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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:23

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

De la COP21 à la COP22, les grandes entreprises continuent à peser lourdement sur les négociations climatiques

30 novembre par Olivier Petitjean

 

 

De la COP21 à la COP22, les grandes entreprises continuent à peser lourdement sur les négociations climatiques

30 novembre par Olivier Petitjean

 

Tout comme la COP21 il y a un an à Paris, la 22e Conférence internationale sur le climat qui vient d’avoir lieu au Maroc aura été marquée par le poids des multinationales et de leurs « solutions ». Cette présence et les débats qu’elle suscite révèlent les différences de fond et les points aveugles qui persistent derrière le consensus apparent de l’Accord de Paris. Agriculture, finance verte, business des renouvelables, influence des industries fossiles... : tour d’horizon des controverses sur le rôle des multinationales dans la COP22.

La 22e Conférence internationale sur le climat s’achève à Marrakech. Moins médiatisée que la COP21, elle constitue un premier rendez-vous crucial pour donner corps à l’Accord international sur le climat signé à Paris un an plus tôt. Si les objectifs affichés par la communauté internationale sont relativement clairs et consensuels – maintenir le réchauffement global des températures sous la barre des 2ºC et si possible de 1,5ºC –, les moyens de les atteindre le sont beaucoup moins.

À l’occasion de la COP21, l’Observatoire des multinationales avait mis en lumière la place importante et souvent problématique des multinationales au sein de la conférence (voir en particulier nos enquêtes sur le salon Solutions COP21, le lobbying autour de la COP et les véritables politiques climatiques des entreprises françaises). Cette année encore, les grandes entreprises sont très présentes à Marrakech. Y compris les multinationales françaises, dont dépend en partie l’économie marocaine, qui considèrent le royaume chérifien comme un tremplin vers le reste de l’Afrique.


Derrière le consensus apparent

La signature de l’Accord de Paris a marqué le point d’orgue d’un mouvement sans précédent en faveur du climat, avec des effets indéniablement positifs : l’essor sans précédent des énergies renouvelables, la remise en cause du charbon et des autres énergies fossiles. Reste la face sombre. Le rôle privilégié accordé aux mécanismes de marché et au secteur privé, plutôt qu’aux pouvoirs publics, aux citoyens et à la régulation, pose question. Comme la promotion de technologies (agrocarburants, capture-séquestration du carbone, agriculture climato-intelligente, compensation carbone...) qualifiées de « fausses solutions » par la société civile. Leurs bénéfices pour le climat sont extrêmement douteux. Ces technologies vont souvent de pair avec un contrôle accru des intérêts économiques sur les ressources naturelles (terres, forêts), notamment dans les pays du Sud. Autant de sujets qui sont au cœur de la COP22 de Marrakech, et qui pourraient miner d’avance toute chance d’atteindre les objectifs fixés à Paris.

L’« élan » cristallisé par l’Accord de Paris n’est pas non plus à l’abri de reculs. L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis vient le rappeler. La bataille se joue également au sein de l’Union européenne – désormais plus intéressée à promouvoir le gaz que les renouvelables – et des Nations-unies elles-mêmes. Le blocage politique créé par l’élection de Donald Trump pourrait même renforcer la position des multinationales et de tous ceux qui pensent qu’elles sont les seules à détenir les solutions à la crise climatique. Le secrétaire d’État américain John Kerry a ainsi déclaré – après que 360 multinationales américaines aient solennellement demandé au nouveau président élu de ne pas remettre en cause l’Accord de Paris – que les « forces de marché » suffiraient à garantir la continuité de la lutte contre le changement climatique malgré Donald Trump...

La question de la place des grandes entreprises et des intérêts privés prend un relief particulier du fait que le pays hôte est le Maroc. Principal exportateur mondial de phosphates, l’État marocain entretient des liens étroits avec l’agriculture industrielle. La holding de la famille royale marocaine est aussi un acteur majeur de l’énergie dans le pays, et prévoit d’étendre ses activités dans le reste de l’Afrique. La mort récente d’un jeune pêcheur, broyé par une benne à ordures suite à une dispute avec la police, a entraîné des manifestations dans tout le pays, qui mettent en lumière les carences démocratiques du régime. Une manière de rappeler que la question du climat est aussi une question de justice et d’inégalités. Le poids des multinationales sur la politique climatique internationale doit aussi se juger à cette aune.

Tour d’horizon de quelques lignes de front de cette bataille qui se joue à plusieurs niveaux dans le cadre de la COP22 et au-delà.

- L’agriculture africaine, ligne de front climatique
- Le secteur de l’eau lorgne sur la manne de la finance verte
- Engie, partenaire commercial de la royauté marocaine
- Quand les géants des énergies fossiles participent aux négociations
- Union européenne : le gaz aux dépens des renouvelables
- Doutes sur la finance verte


L’agriculture africaine, ligne de front climatique

Beaucoup d’acteurs institutionnels ont insisté sur le fait que la COP22 serait à la fois « la COP africaine » et « la COP de l’agriculture ». De fait, Marrakech constitue une nouvelle étape dans une bataille dont dépend l’avenir de l’Afrique rurale. D’un côté, on trouve les partisans d’une industrialisation agricole, avec ses semences industrielles hybrides, ses OGM, engrais et pesticides, et d’une exploitation accrue des ressources naturelles. Selon eux, c’est la solution la plus efficace pour répondre au défi alimentaire voire énergétique via la biomasse, les agrocarburants et la compensation carbone. De l’autre, on trouve les défenseurs des droits des populations rurales et de l’agroécologie, pour qui la préservation et le développement de l’agriculture paysanne sont à la fois plus justes et plus efficaces en termes de souveraineté alimentaire et pour la préservation du climat. Pour caricaturer : d’un côté les petites exploitations paysannes et l’agroforesterie, de l’autre les grandes plantations et les réserves de biomasse gérées pour le compte des multinationales.

Les institutions internationales dédiées à l’Afrique comme la Banque africaine de développement, particulièrement présentes à Marrakech, misent résolument sur une « révolution verte » basée sur l’industrialisation et sur un usage accru des engrais chimiques. Le Maroc, principal producteur et exportateur mondial de phosphates, est directement intéressé au développement des engrais de synthèse sur le continent malgré leur impact climatique.

Du fait de ces débats, la Conférence de Marrakech, les avancées concrètes sur ce sujet seront faibles. Cela pourrait laisser le champ libre aux multiples « initiatives » portées par les multinationales et leurs partenaires – gouvernements, institutions internationales ou grandes ONG – qui font la part belle aux « solutions » technologiques des grandes entreprises : la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition lancée par le G7 |1|, l’Alliance pour une agriculture climato-intelligente (voir notre enquête), ou l’Adaptation de l’agriculture africaine (AAA) lancée par le Maroc lui-même et soutenue notamment par le groupe Avril-Sofiprotéol du président de la FNSEA Xavier Beulin, de même que par le fonds Livelihoods lancé par Danone.

« Cette multiplication des initiatives en parallèle des négociations officielles, en plus d’en complexifier le suivi, en fait le terrain de jeu idéal pour les fausses solutions et le verdissement de pratiques pourtant nuisibles au climat, explique Anne-Laure Sablé, chargée de campagne au CCFD-Terre solidaire. Alors qu’on a assisté à des blocages dans les discussions sur l’agriculture, il est inquiétant de voir ces initiatives continuer à se développer, hors de tout cadre. »

Pire encore : les terres agricoles d’Afrique et d’ailleurs seraient menacées par l’expansion des mécanismes de compensation carbone. Déjà mis en œuvre pour les forêts, le principe contesté de la compensation sera désormais étendu aux terres, considérées comme des « puits de carbone ». Cela incitera les gros pollueurs à prendre le contrôle de vastes surfaces dans les pays du Sud, particulièrement celles dont les utilisateurs traditionnels sont vulnérables, pour se dédouaner à bon compte de leur responsabilité climatique. Une coalition de 50 ONG et mouvements paysans a lancé un appel dénonçant un risque d’aggravation des phénomènes d’accaparement des terres.


Le secteur de l’eau lorgne sur la manne de la finance verte

Autre enjeu pour les grands groupes agro-industriels à Marrakech : attirer les financements publics et privés dédiés à l’adaptation au changement climatique. Sans garde-fous appropriés, cette notion élastique d’« adaptation » peut servir aussi bien à protéger les populations et leurs moyens de subsistance qu’à financer l’industrialisation agricole et les solutions technologiques promues par les multinationales. Selon une analyse publiée par Attac Maroc et le CADTM, le lancement de l’initiative AAA a pour objectif de « capter l’argent du Fonds Vert Climat ».

L’agro-industrie n’est pas la seule à tenter de se ménager une part du gâteau. Les géants français Suez et Veolia espèrent aussi attirer une partie de ces financements, en mettant en avant leurs solutions de gestion des ressources en eau. Coïncidence, les dirigeants de Suez ont réalisé plusieurs entretiens dans la presse française à l’occasion de la conférence. « Nos technologies, comme le dessalement, qui permet d’obtenir de l’eau douce avec l’eau de mer, peuvent en effet résoudre une partie des problèmes liés au réchauffement climatique », n’a pas hésité à déclarer Jean-Louis Chaussade, le DG de Suez, dans l’un de ces entretiens. Ces technologies sont aussi coûteuses, d’où la proposition de réserver une partie des 100 milliards de dollars du Fonds vert à la question de l’eau.

Au-delà de leur cœur de métier traditionnel d’approvisionnement urbain et d’assainissement, les géants français de l’eau cherchent à se positionner sur le marché de la gestion des ressources en eau à grande échelle et pour les acteurs industriels et agro-industriels. Une manière de trouver dans la crise climatique de nouvelles opportunités de « croissance », alors qu’une approche basée sur la prévention et la conservation des ressources serait sans doute moins coûteuse et plus efficace. Pour Suez et Veolia, c’est aussi une occasion de re-légitimer la gestion privée de l’eau à un moment où elle est battue en brèche, y compris au Maroc. Les deux firmes y assurent la gestion déléguée des services de l’eau et de l’électricité dans plusieurs grandes villes – Casablanca pour Suez, Tanger-Tétouan et Rabat-Salé pour Veolia – et y essuient les critiques des citoyens marocains ainsi que de la Cour des comptes.


Engie, partenaire commercial de la royauté marocaine

S’agissant du Maroc et de son gouvernement, difficile de distinguer ce qui relève de l’intérêt général et des intérêts économiques privés, car le roi Mohammed VI baigne en plein conflit d’intérêt. La Société national d’investissement (SNI), holding de la famille royale, joue ainsi un rôle central dans l’économie du pays, et en particulier dans l’énergie. À l’occasion de la COP22, le Maroc n’a pas manqué de vanter ses nombreux projets dans le secteur des énergies solaire et éolienne. Des projets qui sont quasi systématiquement mis en œuvre par une entreprise privée, Nareva, filiale de la SNI... Comme le souligne un article d’Orient XXI, le roi Mohammed VI – dont la fortune est désormais estimée à 5 milliards de dollars – intervient donc à la fois en tant que chef de l’État, responsable de la nomination des agences chargées de superviser le secteur des renouvelables, et en tant que chef d’entreprise remportant presque immanquablement, en partenariat avec des industriels étrangers, des appels d’offres passés par ces mêmes agences…

Côté français, Engie a noué les relations les plus étroites avec la holding de la famille royale. Elle s’est notamment associée à Nareva pour construire le parc éolien de Tarfaya, présenté comme le plus important d’Afrique avec une capacité de 300 MW. Mais aussi – en contradiction avec les déclarations d’Engie sur sa conversion à la transition énergétique – pour construire une nouvelle centrale électrique au charbon à Safi, une ville portuaire éloignée des circuits touristiques qui souffre déjà de l’impact de l’industrie des phosphates et du ciment. En plus de ses émissions de CO2, la centrale de Safi utilisera des quantités massives d’eau de mer pour son refroidissement. Elle risque de porter le coup de grâce aux écosystèmes marins qui faisaient naguère de Safi le premier port de pêche du pays.

Ces derniers mois, Engie a multiplié les annonces et les initiatives au Maroc, comme celle d’un programme d’amélioration de l’efficacité énergétique de mosquées ou encore le projet d’une « ville durable » au milieu du désert |2|. Et, surtout, Engie a noué une alliance stratégique avec Nareva pour développer de nouveaux projets énergétiques au Maroc et, à terme, dans le reste du continent africain (Égypte, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana et Cameroun, selon leur communiqué de presse conjoint).

Le Maroc a également lancé un vaste programme solaire , avec tout d’abord la centrale Noor 1 à Ouarzazate, inaugurée en février 2016. Sur une superficie de 460 hectares, cette centrale produit actuellement 160 MW et devrait atteindre 580 MW à terme. Bien qu’elle ait été unanimement saluée par la presse comme un succès sans nuance, cette centrale soulève néanmoins de nombreuses questions sur les droits des populations locales (qui n’ont reçu qu’une compensation minimale pour les terres dont elles ont été privées, sous prétexte qu’il s’agissait de désert alors qu’elles étaient en fait utilisées comme pâturage) et sur l’utilisation massive d’eau qu’elle implique dans une région semi-aride |3|.

D’autres centrales solaires ou parcs éoliens géants sont projetées sur le territoire marocain - y compris plusieurs dans le territoire du Sahara occidental occupé par le Maroc depuis les années 1970. Selon l’ONG de soutien au peuple Sahraoui Western Sahara Resource Watch, les projets menés au Sahara occidental représentent au moins un quart du programme d’investissement marocain dans les renouvelables. Selon l’ONG, ces projets énergétiques « verts » ont pour objectif d’alimenter en électricité les mines et autres installations industrielles destinées à « piller » les ressources naturelles du Sahara occidental, alors même que la souveraineté du Maroc sur ce territoire n’est pas reconnue par l’ONU.

Pour atteindre ses objectifs ambitieux en matière de développement des renouvelables, le Maroc mise donc sur des projets industriels à très grande échelle et fortement capitalisés. Soutenus à bout de bras par les institutions financières internationales, ils bénéficient principalement à une entreprise contrôlée par la famille royale. Parallèlement, le royaume continue par ailleurs à développer toutes les énergies fossiles, comme en témoigne la construction de la centrale charbon de Safi et le « plan gaz » annoncé il y a deux ans. Le gouvernement marocain envisage même, à terme, de se lancer dans le nucléaire. L’essor du solaire et de l’éolien dans le royaume tient donc beaucoup à une stratégie de développement énergétique tous azimuts, avec pour perspective d’exporter une bonne partie de l’électricité produite, et non pas tant à une stratégie de transition énergétique.


Quand les géants des énergies fossiles participent aux négociations

La présence des intérêts industriels dans le cadre de la COP22 ne se réduit pas à la promotion de leurs « solutions » en marge du sommet. Leur influence s’exerce aussi à l’intérieur même de l’espace des négociations intergouvernementales. Le système des « observateurs » mis en place par les Nations-unies ménage en effet une place aux « organisations non gouvernementales » - une catégorie qui peut aussi bien inclure des associations écologistes que des institutions de recherches ou des organisations professionnelles. Les multinationales, y compris les majors du pétrole et du charbon, profitent à plein de cette ouverture. Une analyse réalisée par l’ONG américaine Corporate Accountability International (voir l’infographie ci-dessous) montre comment ExxonMobil, Chevron, Total ou BP sont en mesure de participer indirectement à la COP via des associations professionnelles comme l’Association mondiale du charbon, le lobby européen de la chimie ou encore l’IPIECA, association mondiale du secteur pétrolier pour les questions environnementales.

Shell est même directement présente dans l’enceinte de la COP22 via le statut d’observateur reconnu à sa fondation d’entreprise. (C’est le cas aussi pour la fondation BNP Paribas, alors que la banque est l’un des principaux financeurs des énergies fossiles au niveau mondial.) Pour Corporate Accountability International, ainsi que pour plusieurs gouvernements du Sud qui ont tenté en vain de mettre de l’ordre dans ce système, cette présence relève du conflit d’intérêts : les mêmes entreprises pétrolières ou charbonnières qui sont les principales responsables de la crise climatique sont autorisés à participer aux discussions internationales, alors qu’elles ont un intérêt avéré à empêcher ou modérer toute action ambitieuse dans ce domaine. Pour mettre fin à ces abus, les militants du climat invoquent l’exemple de d’une autre convention-cadre des Nations unies, celle portant sur le contrôle du tabac, qui a mis en place des règles très strictes pour empêcher la participation de lobbyistes des industriels du tabac à leurs discussions. Une pétition appelant à appliquer le même système à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique a été signée par plus de 500 000 personnes.


Union européenne : le gaz aux dépens des renouvelables

Et l’Europe dans tout ça ? Le temps paraît loin où elle pouvait apparaître comme un leader au niveau international en termes d’ambition climatique. La Commission européenne semble actuellement beaucoup plus préoccupée de sécurité énergétique que de climat, en raison des tensions géopolitiques avec la Russie et plus généralement des conséquences de la libéralisation du secteur de l’énergie sur le vieux continent. Et la solution qu’elle privilégie n’est pas d’accélérer la transition énergétique ou de renforcer le contrôle politique de ce secteur stratégique, mais plutôt un développement massif du gaz à travers des grandes infrastructures de gazoducs comme le « Corridor Sud » ou des terminaux méthaniers destinés à importer du gaz de schiste en provenance des États-Unis (lire notre enquête en deux parties sur cette Europe du gaz : De la mer Caspienne à la Méditerranée, un projet de gazoduc géant symbolise les reniements de l’Europe et Comment la Commission et les industriels voudraient imposer le gaz (de schiste) aux Européens).

L’une des explications de renoncement climatique tient peut-être, comme souvent à Bruxelles, aux relations étroites entretenues par la Commission européenne avec les industriels. Une analyse réalisée par l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory montre ainsi que depuis leur entrée en fonctions il y a deux ans, les deux commissaires européens en charge de l’énergie et du climat, l’espagnol Miguel Arias Cañete et le slovaque Maroš Šefčovič, ont consacré près de 80% de leurs rendez-vous officiels à des représentants du secteur privé, contre moins de 20% à des ONG ou des syndicats. Parmi ces représentants du secteur privé, on comptait une majorité écrasante d’entreprises ou d’associations professionnelles investies dans les énergies fossiles, à commencer par le gaz, comme les groupes énergétiques Iberdrola, BP, Shell, Engie, E.on et Statoil, ainsi que Trans Adriatic Pipeline, le consortium en charge d’une partie du gazoduc Corridor Sud, ou encore Eurelectric, le lobby européen des producteurs d’électricité. Dans ces conditions, « il n’y a rien de surprenant à voir la Commission pousser au développement de toujours plus d’infrastructures gazières », estime Pascoe Sabido du Corporate Europe Observatory. « Il ne peut pas y avoir de véritable transition tant que ceux qui sont en charge de définir les politiques climatiques fricotent avec les gros pollueurs. »

Doutes sur la finance verte

Pour mettre en œuvre les objectifs de l’Accord de Paris, et aider les pays du Sud à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s’adapter aux conséquences de la crise climatique, beaucoup mettent leurs espoirs sur la finance climatique, ou « finance verte ». Le secteur est aujourd’hui en pleine effervescence et aiguise beaucoup d’appétits. Cependant, en l’absence de critères rigoureux sur ce qui est réellement bénéfique pour le climat, la finance verte peut donner lieu à tous les abus. En témoigne le précédent de l’« obligation verte » lancée par Engie en 2014, qui aura surtout servi à boucler le financement du mégabarrage de Jirau, en Amazonie, largement critiqué pour ses impacts destructeurs et dont les bénéfices climatiques paraissent maigres (lire notre enquête). Au-delà de ce cas extrême, le site web FossilFreeFunds.org montre que la plupart des sociétés de gestion et des fonds financiers qui se réclament du climat et des investissements « décarbonés » ont en réalité une empreinte carbone équivalente ou supérieure à celle des fonds classiques. En ce qui concerne la transparence, là encore, on retrouve aussi les travers habituels de la finance. Une étude de la coalition « AdaptationWatch », réunissant ONG et institutions de recherches, a récemment sonné l’alarme sur le faible niveau de transparence des flux financiers publics et privés entre Nord et Sud mobilisés au nom du climat.

La Bourse de Paris, à travers son organisation promotionnelle Paris Europlace (présidée par Gérard Mestrallet, patron d’Engie), cherche activement à se positionner sur le créneau de la finance verte et a co-organisé avec la Bourse de Casablanca un « Climate Finance Day » quelques jours avant la COP22. Mais les banques et autres institutions financières qui lorgnent ainsi sur le filon de la finance verte ont-elles réellement rompu avec leurs habitudes de soutien aux énergies fossiles ? Les grandes banques françaises ont toutes annoncé des mesures de réduction de leur financement du charbon – la principale source mondiale de gaz à effet de serre -, voire d’exclusion de certains projets ou de certaines entreprises spécialisées dans ce secteur d’activité. Mais les organisations écologistes comme les Amis de la terre questionnent la portée réelle de ces engagements, dans la mesure où ces mêmes banques continuent de fait à financer des projets de nouvelles centrales charbon, comme le Crédit agricole en Indonésie ou la Société générale en République dominicaine (lire le récent rapport publié par Banktrack, les Amis de la terre et d’autres ONG sur l’état des engagements des grandes banques internationales dans le secteur du charbon).

Quand @BNPParibas dit s'engager à blacklister les entreprises du de son portefeuille-clients / elle en vire 20, elle en garde 480 !

 

Quant à BNP Paribas, de loin la banque française la plus investie dans les énergies fossiles, elle continue malgré ses annonces pour la COP21 et la COP22 à soutenir financièrement l’entreprise polonaise PGE, l’une des dernières à vouloir développer le charbon en Europe. « Un an après la COP21, on s’aperçoit que, non seulement les mesures adoptées par les banques sont insuffisantes pour répondre à l’urgence climatique, mais surtout, qu’elles tardent à être mises en œuvre », commente Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre.

Entre promotion d’une « finance verte » aux contours mal définis et continuité du soutien aux énergies fossiles, la position de BNP Paribas résume à elle seule les limites et les risques de l’engagement des multinationales pour le climat.



Photos : Takver CC (une) ; Unido CC ; Banque mondiale CC ; Philippe Roos CC ; Amis de la terre.


Source : Multinationales.org
— -

 

Notes

|1| Lire les critiques des ONG françaises.

|2| Engie et Nareva ont également co-organisé plusieurs conférences dans le cadre de la COP22, notamment sur le prix du carbone et l’efficacité énergétique.

|3| Lire à ce sujet l’analyse détaillée de Hamza Hamouchene, qui se demande si « un simple passage de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable, tout en restant dans le cadre capitaliste de marchandisation et privatisation de la nature au profit de quelques-uns » constitue une réponse adéquate à la crise climatique.

 
 

Olivier Petitjean

En charge de l’Observatoire des multinationales. Passe son temps à surveiller le CAC 40, non pour jouer en bourse, mais pour en mesurer l’impact écologique et social. A côtoyé les mouvements de solidarité internationale et l’édition. Entre France et Nouvelle-Zélande.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 17:23

 

Source : http://www.romandie.com

 

 

Recherche d'hydrocarbures: Royal déterminée à interdire un permis dans le Sud-Ouest


Paris - La ministre de l'Environnement et de l'Energie, Ségolène Royal, a indiqué mardi avoir pris un nouvel arrêté pour interdire le renouvellement d'un permis de recherche d'hydrocarbures dans le Sud-Ouest, à l'encontre d'une décision de justice sommant l'exécutif de prolonger ce permis.

Selon des informations de presse, la société australienne Gas2Grid a obtenu gain de cause devant le tribunal administratif de Pau, où elle contestait un arrêté du ministère de l'Environnement lui refusant à l'automne 2015 la prolongation pour cinq ans de ce permis de recherche dit de Saint-Griède (sur les départements du Gers, des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées et des Landes).

Mais Ségolène Royal a dit mardi camper sur sa position: On ne peut pas dire +il faut construire des stratégies bas carbone, avoir une programmation pluriannuelle de l'énergie+ et continuer à donner des permis miniers, a-t-elle déclaré devant la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.

Dans l'état actuel du code minier, il y a un droit à prolongation du permis. Ce droit se télescope avec la loi de transition énergétique, a-t-elle expliqué. J'ai remotivé différemment un nouvel arrêté de refus de prolongation de ce permis en faisant précisément valoir la stratégie bas carbone, la programmation pluriannuelle de l'énergie et donc la baisse des énergies fossiles de 30% d'ici 2030.

Peut-être qu'il va y avoir une évolution jurisprudentielle, je le souhaite. En tout cas, (...) si le tribunal administratif annule à nouveau cet arrêté, je ferai appel devant le Conseil d'Etat, a-t-elle ajouté, encourageant les entreprises énergétiques à investir dans les énergies renouvelables plutôt que dans de coûteux forages d'hydrocarbures.


(©AFP / 22 novembre 2016 21h04)

 

 

Source : http://www.romandie.com

 

 

 

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 20:27

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

 

Etats-Unis : 167 blessés après de violentes manifestations près du chantier d'un oléoduc

 

 

 

 

Etats-Unis : 167 blessés après de violentes manifestations près du chantier d'un oléoduc

 

 

 

Soutenue par les écologistes, la tribu sioux de Standing Rock considère que l'oléoduc menace ses sources d'eau potable et plusieurs sites où sont enterrés ses ancêtres.

 

La hache de guerre est déterrée depuis cet été mais ce week-end, des manifestations ont pris un tour violent près du chantier controversé d'un oléoduc dans le Dakota du Nord dans la nuit de dimanche à lundi, la police utilisant gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et canons à eau par une température glaciale (- 3 °) contre les manifestants.

 

L'enjeu ? L’oléoduc, baptisé Dakota Access Pipeline et d’un coût de 3,78 milliards de dollars, doit traverser quatre Etats américains sur 1.886 kilomètres et acheminer le pétrole extrait dans le Dakota du Nord, à la frontière canadienne, jusque dans l'Illinois, plus au sud. L'oléoduc doit être construit sous la rivière Missouri et le lac artificiel Oahe.

 

Des mois de manifestations

Ce projet de la compagnie Energy Transfer Partners a suscité ces derniers mois un mouvement de contestation croissant aux Etats-Unis de la part de tribus indiennes, rejoints et soutenus par les mouvements écologistes et de défense des droits des Amérindiens. La tribu sioux de Standing Rock considère que l'oléoduc menace ses sources d'eau potable et plusieurs sites où sont enterrés ses ancêtres. Elle avait demandé au président Barack Obama d'intervenir pour faire arrêter ce chantier qui traverse des terres sacrées, saccageant des sépultures, et polluant les cours d’eau, et lancer une enquête sur les exactions des forces de l'ordre sur le site.

Les organisateurs de ces manifestations ont affirmé que 167 personnes avaient été blessées, dont trois aînés amérindiens. Selon eux, sept personnes ont dû être hospitalisées pour des blessures sérieuses à la tête. Selon le journal "Bismarck Tribune", citant le bureau du shérif, des manifestants ont lancé des cailloux et des bouts de bois sur les policiers. Une personne a été arrêtée.

 

 

Police and about 400 Dakota Access pipeline protesters in tense standoff on bridge north of protest camp. http://abcn.ws/2fSNLTd 

 

Le bureau du shérif du comté de Morton a de son côté souligné que les opposants à ce projet d'oléoduc avaient lancé de véritables "émeutes" et démarré une douzaine de feux, d’où la nécessité de l’utilisation de l’eau pour éviter que les feux ne se propagent. Les autorités ont estimé qu'il y avait environ 400 manifestants. La semaine passée, le gouvernement américain a ordonné le gel de ce chantier, dans un souci d'apaisement, estimant que davantage d'analyses et de débats étaient nécessaires.

(Avec AFP)

 

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 18:01

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Pétrole

Les grandes banques françaises derrière le projet d’oléoduc combattu par les Sioux

par

 

 

 

 

 

Les Sioux de la réserve de Standing Rock, dans le Dakota du Sud, s’opposent à un projet d’oléoduc qui menace des sites culturels ancestraux et leurs sources d’eau [1]. Le Dakota Access Pipeline, d’une longueur de 1800 kilomètres, doit transporter le pétrole de schiste extrait dans le Dakota du Nord vers les côtes Est et Sud des États-Unis et, au-delà, vers d’autres marchés. Or, selon les chiffres compilés par l’ONG Food and Water Watch, les banques françaises sont engagées dans le projet du Dakota Access Pipeline, pour des sommes dépassant le milliard de dollars.

Crédit Agricole, Natixis et Société Générale figurent parmi les banques qui ont accordé un prêt de 2,5 milliards de dollars spécifiquement dédié au financement de la construction de l’oléoduc. Avec BNP Paribas, Crédit agricole et Natixis financent également les deux firmes qui portent le projet (Energy Transfer Partners et Energy Transfer Equity). Total de l’exposition financière des banques françaises : près de 450 millions de dollars pour BNP Paribas, près de 350 millions pour le Crédit agricole, 180 millions pour Natixis et 120 millions pour la Société générale.

 

 

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

 

Une coalition d’organisations écologistes, dont Greenpeace et les Amis de la terre, ont adressé une lettre officielle à un groupement de banques vantant leur responsabilité sociale et environnementale – l’association des « Principes de l’Équateur ». Les ONG s’étonnent que ces banques soient engagées dans un projet aussi problématique pour l’environnement et pour les droits des indigènes, en contradiction totale avec leurs engagements. Toutes les grandes banques françaises adhèrent officiellement aux Principes de l’Équateur. Seules deux des principales banques impliquées dans le projet, Citigroup et la norvégienne DNB, ont officiellement réagi à ces critiques, la première en assurant qu’elle incitait au dialogue avec les Sioux, la seconde en annonçant qu’elle allait reconsidérer ses financements [2].

À l’occasion de la 22e Conférence sur le climat à Marrakech, le Crédit Agricole, la Société Générale et BNP Paribas ont répété leur volonté de se retirer de l’extraction de charbon, la plus polluante des sources d’énergie fossiles. Leurs déclarations ne concernent pas le pétrole et le gaz, même lorsqu’il s’agit de projets particulièrement problématiques ou polluants.

 

« Nous avons souffert sous tous les présidents américains »

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis n’est pas des plus réjouissantes pour les Sioux de Standing Rock et les opposants à l’oléoduc. Le nouveau président a en effet des liens financiers étroits avec Energy Transfer Partners et Phillips 66, deux compagnies qui soutiennent le projet. Son nouveau secrétaire à l’Énergie pourrait bien être Harold Hamm, le patron de la firme pétrolière Continental Resources, très implantée dans le gisement de pétrole de schiste qui profitera de l’oléoduc. Les revendications des Sioux risquent de ne plus être entendues à Washington.

« Je sais qu’il y en a qui sont inquiets à cause du nouveau président, a réagi l’une des militantes de Standing Rock, mais je vous rappelle que nous avons souffert sous tous les présidents américains depuis l’établissement même de l’Amérique... Nous devons continuer à résister et à défendre notre droit à la vie. » Les banques françaises entendront-elles leurs appels ?

Olivier Petitjean

 

Notes

[1Lire nos précédents articles sur la violente répression des Sioux opposés à un projet d’oléoduc et le récit de Winona LaDuke, militante et femme politique amérindienne.

[2Voir le dossier sur le Dakota Access Pipeline de l’ONG spécialisée BankTrack.

 

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:01

 

Source : http://www.cadtm.org

 

A Safi, une autre COP 22 organisée par la société civile marocaine

 

10 novembre par Nicolas Sersiron

 

 

 

 

Quelques jours avant la COP 22 de Marrakech, le soir du 3 novembre, des journalistes attentifs et des militants se serrent dans la très petite salle du groupe local de Safi pour assister à la conférence de presse de lancement de l’Alter COP 22, organisée par Attac/Cadtm Maroc. Si cette ville, au bord de l’Atlantique, à 150 km à l’est de Marrakech, a été choisie pour accueillir, le 4 et 5 novembre 2016, une réunion internationale sur le thème « changer le système pas le climat », ce n’est pas un hasard. Cette ville fut longtemps un port de pêche spécialisé dans la sardine avec des centaines de conserveries, employant des milliers de travailleuses-rs. Mais en raison de la surpêche internationale dans les eaux marocaines, des pollutions aériennes et surtout liquides d’eaux fortement polluées vidangées par un complexe chimique très proche, il ne reste que des bâtiments en majorité vides.

L’office chérifien des phosphates, l’OCP, est le propriétaire du centre industriel dédié à la production d’engrais. Le Maroc est un des premiers producteurs mondiaux de phosphate. Aucune tentative pour cesser, voire seulement atténuer ces rejets hyper polluants, n’est entreprise, malgré les injonctions de l’Europe. Selon les responsables, cela couterait trop cher de nettoyer les eaux rejetées. L’océan Atlantique, ce bien commun à tous les humains, ne pourra absorber toute cette pollution, la vie marine disparaitra dans une zone de plus en plus immense ainsi que sa capacité à capter le CO2. On peut voir, devant le complexe, des milliers de litres d’eaux verdâtres sortir en torrent d’un pipeline d’un mètre de diamètre, tomber dans la mer 24h sur 24. L’exportation des engrais est très rentable, elle est devenue un cheval de Troie pour le business marocain en Afrique : banques, chimie, extractivisme, téléphonie, etc. Convaincre les petits paysans africains que les engrais chimiques sont la solution à leurs problèmes de rendement et à la faim dans le monde, voire les déposséder de leurs terres, même si l’agriculture productiviste et chimique sera une catastrophe pour eux, est un business à gros profits. Nous sommes nombreux à le savoir et à dénoncer la NASAN (nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition) poussée par Yara, grand producteur norvégien d’engrais azotés avec d’autres multinationales du secteur et aussi l’« Agriculture climato-intelligente », une nouvelle révolution verte à base d’engrais, de pesticides et de grosses machines, soutenue par la Banque mondiale. Elles feront perdre à l’agriculture familiale et vivrière - qui nourrit encore 70 % des habitants de la planète avec des émissions de GES ultra faibles – ses territoires de vie et ses espaces de culture. De plus, l’agriculture productiviste et chimique est le premier émetteur mondial de GES à cause des transports d’intrants à travers terres et océans, des monocultures mécanisées de clones brevetés avides de pesticides et en conséquence, de la destruction de la matière organique des sols contenant de grandes quantités de carbone.

Pourtant le Maroc, qui reçoit la COP 22 en ce début novembre 2016 pour lutter contre le réchauffement climatique avec grands déballages, limousines noires et police à tous les coins de rue de Marrakech, est justement en train de construire une centrale électrique à charbon près de l’usine de phosphate avec un grand port en eau profonde. Le charbon arrivera par d’immenses vraquiers d’Afrique du Sud ou d’Australie. Le libre-échange débridé favorise le moins disant écologique, social et financier. Il est incompatible avec la lutte contre le réchauffement. 10 000 tonnes de charbon seront brulées chaque jour pour renforcer les capacités de production du complexe chimique de l’OCP à Safi. Des investisseurs étrangers, en prenant des parts importantes dans ces nouvelles installations, permettent au régime marocain d’augmenter sa production et ses exportations d’engrais et bien sûr les externalités négatives, pollutions diverses et désastre climatique. Si la finance n’a pas de frontière, la pollution non plus. La France qui recevait la COP 21 en décembre 2015, était à travers EDF, sa compagnie nationale, un des champions mondiaux de la production d’électricité avec du charbon, mais hors de ses frontières. Les décideurs de ces pays industrialisés réunis en grandes pompes au Maroc, pour ne rien faire contre le réchauffement climatique si cela devait réduire leurs profits, sont-ils venus nous faire une nouvelle représentation d’illusionnistes. Ou bien sont-ils atteints de schizophrénie, cette maladie psychique caractérisée par une perte de contact avec la réalité ? Ou alors sont-ils ensorcelés par leur surpuissance croyant que ni eux ni leurs enfants ne seront atteints par ces désastres, ou bien encore sont-ils tellement drogués aux profits qu’ils sont contraints de prendre leur dose chaque jour, quel qu’en soit les conséquences. Pire encore, ne sont-ils que de tristes cyniques ? Un peu, voire beaucoup de tout cela sans doute.

La société civile doit résister par tous les moyens si elle veut avoir une chance que les générations futures, nos enfants, survivent à leurs crimes. Réunis en colloque pendant deux jours, plus de cent cinquante militants étrangers et marocains, des intervenants d’Europe, d’Afrique, et d’Amérique du Nord, des personnes de la société civile sont venues pour entendre les conférences traduites dans 5 langues. Ils ont participé activement par leurs interventions et leur écoute attentive à cette résistance.

 

 
 
 
 

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme » Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Il donne régulièrement des conférences sur la dette.

 

Autres articles en français de Nicolas Sersiron (56)

 

 

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 13:36

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

COP22 à Marrakech : Le royaume du business

1er novembre par ATTAC/CADTM Maroc , GRAIN

 

 

 

CC - Flickr - UNclimatechange

 

 

L’Afrique sera à l’honneur lors de cette Conférence des Parties sur les Changements climatiques (COP 22) à Marrakech entendons nous dire un peu partout. C’est une COP africaine insiste-t-on du côté du Comité marocain de pilotage de la COP. Un Pavillon Afrique sera dressé et son animation sera assurée par la Banque Africaine de Développement (BAD), le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) et la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), dont l’un des rôles est d’appuyer la mise en place d’un environnement favorable au développement du secteur financier, à l’esprit d’entreprise et aux activités du secteur privé.

Ainsi donc, au niveau global comme au niveau africain, ce sont les banques et les entreprises qui capturent le débat sur le changement climatique. Celles-là même qui, par leur recherche effrénée du profit avant tout, sont les principales responsables du réchauffement climatique.

Les thématiques choisies pour cet espace sont également lourdes de sens : la finance climatique, le transfert de technologie, l’industrialisation et l’adaptation de l’agriculture.

Que l’on ne s’y méprenne pas, il ne sera donc nullement question de réfléchir à d’autres modes de produire et de vivre pouvant permettre de faire baisser de façon conséquente nos émissions de gaz à effet de serre.

Au contraire ceux qui prendront la peine de se déplacer auront à apprécier le fossé qui sépare la réalité que vivent les communautés, les paysans et paysannes d’Afrique et du Monde et l’aveuglement qui caractérise certains acteurs en charge des politiques qui devraient régler la question du climat.

Ces derniers continuent à parier sur la technologie pour apporter des solutions au problème du réchauffement climatique. Or c’est précisément elle la principale cause du réchauffement climatique et de la destruction de notre planète.

La (BAD) en pointe dans le soutien à « cette COP africaine » semble notamment être loin de cerner l’urgence climatique pour les agriculteurs et agricultrices d’Afrique. Pour cette dernière le développement agricole de l’Afrique passe tout particulièrement par l’accès aux engrais |1|, alors qu’ils polluent les soles, participent au réchauffement climatique en émettant des gaz à effet de serre (GES) et augmentent la facture énergétique mondiale.

Le Président de la BAD se déclare sur la même longueur d’onde que le PDG de l’Office chérifien des phosphates(OCP) qui exploite le gisement de phosphate marocain, le plus important au monde et est donc un acteur incontournable pour le commerce des engrais.

L’OCP, qui utilise des procédés mis au point par Monsanto et prétend « contribuer à une réelle révolution verte du continent » |2|, vient même de créer une nouvelle usine, l’ « Africa Fertilizer Complex » afin de pouvoir inonder le marché africain. Et ce alors que l’Union européenne envisage de bloquer les importations d’engrais marocains du fait de leur forte teneur en cadmium |3|.

Ainsi les multinationales du secteur des engrais, qui sont en vérité les ennemis du climat à cause des méfaits de leurs produits |4|, vont continuer à faire des profits énormes comme lors de la crise alimentaire de 2007 et continuer les mêmes agissements dans les négociations climatiques et au sein de cette Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat mis en place pour soutenir une autre arnaque pour l’agriculture qu’est le Climate Smart Agriculture.

Elles feront la promotion de la REDD (Réduction des missions liées à la déforestation et la dégradation des forêts), du Climate Smart Agriculture (ou Agriculture Intelligente face au Climat) et désormais de leur nouvelle trouvaille : l’initiative AAA (Adaptation de l’Agriculture Africaine). Née pour capter l’argent du Fonds Vert Climat, cette initiative, encouragée par des Institutions comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture(FAO) envisage de soutenir l’adaptation au changement climatique de l’agriculture africaine avec des fonds privés.

Ne nous y trompons pas : cette Initiative Triple A qui vise selon les promoteurs à l’adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques |5|, n’est en fait qu’une nouvelle illusion à servir aux paysans et paysannes d’Afrique et dont déjà 27 Pays Africains se font complices.

La cible de toutes ces initiatives aux noms ronflants, c’est la destruction de l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire. On sait pourtant aujourd’hui que l’agriculture industrielle porte une lourde responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre et que l’agriculture paysanne et la relocalisation des productions près des consommateurs constituent l’une des solutions pour refroidir la planète |6|.

La COP 22 de Marrakech comme la précédente de Paris a aiguisé tous les appétits, surtout ceux du secteur du business et de belles opérations marketing ont été montées pour le profit de la soi-disant « finance verte ». Finance verte qui sera le thème du « Climate Finance Day » qui se tiendra 3 jours avant l’ouverture du folklore climatique de cette année à Casablanca.

Gérard Mestrallet, le patron du Groupe Energétique Français ENGIE déclarait que 70% des investissements pour réaliser les objectifs de lutte contre les changements climatiques viendraient de sources privées. Il faut dire que le secteur de l’énergie – fossile et renouvelable- est l’un de ceux qui attire aujourd’hui fortement les investisseurs en quête de surprofits.

Et le Maroc n’est pas en reste. Alors qu’il fait appel à l’investissement étranger pour créer non seulement son mégaprojet de centrale solaire Noor, mais aussi de nouvelles centrales à charbon et à gaz (tout en n’écartant pas l’éventualité de centrales nucléaires), il se positionne de plus en plus sur les marchés africains : c’est ainsi que la société marocaine Nareva, filiale du holding royal SNI et la société française Engie ont conclu un protocole d’accord afin de conquérir de nouveaux marchés sur le continent, et dans un premier temps, en Égypte, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana et au Cameroun. Comble de toutes les contradictions, il passe un accord avec la Côte d’Ivoire afin de créer des centrales à charbon. L’émoi qu’avait suscité cette information en Cote d’Ivoire et en Afrique avait donné lieu à des Pétitions |7| et autres dénonciations.

Ainsi donc, Marrakech ne sera ni plus ni moins que le rendez-vous déjà vu de la célébration des fausses solutions et des mensonges pour « sauver le climat ». Des banques, comme la Société Générale ont commencé depuis bien longtemps à parrainer des rencontres climat et la grosse armada des multinationales, surtout celles engagées dans l’agriculture industrielle et l’énergie, est déjà entrée en scène.

Or les populations les plus démunies sont parmi les premières victimes des dérèglements climatiques qui affectent leurs vies quotidiennes. Les paysans et paysannes africain(e) sont contraint(e)s à migrer lorsque leurs terres sont dévastées par les catastrophes climatiques et sont aussi cerné(e)s par les fausses solutions proposées par les multinationales et les gouvernements lors de ces grandes messes internationales que sont les Conventions des Parties, qui viennent à peine de reconnaître la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 2°, voire 1,5°. Vingt et un ans de réunions pour ce résultat !

Ne laissons pas le débat climatique aux mains de la finance et des multinationales. Le réchauffement climatique, les peuples le subissent, ce débat est le leur et ils ont des propositions et des solutions.

Rabat, Accra, 26 octobre

 

Notes

|1| http://telquel.ma/2016/07/24/bad-so...

|2| http://observateurocde.org/news/ful...

|3| http://www.agrimaroc.ma/alerte-le-p...

|4| https://www.grain.org/article/entri...

|5| http://www.latribune.fr/opinions/bl...

|6| Cf. Hold up sur le climat : comment le système alimentaire est responsable du changement climatique et ce que nous pouvons faire, Grain, CETIM, 2016.

|7| https://secure.avaaz.org/fr/petitio...

 
 
 
 

ATTAC/CADTM Maroc

membre du réseau CADTM en bref : L’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne. www.attacmaroc.org http://arabic.cadtm.org/

 

 

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 15:42

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

A La Haye, la société civile juge Monsanto pour «écocide»

17 octobre 2016 | Par Ludovic Lamant
 
 
 

Trente témoins venus d’Argentine, du Sri Lanka ou de France ont défilé pendant deux jours à La Haye devant des juges professionnels chargés d’une mission inédite : juger les « crimes » de Monsanto, le champion des OGM. Aucun verdict à attendre. Mais les promoteurs de l’initiative espèrent imposer un concept juridique, celui d’« écocide ». Reportage dans l’ébullition de ce vrai-faux tribunal, en l’absence de l’accusé.

La Haye (Pays-Bas), envoyé spécial.- Deux mères en colère ont pris la parole en premier. L’une est française, l’autre argentine. Elles ne se connaissaient pas avant de se trouver réunies pour témoigner. « C’est un honneur pour moi d’ouvrir la longue liste des victimes de Monsanto », prévient Sabine Grataloup. Elle distribue aux juges, assis face à elle, des photographies de son fils, né il y a neuf ans avec plusieurs malformations. Il souffre d’une atrésie de l’œsophage. Il respire aujourd’hui grâce à une trachéotomie. Il subira sa cinquante et unième opération jeudi prochain. « C’est une somme énorme de souffrances et de risques vitaux pour lui, parce qu’une trachéotomie peut toujours se boucher à n’importe quel instant », explique-t-elle.

Sabine Grataloup est propriétaire d’une carrière d’équitation. Chaque été à la même époque, elle y passait un désherbant à base de glyphosate, commercialisé par Monsanto. Elle l’a fait aussi l’année où elle était enceinte, de trois ou quatre semaines à peine, sans prendre de précautions particulières. Elle ne savait pas encore, à l’époque, qu’elle attendait un enfant. Or, assure-t-elle, « c’est à ce moment-là que l’œsophage et la trachée se forment chez le fœtus ». Elle parle vite, de manière précise. Il est à peine 9 heures du matin, ce samedi 15 octobre à La Haye, et les 250 personnes assises dans le public l’écoutent scrupuleusement. « Ce faisceau de coïncidences m’a troublée. (…) Nous sommes en face d’une épidémie de malformations, induites par l’homme », conclut-elle.

 

Ouverture du procès samedi 15 octobre 2016 à La Haye. © Tribunal Monsanto. G. De Crop.
 
 
 
 
 
Ouverture du procès samedi 15 octobre 2016 à La Haye. © Tribunal Monsanto. G. De Crop.
 

Au tour de María Liz Robledo de prendre la parole. Cette trentenaire a fait un long voyage depuis la localité de Baigorria (1 900 habitants), dans le nord-ouest populaire de la province du Grand Buenos Aires, pour venir témoigner. Sa fille a été opérée, pendant six heures, dès le jour de sa naissance, en avril 2013. La situation s’améliore, mais elle continue de souffrir de maladies respiratoires qui l’empêchent de mener une vie normale. María Liz Robledo a vécu l’essentiel de sa vie dans une maison voisine d’un terrain vague, où l’on stockait des bidons de pesticides. Elle se souvient aussi des passages du « mosquito » (le moustique), surnom donné par les habitants du coin à l’avion qui arrose les champs de pesticides. « Dans mon village, un autre enfant est né avec la même malformation », assure l’Argentine. Elle dénonce « la manipulation de l’information sur Monsanto, qui fait que tout le monde regarde ailleurs ». Elle veut « capitaliser sur sa souffrance, pour faire que d’autres gens prennent conscience de l’ampleur du problème ».

Cinq juges écoutent, casques de traduction vissés sur les oreilles, les récits poignants de ces deux femmes. La présidente du tribunal, la Belge Françoise Tulkens, a été juge à la Cour européenne des droits de l’homme pendant plus de dix ans. À ses côtés siègent une Argentine, une Sénégalaise, un Mexicain et un Canadien. Ces magistrats ont accepté de se prêter à un exercice inédit, qui pourrait marquer l’histoire du droit international : juger une multinationale, l’américaine Monsanto, championne des OGM à travers le monde. Le chimiste de Saint-Louis, dans le Missouri, dont le rachat par le groupe pharmaceutique allemand Bayer vient d’être annoncé, a-t-il violé les droits à la santé, à l’alimentation, ou à un environnement durable ? Et si oui, comment l’établir ?

A l'entrée du tribunal dimanche : « Monsanto - Bayer, coupables d'écocide » © LL. A l'entrée du tribunal dimanche : « Monsanto - Bayer, coupables d'écocide » © LL.
 
 
 

Les magistrats sont censés s’appuyer sur deux corpus juridiques : les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, adoptés en 2011, et le statut de Rome, sur lequel se fonde la Cour pénale internationale (CPI). Pendant deux jours, jusqu’au dimanche soir, trente témoins et experts (avocats, médecins, scientifiques) ont défilé, venus des cinq continents et brossant un portrait glaçant des dégâts causés par Monsanto sur les hommes, les sols, les animaux et la biodiversité. Ces récits de vie ont aussi dressé l’inventaire des méthodes employées par Monsanto pour « contrôler et maintenir son hégémonie mondiale », selon l’expression de l’ingénieur agronome paraguayen Miguel Lovera, jusqu’à contrôler une partie de la production scientifique sur le sujet.

L’agricultrice américaine Christine Sheppard est venue raconter son calvaire. Elle a utilisé du Round Up, le pesticide de Monsanto, dans sa ferme de Hawaï, à partir de 1995. Un cancer particulièrement dangereux – un lymphome non hodgkinien – lui a été diagnostiqué en 2003. Elle est aujourd’hui en rémission, après de nombreuses séances de chimiothérapie et une greffe de moelle osseuse. Elle devrait être l’une des premières, aux États-Unis, à attaquer Monsanto en justice, persuadée du lien entre sa santé et son exposition à cet herbicide. « Monsanto sait bien que de nombreux procès l’attendent, ils ont déjà fait des provisions pour indemniser de futurs cas, en mettant quelque 250 millions d’euros de côté », a précisé son avocat, Timothy Litzenburg, dont le cabinet s'attend à voir surgir des milliers d'autres cas dans les années à venir.

Le médecin argentin Damian Verzeñassi, de son côté, a expliqué observer, dans les études quantitatives qu'il mène en Argentine, « un changement dans la manière dont les gens meurent dans certaines provinces du pays, parallèlement à la mise en place d’un modèle d’agrobusiness à base d’OGM ». C’est en 1996 que commencent à surgir de manière plus régulière des problèmes de santé jusqu’alors assez rares – certains types de cancer, des malformations de nouveau-nés, des fausses couches. « Monsanto a inondé la planète de ses produits, et le groupe l’a fait en sachant très bien ce qu’il était en train de faire », a-t-il lancé, faisant référence à une étude de l’EPA, l’agence américaine chargée d’enregistrer les pesticides, qui s’inquiétait dès 1985 des risques cancérigènes liés au glyphosate.

 

Paul François © LL. Paul François © LL.
 
 
 

L’agriculteur français Paul François a quant à lui rendu compte de son parcours du combattant, depuis qu’il a tenté d’attaquer Monsanto en justice. En nettoyant une cuve en 2004, il a inhalé les vapeurs du Lasso, un herbicide autrefois commercialisé par Monsanto (il a été interdit par la Commission européenne à partir de 2007). Il dut être hospitalisé sur-le-champ, après avoir perdu connaissance. C’est le début d’une longue série de pépins de santé, qui sont allés jusqu’à des « comas profonds ». Paul François a attaqué Monsanto en justice en 2006. Il a déjà englouti plus de 40 000 euros de frais pour financer cette procédure. Même s’il a remporté plusieurs batailles juridiques, Monsanto a toujours fait appel, sans jamais lui verser d’indemnisation jusqu’à présent. Le parcours judiciaire pourrait encore durer quelques années. « Ils espèrent qu’à un moment donné, je vais être épuisé, et que je ne pourrai plus me permettre ces sacrifices financiers », a expliqué Paul François, qui a fini par conclure à la barre : « Si vous osez vous mettre en travers de Monsanto, c’est une machine à broyer. »

 

« Donner corps au concept d’écocide »

Le paysan colombien Pedro Pablo Mutumbajoy, lui, s’est présenté aux juges comme une victime des épandages aériens du Round Up de Monsanto. Cette technique n’a été utilisée qu’en Colombie, à partir de l’an 2000 : elle devait permettre de détruire les cultures illicites de coca, dans le cadre d’un vaste plan de lutte contre la drogue, le « plan Colombie ». Ces opérations, voulues par Bogotá, et entièrement financées par les États-Unis, ont dopé le chiffre d'affaires de Monsanto et détruit de nombreux hectares de terres cultivées par la même occasion (ces épandages sont, depuis 2015, interdits). Plus de 17 000 plaintes ont été déposées par des paysans à travers le pays, espérant obtenir des indemnités. Mais très peu ont abouti. D’où la présence de Mutumbajoy à La Haye, avec l’espoir de faire avancer le dossier...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 18:13

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Pollutions

Au Québec, écologistes et Amérindiens entrent en guerre contre un nouveau projet d’oléoduc géant

par

 

 

 

 

La polémique enfle au Québec autour d’un gigantesque projet d’oléoduc qui traverserait plusieurs centaines de rivières. Dans ses tuyaux, un pétrole issu des très polluants sables bitumineux de l’Alberta, qui sera ensuite acheminé vers l’Europe ou les États-Unis. Déjà recalée par Barack Obama pour son très controversé projet d’oléoduc Keystone XL, l’entreprise canadienne TransCanada voit grandir face à elle un front citoyen mené par les communautés autochtones et les organisations environnementales. Celles-ci redoutent une marée noire dans le Saint-Laurent ou ses affluents. Elles veulent que les gouvernements canadien et québécois tournent le dos aux hydrocarbures, et respectent leurs engagements pris lors de la COP21.

Ils sont une centaine à battre le pavé ce samedi 20 août, sur le pont qui relie Gatineau [1] à Ottawa. A l’avant du cortège, une grande banderole annonce la couleur : « Coule pas dans nos cours d’eau ! ». La « Marche pour nos rivières », partie sept jours plus tôt, s’achève devant le Parlement de la capitale du Canada. C’est la première action menée par le mouvement citoyen « Stop oléoduc Outaouais », né en avril. Objectif : empêcher le projet Énergie Est porté par la compagnie TransCanada de voir le jour [2].

Énergie Est n’est pas un ouvrage comme les autres. C’est le plus important projet d’oléoduc jamais imaginé en Amérique du nord : 4 600 kilomètres de tuyaux [3] entre les provinces de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick, 1,1 million de barils de pétrole transportés chaque jour, 15,7 milliards de dollars d’investissement. Et 830 cours d’eau traversés, rien qu’au Québec. Un temps favorables au projet, les Québécois sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à se joindre à la contestation. Début 2014, seuls 19% d’entre eux se déclaraient hostiles au projet [4]. Fin 2015, ils étaient 57% [5]. Ce qui les inquiète le plus ? Les risques de pollution de l’eau potable et l’absence de transparence du processus d’évaluation.

 

Trois millions de personnes sans eau potable ?

Cette marche citoyenne marque une étape importante pour les opposants à Énergie Est. Elle leur aura permis d’obtenir le soutien de la municipalité de Gatineau, quatrième ville du Québec, et de se livrer à une belle revue d’effectifs. Parmi les invités venus ajouter leur voix à celle des marcheurs, des appuis de poids : la députée Manon Massé, du parti Québec Solidaire, l’archevêque de Gatineau, le vice-président de la Fonction publique canadienne, un responsable de la Confédération des syndicats nationaux et Jean-Guy Whiteduck, chef de la communauté amérindienne Kitigan Zibi Anishinabeg.

 

Dernière étape de la Marche citoyenne pour nos rivières, entre Gatineau et Ottawa.

 

« Nous, les peuples autochtones, n’avons pas été consultés par le gouvernement du Canada, intervient le chef autochtone. Nous sommes inquiets car l’eau est sacrée pour nous. Nous avons vu ce qui s’est passé au Saskatchewan ces dernières semaines et cela pourrait aussi se produire ici avec ce pipeline. » Le 20 juillet 2016, la fuite d’un oléoduc avait provoqué une marée noire dans la rivière Saskatchewan nord. Le tracé d’Énergie Est présente deux points particulièrement sensibles qui correspondent à la traversée du fleuve Saint-Laurent : au sud de la ville de Québec et à l’ouest de Montréal. « S’il y avait une rupture du pipeline à cet endroit, le pétrole s’écoulerait jusqu’à Montréal et on aurait trois millions de personnes sans eau potable », s’indigne Geneviève Nadeau, co-organisatrice de la marche.

 

Les précédents du Saskatchewan et du Michigan

Le bilan affiché par les transporteurs en matière de sûreté n’a pas de quoi rassurer les Québécois. Le 20 juillet dernier, 69 000 personnes ont été privées d’eau potable dans la province canadienne du Saskatchewan, suite à la fuite de l’oléoduc de la compagnie Husky Energy. Un rapport publié le 2 septembre à la demande des communautés autochtones de la région dénonce la lenteur de réaction de l’entreprise : 14 heures ! Pendant ce temps 250 000 litres de pétrole brut se sont déversés dans la rivière Saskatchewan nord. Près de deux mois après l’accident, son eau n’est toujours pas potable.

Six ans plus tôt, dans le Michigan (États-Unis), c’est un oléoduc de la compagnie Enbridge qui s’était rompu, déversant plus de 300 000 litres de « dilbit », ce pétrole bitumineux venu de l’Alberta, dilué avec des solvants afin de le rendre plus fluide. Le même pétrole que l’on retrouverait dans les tuyaux d’Énergie Est. Pointée du doigt pour l’extrême lenteur de son intervention le jour de la catastrophe – 17 heures après la première alerte –, Enbridge a estimé à 1,2 milliards de dollars le coût des opérations de nettoyage. « La question n’est pas "est-ce qu’il y aura des fuites", mais "à quel moment et quelle sera leur ampleur" », résume Sydney Ribaux, directeur général d’Equiterre, une ONG québécoise.

 

« Trop de risques pour trop peu de retombées »

S’appuyant sur les chiffres du Bureau de la sécurité des transports du Canada, l’ONG estime à 412 le nombre de fuites et déversements observés sur les oléoducs de TransCanada depuis 2004 [6]. Un chiffre contesté par l’entreprise basée à Calgary (Alberta), qui met en avant son nouveau système électronique de contrôle et de détection. Ce système permettrait à ses équipes, dans le scénario idéal, d’intervenir 13 minutes seulement après une fuite. Délai suffisant, néanmoins, pour laisser s’échapper 1,5 millions de litres de pétrole dans une rivière... « Même dans le cas d’une fermeture très rapide des vannes, on a une catastrophe », confirme Chantal Savaria, ingénieur géologue [7].

 

La raffinerie Suncor, près de Montréal, doit être alimentée par l’oléoduc Energie Est.

 

« Dans la majorité des cas, il faut plusieurs heures avant de détecter les fuites ou les déversements accidentels », poursuit la géologue. Le projet Énergie Est comporte « trop de risques environnementaux » pour « trop peu de retombées économiques », a reconnu le maire de Montréal Denis Coderre. Opposant de la première heure, Gérard Jean, édile de Lanoraie, une commune québecoise de 4 000 habitants, avait fait réaliser dès la fin 2014 une étude d’impact dont les conclusions font désormais autorité. Dans cette commune, l’arrivée de l’oléoduc causerait la perte de plus de 50 hectares de forêts et de tourbières et menacerait une réserve écologique protégée.

 

L’argument de l’emploi

Le regard dans le vague, Serge Simon observe le lac où il venait autrefois pêcher avec son père. « Le pipeline passerait sous la rivière des Outaouais, à dix kilomètres du lac des Deux Montagnes », indique d’un geste de la main le grand chef de la Nation autochtone Kanesatake [8]. « S’il y avait un déversement, ce serait un désastre écologique comme on n’en a jamais vu ici », lâche-t-il avec gravité [9]. Même son de cloche du côté de la réserve indienne de Wendake – qui compte entre 3 000 et 4 000 habitants – située à quinze minutes de la ville de Québec. « Le moindre déversement aurait un effet catastrophique pour les bélugas et l’ensemble de la faune aquatique », affirme Konrad Sioui, grand chef de la nation Huronne-Wendat. En juin, l’Assemblée des premières nations du Québec-Labrador (APNQL) a adopté une résolution officielle d’opposition au projet Énergie Est. Pour elle, ce projet ne respecte pas les droits ancestraux des Premières nations, menace leurs lacs et leurs rivières, favorise l’expansion de sables bitumineux et accélère les changements climatiques.

Si les communautés autochtones opposées à Énergie Est sont nettement majoritaires, ce genre de projet continue cependant de susciter des débats en leur sein même, concède Ghislain Picard, chef de l’APNQL. « Nos dirigeants doivent d’un côté protéger l’environnement et, de l’autre, répondre aux besoins économiques de leur population ». Dans les réserves, le taux de chômage et le manque de perspectives sont criants. « Nous sommes toujours en situation de rattrapage sur le plan de l’éducation, de l’emploi, de la santé », déplore Ghislain Picard. Dans ce contexte, les perspectives d’emplois sont parfois difficiles à refuser. Et quand TransCanada annonce la création de 14 000 emplois, dont 3 000 au Québec, certains y voient la promesse d’un avenir meilleur. « Peut-on réellement se passer d’un projet d’investissement privé qui créerait et maintiendrait annuellement plus de 14 000 emplois directs et indirects au pays, dont près de 25% au Québec ? », écrivent d’une même main le PDG de la Fédération des chambres de commerce et le PDG du Conseil du patronat du Québec [10].

 

Alliance des syndicats et des ONG environnementales

L’argument de l’emploi, la Fédération des travailleurs du Québec n’y croit plus. Il n’y aurait pas plus de 33 emplois directs créés durant la phase d’exploitation, avance Marc-Edouard Joubert, président du Conseil régional du principal syndicat du Québec. Un chiffre que ne conteste pas Énergie Est [11]. Pour le dirigeant syndical, l’affaire est entendue : « Les 33 emplois créés ne contrebalancent pas les risques de déversement associés au déploiement d’un oléoduc sur le territoire québécois. » Et d’ajouter : « l’exploitation des sables bitumineux est sale. On devrait l’arrêter ». Une manière de signifier que l’opposition à cet oléoduc s’inscrit dans un combat bien plus large que la prévention des marées noires.

 

Manifestation contre Energie Est à Montréal, le 11 août 2016.

 

« Le plus grand risque que pose Énergie Est, martèle Sydney Ribaux, le directeur général d’Equiterre, c’est de permettre l’expansion des sables bitumineux en Alberta et au Saskatchewan. L’extraction de ce pétrole émet trois à quatre fois plus de gaz à effet de serre que celle du pétrole conventionnel ». Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie à Greenpeace Canada, dénonce quant à lui « la destruction de la forêt boréale », « l’utilisation massive d’eau et de gaz naturel » pour extraire le bitume et « la création de grands réservoirs toxiques remplis de produits chimiques », qui menacent la santé des communautés autochtones de l’Alberta [12].

 

Les promesses de Justin Trudeau à l’épreuve des faits

Sortir ou ne pas sortir de l’extrême dépendance au pétrole héritée des années Harper, Premier ministre conservateur de 2006 à 2015, telle est la question que semblent se poser les dirigeants canadiens. Fraîchement nommé Premier ministre, Justin Trudeau avait pris tout le monde de court en s’engageant lors de la COP21 à réduire les émissions du Canada de 30% d’ici 2030. Un défi colossal pour ce pays qui figure dans le quatuor de tête des plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre par habitant, aux côtés de l’Australie, de l’Arabie Saoudite et des États-Unis. « Si le Canada prend au sérieux ses propres engagements à la COP21, il doit mettre un moratoire sur les futurs projets dans les sables bitumineux », estime le géologue canadien David Hugues [13].

 

Marche d’ouverture du Forum social mondial à Montréal le 9 août 2016.

 

Mais depuis la conférence de Paris, rien ne semble avoir changé. La promesse électorale du candidat Trudeau de réformer l’Office national de l’énergie (ONE), organisme chargé notamment d’évaluer les projets d’oléoducs, est restée lettre morte. Or ce « tribunal de l’énergie », accusé de servir les intérêts des compagnies pétrolières et gazières, vient d’entrer en crise ouverte. La 9 septembre, sous le feu des critiques, les trois commissaires en charge de ces audiences ont décidé de jeter l’éponge. Pendant ce temps-là, Philippe Couillard, le Premier ministre du Québec, joue les équilibristes. Son projet de loi de transition énergétique, qui doit être soumis à l’Assemblée nationale en octobre, prévoit, dans un même élan, de réduire la consommation d’hydrocarbures de 40 % d’ici 2030 et de renforcer les droits d’exploration et d’exploitation des entreprises pétrolières et gazières. Si cette loi est votée en l’état, prévient le juriste et sociologue Richard Langelier, « les compagnies auront un droit prioritaire d’accès aux terrains des résidents durant la phase de prospection ». Elles pourront même les exproprier, insiste-t-il, si elles trouvent du gaz ou du pétrole sur leur propriété.

 

Un mouvement de mobilisation « sans précédent »

Interrogés sur les conséquences du projet d’oléoduc géant, ni TransCanada, ni l’ONE, ni le ministère de l’Environnement du Québec n’ont souhaité nous répondre. Alors que les forages exploratoires se multiplient le long du fleuve Saint-Laurent, en Gaspésie et jusque sur l’île d’Anticosti, Énergie Est apparaît de plus en plus clairement comme le maillon central d’une stratégie pro-hydrocarbures. L’oléoduc de TransCanada pourrait ainsi servir à la fois à transporter les pétroles bitumineux de l’Alberta et les pétroles de schiste du Québec. Un défi énorme pour le mouvement de résistance organisé autour des peuples autochtones et des 130 comités citoyens du Réseau vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ).

 

Anne-Céline Guyon, porte-parole de STOP oléoduc, au bord du Saint-Laurent, près du lieu de passage prévu pour Energie Est.

 

C’est « un mouvement sans précédent dans l’histoire du Québec », se félicite la porte-parole de ce réseau, Carole Dupuis. « On ne lutte pas seulement contre Énergie Est mais surtout contre l’exploration, l’exploitation et le transport des énergies fossiles en général », précise Anne-Céline Guyon. Selon la porte-parole de Stop oléoduc, l’heure est à la convergence des luttes. Notamment avec les Premières nations, dont les revendications ne sont pas toujours en phase avec celles des autres communautés, mais dont la capacité d’action reste intacte. « Si tous les autochtones du Canada se soulèvent en même temps, les choses vont changer », prévient Serge Simon.

 

Bloquer au Québec, boycotter en Europe

Le grand chef Kanesatake se dit prêt, s’il le faut, à « bloquer physiquement » l’avancée de l’oléoduc. Serait-ce le grain de sable capable d’enrayer la mécanique bitumineuse ? C’est ce que croit le sociologue Eric Pineault [14]. « Dans ce combat qui, selon moi, va définir le Canada du 21ème siècle, explique-t-il, les communautés autochtones ont un avantage sur les citoyens québécois : elles peuvent exercer une souveraineté ». Aujourd’hui, observe le sociologue, ce sont les communautés autochtones qui bloquent les autres grands projets d’oléoducs dans l’ouest Canadien.

Aux États-Unis, les autochtones étaient déjà en première ligne dans la lutte contre le projet Keystone XL de la compagnie… TransCanada (Lire notre précédent article sur Keystone XL). Un projet rejeté par Barack Obama en février 2015. Bloquée au sud, l’entreprise albertaine mise énormément sur la route de l’est qui lui ouvrirait les marchés européens et asiatiques. Pour Anne-Céline Guyon, il faut maintenant organiser la mobilisation des Européens, clients potentiels de ce pétrole bitumineux. Et utiliser l’arme du boycott.

Texte et photos : Samy Archimède

- sauf photo de une : CC Lenny K Photography

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 13:59

 

 

Source : http://www.lelanceur.fr

 

 

Exclusif : Les preuves du double jeu de la Commission européenne sur le Roundup

 
24 juin 2016  Par Antoine Dreyfus

 

 

Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen à la Santé, lors d’une conférence de presse

sur la procédure d’autorisation du glyphosate (principal composant du Roundup)

© Jennifer Jacquemart / Union européenne © Philippe Huguen / AFP (montage Le Lanceur)


 

Des mails internes de la Commission européenne (DG Santé), récupérés par des associations (Les Amis de la Terre et Global 2000) montrent l’envers des négociations autour du Roundup. On y voit Bruxelles céder aux exigences des lobbys du glyphosate (composant du désherbant Roundup) pour ne pas divulguer des études controversées (financées par les industriels) réclamées à cor et à cri par des scientifiques et les ONG.

 

Vytenis Andriukaitis, commissaire européen à la Santé

Vytenis Andriukaitis, commissaire européen à la Santé

 

La Commission européenne est-elle plus soucieuse des intérêts des industriels du glyphosate (matière active du désherbant Roundup) que de la santé des citoyens ? Au vu des échanges de courriels que des associations européennes (Les Amis de la Terre et Global 2000) ont pu récupérer, on penche pour la première hypothèse. Selon ces documents, on voit clairement que le commissaire européen à la Santé, le Lituanien Vytenis Andriukaitis est très à l’écoute des intérêts des lobbys des industriels des pesticides – Monsanto, Dow, Syngenta et consorts.

Dans ces courriels, la Commission européenne (en l’occurrence sa direction générale Santé) cède aux exigences des industriels qui redoutent que les ONG ne publient sur Internet trois études sur le glyphosate. Celles-ci, financées par les industriels, forment le socle sur lequel l’Agence européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, a basé sa décision de considérer que le glyphosate n’était pas cancérigène, donc que son utilisation pouvait être prolongée dans les pays de l’Union.

Officiellement, le commissaire européen à la Santé a demandé à avoir accès à ces études, dans des courriers rendus publics, et n’a pas cessé de clamer son indépendance vis-à-vis de Monsanto. Mais les échanges internes auxquels nous avons eu accès prouvent le contraire.

 

BTO Conference Call SANTE EFSA Industry

 

On y lit les petits arrangements entre la Commission européenne et les industriels du glyphosate. La DG Santé écrit même, noir sur blanc, qu’elle veut proposer aux ONG une “version édulcorée” des études. Allant dans le sens des lobbys du glyphosate, elle émet aussi l’idée de consulter les études, dans une salle de lecture, sans pouvoir les copier ni, surtout, les diffuser sur Internet. Rappelons que la DG Santé et Sécurité alimentaire, qui emploie environ 960 personnes, a pour objectif, selon ses propres termes, de “faire de l’Europe un endroit plus sûr, où les citoyens sont en bonne santé et où les consommateurs savent que leurs intérêts sont protégés”. Vraiment ?

 

Le glyphosate, vache à lait de l’industrie des pesticides

Examinons dans le détail cette affaire complexe qui concerne des millions d’Européens. Le 30 juin, le renouvellement de l’autorisation du glyphosate arrive à échéance. La Commission européenne, sur la base d’une étude de l’Efsa, propose de ré-autoriser la substance jusqu’en 2031. La procédure est assez compliquée, mais disons que chaque État membre envoie des experts, qui représentent la position de leur nation, et qu’il y a ensuite un vote. Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement française, a ainsi annoncé que la France voterait contre le renouvellement de l’autorisation.

Si aucune décision n’est prise, “le glyphosate ne sera plus autorisé dans l’Union européenne et les États membres devront retirer les autorisations de tous les produits à base de glyphosate”, a rappelé la Commission, favorable donc au renouvellement.

 

Présentoir de Roundup Monsanto dans une jardinerie à Lille © Philippe Huguen / AFP

Présentoir de Roundup Monsanto dans une jardinerie à Lille © Philippe Huguen / AFP

 

Désherbant star, le glyphosate est la vache à lait des industriels des pesticides. Découvert par Monsanto, qui a commencé à le commercialiser en 1974, efficace et peu onéreux, il est de loin le pesticide le plus utilisé dans le monde. En France, il est numéro un des ventes, avec un peu plus de 7 900 tonnes de matière active et 23 065 tonnes de produits commercialisés chaque année. L’enjeu commercial et industriel est donc gigantesque. Énorme.

 

L’OMS assure que le glyphosate est cancérigène, l’Agence européenne de sécurité des aliments dit le contraire

En mars 2015, une agence scientifique liée à l’Organisation mondiale de la santé, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé le glyphosate comme “cancérigène probable pour l’homme”. Pour ces scientifiques, cette substance augmente le risque de cancer du sang (lymphome non hodgkinien) chez les agriculteurs et les jardiniers exposés. Monsanto est alors monté au créneau, exigeant une rectification et qualifiant de “science poubelle” le rapport du Circ.

En novembre 2015, pour éclairer la Commission européenne dans sa décision, l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) passe en revue le pesticide, mais aboutit à des conclusions inverses. “Tous les experts des États membres, à une exception près, ont convenu que ni les données épidémiologiques (portant sur l’homme) ni les éléments issus d’études animales n’ont démontré de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancer chez les humains”, écrit l’Efsa.

Cette position fait bondir 96 scientifiques du monde entier. Dans une lettre ouverte, ils demandent au commissaire à la Santé, Vytenis Andriukaitis, “une étude transparente, ouverte et crédible de la littérature scientifique”. L’Efsa réplique : son étude ne doit “pas être comparée” à celle du Circ, qui serait “une première évaluation” alors que celle de l’Agence européenne serait une “évaluation exhaustive du risque”.

Pour compliquer l’affaire, le Joint Meeting on Pesticide Residues (JMPR), un organe commun à l’OMS et à l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a dévoilé en mai dernier, en pleine négociation sur le renouvellement, un rapport où l’on peut lire : “Il est improbable que le glyphosate pose un risque cancérogène pour les humains qui y seraient exposés par l’alimentation.”

Les ONG fulminent. Pour elles, cette étude est plus restreinte que celle du Circ, lié aussi à l’OMS. Mais surtout elles dénoncent les liens de trois experts – dont le président du Joint Meeting On Pesticide Residues, Alan Boobis – avec l’International Life Sciences Institute (ILSI), financé notamment par les fabricants de glyphosate, Dow, Monsanto ou Syngenta (voir ci-dessous le document des donateurs de 2012, où l’on voit notamment que Monsanto a versé 500 000 dollars).

 

Donateurs ILSI 2012 détail Ligne Monsanto

 

 

 

Nœud gordien de l’affaire : 3 études scientifiques financées par l’industrie

Au centre de cette controverse scientifique, il y a trois études émanant d’un lobby, la Glyphosate Task Force (GTF) Les ONG et des scientifiques réclament depuis plus d’un an de pouvoir les lire, afin de les évaluer. Secret des affaires, répond l’Efsa.

Mais, sous la pression constante des associations, la Commission européenne a quand même été contrainte de demander la publication de ces trois documents. Le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, s’est donc fendu d’une lettre à la Glyphosate Task Force.

La réponse de ce lobby ne manque pas de piquant. En résumé, le commissaire européen à la Santé peut voir ses fameuses études, mais sous conditions. Il faut se rendre à Parme, en Italie, ou à Brunswick, en Allemagne, pour les consulter dans une salle de lecture, sous supervision. Il peut venir avec un ordinateur, mais sans connexion Internet… “La transparence à la sauce Monsanto, en somme…”, raille l’association Foodwatch.

Cet échange épistolaire ravive les tensions, car la lettre de Vytenis Andriukaitis et la réponse de la GTF sont publiées le même jour. Le député européen allemand Martin Häusling, du groupe des Verts, asticote le Lituanien dans une question écrite où il demande s’il n’y a pas de petits “arrangements” entre les industriels et la Commission européenne. Qu’allez-vous chercher là ? se défend le commissaire, il n’y a “aucune forme de collusion ou d’arrangement”. Pour preuve de sa bonne foi, Bruxelles affirme avoir demandé à l’industrie de rendre les trois études disponibles, deux semaines avant cet échange de courrier.

 

“Les options dont nous voudrions parler est la divulgation d’une version édulcorée…”

L’affaire aurait pu en rester là, mais la divulgation par les associations Friends of The Earth et Global 2000 des échanges internes de courriers électroniques montrent une Commission européenne soucieuse des intérêts de l’industrie chimique.

Dans un courriel du 18 mars 2016 émanant des services du commissaire européen à la Santé, on apprend ainsi que la Commission européenne, avec l’Agence européenne de sécurité des aliments, la Glyphosate Task Force et un autre lobby se sont réunis et ont discuté de la publication ou non de ces trois études, suite aux demandes des ONG. Les industriels ne sont absolument pas chauds pour les rendre facilement accessibles. Pourquoi ? Une fois obtenus, les documents se retrouvent sur Internet, plaide le GTF. Ce que redoutent au plus haut point Monsanto, Dow et les autres fabricants.

 

Sur proposition des industriels, tout le monde se met donc d’accord pour ne pas faciliter la consultation de ces fameuses études : elles ne pourront être consultables que dans une salle de lecture, sans possibilité de les copier ni d’avoir accès à toutes les données pour ensuite les diffuser sur la Toile…

On pourrait croire que la Commission européenne aurait son mot à dire, avancerait des arguments d’intérêt général. Il n’en est rien. C’est même le contraire. D’ailleurs, si le principe d’une salle de lecture est retenu (ce qui sera en réalité acté), “il y aura un besoin de communiquer sur l’approche choisie”, précise le service du commissaire européen à la Santé. Dans ce cas exceptionnel, poursuit le rédacteur du courriel, la cellule communication de l’Efsa se “coordonnera” avec la DG Santé (que dirige le commissaire européen). “L’industrie peut faire sa propre, mais indépendante, communication”, tient à préciser l’auteur. Nous voilà rassurés…

Dans un autre courriel, du 16 mars 2016, adressé à plusieurs membres de la DG Santé, l’un des responsables indique qu’ils vont avoir le lendemain au téléphone les associations ayant fait la demande de consultation. “Les options dont nous voudrions parler est la divulgation d’une version édulcorée [“sanitized version” dans le texte original en anglais], tandis que nous tiendrons à disposition les études complètes pour consultation dans une salle de lecture.”

 

Pourquoi proposer une version “édulcorée” ? Les industriels se retranchent derrière le secret des affaires. Ils disent ne pas avoir envie de voir sur la Toile des éléments qui relèvent de leur secret de fabrication. Certes, mais pour évaluer correctement ces études, un simple résumé, un abstract des résultats globaux ne suffit pas. Il faut pouvoir avoir accès à la version complète, avec toutes les données brutes, les annexes, l’ensemble des tests et des expériences effectués, la composition exhaustive des produits testés et les détails de la méthodologie. Comment les résultats ont-ils été calculés ? Selon quelles méthodes statistiques ? Combien de tests ont été effectués ? Sur combien de jours ? Dans quelles conditions de température ? Dans ce dossier, plus que dans d’autres, le diable est dans les détails.

 

 

Source : http://www.lelanceur.fr

 

 

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 21:13

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Transition

En Australie, une centrale exploitée par Engie confronte les habitants à un cruel dilemme : la pollution ou le chômage

par

 

 

 

En Australie, la multinationale française Engie possède une centrale électrique au charbon, Hazelwood, qui figure parmi les plus polluantes du monde. Il y a deux ans, la mine qui l’alimente a subi un immense incendie, qui a ouvert les yeux des habitants sur les risques environnementaux et sanitaires importants que ces activités industrielles font peser. Mais la peur d’une fermeture abrupte de la mine et de la centrale, dans une région économiquement sinistrée, reste forte. Après des années à subir des conséquences de l’exploitation du charbon, les travailleurs et les riverains vont-ils se retrouver une nouvelle fois victimes, cette fois de la transition pour sortir des énergies fossiles ?

« C’était abominable », se souvient une habitante. Il y a deux ans, un gigantesque incendie a ravagé pendant 45 jours la mine à ciel ouvert Hazelwood, dans l’État de Victoria en Australie. Un événement marquant dans l’histoire du site et de la centrale électrique adjacente, toutes deux propriétés du groupe énergétique français Engie (ex-GDF Suez). Cette centrale au lignite, la forme la plus « sale » du charbon, figure parmi les plus polluantes de monde. Et beaucoup s’accordent à dire que le sous-investissement imposé à Hazelwood par sa société mère est responsable de l’énorme incendie de la mine.

Les dernières braises ont été éteintes en mai 2014. Les dégâts se chiffrent en dizaines de millions de dollars. La petite ville voisine de Morwell, à 150 kilomètres de Melbourne, a été plongée dans la fumée, mais plusieurs semaines se sont écoulées avant que les autorités n’encouragent les habitants à partir. Les gens se sont plaints de difficultés respiratoires, de maux de tête, de problèmes de peau. « Les taxis refusaient de venir à Morwell », se souvient Wendy Farmer, habitante de Morwell qui a fondé le groupe « Voices of the Valley » suite à l’incendie de la mine. « La plupart des enfants ont été évacués, mais de nombreuses personnes âgées ont refusé de partir. Elles mettaient des serviettes humides autour de leurs portes et de leurs fenêtres pour empêcher la fumée d’entrer. »

Chacun à son histoire à raconter : « D’abord, ce sont les petits animaux qui ont commencé à mourir, puis les gros. Mes voisins, une famille avec des enfants en bas âge, ont abandonné leur maison et ne sont toujours pas revenus un an après : les enfants ont trop peur à cause de leur chat et de leur chien qui sont morts. » « La cendre était partout : mon ordinateur a cessé de fonctionner, je l’ai ouvert pour regarder dedans, il en était plein. » Presque tous dénoncent la lenteur de la réaction, les problèmes de coordination et l’absence de communication des dirigeants locaux d’Engie et des autorités de l’État de Victoria. Pendant que la mine brûlait, la centrale continuait à opérer.

 

Un incendie aux conséquences minimisées

Une fois l’incendie maîtrisé, les autorités s’empressent d’en minimiser les conséquences, alors même que des taux extrêmement élevés de particules fines et de monoxyde d’azote sont mesurés dans l’air. Une responsable des services de santé de l’État va même jusqu’à dire que son avis personnel est que le feu a eu un bilan globalement positif sur la mortalité dans la zone — une affirmation démentie par les études partielles réalisées depuis ! Engie estime pour sa part qu’il n’y a pas de preuve que l’incendie ait entraîné une surmortalité dans la région.

« Ils nous ont dit que l’exposition aux fumées et aux particules fines ne poserait pas de problèmes de santé, mais ils nous ont quand même donné de l’argent. Pendant quelques semaines, il y avait foule chez les marchands d’alcool de Morwell, à cause de tout cet argent liquide distribué. » En termes de compensation concrète, les mesures sont dérisoires : le conseil municipal distribue à tous les habitants un seau, un masque et des gants pour nettoyer leur maison, avec un bon d’achat pour le pressing et un autre pour le lavage de leur voiture…

 

Un désastre évitable

Pour expliquer la catastrophe, les dirigeants locaux d’Engie ont fait valoir que l’incendie a été causé par un concours de circonstance exceptionnel, et suggéré que le départ du feu, à l’extérieur de la mine, était dû à une intervention humaine. Mais les habitants de Morwell donnent une autre version de l’histoire. Selon Wendy Farmer, les dirigeants de l’usine étaient absents pendant le week-end où s’est déclaré l’incendie, alors même qu’ils savaient bien que des feux ravageaient les environs et que la saison — l’été austral — était propice à leur contagion. D’autres, y compris d’anciens travailleurs, dénoncent les effets du sous-investissement sur le site, le non remplacement des équipements anti-incendie, la réduction de la maintenance au strict minimum, alors même qu’un précédent incendie, en 2008, aurait dû servir d’avertissement. D’autres encore pointent le lignite laissé à l’air libre en plein été, malgré son caractère hautement inflammable, et l’absence de réhabilitation des sections de la mine après leur exploitation. Un incendie serait survenu le même jour dans la mine de Yallourn, à quelques kilomètres de là, et aurait été rapidement contenu parce que celle-ci est beaucoup mieux entretenue et revégétalisée.

 

Engie a toujours réfuté ces accusations, faisant valoir que les mesures de sécurité en place étaient conformes à la législation. L’entreprise indique avoir entrepris depuis l’incendie des efforts significatifs pour réhabiliter la mine et renforcer les dispositifs de prévention. Elle a aussi cherché à améliorer sa communication à destination de la communauté et à retisser des liens avec celle-ci, en donnant davantage d’argent aux clubs sportifs et aux groupes locaux.

 

Nouvelle enquête et procédures judiciaires

Les choses auraient pu en rester là. Une première commission d’enquête, mise en place en 2014 avec un mandat restreint, a confirmé que l’incendie aurait pu être facilement évité avec des mesures de sécurité et de prévention adéquates. Engie s’est empressée de suivre ses recommandations. Mais c’était sans compter sur le mécontentement persistant des habitants, et sur l’arrivée au pouvoir de l’opposition travailliste dans l’État de Victoria, à la fin de l’année 2014. Une nouvelle commission d’enquête, plus large, a été mise en place, avec les mesures de suivi environnemental, sanitaire et épidémiologique à long terme réclamées depuis de nombreux mois par les habitants de Morwell. Et l’incendie a fini par donner lieu à des procédures judiciaires.

Ce sont d’abord les pompiers qui ont engagé des poursuites pour forcer la filiale locale d’Engie à régler la facture de l’extinction de l’incendie, estimée à 18 millions de dollars australiens (11,5 millions d’euros). L’entreprise avait refusé de payer, sous prétexte qu’elle paie déjà une taxe spécifiquement destinée à financer les services des pompiers. Puis ce fut au tour de l’agence de l’État de Victoria en charge de la santé et sécurité au travail d’initier une procédure contre Engie pour violation de ses obligations réglementaires. Enfin, en mars dernier, l’Agence de l’environnement de l’État s’est résolue à initier des poursuites contre Engie, pour pollution de l’air.

Les amendes encourues par l’entreprise française – qui a vigoureusement dénoncé ces deux dernières procédures, les estimant « sans base sérieuse » — s’élèveraient au maximum à une quinzaine de millions de dollars australiens (10 millions d’euros).

 

Peur que la centrale ne plie bagages

A l’occasion de la Conférence sur le climat de Paris, Engie et EDF ont annoncé qu’elles abandonnaient tout nouveau projet dans le secteur du charbon, principale source de gaz à effet de serre au niveau mondial, pour rediriger leurs investissements vers des sources d’énergies plus vertes. Une bonne nouvelle, sans doute. Mais la page du charbon est loin d’être définitivement tournée pour nos deux champions nationaux, qui possèdent encore plusieurs dizaines de centrales au charbon dans le monde, pour la plupart anciennes. Tout dépend également de la manière dont s’opère cette « sortie » du charbon. Et dans l’État de Victoria en Australie, cette question est loin d’être simple.

Autrefois florissante, la ville de Morwell a vu sa situation économique et sociale se dégrader progressivement depuis la privatisation de la mine Hazelwood, dans les années 1990. Si les habitants s’inquiètent de plus en plus des conséquences de la mine et de la centrale pour leur santé, cette préoccupation le dispute à une autre peur, plus immédiate : celle que les dirigeants d’Engie, à des dizaines de milliers de kilomètres, ne décident soudain de tout arrêter et de partir, ne laissant derrière eux que des sommes dérisoires pour la réhabilitation du site et la reconversion des employés.

Ayant déjà souffert de la gestion purement financière des propriétaires successifs de Hazelwood, les travailleurs et les riverains craignent aujourd’hui les conséquences d’une nouvelle décision financière, de désinvestissement cette fois, parée des habits de la « transition énergétique ». Une histoire terrible et typique à la fois, comme il en existe des centaines dans le monde, partout où des communautés se sont soudées et ont prospéré autour de mines ou de centrales électriques. Elles sont aujourd’hui confrontées à la perspective de voir s’évanouir définitivement ce qui avait fait leur richesse et leur identité.

 

Une des centrales les plus polluantes du monde

Inaugurées au tout début des années 1970, la centrale et la mine de Hazelwood sont situées au cœur de l’un des principaux gisements de lignite au monde, dans la vallée de Latrobe. « Ce sont des gisements faciles à exploiter, explique Nicholas Aberle de l’organisation écologiste Environment Victoria. Ils permettent de produire une électricité bon marché. » La vallée compte deux autres mines, celles de Loy Yang et de Yallourn, ainsi que trois autres centrales électriques, dont celle, moins ancienne, de Loy Yang B, dont Engie détient 70 %. Ce sont des acquisitions récentes pour le groupe français [1].

 


La vallée de Latrobe : en rouge, les centrales ; en gris foncé, les mines ; en gris clair, les zones urbaines.

 

Côté pile, la mine de Hazelwood, qui s’étend sur 3 500 hectares, produit 15 millions de tonnes de charbon, tandis que la centrale, d’une capacité de 1 542 MW, génère un quart des besoins en électricité de l’État de Victoria. Les deux sites emploient quelques centaines de personnes. Côté face, Hazelwood émet presque 16 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère chaque année – soit 2,8% des émissions totales de l’Australie. Comme le rappellent les Amis de la terre, elle figure dans le peloton de tête des classements des centrales à charbon les plus polluantes et les plus inefficientes au monde. Sans parler de la dégradation de l’environnement local et de ses conséquences pour la santé : leur coût a été estimé à 900 millions de dollars australiens annuels (580 millions d’euros) par une étude commanditée par Environment Victoria !

 

Pour Engie, revendre plutôt que fermer

Depuis de nombreuses années, les écologistes cherchent à obtenir, à coup de manifestations et d’actions de blocage, la fermeture de Hazelwood. Selon eux, l’offre d’électricité dans l’État de Victoria serait déjà excédentaire de 2 000 MW, plus que la capacité de la centrale. À l’occasion de la COP21, ils ont adressé une lettre solennelle à François Hollande pour lui demander de faire pression sur Engie, propriété de l’État français à 33%, afin d’obtenir cette fermeture. En vain. L’industrie du charbon reste puissante en Australie. La préservation de l’emploi, dans une région économiquement sinistrée, est presque une question de vie et de mort. Et les entreprises comme Engie et EDF ne cherchent en aucun cas à fermer leurs centrales à charbon. L’objectif est plutôt de les revendre.

Mais le bénéfice pour le climat de telles opérations est nul : « L’impact de ces ventes pourrait même être négatif : afin d’obtenir des retours sur investissement suffisants, dans un contexte mondial de déclin du marché du charbon, les acquéreurs seraient poussés à maintenir les centrales en activité, peut-être plus longtemps encore que ne l’auraient fait les opérateurs français », dénoncent les Amis de la terre, le Réseau action climat et Oxfam France dans une note récente. Les repreneurs risquent également de se montrer moins scrupuleux du point de vue social.

 

 

De fait, le recentrage stratégique affiché aujourd’hui par Engie est au moins autant dû à des raisons financières qu’à des considérations environnementales. Il signe surtout l’échec des acquisitions tous azimuts du groupe, presque exclusivement dans le secteur des énergies fossiles, suite à la fusion entre GDF et Suez [2]. L’entreprise a déjà annoncé la vente de plusieurs centrales à charbon, en Inde, en Indonésie, aux États-Unis [3]. Autant d’opérations doublement gagnantes pour Engie : d’un côté, l’entreprise renfloue ses caisses, de l’autre elle voit son portefeuille énergétique devenir de plus en plus vert par la magie des cessions. Mais pour Hazelwood, la tâche paraît autrement plus ardue. Engie avait déjà signalé sa volonté de s’en débarrasser bien avant la COP21, sans trouver de repreneur [4].

 

Une communauté déstabilisée par la privatisation

Si les écologistes de l’État de Victoria et au-delà ont fait de Hazelwood une cible prioritaire, la plupart des habitants de la vallée de Latrobe ne voient pas ces ingérences d’un très bon œil. Ils sont nombreux à évoquer l’époque où la mine et la centrale appartenaient encore à l’entreprise publique d’électricité du Victoria, aujourd’hui démantelée, comme d’un âge d’or. « Tout le monde avait un travail... du moins tous les hommes, se souvient Wendy Farmer. Ceux qui étaient intelligents étaient ingénieurs, la plupart étaient ouvriers, et même à ceux qui souffraient de handicaps mentaux, on donnait quelque chose à faire, ne serait-ce que de passer le balai. Au moins les sols étaient propres et tout le monde avait sa place. » L’entreprise s’occupait aussi de l’hôpital et de l’école. De quoi relativiser les problèmes liés à la pollution de l’air, la présence d’amiante dans la centrale, les cancers chez les ouvriers. « Les gens avaient l’habitude de plaisanter sur la "grippe de la vallée" chaque fois que quelqu’un se mettait à tousser. » Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un sujet de plaisanterie.

La privatisation de Hazelwood intervient en 1996. La situation commence alors à se dégrader, sans briser tout à fait l’enchantement. Le nombre d’emplois est drastiquement réduit par paliers successifs, mais ceux qui restent sont encore très bien payés. De nouveaux filtres sont installés, mais pas autant qu’il aurait été nécessaire pour atténuer l’impact environnemental de la centrale. Dans le même temps, la licence d’exploitation de la mine et de la centrale est prolongée de plusieurs décennies. « Il y a eu tellement de restructurations que nous perdons le fil », témoigne un leader syndical. « Les entreprises ont exploité l’outil industriel existant jusqu’à sa limite, en ne considérant que leur taux de profit. Nous avons été soumis à un chantage à l’emploi permanent. »

Les propriétaires successifs de Hazelwood ont cessé de redistribuer la richesse. L’hôpital et l’école sont délaissés, le taux de pauvreté augemente progressivement, tout comme le taux de délinquance. La ville de Morwell se retrouve divisée entre les habitants anciens, qui se souviennent des jours prospères et craignent le chaos social qu’entraînerait une fermeture abrupte de Hazelwood, et les nouveaux arrivants, surtout attirés par les logements bon marché. Jusqu’à ce fameux incendie de 2014, qui a complétement changé la perception des habitants.

 

« L’heure de prendre son destin en main »

Dans le Victoria, les opérateurs miniers doivent souscrire une obligation financière pour couvrir les frais de réhabilitation du site. Dans le cas de Hazelwood, cette obligation, fixée dans les années 1990, s’élève à 15 millions de dollars australiens. Or, selon les chiffres mêmes d’Engie, les frais réels de réhabilitation de la mine s’élèveraient à au moins 80 millions de dollars. Peut-être même jusqu’à 350 millions de dollars, à en croire certains experts. Cette disproportion contribue d’ailleurs à alimenter les craintes : il pourrait se révéler nettement moins cher pour Engie de quitter les lieux du jour au lendemain, en abandonnant les 15 millions, plutôt que de devoir couvrir les frais effectifs de la réhabilitation.

Le nouveau gouvernement de l’État de Victoria a récemment annoncé son intention d’augmenter significativement le montant mis en réserve par les opérateurs actifs dans la vallée de Latrobe pour la réhabilitation de leurs mines – avec pour effet de porter l’obligation d’Engie de 15 à presque 75 millions de dollars australiens. Reste à voir si les entreprises concernées accepteront de mettre la main à la poche.

Depuis l’incendie, les habitants de Morwell, jusqu’alors farouchement opposés à la fermeture de la mine et de la centrale, commencent à comprendre que celle-ci est inéluctable. Et à se demander si la préservation de l’emploi dans le secteur de charbon vaut réellement tant d’inquiétudes pour leur santé et celle de leurs enfants. « Jusqu’à l’incendie, la mine et la centrale bénéficiaient encore d’une acceptabilité sociale à Morwell – au contraire du reste de l’État de Victoria, admet le leader syndical. L’incendie y a porté un coup fatal. » Ce qui ne veut pas dire que le ressentiment contre les « écolos » de Melbourne, accusés de vouloir fermer Hazelwood sans se préoccuper de reconversion, soit apaisé. Les travaux de réhabilitation des mines créeraient certes de l’emploi, mais rien de durable ni de comparable aux conditions avantageuses offertes par Engie et ses concurrentes. Pour Wendy Farmer, dont le mari est employé de la centrale, l’heure est néanmoins venu pour la communauté de Morwell de « prendre son destin en main ».

Olivier Petitjean, à Hazelwood

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Photos : Mriya CC (une) ; Takver CC (vues de la centrale et de la mine de Hazelwood).

Cet article a été initialement publié sur notre Observatoire des multinationales

Notes

[1Le groupe les a récupérées en rachetant International Power en 2010-2012.

[2Le rachat à prix d’or d’International Power en 2010-2012, avec son portefeuille de centrales polluantes comme Hazelwood, en est l’exemple emblématique. Engie a dû déprécier ses actifs de 15 milliards d’euros en 2013, principalement sur des centrales au gaz européennes d’acquisition récente ; le groupe a à nouveau déprécié près de 9 milliards d’euros d’actifs en 2015, cette fois sur les activités de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Aujourd’hui, Engie déclare cibler principalement des cessions dans les activités exposées aux variation de prix du marché ou du cours des matières premières — autrement dit se recentrer sur les activités « régulées », où le taux de profit est largement garanti par les autorités publiques.

[3Engie a ainsi conclu la vente de centrales à charbon en Inde et en Indonésie, au profit de firmes respectivement indienne et qatari. Ses centrales et autres actifs aux États-Unis sont en cours de cession à la firme Dynegy alliée à un fonds d’investissement – une opération qui peut susciter des craintes quant à ses implications sociales et environnementales, au vu de l’histoire de Dynegy. Quant à la centrale au charbon de Rugeley, au Royaume-Uni, elle devrait cesser toute activité à l’été 2016.

[4Elle a tout de même réussi en 2013 à revendre 28% de ses parts dans Hazelwood et Loy Yang B au groupe japonais Mitsui. D’autres firmes asiatiques intéressées par l’acquisition du reste des parts semblent avoir renoncé. Voir ici.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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