Il est franchement désolant de voir un premier ministre qui se dit gaulliste
se prosterner devant les agences de notation et promettre de « faire tout pour garder son AAA ». Car ces agences sont inhumaines. Leur jugement a des conséquences bien concrètes pour la vie des peuples. Une baisse de la note d’un pays peut se traduire par des baisses de salaires ou des coupes dans les budgets sociaux dont les conséquences sociales peuvent être dramatiques. Une responsabilité grave.
Mais non seulement ces agences ont une influence importante, mais
comme l’a bien démontré la crise de 2008 analysée par Frédéric Lordon, leur jugement est hautement questionnable. Non seulement elles avaient accordé le fameux AAA à des obligations pourries, notamment sur le marché immobilier étasunien, mais ce sont aussi elles qui ont permis à certains Etats de s’endetter dans de trop bonnes conditions. En outre, en quoi la situation des pays change aussi vite que leur note ?
C’est que le problème de ces agences, c’est qu’elles ne sont pas qu’un thermomètre, contrairement à ce qu’affirme la doxa néolibérale. Elles sont un thermomètre qui donne la fièvre. L’abaissement d’une note a tendance à dégrader la situation des pays visés, renchérissant leur dette et donc imposant plus d’austérité et cassant la croissance, justifiant a posteriori le premier abaissement et potentiellement en en préparant un second. C’est le miracle auto réalisateur du marché !