Je vous apporte des croissants tout chauds, de la Défense, coeur du système financier parisien. Je veux parler des nouvelles des Indignés, ou ce qu'il en reste, installés, c'est beaucoup dire, sur le parvis , au milieu des tours et des lumières de Noêl.
Voilà quelques semaines qu'ils prêchent dans le désert, face à la foule indifférente, dans le froid, les courants d'air à travers la Grande Arche. Leur combat semble sans avenir, mais c'est bien ce monde artificiel, ce royaume factice tout autour qui sent bien que la fin est proche de cet insupportable accaparement des richesses mondiales par une minorité invisible.
Les interrogations de ces gavroches sans peurs et sans reproches sont légitimes…et comment !! Jeunes pour la plupart, ils tentent d'intéresser les passants, croyant pouvoir détourner les yeux des gens honnêtes, ils n'ont pas compris qu'ils sont en guerre avec les suppôts inconscients, que les passants sont des pions d'un système, les soldats aux ordres de la matrice sociale.
Les autres endimanchés ne sont pas à l'abri du besoin mais préfèrent ne pas lever le regard sur leur avenir, la priorité est de commencer les achats de Noël, il sera bien temps après de jouer à cache cache avec Pôle emploi. Les passants ne sont pas des chômeurs et ne sont pas les plus à plaindre des salariés. Certains très bien payés ont acquis un statut les mettant à l'abri du besoin, haut perchés dans la hiérarchie, ils bénéficient de l'iniquité ambiante, certains de ceux-là s'arrêtent pour tailler une bavette avec ces blancs-becs qui osent rêver d'un futur meilleur.
Un ancien soixante-huitard me confie : “Être de gauche à vingt ans, c'est bien, être de gauche à cinquante, c'est con, c'est qu'on a rien compris”, ce Monsieur poursuit en défense du nucléaire : “Je suis écolo et pour le Nucléaire, le nucléaire c'est des emploiset ça n'a jamais tué personne. Il lâche tout de même, j'ai peur de l'effet de serre, alors je suis à fond pour le nucléaire. De Marjorie le patron de Total est un gars bien et qui ne pense pas seulement à gagner du fric. Il y a des millions de gens qui ne pensent pas qu'à gagner du fric.”
Les jeunes eux, transis s'enhardissent, un tel énergumène leur redonne quelques chaleurs, ils en ont bien besoin, l'humidité s'empare des lieux, le centre commercial continue de déverser ses colonnes de fourmis acheteuses.
L'un deux dépité m'avoue :”On est en contact avec les anars, on leur a prouvé qu'on était pas des rigolos, mais au lieu de venir nous aider ils préfèrent rester chez eux devant la télé.”
La France révolutionnaire montre ici un triste visage, il reste un petit village gaulois, qui résiste au gré des doutes et des silences gênés de la République dite libérale. Face à eux les tentes bien rangées, aux toits pointus, boutiques éphémères d'une fête dérisoire, ressemblent aux tentes des légions romaines, dressées comme pour signifier l'Etat de guerre.
Les CRS se montrent magnanimes, ils prennent soins de noyer le poisson, ici, point n'est nécessaire d'employer la méthode musclée, ou d'évacuer ces sympathiques trublions, il se pourrait même que l'image d'un Etat compréhensif vis à vis de la misère qui s'exprime soit un bon point à quelques encablures de l'échéance électorale.
La finance ne veut pas montrer son vrai visage, à la Défense, interdit d'interdire, Défense de crever.
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