A tout seigneur, tout honneur. La Grande-Bretagne abrite la plus grande place financière de l'Union européenne. Attractive, la City l'est par son industrie de la finance (un tiers du PIB britannique provient de ce secteur), et par des conditions fiscales avantageuses. Un exemple ? Les étrangers
«résidents non domiciliés» ne sont imposables sur leurs revenus perçus à l'étranger qu'à partir de la dix-huitième année de résidence.
De quoi faire le bonheur de quelques oligarques russes en mal d'abri fiscal. Les sociétés aussi ont droit à leurs petites sucreries. Ainsi, Michael Osborne, ministre des Finances de Sa Majesté, a-t-il l'intention d'abaisser de 28 % à 24 % le taux de l'impôt sur les sociétés, dans le but d'attirer les investissements de l'extérieur.
Selon le journaliste Nicholas Shaxson, auteur des
Paradis fiscaux, enquête sur les ravages de la finance néolibérale :
«La Grande-Bretagne est au centre d'un réseau de paradis fiscaux qui alimente en capitaux la City de Londres et lui procure un gigantesque volume d'affaires. Le premier cercle de la toile est constitué de ce qu'on appelle les dépendances de la Couronne - Jersey, Guernesey et l'île de Man -, dont l'essentiel de l'activité se fait avec les pays d'Europe, d'Afrique, de l'ex-URSS et du Moyen-Orient. Le deuxième cercle regroupe les territoires britanniques d'outre-mer, dont les îles Caïmans et les Bermudes, tournés surtout vers l'Amérique du Nord et du Sud.» Les confettis de l'empire sont donc une partie de la
«place offshore globale» que constitue le Royaume-Uni. A Jersey, Guernesey ou dans l'île de Man, rien n'est plus facile que de loger ses avoirs dans un trust, en fait un gestionnaire de fortune, souvent filiale locale d'une grande banque britannique, qui gardera secrète l'identité des heureux propriétaires. L'argent, ensuite, est investi en toute légalité dans le système financier londonien.
Les chiffres donnent le vertige : les fonds étrangers déposés à Londres s'élèvent à 3 400 milliards d'euros ! Cette
«toile d'araignée» représente un double danger systémique pour l'Union européenne. La première raison en est que la City de Londres est très mal surveillée par les autorités publiques.
La récente
manipulation du taux Libor (taux d'intérêt à court terme), par une dizaine de banques situées à Londres, qui s'entendaient pour faire varier le coût de l'argent au jour le jour, révèle la passivité de la Banque d'Angleterre, chargée de la surveillance des établissements financiers. Un scandale qui révèle l'absence de véritable gendarme financier dans ce pays.
Deuxième raison : le réseau serré de paradis fiscaux, Jersey, Guernesey, Man, Malte, qui rabat les capitaux vers les banques britanniques en assurant un solide abri fiscal pour leurs détenteurs, est un véritable casse-tête institutionnel.
En cas de faillite bancaire majeure à Jersey, qui recèle 133 milliards d'euros de placements étrangers, ou à Guernesey (77 milliards d'euros), qui serait responsable des dettes ? Ces îles seraient bien incapables d'assumer une telle charge qui représente jusqu'à 40 fois leur PIB. Serait-ce alors la Grande-Bretagne, et éventuellement le système bancaire européen solidaire ? Nul ne le sait et personne n'a vraiment envie de le savoir...