Depuis
les révélations de Marianne la semaine dernière sur le magot caché en Belgique de Yamina Benguigui – et
son démenti filandreux -, on connaît à présent le fin mot de l’histoire, livré par le
Canard enchaîné cette semaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas glorieux. Ni pour Yamina Benguigui, ni pour les instances chargées de contrôler les déclarations de patrimoine des membres du gouvernement, rendues obligatoires depuis le scandale du compte suisse de Jérôme Cahuzac.
Suite à notre enquête et au droit de réponse envoyé par la ministre, il est établi que Yamina Benguigui a vendu en février 2013, soit neuf mois après son entrée au Quai d’Orsay, les 20 % de parts qu’elle détenait dans une holding domiciliée à Bruxelles, la société G2. Une participation qu’elle ne possédait donc plus, dit-elle, quand elle a rempli sa déclaration de patrimoine en avril 2013. A l’entendre, elle n’avait donc pas à en faire état.
Sur le plateau de LCI vendredi dernier, la ministre s’est même fendue d’un rageur : «
les déclarations de Marianne sont fausses et infondées, mais ça, bon, on a l’habitude… » Ah oui, vraiment ?
Voici ce qu’écrit
le Canard enchaîné, après avoir recueilli les «
explications vasouillardes » de ses avocats : Yamina Benguigui «
affirme avoir cédé une première fois ses parts, en février 2013, à sa propre société pour 1 euro symbolique. En échange, la ministre bénéficiait d’un droit de retour automatique de son bien, applicable dès la fin de ses fonctions gouvernementales. Ce genre de montage est légal. Mais il ne changeait rien à la situation de fortune de Yamina Benguigui, qui restait la véritable proprio de ses actions. Elle était donc bel et bien tenue d’en mentionner l’existence et la valeur sur sa déclaration de patrimoine. »
Après l’intervention de l’administration fiscale, à l’été 2013, la ministre a été obligée d’interrompre son petit «
jeu de bonneteau » et de procéder, cette fois, à une vraie vente en bonne et due forme pour la somme de 430 000 euros, avec extrait officiel publié au greffe belge, un document que
Marianne a produit la semaine dernière et qui a mis Madame la ministre dans tous ses états.
Entre la technicité du montage, son timing – en pleine affaire Cahuzac - et le décalage délirant entre la première vente sous le manteau (1 euro) et la seconde, officielle et certifiée par un expert (430 000 euros), il est de plus en plus difficile de croire que Yamina Benguigui ait pu commettre une « maladresse » - le substitut de « mensonge » en vigueur ces jours-ci au PS… - dans sa déclaration de patrimoine. Une déclaration que la Commission pour la transparence financière de la vie politique, remplacée depuis par une Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, était censée avoir contrôlée. La vérif n’avait pourtant rien de sorcier : il suffisait de fureter sur le registre français du commerce, accessible en ligne via plusieurs sites bien connus, lâcher une poignée d’euros pour obtenir les statuts des quelques sociétés gravitant autour de Yamina Benguigui et mentionnant la société G2, puis se connecter au site du greffe belge (gratuit lui, merci les Belges !).
Un nouveau scandale sur la transparence prétendue de nos ministres, pile un an après le tsunami Cahuzac, mais avec des documents publics, disponibles à portée de clics, sans enregistrement pirate ni taupe infiltrée. C’est peut-être pour ça qu’aucun media, à l’exception de
Marianne et du
Canard enchaîné, n’a jusqu'ici embrayé…