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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 21:13

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Transition

En Australie, une centrale exploitée par Engie confronte les habitants à un cruel dilemme : la pollution ou le chômage

par

 

 

 

En Australie, la multinationale française Engie possède une centrale électrique au charbon, Hazelwood, qui figure parmi les plus polluantes du monde. Il y a deux ans, la mine qui l’alimente a subi un immense incendie, qui a ouvert les yeux des habitants sur les risques environnementaux et sanitaires importants que ces activités industrielles font peser. Mais la peur d’une fermeture abrupte de la mine et de la centrale, dans une région économiquement sinistrée, reste forte. Après des années à subir des conséquences de l’exploitation du charbon, les travailleurs et les riverains vont-ils se retrouver une nouvelle fois victimes, cette fois de la transition pour sortir des énergies fossiles ?

« C’était abominable », se souvient une habitante. Il y a deux ans, un gigantesque incendie a ravagé pendant 45 jours la mine à ciel ouvert Hazelwood, dans l’État de Victoria en Australie. Un événement marquant dans l’histoire du site et de la centrale électrique adjacente, toutes deux propriétés du groupe énergétique français Engie (ex-GDF Suez). Cette centrale au lignite, la forme la plus « sale » du charbon, figure parmi les plus polluantes de monde. Et beaucoup s’accordent à dire que le sous-investissement imposé à Hazelwood par sa société mère est responsable de l’énorme incendie de la mine.

Les dernières braises ont été éteintes en mai 2014. Les dégâts se chiffrent en dizaines de millions de dollars. La petite ville voisine de Morwell, à 150 kilomètres de Melbourne, a été plongée dans la fumée, mais plusieurs semaines se sont écoulées avant que les autorités n’encouragent les habitants à partir. Les gens se sont plaints de difficultés respiratoires, de maux de tête, de problèmes de peau. « Les taxis refusaient de venir à Morwell », se souvient Wendy Farmer, habitante de Morwell qui a fondé le groupe « Voices of the Valley » suite à l’incendie de la mine. « La plupart des enfants ont été évacués, mais de nombreuses personnes âgées ont refusé de partir. Elles mettaient des serviettes humides autour de leurs portes et de leurs fenêtres pour empêcher la fumée d’entrer. »

Chacun à son histoire à raconter : « D’abord, ce sont les petits animaux qui ont commencé à mourir, puis les gros. Mes voisins, une famille avec des enfants en bas âge, ont abandonné leur maison et ne sont toujours pas revenus un an après : les enfants ont trop peur à cause de leur chat et de leur chien qui sont morts. » « La cendre était partout : mon ordinateur a cessé de fonctionner, je l’ai ouvert pour regarder dedans, il en était plein. » Presque tous dénoncent la lenteur de la réaction, les problèmes de coordination et l’absence de communication des dirigeants locaux d’Engie et des autorités de l’État de Victoria. Pendant que la mine brûlait, la centrale continuait à opérer.

 

Un incendie aux conséquences minimisées

Une fois l’incendie maîtrisé, les autorités s’empressent d’en minimiser les conséquences, alors même que des taux extrêmement élevés de particules fines et de monoxyde d’azote sont mesurés dans l’air. Une responsable des services de santé de l’État va même jusqu’à dire que son avis personnel est que le feu a eu un bilan globalement positif sur la mortalité dans la zone — une affirmation démentie par les études partielles réalisées depuis ! Engie estime pour sa part qu’il n’y a pas de preuve que l’incendie ait entraîné une surmortalité dans la région.

« Ils nous ont dit que l’exposition aux fumées et aux particules fines ne poserait pas de problèmes de santé, mais ils nous ont quand même donné de l’argent. Pendant quelques semaines, il y avait foule chez les marchands d’alcool de Morwell, à cause de tout cet argent liquide distribué. » En termes de compensation concrète, les mesures sont dérisoires : le conseil municipal distribue à tous les habitants un seau, un masque et des gants pour nettoyer leur maison, avec un bon d’achat pour le pressing et un autre pour le lavage de leur voiture…

 

Un désastre évitable

Pour expliquer la catastrophe, les dirigeants locaux d’Engie ont fait valoir que l’incendie a été causé par un concours de circonstance exceptionnel, et suggéré que le départ du feu, à l’extérieur de la mine, était dû à une intervention humaine. Mais les habitants de Morwell donnent une autre version de l’histoire. Selon Wendy Farmer, les dirigeants de l’usine étaient absents pendant le week-end où s’est déclaré l’incendie, alors même qu’ils savaient bien que des feux ravageaient les environs et que la saison — l’été austral — était propice à leur contagion. D’autres, y compris d’anciens travailleurs, dénoncent les effets du sous-investissement sur le site, le non remplacement des équipements anti-incendie, la réduction de la maintenance au strict minimum, alors même qu’un précédent incendie, en 2008, aurait dû servir d’avertissement. D’autres encore pointent le lignite laissé à l’air libre en plein été, malgré son caractère hautement inflammable, et l’absence de réhabilitation des sections de la mine après leur exploitation. Un incendie serait survenu le même jour dans la mine de Yallourn, à quelques kilomètres de là, et aurait été rapidement contenu parce que celle-ci est beaucoup mieux entretenue et revégétalisée.

 

Engie a toujours réfuté ces accusations, faisant valoir que les mesures de sécurité en place étaient conformes à la législation. L’entreprise indique avoir entrepris depuis l’incendie des efforts significatifs pour réhabiliter la mine et renforcer les dispositifs de prévention. Elle a aussi cherché à améliorer sa communication à destination de la communauté et à retisser des liens avec celle-ci, en donnant davantage d’argent aux clubs sportifs et aux groupes locaux.

 

Nouvelle enquête et procédures judiciaires

Les choses auraient pu en rester là. Une première commission d’enquête, mise en place en 2014 avec un mandat restreint, a confirmé que l’incendie aurait pu être facilement évité avec des mesures de sécurité et de prévention adéquates. Engie s’est empressée de suivre ses recommandations. Mais c’était sans compter sur le mécontentement persistant des habitants, et sur l’arrivée au pouvoir de l’opposition travailliste dans l’État de Victoria, à la fin de l’année 2014. Une nouvelle commission d’enquête, plus large, a été mise en place, avec les mesures de suivi environnemental, sanitaire et épidémiologique à long terme réclamées depuis de nombreux mois par les habitants de Morwell. Et l’incendie a fini par donner lieu à des procédures judiciaires.

Ce sont d’abord les pompiers qui ont engagé des poursuites pour forcer la filiale locale d’Engie à régler la facture de l’extinction de l’incendie, estimée à 18 millions de dollars australiens (11,5 millions d’euros). L’entreprise avait refusé de payer, sous prétexte qu’elle paie déjà une taxe spécifiquement destinée à financer les services des pompiers. Puis ce fut au tour de l’agence de l’État de Victoria en charge de la santé et sécurité au travail d’initier une procédure contre Engie pour violation de ses obligations réglementaires. Enfin, en mars dernier, l’Agence de l’environnement de l’État s’est résolue à initier des poursuites contre Engie, pour pollution de l’air.

Les amendes encourues par l’entreprise française – qui a vigoureusement dénoncé ces deux dernières procédures, les estimant « sans base sérieuse » — s’élèveraient au maximum à une quinzaine de millions de dollars australiens (10 millions d’euros).

 

Peur que la centrale ne plie bagages

A l’occasion de la Conférence sur le climat de Paris, Engie et EDF ont annoncé qu’elles abandonnaient tout nouveau projet dans le secteur du charbon, principale source de gaz à effet de serre au niveau mondial, pour rediriger leurs investissements vers des sources d’énergies plus vertes. Une bonne nouvelle, sans doute. Mais la page du charbon est loin d’être définitivement tournée pour nos deux champions nationaux, qui possèdent encore plusieurs dizaines de centrales au charbon dans le monde, pour la plupart anciennes. Tout dépend également de la manière dont s’opère cette « sortie » du charbon. Et dans l’État de Victoria en Australie, cette question est loin d’être simple.

Autrefois florissante, la ville de Morwell a vu sa situation économique et sociale se dégrader progressivement depuis la privatisation de la mine Hazelwood, dans les années 1990. Si les habitants s’inquiètent de plus en plus des conséquences de la mine et de la centrale pour leur santé, cette préoccupation le dispute à une autre peur, plus immédiate : celle que les dirigeants d’Engie, à des dizaines de milliers de kilomètres, ne décident soudain de tout arrêter et de partir, ne laissant derrière eux que des sommes dérisoires pour la réhabilitation du site et la reconversion des employés.

Ayant déjà souffert de la gestion purement financière des propriétaires successifs de Hazelwood, les travailleurs et les riverains craignent aujourd’hui les conséquences d’une nouvelle décision financière, de désinvestissement cette fois, parée des habits de la « transition énergétique ». Une histoire terrible et typique à la fois, comme il en existe des centaines dans le monde, partout où des communautés se sont soudées et ont prospéré autour de mines ou de centrales électriques. Elles sont aujourd’hui confrontées à la perspective de voir s’évanouir définitivement ce qui avait fait leur richesse et leur identité.

 

Une des centrales les plus polluantes du monde

Inaugurées au tout début des années 1970, la centrale et la mine de Hazelwood sont situées au cœur de l’un des principaux gisements de lignite au monde, dans la vallée de Latrobe. « Ce sont des gisements faciles à exploiter, explique Nicholas Aberle de l’organisation écologiste Environment Victoria. Ils permettent de produire une électricité bon marché. » La vallée compte deux autres mines, celles de Loy Yang et de Yallourn, ainsi que trois autres centrales électriques, dont celle, moins ancienne, de Loy Yang B, dont Engie détient 70 %. Ce sont des acquisitions récentes pour le groupe français [1].

 


La vallée de Latrobe : en rouge, les centrales ; en gris foncé, les mines ; en gris clair, les zones urbaines.

 

Côté pile, la mine de Hazelwood, qui s’étend sur 3 500 hectares, produit 15 millions de tonnes de charbon, tandis que la centrale, d’une capacité de 1 542 MW, génère un quart des besoins en électricité de l’État de Victoria. Les deux sites emploient quelques centaines de personnes. Côté face, Hazelwood émet presque 16 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère chaque année – soit 2,8% des émissions totales de l’Australie. Comme le rappellent les Amis de la terre, elle figure dans le peloton de tête des classements des centrales à charbon les plus polluantes et les plus inefficientes au monde. Sans parler de la dégradation de l’environnement local et de ses conséquences pour la santé : leur coût a été estimé à 900 millions de dollars australiens annuels (580 millions d’euros) par une étude commanditée par Environment Victoria !

 

Pour Engie, revendre plutôt que fermer

Depuis de nombreuses années, les écologistes cherchent à obtenir, à coup de manifestations et d’actions de blocage, la fermeture de Hazelwood. Selon eux, l’offre d’électricité dans l’État de Victoria serait déjà excédentaire de 2 000 MW, plus que la capacité de la centrale. À l’occasion de la COP21, ils ont adressé une lettre solennelle à François Hollande pour lui demander de faire pression sur Engie, propriété de l’État français à 33%, afin d’obtenir cette fermeture. En vain. L’industrie du charbon reste puissante en Australie. La préservation de l’emploi, dans une région économiquement sinistrée, est presque une question de vie et de mort. Et les entreprises comme Engie et EDF ne cherchent en aucun cas à fermer leurs centrales à charbon. L’objectif est plutôt de les revendre.

Mais le bénéfice pour le climat de telles opérations est nul : « L’impact de ces ventes pourrait même être négatif : afin d’obtenir des retours sur investissement suffisants, dans un contexte mondial de déclin du marché du charbon, les acquéreurs seraient poussés à maintenir les centrales en activité, peut-être plus longtemps encore que ne l’auraient fait les opérateurs français », dénoncent les Amis de la terre, le Réseau action climat et Oxfam France dans une note récente. Les repreneurs risquent également de se montrer moins scrupuleux du point de vue social.

 

 

De fait, le recentrage stratégique affiché aujourd’hui par Engie est au moins autant dû à des raisons financières qu’à des considérations environnementales. Il signe surtout l’échec des acquisitions tous azimuts du groupe, presque exclusivement dans le secteur des énergies fossiles, suite à la fusion entre GDF et Suez [2]. L’entreprise a déjà annoncé la vente de plusieurs centrales à charbon, en Inde, en Indonésie, aux États-Unis [3]. Autant d’opérations doublement gagnantes pour Engie : d’un côté, l’entreprise renfloue ses caisses, de l’autre elle voit son portefeuille énergétique devenir de plus en plus vert par la magie des cessions. Mais pour Hazelwood, la tâche paraît autrement plus ardue. Engie avait déjà signalé sa volonté de s’en débarrasser bien avant la COP21, sans trouver de repreneur [4].

 

Une communauté déstabilisée par la privatisation

Si les écologistes de l’État de Victoria et au-delà ont fait de Hazelwood une cible prioritaire, la plupart des habitants de la vallée de Latrobe ne voient pas ces ingérences d’un très bon œil. Ils sont nombreux à évoquer l’époque où la mine et la centrale appartenaient encore à l’entreprise publique d’électricité du Victoria, aujourd’hui démantelée, comme d’un âge d’or. « Tout le monde avait un travail... du moins tous les hommes, se souvient Wendy Farmer. Ceux qui étaient intelligents étaient ingénieurs, la plupart étaient ouvriers, et même à ceux qui souffraient de handicaps mentaux, on donnait quelque chose à faire, ne serait-ce que de passer le balai. Au moins les sols étaient propres et tout le monde avait sa place. » L’entreprise s’occupait aussi de l’hôpital et de l’école. De quoi relativiser les problèmes liés à la pollution de l’air, la présence d’amiante dans la centrale, les cancers chez les ouvriers. « Les gens avaient l’habitude de plaisanter sur la "grippe de la vallée" chaque fois que quelqu’un se mettait à tousser. » Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un sujet de plaisanterie.

La privatisation de Hazelwood intervient en 1996. La situation commence alors à se dégrader, sans briser tout à fait l’enchantement. Le nombre d’emplois est drastiquement réduit par paliers successifs, mais ceux qui restent sont encore très bien payés. De nouveaux filtres sont installés, mais pas autant qu’il aurait été nécessaire pour atténuer l’impact environnemental de la centrale. Dans le même temps, la licence d’exploitation de la mine et de la centrale est prolongée de plusieurs décennies. « Il y a eu tellement de restructurations que nous perdons le fil », témoigne un leader syndical. « Les entreprises ont exploité l’outil industriel existant jusqu’à sa limite, en ne considérant que leur taux de profit. Nous avons été soumis à un chantage à l’emploi permanent. »

Les propriétaires successifs de Hazelwood ont cessé de redistribuer la richesse. L’hôpital et l’école sont délaissés, le taux de pauvreté augemente progressivement, tout comme le taux de délinquance. La ville de Morwell se retrouve divisée entre les habitants anciens, qui se souviennent des jours prospères et craignent le chaos social qu’entraînerait une fermeture abrupte de Hazelwood, et les nouveaux arrivants, surtout attirés par les logements bon marché. Jusqu’à ce fameux incendie de 2014, qui a complétement changé la perception des habitants.

 

« L’heure de prendre son destin en main »

Dans le Victoria, les opérateurs miniers doivent souscrire une obligation financière pour couvrir les frais de réhabilitation du site. Dans le cas de Hazelwood, cette obligation, fixée dans les années 1990, s’élève à 15 millions de dollars australiens. Or, selon les chiffres mêmes d’Engie, les frais réels de réhabilitation de la mine s’élèveraient à au moins 80 millions de dollars. Peut-être même jusqu’à 350 millions de dollars, à en croire certains experts. Cette disproportion contribue d’ailleurs à alimenter les craintes : il pourrait se révéler nettement moins cher pour Engie de quitter les lieux du jour au lendemain, en abandonnant les 15 millions, plutôt que de devoir couvrir les frais effectifs de la réhabilitation.

Le nouveau gouvernement de l’État de Victoria a récemment annoncé son intention d’augmenter significativement le montant mis en réserve par les opérateurs actifs dans la vallée de Latrobe pour la réhabilitation de leurs mines – avec pour effet de porter l’obligation d’Engie de 15 à presque 75 millions de dollars australiens. Reste à voir si les entreprises concernées accepteront de mettre la main à la poche.

Depuis l’incendie, les habitants de Morwell, jusqu’alors farouchement opposés à la fermeture de la mine et de la centrale, commencent à comprendre que celle-ci est inéluctable. Et à se demander si la préservation de l’emploi dans le secteur de charbon vaut réellement tant d’inquiétudes pour leur santé et celle de leurs enfants. « Jusqu’à l’incendie, la mine et la centrale bénéficiaient encore d’une acceptabilité sociale à Morwell – au contraire du reste de l’État de Victoria, admet le leader syndical. L’incendie y a porté un coup fatal. » Ce qui ne veut pas dire que le ressentiment contre les « écolos » de Melbourne, accusés de vouloir fermer Hazelwood sans se préoccuper de reconversion, soit apaisé. Les travaux de réhabilitation des mines créeraient certes de l’emploi, mais rien de durable ni de comparable aux conditions avantageuses offertes par Engie et ses concurrentes. Pour Wendy Farmer, dont le mari est employé de la centrale, l’heure est néanmoins venu pour la communauté de Morwell de « prendre son destin en main ».

Olivier Petitjean, à Hazelwood

— 
Photos : Mriya CC (une) ; Takver CC (vues de la centrale et de la mine de Hazelwood).

Cet article a été initialement publié sur notre Observatoire des multinationales

Notes

[1Le groupe les a récupérées en rachetant International Power en 2010-2012.

[2Le rachat à prix d’or d’International Power en 2010-2012, avec son portefeuille de centrales polluantes comme Hazelwood, en est l’exemple emblématique. Engie a dû déprécier ses actifs de 15 milliards d’euros en 2013, principalement sur des centrales au gaz européennes d’acquisition récente ; le groupe a à nouveau déprécié près de 9 milliards d’euros d’actifs en 2015, cette fois sur les activités de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Aujourd’hui, Engie déclare cibler principalement des cessions dans les activités exposées aux variation de prix du marché ou du cours des matières premières — autrement dit se recentrer sur les activités « régulées », où le taux de profit est largement garanti par les autorités publiques.

[3Engie a ainsi conclu la vente de centrales à charbon en Inde et en Indonésie, au profit de firmes respectivement indienne et qatari. Ses centrales et autres actifs aux États-Unis sont en cours de cession à la firme Dynegy alliée à un fonds d’investissement – une opération qui peut susciter des craintes quant à ses implications sociales et environnementales, au vu de l’histoire de Dynegy. Quant à la centrale au charbon de Rugeley, au Royaume-Uni, elle devrait cesser toute activité à l’été 2016.

[4Elle a tout de même réussi en 2013 à revendre 28% de ses parts dans Hazelwood et Loy Yang B au groupe japonais Mitsui. D’autres firmes asiatiques intéressées par l’acquisition du reste des parts semblent avoir renoncé. Voir ici.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 14:01

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Du pétrole dans les crises économiques

24 mai par Robin Delobel , Mathieu Auzanneau

 
 

Photo by Val K. du collectif Bon Pied Bon Oeil

 

Le système économique dominant repose entièrement sur la croissance, elle-même largement dépendante du pétrole. En vue de comprendre plus amplement le rôle de cette énergie vitale pour nos économies, nous avons interrogé Matthieu Auzanneau, auteur de « Or noir, la grande histoire du pétrole » et rédacteur du blog « Oil man » sur le site du journal Le Monde.

Comment expliquer qu’en ce début d’année 2016, le prix du pétrole continue de baisser alors que ce prix très bas a provoqué de nombreuses faillites d’entreprises pétrolières aux États-Unis ? Ne doit-on pas s’attendre à une hausse ?

Mathieu Auzanneau : Avant de répondre à cette question précise, il faut remonter plus loin dans le temps. D’abord quand on a vu les cours du baril s’effondrer, lors de l’été 2014, les gens qui étaient focalisés sur les questions pétrolières se sont dit « c’est grave, c’est un phénomène qu’il faut attribuer essentiellement à ce qu’il se passe du côté de l’offre ». On a ce boom inattendu des pétroles de schiste aux États-Unis qui crée une surabondance. Mais avec le recul, on s’est aperçu qu’en réalité ce n’est pas le cours du baril qui s’effondrait mais les cours de toutes les matières premières, notamment tous les grands métaux et le charbon.

C’est clairement un phénomène qui se déroule du côté de la demande. Le facteur explicatif majeur est le ralentissement de la demande chinoise et par conséquent un ralentissement de la croissance mondiale. Car nous sommes aujourd’hui dans une situation dans laquelle la moitié de ce qui constitue la croissance mondiale vient de la Chine. Seconde raison, l’évolution de la progression de la production mondiale de pétrole : on est sur le même rythme de croissance depuis les années 80. La cause de l’effondrement du cours du baril n’est donc pas une surabondance totalement hors norme de la production, attribuée notamment aux pétroles de schistes. En réalité, la pente de la production est toujours croissante. On n’est pas encore au pic pétrolier. Je pense que l’on n’est pas très loin du sommet, mais le boom du pétrole de schiste n’a pas eu pour résultat une expansion hors norme de la production mondiale de pétrole. Il y a une raison très simple à cela, toujours si l’on regarde les choses avec une vue d’ensemble, pas seulement ces deux dernières années, on s’aperçoit que du point de vue du pétrole conventionnel, qui constitue entre 75 et 80 % de ce qu’on met dans nos réservoirs, (c’est-à-dire du pétrole liquide classique), la production a atteint son pic en 2005. Elle ne croît plus.

Depuis dix ans, cette production est sur un plateau. Elle ne s’est maintenue que grâce à l’envolée sans précédent du cours du baril qui a permis à l’industrie de faire un effort d’investissement énorme pour maintenir la production. Pour donner un exemple, les capitaux investis dans la production pétrolière (CAPEX) ne représentent pas forcément la recherche de nouveaux champs pétroliers. Cela consiste essentiellement à rajouter des pailles dans les verres qu’on a déjà commencé à boire : rajouter des puits, faire des puits plus puissants, pomper plus fort ... dans des zones qui sont généralement celles du pétrole conventionnel.

Le maintien de cette production de pétrole classique est déjà un exploit de la part de l’industrie mondiale, à peu près tout autour du globe. Cette industrie est dans une course sur un tapis roulant, le tapis roulant en sens inverse étant le déclin d’un très grand nombre de zones pétrolifères dites matures. La Mer du Nord est un cas d’école. C’est une zone pétrolifère qui a été exploitée tardivement, développée à la faveur des chocs pétroliers des années 70. C’est l’envolée des cours du baril qui a permis de rendre rentable le fait d’aller chercher du pétrole en mer du Nord, avec des installations qui à l’époque étaient aussi hors normes que celles du gaz de schiste aujourd’hui.
Cette production de la Mer du Nord est entrée en déclin irréversible en 2000, pour des raisons géologiques. Là il n’y a pas de problème de guerre, ni de problème d’accès aux capitaux.

Aujourd’hui, un grand nombre de pays pétroliers anciens, comme le Venezuela, l’Indonésie, le Mexique, le Congo Brazzaville, le Gabon, qui ont été très longtemps des producteurs majeurs, sont à présent sur le déclin. Il faut donc des investissements énormes pour compenser cette baisse. Si les investissements ralentissent, il est très clair que la production en Russie, en Iran, entrera aussi en déclin.


Et donc par rapport à la situation actuelle, les investissements sont en train de décliner...

MA : Oui, c’est la question du moment. Mais pour l’instant parlons encore de ce pétrole conventionnel. C’est très important d’analyser la substance du problème plutôt que ce symbole qu’est le pic. On a depuis 2005 un plafonnement de la production de pétrole conventionnel, qui n’a été possible qu’en triplant les investissements. L’industrie mondiale est passée de, grosso-modo, 200 milliards à quelque chose comme 600-700 milliards de dollars investis. Tout le monde n’a pas réussi à maintenir sa production. Total par exemple, qui a triplé ses investissements, a vu sa production décliner d’un quart.

Le boom du pétrole de schiste implique de forer cent fois plus de puits pour espérer maintenir une production élevée Maintenant parlons des pétroles non conventionnels. Tout ce qui a permis de continuer à augmenter la production mondiale, ce sont les pétroles non conventionnels, des pétroles de nature différente ou qui s’exploitent de manière différente et qui ont pour point commun d’être beaucoup plus coûteux à exploiter (pétroles de schistes, sables bitumineux, pétroles dits extrêmes par exemple au large du Brésil). C’est grâce à cette envolée des prix sans précédent depuis le milieu des années 2000 jusqu’à l’été 2014 que tous ces pétroles ont pu être mis en production très massivement.
On a une interrogation très importante : savoir ce qui va se passer maintenant que les cours du baril se sont effondrés alors que la croissance mondiale a beaucoup de mal à repartir depuis la crise de 2008. Si on était dans un monde aux ressources infinies, ce qui est postulé gentiment par la science économique depuis toujours, et avec une loi de l’offre et de la demande non bornée : une chute des cours du baril à cause de la surabondance de l’offre entraînerait une réduction de l’offre, qui permettrait de retrouver un nouvel équilibre entre l’offre et la demande et les cours du baril pourraient s’ajuster. Les industriels pourraient recommencer à investir et la production repartirait.

Ça, c’est la théorie classique qui postule sans le dire qu’on pioche dans des ressources infinies. Or, ce n’est pas le cas ! L’histoire du pétrole a à peu près 150 ans. On a foré quasiment partout sur Terre et du pétrole conventionnel, on n’en trouve plus. L’horizon ultime serait l’Arctique mais c’est trop cher et trop risqué. C’est le seul endroit où il n’y a pas eu d’exploration géologique complète. Le seul moyen de faire croître la production mondiale, voire ne serait-ce que la maintenir, serait d’aller vers des investissements toujours plus importants dans la production et donc un prix du baril toujours plus élevé. Dans le monde réel ce n’est pas possible. La question aujourd’hui est : l’humanité a-t-elle les moyens financiers de continuer la croissance de la production mondiale de pétrole ? Les éléments qu’on a sous les yeux ne vont pas du tout dans ce sens.

Le boom du pétrole de schiste aux États-Unis consiste à aller chercher le pétrole directement dans les roches mères. Cela suppose une nouveauté d’un point de vue industriel : forer cent fois plus de puits pour espérer maintenir une production élevée. Aujourd’hui, les experts pétroliers de l’administration Obama disent que, même avec toutes les conditions économiques favorables, d’un point de vue technique ce que l’on voit aux États-Unis actuellement ne pourra pas durer au-delà de la prochaine décennie. Cela signifie qu’au cours de la prochaine décennie on verra à nouveau la production pétrolière décliner, faute de réserves disponibles sur une planète aux ressources finies.

L’énorme question posée par la chute du cours du baril - alors qu’il y a beaucoup de gens qui pensent que c’est une nouvelle ère d’abondance pétrolière, bien qu’un certain nombre d’entre nous pense le contraire - est peut-être que cette chute est le signe que l’humanité n’a pas les richesses pour continuer cette course au baril ultime.

Un jour, un prospectiviste de BP m’a donné cette image à propos des pétroles de schistes : « on est exactement comme des rats de laboratoires qui auraient mangé toutes les céréales et qui se trouvent résolus à manger le paquet ».


Donc on se situe sur le plateau ondulent |1| annoncé par les experts de l’ASPO (Association for the Study of Peak Oil) il y a déjà plus de dix ans...

MA : En ce qui concerne les pétroles conventionnels, oui, depuis 2005, en dépit d’un triplement des investissements dans la production. La production mondiale est sur ce qu’on appelle un déclin naturel de la production existante, qui est estimé à 5 % par an. C’est monstrueux. Ça signifie que tous les ans l’industrie doit ajouter l’équivalent d’une Mer du Nord pour maintenir la production. Je ne parle même pas de la développer. Sur dix ans, il faut quatre Arabie Saoudite !

Si on arrête d’investir aujourd’hui, la production ne se maintient pas, mais chute de moitié. Quatre Arabie Saoudite, c’est environ la moitié de la production mondiale de conventionnel, soit environ 40 millions de barils par jour. Cela, sur une production de conventionnel qui est de l’ordre de 75 millions de barils de pétrole. Si on inclut toutes les autres formes de pétrole, le total est de 90 millions de barils par jour.

Jusque dans les années 90, même si on ne faisait rien la production se maintenait parce qu’il y avait des champs plus jeunes, pas encore à maturité. Ces zones à maturité fournissent aujourd’hui l’essentiel des réserves mondiales. Par exemple, l’Arabie Saoudite a augmenté considérablement son activité de forage, dans des champs déjà existants.

Les pays dont le pétrole est la première ressource économique sont de véritables bombes à retardement dont le mécanisme est d’ores et déjà enclenchéPar rapport à cette situation, quel est l’impact pour les pays du Sud fortement dépendants de leurs exportations pétrolières ?

MA : C’est terrible pour eux, il y a des chocs budgétaires radicalement violents pour des pays dont le pétrole est la première ressource économique et fiscale alors que sa valeur est divisée par trois. Au Venezuela, au Nigéria, en Algérie, en Russie, on a des monnaies qui se déprécient, des salaires de fonctionnaires qui ne sont pas payés, une inflation des denrées alimentaires et des prix des biens importés, qui sont en général des biens vitaux. Un certain nombre de bombes économiques et politiques à retardement sont amorcées. Je pense en particulier à l’Algérie où l’on sait très bien que la paix sociale est achetée à flux perdus par le régime, en particulier depuis l’envolée du cours du baril. Aujourd’hui, il y a une forte inquiétude sur la stabilité de ces sociétés.


Ce qui risque de créer une crise de la dette

MA : Oui, bien entendu. De toute façon, nous sommes « sortis » de la crise de 2008 en ajoutant plus de dettes. Un des facteurs qui permettait de se maintenir, pour un certain nombre de pays fragiles politiquement mais très dépendants du pétrole, était le niveau exceptionnellement élevé du cours du baril. Au Mexique, en Russie, en Algérie, au Venezuela, et dans un certain nombre d’autres pays, le danger est élevé. Je rappelle que la dernière fois que le baril s’est effondré autant c’est au milieu des années 80, avec le contre-choc pétrolier. Comme son nom l’indique, c’est le contrecoup des chocs pétroliers. Il y a eu une envolée sans précédent des cours du baril dans les années 70, qui a provoqué une crise économique et une crise de la dette. Le point d’origine de l’endettement massif, aussi bien des pays riches que des pays du tiers monde, ce sont les chocs de 73 et 79. La crise, sur laquelle ont débouché ces chocs pétroliers, a déprimé durablement les cours du baril. Il y a quand même beaucoup de parallèles avec la situation d’aujourd’hui, la croissance mondiale a été déprimée et les cours du baril se sont effondrés.

A ce moment-là, quelle a été la conséquence politique quasiment directe ? L’effondrement de l’URSS. Cela a même été une stratégie délibérée de l’administration Reagan : encourager l’Arabie Saoudite à ne pas fermer les vannes en 1985 pour mettre à genoux l’économie de l’URSS dont la seule et unique source de devises internationales était le pétrole. Gorbatchev l’a dit en personne, un des facteurs fondamentaux de la chute de l’URSS a été la chute des cours du baril pendant les années 80. Les Politiques dajustement structurel datent de la même période. Elles ont touché les pays qui s’étaient le plus largement endettés pendant les années 70, très souvent des pays pétroliers.

Le Mexique par exemple, qui est un grand pays pétrolier, s’était lancé dans des programmes sociaux ambitieux qui ont été complètement sapés par l’effondrement des cours du baril. D’un coup, ces programmes n’étaient plus finançables.

Il est très possible que le nouveau choc pétrolier que l’on est en train de vivre ait des conséquences beaucoup plus massives.

 


Question piège : combien de temps pensez-vous que le pétrole et la dette resteront les moteurs de l’économie capitaliste ?

MA : (Rires) Bonne question !
D’après mes recherches, j’ai tendance à croire que la capacité de notre économie à générer des revenus est directement tributaire de la quantité d’énergie peu chère que l’on peut mettre dans le carburateur de l’économie mondiale. Il y a un lien, sous-estimé jusqu’à présent, entre le niveau de croissance et la quantité d’énergie que vous mettez dans le moteur. On ne saurait trop s’attarder sur le fait que, à mon avis, le big bang de la dette a été provoqué par les chocs pétroliers. Les années 70 représentent le premier moment où l’énergie impose une contrainte au développement de la croissance.

La capacité de notre économie à générer des revenus est directement tributaire de la quantité d’énergie peu chère que l’on peut mettre dans le carburateur de l’économie mondiale


Pas uniquement... pas le seul élément explicatif

MA : Pour expliquer le fait qu’on ait eu plus recours à l’endettement, il y a deux éléments : la fin de l’étalon-or et la crise. D’où vient-elle si ce n’est de l’impact des chocs pétroliers ?


On avance aussi comme explication la hausse des taux d’intérêt de la FED...

MA : Effectivement, mais cette hausse des taux d’intérêt est liée au risque inflationniste. Le Plan Volcker consistait à tuer l’inflation car elle tue les revenus des banques. L’inflation est fondamentalement liée à l’envolée des cours du baril.


Ce rôle fondamental du pétrole dans l’éclatement des crises n’est pas forcément partagé par tous

MA : J’ai consacré beaucoup de temps et de place dans mon livre sur le sujet, en particulier par rapport aux chocs de 73 et 79. Mais le lien entre cours du baril et taux d’intérêts existe aussi au moment de la crise de 2008. Qu’est-ce qui fait éclater la bulle des subprimes ? C’est l’écrasement du spread |2|, l’écart entre le taux d’intérêt directeur de la FED et les taux d’intérêts hypothécaires.

Ce spread a été comprimé entre 2003 et 2006 pour une raison très simple : le comité de direction de la FED s’inquiétait de l’inflation. La raison première de cette inquiétude, était déjà l’augmentation des cours du baril, ce qui impacte des myriades de produits et d’activités. C’est la mère de toutes les matières premières. La FED a remonté ses taux d’intérêt entre 2003 et 2006. Au moment de la crise des subprimes, le spread est totalement écrasé entre les taux d’intérêts courts et les taux hypothécaires. Il y a un phénomène identique en 73, un éclatement de la bulle hypothécaire avec la même chaîne : envolée du cours du baril, hausse des taux d’intérêts, problèmes de solvabilité pour les gens endettés, éclatement de la bulle.


Justement, ne risque-t-on pas d’avoir une situation similaire, voire pire, avec les nombreuses faillites des compagnies pétrolières qui ont beaucoup emprunté auprès des banques ?

MA : C’est une possibilité très grave. Aux États-Unis, l’effondrement du cours du Dow Jones a tiré les cours vers le bas notamment à cause des hydrocarbures. Or on pense qu’avant la chute des cours, un tiers des CAPEX3 étaient des capitaux investis dans le pétrole et le gaz.


Enfin, vous travaillez au Shift Project, pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre travail ?

MA : Nous sommes un groupe de réflexion et de lobbying sur tout ce qui nous parait pertinent dans le domaine de la transition énergétique. Dans l’objectif de sortir le plus vite possible des énergies fossiles, nous faisons des propositions tant vers les politiques que vers les industriels.


Quels types de propositions ?

MA : Notre analyse prend en compte le rôle de l’énergie dans l’économie. La croissance verte par exemple est exclue de notre réflexion. On ne résonne pas avec ces solutions techniques et trop coûteuses. Nous sommes plutôt sceptiques sur la prétendue révolution énergétique en Allemagne. Nous ne proposons pas de solutions clés en main, mais on essaie d’éclairer sur des questions d’arbitrages avant tout.


Cet article est extrait du magazine du CADTM : Les Autres Voix de la Planète

 

Notes

|1| Succession de phases d’expansion et de régression de la production mondiale, avant le déclin terminal

|2| Différentiel des taux d’intérêt

 

 

Auteur

Robin Delobel

Permanent au CADTM Belgique

Auteur.e

 
 

Mathieu Auzanneau

Auteur de Or noir, la grande histoire du pétrole et rédacteur du blog « Oil man » sur le site du journal Le Monde.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 17:05

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Transition énergétique

3500 personnes bloquent l’une des plus grandes mines de charbon au monde

par , Sophie Chapelle

 

 

Ils sont plus de 3500 militants à avoir bloqué pendant 48 heures, entre le 13 et le 15 mai, l’une des plus grandes mines de lignite d’Europe. 20 millions de tonnes de lignite, un « charbon brun » très polluant, sont extraites chaque année de cette mine à ciel ouvert située à Welzow Sud en Allemagne, pays qui figure parmi les plus gros producteurs [1]. Conséquence de cette exploitation, tout ce qui est présent sur les zones convoitées – villages, champs, forêts, exploitations agricoles – a été rasé (voir notre reportage). « Aucune autre énergie ne cause autant d’émissions de CO2 », selon le président de l’association écologiste Bund.

Le vendredi 13 mai, des centaines de militants en combinaisons blanches ont donc pris le chemin de la mine de Welzow Sud. L’enjeu : tenter par tous les moyens, en restant non violents, de paralyser l’exploitation de lignite.

 

 

Alors que la compagnie suédoise Vattenfall, qui avait anticipé l’action, avait déserté le champ d’exploitation, les militants ont pu occuper et bloquer les gigantesques excavatrices qui sortent 240 000 tonnes de charbon par jour. Au même moment, un autre groupe de militants a bloqué les voies ferrées pour barrer la route aux convois de charbon.

 

 

En parallèle, environ 400 personnes sont parties occuper la centrale le samedi après-midi. Trente minutes après avoir pénétré l’enceinte, les militants se sont faits déloger par la police. Au total, 120 personnes ont été arrêtées, avant d’être libérées le dimanche.

 

 

Faute d’approvisionnement en charbon, la centrale de Vattenfall a cessé sa production d’électricité dimanche à la mi-journée. Un signal marquant la fin du blocage pour les militants estimant avoir réussi leur action, en empêchant « le ravitaillement du 10e plus gros émetteur de CO2 pendant plus de 48 heures ». Cette opération baptisée « break free », pour « libérons-nous des énergies fossiles », était initiée par une coalition d’ONG environnementales, au premier rang desquelles figure 350.org.

Leur demande ? Laisser 80 % des hydrocarbures dans le sol afin de rester sous le seuil critique des 2°C de réchauffement que les 195 pays associés à l’accord de Paris sur le climat se sont engagés à ne pas dépasser. Or, cet accord ne mentionne nulle part un engagement des pays à sortir de l’ère des énergies fossiles, pas plus qu’il n’enjoint à aller vers la sobriété énergétique (voir notre décryptage). Les engagements des pays sont seulement volontaires, et sans valeur contraignante...

Depuis le 4 mai, une série d’actions coordonnées ont été menées dans 12 pays – Royaume-Uni, Philippines, Nouvelle-Zélande, Brésil, Australie, Nigeria, Indonésie, Afrique du Sud, États-Unis, Allemagne, Canada et Turquie – pour réclamer une réduction drastique de l’exploitation des énergies fossiles. Selon les relevés publiés par la Nasa, le mois d’avril 2016 est le plus chaud jamais enregistré sur terre.

 

texte : Sophie Chapelle
photos : © Eros Sana - Collectif OEIL

 

 

 

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 13:17

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Allemagne: 120 militants écologistes interpellés

15 mai 2016 | Par La rédaction de Mediapart
 
 

La police allemande a annoncé, dimanche 15 mai, l'arrestation de 120 militants écologistes à la suite de violents affrontements avec les forces de l'ordre au cours d'une manifestation dans l'est du pays, visant à dénoncer le recours aux énergies fossiles.

La police allemande a annoncé, dimanche 15 mai, l'arrestation de 120 militants écologistes à la suite de violents affrontements avec les forces de l'ordre au cours d'une manifestation dans l'est du pays, visant à dénoncer le recours aux énergies fossiles. Les affrontements ont eu lieu samedi quand près de 300 manifestants ont tenté de pénétrer dans l'enceinte de la centrale thermique Schwarze Pumpe appartenant au groupe public suédois Vattenfall, à Lausitz, a précisé la porte-parole de la police. Un groupe de militants a attaqué les gardes de sécurité de Vattenfall, détruit les grillages puis pénétré sur les lieux, a-t-elle détaillé, précisant que des pétards ont également été lancés. Deux manifestants ont été blessés lors des interpellations et emmenés à l'hôpital, a ajouté la police.

La manifestation, à laquelle participaient plus de 2 000 personnes selon les organisateurs, s'inscrivait dans le cadre de la campagne internationale « Break Free », initiée par des ONG telles que Greenpeace ou 350.org, pour exiger une réduction drastique des énergies fossiles. Une porte-parole de la coalition anti-nucléaire et anti-charbon, à l'origine de la manifestation, a accusé pour sa part la police d'être à l'origine des violences, affirmant que les forces de l'ordre étaient intervenues alors que les manifestants s'apprêtaient à quitter le site.

Depuis vendredi, les militants anti-charbon bloquent une mine alimentant la centrale thermique de Schwarze Pumpe. Samedi 14 mai, ils ont réussi à intercepter certains chargements de charbon, contraignant la centrale à réduire sa production.

L'Allemagne, qui va fermer toutes ses centrales nucléaires d'ici à 2022, dépend encore à 42 % du charbon pour sa production d'électricité. Le débat sur la fermeture des centrales au charbon, trop polluantes, a duré toute l'année dernière, les craintes pour l'emploi pesant lourd dans la balance. Seules une douzaine de centrales doivent fermer à moyen terme.

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 13:53

 

Source : http://reporterre.net

 

 

En Allemagne, la bataille pour la fin du charbon est lancée

13 mai 2016 / Violette Bonnebas (Reporterre)
 


 

Depuis ce vendredi 13 mai, 2.000 personnes venues de toute l’Europe participent au week-end d’action contre le charbon organisé en Allemagne orientale. Cet événement s’inscrit dans un mouvement mondial de désobéissance civile en faveur de l’environnement et du climat.

 

- Berlin, correspondance

Le rendez-vous est fixé depuis plusieurs mois et certains ne l’auraient manqué pour rien au monde. Ils sont venus de toute l’Allemagne bien sûr, mais aussi de Suède, du Royaume-Uni, de Slovaquie ou encore de France. Ce vendredi matin 13 mai, dans le village de Proschim, aux confins de l’Allemagne orientale, deux milliers de militants sont attendus pour quatre jours de mobilisation contre l’exploitation du charbon.

Ils ont répondu à l’appel du collectif Ende Gelände (expression signifiant « la limite est atteinte »), composé d’une cinquantaine d’organisations prônant la désobéissance civile afin de « faire passer le climat avant le profit ». Le week-end devrait être marqué par une opération de blocage de tout ou partie de la mine à ciel ouvert de Welzow. En août dernier, une action de ce type avait eu lieu dans l’ouest du pays, à Garzweiler.

 

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La mine à ciel ouvert de Welzow.

« L’accord de Paris sur le climat a été présenté comme un succès, mais il signifie en réalité que le changement climatique va se poursuivre de manière catastrophique, déplore Hannah Eichberger, porte-parole du collectif. L’échec de la COP21 nous conforte dans l’idée que nous devons nous-mêmes prendre en main la protection du climat et agir contre les énergies fossiles, à l’endroit même où elles sont exploitées. »

Pour donner plus de force au mouvement, les organisateurs misent sur la convergence avec les militants du 6e Lausitzer Klima- und Energiecamp (le camp pour le climat et l’énergie de Lusace), événement annuel de lutte contre le charbon, qui a débuté lundi 9 mai, lui aussi à Proschim.

 

« En achetant le charbon, ils achètent également le mouvement de résistance au charbon » 

Ce village est un haut lieu de la contestation du très polluant lignite. Le bassin minier auquel il appartient, la Lusace, est le deuxième plus grand d’Allemagne. Son sous-sol alimente trois centrales électriques parmi les plus polluantes d’Europe, selon le WWF (lien en anglais).

 

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La centrale à charbon de Jänschwalde, en Lusace, est la quatrième plus polluante d’Europe, avec plus de 23 millions de tonnes de CO2 émis annuellement, selon le WWF.

Dans ce territoire déshérité d’ex-République démocratique d’Allemagne, l’extraction du charbon brun est une passion dévoreuse de paysages. En moins d’un siècle, 136 villages ont été rayés de la carte pour laisser la place aux excavatrices des grandes sociétés minières. 30.000 personnes ont été déplacées. « Notre village est devenu un trou, témoigne Bernd Siegert, l’ancien maire de la commune de Horno, rasée en 2004. Notre histoire, nos paysages, nos forêts, tout a disparu. »

Douze ans plus tard, Proschim se mobilise, inquiet de connaître le même sort. La mine voisine de Welzow Süd II doit être agrandie, entraînant l’expropriation de quelques 800 habitants. Le projet de la compagnie publique suédoise Vattenfall a été validé en 2014 par le gouvernement régional du Brandebourg. Mais il est aujourd’hui en suspens, Vattenfall ayant subitement décidé l’an dernier de mettre en vente tous ses actifs liés au lignite en Allemagne, pour cause de rentabilité incertaine… et d’image désastreuse.

Le gouvernement suédois étudie en ce moment une offre de reprise de ces actifs par l’énergéticien tchèque EPH et annoncera sa décision cet été. Si le rachat est entériné, les projets d’extension seront menés à leur terme. Mais les militants réunis ce week-end entendent faire capoter la vente : « Nous voulons dire à ceux qui investissent dans les mines qu’en achetant le charbon, ils achètent également le mouvement de résistance au charbon », a affirmé le coorganisateur du camp pour le climat, Marvin Kracheel, au magazine en ligne klimaretter.info.

 

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À partir de 2025, la mine de Welzow Süd II devra extraire 200 millions de tonnes de lignite par an.

Pour Mona Bricke, du collectif Ende Gelände, l’actuel propriétaire doit rester pour rendre des comptes : « Vattenfall a fait des profits pendant des années au détriment des hommes et de la nature. Cette entreprise multinationale n’a pas le droit de se désengager comme cela maintenant. Elle doit assumer ses responsabilités, à la fois en ce qui concerne ses employés et les dommages écologiques causés à la région. »

Un acteur essentiel pourrait encore changer la donne : le ministère fédéral de l’Environnement doit présenter dans les semaines à venir son plan de protection du climat (le « Klimaschutzplan 2050 »), incluant un grand projet de décarbonisation. Jusqu’où ira la ministre social-démocrate Barbara Hendricks, elle qui souhaite en finir avec le charbon « bien avant 2050 » ? Alors que le texte est en train de prendre forme, quelque part entre un comité d’experts et le bureau de la ministre, Ende Gelände espère que la mobilisation de ce week-end pèsera lourd au moment des derniers arbitrages.


LAFERLANTE « LIBÉRONS-NOUS DES ÉNERGIES FOSSILES »

L’action en Allemagne est une pièce d’un mouvement mondial. Depuis le 3 mai et pendant 12 jours, une vague d’actions pacifiques ciblant les projets de combustibles fossiles les plus dangereux du monde déferle sur les six continents sous le nom de Libérons-nous des énergies fossiles (« Break Free »).

Les actions à venir jusqu’au 15 mai sont les suivantes :

- Etats-Unis : du vendredi 13 mai, au dimanche 16, des milliers de personnes dans le nord-ouest du Pacifique , venues de l’ Oregon, Washington, Montana et Idaho, vont converger en kayak à Mars Point, sur la péninsule d’Anacortes où sont situées les raffineries de Shell et de Tesoro , les deux plus grandes raffineries de pétrole dans l’État de Washington.

. Source : Seattle Weekly

- Brésil : des actions seront organisées dans trois régions du pays. Une foire rurale se tiendra à Maringa du 5 au 15 mai. Le 14, une marche et une action de désobéissance civile de masse cibleront une centrale à charbon située à Pecém, dans l’État de Ceará.

- Canada : les 13 et 14 mai, des centaines de personnes passeront à l’action sur terre et sur l’eau à Vancouver. Elles s’opposeront au projet de pipeline provenant des sables bitumineux de Kinder Morgan Transmountain en encerclant le terminal de Westridge Marine.

- Équateur : une action est organisée le 14 mai par Yasunidos. Elle rassemblera des citoyens venus de tout le pays pour demander l’arrêt de l’exploitation du pétrole et protéger le parc national de Yasuni.

- Nouvelle-Zélande : du 4 au 15 mai, des centaines de personnes venues de tout le pays passeront à l’action pour paralyser les opérations de l’une des principales sources de financement (sous forme d’investissements et de prêts) de l’industrie fossile du pays, la banque ANZ. Des blocus, des actions de perturbation des activités et des détournements culturels seront organisés du nord au sud du pays.

- Nigeria : dans le delta du Niger, les actions se dérouleront dans trois sites pour mettre en évidence ce qui se passe une fois que les gisements...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 13:49

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Soumis aux lobbies, les sénateurs massacrent la biodiversité

12 mai 2016 / Marie Astier (Reporterre)
 


 

 

Discuté au Sénat ces jours-ci, le « projet de loi pour la reconquête de la biodiversité et des paysages » a été vidé de toutes ses avancées significatives, notamment de l’interdiction des néonicotinoïdes, mortelles pour les abeilles. Au nom de la préservation de l’activité économique et sous l’influence des lobbys.

Les oiseaux de nuit ? On n’en parle plus. La taxe sur l’huile de palme non durable ? Retirée. L’interdiction des néonicotinoïdes, pesticides mortels pour les abeilles ? Effacée. Etc. Les sénateurs écolos ne cachaient pas leur déception, mardi 10 mai au matin, devant le résultat des discussions de la commission du développement durable du Sénat sur le « projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ». Le texte est présenté en deuxième lecture à la Haute Assemblée depuis le mardi 10 mai et devrait être discuté jusqu’à ce jeudi 12.

Le parcours de cette loi a été chaotique. Promise en 2012, elle devait être adoptée en 2013. Elle aura finalement presque trois ans de retard. Après la première discussion à l’Assemblée, en mars 2015, puis au Sénat, en janvier 2016, le sénateur écolo de Loire-Atlantique Ronan Dantec restait relativement satisfait. L’esprit de la COP21 planait encore sur les débats parlementaires.

Mais, pour ce deuxième passage au Sénat, toutes les avancées ont été gommées par ses collègues. « Le texte proposé aujourd’hui en discussion n’est plus une loi de reconquête de la biodiversité, c’est un accompagnement de la perte de biodiversité ! déplore-t-il. D’ailleurs, un amendement a proposé de retirer le terme “reconquête” du titre de la loi, ce n’aurait été que le reflet de ce qu’elle contient désormais. »

 

« La loi est passée sous le seuil d’acceptabilité »

Article par article, le groupe des écologistes au Sénat a listé les reculs. Ceux sur les néonicotinoïdes et l’huile de palme sont les plus visibles mais loin d’être les seuls. Par exemple, l’article premier supprime la mention des paysages nocturnes. Or, « 28 % des vertébrés et 64 % des invertébrés vivent partiellement ou totalement la nuit […]. Il est indispensable de reconnaître que les paysages nocturnes sont spécifiques », précise leur argumentaire.

Autres disparitions symboliques dans l’article 2, les principes « d’absence de perte nette » et de « non régression » de la biodiversité. Autrement dit, la préservation de la biodiversité existante n’est même plus un objectif. Dans l’article 2 bis, la possibilité d’aller en justice pour défendre l’environnement est quant à elle réduite à une liste restrictive d’acteurs ; les professionnels de l’environnement ou les communautés indigènes en sont notamment exclus. Etc. « Même l’obligation de mettre des chapeaux sur les poteaux creux, où meurent coincés énormément d’oiseaux, a été enlevée ! s’indigne Ronan Dantec. Ils ont supprimé tous les cadres qui pourraient limiter les activités économiques au nom de la préservation de la biodiversité. »

 

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Mue imaginale d’une libellule à quatre taches.

Les associations de protection de l’environnement (France nature environnement, Ligue pour la protection des oiseaux, WWF, etc.) font le même constat, et allongent la liste. Elles signalent, dans leur communiqué commun, la « disparition de l’encadrement de la publicité dans les parcs naturels régionaux » ou encore « la suppression des zones prioritaires pour la biodiversité ». « La loi est passée sous le seuil d’acceptabilité », résument-elles....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 13:32

 

Source : https://act.wemove.eu

 

Le Glyphosate

 

C’est incroyable. Digne d’un film hollywoodien.

Monsanto, Bayer et compagnie ont versé des pots-de-vin, triché et menti pour obtenir le droit d’empoisonner nos assiettes. Le glyphosate est « probablement cancérigène », d’après des chercheurs indépendants. Mais ces entreprises ont triché avec le système pour le faire entrer sur nos étagères et engranger les profits.

Elles ont tellement dépassé les bornes qu’ensemble, avec nos partenaires, nous avons lancé des poursuites juridiques.

Vous avez déjà signé notre pétition, mais tout le monde doit savoir. Ils ne pourront pas s’en tirer comme ça.

Voici une vidéo qui explique ce qui s’est passé. Regardez-la et partagez-la avec vos amis !
La décision qui mènera à la réautorisation de ce produit chimique toxique aura lieu le 18 mai. Nous devons faire autant de bruit que possible avant cette date. Nous pouvons être le héros que personne n’attend, le David contre Goliath. Même s’ils pèsent des millions, cela ne veut pas dire qu’ils sont au-dessus des lois. Depuis quelques mois, la pression du grand public fonctionne et les décideurs réfléchissent à leur position.

Partagez cette vidéo avec vos proches sans attendre et déclenchons toute une tempête !

Dans l’indignation,

Mika (Bordeaux), Jörg (Hambourg), Olga (Rome) et toute l’équipe de WeMove.EU.

 

Pour signer la pétition, cliquer ici

 

 

Source : https://act.wemove.eu

 

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 13:19

 

Source : http://reporterre.net

 

 

L’incendie de Fort McMurray, crime écologique des exploitants d’énergie fossile

11 mai 2016 / Noël Mamère
 


 

L’incendie monstrueux qui a dévasté la forêt boréale de l’Alberta canadien n’est pas une catastrophe naturelle, insiste notre chroniqueur, mais bien un énième crime contre l’environnement perpétré par « la folie et l’avidité d’entreprises capitalistes pétrolières ».

 

Noël Mamère est député écologiste.

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Noël Mamère.

L’incendie de Fort McMurray, au Canada, est présenté dans les médias « mainstream » comme un incendie de forêt de plus parmi tant d’autres, certes d’une amplitude beaucoup plus forte mais, somme toute, à l’échelle de cet immense pays. Cette fable a été dénoncée dans ces colonnes par Hervé Kempf, mais il faut enfoncer le clou. Nous ne sommes pas devant une catastrophe « naturelle ». L’incendie n’est peut-être pas lié directement à l’exploitation des sables bitumineux (les « tar sands », en anglais, les « sables sales », en français) mais celle-ci en a accéléré le développement. Avec le réchauffement climatique — effet, entre autres, de l’exploitation des sables bitumineux — les incendies n’ont jamais été aussi fréquents. Face à un climat de plus en plus sec, le plan de prévention des incendies n’est plus adapté, car il a été pensé à une époque où le climat était plus humide et où l’eau n’était pas encore captée par les puits de ce pétrole non conventionnel.

Toutes les études montrent que les régions les plus proches du pôle Nord (ce qui est le cas de la forêt boréale du Canada) sont les plus affectées par le réchauffement, créant ainsi des conditions idéales pour que se déclenchent des incendies qui augmentent en superficie chaque année. La saison des feux de forêt s’allonge sans cesse, du début du printemps jusqu’à l’automne. L’exploitation des sables bitumineux a donc engendré cette situation prévisible depuis longtemps.

D’ailleurs, en 2011, le gouvernement canadien, dirigé par l’ultralibéral Harper, s’était retiré du protocole de Kyoto pour pouvoir continuer à exploiter sans entraves les sables bitumineux.

 

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Du sable bitumineux de l’Athabasca (région de Fort McMurray) dans des carottes de forage.

Le leurre médiatique et diplomatique de la COP21

1.800 milliards de barils de bitume, soit l’équivalent de l’ensemble des réserves de pétrole conventionnel dans le monde, gisent sous le sol de l’Alberta. Pourquoi s’en priver, estiment des entreprises comme BP, Shell et Total, installées à Fort McMurray ? Qu’importent les dégâts irréparables en termes de déforestation, qu’importe la destruction des écosystèmes, qu’importent les déchets toxiques entassés en dépit du bon sens et qui affectent la santé des populations indigènes dont le mode de vie est depuis longtemps ravagé par cette nouvelle ruée vers l’or noir.

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Un site d’exploitation des sables bitumineux de la société Syncrude à Fort McMurray

La priorité, pour les exploitants d’énergie fossile, est de continuer à engranger des profits tant qu’il en est encore temps. Dans cette affaire, nous sommes face aux conséquences directes du « Capitalocène », une ère commencée avec les débuts de la révolution industrielle. La folie et l’avidité d’entreprises capitalistes pétrolières est directement à l’origine de cette destruction cataclysmique de la forêt boréale. Bien que très loin géographiquement, elle nous concerne tous et toutes directement...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 15:50

 

 

Quand forer tue: le secret bien gardé de l’épopée du gaz de Lacq

24 avril 2016 | Par Jade Lindgaard
 
 

C’était le plus gros site de production de gaz en France. Une fierté nationale, une mythologie fondatrice des prétendues Trente Glorieuses. Cinquante ans après son ouverture, on découvre une inquiétante surmortalité parmi les riverains du gisement de Lacq. Mais ce sujet dérange les pouvoirs publics qui ont jusqu'ici enterré ou refusé les études épidémiologiques. Premier volet de notre enquête.

 

Rond-point à l'entrée de la ville de Lacq, avril 2016. (JL) Rond-point à l'entrée de la ville de Lacq, avril 2016. (JL)


Chacun savait que le gisement ne serait pas éternel. Mais personne n’imaginait à quel point il serait toxique. En 2002, un demi-siècle après le début de l’épopée de Lacq, des chercheurs font une autre découverte : à proximité de l’usine, une surmortalité est détectée. Mais leur étude n’est pas transmise au grand public. Les années passent. Aucune autre enquête épidémiologique n’est initiée par les pouvoirs publics. Le secret peut bien rester gardé quelques années de plus.

C’est pour briser cette omerta qu’une association locale de défense de l’environnement, la Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (Sepanso), la publie aujourd’hui et interroge les pouvoirs publics : que faites-vous pour comprendre ce qui s’est passé autour de Lacq ? Le site de forage le plus prestigieux de la Ve République a-t-il prospéré au détriment de la vie de ses riverains ?

 

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Quarante pages, des tableaux de chiffres bruts, des cartes d’exposition au risque et une conclusion glaçante : l’étude « met en évidence une surmortalité dans la zone définie comme exposée la plus proche de l’usine de Lacq par rapport à des zones éloignées ». L’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped), auteur de de ce rapport de 2002, définit trois zones : une aire « exposée » au risque, constituée de 22 communes situées « sous le vent » de l’usine de Lacq, soit 23 000 habitants environ, et deux autres zones, non impactées a priori. Entre 1968 et 1998, ils établissent une surmortalité de 14 % pour les personnes de moins de 65 ans vivant dans la zone directement à proximité de l’usine de Lacq, par rapport aux habitants de la zone témoin la plus éloignée, à 12 kilomètres du site industriel. Mais les pourcentages sont des outils abstraits et froids. Ils ont donc pris la peine de compter les vies humaines qu’ils représentent. Au total, ils décomptent 136 décès supplémentaires parmi les 1 124 morts recensées sur une période de 31 ans. Plus de quatre disparitions par an.

Si l’on étudie les décès toutes causes confondues (en dehors des accidents), « un risque de mortalité significativement plus élevé est observé chez les hommes de moins de 65 ans » dans la zone la plus exposée. La tendance à la surmortalité apparaît dès 1976 et s’amplifie au cours du temps, pour atteindre 30 % sur la période 1991-98.

L’étude épidémiologique suit pas à pas la dégradation de la santé des habitants du bassin de Lacq. Jusqu’au milieu des années 1970, ils meurent moins de tumeurs de l’appareil respiratoire que la moyenne des habitants de la région Aquitaine. Mais cette sous-mortalité diminue, puis disparaît à partir de 1990. Pour l’ensemble des cancers, une surmortalité de 30 à 40 % est repérée entre 1991 et 1998 dans la zone exposée, alors qu’elle connaissait une sous-mortalité avant 1976.

 

« Urgence à savoir »

Que s’est-il passé ? Les chercheurs ne sont pas capables de l’expliquer. Il n’existe aucune preuve d’un lien de causalité directe entre la présence de l’usine et les morts supplémentaires du bassin de Lacq, écrivent-ils. En revanche, leurs résultats « soulèvent la question d’une possible relation » entre l’activité industrielle du bassin de Lacq et l’évolution de la mortalité, ainsi que d’un « possible impact sanitaire des polluants émis par cette industrie ». Ils appellent à conduire des travaux supplémentaires.

Pourtant, depuis 14 ans, ces recherches n’ont pas eu lieu. L’Agence régionale de santé (ARS) a reçu l’étude, puis a mené une évaluation des risques sanitaires, qui a révélé en 2007 que les habitants – y compris dans les écoles, les crèches, les hôpitaux et les maisons de retraite – étaient exposés à plus de 140 substances différentes dans l’air de Lacq. Des mesures ont été prises pour réduire la présence des cinq molécules jugées les plus préoccupantes. Mais ces études « ne prennent en compte que les polluants atmosphériques et non le risque global », « ne tiennent pas compte de l’éventuelle exposition professionnelle et ne sont pas en mesure d’estimer d’éventuels effets-cocktails », c’est-à-dire l’effet cumulé des molécules, analyse la Cour des comptes dans un référé adressé au gouvernement en janvier 2015. Elle signale que la recommandation d’un nouveau rapport sur l’impact sanitaire des habitants n’a pas été suivie.

 


Autre manquement des pouvoirs publics : l’échange d’informations anonymes entre la médecine du travail et les services de santé publics prévu par le Plan national santé n’a pas été mis en place. Rien n’a été tenté pour comprendre si les forages gaziers de Lacq tuent. Le 14 octobre 2013, Total arrête la production de gaz commercial à Lacq. En novembre, un supplément gratuit dans les éditions du journal Sud Ouest célèbre l’histoire qui « continue ». La mauvaise odeur du mercaptan, marqueur olfactif utilisé pour repérer les fuites de gaz, est évoqué. Pas un mot sur les dangers sanitaires. Le peu d’hydrocarbures restant à Lacq doit servir aux industries chimiques qui ont pris le relais sur le site et aux alentours : transformation du soufre, polymères, lauryl-lactame, nitrates d’ammonium, fibre de carbone, nanotubes de carbone, agrocarburant. En tout, 20 sites industriels pouvant représenter des dangers pour leur environnement (ICPE) se côtoient sur le bassin.

Pour la Sepanso, « la prétendue culture du risque industriel dont se vantent les industriels, politiques et leurs communicants, est inexistante à Lacq. Les risques sont passés sous silence » et c’est « scandaleux ». L’association réclame une nouvelle étude épidémiologique, un observatoire de la population et la délocalisation des études sanitaires hors de la tutelle de l’agence régionale de santé, « qui a failli à sa mission ».

Médecin urgentiste à Bayonne, nouvel habitant du Béarn et adjoint à la mairie de Laà-Mondrans, commune située à une vingtaine de kilomètres de Lacq, Loïc Coudry fait partie des rares élus locaux qui ont écrit à la ministre de la santé, Marisol Touraine, pour demander une nouvelle expertise sur l’impact sanitaire des industries du bassin de Lacq. « Cela fait 14 ans que l’étude de l’Isped est sortie, et personne ne s’est posé la question du lien entre les industries chimiques et la santé des gens ? En tant que médecin, ça me pose un problème. Les personnes nées après l’ouverture du site en 1949 vont-elles vivre moins longtemps ? Vont-elles tomber plus malades ? Il y  a une vraie urgence à le savoir. Il est choquant que l’état de santé de la population ne soit pas surveillé en permanence. On s’approche de la situation du Mediator. » Michel Rodes, secrétaire de la Sepanso Aquitaine, refuse « cette politique de l’autruche ». Pour Patrick Mauboulès, ancien délégué CGT de Total exploration production France (TEPF), l’entité qui exploitait récemment le gaz de Lacq, et aujourd’hui membre de l’association de défense de l’environnement Sepanso : « La moindre des choses, c’est de faire la suite de la courbe qui remonte ! »

 

En réalité, dès qu’ils ont découvert le gisement de Lacq, les ingénieurs en ont compris la particularité : il contient beaucoup d'hydrogène sulfuré (16 %). L'usine de désulfuration de ce gaz brut produit du soufre mais rejette beaucoup de dioxyde de soufre (SO2) dans l'atmosphère : 700 tonnes par jour. Ce polluant primaire peut causer des difficultés à respirer, des maladies respiratoires et des cancers. À partir de 1958, chaque année, trois milliards de mètres cubes de gaz sont sortis des sous-sols.

Le « petit cœur sensible » de Valérie Pécresse

 

Alarme sur la place centrale d'Artix, tout près du site de Lacq. (JL) Alarme sur la place centrale d'Artix, tout près du site de Lacq. (JL)

L’État a-t-il voulu occulter leur impact sur la santé des riverains ? L’agence régionale de santé le dément et assure avoir « pris en compte » la situation du bassin de Lacq. En octobre 2015, alors qu’une association de riverains se crée pour dénoncer une vague d’odeurs très irritantes, elle saisit l’Institut national de veille sanitaire (INVS) sur l’opportunité d’une nouvelle étude épidémiologique. Près de quinze ans après la première alerte. Leur réponse n’a toujours pas été rendue. Elle dit avoir transmis l’étude à tous les maires concernés dès 2002 – ce que la Sepanso conteste. Mais elle en minimise la portée par une présentation tronquée. Dans un communiqué de presse daté du 9 mars 2016, elle affirme que l’étude conclut à « une sous-mortalité de 13 % sur les zones étudiées ». C’est bien ce qu’écrivent les épidémiologistes. Sauf qu’ils ajoutent que ce n’est pas vrai pour les maladies de l’appareil respiratoire. Dans leur résumé, le premier point clef mis en exergue indique : « surmortalité chez les moins de 65 ans, en particulier pour les causes cancéreuses. » Le communiqué de l’ARS crée une confusion au détriment du message des chercheurs.

 

Joint par Mediapart, le responsable du pôle de santé publique et environnementale de l'ARS, Michel Noussitou, nie l’existence d’une surmortalité dans le bassin de Lacq et refuse d’employer ce terme « connoté ». « Vous voulez faire le buzz avec un mot qui a un sens très particulier en épidémiologie », affirme-t-il, concédant tout juste l’existence d’une « différence de mortalité ». Il y a eu selon lui « moins de sous-mortalités ». Une surmortalité « est toujours relative ». À ses yeux, « quand on parle de surmortalité, cela veut dire qu’on suspecte quelque chose ».

Et il ajoute que l’« auteur » du rapport – en fait ils sont quatre – n’était qu’un « étudiant ». Contacté par Mediapart, l’un de ces spécialistes, devenu un épidémiologiste reconnu, confirme la validité de leur méthode et de ses résultats. « Quand un résultat dérange, on met en cause la méthode », dit-il. Il ajoute que l’étude n’a pas été publiée à l’époque dans une revue scientifique car « il y avait des injonctions » en provenance de la préfecture. Mais Jean-Marc Tourancheau, directeur départemental des affaires sanitaires et sociales des Pyrénées-Atlantiques entre 2001 et 2006, « ne se souvient pas » : « Vous comprenez, c’était il y a 14 ans. »

 

Entrée du site d'Arkema sur le site de Lacq. (JL) Entrée du site d'Arkema sur le site de Lacq. (JL)

 

Pour Michel Noussitou, de l’ARS, « ce type d’étude ne permet pas de conclure » car le bassin de population n’est pas assez important. « Le rapport se lit dans son ensemble, il ne faut surtout pas en extraire un paragraphe. C’est un équilibre entre tout cela. Il ne permet pas de conclure ni dans un sens ni dans un autre. » Lors d’une seconde conversation téléphonique, il s’emporte : « Prenez du recul par rapport à vos certitudes ! » Devant le Haut Conseil de la santé publique, il a déclaré en 2009 que « dans le cas de Lacq, la demande sociale vis-à-vis de l’environnement ou de problèmes de santé repérés n’est pas très importante. Le lancement d’une étude fait courir le risque de briser la paix sociale, la population étant amenée à penser que les investigations en cours sont motivées par la suspicion du problème ». Il précise aussi que la décision avait été prise de ne pas conduire d’étude épidémiologique complémentaire de celle de 2002, car son utilité semblait « discutable » et son coût élevé. Devant le même conseil, le responsable départemental de l'environnement pour l'État (Dreal), Yves Boulaigue, reprend lui aussi en 2010 l’idée qu’une étude épidémiologique n’est pas possible à Lacq « à cause des effectifs trop faibles ».

Pendant de longues années, la puissance publique s’en est remise aux industriels pour mesurer les émissions de substances dangereuses et garantir le respect des normes. Mais dans l’histoire récente, ils ont souvent été pris en défaut de ne pas appliquer leurs obligations. L’étude de 2002 signale de « fréquents » dépassements de seuil (de recommandation mais aussi d’alerte) de dioxyde de soufre, bien qu’il puisse causer des difficultés à respirer et des maladies respiratoires. L’Union européenne a ouvert un contentieux avec la France pour non-respect des quotas d’émissions de SO2 entre 2005 et 2008. Dans son référé de 2015, la Cour des comptes explique que les émissions de tétrachlorure de carbone, substance suspectée d’être cancérigène pour l’homme, ont été « très fortement » supérieures aux limites autorisées, sur l’usine d’Arkema à Mont, commune du bassin de Lacq. Cette unité se spécialise dans la production de Lactame 12, un composant utilisé pour fabriquer des pièces techniques automobiles et des revêtements de tuyaux pour l’industrie pétrolière. Elle a été fondée par Elf, puis reprise par Total et cédée par le pétrolier lors de la fermeture des forages commerciaux de gaz en 2013. En 2012, l’État découvre que les émissions de l’usine étaient depuis des années « sans commune mesure » avec la limite fixée par arrêté préfectoral, décrit la Cour. En 2011, elles sont sept fois supérieures aux quotas alloués pour toute l’Europe (interdit de production depuis 1996, le CCl4 fait l’objet de dérogations dans certains cas). L’entreprise doit réduire ses émissions. Elle parvient à se voir attribuer la majeure partie des quotas européens de cette substance toxique, ce qui lui permet de régulariser ses rejets du point de vue de la norme, sans les réduire autant qu’elle aurait pu y être obligée. La Cour des comptes remarque aussi des problèmes de stockage de matières dangereuses, souvent laissées dans des véhicules citernes ou des wagons : une partie du risque est reportée sur les transports, les contrôles sont trop peu nombreux.

 

Le centre-ville de Mourenx, première ville nouvelle en France. (JL) Le centre-ville de Mourenx, première ville nouvelle en France. (JL)

 

Le bassin de Lacq figure parmi les points noirs du Plan national santé-environnement. À Mont, les pollutions des sols impactent la nappe phréatique. À Mourenx, l’eau de la nappe est colorée en son point de résurgence et l’usage des eaux souterraines est restreint. Il a fallu attendre 2013 pour qu’un arrêté préfectoral prescrive l’arrêt du panache de pollution hors du site industriel d’Arkema à Mont. La station d’épuration de Lacq, Mont et Mourenx a reçu une mise en demeure préfectorale en 2011 à la suite des rejets de substances médicamenteuses dans la rivière voisine, le gave de Pau.

Élus, représentants de salariés, associations, représentants de l’État et industriels ont l’occasion de se réunir dans le cadre des secrétariats permanents pour la prévention des pollutions et des risques industriels (SPPPI) et des conseils départementaux, de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Mais les rendez-vous sont irréguliers. « Ils se renvoient la balle. Toutes les décisions sont collégiales et anonymes. Ils sont à la fois complaisants envers les industriels et se disent défenseurs de l'intérêt général », déplore Michel Rodes, le militant associatif qui depuis 40 ans dénonce les dangers du site de Lacq. Des maires de communes avoisinantes sont d’anciens salariés du site industriel. Seuls cinq élus locaux ont accepté de signer une lettre demandant à Marisol Touraine une nouvelle étude épidémiologique. Sur le bassin, la société Yara fabrique du nitrate d’ammonium, très explosif – c’est la substance que produisait l’usine AZF de Toulouse. Elle parvient à faire en grande partie payer par de l’argent public le mur de protection qu’elle fait ériger autour de son site. En 2011, David Habib, député socialiste des Pyrénées-Atlantiques, proche de Manuel Valls, fait voter une exonération de taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) portant sur les injections à 4 000 mètres sous terre d’effluents industriels du bassin de Lacq, qu’il décrit comme « simplement de l’eau salée ». Le groupe Total en est le principal bénéficiaire. Lors de l’examen de l’amendement à l’Assemblée, Valérie Pécresse, alors ministre du budget, soutient la proposition du parlementaire : « Le petit cœur sensible qui continue à battre dans le cœur de la ministre du budget estime qu'en effet ces effluents liquides doivent rester exonérés de la TGAP. »

Prochain épisode : La fabrique du silence.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:59

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Débattre Inde

Accord sur le climat : une décision de l’OMC sabote l’essor des énergies renouvelables

par

 

 

 

L’accord sur le climat, négocié lors de la COP21 à Paris en décembre dernier, sera officiellement signé ce vendredi 22 avril à New York, ouvrant la porte à un long processus de ratification. Prévoyant de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C, l’accord pourrait néanmoins avoir un effet limité sur la baisse de l’utilisation des énergies fossiles. En coulisses, les règles de l’OMC limitent considérablement les politiques de transition énergétique. L’Inde, dont le dispositif de soutien au solaire vient d’être invalidé par l’OMC, en fait l’amère expérience. Les règles du commerce international prendront-elles le pas, une fois de plus, sur la lutte pour le climat ?

Souvenons-nous. Lundi 30 novembre 2015. Journée d’ouverture de la Conférence sur le Climat (COP21) à Paris, avec une succession de discours présidentiels et ministériels visant à placer les négociations sur les bons rails. L’occasion pour François Hollande et Narendra Modi, Premier ministre indien, d’annoncer le lancement de l’Alliance solaire internationale [1]. Objectif ? Accélérer le déploiement de l’énergie solaire dans les pays en développement, notamment pour la centaine d’entre eux situés entièrement ou partiellement entre les Tropiques du Cancer et du Capricorne. La photo est belle, les discours enthousiastes et les commentateurs se félicitent. La COP21 est bel et bien sur de bons rails [2].

 

C, vent debout contre l’énergie solaire

Retour à la réalité le 24 février 2016. L’information est passée sous les radars des médias francophones. C’est pourtant le jour où l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a jugé que le dispositif de soutien à l’énergie solaire en Inde était non-conforme aux règles du commerce international. Il serait, estime-t-elle, trop favorable aux entreprises locales au détriment des entreprises étrangères [3]. Ce dispositif impose en effet aux compagnies d’électricité d’utiliser des cellules et des modules solaires fabriqués en Inde pour pouvoir bénéficier de subventions. Du moins, le temps que l’énergie solaire devienne compétitive face au charbon, qui fournit aujourd’hui encore près de 60 % de l’électricité.

C’est en 2014 que l’Inde s’est doté d’objectifs très ambitieux visant à installer 100 gigawatts d’énergie solaire d’ici à 2022. Davantage que les cinq plus grands producteurs réunis – Allemagne, Chine, Italie, Japon, États-Unis. Mais voilà. Les États-Unis sont passés par là et n’ont pas apprécié que l’Inde mette en place un dispositif qui limite, de fait, l’importation de cellules et modules photovoltaïques américains sur le marché indien. La Maison-Blanche a donc porté le cas devant l’Organisme des règlements des différends de l’OMC et a obtenu gain de cause : les règles du commerce international interdisent les clauses fixant des exigences de contenu national dans les dispositifs de soutien public.

 

Contraints de démanteler un dispositif créateur d’emplois

De telles clauses sont pourtant des instruments utiles pour des gouvernements nationaux – ou même locaux si l’on pense aux appels d’offres – désireux de soutenir le dynamisme de l’industrie et de l’innovation locales. Ces clauses pourraient être au cœur de vastes politiques de transition écologique et sociale visant à relocaliser des secteurs productifs et assurer des emplois sur les territoires. Malheureusement, ces clauses sont la plupart du temps contraires aux règles de l’OMC. Des règles que les États membres ont édictées il y a près de vingt ans, comme la règle du « traitement national » qui implique d’accorder les mêmes avantages à des multinationales qu’aux entreprises locales.

Au cours de l’examen du cas Indien, le gouvernement Modi fait valoir que son programme solaire va l’aider à respecter les engagements pris lors de la COP21. Des engagements salués par tous les observateurs le 30 novembre dernier, lorsque l’Alliance solaire internationale est dévoilée. Mais l’OMC rejette cet argument. L’Inde a désormais le choix : se conformer à la décision de l’OMC ou risquer des rétorsions commerciales de la part des États-Unis. Le Canada et sa province de l’Ontario, condamnés dans un cas similaire en 2014, ont préféré démanteler un dispositif qui avait permis de créer près de 20 000 emplois dans le secteur des énergies renouvelables [4].

 

Priorité au commerce ou au climat ?

Quel que soit l’avis que l’on puisse avoir sur la sincérité du gouvernement Modi en matière de lutte contre le réchauffement climatique, difficile de ne pas voir l’absurdité de la décision de l’OMC. De vieilles règles commerciales supplantent l’impératif climatique et les politiques – encore insuffisantes – des États. Le résultat est extrêmement nocif : les règles du commerce prévalent, même au prix de la planète, et elles limitent la capacité des gouvernements à développer les énergies renouvelables. Ne serait-il pas temps d’inverser cette hiérarchie et faire en sorte que les règles et principes d’organisation de l’économie mondiale et du commerce international soient soumis à l’objectif climatique ?

L’accord de Paris, aussi historique soit-il, ne le permet pas. Il a été en effet expurgé, à la demande de l’Union européenne, de toute référence au commerce international [5]. La COP21 a montré que le multilatéralisme onusien n’était pas (tout à fait) mort. L’occasion est donc belle de le doter d’outils pour qu’il ne reste pas une coquille vide. Inverser la hiérarchie des normes, intégrer l’OMC dans le giron de l’ONU, confier aux négociations sur le réchauffement climatique la possibilité d’intervenir sur les principes mêmes de l’économie mondiale, voilà quelques pistes qu’il faudrait ouvrir, si l’on veut être sérieux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. C’est un vaste chantier. Mais la « révolution climatique » annoncée par François Hollande n’est-elle pas à ce prix ?

 

Maxime Combes, économiste et membre d’Attac France, auteur de Sortons de l’âge des fossiles - Manifeste pour la transition, Seuil, Octobre 2015.

Photo : © Jean de Peña / Collectif à-vif(s)

Aller plus loin :
- « COP21 : ratifier c’est bien, changer de politique c’est mieux - 14 propositions pour amorcer la "révolution climatique " ! », publié par l’association Attac, disponible ici en pdf
- Au nom du climat, rénover les règles du commerce mondial

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