Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
22 septembre 2016 / par

Une expulsion des paysans et habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes semble maintenant juridiquement possible. Ils se préparent activement à toute éventualité, et préparent le grand rasssemblement du 8 octobre.
Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage
« Oui, on est stressé, en ce moment. » Aucun zadiste de Notre-Dame-des-Landes ne dissimule ces jours-ci son inquiétude. Depuis que le préfet a publié un arrêté de destruction des campagnols amphibies, le 14 septembre, les rumeurs d’expulsion de la Zad par la police se multiplient dans les journaux, sur internet et dans les conversations. Et on entend presque les mêmes mots d’un zadiste à l’autre : « Ça serait terrible, une expulsion, ça casserait la vie qu’on a faite ici, et ça casserait une magnifique expérience collective qui se poursuit depuis des années », dit par exemple Camille (prénom changé), aux Cent Noms. Mais l’inquiétude palpable chez tous — alors qu’un hélicoptère de la gendarmerie vient régulièrement faire entendre son vrombissement sur le bocage — ne paralyse pas, bien au contraire, la formidable énergie collective qui se déploie ici. « Les relations entre les gens sont particulières, dit Joan (prénom changé), à La Rolandière, ils se donnent de l’énergie les uns aux autres, c’est comme quand on souffle sur le feu, ça ranime les flammes. »
L’activité est intense d’un bout à l’autre des 1.650 hectares occupés par près de 60 cabanes ou maisons et par quatre exploitations paysannes : ici, on peaufine les pièces d’un grand hangar en bois prêt à être monté, là on installe boîtes de livres et de semences chez des habitants amis vivant au pourtour de la zone, plus loin, on inspecte les lieux possibles de repli ou de refuge, dans cette maison, on stocke du matériel médical. Partout, des réunions se tiennent, pour préparer tel ou tel aspect logistique (hébergement, restauration, communication, coordination…) à mettre en place si gendarmes et CRS tentaient d’envahir la zone. Et mardi 20 septembre, tout le monde est sorti ragaillardi de l’assemblée générale, tenue le soir à La Vache Rit, le centre géographique et moral de la ZAD. Elle rassemblait les zadistes, mais aussi les paysans de Copain 44 et les opposants de l’Acipa, l’association historique de résistance : « C’était très beau, l’unité de toutes les composantes du mouvement », dit un zadiste. « On a reconfirmé l’accord pour le respect mutuel de toutes les pratiques de lutte », dit une autre.

Tout ceci n’empêche pas les activités normales de se poursuivre sous un soleil qui baigne ces jours de fin septembre d’une tonalité paradisiaque : achever ici un chantier de rénovation en terre et paille, donner là à manger aux moutons, réparer les vélos, préparer le pain, consulter internet, accueillir les uns pendant que d’autres partent à Nantes, à Paris ou ailleurs participer à des soirées de popularisation de la lutte.

Pour les paysans installés sur ces terres, pas question non plus de flancher sous la menace : « On est jusqu’au-boutistes, dit Sylvain Fresneau, dont l’exploitation de 85 vaches est aussi sous le coup d’une expulsion. On ira jusqu’au bout, parce qu’on a raison et parce qu’il y a du monde derrière pour nous soutenir. » « Nous, on défend nos tripes, dit son épouse, Brigitte. Eux, les promoteurs de l’aéroport, que défendent-ils ? Les intérêts d’une société privée. » Et Sylvain de rebondir : « Il y a autre chose à faire aujourd’hui qu’expulser des paysans alors qu’il y a la menace djihadiste. »
Des éleveurs laitiers qui, sur cette zone humide, pratiquent une agriculture environnementale et efficace ; ils n’ont pas souffert de la crise laitière : « On pratique un système herbager qui nous permet de limiter les intrants et de ne pas dépendre de l’extérieur. » La sécheresse aussi a été surmontée : les agriculteurs de la Zad prévoient d’envoyer du foin en solidarité à des collègues de la Manche. Une preuve que détruire les terres de Notre-Dame-des-Landes serait un vrai gâchis...
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Source : https://reporterre.net