Alors que les pilotes tentent de négocier avec leur direction le paiement de leurs jours de grève, "Marianne" révèle qu’Alexandre de Juniac, leur PDG, avant le conflit et donc toute négociation avec ses navigants, a constitué une nouvelle société aérienne profilée pour accompagner le développement de ses vols low cost : Transavia Company. Et qu'une holding Transavia Europe Aviation a été discrètement préenregistrée… au Portugal.
Enfin, le 19 septembre, alors que les pilotes sont déjà en grève depuis quatre jours, Mileshouse prend le nom de Transavia Company. S'agit-il pour Alexandre de Juniac, épaulé par Abraham Graber de commander discrètement les Boeing 737 dont il a besoin sans alerter ses navigants ? De signer des leasings ? De recruter sans attendre au moins 15 mois, comme l’y oblige les clauses de dénonciations de l’accord en vigueur avec les pilotes de Transavia France? Contactée par Marianne, la direction d'Air France nous a simplement communiqué cette énigmatique réponse: « Comme tout groupe, Air France-KLM dispose d'entités juridiques activables en fonction de ses besoins : partenariat, financement et développement. »
Mais ce n’est pas tout. En consultant le registre des sociétés commerciales du Portugal du 1er octobre, Marianne a également découvert qu’une étrange holding dénommée Transavia Europe Aviation y était toujours pré-enregistrée sous le numéro 513 237 810. S'agit-il de la holding que le PDG défendait avant d'affirmer renoncer officiellement à ce projet le 24 septembre, devant ses salariés, le gouvernement et le Premier ministre Manuel Valls ? Sans apporter aucune explication au pré-enregistrement d'une entité lusitanienne au nom de Transavia, éventuellement par un tiers avocat, la direction d'Air France-KLM affirme simplement que « Transavia Europe n'a jamais existé et n'existe pas. Aucune société dans la perspective du projet Transavia n'a été déposé par Air France ou Air France-KLM. »
Socialement, politiquement, ce manque de transparence est pourtant risqué. Car les personnels d’Air France-KLM, comme ceux de Transavia France, déboussolés, risquent de perdre confiance dans leur direction. Quant aux députés auxquels Alexandre de Juniac a déclaré, la main sur le cœur, fin septembre en audition, qu’il menait un dialogue social ouvert, de haute volée, ils pourraient s’estimer menés en bateau. Surtout, dans une compagnie qui, de l’aveu même de son PDG, n’a que quelques mois devant elle pour offrir aux Français des vols de loisirs qui les détournent d’Easy Jet ou de Ryan air, il devient urgent d'asseoir toutes les professions à la table des négociations. Si du moins, c'est encore possible...