Hausse des loyers, réduction des salaires, mauvaises conditions de travail, heures supplémentaires non payées, peur de délocalisations intérieures, saisie des terres. Autant de symptômes d’une Chine à bout de souffle ?
Les craintes concernant l'économie chinoise ont progressé après la diffusion par la banque HSBC d’un indice de production industrielle en fort recul en novembre, tombé à son niveau le plus bas depuis mars 2009.
La semaine précédente, le gouverneur de la province du Guangdong avait déclaré que les exportations de la province avait baissé de 9% en octobre. Et les mauvaises nouvelles ne cessent de tomber,
d’après le site aujourd’huilachine « Les statistiques de la fédération des industries de Hongkong prévoient qu'un tiers des 50 000 usines chinoises appartenant à des industriels de l'ancienne colonie britannique pourrait fermer et licencier en masse d'ici janvier ». S’il n’existe pas de statistiques concernant les usines chinoises.
D’après le China Labour Bulletin, une ONG d e défense des droits des travailleurs basée à Hong-Kong, les salariés touchés sont, le plus souvent, des Chinois venus de l'intérieur du pays et qui ont quitté leur région natale pour trouver du travail. Ces ouvriers migrants, les « mingong » sont la face cachée de la croissance chinoise.
Victimes des inégalités quand la Chine affiche des taux de croissance à deux chiffres, ils pâtissent en premier de l’essoufflement économique chinois.
Dans un rapport publié en novembre, l’organisation constate constate que le mouvement ouvrier s’est développé rapidement
« par un sentiment croissant que les travailleurs étaient exclus du partage des bénéfices que faisaient leurs entreprises mais également du développement de la société toute entière. Une nouvelle génération de travailleurs migrants a émergé comme l'une des principales forces dans le mouvement ouvrier en Chine. Ceux qui sont nés dans les années 1980 et 90 sont généralement mieux éduqués et plus « armés » que leurs parents pour revendiquer leurs ambitions. Ils ressentent également plus de pression et l'intense frustration d'essayer de s’établir en ville tout en étant classés et méprisés car résidants milieu rural. Employé principalement dans les entreprises modernes, ils constituent aujourd'hui le cœur de la nouvelle classe ouvrière chinoise ». Magazine spécialisé dans le marché chinois, destiné aux investisseurs étrangers,
China Briefing a lu attentivement l’étude de l’ONG, incitant les entreprises qui souhaitent s’implanter en Chine à prendre en compte les évolutions de rapports de force dans le monde du travail chinois :
« des concessions seront désormais obligatoires en Chine, l’amélioration des conditions de travail, de communication avec les salariés devront être prises en compte, de même que des réponses efficaces devront êre apportées lors de troubles sociaux sur les lieux de travail afin que les pertes puissent être réduites au minimum ». En conclusion de son rapport, le China Labour Bulletin estime que les manifestations récentes ont souvent eu pour conséquence
« des augmentations salariales substantielles et l’amélioration des conditions de travail, ou à pousser les employeurs à la négociation, certains parvenant à suspendre des processus de privatisations d’usines». Et de conclure que « le mouvement ouvrier est désormais un facteur clé de justice sociale et économique ». Trente cinq ans après la mort de Mao –qui, en son temps, n’a eu de cesse que d’écraser les grèves ouvrières…- le mouvement ouvrier chinois se remet en marche. Jusqu’où ?