John Dalli, commissaire européen à la Santé, a-t-il profité de sa position pour soutirer de l’argent à une grande marque de tabac suédoise ? A-t-il vendu ses services, en octobre 2012, à Swedish Match, qui souhaite depuis longtemps commercialiser ses produits, les snus, sorte de tabac moulu conditionné sous forme de pâte humide ou de sachets, jusque-là interdits en Europe mais très « prisés » en Suède ?
Non, se défend l’intéressé. Il n’avait aucunement l’intention d’autoriser le commerce des snus dans la directive anti-tabac qu’il préparait alors.
Non, concèdent les représentants de Swedish Match eux-mêmes au cours d’un long entretien, dont Marianne publie des extraits, organisé dans le bureau de l’euro-député José Bové, en mars 2013, soit cinq mois après les faits.
Malgré ces démentis répétés, John Dalli sera contraint à la démission à l’automne 2012, par le président de la Commission Manuel Barroso. Le portugais, sûr de lui, évoque à l’époque détenir des « preuves circonstancielles non ambiguës » d’un trafic d’influence. Il s’appuie alors sur un rapport de l’OLAF, l’Office anti-fraude, dont il est le seul à avoir connaissance. Les parlementaires qui en feront la requête le demanderont en vain.
Face à José Bové, les membres de Swedish Match parlent volontiers. La conversation, en anglais, est enregistrée. Ils le savent. Le départ de John Dalli ? Pour eux, une aubaine. La directive anti-tabac qui aurait dû être examinée le 23 octobre 2012 a été reportée. Adoptée en décembre 2012 par la Commission, elle ne sera soumise au vote, au mieux, que fin 2014. Ils ont gagné du temps, ne s’en cachent pas, poursuivent d’ailleurs leur lobbying intense, en faveur des snus, auprès de José Bové, grand fumeur… de pipe. José Bové écoute, enquête depuis plusieurs mois sur l’étrange destitution de John Dalli, qu’il qualifiait hier encore, sur France Inter, « d’invraisemblable », John Dalli ayant été selon lui « viré en vingt minutes sans pouvoir se défendre ».
Les deux comparses de Swedish Match, Cecilia Kindstrand-Isaksson et Johan Gabrielsson, en viennent rapidement, à l’affaire, sans que José Bové n'ait à l'évoquer. Ils le concèdent d’emblée : Swedish Match n’était pas parvenue à approcher l’ancien commissaire à la Santé d’origine maltaise. Pour arriver à leurs fins, ils piocheront malicieusement dans leurs réseaux et mandateront une juriste, maltaise elle-aussi, Gayle Kimberley, qui réussira quant à elle à obtenir le rendez-vous tant espéré avec John Dalli à l’occasion duquel elle lui remettra des documents sur la non-dangerosité des snus. « Malte est une très petites îles où toutes les élites se connaissent » explique Johan Gabrielsson dans l’enregistrement. Pour cette simple mission, la juriste recevra entre 4 000 et 5 000 euros. Très impliquée dans sa tâche, fort lucrative, elle fait du zèle. Jusqu’au mensonge ?
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