Ainsi, dans une publicité dont tout le monde parle, le héros, vendeur de sandwichs, interroge son client sur les ingrédients à ajouter, à part la saucisse «
tout en marquant des buts contre la faim ». C'est un vendeur ambulant, servant sa clientèle depuis un stand posé devant un stade, son enseigne commerciale portant le nom de «
thérapeute de la faim ». Il représente aussi l'engouement pour ces formes de restauration bon marché, qu’on ne retrouve pas que devant les stades. Avant la déferlante des Troïkans, les publicitaires utilisaient des plans tournés dans les restaurants, mais ce n'est plus une pratique courante compte tenu du contexte actuel.
La
vidéo se poursuit par un dialogue assez croustillant. On laisse entendre que le sympathique client n'a plus de relation amoureuse, mais c'est sans doute parce qu'il n'a pas de chance, et ainsi, il reçoit les encouragements du vendeur car «
t'en fais pas mon vieux, toi, t'es beau mec ».
Et peu importe, si on suggère à la fin, d'opter pour l'opérateur de téléphonie qui a produit ce spot, bien que le produit lui même n'apparaisse pas une seule fois dans la pub. Voilà donc pour le renversement des valeurs. Le collectif est à la page, même si les actes ne suivent pas encore fidèlement les paroles.
Dans les médias, on s'interroge sur le succès de ce spot publicitaire. Stavros Theodorakis, éditorialiste et journaliste pour les secteurs de la presse écrite et de l’audiovisuel, parle d’une improvisation partielle lors du tournage. D’où le «
t'en fais pas mon vieux, toi, t'es beau mec ». Une réplique du vendeur, incarné par Manolis Mavromatakis, un excellent acteur qui se produit au Théâtre national, mais qui par le biais de la publicité, rechercherait à financier son prochain film. «
Il suffirait qu'un homme, venu de nulle part, prononce ainsi la phrase-clef qui nous emportera aussi en politique, raflant toute la mise, en dépit des scenarii des formations politiques supposées existantes », écrit
Stavros Theodorakis.
Improvisation partielle ou pas, je préfère m'attarder la dernière phrase du vendeur: «
je vis dans un rêve, ne me réveillez pas. » Auto-dérision et ironie sont de mise, tandis que le code vestimentaire renvoie à la classe « dominante », dans les faits, la classe populaire. On y suggère alors sobriété, pauvreté (relative, pas miséreuse), malchance et ambiguïté, dans la notion de rêve et dans celle qui sous-entend l'action/inaction («
ne me réveillez pas »). Mais avant tout, ces personnages incarnent l'humour et donc, la richesse. Non pas matérielle, mais relationnelle, valeur sûre finalement, tout comme l'échange, et l'encouragement. Ce qui reste en somme positif, dans un pays ravagé par la bancocratie et par ses propres errements.
Un certain individualisme devient alors condamnable, encore que ... En tous cas, nous sommes ailleurs. Dans une optique bien différente de celle d’un passé encore très récent. Agir collectivement, s'entraider et ne plus avoir le droit de rêver sur l'avenir. Voilà que nous nous découvrons enfin membres du club. Non pas celui des « puissants » de la zone euro, comme nos hommes politiques nous le rabâchaient depuis dix ans, mais de l'autre, si grand et ouvert, des 80 % de l'humanité, vivant dans la cité du rêve interdit. Les chiffres utilisés par la presse cette semaine font état de 1700 suicides attribués à la crise depuis 2010. On constate aussi près d’un décès par jour chez les sans domicile fixe ces derniers jours d’hiver. Et ces politiques toujours là.