Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
| 30.01.12 | 11h16
Le régime syrien semble avoir lancé, depuis la semaine dernière, une vaste offensive contre les places fortes de la contestation dans la province de Damas-campagne, mais aussi à Hama et à Homs, où Le Monde a pu rendre compte du massacre d'une famille, jeudi 26 janvier, dans le quartier de Nasihine. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), les violences ont causé 80 morts dimanche, dont la moitié sont des civils.
>> Voir les images du reportage Au centre de santé de Karam Al-Zaitoun, après la tuerie
Cette offensive sécuritaire vise à endiguer la montée en puissance des milices rebelles, réunies sous l'appellation d'"Armée syrienne libre" (ASL). Composées de civils armés et de déserteurs de l'armée régulière, ces cellules manquent d'à peu près tout, à commencer par une chaîne de commandement. Néanmoins, avec l'accélération des défections et la multiplication des saisies d'armes, les insurgés gagnent en efficacité.
Les quartiers des banlieues Est et Nord de Damas où des affrontements ont lieu depuis samedi.
Il y a une dizaine de jours, dans la ville de Zabadani, à l'ouest de Damas, des combattants ont tenu tête pendant cinq jours aux soldats venus les déloger. La présence des observateurs de la Ligue arabe n'est peut-être pas étrangère à la trêve consentie alors par les autorités syriennes, qui a permis à l'ASL de se retirer en bon ordre de Zabadani. Reste un fait indéniable: la fréquence des attaques contre les loyalistes ne cesse de croître, de même que leurs pertes.
Dimanche 29 janvier, 16 militaires ont été tués dans deux attaques distinctes: 10 dans l'explosion d'une bombe au passage de leur convoi à Kansafra (nord-ouest); 6 autres tués à Sahnaya, près de Damas, dans une embuscade.
Pour Haytham Al-Manna, un responsable du Comité national de coordination pour le changement et la démocratie (CNCD), la plateforme d'opposition rivale du Conseil national syrien (CNS), cette militarisation mène à une impasse. "On voit actuellement la réponse militaire à Zabadani, dit-il. La présence d'hommes armés parmi les manifestants, au lieu de les protéger, ne fait qu'accroître le nombre de victimes. Le régime profite du fait que l'attention est tournée sur New York et que les observateurs sont réfugiés dans leur hôtel. Même s'ils ne peuvent pas faire grand-chose, il est urgent qu'ils se redéploient. Quand ils étaient sur le terrain, il y avait des tirs de snipers, des confrontations isolées, mais pas d'attaques aussi massives."
La recrudescence de la violence a, en effet, poussé la Ligue arabe à suspendre samedi sa mission d'observation commencée le 26 décembre. Damas a "regretté" cette décision visant à "augmenter les pressions en vue d'une intervention étrangère", alors que des pays européens et arabes ont l'intention de présenter un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU cette semaine. Le texte reprend le plan de la Ligue arabe, refusé par Damas, prévoyant un transfert du pouvoir du président Assad au profit de son vice-président, Farouk Al-Chareh, la mise en place d'un gouvernement d'union nationale et l'organisation d'élections libres.
e chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait été le premier à évoquer un règlement de la crise syrienne "à la yéménite".AP/Misha Japaridze
Après des mois de blocage dus aux veto de la Russie surtout, et de la Chine, fermement opposées à toute intervention étrangère en Syrie, c'est une tentative de trouver une solution négociée. "Demander le départ de Bachar Al-Assad comme préalable était une erreur, concède un diplomate européen. Sa démission ne peut qu'être l'aboutissement du processus." La France a été à la pointe de cette stratégie offensive, qui n'a pas donné de résultats: Alain Juppé, qui avait évoqué en novembre des corridors humanitaires, a reconnu qu'il n'avait aucune idée sur les moyens de les mettre en œuvre.
Encouragés par la France, la Turquie et le Qatar, dont l'émir a appelé à l'envoi de troupes arabes en Syrie pour protéger les civils, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a lui aussi tout misé sur une internationalisation. En vain. Il faut probablement chercher la raison de ce maximalisme dans le défaut de légitimité de l'opposition en exil, qui répercute les demandes des manifestants plus qu'elle ne les dirige. Le président du CNS, Burhan Ghalioun, est parti à New York afin de tenter de convaincre Moscou de ne pas s'opposer au nouveau projet de résolution.
Les diplomates arabes et occidentaux se perdent en conjectures sur les intentions réelles de Moscou. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait été le premier à évoquer un règlement de la crise syrienne "à la yéménite", c'est-à-dire par une mise sur la touche en douceur du président. C'est ce que propose le plan de la Ligue arabe. Mais Moscou, qui a condamné la suspension de la mission des observateurs arabes, fait aujourd'hui savoir qu'un appel à des "sanctions" et à un "changement de régime" étaient des lignes rouges. La Russie cherche-t-elle à gagner du temps pour son dernier allié au Proche-Orient ?
Christophe Ayad et Benjamin Barthe