L’Autorité de la concurrence a frappé Sanofi-Aventis d’une amende de 40,6 millions d’euros pour "abus de position dominante", a-t-on appris mardi 14 mai. Ce qui est reproché au laboratoire français ? Avoir mené auprès des médecins et des pharmaciens une "stratégie de dénigrement" à l’encontre des concurrents de son produit phare, le Plavix, 4e médicament le plus vendu dans le monde jusqu'en juillet 2008, date d'entrée sur le marché de ses équivalents génériques.
L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. "Sanofi-Aventis a mis en œuvre une stratégie de communication globale et structurée dont l’objectif était d’influencer les médecins et les pharmaciens afin d’enrayer le mécanisme de substitution générique", explique-t-elle. De sorte que les médecins écrivent "non substituable" sur leurs ordonnances de Plavix, et que les pharmaciens ne remplacent pas le médicament breveté par une molécule concurrente... sauf par le Clopidogrel Winthrop, générique fabriqué par... Sanofi-Aventis !
Coût pour l'assurance maladie du remboursement du Plavix en 2008 : 625 millions d’euros. Pour protéger son produit phare, le laboratoire pharmaceutique a employé des méthodes peu conventionnelles décrites dans le rapport de 120 pages de l'Autorité de la concurrence.
La Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a recueilli des informations auprès de travailleurs salariés. Ainsi, dans la région de Champagne-Ardenne, le comportement de Sanofi est ainsi décrit :
En Midi-Pyrénées, voici ce qui remonte à la Cnam :
En Nord-Pas-de-Calais :
Dans deux pharmacies de la même région, Sanofi a avancé que "donner un générique peut provoquer des hémorragies du patient", indique une déléguée de l'assurance maladie.
Dans le rapport de l'Autorité de la concurrence, ce type de témoignage s'accumule. Les enquêteurs ont notamment recueillis les propos directs de médecins et pharmaciens :
A Neuville-sur-Saône, un pharmacien a écrit un courrier de résiliation à Téva Santé, qui fabrique un générique concurrent du médicament de Sanofi-Aventis :
"Je soussigné .... annule ce jour ma commande de Clopidogrel TEVA suite à mon appel auprès de Laboratoire Winthrop, qui vient de m'informer du fait :
- De la non-substitution de Plavix dans 40% des indications (syndrome coronarien aigu)
- De la non-substitution de Plavix dans le cadre de l'association avec KARDEGIC,
- De la différence de sel entre princeps et le générique.
Ma responsabilité pharmaceutique et pénale étant engagée au dire de Winthrop en cas de problème chez un patient, je ne souhaite pas substituer ce générique."
Même type de déclaration dans une pharmacie de Notre-Dame de Bondeville, en Seine-Maritime :
Le docteur Caroline Y... chef de clinique en cardiologie à l'hôpital Bichat à PAris, a également indiqué le 14 avril 2011 :
Le docteur Gilles J..., généraliste à Amiens, indique le 25 janvier 2010 :
Selon l'Autorité de la concurrence, "ces témoignages montrent que les visiteurs médicaux de Sanofi-Aventis ont délivré un discours tendant à faire accroire notamment que l'absence d'indication SCA pour les génériques de Plavix résulterait d'un manque d'études complémentaires ou encore que le principe actif des sels de clopidogrel des génériques ne serait pas identique à celui de Plavix, ou enfin qu'il y aurait eu des problèmes sanitaires graves (cas de thrombose) dus au traitement sous générique.
Or, l'Autorité rappelle que les "différences évoquées en termes de sels et d'indications (...) n'ont en elles-mêmes aucune pertinence ou implication en matière de santé publique".