors crié : «
Nous voulons l'armée maintenant » mais le gros des manifestants n'a pas repris le slogan. Vers la fin, un manifestant a ainsi commenté : «
C'est un peu du cinéma tout cela, c'est dans les urnes qu'il faut se montrer efficace votant à gauche » mais personne n'a prêté attention, peut-être, parce qu'au même moment devant le bâtiment de mairie des jeunes se faisaient interpeller par les policiers, et toute la foule a couru derrière.
«
Ils n'ont rien dit d'insultant, rien fait non plus — a crié une jeune femme
— j'étais à proximité, j'ai tout vu, les flics, les ont arrêtés au faciès, ces jeunes ont la coiffe des Iroquois, le pouvoir montre ses dents, salopards... la maman d'un de ces garçons a exigé des flics qu'on laisse son fils, puis quelqu'un, un policier en civil peut-être, lui a répondu — Madame nous ouvrirons les îles pour les déportés politiques comme jadis et nous vous réserverons une bonne place — n'importe quoi... » !
Une partie de la foule s'est dirigée vers le poste de la police pour ainsi faire libérer les manifestants interpellés. Ils ont été relâchés sauf deux, ils seront déférés devant le parquet demain jeudi car selon le communiqué de la police «
ils ont violemment poussé les barrières, un agent a été blessé, ils ont troublé l'ordre public et en plus, un couteau a été trouvé sur une personne interpellée ».
La journée fut ainsi belle et ensoleillée, les terrasses des cafés se sont vite remplies après le défilé, les chats de Rhodes, tous originaires de Chypre sont sortis aussi prendre le soleil, et les cargos au large, imperturbables, poursuivaient leur route.
«
À l'année prochaine mais libres », a souhaité un homme, à sa compagne, quittant la place de la mairie. L'année prochaine, elle est loin...
Retrouvez Panagiotis Grigoriou sur son blog.