Mais à Rhodes, on sait faire aussi dans la diachronie à travers l’identité égéenne et méditerranéenne, par ses métamorphoses culturelles depuis les temps anciens, alors toujours visibles. Puis, comme pour Elytis, le poète, la mer Égée renvoie à l’éternité, une « mer perpétuelle », et on peut comme lui, penser au « soleil et [aux] années, qui viendront sans nous, porter déjà le deuil et chanter celles, qui déjà sont passées, si cela est réel ».
Pourtant, et avant toute éternité, comme il faut bien lutter pour la vie... sous « l'éternité » de la dette souveraine, on peut aussi juger finalement opportun, que de préparer ses bagages pour l'Australie, et pour les années qui viendront encore heureusement avec nous, et... avec tous les automates de la terre réunis, qui nous sont alors tombés sur la tête.
Comme ces deux amis entre eux, en train de pêcher, rencontrés sur la plage au nord de la ville, à l'heure du passage du ferry en provenance du Pirée : « Nous nous mordons la queue sur le tourisme je crois. Nous nous gargarisons le vinaigre de la globalisation à travers la gorge. Les touristes viendront et paieront encore moins cher, quelques dizaines d'euros au mieux, pour une pension complète dans les hôtels étoilés donnant sur la baie. Ces mêmes hôtels qui nous réclament à nous, les autochtones, 80 euros par nuit et sans pension. Donc, pour faire venir nos amis d'Athènes désirant séjourner à l'hôtel, c'était l'été dernier, nous avions réservé et réglé nos factures par Internet, via les tour opérateurs de Londres. Mon épouse est au chômage, elle sera peut-être embauchée dans un hôtel, et encore, il faut activer notre réseau, nous ne sommes plus très jeunes voyez-vous, puis, elle travaillera pour combien, 500 euros pas mois, 12h par jour ?
Moi même, je suis employé dans l'administration locale, mon salaire est ramené à 900 euros, nous avons deux enfants... Ma sœur vit en Australie, nous pensons éventuellement partir mais si possible, après l'été. Nous hésitons encore, car nous étions heureux chez nous, c'est notre île, nous l'aimons, puis, paraît-il que Rhodes c'était de la Grèce riche qu'en pensez-vous ? Nous avons vu à la télé qu'à Salonique des gens ont faim, Papadémos et les autres, nous ne voulons plus les voir, notre pays est si doux et eux, ils sont tellement durs, au diable tous ».
D'autres par contre, ne partagent pas cet avis. Des universitaires par exemple, fréquentant les cafés branchés de Rhodes, lecteurs parfois assidus de la presse gouvernementale, se plaignant ainsi de la baisse de leurs salaires, ceci-dit, ils espèrent encore, «préparer la retraite pour bientôt, si possible bonne, c'est à dire, mille deux cent euros, plus un complément ». Ni lutte, ni indignation, chez certains d'entre eux en tout cas, autrement-dit, le sort de la Grèce raconté comme une mauvaise météo, puis, retour aux petites affaires de la faculté, la résistance finalement en option, facultative.