Un gage de sérieux ou la confiscation du pouvoir par des technocrates « éclairés » ? C’est la question qui se pose après la nomination des 17 ministres du gouvernement Monti en Italie. Sans que l’une des propositions ne soit nécessairement exclusive de l’autre. La composition du gouvernement a surtout des allures de cellule de crise. Le PDG d’une banque au développement économique, une avocate à la justice, une préfète à l’Intérieur, un amiral à la Défense, une économiste aux retraites, un ambassadeur aux affaires étrangères, un professeur d’histoire du christianisme à l’intégration, Andrea Riccardi, fondateur de la très influente Communauté de Sant'Egidio, institution de l'Église. Enfin, un ancien recteur à l’éducation. La dream team de la technocratie.
Des techniciens, véritables managers d'Etat, reconnus pour leurs compétences, qui ne se feront pas tirer l’oreille pour appliquer au plus vite les mesures d’austérité préconisées par les organisations mondiales et européennes.
Mais, précisément, c’est cette Europe de technocrates construite trop vite, à l’abri des peuples, caractérisée par la fuite en avant de l’élargissement, avec cet euro pour totem, qui s’effondrent sous nos yeux. Une Europe de technocrates auxquels les nations européennes apportaient jusque là précisément un peu de la légitimité politique que Bruxelles n’était jamais parvenue à obtenir.
Dès 2004, Marcel Gauchet pointait cette dérive dans un texte intitulé Le problème européen : « En se développant, l’Europe politique a changé de nature, d’une manière qui eût exigé de repenser son objet et les institutions adéquates à son dessein. En n’assumant pas cette transformation et en s’acharnant à enfermer le nouveau dans le corset de l’ancien, elle est devenue un carcan anti-politique, ne répondant à aucune des attentes que les peuples placent dans une communauté politique et secrétant la désorientation et l’anxiété ».