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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 15:43

 

Marianne

Jeudi 5 Septembre 2013 à 12:54

 

Adrien Francius

 

Hauts gradés et simples soldats, de plus en plus de militaires américains expriment sur les réseaux sociaux leur opposition à aller combattre en Syrie, refusant de faire la guerre aux côtés d'Al Qaïda.

 

Guerre en Syrie : Les militaires américains se rebiffent !

Sur la toile les militaires américains (vétérans ou en activité) font connaître leur refus de participer à la très prochaine guerre en Syrie. A l’instar du Colonel Mansoor aujourd’hui professeur d’histoire militaire, hauts gradés comme simples hommes de troupe, ne voient pas l’intérêt d’une telle guerre. Les tristes bilans des guerres afghanes et irakiennes sont toujours présents dans les esprits.

Fin août, le Washington Post relayait le rapport d’officiers américains exprimant leurs réserves par rapport à l’option militaire retenue par le président Obama. Cette situation relève d’un véritable malaise chez les soldats américains, qui subissent également les coupes budgétaires. «Notre implication en Syrie est si dangereuse à bien des niveaux, et le vétéran américain du XXIème siècle est plus soucieux de l’éviter plus que quiconque. Ca dépasse mon entendement que nous soyons ignorés » estime le caporal Jack Mandaville (ex des marines en Irak).

Actuellement, la « révolte » surgit sur les réseaux sociaux et repose sur la publication de photos de soldats masquant leur visage à l’aide de pancartes où l’on peut par exemple lire : « Je n’ai pas rejoint l’armée pour combattre pour Al-Quaïda dans une guerre civile syrienne ».  Pour ces soldats, l’intervention américaine dans le conflit syrien se fera contre le régime de Bachar Al-Assad et donc avec les rebelles syriens du front Al-Nosra adoubés par Al-Qaïda en avril dernier. 

Preuve de cette connivence, les pays du golfe, alliés des Etats-Unis, financent et arment le front Al-Nosra. Obama a également affirmé que la CIA prépare une cinquantaine de rebelles prêts à agir en Syrie. La révolte des militaires américains est donc cohérente, comment peuvent-ils accepter de se battre aux côtés de la même nébuleuse islamiste responsable du drame du World Trade Center  et qui justifia les guerres américaines (afghanes et irakiennes) pour lesquelles ils furent envoyés? Autre signe de ce mécontentement, des fuites sur les plans d’attaques en Syrie provenant probablement du Pentagone selon site d’information américain Politico.

Surfant, sur ce vent de révolte, le congressman républicain Justin Amash rassure les GI’s sur twitter : « J’ai entendu un grand nombre des membres des forces armées. Le message qui revient en permanence est : s’il vous plaît votez contre l’intervention militaire en Syrie ». 

 

 

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 15:16

 

Marianne

Jeudi 29 Août 2013 à 05:00

 

Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre En savoir plus sur cet auteur

 

 

Pour justifier par avance les bombardements de Damas, la presse a lancé le pilonnage médiatique. Les rumeurs sur l’utilisation des armes chimiques par le régime syrien sont devenues une vérité révélée.


Damas, 24 août 2013 - STR/AP/SIPA
Damas, 24 août 2013 - STR/AP/SIPA
En Grande-Bretagne, la presse britannique somme David Cameron de bien réfléchir avant de jouer au Tony Blair conservateur en fonçant tête baissée sur la Syrie. En Italie, tout le monde prend l’affaire des attaques chimiques avec des pincettes. En Allemagne, la prudence est de mise, au gouvernement comme dans les médias. 
 
Aux Etats-Unis, nonobstant les déclarations d’un Obama que l’on a connu plus inspiré (c’était il y a longtemps, c’est vrai), certains éditorialistes, à l’image de l’opinion américaine, sont très sceptiques sur le soudain virage de la Maison Blanche. D’aucun vont même jusqu’à regretter qu’Obama se soit ligoté les mains en déclarant que l’usage des armes chimiques constituait « une ligne rouge. »  
 
En France, rien de tel. A de très rares exceptions, la presse et les éditocrates se sont rangés derrière la version officielle comme des soldats derrière leur lieutenant. Chacun, à sa manière, reprend un discours répété en boucle. La fameuse « ligne rouge » a été franchie avec l’utilisation d’armes chimiques par Bachar Al-Assad. Il faut donc le « punir » - élément de langage conçu dans les agences de com de la Maison Blanche et repris tel quel par un François Hollande transformé en petit messager.
 
Vous avez aimé les faux charniers de Timisoara (Roumanie) ? Les bébés assassinés dans leurs couveuses du Koweït par Saddam Hussein ? Les massacres arrangés de Racak (Kosovo) ? Les fioles exhibées par Colin Powell à l’ONU comme preuves de l’existence des armes de destruction massive de l’Irak ? Vous adorerez l’utilisation d’armes chimiques. 
 
D’ailleurs, la confirmation de leur usage est imminente. Elle ne viendra pas de Damas où l’ONU a envoyé ses experts, mais de Washington, où la Maison Blanche a les siennes. Enquêter dans les rues de la capitale américaine, c’est quand même plus sûr que dans les quartiers de la capitale syrienne. Colin Powell aurait-il repris du service à l’insu de son plein gré ?  
 
Que la Syrie possède des armes chimiques, nul n’en doute. Qu’elle puisse les utiliser, c’est possible. Bachar Al-Assad est capable de tout, surtout du pire. Son passé comme son présent sont là pour en témoigner. Mais pour l’heure, sur ce sujet explosif – au sens plein du terme –  nul ne sait rien.  
 
Le régime peut avoir utilisé ces armes prohibées par le droit international. Mais une partie des rebelles peut en avoir fait autant. Un dépôt où étaient entreposées ces bombes toxiques peut aussi avoir été touché involontairement. Aucune de ces hypothèses n’est à exclure. Mais aucune preuve formelle n’a pu être apportée. Et, dans tous les cas, l’important est de se demander si une éventuelle intervention étrangère servirait ou non à servir la cause de la paix.    
 
Or, pour les va-t-en guerre du cirque médiatique, la cause est entendue. BHL s’est aussitôt exhibé sur les écrans pour dire tout le bien qu’il pensait d’une opération inspirée de celle qui a permis de tuer Kadhafi mais aussi de livrer la Libye au chaos. Bernard Kouchner a expliqué qu’il aurait fallu lancer l’assaut depuis longtemps.
 
Laurent Joffrin, du Nouvel Obs, ex-soutien enthousiaste de la guerre du Kosovo, a appelé à la mobilisation générale. Il a même expliqué dans un éditorial que « Saddam Hussein mis à part, aucun pays n’a fait l’usage de l’arme chimique au combat depuis près d’un siècle ». On en déduira donc que l’agent orange déversé par les Etats-Unis sur le Vietnam avait vocation à permettre l’embellie printanière de la flore locale, ou que l’aide apportée par la CIA à l’Irak de Saddam Hussein pour gazer les Iraniens lors de la guerre entre les deux pays relevait de l’intoxication au gaz de la désinformation. 
 
Comme l’a écrit Nathalie Nougayrède dans un éditorial du Monde digne de passer à la postérité : « Le crime de trop appelle une riposte ». 
 
Passons sur le « crime de trop », comme si 100.000 morts depuis mars 2011, ce n’était pas assez.  Selon la directrice du Monde, l’emploi d’armes chimiques « ne fait guère de doute ». C’est donc qu’il y a doute. Mais tout le reste du propos consiste à expliquer qu’il n’y en a pas, qu’un « tabou » a été levé, que « le crime chimique d’ampleur change la donne », qu’il s’agit d’un « Srebrenica syrien » (sic), et qu’il faut agir au plus vie puisque de toute façon « le régime syrien s’est employé à détruire, depuis le 21 août, les éléments de preuve ».
 
En quelques lignes, on est passé du doute à la certitude, du conditionnel au présent. En fonction de quoi ? Des seuls éléments fournis par la faction intégriste des « rebelles » syriens contre qui l’Occident a mené la guerre en Afghanistan ou au Mali en expliquant qu’elle représentait le Mal absolu. Et aujourd’hui, par la grâce de Jésus et de Mahomet réunis, ils deviennent soudain fiables, crédibles,  honnêtes ? 
 
Comprenne qui pourra. En vérité, les adeptes de l’intervention humanitaire à géométrie variable sont retombées dans le schéma binaire qu’ils adorent par-dessus tout : les Bons contre les Méchants, le Bien contre le Mal. 
 
Si l’on est contre Bachar Al-Assad (et il n’y a aucune raison d’être pour) il faut soutenir ceux qui le combattent, même s’il y a parmi eux de futurs Bachar Al-Assad en puissance. Toute approche circonstanciée est à bannir. Toute interrogation sur les conséquences d’un engrenage incontrôlable dans la région est hors de saison. Il faut in-ter-ve-nir, comme si la seule forme d’action possible était le bombardement, avec sa cohorte de morts civils.
 
On a pourtant entendu des voix fort diverses mettre en garde contre les dangers de l’intervention, de Jean-Luc Mélenchon au Pape François en passant par François Bayrou, Pierre Lellouche, François Longuet, Pierre Laurent, ou l’évêque catholique d’Alep. Des analystes ont resitué le conflit dans son contexte régional et son héritage historique, rappelant qu’en Syrie, la France et la Grande-Bretagne, les deux anciennes puissances coloniales, pouvaient vite susciter un phénomène de rejet. 
 
Un homme comme Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter, a relevé non sans raison que l’occident mobilisait son armada au moment même où Damas semblait prendre le dessus face à ses adversaires. Enfin, l’opposition laïque à Bachar Al-Assad a rappelé qu’elle s’opposait fermement à toute intervention étrangère. 
Dans les médias, ces commentaires et ces réactions ont été balayés comme poussière après l’explosion de la bombe. Ne reste que la voix des adeptes de la guerre rajoutée à la guerre. « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude », disait Nietzsche. Certains sont fous de leur certitude.

 

 

 

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 14:50

 

 

Rue89

 

escarmouche 27/08/2013 à 23h53
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

 

Des hackers syriens pro-Assad ont pris le contrôle mardi soir du site du quotidien américain New York Times, et revendiqué leur acte sur Twitter. Ils ont également pris possession du nom de domaine de Twitter, le réseau social basé aux Etats-Unis, et créé quelques perturbations.

 

Le « tweet » de revendication de la SEA

Certains visiteurs du site du New York Times ont même eu une image de revendication de la Syrian Electronic Army (SEA), alors que d’autres ne pouvaient simplement pas y accéder.

Le blogueur Bluetouff a « tweeté » la page d’accueil piratée du NYT

Le New York Times a d’abord fait état d’une panne lorsque son site et ses applications mobiles sont devenues inaccessibles au cours de la soirée (heure française). Mais à 22h30, Eileen Murphy, vice-présidente du New York Times, a « tweeté » qu’il y avait un soupçon d’« attaque extérieure malveillante ».

Même le système d’e-mails du New York Times ne fonctionnait plus mardi soir... Le site n’est redevenu accessible que mercredi en fin de matinée (heure française), soit plus de douze heures après l’attaque.

La cyberguerre de la SEA

L’Armée électronique syrienne (SEA), un groupe de jeunes Syriens -mais pas seulement, on y trouverait également des membres de l’armée syrienne, et un soutien logistique iranien et du Hezbollah- basé à Damas et dans la diaspora syrienne, a déjà plusieurs fois fait parler d’elle, piratant régulièrement des médias américains ou des sites considérés comme hostiles au pouvoir de Bachar el-Assad.

Cette attaque survient le jour où les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont clairement indiqué qu’ils s’engageaient sur la voie d’une intervention militaire en Syrie.

Le site du New York Times a eu une bonne partie de la journée en titre principal un article de son correspondant à Beyrouth qui a recueilli de nombreux témoignages très précis sur l’attaque chimique du 21 août près de Damas, attribuée au régime syrien et qui a provoqué la réaction occidentale.

Très rapidement, pour ne pas être totalement silencieux, le New York Times a commencé à republier des articles, en particulier sur la Syrie, sur d’autres plateformes, en faisant connaître leur adresse via son compte Twitter, suivi par plus de 9 millions de personnes.

Ainsi, dès 22h30, le compte du New York Times annonçait :

« Nous continuons à publier des informations. Voici notre dernier article sur la Syrie. »

Le lien ne renvoyait pas vers le site traditionnel du New York Times, inaccessible, mais vers une adresse nouvelle : « http://170.149.168.130/packages/html/world/obama-syria-strike.html ». Suivait un article sur les cibles probables des premières frappes américaines attendues dans les prochains jours.

C’est sans doute l’escarmouche électronique la plus spectaculaire dans ce nouveau type de guerre, parallèle à la guerre traditionnelle. Elle survient à un moment de très forte tension, et concerne le plus influent des journaux américains, ainsi que le réseau social lu et employé par les médias, les activistes, les politiques du monde entier.

Il faut dire que l’Armée électronique syrienne se payait même le luxe d’avoir une belle vitrine de propagande sur... Twitter, avant même de prendre le contrôle de son nom de domaine !

 


Le compte Twitter de l’Armée électronique syrienne (Capture d’&eacute ; cran)

 

MERCI RIVERAINS ! Enucléé
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 14:51

 

Médiapart

|  Par François Bonnet

 

 

Etats-Unis, France et Royaume-Uni vont intervenir militairement en Syrie. S'il est urgent d'aider à la chute de Bachar al-Assad, la campagne de frappes aériennes annoncée apparaît comme une fuite en avant, sans base légale, tout à la fois opération de camouflage des erreurs passées, gestion opportuniste des opinions, déclencheur possible d'un cataclysme régional alors que des alternatives existent. Parti pris.

Disons-le tout net. Tout démocrate sincère doit aujourd'hui souhaiter la chute du régime d'al-Assad et aider à sa perte. Démocrate sincère, c'est-à-dire citoyen libre, refusant de considérer le monde au travers de visions complotistes, qui ne feraient des pays occidentaux que les laquais dociles d'un Grand Satan impérialiste américain. Citoyen libre, c'est-à-dire considérant que des valeurs universelles doivent être en toute place défendues et que la promotion et la défense de ces valeurs sont l'unique moyen d'asseoir la légitimité d'un droit international -et de ses organisations, ONU en tête.

C'est pourquoi nous ne pouvons que souhaiter la chute du régime syrien. Qu'un point final soit enfin mis à plus de quarante années d'un régime dictatorial caché sous les oripeaux d'un pseudo socialisme dit laïc à la sauce baassiste, acteur sinistre de tueries, du désastre de quinze années de guerres libanaises, responsable de l'assassinat de l'ambassadeur de France Louis Delamare et de tant d'autres attentats.

Un crime défiant toutes les lois de la guerre vient d’être commis: l'utilisation d'armes de destruction massive (car les armes chimiques font bien partie de cette catégorie) contre une population civile, utilisation évidemment proscrite par les traités et conventions internationaux. Tout indique, à ce stade, que la responsabilité directe en incombe au régime de Bachar al-Assad (ses services, son armée, ses milices, des conseillers militaires étrangers?) - lire ici notre article. Nous y reviendrons.

 

Victimes à l'hôpital de Kafr Batna. 
Victimes à l'hôpital de Kafr Batna.© Violation documentation center

Faut-il en réaction -puisque réagir il faut- entrer en guerre? Une guerre certes qui ne dit pas son nom -on parlera d'«opérations limitées de frappes aériennes ciblées»- mais qui ne pourra éviter ce constat: plusieurs pays occidentaux, et la France, vont s'engager directement sur le champ de bataille syrien. Le faut-il? Nous ne le pensons pas, tant une intervention militaire apparaît à ce stade comme une périlleuse fuite en avant, sans base légale, tout à la fois opération de camouflage des lâchetés et erreurs passées, gestion opportuniste des opinions publiques, déclencheur possible d'un cataclysme régional aux conséquences incalculables.

La révolution syrienne, démarrée au printemps 2011 dans l'enthousiasme du grand 89 du monde arabe, méritait mieux et bien plus. L'occident, l'Europe, les Etats-Unis ont été aux abonnés absents, tout occupés à de petits calculs d'influence boutiquière sur les différentes factions d'une opposition en exil ne représentant souvent qu'elle même. Quand ils n'étaient pas simplement tétanisés face à ce réveil de sociétés se battant soudain pour la liberté et la démocratie et renversant le Vieux Monde (cf le discours de Nicolas Sarkozy insistant sur les nouveaux périls nés des révolutions tunisienne et égyptienne).

Les voilà aujourd'hui au pied du mur. Cette guerre -si elle est déclenchée- est déjà leur échec, conséquence périlleuse de deux années d'impéritie. Il faut donc rappeler une fois encore, comme ce fut le cas pour l'Afghanistan, pour l'Irak, pour la Libye, qu'une entrée en guerre est d'abord nourrie de silences et de mensonges. Il faut ensuite dire qu’en ce début du XXIè siècle la guerre n’est plus, comme l’assurait Clausewitz, «la continuation de la politique par d’autres moyens». Une fois engagée, elle mène sa vie propre, bouleverse les réalités, dicte trop souvent son rythme aux politiques. «Quand on met le doigt dans la guerre, on ne sait jamais où cela nous mène et où cela finit», nous disait il y a deux ans –et à propos d’une autre entrée en guerre, en Libye cette fois- le général Vincent Desportes, qui a longtemps dirigé l’Ecole de guerre à Paris.

Or l’accumulation des silences et des désinformations rend aujourd’hui insupportable une opération militaire que l’on tend à nous présenter –une fois de plus- comme une promenade de santé. Ainsi le scénario serait-il écrit : deux trois jours de frappes aériennes sur des cibles identifiées du régime Assad (bases aériennes, centre d’état-major, dépôts de matériel). Résultat escompté : la neutralisation des capacités chimiques de l’armée syrienne ; l’éventuel effondrement du régime –dont certaines sources soulignent désormais l’affaiblissement- ; à tout le moins, un choc qui amènera le dictateur ou les autres piliers du régime à accepter enfin de s’asseoir à une table de négociations pour construire une transition politique…

Ce scénario peut certes se réaliser mais il a aujourd’hui tout du conte de fées. Sauf à ce que la France, le Royaume Uni, les Etats-Unis disposent d’informations issues d’un solide travail de renseignement et qui donneraient crédit à un tel plan. Pourquoi alors ne pas les rendre publiques et expliciter comment cet engagement militaire ne sera qu’une séquence d’un plan global et crédible de règlement politique du conflit ? L’agressivité russe, les capacités de résistance démontrées depuis de longs mois par le régime syrien, les mises en garde répétées de l’Iran laissent au contraire entendre que le plan soudainement brandi par les puissances occidentales (qui expliquaient l’inverse, c’est-à-dire la dangerosité d’un tel type d’intervention tous ces derniers mois…) relève d’un pari pour le moins hasardeux.

Assumer un bras de fer avec la Russie

Car l’autre scénario est lui connu de longue date : c’est celui d’un embrasement régional hors contrôle. Les derniers attentats au Liban, débordement direct du conflit syrien, démontrent que Damas via le Hezbollah est prêt à déclencher le feu dans pays. Le regain de violences et d’attentats en Irak (près de 50 morts pour le seul week end dernier) est également lié aux développements de la guerre civile syrienne.

Qui peut exclure à ce stade que le régime perdu de Bachar al-Assad opte pour le chaos et la folie destructrice: nouvelles utilisations d’armes chimiques ; tirs de missiles sur Israël ? Qui peut exclure une escalade dans l’armement, la Russie décidant d’augmenter encore son appui militaire à Damas ? Qui peut exclure un engagement direct de l’Iran ou un Irak sombrant à nouveau dans les guerres confessionnelles et communautaires ? Qui peut exclure le déclenchement de massacres de grande ampleur dans le nord de la Syrie aujourd’hui largement tenu par les Kurdes ?

Ce ne sont que quelques-unes de la cascade de questions et de catastrophes que risque de provoquer une intervention militaire. Plutôt que des silences obstinés ou des phrases creuses, il est urgent que les pays occidentaux disent clairement comment ils entendent contenir ces risques. Or à ce jour rien n'est précisé de ces données élémentaires: quels objectifs, quels «buts de guerre», quel sera le «coup d'après» une fois conduites les frappes aériennes?

 

Bachar al-Assad et Vladimir Poutine. Le père du dictateur avait signé en 1980 un traité de coopération avec l'URSS 
Bachar al-Assad et Vladimir Poutine. Le père du dictateur avait signé en 1980 un traité de coopération avec l'URSS©(Reuters)

Les silences et les mensonges s’appliquent également à un autre acteur décisif de ce conflit: la Russie. En bloquant depuis deux ans toute tentative d’avancée politique, en soutenant jusqu’à l’insupportable le régime de Bachar al-Assad, en paralysant enfin le conseil de sécurité de l’ONU, Vladimir Poutine porte une responsabilité écrasante. Il est lui aussi le responsable de cette escalade guerrière, renouant ainsi avec les pires moments de la politique étrangère soviétique.

Or l’Europe comme les Etats-Unis, et tout particulièrement la France, se sont refusés depuis deux ans et demi à engager un véritable bras de fer avec la Russie poutinienne. La stratégie était inverse: préserver Moscou, l’amadouer, en espérant qu’il ferait plier son allié Bachar al-Assad. Cette confondante naïveté se paie aujourd’hui au prix fort: celui de l’escalade militaire; celui d’un affaiblissement terriblement dangereux de l’ONU et du conseil de sécurité, garant du droit international.

Car en bloquant, par la menace du veto, trois résolutions sur la Syrie et en en rendant impossible de nouvelles, la Russie renvoit le conseil de sécurité à ce qu’il était du temps de la guerre froide: un machin inutile puisque systématiquement paralysé par les vetos successifs des Américains et des Soviétiques. Si le conseil de sécurité ne peut aujourd’hui faire respecter les fondements même du droit international –les lois de la guerre et les traités sur les armements- alors, à quoi peut-il bien servir? De ce constat, les puissances occidentales devraient se saisir bruyamment et remettre sur la table ce serpent de mer toujours évoqué mais jamais mis en chantier: une réforme du conseil de sécurité.

Elles désertent au contraire cette bataille essentielle puisque l’ONU est soudain court-circuitée, renvoyée aux oubliettes avec l’argument –réel mais un peu court- du blocage russe. Une conséquence en est l'absence de base légale incontestable pour mener une intervention en Syrie. Une autre est que la mission des inspecteurs de l’ONU envoyée sur le terrain pour établir l’utilisation d’armes chimiques se retrouve marginalisée. Alors que l’occident aurait dû se battre sans relâche pour donner à cette mission tous les moyens de procéder à des inspections complètes, la voici d’ores et déjà déconsidérée.

C’est un choix grave, car l’entrée en guerre ne peut se faire que sur une donnée incontestable: oui, c’est bien le régime al-Assad qui a délibérément fait le choix de recourir à l’arme chimique pour des massacres de masse. C’est ce que disent aujourd’hui les multiples réseaux de l’opposition et des combattants syriens –et ils sont plus que crédibles-. C’est ce que disent des ONG d’ordinaire fort prudentes (MSF, par exemple). Mais ce constat doit aussi être établi par une instance incontestable, présentée et discutée au conseil de sécurité.

Ce ne sera pas fait ou mal fait, laissant ainsi un doute prospérer sur les raisons réelles de cet engagement. John Kerry, secrétaire d’Etat américain, François Hollande, David Cameron affirment que la responsabilité directe du régime syrien est engagée. Témoignages, expertises scientifiques, travail de renseignement, photos aériennes, écoutes téléphoniques de militaires syriens: tout concorderait… Dans le même temps, Moscou dit avoir transmi au conseil de sécurité des éléments de preuves… inverses.

Fournir des preuves incontestables

L’urgence est, à ce stade, de rendre publiques ces preuves de la responsabilité de Bachar al-Assad. Et de ne pas répéter ce mensonge d’Etat que fut la prestation de Colin Powell devant le conseil de sécurité en 2003, lorsqu’il brandit une petite fiole, soi-disant échantillon des armes de destruction massive de Saddam Hussein… qui n’existaient pas. Imagine-t-on qu'une intervention de ce type soit engagée sans que les preuves irréfutables de la responsabilité du régime syrien ne soient rendues publiques?

L’urgence enfin est de présenter un processus politique crédible appuyé sur une évaluation sérieuse des différents acteurs de la guerre civile syrienne. La France, et c’est à son crédit, n’a cessé de vouloir aider à la construction d’une opposition structurée en Syrie, articulant combattants de l’intérieur, politiques et opposants en exil. François Hollande a ainsi été le premier à reconnaître le Conseil national syrien, ensuite englouti dans les guerres internes et devenu depuis la “coalition”.

Mais les rivalités entre puissances, tuteurs intéressés et factions syriennes ont mis ce travail à bas. L’Arabie saoudite est aujourd’hui largement en contrôle de cette coalition d’opposition. Le Qatar reste en embuscade. Est-ce cela que La France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Turquie veulent? Chaque puissance a joué sa partition, considérant comme imminente la chute du régime de Damas et se plaçant déjà dans le Grand Jeu d’après. Erreur funeste qui a laissé les massacres perdurer sur le terrain (probablement 100.000 morts en deux ans et demi de révolution devenue guerre civile) et qui a ouvert la voie aux groupes djihadistes tout en donnant à Bachar al-Assad de nouvelles marges de manœuvre.

 

Dessin de Nasser al-Jaaffari extrait d'un portfolio publié par Mediapart. 
Dessin de Nasser al-Jaaffari extrait d'un portfolio publié par Mediapart.

Pour consulter le portfolio dont est extrait ce dessin, cliquez ici.

Une intervention militaire peut sans doute faire oublier aux opinions publiques occidentales les erreurs stratégiques répétées commises depuis 2011. Elle ne réparera rien du désastre syrien, pays dévasté, fracturé où aux morts s’ajoutent les 2,5 millions de personnes réfugiées et déplacées.

Or des éléments d’alternatives existent, plus complexes sans doute, plus longs certainement mais qui contournent les immenses risques d’explosion de la poudrière proche-orientale.

Le premier est d’instaurer un régime de sanctions drastiques à l’encontre des principaux dirigeants syriens
Le deuxième est d’assumer un conflit diplomatique sévère avec la Russie
Le troisième est de demander à la Cour pénale internationale de se saisir des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Syrie
Le quatrième est de négocier avec l’Iran
Le cinquième est d’armer enfin l’opposition syrienne sur des bases politiques claires qui ne laissent pas le terrain libre aux groupes djihadistes ou à la seule Arabie saoudite
La sixième est de construire un plan politique enfin coordonné entre les puissances visant à organiser l’après-Assad

Ces pistes sont régulièrement évoquées par les spécialistes, experts politiques de la région. Les égoïsmes des puissances, les médiocres calculs, les arrières pensées ont empêché de les emprunter. Plusieurs groupes de l’opposition syrienne ne souhaitent pas d’intervention occidentale. Comment justifier des raids aériens occidentaux quand ce même occident a, avec constance, refusé d’armer une rébellion à l’origine laïque et démocratique aujourd’hui menacée par les avancées djihadistes? N’est-il pas temps d’aider massivement à la reconstruction de ce mouvement démocratique appuyé sur les innombrables réseaux citoyens et sur une jeunesse syrienne avide de liberté?

C’est un chemin étroit, rendu plus difficile encore par les erreurs et absences de ces deux dernières années. Il est le seul possible si l’ambition est d’avancer vers une paix durable dans l’ensemble de cette région du monde.

 

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:22

 

 

Médiapart

|  Par Caroline Donati

 

 

Alors qu'une mission de l'Onu est arrivée dimanche en Syrie pour recueillir des preuves d'utilisation d'armes chimiques, des bombes de gaz neurotoxique ont tué plus de 1 200 personnes dans la nuit de mardi à mercredi, en banlieue de Damas. « Dans la mesure où les grandes puissances n’ont rien fait dès le départ, le régime se moque des lignes rouges et regarde jusqu’où il peut aller », constate un médecin sur place.

« Le plus dur, c’était de voir ces regards tétanisés de peur, ceux des enfants, de leurs mères, un enfant de trois mois qui ne sait rien de ce régime, de l’opposition ni de quoi que ce soit. La peur et la terreur sont terribles ; à côté, la mort semble facile. » Majed est médecin au centre médical de Douma, dans la banlieue est de Damas, la Ghouta orientale. L’une des neuf zones touchées par une attaque de l'armée syrienne dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 août 2013.

Selon le comité de coordination de la localité, l’aviation de l’armée syrienne a largué dans la nuit 15 obus chargés de gaz mortels sur cette banlieue de plus d'un million d'habitants.

 

Carte des zones touchées 
Carte des zones touchées© Syrian Map Center
  • Lire aussi ici

D’une voix posée qui ne laisse en rien transparaître l’horreur vécue, le Dr Majed, 38 ans, raconte « les bombardements de vaste ampleur sur toute la banlieue de la Ghouta, qui commencent à 3 heures du matin ». De 3 heures à 7 heures du matin, son équipe a pris en charge 630 victimes, en grande majorité des femmes et des enfants. Soixante-cinq sont décédées, la moitié des autres cas étaient dans un état grave en début d’après-midi ce mercredi.

Pour dispenser les soins, ils sont soixante en tout, médecins et secouristes. « Un nombre inférieur aux autres centres médicaux de la Ghouta, car nous avons été moins touchés que les autres zones », précise le docteur Majed.

Le bilan dressé en début d’après-midi ce mercredi par les comités de coordination locaux (LCCS) et notamment l’avocate Razan Zeitouneh (lire son précédent témoignage ici) faisait état de 140 morts pour la localité voisine de Kfar Batna et de 300 victimes pour Joumouriyeh.

Mais très vite, les nombres grimpent sur les réseaux sociaux : en début de matinée, 668 morts sont documentés ; trois heures plus tard, les LCCS en dénombrent 1 270.

À cette heure déjà, de nombreuses vidéos envoyées par les centres médiatiques de la Ghouta permettent de documenter la nature de l’attaque : les victimes ne portent aucune blessure physique et meurent par convulsions. Tout indique qu’il s’agit d’une intoxication par neurotoxique. Ce que confirme le Dr Majed : « Problèmes respiratoires, (bradycardie), ralentissement du rythme cardiaque, vomissements, sécrétions bronchiques, convulsions, les victimes portent tous les symptômes du gaz sarin », diagnostique le médecin. Dans la soirée de mercredi, l'ONG Human Rights Watch affirme que le témoignage qu'elle a recueilli sur place auprès de deux médecins fait état de ces mêmes symptômes, « ceux d'empoisonnements aux gaz neurotoxiques ».

À Jobar, lourdement touché, un autre médecin témoigne, fébrile, devant la caméra de ce qu’il a vécu au lever du jour et de la mobilisation des médecins et secouristes. C’est le premier témoignage d’un médecin.

 

 

25 000 doses d’atropine, 7 000 seringues d’hydrocortisone… Toutes les réserves de la panoplie anti-gaz neurotoxique y sont passées pour couvrir le secteur de Jobar et Ayn Tarma. Une goutte d’eau face à l’ampleur du massacre. Lui-même a vu mourir, impuissant, 50 enfants. Il n’a en tête que la protection des populations : « il est impératif d’organiser maintenant des campagnes de sensibilisation. »

« Banalisation » de l'arme chimique

Car l’attaque a visé des zones résidentielles à forte densité de population. Avant la révolution, la Ghouta charkiyé (orientale) comptait 1,5 million d’habitants ; ils seraient aujourd’hui moins d’un million à y vivre. 35 % de la population initiale a fui la banlieue tenue par les rebelles encerclée par l’armée de Bachar al-Assad depuis 4 mois, privée de tout service depuis 10 mois, ni eau, ni électricité. « En 60 jours, le four à pain de Douma n’a fonctionné qu’une seule journée », reprend le Dr Majed.

La population restée y vit terrorisée comme l’écrivait l’intellectuel Yassin al-Hajj Saleh dans une tribune prémonitoire en forme de cri d’alerte publiée en juillet dernier dans le quotidien britannique The Guardian.

La panique engendrée par des semaines de siège et de pilonnage quotidien explique le terrible bilan de l’attaque de la nuit de mardi à mercredi : au déclenchement du bombardement, les habitants se sont repliés vers les caves. Leurs abris habituels sont devenus un piège mortel : le gaz y décante, il faut donc se placer en hauteur pour avoir des chances d'en réchapper.

Les médecins syriens mettent surtout en cause la concentration de gaz utilisé. « Douma a déjà été touchée en zone civile il y a dix-sept jours, mais nous n’avions eu aucun cas mortel car la concentration de gaz était très faible, reprend le Dr Majed. Cette fois, la concentration était très forte : six membres du personnel médical de Douma sont dans un état critique après avoir soigné des victimes. »

La poursuite des bombardements sur Douma toute la matinée a contraint aussi les médecins à soigner les blessés dans des endroits confinés au lieu des points à l’air libre prévus à cet effet, favorisant d’avantage la suffocation et la propagation. 

Preuve s’il en était besoin de la « banalisation » du recours à l’arme chimique, médecins et activistes se sont déployés avec une célérité remarquable, qui pour dispenser les soins, qui pour faire la tournée des centres médicaux, qui pour documenter les victimes.

Car pour la population syrienne, « l’attaque chimique » est devenue une réalité de leur quotidien de violence à l’instar des tirs de missiles Scud. Contrairement à ce que voudrait faire croire le débat en Occident qui se focalise depuis des mois sur la question de la preuve, offrant ainsi une carte blanche au régime.

« Il ne s’agit pas tant de l’utilisation des armes chimiques, forme de répression qui s’est relativement banalisée depuis l’hiver 2012, mais bien de l’usage massif qu’il en a été fait et qui constitue un saut qualitatif important dans la répression », souligne Mathieu Rey, chercheur associé au Collège de France.

 

Banlieue de Damas, 21 août 2013. Des cadavres rassemblés 
Banlieue de Damas, 21 août 2013. Des cadavres rassemblés© REUTERS/Bassam Khabieh

L’attaque massive de la Ghouta s’inscrit en cela dans la même courbe ascendante de violence observée depuis des mois et de sa banalisation.

À titre d’exemple et pour la seule localité de Douma, jusqu’en février dernier, l’hôpital de Douma traitait une moyenne de 100 blessés par jour, depuis, le chiffre est passé à 140. Pour le Dr Majed, « le niveau de barbarie n’a pas évolué » : « Qu’il y ait 1 000 morts en un jour ou 1 000 morts en trois jours (référence au précédent massacre de Daraya d’août 2012 – ndlr. Lire notre article), ne change pas grand chose, dit-il. Ce qui est nouveau, c’est que le régime teste de nouvelles limites et de nouvelles armes. Car jusqu’à maintenant, les gaz étaient utilisés dans des zones contre l’armée libre et non des zones d’habitation civile. » À l'appui d'images satellitaires, HRW confirme là aussi que les zones touchées n'abritent aucune base ou installation militaires rebelles.

De fait, jusqu'ici, le recours à des armes neurotoxiques s’inscrivait dans une tactique de guerre contre les rebelles, dans leurs bases, en vue de reprendre des territoires contrôlés par ces derniers. « Jusqu’à présent, la stratégie consistait à viser les zones tenues par les rebelles, soit à l’intérieur, dans l’objectif de les faire fuir pour reprendre le contrôle de la zone, soit à l’extérieur pour les forcer à approcher et les atteindre, explique Thierry Boissière, chercheur au Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo) à Lyon. Aujourd’hui, on est dans une extermination puisqu’il n’y a pas d’ambiguïté sur la cible : la population civile. »

Est-ce à dire que l’on assiste à une banalisation du recours à l’arme « chimique » dans des zones habitées par les civils après l’automatisation des bombardements sur les zones libérées et des tirs de missiles Scud dans les quartiers populaires d’Alep et sa région ?

Enquêteurs de l'Onu

Tout porte à le croire. Car si le massacre de la Ghouta constitue un point de rupture dans l’échelle de la violence, il s’inscrit néanmoins dans la même logique du régime. Depuis les premiers coups de feu tirés contre les manifestants de Déraa en 2011, au début du soulèvement populaire, aux tirs de missiles Scud deux ans plus tard.

« Le régime est dans une logique cohérente de politique de terre brûlée qui ne se soucie que de produire de la terreur et d’avancer des pions dans les zones qui lui sont vitales, reprend le chercheur. La zone de Damas en fait partie, mais il a aussi repris le contrôle de Homs et est engagé dans la reconquête des villages de la côte qui lui avaient échappé ces dernières semaines. C’est une logique de survie à tout prix, appliquée de manière froide et sans limite et qui signifie qu’il est prêt à tuer tous les Syriens qui s’opposent à lui. »

Si le massacre de la Ghouta dépasse toutes les limites de la violence et constitue un saut qualitatif dans l’horreur, il s’inscrit dans le cours de cette logique de reconquête, annoncée à maintes reprises par le président Assad.

« Lorsque le 26 juin 2012, Bachar al-Assad déclare qu’il est engagé dans une guerre totale, cela suppose l’utilisation de tous les moyens possibles pour éradiquer “l’ennemi total”, ajoute Mathieu Rey. Il faut s’attendre à la multiplication de ce genre d’attaques sur l’ensemble des territoires entrés en rébellion. »  « Est-ce une logique génocidaire ? interroge le chercheur. Certainement pas, si on entend par ce terme l’extermination d’un groupe spécifique de la population, en revanche, de telles pratiques de violence peuvent provoquer quantitativement un nombre de victimes qui rappellerait de tels précédents. »

La présence des enquêteurs de l’Onu à Damas, arrivés ce dimanche 18 août dans le but de recueillir des preuves d'armes chimiques, ne change pas grand chose. Bien au contraire, elle est un moyen pour le clan Assad de tester à nouveau l’impunité qu’il tire du soutien de ses alliés extérieurs qui bloquent toute solution à l’ONU, d’une part, et les contradictions de ses adversaires réticents à toute intervention, d’autre part. 

Le massacre de la Ghouta s’est en effet déroulé à peine à un quart d’heure de l’hôtel où se trouve la mission onusienne. Cette dernière est arrivée en Syrie à l’issue de cinq mois de négociations interminables et son champ d’action est cantonné à l’inspection de trois zones choisies par Damas.

Autant dire que sa marge de manœuvre est aussi quasi nulle que celle de la précédente mission dépêchée pour enquêter sur la répression en décembre 2011, à l’issue de laborieuses tractations. « Le procédé n’est pas sans rappeler cette étrange convergence entre l’arrivée d’observateurs internationaux et des sauts dans les phénomènes de violence », poursuit Mathieu Rey. Les premiers observateurs onusiens avaient été en effet accueillis par une série d’attentats attribués à l’époque au régime et ils ont plié bagages au bout de six mois après avoir été pris pour cibles par des loyalistes.

« De la sorte, conclut Mathieu Rey, le régime teste la communauté internationale sur ses réactions comme il le fait depuis le départ et il la place face à ces contradictions en lui montrant qu’il est capable de faire un saut qualitatif et quantitatif dans la violence. »

Le soutien inconditionnel de Moscou, qui a imputé la responsabilité de l’attaque de la Ghouta Charqiyé aux rebelles, laisse prévoir en effet un nouveau blocage diplomatique à l’Onu. Plus, le nouveau contexte régional induit par la contre-révolution égyptienne – saluée par Damas – et la crainte des Occidentaux de l’internationalisation du conflit syrien sont vus par les dirigeants syriens comme une nouvelle fenêtre d’impunité sur laquelle ils peuvent jouer à venir.

« Dans la mesure où les grandes puissances n’ont rien fait dès le départ, le régime se moque des lignes rouges et regarde jusqu’où il peut aller », constate, lucide, le Dr Majed. Pour lui, la présence de cette nouvelle commission de l’Onu illustre la complicité du monde au même titre que l’envoi par les gouvernements de quelques masques et antidotes : « La France et les États occidentaux, en nous offrant des masques et des formations au risque chimique, se rendent complices des crimes du régime. C’est une insulte à l’humanité car c’est reconnaître au régime le droit à l’usage d’armes chimiques contre sa population. »  

Et de conclure, sans illusion : « Je ne demande ni l’aide des États occidentaux et du monde arabe et islamique, je demande simplement à l’être humain d’être solidaire de ces hommes dont le seul tort est d’être né dans cette région du monde. »

 


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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 15:04

 

 

Le Monde.fr

04.08.2013 à 15h27 • Mis à jour le 04.08.2013 à 16h23

 

 
 
Les autorités syriennes ont interdit l'utilisation de toute devise étrangère, et notamment du dollar, alors que cette monnaie est, en pleine guerre, utilisé dans tous les secteurs.

Un décret interdisant toute transaction commerciale en devises étrangères a été promulgué en Syrie, dimanche 4 août, rendant illégal le paiement en dollars, pourtant courant, avec des peines pouvant aller jusqu'à dix ans de travaux forcés.

Le texte, signé par Bachar Al-Assad, stipule, selon l'agence de presse officielle SANA, que "la livre syrienne est la seule monnaie. Il est interdit d'effectuer des paiements, des remboursements, des transactions ou des opérations commerciales en devises étrangères ou en métaux précieux".

Les commerçants qui enfreindront la loi seront passibles de trois ans de prison et d'une amende égale à deux fois le montant du paiement incriminé. Si cette somme dépasse 5 000 dollars, la peine pourra s'élever à dix ans de prison avec travaux forcés.

 

"CETTE MESURE EST SYMBOLIQUE"

Avant le début, en mars 2011, de la contestation du régime, devenue guerre civile, 1 dollar s'échangeait contre 47 livres syriennes. Depuis, le change est de 200 livres syriennes pour 1 dollar, il était même de 300 livres pour 1 dollar en juillet. Le dollar est utilisé de fait dans tous les secteurs, que ce soit par les conducteurs de taxi, les importateurs ou dans la vente de produits alimentaires.

Pour Jihad Yazigi, directeur de l'hebdomadaire économique The Syria Report, interrogé par Reuters, "cette mesure est symbolique, car elle est prise dix ans, presque jour pour jour, après l'annulation par Bachar Al-Assad de la loi numéro 24 de 1986, très répressive, qui interdisait aux Syriens de posséder des dollars. Aujourd'hui, cette décision  vise à rendre très compliquée toute transaction qui n'est pas en livres syriennes et à contrôler le taux de change".

 


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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 16:19

 

Rue89

Jean-Pierre Filiu - Universitaire

Publié le 27/07/2013 à 15h00

 

 


Dans les ruelles de la vieille ville d’Alep, au milieu des destructions (JACK HILL/THE TIMES/SIPA)

 

Chers riverains, je rentre d’un séjour de « terrain » dans les zones « libérées » d’Alep, soit les secteurs tenus par la révolution depuis près d’un an, dans la métropole du nord de la Syrie.

L’enlèvement, le 6 juin 2013, de deux journalistes d’Europe 1, mon ami Didier François et le photographe Edouard Elias, a rendu ce type d’enquête encore plus périlleux. J’ai pour ma part choisi l’immersion dans la résistance civile, plutôt que la « protection » par tel ou tel groupe armé.

J’ai pu constater sur place les multiples stigmates des bombardements gouvernementaux, menés par hélicoptères, par avions, par artillerie et par blindés. J’ai entendu une fois un bombardement aérien, dont je n’ai pas vu l’impact. J’ai aperçu de loin les volutes de fumée provoquées par un tir d’artillerie.

J’ai vu, devant chacun des hôpitaux de campagne, les tentes d’urgence installées en cas d’attaque chimique. Pour mémoire, les services de santé d’Alep, gérés pour la première fois de leur histoire par une municipalité démocratiquement élue, disposent de 10 000 doses d’atropine (à injecter en cas d’exposition au gaz sarin) et de… seize masques à gaz.

Je me suis surtout plongé dans cette population de deux millions de femmes et d’hommes pour qui le retour de la dictature est tout simplement inconcevable. Les pilonnages récurrents ne font qu’intensifier la haine contre « l’âne », « le chien » ou « le canard », ainsi qu’est indifféremment désigné Bachar al-Assad par ses anciens sujets.

L’effroi des missiles Scud

Mais de toutes les armes dont le despote frappe les civils insoumis, ce sont les missiles Scud qui suscitent l’effroi le plus intense. Ces missiles balistiques sont en effet tirés depuis la banlieue nord d’Alep, à 300 kilomètres de là, pour s’abattre sur des zones résidentielles de manière aveugle. Il n’y a pas de précédent à la perpétration d’un tel crime de guerre à l’encontre d’une population désarmée.

Ce soir du 26 juillet, dans le quartier de Bab Nayrab, les familles s’étaient réunies, comme dans les autres foyers musulmans d’Alep, pour partager le repas de rupture du jeûne du Ramadan.

Un missile sol-sol s’est abattu sur l’immeuble. 35 cadavres auraient été extirpés des décombres, dont ceux de 19 enfants.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) ne confirme sur le moment que dix victimes, précisant que le bilan peut rapidement s’alourdir. Les secours s’activent dans la nuit à la lumière des projecteurs. En voici l’enregistrement vidéo mis en ligne par des « reporters-citoyens » de l’Aleppo Media Center (AMC).

 

 

Alep

Ces Syriens que l’on a abandonnés à leur sort...

J’entends déjà de bons esprits affirmer qu’un bilan aussi tragique doit être confirmé de « sources indépendantes ». Mais où trouver ces fameuses « sources » quand l’ONU s’interdit l’accès aux zones révolutionnaires, quand les actions humanitaires y sont ciblées et quand les journalistes étrangers y sont enlevés ?

Alors laissons à ces Syriens, que l’on a abandonnés à leur sort, le droit de compter leurs morts.

Une autre tentation pourrait être de dresser un parallèle entre ce massacre de civils par la machine de guerre Assad et les revers sanglants essuyés ces derniers jours par les forces gouvernementales au sud-ouest d’Alep (l’opposition a même dénoncé l’exécution sommaire de dizaines de prisonniers par un groupe jihadiste).

Comme si les crimes des uns excusaient les crimes des autres. Comme si des civils désarmés ne devaient pas être protégés par toutes les garanties du droit international.

Les fantômes de Guernica

En septembre 2012, Le Monde avait rompu avec sa pratique éditoriale en publiant sur une double page l’image d’un bombardement à Alep et le témoignage des deux reporters qui y avaient assisté. Ce texte évoquait avec émotion les fantômes de Guernica. Dix mois plus tard, des images comparables en provenance d’Alep ne provoquent plus que l’indifférence.

Il est 14 heures en ce 27 juillet et, à ma connaissance, pas un organe de presse occidental n’a encore rapporté le massacre de cette nuit à Alep.

Il est vrai que, ce samedi matin, deux nouveaux raids aériens ont frappé deux autres quartiers d’Alep, Bustan al-Qasr et Maadi.

Alors que l’on ne nous parle plus de ce « monde transparent », de cette « conscience universelle », de « l’impossibilité pour un dictateur de massacrer aujourd’hui son peuple ». Qu’on ne nous en parle plus, car Bachar al-Assad le fait depuis 28 mois, et il s’en porte très bien.

Durant l’été 2012, j’avais eu le triste privilège d’annoncer, à vous riverains, un massacre de civils en cours à Daraya, dans la banlieue de Damas.

Le carnage n’avait fait que quelques lignes dans nos quotidiens. La Syrie nous lasse, elle nous fatigue. Nous avons tellement hâte qu’elle disparaisse de notre horizon que certains en viennent à souhaiter, de moins en moins discrètement, que Bachar écrase ses opposants une fois pour toutes. Et qu’on n’en parle plus.

Cela ne sera pas, car les révolutionnaires de Syrie sont allés trop loin pour jamais reculer. Ni les Scud, ni les gaz ne parviendront à les briser.

Le graffiti préféré que je ramène d’Alep est le suivant :

« La révolution que nous voulons, c’est la révolution de la vie. »

Et c’est ce message d’espoir que je vous ramène, malgré tout, d’Alep, chers riverains.

 

 

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 16:18

 

 

Rue89

 Jean-Pierre Filiu - Universitaire

Publié le 30/06/2013 à 18h27

 

 

En ce 30 juin, l’Egypte retient son souffle face aux manifestations rivales des opposants et des partisans du président islamiste Mohammed Morsi. En Syrie, c’est déjà le deuxième jour de l’offensive du régime Assad contre les quartiers révolutionnaires de Homs.

Avions, batteries et chars lâchent leurs bombes sur ces bastions déjà en ruines, dont la propagande gouvernementale a déjà annoncé la « reconquête » plusieurs fois par le passé.

La mosquée Khaled Ben Walid, le plus important monument de Homs, a été frappée par les tirs du régime, comme avant elle la mosquée des Omeyyades d’Alep ou la mosquée Omar de Deraa.

Des cortèges chaque vendredi depuis 2 ans

Ce déferlement de violence aveugle, sur fond de valse-hésitation occidentale sur l’armement de l’insurrection, rejette au second plan la dynamique citoyenne de la révolution syrienne.

Cette dimension, à la source du soulèvement populaire de mars 2011, est pourtant déterminante pour comprendre la capacité de résistance de millions de Syriennes et de Syriens face aux campagnes de liquidation de Bachar al-Assad, mais aussi face aux divisions de l’opposition syrienne.

Le 28 juin, comme tous les vendredis depuis plus de deux ans, des cortèges ont rassemblé des milliers de manifestants pacifiques sur le thème de « une révolution ardente pour une opposition paralysée ».

Défilé de la population à Alep le 28 juin 2013

Au-delà des images de combats et de massacres qui saturent nos écrans, c’est bel et bien une toile de militantisme citoyen qui préserve encore l’unité de la Syrie, et qui garantit à bien des égards l’avenir de sa population.

Le mouvement pacifiste syrien vient de diffuser une carte interactive des centaines d’associations et de coordinations locales qui inscrivent la soulèvement syrien dans la durée et en profondeur.


Capture d’écran de la carte interactive mise au point par Bizava Astiyane suri, un mouvement pacifiste syrien

Chaque entrée renvoie à la page Facebook pertinente, avec un descriptif rapide. On y trouve aussi bien les différentes instances de gestion municipale, que l’assistance aux détenus, les initiatives d’agitprop symbolique ou les reporters-citoyens.

C’est peu de dire que cette dimension civile de la révolution syrienne est passée sous silence dans la couverture médiatique de la tragédie en cours.

Les « pires errements » des médias

La désinformation baasiste, systématique depuis mars 2011, a d’ailleurs atteint ces derniers jours des sommets.

  • La mort d’un franciscain syrien, le 23 juin, accompagnée du pillage du monastère où il était reclus, non loin de Homs, a suscité une émotion légitime en France.

L’extrême droite n’a pas craint d’affirmer à cette occasion que le soutien occidental aux révolutionnaires syriens « aide à tuer les Chrétiens ». D’autres sites comme RiposteLaïque.com allaient plus loin en assénant que trois franciscains, et non un seul, avaient été assassinés, et que les rebelles avaient mis en scène leur décapitation.

Tant pis pour ces prêcheurs de haine, la Custodie de Terre sainte démentait catégoriquement la mort de trois franciscains. Et il s’avère que les images du supplice ainsi diffusées soient l’œuvre d’une manipulation encore plus contournée.

  • La mort de quatre personnes dans une explosion, le 27 juin, en plein quartier chrétien de Damas, a été prestement attribué à un « kamikaze » de l’opposition.

Cette thèse, relayée par les médias du régime Assad, a été reprise telle quelle par la presse internationale, entre autres en France. Or il semblerait que le dit « kamikaze » soit un employé de la télévision d’Etat, qui plus est de confession chrétienne, et que l’explosion soit due à la chute d’un obus de mortier, volontaire ou accidentelle.

Ces deux exemples ne font qu’illustrer la persistance d’une « guerre des images », où l’interdiction par la dictature syrienne de toute couverture de presse indépendante laisse libre cours aux pires errements.

En guise de conclusion, je vous renvoie à cet entretien diffusé le 29 juin par le site canadien Tolérance sous le titre « Le soulèvement syrien est condamné à la victoire ».

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 17:09

 

Rue89

 

Décryptage 18/06/2013 à 17h20
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 


Un Poutine de carton pâte brandi par les militants d’Oxfam en marge du G8 (AP Photo/Peter Morrison)

 

Il n’y a pas besoin d’être un grand expert en diplomatie pour comprendre pourquoi Vladimir Poutine, le président russe, n’a rien voulu céder à ses « amis » du G8 sur la Syrie. Il suffit d’être un peu cynique.

Depuis deux ans qu’a débuté le soulèvement en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad, la Russie n’a pas changé d’attitude : elle a soutenu Damas malgré l’escalade de la violence, le nombre de morts qui approche la barre des 100 000 victimes, le bombardement de civils à coups de missiles Scud, l’entrée en guerre du Hezbollah libanais, l’utilisation d’armes chimiques, etc.

Au contraire, la Russie a utilisé son véto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer toute action en Syrie, continué à livrer des armes à l’armée syrienne, et même menacé les Occidentaux de représailles s’ils se décidaient à livrer eux-mêmes des armes à la rébellion ou à décréter une zone d’exclusion aérienne en Syrie.

Pourquoi cet acharnement à défendre un régime qui a commis autant de crimes ?

Pour Vladimir Poutine, l’important n’est pas là : ce qui compte, c’est le rapport de force international dans lequel la Russie tient la dragée haute aux Occidentaux. Ça suffit à son bonheur, le reste passe après.

Après avoir eu le sentiment de s’être « fait avoir » lors du forcing de Nicolas Sarkozy sur la Libye, en 2011, qui a débouché sur une intervention de l’Otan, Poutine a décidé de ne pas céder sur la Syrie, son allié de très longue date et de se reconstruire une stature de puissance en s’opposant :

  • à des Occidentaux sans stratégie,
  • aux puissances conservatrices pro-américaines du Golfe qui arment les rebelles sunnites syriens,
  • aux djihadistes auxquels il a déjà été confronté en Tchétchénie et dans le Caucase.

« Retenez-moi ou je fais un malheur »

Depuis deux ans, les Occidentaux jouent à « retenez-moi ou je fais un malheur » tandis que la maison syrienne brûle.

Américains et Européens se sont d’abord abrités derrière le veto russe pour ne rien faire, puis ont reconnu la coalition d’opposition comme seule autorité légitime de Syrie, et tergiversent depuis des mois sur la fourniture d’armes aux rebelles syriens, de peur qu’elles tombent dans les « mauvaises » mains djihadistes.

Les dernières révélations sur l’usage d’armes chimiques par l’armée syrienne ont fait bouger les positions occidentales en faveur de l’aide militaire, même si, sur le fond, Barack Obama reste déterminé à ne pas se laisser entraîner dans une quelconque escalade militaire en Syrie, au moment où les Américains s’apprêtent à mettre fin à plus d’une décennie de guerres, en Afghanistan et en Irak.

Le débat est plus intense aux Etats-Unis qu’en Europe. Obama est sur la défensive depuis que Bill Clinton a joint sa parole à celle de John McCain, l’ancien candidat républicain, pour inciter le président à être plus actif. Mais 70% des Américains sont opposés à l’envoi d’armes aux rebelles.

Même le New York Times, qui avait malencontreusement soutenu l’invasion de l’Irak en 2003, met désormais en garde contre toute idée de s’impliquer dans un nouveau conflit au Proche-Orient :

« Comme la plupart des Américains, nous sommes très mal à l’aise avec l’idée d’être entraînés dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Ceux qui soutiennent une action plus forte n’ont semble-t-il rien appris de la décennie passée de guerre en Afghanistan et en Irak, qui a affaibli les Etats-Unis et produit des résultats au mieux ambigus. »

Front chiite

Tandis que les Occidentaux tergiversent, Bachar el-Assad a repris un peu de terrain au prix fort, grâce à l’appui déterminant de l’Iran et de milliers de supplétifs du Hezbollah libanais, sans se cacher d’opposer un front chiite face au monde sunnite. Avec le soutien de Moscou qui ne faiblit pas.

Après la ville de Qusair, reconquise mais quasiment détruite, l’armée de Bachar el-Assad et ses alliés libanais tournent leur attention sur Alep, où une victoire militaire serait un signal fort d’inversion de tendance.

Dans ce contexte, le sommet du G8 en Irlande du Nord n’avait de décontracté que la façade pour les photographes : à sept contre un, Poutine le judoka était dans son élément, et il n’a rien cédé.

 


De gauche à droite, Angela, Vladimir, David, Barack et François au G8 mardi (Yves Herman/AP/SIPA)

 

Poutine avait déjà gagné une première manche dès lors que John Kerry, le Secrétaire d’Etat américain, était venu à Moscou pour obtenir le soutien de Moscou à une nouvelle conférence de paix sur la Syrie à Genève, mettant fin aux rodomontades sur la chute prochaine du régime de Damas...

A Enniskillen, c’est autour du « langage » de la déclaration finale que se sont opposés les diplomates, faute de mieux, dans la perspective de ce « Genève 2 » dont la date ne cesse d’être reportée, et sur laquelle plane une ambiguïté de taille : les Occidentaux voient dans cette conférence l’occasion d’une transition soft, les Russes une chance de conforter le régime de Damas...

En étant l’empêcheur de « débachariser », Vladimir Poutine n’aura fait que renforcer son image de dirigeant autoritaire cynique auprès de ceux qui ne l’aimaient déjà pas. Mais il renforce son image de « dur » en interne comme en externe, face à des Occidentaux peu convaincants.

 

MERCI RIVERAINS ! Artefact75000
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 17:31

 

 

Le Monde.fr

 27.05.2013 à 05h58 • Mis à jour le 27.05.2013 à 19h26

 

 

Guerre chimique en Syrie - Sur le front de Damas 1/5

 

 

 

Jobar (Damas, Syrie), envoyé spécial. Une attaque chimique sur le front de Jobar, à l'entrée de la capitale syrienne, cela ne ressemble d'abord à rien. A rien de spectaculaire. A rien, surtout, de détectable. Tel est le but recherché : lorsque les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) les plus avancés dans Damas comprennent qu'ils viennent d'être exposés à des produits chimiques par les forces gouvernementales, il est trop tard. Quel que soit le gaz utilisé, il produit déjà ses effets, à quelques centaines de mètres seulement d'habitations de la capitale syrienne.

Au début, il n'y a eu qu'un bruit modeste, un choc métallique, presque un cliquetis. Et dans le fracas des combats du jour dans le secteur "Bahra 1" du quartier de Jobar, cela n'a d'abord pas attiré l'attention des combattants de la brigade Tahrir Al-Sham ("Libération de la Syrie"). "On a pensé à un obus de mortier qui n'avait pas explosé, et personne n'y a vraiment fait attention", explique Omar Haidar, responsable opérationnel de la brigade, qui tient ce secteur avancé, à moins de 500 mètres de la place des Abbassides.

 

PAS D'ODEUR, PAS DE FUMÉE


 

Les combattants de la brigade Tahrir Al-Sham viennent de subir une attaque aux gaz toxiques le 13 avril 2013 à Jobar, à l'entrée de la capitale syrienne.

 

Cherchant ses mots pour décrire ce son incongru, il le compare à "une canette de Pepsi qui tomberait par terre". Pas d'odeur, pas de fumée, pas même un sifflement indiquant l'éjection d'un gaz toxique. Puis sont apparus les symptômes. Les hommes toussent violemment. Les yeux brûlent, les pupilles se rétractent à l'extrême, la vision s'obscurcit. Bientôt, surviennent les difficultés respiratoires, parfois aiguës, les vomissements, les évanouissements. Il faut évacuer les combattants les plus touchés, avant qu'ils n'étouffent.

De cela, les envoyés spéciaux du Monde ont été témoins plusieurs jours d'affilée dans ce quartier à la sortie de Damas, où la rébellion a pénétré en janvier. Depuis, l'enjeu de Jobar est crucial pour l'ASL comme pour le pouvoir. Mais, au cours d'un reportage de deux mois dans les environs de la capitale syrienne, nous avons réuni des éléments comparables dans une couronne beaucoup plus large. La gravité des cas, leur multiplication, la tactique d'emploi de telles armes montrent qu'il ne s'agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d'une autre classe, bien plus toxiques.

 

"Les gens qui arrivent ont du mal à respirer. Ils ont les pupilles rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort", témoigne un médecin.

 

Sur le front enchevêtré de Jobar, où les lignes ennemies sont si proches qu'on s'y insulte parfois presque aussi volontiers qu'on s'y entretue, les scènes d'attaque au gaz apparaissent ponctuellement courant avril. Pas de diffusion massive, sur des kilomètres, mais un usage occasionnel et localisé par les forces gouvernementales, visant les points de contact les plus durs avec un ennemi rebelle tout proche. Le secteur est le point d'entrée le plus en profondeur dans l'intérieur de Damas des groupes de l'ASL. Une guerre sans merci s'y déroule.

 

 PREMIÈRE ATTAQUE EN AVRIL

Dans le secteur "Bahra 1", l'un des plus avancés en direction de la grande place stratégique des Abbasides, l'un des verrous de Damas, les hommes d'Abou Djihad, dit "Arguileh" ("narguilé"), ont subi leur première attaque de cette nature le soir du jeudi 11 avril. Tous ont d'abord été pris au dépourvu. Ils avaient entendu parler des "gaz" utilisés sur d'autres fronts, dans d'autres régions de Syrie (notamment à Homs et dans la région d'Alep) au cours des mois écoulés, mais que faire, une fois confronté au phénomène ? Comment se protéger sans abandonner les lieux et offrir une victoire facile à l'ennemi ? "Certains hommes ont évacué, d'autres sont restés paralysés par la panique. Mais la position n'a pas été abandonnée. On ordonnait aux soldats montant au front de se munir de foulards mouillés pour se protéger le visage", explique un combattant.

Lire aussi l'analyse (édition abonnés) : Armes chimiques en Syrie : le débat escamoté

Dans la foulée, une poignée de masques à gaz ont été distribués, destinés en priorité aux hommes qui tiennent des positions fixes, là où un simple mur marque parfois la limite du territoire rebelle. D'autres se contentent de la protection dérisoire de masques chirurgicaux.

 

Dans le quartier de Jobar, le 4 avril 2013, les combattants de la brigade Tahrir Al-Sham (Libération de la Syrie) progressent vers la ligne de front.

 

Les hommes commandés par "Arguileh" ne sont pas les seuls à avoir subi une attaque au gaz dans les parages. Plus près du marché à la viande voisin, où sont stationnés des chars du gouvernement, les "forces spéciales" des rebelles de la Liwa Marawi Al-Ghouta ont été exposées à des concentrations – sans doute plus importantes encore – de composés chimiques, à en juger par les effets produits sur les combattants. Nous les retrouverons dans les heures suivantes dans les hôpitaux, luttant pour survivre.

 

 DES HOMMES REVÊTUS DE COMBINAISONS

A Jobar, les combattants n'ont pas déserté leurs positions, mais ceux qui restent sur les lignes de front, pupilles rétractées, la respiration sifflante, sont "terrorisés et essaient de se calmer par des prières", admet Abou Atal, l'un des combattants de Tahrir Al-Sham. Un homme d'une autre brigade est mort dans un secteur voisin. Il s'appelait Ibrahim Darwish. Il est décédé le 18 avril.

Dans la partie nord de Jobar, également visé par une attaque similaire, le général Abou Mohammad Al-Kurdi, commandant de la 1re division de l'ASL (qui regroupe cinq brigades), affirme que ses hommes ont vu des militaires gouvernementaux quitter leurs positions, avant que ne surgissent des hommes "portant des combinaisons de protection chimique", lesquels auraient ensuite disposé sur le sol "des sortes de petites bombes, comme des mines", qui se seraient mises à diffuser un produit chimique dans l'atmosphère.

Ses hommes, affirme-t-il, auraient tué trois de ces techniciens. Où sont les combinaisons de protection saisies sur les cadavres ? Nul ne le sait... Les soldats exposés ce soir-là parlent d'une forte panique, d'une ruée vers l'arrière. Ce ne sont pas les civils ou les sources indépendantes qui risquent d'infirmer ou de corroborer ces affirmations : plus personne ne vit à Jobar, en dehors des combattants imbriqués dans les différents fronts du quartier.

 

Un combattant de la brigade se faufile, le 3 avril 2013, dans des tranchées entre les maisons situées en face de la place stratégique des Abbasides, l'un des verrous de Damas.

 

Cela n'empêche pas de constater l'effet ravageur des gaz employés par le gouvernement syrien aux portes de sa propre capitale. Un jour d'attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril, le photographe du Monde a vu les combattants qui font la guerre dans ces maisons en ruine commencer à tousser, puis mettre leurs masques à gaz, sans hâte apparente, mais en réalité déjà exposés. Des hommes s'accroupissent, suffoquent, vomissent. Il faut fuir immédiatement le secteur. Le photographe du Monde souffrira, quatre jours durant, de troubles visuels et respiratoires. Ce jour-là, pourtant, les émanations de gaz avaient été concentrées dans un secteur voisin.

 

 LIGNE ROUGE

Faute de témoignages indépendants, de nombreux doutes ont plané sur la réalité de l'emploi d'armes chimiques, en général, par les forces gouvernementales, qui en possèdent de très importants stocks, notamment de gaz neurotoxiques, comme le sarin. Plusieurs pays : les Etats-Unis, la Turquie et Israël, ont déclaré posséder des éléments matériels indiquant l'utilisation d'armes de ce type, mais n'ont pas communiqué la nature exacte de leurs preuves, ni décidé si, comme l'avait promis le président Obama en août 2012, le recours à de telles armes par le pouvoir de Damas constituerait le franchissement d'une "ligne rouge" susceptible d'entraîner une intervention étrangère en Syrie contre le régime.

Le pouvoir accuse de son côté l'ASL d'utiliser également des armes chimiques, augmentant la confusion. Pour se convaincre de la réalité de l'emploi de ces composés par l'armée syrienne sur certains fronts, il faut alors interroger les médecins qui, sur place, tentent de soigner ou de sauver les combattants exposés à des gaz. Le 8 avril, à l'hôpital Al-Fateh de Kafer Battna, le plus important centre médical de la région de la Ghouta, large poche rebelle à l'est de Damas, les médecins montrent des enregistrements, sur des téléphones, de scènes de suffocation. Un raclement terrible sort de la gorge d'un homme. C'était le 14 mars et, selon le personnel médical, il venait d'être exposé à des gaz à Otaiba, une ville à l'est de la Ghouta, où le gouvernement syrien mène depuis la mi-mars une vaste opération pour encercler les forces rebelles et couper leur principale route d'approvisionnement.

 

Un combattant de la brigade Tahrir Al-Sham est traité après avoir été touché par des gaz chimiques, le 16 avril 2013.

 

L'un de ces médecins, le docteur Hassan O., décrit soigneusement les symptômes de ces patients : "Les gens qui arrivent ont du mal à respirer. Ils ont les pupilles rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort." Cette description correspond en tous points à celles faites par les autres médecins rencontrés en l'espace de plusieurs semaines dans les alentours de Damas. A quelques variantes près. Selon les endroits, les combattants qui en ont été les victimes affirment que les produits ont été diffusés par de simples obus, par des roquettes, voire par une forme de grenade.

Sur le front de Jobar, à la cinquième attaque de ce type, le 18 avril, les combattants de l'ASL, commandés par Omar Haidar, disent avoir vu tomber, à leurs pieds, un grand cylindre équipé d'un dispositif d'ouverture, d'une longueur d'environ 20 centimètres. S'agissait-il d'armes chimiques, et dans ce cas, diffusant quel type de substances ? Pour répondre avec précision à cette question, il faudrait établir un protocole d'enquête que les conditions du conflit rendent difficiles. Procéder à des prélèvements sur des combattants exposés aux émanations au point de décéder ou d'avoir été obligés d'être hospitalisés, puis les confier à des laboratoires spécialisés à l'étranger. Un certain nombre d'entre eux   ont été réalisés et sont en cours d'étude.

 

 UNE ÉTRANGE ROUTINE

Depuis, à Jobar, des masques à gaz ont été distribués, ainsi que des seringues et des ampoules d'atropine, un produit injectable qui contrecarre les effets des neurotoxiques comme le sarin. Les médecins de la Ghouta suspectent l'utilisation de ce neurotoxique inodore et incolore, dont l'effet coïncide avec les observations faites sur place. Selon une source occidentale bien informée, cela n'empêche pas le pouvoir syrien d'avoir recours à des mélanges de produits, notamment avec des gaz anti-émeutes (lacrymogènes), pour brouiller les pistes et l'observation des symptômes.

Car l'enjeu est de taille, dans le cas où la preuve d'utilisation d'armes chimiques par les troupes de Bachar Al-Assad serait établie. La dissimulation est donc de rigueur. Les gaz utilisés sur les fronts le sont de manière ponctuelle, évitant des épandages massifs qui constitueraient facilement des faisceaux de preuves irréfutables. Il n'en demeure pas moins que le phénomène se répète : jeudi 23 mai, les rebelles affirment qu'une nouvelle attaque aux armes chimiques a eu lieu à Adra, zone d'affrontements très durs entre le pouvoir et les rebelles au nord-est de Damas.

Dans la seconde moitié d'avril, les attaques au gaz sont presque devenues une étrange routine, à Jobar. Sur les lignes de front, les rebelles de l'ASL avaient pris l'habitude de conserver soigneusement leur masque à proximité. On organisait des séances de lavages d'yeux réguliers, avec des seringues remplies de sérum physiologique. L'effet recherché par ces attaques semblait essentiellement tactique, correspondant à ce stade à une tentative de déstabilisation des unités rebelles dans des quartiers où les soldats gouvernementaux ne sont pas parvenus à les déloger, en même temps qu'un test. Si les forces armées syriennes osent ainsi utiliser des armes chimiques dans leur propre capitale, sans déclencher de réaction internationale sérieuse, n'est-ce pas une invitation pour poursuivre l'expérimentation un peu plus largement ?

Jusqu'ici, les cas d'utilisation de gaz n'ont pas été isolés. Le seul ophtalmologue de la région, formé à l'étranger, consulte dans un petit hôpital de Sabha dont il souhaite qu'on dissimule la localisation exacte. A lui seul, il a dénombré 150 personnes touchées en l'espace de deux semaines. Près des zones touchées par les gaz, il a organisé des douches pour que les combattants exposés aux produits chimiques puissent se laver et changer d'habits pour éviter de contaminer ensuite les personnels des centres de soins.

 

 REMÈDE DE CHEVAL

Pour sauver les soldats dont les problèmes respiratoires sont les plus graves, il faut les porter dans le long dédale à l'intérieur de maisons dont les murs ont été percés, franchir les tranchées et tunnels creusés pour éviter les tireurs ennemis, pour arriver à une ambulance de fortune, garée sur une placette un peu en retrait, et foncer dans des rues exposées aux balles et aux obus, pied au plancher, pour atteindre un hôpital du front avant que les combattants ne meurent, étouffés.

A l'hôpital islamique de Hammouriya, installé dans un hangar discret, le docteur assure, le 14 avril, avoir reçu, deux heures auparavant, un combattant du front de Jobar, en grande difficulté respiratoire, avec un rythme cardiaque "devenu fou". Pour le sauver, il dit avoir effectué quinze injections successives d'atropine, ainsi que de l'hydrocortisone. Un remède de cheval, pour un cas désespéré.

La veille, dans la nuit, l'une des ambulances qui tentait d'évacuer des hommes gazés a été touchée par les tirs d'un sniper. Le chauffeur a été blessé. Le lendemain matin, les ambulanciers sont parvenus à passer la route à vitesse maximale, sous le tir d'un tank, et ont atteint cette zone du front, où une nouvelle nappe de produits chimiques venait d'être répandue. "Lorsqu'on est arrivés, on a trouvé tout le monde par terre", témoigne un infirmier d'un autre centre hospitalier de Kaffer Batna, qui ne peut donner son nom de peur des représailles contre sa famille installée en zone gouvernementale.

Au cours de la matinée, dans la cour de cet hôpital installé dans un parking en sous-sol pour se protéger des tirs des Mig ou de l'artillerie gouvernementale, le chaos règne. Les soldats sont allongés aux côtés de cinq aides soignants contaminés à leur tour à leur contact. On n'a pas terminé le décompte des soldats, qui arrivent au fil des transferts depuis le front, et sont déjà quinze au total. On court dans les salles de fortune, pour distribuer l'oxygène, réaliser des injections.

 

 DES MÉDICAMENTS DE PLUS EN PLUS RARES

Le docteur Hassan, responsable de l'hôpital, est allongé dans son minuscule bureau avec un masque à oxygène, tandis qu'on lui administre de l'atropine. Il se consacrait à ces urgences depuis une heure lorsqu'il a perdu connaissance et a commencé à suffoquer. Cet homme lutte depuis des mois pour maintenir en activité son centre de soins, aidé par des volontaires dont certains sont de simples lycéens, alors que le blocus de la région par les forces gouvernementales a pour conséquence de rendre les médicaments de plus en plus rares. Les anesthésiques manquent, les chirurgiens improvisés en sont réduits à utiliser des produits vétérinaires, comme la kétamine. La morphine a disparu. Et les stocks d'atropine ne devraient pas durer très longtemps. Le docteur a réalisé des prélèvements d'échantillons qui ont été, à travers mille difficultés, sortis en contrebande de la région. Il faudra encore quelques semaines pour connaître le résultat de leur analyse.

 

Selon les endroits, les combattants victimes des gaz chimiques affirment que les produits ont été diffusés par de simples obus, par des roquettes, voire par une forme de grenade.

 

En se rendant dans huit centres médicaux de la partie est de la Ghouta, les envoyés spéciaux du Monde n'ont trouvé que deux établissements dont les responsables médicaux déclaraient ne pas avoir reçu de combattants ou de civils touchés par des attaques au gaz. A Nashibiyya, les médecins ont reçu jusqu'à soixante cas en un seul jour, en provenance du front d'Otaiba, le 18 mars. La modeste structure n'avait pas les moyens de faire face à cet afflux, manquant en particulier d'oxygène. Il y a eu cinq morts, par étouffement. Quelques jours plus tard, conscients de la gravité de la situation, les médecins ont fait exhumer les dépouilles de ces victimes en présence d'autorités locales et religieuses, et ont procédé à des prélèvements de tissu qu'ils ont tenté d'expédier vers un pays voisin. Certains de ces échantillons ont été confiés à un petit groupe de combattants qui a tenté de briser l'encerclement de la région par les forces gouvernementales. A ce jour, les médecins de Nashibiyya disent ignorer si les prélèvements sont arrivés à bon port.

 

 "LES MALADES DEVENAIENT COMME FOUS"

A une dizaine de kilomètres, à l'hôpital de Douma, sous contrôle de la brigade Al-Islam, les médecins disent avoir reçu 39 patients après l'attaque chimique du 24 mars sur la ville d'Adra. Deux hommes sont décédés dans les locaux. L'un des médecins note qu'au bout de deux jours, "les malades devenaient comme fous". Marwane, un combattant présent sur les lieux de l'attaque d'Adra, affirme avoir vu "des roquettes arriver sur le front et dégager une lumière orange", et que, lors de son propre transfert à l'hôpital, il a vu "trois hommes mourir dans les véhicules sur la route". Dans le contexte de chaos qui règne dans la région de la Ghouta, civils et militaires meurent souvent avant d'avoir pu atteindre un centre médical.

Adra, Otaiba et Jobar sont les trois points où l'utilisation de gaz est décrite par les sources locales de la région depuis le mois de mars dans la région de Damas. Une différence émerge : à Jobar, les produits ont été utilisés de manière plus prudente et plus localisée. En revanche, sur les fronts plus éloignés, comme Adra et Otaiba, les quantités estimées par rapport au nombre de cas arrivés simultanément dans les hôpitaux sont plus importantes.

Mais les attaques chimiques ne sont pas la seule activité des hôpitaux de la région. Deux heures avant l'arrivée des envoyés spéciaux du Monde, quatre enfants aux corps lacérés, déchiquetés par des bombes de Mig, avaient été amenés en urgence à Douma. A peine stabilisés, ils ont dû quitter l'hôpital, sans espoir d'être évacués de Syrie. Sans doute, comme beaucoup, sont-ils morts en route. Les infirmiers ont filmé ces corps martyrisés, ces hurlements de douleur. "Ça, vous voyez, c'est tous les jours, et pour nous, c'est encore plus grave que les attaques chimiques : on en est arrivés là", commente, avec un regard anéanti, le médecin, qui ne peut, lui non plus, dire son nom.

 Jean-Philippe Rémy
journaliste au Monde.fr

 


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