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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 19:48

 

euronews.com

06/02 19:16 CET

 

 

 

 

L’assassinat ce mercredi matin du leader d’opposition Chokri Belaïd enflamme de nouveau la rue en Tunisie.

Des heurts ont éclaté entre policiers et manifestants devant le ministère de l’Intérieur à Tunis. Après avoir essuyé des jets de pierres et de bouteilles, les forces de l’ordre ont tenté, en vain, de disperser la foule.

Le cortège de 20.000 personnes s’est regroupé sur l’avenue Bourguiba autour de l’ambulance qui acheminait la dépouille du défunt à la morgue.

Les proches de la victime ont accusé le parti islamiste au pouvoir, Enahda, d‘être responsable de sa mort. Des locaux d’Enahda ont d’ailleurs été attaqués dans plusieurs villes du pays, où les manifestations se sont multipliées.
L’opposition laïque tunisienne a elle appelé à une grève générale ce jeudi pour les funérailles de Chokri Belaïd.

Critique acerbe du gouvernement, Chokri Belaïd, 48 ans, a été abattu de trois balles à bout portant alors qu’il sortait de chez lui. Il était un des chefs de la coalition de gauche, le Front populaire. Cet assassinat fait craindre un nouveau cycle de violences en Tunisie, déjà minée par une crise économique, sociale et politique.

Plus d'actualités sur : Elections en Tunisie, Manifestations en Tunisie, Tunisie

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 19:37

 

Le Monde.fr | 06.02.2013 à 12h11 • Mis à jour le 06.02.2013 à 17h35 Par Isabelle Mandraud

 

 
Chokri Belaïd en décembre 2010, à la veille de la révolution tunisienne.

L'émotion, considérable en Tunisie dès l'annonce, mercredi 6 février, de l'assassinat par plusieurs tirs de Chokri Belaïd, une figure de l'opposition de gauche, abattu alors qu'il sortait de son domicile, n'a cessé de s'amplifier tout au long de la journée.

Le président tunisien, Moncef Marzouki, revenu précipitamment du Caire, devait intervenir à la télévision nationale. Tous les partis politiques ont, de leur côté,  organisé des réunions de crise. Dans l'opposition, quatre d'entre eux – Nida Tounès, Al-Joumhouri,  Al-Massar et le Front populaire – ont annoncé la suspension de leur participation aux travaux de l'Assemblée constituante et appelé à une grève générale jeudi 7 février.  

A la clinique Ennasr de Tunis, une foule considérable et très émue était déjà présente lors de l'annonce officielle du décès de Chokri Belaïd. Puis l'information s'est rapidement propagée et plus d'un millier de personnes commençaient à s'attrouper devant le ministère de l'intérieur tandis qu'à Paris, un rassemblement devant l'ambassade de Tunisie était organisé dès la fin de matinée.

En début d'après-midi, plusieurs locaux d'Ennahda (le parti islamiste au pouvoir), notamment à Sidi Bouzid, Gafsa et au Kef, étaient attaqués par des manifestants en colère. Les forces de sécurité tentaient de les repousser avec des gaz lacrymogènes. 

A Paris, des opposants à Ennahda occupent symboliquement l'ambassassade de Tunisie pour réclamer la démission du gouvernement et la dissolution des Ligues de protection de la révolution (LPR), qualifiées de milices islamistes.

 

LA FAMILLE ACCUSE ENNAHDA

L'assassinat de Chokri Belaïd n'a pas été revendiqué. Mais partisans et sympathisants de l'opposition dénoncent déjà à l'unisson le "premier assassinat politique" en Tunisie depuis la chute de l'ancien dirigeant Zine El-Abidine Ben Ali en janvier 2011 et affirment : "On a assassiné un démocrate". Tous les regards se portent en particulier contre Ennahda, ouvertement accusé par la famille d'être responsable du meurtre de l'opposant.

 Bien connu des Tunisiens, avec sa casquette vissée sur sa tête et sa grosse moustache, Chokri Belaïd, 47 ans, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, allié au Front populaire (qui réunit plusieurs formations de gauche) ne ménageait pas ses critiques contre Ennahda.

 

Le corps de Chokri Belaid, transporté en ambulance vers l'hôpital public, afin d'être autopsié.

 

La veille encore de son assassinat, mardi 5 février, il dénonçait sur un plateau de télévision "la stratégie méthodique d'explosion de violence à chaque crise au sein du Mouvement Ennahda". Quelques jours plus tôt, il avait également accusé les "milices" du parti, les Ligues de protection de la révolution (LPR) maintes fois soupçonnées de violences, d'être à l'origine de plusieurs agressions contre les rassemblements organisés par des partis d'opposition. Il avait, enfin, été très actif lors des manifestations de Siliana, en novembre, violemment réprimées.

 

"PLONGER LE PAYS DANS LE DÉSORDRE"

Mercredi matin, le chef du gouvernement tunisien Hamadi Jebali, issu du parti islamiste Ennahda, a réagi en dénonçant "un acte criminel, un acte de terrorisme pas seulement contre Belaïd, mais contre toute la Tunisie". "Le peuple tunisien n'est pas habitué à ce genre de choses, c'est un tournant grave, a-t-il déclaré sur la radio Mosaïque FM. Notre devoir à tous, en tant que gouvernement, en tant que peuple c'est de faire preuve de sagesse et de ne pas tomber dans le piège du criminel qui vise à plonger le pays dans le désordre". Selon M. Jebali, Chokri Belaïd, a été tué de trois balles tirées à bout portant par un homme portant un vêtement de type burnous, le long manteau traditionnel en laine dotée d'une capuche.

 

Basma Choukri, veuve de Chokri Belaid, le 6 février à Tunis.

 

Depuis le bureau d'Ennahda à Londres, le chef du parti Rached Ghannouchi a fait parvenir un communiqué dans lequel il "condamne fortement le crime haineux qui a visé M. Belaïd" et appelle les Tunisiens "à l'unité et à la vigilance contre ceux qui cherchent à plonger le pays dans la violence".

L'assassinat de Chokri Belaïd intervient dans un contexte politique très tendu en Tunisie. La troïka au pouvoir, formée après les élections d'octobre 2011 par Ennahda, le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki, et le parti Ettakatol dirigé par le président de l'Assemblée constituante, Mustapha Ben Jafaar, est au bord de l'implosion, les trois partis ne parvenant pas à se mettre d'accord sur le remaniement ministériel promis depuis des mois.

Isabelle Mandraud

 

Hollande condamne le meurtre "d'une des voix les plus courageuses et les plus libres" de Tunisie

 

Dans un communiqué publié mercredi en fin de matinée, le président de la République François Hollande a condamné "avec la plus grande fermeté l'assassinat" de Chokri Belaïd.

"Ce meurtre prive la Tunisie d'une de ses voix les plus courageuses et les plus libres", estime le chef de l'Etat qui ajoute que "la France est préoccupée par la montée des violences politiques en Tunisie et appelle au respect des idéaux portés par le peuple tunisien lors de sa révolution" en 2011..

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 16:21

 

Publié le 20/01/2013 à 16h03

 

 


Un citoyen de Siliana prend à partie un député d’Ennahdha (Thierry Brésillon)

 

Une rencontre entre députés et citoyens s’est tenue samedi 12 janvier à Siliana (ouest de la Tunisie), six semaines après le soulèvement durant lequel plusieurs dizaines de manifestants ont été blessés par des tirs de « chevrotine » de la police. La colère s’est exprimée sans complaisance.

 


Les quatre élus (Haythem Belgacem, Issam Chebbi, Selma Mabrouk, Zied Doualetli) et Amira Yahyaoui (Thierry Brésillon)

 

Installés de plain pied avec leur public dans la cour de la maison de la culture de Siliana, quatre députés de la Constituante – Haythem Belgacem (Congrès pour la République, CPR), Issam Chebbi du parti Joumhouri (ex-PDP), Selma Mabrouk (indépendante, et ex-Ettakatol) et Zied Doualetli (Ennahdha) – ont encaissé sans filtre les remontrances de jeunes, blessés ou parents de blessés, qui n’avaient pas eu l’occasion de s’exprimer depuis les quatre jours d’émeutes, fin novembre.

Passions déchaînées

 


Un membre local d’Ennahdha ouvre le débat (Thierry Brésillon)

 

Toutefois, dans une ville désormais plutôt acquise à l’opposition, c’est un membre du bureau local du parti au pouvoir Ennahdha qui a cru devoir lancer les hostilités en s’en prenant à Issam Chebbi et au parti Joumhouri tenté par l’alliance avec Nidaa Tounes, dirigé par Béji Caïd Essebsi. Avant de critiquer protestataires des mouvements sociaux qui agitent le pays :

« Il faut interdire les grèves de la faim. Quand un parti a gagné les élections, les autres doivent accepter et se taire ! »

Et de conclure : « C’est nous qui avons libéré Siliana de Ben Ali ! »

Ce à quoi des jeunes n’ont pas manqué de rétorquer :

« C’est nous qui étions dans la rue. Toi, on ne t’a jamais vu. Tu étais caché ! »

Le député d’Ennahdha, Zied Doualetli a eu beau appelé à la sagesse et souligner que « aucun parti n’a libéré la Tunisie, la fin du régime de Ben Ali est l’œuvre du peuple tunisien », les passions étaient déchaînées.

La colère des blessés du Rach

Certains s’en sont pris à Béji Caid Essebsi pour avoir fait arrêter à titre préventif, du temps qu’il était Premier ministre de la transition (de mars à novembre 2011), plusieurs dizaines de jeunes. Puis au gouvernement actuel de les avoir maintenus en détention sans procès avant d’être libérés après les incidents de novembre.

D’autres ont interpellé Haythem Belgacem sur les déclarations du secrétaire général du CPR, Mohamed Abbou, qui avait affirmé que les jeunes de Siliana n’avaient manifesté que parce qu’on leur avait donné 70 dinars pour descendre dans la rue.

Mais c’est le sort des blessés à la « chevrotine » – le « rach » –, notamment de qui ont reçu des plombs dans les yeux, qui a suscité l’angoisse la plus pressante.

 


Le père d’un adolescent blessé lors des émeutes de novembre 2012 (Thierry Brésillon)

 

Le père d’un adolescent de 15 ans atteint alors qu’il rentrait de l’école, et dont l’œil est désormais perdu, a demandé la justice pour toutes les victimes et juré que si, dans la semaine, une solution n’était pas trouvée pour soigner les jeunes blessés, Siliana s’enflammerait à nouveau.

Une famille a signalé le cas d’un jeune dont un ophtalmologue belge pourrait encore sauver l’œil, si l’intervention a lieu rapidement, à condition que sont coût de 4 500 euros soit pris en charge.

Face à cette demande, Issam Chebbi a appelé le gouvernement à prendre ses responsabilités.

Zied Doualetli lui, faisant valoir que les procédures administratives pour débloquer les fonds et obtenir les devises auprès de la Banque centrale seraient trop longues, s’est engagé à trouver lui-même le montant nécessaire. Il a invité un membre de la famille à l’accompagner à Tunis pour régler le problème.

Proposition dont un jeune homme n’a pas manqué de souligner l’ambivalence :

« On ne peut pas tout régler de cette façon. Vous ne pouvez pas nous acheter. Ce que nous demandons c’est la justice. »

Avant de mettre en cause le nouveau gouverneur, nommé après les émeutes de novembre :

« Le nouveau gouverneur est pire que l’autre.  »

Désacraliser le politique

Si le débat a dû être interrompu au bout de moins d’une heure, tant les passions devenaient impossibles à canaliser, il a pourtant atteint son objectif, selon Amira Yahyaoui, l’une des fondatrices d’Al Bawsala :


Elus et citoyens face à face (Thierry Brésillon)

 

« Nous voulons approcher du débat le plus pur, aussi proche que possible des citoyens, avec des moyens rudimentaires, en plein air, où les gens n’hésitent pas à prendre la parole. Pas de table, pas d’estrade qui crée une distance. L’objectif est de désacraliser le politique, quitte à ce que ce que les élus soient un peu chahutés.

Nous ne modérons pas les débats, nous n’intervenons que pour couper court à la langue de bois et pour garantir la sécurité des gens. »

Même si à plusieurs reprises, les participants à Siliana sont venus prendre à partie les élus au plus près, les yeux dans les yeux, Selma Mabrouk assure :

« A aucun moment nous n’avons ressenti de menace. Au contraire, cela prouve que même s’ils disent qu’ils n’ont plus confiance dans les politiques, ils continuent à reconnaître que les élus ont un rôle à jouer. »

Zied Doualetli, le plus chahuté de tous, relativisait :

« J’ai passé douze ans dans une cellule d’isolement, j’ai enduré des souffrances plus dures que celles-ci. Les jeunes de Siliana n’avaient pas eu l’occasion de rencontrer des politiques depuis. C’est normal que leur colère s’exprime. »

C’était le quatrième organisé par Al Bawsala, chacun est différent en fonction du contexte. Par ailleurs, Al Bawsala assure un suivi permanent en direct des débats à la Constituante sur Twitter (@AlBawsalaTN).

Les braises de la Révolution

 


Deux des blessés à la chevrotine en novembre 2012. (Thierry Brésillon)

 

Mais l’expérience de Siliana prouve que l’aspiration à la dignité n’est pas un vain mot, que les braises de la révolution sont loin d’être éteintes et qu’il y a toujours des Tunisiens vigilants pour demander des comptes à leurs élus, quels qu’ils soient.

Sur le chemin du retour, Amira Yahyaoui commentait :

« Maintenant, il faut que les familles des blessés s’organisent pour poser le problème de manière plus générale, plutôt que de défendre chacune son cas. Nous allons faire en sorte que ce soit le prolongement de cette rencontre. »

Ces débats montrent aussi que quelque chose a bien changé en Tunisie. Que l’enjeu principal de cette époque post-dictature, est moins de juguler une menace salafiste, que de remplacer le clientélisme par le politique et de construire l’espace démocratique dans une société sommée de se taire depuis des décennies.

 

 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 18:16

 

 

 Marianne - Lundi 31 Décembre 2012 à 12:00

 

 Martine Gozlan - Marianne

 

Le procès d’Habib Kazdaghli, doyen de la faculté de la Manouba, reprend le 3 janvier 2013 à Tunis. Cet universitaire respecté risque cinq ans de prison sur l’accusation mensongère d’une étudiante salafiste. L’affaire symbolise la trahison de la révolution tunisienne au cours de l’année noire qui s’achève.


Hichem Borni/AP/SIPA
Hichem Borni/AP/SIPA

Habib Kazdaghli comparaitra devant ses juges deux ans après la révolution qui devait transformer la Tunisie en démocratie. Mais le procès du doyen de la faculté des lettres de la Manouba prouve que les idéaux du 14 janvier 2011 ont été radicalement trahis. Nos lecteurs connaissent la figure de cet universitaire intègre, victime de l’imposture salafiste, et faussement accusé de violences par une étudiante en niqab qui avait saccagé son bureau. La porteuse du voile intégral avait déposé cette plainte infondée sur le conseil du groupe armé qui la manipulait: la destruction du bureau du doyen risquait en effet de la mener elle-même en prison. La saga de la Manouba, désormais célèbre, et à laquelle Marianne a consacré de nombreuses chroniques( lire « Un homme d’honneur ») résume la lutte de la société civile tunisienne contre les atteintes aux droits humains perpétrés par les commandos salafistes avec la bénédiction du gouvernement islamiste.


C’est pourquoi la mobilisation internationale en solidarité avec Habib Kazdaghli est si importante. De nombreuses  délégations seront présentes le 3 janvier à Tunis. Citons notamment le  Syndicat national de l’enseignement supérieur, l’Université libre de Bruxelles, la Fédération internationale des droits de l’homme, la faculté de Toulouse-Mirail,  l’Association des Tunisiens en France et  la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives. Des diplomates français, suisses, autrichiens et un envoyé de l’Union européenne étaient présents aux précédentes audiences. Non pas, ont-ils pris soin de préciser, « à titre d’ingérence dans les affaires tunisiennes mais comme soutien au processus démocratique encore balbutiant ».  
 

L’année 2012 aura été une année noire pour les espérances tunisiennes. L’opinion internationale a surtout été marquée par l’attaque contre l’ambassade américaine en septembre, quelques jours après l’opération déclenchée en Libye contre le consulat américain de Benghazi et qui avait tué l’ambassadeur de Washington. En réalité, pas une semaine ne s’est déroulée sans son cortège de violences : incendie des œuvres des artistes qui exposaient au palais el Abdellia, à la Marsa,  inculpation de ces mêmes artistes, considérés comme des coupables alors qu’ils étaient victimes, agressions d’enseignants au sabre, emprisonnement de Sami Fehri, directeur de la chaine de télévision « Ettounsia », qui avait diffusé une émission politique satirique…


La liste est  longue : les très mal-nommés «  Comités de protection de la Révolution » y figurent dans un rôle sinistre. Ces groupes constitués de militants d’Ennahda, extrêmement violents, ont régulièrement agressé des syndicalistes et des manifestations d’opposants. La mort d’un responsable du nouveau mouvement «  Nida Tounes » à Tataouine, lors d’une opération menée par Ennahda, n’a entrainé aucune sanction officielle assez significative pour clore le cycle infernal. Au contraire, la situation a dégénéré depuis deux mois. Les violences ont culminé en décembre à Djerba. Caid Beji Essebsi, fondateur de « Nida Tounes »,  ex-premier ministre de transition au lendemain de la révolution, était visé en personne avec ses sympathisants. Réunis dans un grand hôtel de l’ile, ils ont été cernés et attaqués plusieurs heures  par un commando sans que la police ne bronche.


Le leader et les militants du mouvement estiment aujourd’hui qu’il pourrait s’agir d’une tentative de liquidation de l’homme politique, âgé de 85 ans, opposant très sérieux à Ennahda et ultra-populaire. Selon les derniers sondages, « Nida Tounes » incarne la seule alternative crédible à l’islamisme lors des prochaines élections prévues à l’automne 2013.  Devant de telles perspectives, Ennahda, qui, en coulisses, n’envisage pas une seconde de laisser démocratiquement le pouvoir à d’autres, ne peut qu’enchainer provocations et déstabilisations. Alors pourquoi pas, avancent plusieurs observateurs, l’assassinat politique ?


C’est dans ce contexte que va se tenir la quatrième audience du procès de Habib Kazdaghli. L’acquittement du doyen de la Manouba témoignerait d’un début de prise de conscience dans les cercles du pouvoir qui dicte ses ordres aux juges. Sa condamnation, en revanche, confirmerait qu’un processus totalitaire est en marche en Tunisie.     

 

 

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 20:23

 

Publié le 18/12/2012 à 18h08

 


Manifestation de blessés et de familles de martyrs devant la Constituante, le 17 décembre 2012 (Thierry Brésillon)

 

Dans le concert de désillusions de ce deuxième anniversaire du début de la Révolution tunisienne, le 17 décembre, quelques dizaines de blessés et de familles de victimes de la répression ont manifesté devant la Constituante.

Mères et sœurs éplorées, photos de martyrs en main, jeunes en colère qui partent à l’assaut des grilles de l’Assemblée, récits poignants de jeunes en souffrance, de parents toujours dans l’ignorance des responsables de la mort de leur fils, c’est un spectacle quasi rituel mais qui témoigne de la lenteur des autorités pour régler un problème pourtant prioritaire.


Ali el Mekki, président d’une association de victimes (Thierry Brésillon)

Ali el Mekki, frère d’une des victimes de la répression, et président de l’association « Nous ne vous oublierons pas », dresse le tableau :

« La souffrance des blessés et des familles des martyrs est accrue par toute l’énergie que nous devons déployer pour faire reconnaître nos droits.

Les procès n’ont pas été tenus dans des conditions où la justice a pu être rendue. Dès le départ de Ben Ali, un plan a été élaboré pour que le dossier des blessés et des victimes soit mis de côté dans le but de protéger les policiers. Parce que l’Etat a besoin de conserver l’appareil sécuritaire de son côté.

Ceux qui ont le pouvoir après le 14 janvier ne reconnaissent pas la valeur du sang. Sinon, ils ne laisseraient pas la mère du martyr ou le blessé venir avec sa canne réclamer ses droits les plus basiques. Nos droits auraient dû être reconnus sans que nous ayons à les réclamer. »

Une prise en charge défaillante


Mère d’un blessé en attente d’évacuation (Thierry Brésillon)

La mère d’un jeune blessé, Khaled Ben Nejma, explique les larmes yeux que son fils, touché aux vertèbres, paraplégique, attend toujours dans d’horribles souffrances que la morphine ne suffit plus à calmer, l’évacuation vers le service neurologique d’un hôpital lillois.

Comme ce jeune homme, une trentaine de blessés graves continuent à souffrir dans l’attente de traitements appropriés.

Le ministère des droits de l’Homme, qui avait pourtant fait de ce dossier une priorité, bute sur les limites du décret adopté quelques semaines après la révolution pour attribuer une indemnité aux familles de victimes (40 000 dinars, que certaines familles ont refusés) et aux blessés (6 000 dinars).

Décret qui n’organise pas le suivi médical, ne prévoit pas la prolongation de la gratuité des soins au-delà de la fin de l’année, ni l’indemnisation des préjudices ou la réinsertion sociale, n’évoque pas le cas des victimes collatérales, ne s’étend pas au-delà du 16 février et exclut donc les victimes de la dernière mobilisation de début mars.

Fonds présidentiel et donateurs privés


Photos de victimes de la révolution devant la Constituante (Thierry Brésillon)

En attendant, et en l’absence d’une ligne affectée dans le budget de l’Etat, c’est une cellule rattachée à la présidence de la République et financée en partie par des contributions personnelles qui prend en charge le transfert de certains cas. Sans parler des donateurs privés, dont les motivations ne sont pas toujours transparentes...

Me Chaffereddine Khellil, l’un de leurs avocats, précise les revendications :

  • « En attendant la mise en place d’une agence chargée du dossier, il faudrait au moins que les victimes aient un interlocuteur unique auprès des pouvoirs publics. »
  • « Leurs cas nécessitent un suivi social, psychologique. »
  • « Il faut établir une liste définitive des victimes et des blessés. »
  • « Il faudrait également dissocier leur dossier de celui des prisonniers politiques amnistiés après la révolution. C’est une manière d’amalgamer la situation des militants d’Ennahdha emprisonnés sous Ben Ali, hautement politique, à celui des victimes de la répression de la Révolution, beaucoup plus consensuel. »

La détresse des familles et la force symbolique de la cause est propice à l’instrumentalisation politique.

La manifestation de lundi était organisée à l’appel de cinq organisations : l’association « Nous ne vous oublions pas », l’association des blessés de Kasserine, Les Libres de la Kasbah, Dignité et liberté et un colletif (composé, entre autres, de l’Association tunisienne des femmes démocrates, de la Ligue des droits de l’Homme, du Manifeste du 20 mars...).


Un des membres des Ligues de protection de la Révolution, dégagé de la manifestation (Thierry Brésillon)

Une composition qui n’a guère plu à l’un des membres des Ligues de protection de la Révolution, réputées proche d’Ennahdha, venu avertir les familles contre la récupération politique, avant de se faire dégager par les jeunes en colère, allergiques à toute interférence partisane dans leur cause.

A l’issue de la visite d’une délégation auprès de la Commission parlementaire chargée du dossier, la séance de l’Assemblée prévue samedi pour réviser ce décret a été avancée à ce mardi 18 décembre.

Victimes des tirs de l’armée


Au centre, la mère d’une victime tuée après le 14 janvier (Thierry Brésillon)

Reste un cas explosif : celui des victimes d’après le 14 janvier (214 sur 338) et notamment les cas attribués à l’armée (187 d’après un rapport d’enquête), comme celui que raconte une mère de famille qui tient la photo de son fils prise quelques secondes avant sa mort :

« Les jeunes du quartier avaient arrêté une voiture. Il y a un château d’eau et nous avions entendu sur Hannibal TV que des gens voulaient empoisonner les châteaux d’eau.

Mon fils est sorti dans la rue. Ils ont appelé les militaires, dès qu’ils sont arrivés, ils ont commencé à tirer sur nos jeunes. Mon fils a pris une balle dans l’œil. Les gens dans la voiture ont été emmenés par l’armée. Mais finalement, personne n’a été conduit devant le tribunal.

Le 21 novembre, le soldat qui a tué mon fils a été jugé au tribunal militaire de Tunis, mais le juge a dit qu’il avait tiré par erreur et l’a relaxé. Nous voulons que l’affaire soit jugée par un tribunal civil. Pas qu’un tribunal militaire juge un militaire. »

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 18:42

Publié le 29/11/2012 à 14h34

 


Affrontements violents mardi à Siliana (Nawaat.org)

La ville de Siliana (à l’ouest de la Tunisie, à 127 kilomètres de Tunis) a vécu mardi et mercredi deux journées de manifestations violemment réprimées par la police, qui a blessé des dizaines de personnes à l’aide de chevrotines.

Une manifestation pacifique avait été organisée mardi par la centrale syndicale tunisienne UGTT (Union générale tunisienne du travail), réunissant des milliers de citoyens. Les revendications étaient le départ du gouverneur Ahmed Ezzedine Mahjoub (Ennahdha) jugé incompétent et la mise en place de projets de développement dans la région.

Ahmed Chafii, le secrétaire général adjoint de l’UGTT à Siliana, explique les motivations de sa centrale au site indépendant tunisien Nawaat.org :

« On n’arrive plus à dialoguer avec le gouverneur, on veut son départ. On veut surtout la création de l’emploi et la mise en place de projets de développement dont la priorité serait la construction d’infrastructures. A Siliana, on a 6 600 chômeurs (enregistrés) dont 4 000 ont des diplômes de l’enseignement supérieur. Nous voulons aussi la libération des manifestants détenus depuis le 26 avril dernier et qu’il y ait justice. »

Sur Nawaat.org, la journaliste Lilia Weslaty donne la toile de fond économique et sociale de ces événements.

Le site Nawaat.org poursuit le récit des événements :

« Devant le gouvernorat, la situation a dégénéré à la suite de jets de pierres. Les forces de l’ordre ont réagi contre les manifestants en utilisant des bombes de gaz lacrymogène, mais aussi des balles de plomb – utilisées pour la première fois en Tunisie – de la société italienne NobelSport. »

Incidents de Tunisie mardi, source : Nawaat.org

David Thomson, correspondant de France 24, et Hamdi Tlili, son fixeur tunisien, ont été blessés par un tir de chevrotine, dans les jambes pour l’un, dans le dos pour l’autre. Le journaliste explique sur Twitter :

« Ça va, il y a des blessés graves. »

David Thomson a déclaré à Radio Kalima, une radio indépendante en Tunisie :

« Ça fait deux ans que je couvre des manifestations en Tunisie et je n’ai jamais vu un usage de la force aussi disproportionné. Il n’y avait aucune retenue. La ville de Siliana est en feu ! »

Selon des sources hospitalières, 265 manifestants ont été blessés suite aux affrontements qui ont éclaté entre forces de l’ordre et manifestants.


Victimes des tirs de chevrotine de la police à Siliana (Tunis14.tn)

Voir le diaporama sur le site Tunis14.tn

Ils souffraient d’impacts de chevrotine de petit calibre, de contusions, de fractures et de coupures. Dix-neuf personnes ont été éborgnées ou aveuglées par les tirs et ont été transférées à la clinique ophtalmologique de Tunis.

Selon le quotidien gouvernemental La Presse, à l’hôpital de Siliana, « en manque total de médicaments contre la douleur type Doliprane, Adol, Dialgesic ».

Accusations réciproques

Dans l’ensemble Ennahdha met en cause une provocation organisée par l’UGTT et les partis de gauche, notamment Chokri Belaid (Front populaire).

Selon le site tunisien DirectInfo, Ennahdha a affirmé, mercredi, que les habitants de Siliana ont été contraints, sous la menace et la peur, à observer une grève générale.

Dans un communiqué publié en réaction à l’escalade des tensions à Siliana durant les trois derniers jours, le Mouvement Ennahdha appelle «  au calme, à déterminer la responsabilité de chacun et à donner à l’administration et aux autorités régionales et centrales la possibilité de stopper les affrontements et de réaliser les revendications légitimes du gouvernorat  ».

Le mouvement met en cause «  des parties étrangères au gouvernorat qui ont dévié les revendications légitimes au développement et à l’emploi pour attaquer l’Etat et ses symboles, rejeter le dialogue avec les responsables régionaux et conduire les événements vers des affrontements sanglants avec les forces de l’ordre  ».


Affrontements violents mardi à Siliana (Tunis14.tn)

Le site d’info tunisien Mag14 se fait l’écho de cette théorie du complot, avec des détails comme le fait que les pierres jetées sur les policiers auraient été « importées » de l’extérieur... Selon le gouverneur de Silana :

« La municipalité est en train de travailler dur à nettoyer les rues des pierres importées, oui je dis bien importées et non pas des pierres de Siliana. »


L’élu d’opposition Iyad Dahmani (TunisVision)

A l’opposé, le leader Le local de la centrale UGTT dit avoir été agressé par des personnes appartenant à Ennahdha.

Pour sa part, Iyedh Dahmani, député d’opposition, élu de Siliana a entamé mercredi une grève de la faim.

 

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 17:53

 

Violée et accusée d'atteinte à la pudeur, une Tunisienne bénéficie d'un non-lieu

 

Le Monde.fr avec AFP | 29.11.2012 à 12h59 • Mis à jour le 29.11.2012 à 16h38

 

 
L'affaire a déclenché un tollé en Tunisie, où des opposants, des ONG et des médias estiment que ce dossier illustre la politique des islamistes qui dominent le gouvernement à l'égard des femmes.

Une jeune femme tunisienne violée par des policiers et qui risquait d'être inculpée pour atteinte à la pudeur a bénéficié d'un non-lieu, ont indiqué jeudi 29 novembre ses avocats.  Deux policiers sont par ailleurs poursuivis pour viol, et un troisième pour avoir extorqué de l'argent au fiancé de la jeune femme de 27 ans, dont l'anonymat a été préservé.

 

Lire : Violée par des policiers, une Tunisienne risque d'être jugée pour 'atteinte à la pudeur'


 ILLUSTRATION DE LA POLITIQUE À L'ÉGARD DES FEMMES

Le viol de cette jeune femme début septembre par deux agents de police a entraîné un vaste scandale en Tunisie et à l'étranger, la victime risquant d'être poursuivie pour "atteinte à la pudeur", un délit passible de six mois de prison. Elle avait été interpellée par les policiers dans une "position immorale" avec son fiancé tout juste avant le viol, selon le parquet.

Des opposants tunisiens, des ONG et des médias estimaient que les déboires judiciaires de la jeune femme transformaient la "victime en accusée" et illustraient la politique à l'égard des femmes menée par les islamistes qui dominent le gouvernement tunisien.

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:38

 

Rue89 -  Nawaat 23/10/2012 à 13h12

Lilia Weslaty | Nawaat.org

 

 


L’hémicycle de la Constituante à Tunis (Thierry Brésillon)

(De Tunis) A 7 heures du matin, j’étais déjà debout. J’étais excitée à l’idée de voter pour la première fois de ma vie. Une joie « citoyenne » que des millions de Tunisiens ont ressentie il y a de cela un an, le 23 octobre 2011.

Ambivalence tunisienne
Journaliste au site indépendant tunisien Nawaat.org, Lilia Weslaty confie ici ses souvenirs et ses espoirs, un an après les élections à l’Assemblée constituante tunisienne, échéance qui devait marquer la fin de ses travaux, ce qui n’est pas le cas. Un texte republié avec l’accord de son auteur, qui nous a semblé bien résumer l’ambivalence tunisienne à l’heure de cette échéance ratée, quand tant d’incertitudes marquent la vie politique dans la Tunisie post-Ben Ali. Pierre Haski

Après la chute du dictateur Ben Ali, nos espérances en Tunisie, nous citoyens, étaient grandes. On voulait une nouvelle Constitution où les principes d’un Etat de droit, des droits de l’homme et surtout des revendications de la révolution tunisienne entamée le 17 décembre 2010, « travail, liberté et dignité », soient le fondement de notre nouvelle République.

Les élus se sont engagés à un an de travail, pas plus, sauf le Congrès pour la République (CPR), parti du président Moncef Marzouki, qui a estimé qu’il faudrait au moins trois ans pour parfaire nos lois constitutionnelles.

Reconnaître le travail des élus du peuple

Au sein de l’Assemblée nationale constituante (ANC), les députés ont travaillé avec acharnement. Contrairement aux séquences amputées des séances plénières qu’on voit circuler sur Internet et dans les médias, il faudra reconnaître le travail acharné des élus du peuple que j’ai côtoyés.

Toujours en déplacements, en réunions, en discussions, travaillant plus de huit heures par jour, même pendant les jours du mois de ramadan où ils rentrent tard – à peine une heure avant la rupture du jeûne pour retravailler jusqu’à 3 heures du matin –, les députés tentent de résister à la pression du travail colossal qu’ils doivent effectuer et aux critiques tous azimuts qu’ils reçoivent de la part des citoyens et des médias.

L’exemple hilarant de l’article 28

Par ailleurs, il faut dire les choses telles quelles : la majorité des députés ne sont pas aptes à écrire une Constitution. C’est comme si on avait demandé à une voiture quatre chevaux de rouler à 250 km/h pendant une année entière.

Certes, actuellement, plus de 191 articles ont été écrits. Cependant, il faudra tous les revoir grâce à un tribunal constitutionnel, un organe qui devra être créé au plus tôt pour contrôler la constitutionnalité des lois et leur conformité aux principes de droit.

Ainsi, l’exemple hilarant de l’article 28 muté en l’article 21 où Ennahdha positionne la femme en tant que « complément de l’homme » n’a rien de constitutionnel et devra sauter tôt ou tard. Pareil pour le projet de « Conseil supérieur islamique » proposé par le parti islamiste où la notion discriminatoire sur le plan religieux est évidente.

Un retard qui tombe à pic pour l’opposition

Actuellement, outre la création du tribunal constitutionnel, les projets et propositions de lois gouvernementaux, partisans et associatifs des trois instances à créer (des médias, de l’ordre judiciaire et des élections) sont débattus en commission par les députés.

Les trois présidents – de la République, du gouvernement et de l’ANC – ont proposé récemment les dates du 23 juin 2013 pour les élections législatives et la présidentielle et le 7 juillet 2013 pour le second tour de la présidentielle. Il est donc évident que la promesse du 23 octobre 2012 où devaient se terminer les travaux de l’ANC n’a pas été respectée.

Ceci risque donc d’offrir aux politiciens de l’opposition, qui convoitent les sièges au sein du gouvernement, un alibi pour le dissoudre.

La scène politique divisée


A Tunis, pour le premier anniversaire de la révolution (Pierre Haski/Rue89)

Récemment, la montée du nouveau parti Appel de la Tunisie (Nidaa Tounes) de l’ex-ministre Béji Caid Essebsi, destourien (à l’époque de Bourguiba) et RCDiste (sous Ben Ali), a divisé la scène politique en deux :

  • une partie qui soutient la troïka (partis qui gouvernent la Tunisie actuellement : Ennahdha, CPR et Ettakatol) ;
  • une autre qui soutient l’Appel de la Tunisie.

Néanmoins, une troisième voie commence à se faire voir, celle de partis de gauche appelée Front populaire. Le 7 octobre, un grand meeting de cette coalition de douze partis et d’indépendants a été organisé à Tunis.

Obligés de voter pour la peste ou la choléra

Des milliers de Tunisiens sont venus y assister. Les slogans brandis réclamaient démocratie, égalité, citoyenneté et toutes les valeurs républicaines universellement reconnues. Le hic, c’est que ce Front populaire même contient des staliniens voire des partisans du dictateur Bachar el-Assad (parti Baas en Tunisie).

Ainsi, sur le plan politique, cette année mouvementée risque d’aboutir à des résultats disparates lors des prochaines élections et où certains seront obligés de voter pour la peste ou la choléra.

Le contexte fragile – des heurts entre citoyens se multiplient un peu partout dans les villes tunisiennes, les extrémistes religieux, appelés en langage abusé « salafistes », participent aux troubles à l’ordre public – augmente le sentiment d’insécurité chez le citoyen lambda.

Par contre, l’esprit de défi et de la révolution est encore présent, surtout chez la nouvelle génération.

Les citoyens ont enfin la hache à la main

Les associations et la société civile en Tunisie sont très actives et chaque jour, des conférences de presse, des assemblées, des réunions de discussions, des actions citoyennes sont organisées. En voyant les informations de l’extérieur, un étranger pourrait croire que le pays sombre dans le chaos, pourtant quand on est sur le terrain, on se rend compte que certes, la structure de la dictature ne s’est pas encore effondrée mais que les citoyens ont enfin la hache à la main, celle de la plume et de la liberté d’expression pour la faire tomber.

En parallèle, le soutien inconditionnel de l’Union européenne et de l’Occident en général pour faire réussir la transition démocratique en Tunisie est bien tangible à travers les accords signés avec le gouvernement tunisien.

Récemment, la commission européenne a adopté un nouveau programme d’une valeur de 25 millions d’euros visant à renforcer l’Etat de droit et appuyer la transition démocratique en soutenant les processus de réforme de la justice et du système pénitentiaire, conformément aux normes européennes et internationales.

Face à la montée des groupes religieux extrémistes et pour assurer sa propre sécurité, l’Union européenne a intérêt à soutenir le berceau de la révolution tunisienne.


Femmes à Sidi Bouzid (Thierry Brésillon)

Quoique l’on n’a toujours pas remédié à la cause pour laquelle a éclaté ce mouvement révolutionnaire qui a bouleversé le monde en 2011. En effet, le travail informel explose à tous points de vue en Tunisie et l’encadrement de la jeunesse active, qui constitue une grande tranche de la société, n’est toujours pas à l’ordre du jour pour le gouvernement Jebali.

Pas de joie ce 23 octobre

En conclusion, la date du 23 octobre 2012, commémorative du premier exercice effectif de la démocratie, ne sera pas fêtée dans la joie, notamment après la publication d’un enregistrement audio d’une conversation à huis clos entre le chef du gouvernement Hamadi Jebali (Ennahdha) et l’ex-Premier ministre Béji Caid Essebsi où aucun des deux ne semblent être sur le chemin d’une vraie réforme du système en Tunisie.

Il est vrai que la volonté politique manque mais celle du peuple, appauvri et qui n’a plus à rien à perdre, risque de perpétuer une deuxième révolution. Entretemps, l’exercice de la citoyenneté, où on apprend jour après jour que les droits et libertés ne peuvent tomber du ciel mais doivent s’arracher, est en cours.

Les priorités pour la construction de la Tunisie sont à mon humble avis réparties en trois axes :

  • d’abord la justice, indépendante du pouvoir exécutif ;
  • ensuite l’éducation qui nécessite une réforme approfondie ;
  • et enfin le règlement du travail informel.

Car, comme le disait le savant tunisien du XIIIe siècle Ibn Khaldoun dans son livre « Al Muqaddima » (« Prolégomènes ») :

« La justice est la base de la vie en communauté. »

Cette formule dite, il y a de ça sept siècles, est encore d’actualité. Si les politiciens continuent dans le sens de leurs calculs restreints à leurs intérêts personnels et non au bien commun, ils se feront tout simplement « dégager ».


« Vive la Tunisie libre et démocratique », slogan dans une avenue de Tunis (Pierre Haski/Rue89)

 

 

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 17:17

 

 

Le Monde.fr | 02.10.2012 à 15h52 • Mis à jour le 02.10.2012 à 17h55

 

L'affaire a déclenché un tollé en Tunisie, où des opposants, des ONG et des médias estiment que ce dossier illustre la politique des islamistes qui dominent le gouvernement à l'égard des femmes.

Une femme violée par des policiers a été interrogée mardi 2 octobre par un juge d'instruction de Tunis qui doit décider de l'inculper ou non d'"atteinte à la pudeur". D'après l'accusation, qui s'appuie sur le témoignage des violeurs présumés, la victime et son fiancé avaient été interpellés début septembre après avoir été surpris dans une "position immorale". Les deux agents à l'origine de l'affaire avaient alors conduit la jeune femme dans un véhicule de police puis l'avaient violée, pendant qu'un troisième tentait d'extorquer de l'argent au jeune homme.

A l'issue d'un interrogatoire de plus de deux heures mené par Mohamed Ben Meftah, les avocats de la victime se sont dits "optimistes" quant à l'abandon des poursuites contre leur cliente et son fiancé pour ce délit passible de six mois de prison. Le juge d'instruction doit décider dans les heures ou les jours à venir de "classer l'affaire ou la transférer devant le tribunal compétent".

La jeune femme de 27 ans est repartie du tribunal de première instance, le visage caché par un foulard et des lunettes de soleil, sans s'exprimer. A son arrivée, elle avait déclaré, des sanglots dans la voix : "Le monde entier me soutient. Je demande votre soutien."  

"UNE AFFAIRE QUI FAIT HONTE À LA TUNISIE"

 La présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates, Ahlem Belhadj, qui représente aussi les intérêts de la victime, a indiqué que cette dernière était dans un état psychologique "très fragile", mais restait décidée à se battre.  "C'est une affaire qui fait honte à la Tunisie. Dans notre culture, même au niveau de la loi, on a tendance à rendre les victimes responsables de leur viol", a-t-elle ajouté.

Les policiers, incarcérés début septembre, risquent de lourdes sanctions, le viol avec violence étant théoriquement passible de la peine capitale en Tunisie, où aucune exécution n'a cependant eu lieu depuis plus de vingt ans. Plusieurs centaines de personnes ont par ailleurs manifesté dans la matinée leur soutien à la victime devant le tribunal, brandissant des pancartes proclamant "Bilan d'une révolution volée : femmes violées, petites filles voilées" ou encore "Violée ou voilée, faut-il choisir ?".

L'affaire a déclenché un tollé en Tunisie, où des opposants, des ONG et des médias estiment que ce dossier illustre la politique des islamistes qui dominent le gouvernement à l'égard des femmes. Le ministère de la justice avait ainsi justifié la procédure contre la femme violée, relevant la semaine dernière que la victime ne pouvait bénéficier d'une "immunité" si elle a "commis des actes sanctionnés par la loi".

Depuis l'arrivée au pouvoir des islamistes d'Ennahda après la révolution de 2011, plusieurs observateurs ont dénoncé le harcèlemnt de la police envers les femmes. Les Tunisiennes bénéficient pourtant encore du statut le plus moderne du monde arabe depuis la promulgation du Code de statut personnel en 1956 instaurant l'égalité des sexes dans certains domaines.

Ennahda avait déclenché un large mouvement de contestation en août en proposant d'inscrire dans la nouvelle Constitution la "complémentarité" des sexes et non l'égalité, un projet abandonné la semaine dernière.

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 16:44
 
Révolution(s) 30/09/2012 à 10h43
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

Les poursuites pour « obscénité » engagées contre une jeune femme agressée par deux policiers suscitent un tollé et compliquent encore l’après-révolution.

 


Manifestation de soutien à la jeune femme violée, samedi à Tunis (KHALIL/AFP)

 

Le sort d’une jeune femme violée par des policiers tunisiens puis poursuivie pour « obscénité » met la Tunisie face à ses contradictions post-révolutionnaires et fait bondir la société civile.

Entre 200 à 300 personnes, en majorité des femmes, ont manifesté samedi dans le centre de Tunis pour protester contre cette affaire lourde en symboles, et même la ministre des Femmes du gouvernement islamiste a apporté son soutien à la victime.

Les slogans étaient sans ambiguïté : « Ni voile, ni viol » ; « Ils violent nos corps et nos cœurs » ; « Dans mon pays, la police me viole et la justice m’accuse »...

Les faits sont connus : dans la nuit du 3 au 4 septembre, dans la localité d’Ain Zaghouan, tout près de Tunis, les policiers interpellent un couple en train de flirter dans la rue. La jeune femme est violée par deux policiers, avec la complicité d’un troisième.

La victime a porté plainte contre les policiers -qui ont été arrêtés-, mais à la surprise générale, le porte-parole du ministère de l’Intérieur a déclaré que la jeune femme avait été trouvée dans une situation « indécente »...

« Obscénité ostentatoire préméditée »

Depuis, le procureur de la République a déposé une plainte contre elle et son ami pour « obscénité ostentatoire préméditée ». Convoquée mercredi devant un juge d’instruction de Tunis, en présence des avocats des deux parties, elle a été confrontée à ses agresseurs. Une nouvelle audience est prévue mardi, où la jeune femme est convoquée en position d’« accusée ».

Cette affaire fait ressortir les contradictions de la période actuelle en Tunisie, entre les comportements et mentalités hérités du passé et les hésitations d’une période dominée par le courant conservateur islamiste.

A Tunis, avant même cette affaire, de nombreux Tunisiens critiquaient l’absence de changement de personnel et de mentalité au sein du ministère de l’Intérieur, les cadres de l’ère Ben Ali (un ancien ministre de l’Intérieur lui-même) s’étant promptement reconvertis au service du nouveau pouvoir.

Des policiers au comportement indigne aussitôt couverts par leur hiérarchie : voilà qui ne change pas beaucoup du passé.

Le soutien de la ministre des Femmes

Ce qui change cependant, c’est qu’au sein même du gouvernement, des voix dissonantes apparaissent, et que, comme le souligne Sihem Badi, ministre des Affaires de la femme et de la famille, dans une interview accordée à nos amis du site indépendant tunisien Nawaat, la victime a osé porter plainte contre des policiers, ce qui était impensable sous Ben Ali.

Dans cet entretien fort intéressant, la ministre prend ouvertement parti pour la jeune femme violée, et critique même la prise de position du porte-parole du ministère de l’Intérieur. Elle ajoute, suprême audace :

« Si, aujourd’hui, on n’est pas ferme, surtout devant la violence faite aux femmes, c’est que je pense que nous avons besoin d’une autre révolution qui devra changer les mentalités, et devra atteindre l’objectif clé de cette révolution : préserver la dignité de tout citoyen. »

 

 

La ministre tunisienne des femmes réagit à l’affaire du viol

Cette affaire se déroule évidemment avec en toile de fond le débat sur la place des femmes dans la société tunisienne. On se souvient du tollé qu’avait soulevé la notion de « complémentarité » de la femme vis-à-vis de l’homme, et non pas d’égalité des sexes, qui devait être introduit dans la Constitution en cours d’élaboration.

Dans ce pays, qui avait, depuis le règne de Bourguiba, donné un statut plus avancé à la femme que dans la majeure partie des pays arabes, la société civile se bat pour empêcher la moindre régression, tandis que le parti Ennahdha, au pouvoir, tente d’imposer sa vision conservatrice en s’apuyant sur la « Tunisie profonde », différente de l’élite tunisoise.

« Les femmes exclues de l’espace social »

Comme le faisait observer dans une note récente notre correspondant à Tunis, Thierry Brésillon :

« L’autre talon d’Achille du principe d’égalité proclamé, c’est que son application dans la société est restée très superficielle.

Dans la pratique, en dehors des classes moyennes ou aisées et des milieux urbains, les femmes restent exclues de l’espace social, soumises à la domination masculine, et plus de 30% des Tunisiennes affirment avoir été victimes de violence.

Une situation que des décennies de féminisme d’Etat ne sont pas parvenues à améliorer et que des années d’influence wahhabite et le climat de liberté postdictature ont plutôt tendance à aggraver. »

De plus, si cette affaire fait bondir les femmes et quelques hommes de la capitale, la situation sociale reste la préoccupation de l’immense majorité des Tunisiens, avec la montée du chômage et l’impuissance du gouvernement d’Ennahdha dans ce domaine.

Il y avait d’ailleurs samedi à Tunis une autre manifestation, celle-là organisée par des chômeurs diplômés.

 

 

Manifestation des chômeurs-diplomés à Tunis samedi

La Tunisie semble donc condamnée à avancer par crises et soubresauts. Après le bras de fer avec le courant salafiste provoqué par l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis, qui a forcé le gouvernement Ennahdha à agir, au moins en surface, après des mois d’atermoiements, c’est aujourd’hui la question centrale de la place de la femme qui s’impose avec cette affaire choquante.

 

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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