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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 20:13

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

La surprenante activité de Podemos dans des campagnes à l’abandon

19 décembre 2015 / Julia Abadía González et Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

 

 

 

Le parti né des manifestations des «  indignés  » dans les grandes villes du pays a revitalisé la politique espagnole jusque dans les campagnes, frappées par les difficultés économiques et le dépeuplement. Pour les élections générales de dimanche, il fait campagne en défendant le monde rural.

 

- Ejea de los Caballeros, Tafalla, Molina de Aragón, Teruel (Espagne), reportage

« Quelle est la position de Podemos sur l’utilisation de l’hydrogène pour les tracteurs  ?  » À Ejea de los Caballeros, c’est la fin du meeting, jeudi 10 décembre. La question émerge du premier rang du public, et son auteur est agriculteur dans cette petite bourgade de province typique du nord de l’Espagne. L’interpellation, surprenante pour qui n’est pas habitué des rencontres de Podemos, en dit long sur la revitalisation politique provoquée par l’apparition du parti violet, lors de la campagne pour les élections européennes de mai 2014. Jusque loin des grands centres urbains, d’où le parti à pris son essor.

Dès ses débuts, deux cercles (la structure de base de Podemos) dédiés aux problématiques des zones rurales ont été créés à l’échelle du pays : Podemos Celtiberia – Mundo Rural et «  agriculture, élevage, pêche et alimentation  » (Agpa).

« On a depuis toujours la sensation d’être oubliés par tous les partis politiques. Les campagnes représentent un faible poids électoral  », constate Iván Flamarique, membre du cercle « monde rural » de la communauté autonome de Navarre (Nord).

 

« Une politique pour les villages depuis les villages  »

Installé dans un café face à la mairie de Tafalla (10. 966 habitants en 2014), cet agriculteur de 35 ans explique son retour dans son village natal de Mendívil (58 habitants en 2014), pour développer un projet de permaculture. Attiré dès sa création par Podemos, il a décidé de rejoindre le mouvement pour partager ses connaissances sur un secteur professionnel jusque-là très peu représenté dans le parti. Depuis l’été 2015, dix militants liés de façon directe ou indirecte au monde agricole composent le cercle monde rural de Navarre.

Les autres cercles ruraux locaux se sont constitués, peu à peu, à l’initiative des habitants des zones concernées. Ils se sont ainsi ajoutés à Podemos Celtiberia – Mundo Rural et à Agpa pour mettre leurs expériences et leurs connaissances au service des instances nationales du parti. «  Le problème que Podemos a rencontré à ses débuts, y compris dans son cercle rural national, est qu’il y avait très peu de membres directement liés au monde rural », explique Iván Flamarique. Les cercles ruraux régionaux se sont donc constitués pour remédier à ce manque.

 

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Le slogan de campagne de Podemos pour les élections générales, lors d’une réunion publique à Ejea de los Caballeros (Aragon).

 

Le niveau local et le niveau national s’articulent selon le principe fondateur de Podemos : « Ce sont les gens qui portent les propositions, pas nous. Personne ne connaît mieux les problématiques d’un endroit que celui qui les vit  », affirme Marta Chordá, membre de Podemos Celtiberia – Mundo Rural et candidate aux élections générales du dimanche 20 décembre pour la province de Saragosse. «  Il faut faire une politique pour les villages depuis les villages  », résume-t-elle.

 

« Les services de base ne sont pas garantis »

Reste la question de la participation des classes populaires des campagnes dans les cercles ruraux. Selon Marta Chordá, deux profils type s’y retrouvent : «  Des personnes qui habitent à la campagne depuis toujours, et des citadins avec un travail et des études universitaires qui souhaiteraient revenir là où ils sont nés mais qui y renoncent, car les services de base ne sont pas garantis. »

Politiquement, le spectre est encore plus large : «  On rencontre des gens sans aucun passé militant et qui adhérent à Podemos pour la perspective de changement qu’il offre. Mais aussi d’anciens membres d’autres partis politiques, des militants de la marea blanca [mouvement pour la défense de la santé publique], de la marea verde [pour le droit à l’enseignement public de qualité]  », constate Pedro Arrojo, tête de liste de Podemos dans la province de Saragosse, et figure du mouvement écologiste en Espagne. «  Podemos a articulé les forces du changement  », sourit-il.

 

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Pedro Arrojo, tête de liste de Podemos dans la province de Saragosse pour les élections générales espagnoles du 20 décembre 2015, et Marta Chordá, membre de Podemos Celtiberia-Mundo Rural, également candidate sur la liste de Saragosse.
 

Tous reprennent le mot d’ordre de la lutte contre le dépeuplement de l’intérieur de l’Espagne, et réclament des services publics de proximité et des infrastructures de télécommunication de qualité. La révolution industrielle des années 1960 a provoqué en effet un grand exode vers Madrid et Barcelone. Les campagnes se sont vidés de leurs habitants.

Selon le directeur de l’Institut d’investigation sur le développement rural Serranía Celtibérica, Francisco Burillo, « les territoires sujets au dépeuplement en Espagne représentent plus de 63.098 km², soit le double de la Belgique, et la densité de population de ces zones est inférieur à 8 habitants par km²  ». Avec des autocars qui passent seulement une fois par jour, des ambulances qui arrivent en retard, des communes de 3.500 habitants sans aucune formation professionnelle pour les jeunes, des réseaux des communications insuffisant et des hôpitaux à parfois 150 kilomètres, ces zones continuent à perdre des habitants faute d’une qualité de vie attractive.

 

« Il ne s’agit pas d’une question d’égalité, mais de justice » 

La  loi pour le développement durable du milieu rural , approuvée sous le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, social-démocrate) de José Luis Rodríguez Zapatero (2004-2011), posait le cadre juridique pour lutter contre le dépeuplement de l’intérieur de l’Espagne. Mais elle n’a jamais été appliquée. La situation, déjà alarmante, dans les années de croissance économique, est devenue insoutenable avec la crise de 2008 et les coupes budgétaires du Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy (2011-2015).

L’application de cette loi, de même que la lutte contre le clientélisme dans les institutions ou la création d’emplois dans les zones rurales font partie des mesures proposées par Podemos pour s’attaquer au problème. Le parti s’engage également à préserver l’existence de toutes les municipalités, contrairement au nouveau parti de droite Ciudadanos, qui propose de supprimer les communes de moins de 5.000 habitants. Le PP avait de son côté opté pour l’asphyxie financière.

 

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Vue de la petite ville de Molina de Aragón.
 

« Les fonds Forcol [fond régional de coopération locale de la région de Castilla – La Mancha] représentaient 13 % du budget de la mairie. En 2011, María Dolores de Cospedal [présidente PP de la région] a décidé de les supprimer  », raconte Montserrat Lacalle Herranz, conseillère municipale Molina Se Mueve (membre de la coalition de Podemos) à Molina de Aragón, dans le centre de l’Espagne. «  Les mairies ont très peu de revenus. Dans notre village, nous avons un important patrimoine historique qu’il faut restaurer, mais il n’y a pas d’argent. La partie arrière de notre château, l’un de nos principaux symboles, est en train de s’effondrer , regrette-t-elle. Le monde rural a besoin d’investissement. Il ne s’agit pas d’une question d’égalité, mais de justice . »

Autre absurdité : Molina de Aragón, avec ses belles maisons en pierre et ses 3.500 habitants, est inscrite depuis quelques mois dans le réseau des municipalités-refuge. « Nous avons trois maisons prêtées par des riverains pour accueillir des réfugiés. Nous leur avons prévu aussi des services de conseil juridique, d’accompagnement et d’appui linguistique pour faciliter leur arrivée . » Malgré la bonne volonté des habitants, les trois maisons restent vides : l’accueil et la répartition des réfugiés relèvent de la compétence du gouvernement national…

 

Indignation sans précédent dans le pays 

L’émergence tonitruante de Podemos sur la scène politique ne doit pas faire oublier le long chemin de croix de la lutte contre l’oubli des zones rurales. Le nouveau parti peut en effet compter sur les nombreuses initiatives de ceux qui l’ont précédé, avec plus ou moins de succès, dans l’Aragon, en Castilla – La Mancha, en Castilla y León, dans la communauté de Valence et dans La Rioja ces vingt dernières années : Teruel Existe, Soria Ya, La Otra Guadalajara, La Plataforma Cívica de Cuenca, Al Jiloca ya le Toca.

Mais les temps ont changé. Le chômage et les scandales de corruption au sein du PP et du PSOE ont provoqué une indignation sans précédent dans le pays. « Le ras-le-bol qui s’est manifesté sur la place de la Puerta del Sol, le 15 mai 2011 à Madrid, était aussi présent dans le monde rural. Mais il n’y avait pas la même force de mobilisation pour le montrer  », explique Marta Chordá.

 

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Pedro Arrojo, tête de liste Podemos dans la province de Saragosse, lors d’une réunion publique à Ejea de los Caballeros (Aragon), le 10 décembre 2015.
 

«  Beaucoup des gens n’ont pas fait le lien, jusqu’à très récemment, entre le dépeuplement des campagnes et la mauvaise gestion du gouvernement. Nous avions une perception fataliste de la réalité. Maintenant, cela a changé...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 21:59

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Témoignages Plateforme des victimes des hypothèques

Espagne : « Transformer l’imaginaire collectif, c’est déjà un processus révolutionnaire »

par

 

 

 

Des centaines de milliers de personnes ont été expropriées de leur logement par les banques, après la crise financière, qui a frappé de plein fouet l’Espagne et son secteur immobilier. Dans la foulée du mouvement 15-M, une Plateforme des victimes des hypothèques (PAH) s’est développée dans tout le pays et a obtenu plusieurs succès. L’une de ses porte-parole, Ada Colau, a même remporté la mairie de Barcelone. Alors que se déroulent ce 20 décembre les élections législatives espagnoles, Carlos Macías, porte-parole de la plateforme en Catalogne, raconte l’histoire de ce mouvement social.

 

Cet article a initialement été publié dans le journal CQFD.

 

« Le BTP était devenu le modèle économique de l’Espagne, mais avec la crise la fin du “rêve espagnol” a sonné. Jusqu’en 2007, l’État et les banques poussaient les gens à s’endetter, exerçant ainsi une forme de contrôle social : un peuple endetté n’a plus le temps de s’organiser, de penser à faire la révolution ou de défendre ses droits. Avant que la bulle immobilière [1] n’explose en 2008, des gens qui venaient des mouvements sociaux sur le logement ou luttant pour les droits élémentaires se sont regroupés et ont anticipé la crise à venir. Ils ont pensé que les luttes sur le logement pouvaient constituer un sujet politique pour les années à venir. De là est née la PAH [2], ici à Barcelone en 2009, avec la volonté de dénoncer le système en cours et de regrouper les gens qui en étaient victimes en vue d’actions collectives, sur des bases autogestionnaires et d’entraide, avec une organisation en assemblées.

Le mouvement s’est vite propagé. Aujourd’hui, il y a 70 groupes en Catalogne et 240 dans l’ensemble de l’État espagnol. Nous faisons une assemblée régionale chaque mois pour nous coordonner et mener des campagnes communes, et nous organisons des rencontres tous les trois mois au niveau national. Chaque entité est autonome localement, avec des décisions prises au consensus et des groupes de médiation en cas de conflit. Le 15-M [3] a beaucoup renforcé les PAH : c’est le moment où je m’y suis engagé, cherchant une manière de concrétiser et de prolonger la colère partagée dans la rue. Une autre force de la PAH, c’est de rassembler des gens différents : ceux qui sont issus du mouvement squat avec leur savoir-faire pour l’ouverture de bâtiments, des anarchistes de toujours et d’autres issus de mouvements plus citoyennistes. Sans compter toutes les personnes pour qui c’est la première forme d’engagement de leur vie.

 

Dans un pays qui connaît le plus grand nombre d’expulsions en Europe mais aussi de logements vides, il a été facile de démontrer l’implication des gouvernants, des banques et des entreprises de construction. Nous avons ensuite mené des actions directes de désobéissance civile non violentes pour nous opposer aux expulsions et nous avons fait pression sur les banques pour qu’elles débloquent les situations.

 

Récupérer collectivement des logements vides

Nous avons aussi mené des campagnes pour que la législation permette d’annuler la dette en cas d’expulsion. Nous avons “récupéré” collectivement des logements vides appartenant aux banques ou au gouvernement, et milité pour l’accès à un loyer social. L’imaginaire a beaucoup changé : la population comprend ces occupations, ce qui nous protège un peu de la répression. Et grâce à ce soutien populaire, les gens qui participent à la PAH gagnent en puissance, car ils oublient leurs peurs.

Après la dénonciation et l’action directe, nous avons fait des propositions législatives, comme l’ILP [4] en 2012, qui a mis le thème du logement dans l’agenda politique. Tous les partis ont eu à se positionner sur un changement de législation.

Seul le Partido popular (PP) [5], qui a la majorité absolue au Parlement, a jusqu’ici refusé de changer la loi selon notre proposition. Cette année, nous avons donc opté pour une forme d’action inspirée des luttes argentines, les escraches, destinées là-bas aux anciens tortionnaires de la dictature bénéficiant d’une impunité légale. Nous sommes allés devant les domiciles des élus PP munis de panneaux verts “¡ Sí se puede !” [« Oui, on peut »] [6] avec nos revendications et des pancartes rouges disant “¡ No !”, avec ce qui devait cesser. Bien entendu, cela ne leur a pas plu, ils ont tenté de nous criminaliser en nous traitant publiquement de terroristes, de nazis à la solde de l’ETA. Bref.

 

« Des milliers de familles vivent aujourd’hui dans des logements occupés à Barcelone »

On a alors saisi les administrations et les municipalités pour non-assistance à personnes en danger et violation des droits humains, et on leur a demandé de soutenir ces réquisitions de logements vides, ce qui a eu au début un peu de succès. Mais les administrations locales ont peu de compétences, aussi nous avons saisi les instances régionales, avec par exemple une proposition législative populaire au parlement de Catalogne, pour demander une aide destinée aux victimes du système de crédit et aux occupations. Même s’il n’y pas de statistiques officielles, des milliers de familles vivent aujourd’hui dans des logements occupés à Barcelone, et après la vague des expulsions dues aux hypothèques, 65% d’entre elles sont motivées par des impayés de loyer. Tout cela s’accompagne de revendications pour un logement digne, avec l’accès à l’eau, à l’électricité et au gaz.

Depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle mairie, les changements, comme l’arrêt des expulsions d’édifices publics, demeurent plutôt symboliques, vu qu’il y en avait peu. Mais ça ne fait que 100 jours qu’elle est au pouvoir. Elle a imposé une table de négociation avec les banques et toutes les associations de lutte, dont la PAH, ce qui n’est pas rien, car cela faisait un an que le dialogue était rompu. Notre première revendication a été de pouvoir participer pleinement aux décisions concernant le logement, non pas dans un cadre formel mais dans une optique de travail en commun.

Trois groupes de travail ont été créés, pour les trois points les plus urgents : 1. les expulsions – comment changer les politiques locales liées aux expulsions ? 2. les services sociaux – comment aider les personnes touchées par les expulsions ? 3. les logements vides – comment mobiliser ces espaces au service des personnes ? Peut-être attendons-nous plus de Barcelona en Comú [7] ou de Podemos que du PP ou du PSOE [8], mais nous ne sommes liés à personne.

 

Par exemple, nous faisons pression sur la nouvelle mairie pour réaliser un recensement précis des logements vides dans la ville. À qui appartiennent ces logements ? Sont-ils squattés ? Quels sont ceux en situation d’insalubrité ? Réalisé par les services de l’État en 2011, le seul recensement en notre possession dénombre 80 000 logements vides : un chiffre indubitablement en dessous de la réalité. À partir de nouvelles données, on pourra pousser la mairie à lancer des réquisitions : si un logement est vide depuis trois ans, le propriétaire peut soit recevoir une amende de 500 000 €, soit être exproprié, et son bien transformé en logement social. Si l’appartement est insalubre, le propriétaire est également obligé de le réhabiliter.

 

Des luttes d’Argentine et du Mexique, jusqu’à l’Espagne

Tout cela est comme un engrenage, et le seul acteur-clé, c’est la société civile organisée. Si la rue n’exerce ni pression ni contrôle, la mairie ne pourra rien faire, même avec la meilleure volonté. On est prêts à mettre la misère à Ada Colau et son équipe s’ils oublient la rue. Mais il est vrai que la population est moins mobilisée, nous vivons un moment d’accalmie dans les cycles de lutte. Par ailleurs, les expulsions liées au crédit ont été très rapides et très brutales. Face cachée de l’iceberg, les expulsions liées aux loyers sont inscrites dans un dispositif plus général de précarisation et de crise, ce qui fait que les gens ont du mal à tenir dans la durée.

Les gens qui ont fondé la PAH venaient du mouvement squat et connaissaient bien l’histoire zapatiste au Mexique. Il y avait des liens forts avec ceux qui ont lutté lors de la crise en Argentine, ce qui nous a donné des bases puissantes en termes d’horizontalité et de partage des savoir-faire, dans une perspective révolutionnaire.

Que veut dire “faire la révolution” ? Si cela signifie tout changer du jour au lendemain, ce n’est pas ce que nous sommes en train de faire. Mais il y a des prolos qui côtoient des gens de la classe moyenne ou des immigrés, réunis autour des mêmes enjeux. Des gens qui sans la PAH ne se seraient jamais parlé et qui s’entraident dans des situations concrètes d’expulsions ou de démarches administratives – le tout avec beaucoup de femmes très actives. Ce dialogue transforme l’imaginaire et les a priori de chacun. Or justement, transformer l’imaginaire collectif, c’est déjà un processus révolutionnaire. »

 

Propos recueillis par Ferdinand Cazalis et Bruno le Dantec (CQFD)

 

Cet article est tiré du dossier de CQFD n°137 : « Au-delà de Podemos, Le pari municipaliste », paru en novembre 2015.

Photos : "Barcelone, octobre 2015" par Ferdinand
Cazalis
Dessin de Une : Émilie Seto

 

Notes

[1Bétonnage frénétique du territoire (aujourd’hui, 3 millions d’appartements vides) dopé par les banques et le blanchiment d’argent. Entre 1996 et 2007, le taux de propriétaires dans le pays passait à 80%. Des centaines de milliers de familles seront ruinées par l’explosion de la bulle. Entre 2007 et 2008, les constructions chutent de 25%, 2 millions de personnes se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Ne pouvant plus payer leur crédit ou leur loyer, 600 000 familles ont été depuis expulsées de leur logement.

[2Association de familles ruinées et expulsées de leur logement par les banques. Elle s’est élargie aux locataires et squatteurs expulsés. Présente dans plus de 240 quartiers.

[3A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de personnes sans drapeau ni parti occupent les places au cri de « Ils ne nous représentent pas ! » et « Démocratie réelle maintenant ! », exprimant une défiance radicale vis-à-vis de la classe politique. Le mouvement, au départ fragile, a été fondateur pour l’engagement politique de toute une jeunesse espagnole touchée par un fort taux de chômage (18% en 1996, 8% en 2006, 22% en 2015). Pour mieux en comprendre les enjeux, voir « Madrid : les racines du 15-M », Émilien Bernard et Ferdinand Cazalis, Article 11, décembre 2011,

[4En mars 2011, la PAH et d’autres organisations de la société civile utilisent le principe constitutionnel d’Initiative législative populaire, qui permet de porter une loi au Parlement si 500 000 signatures sont recueillies en sa faveur. Avec 1,5 million de signataires, cette proposition demande : 1. L’effacement de la dette rétroactivement, donc aussi pour les familles expulsées avant le changement législatif, 2. Un moratoire sur les expulsions, 3. La création de logements sociaux pour reloger les familles expulsées, et la réquisition des immeubles vides appartenant aux banques.

[5Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.

[6Calqué sur le « Yes, we can » d’Obama, ce « Oui, on peut ! » est un slogan ralliant autant les militants des mareas (Mouvements de masse qui protestèrent, à partir de 2012, contre la privatisation des services publics. Marée verte pour l’éducation, blanche pour la santé, bleue pour l’eau, etc.), de la PAH ou les partisans de Podemos.

[7Liste de convergence, avec à sa tête Ada Colau, porte-parole de la PAH locale, ayant remporté la mairie de Barcelone en mai 2015.

[8Gauche monarchiste et libérale.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 17:29

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

En Espagne, Podemos a cristallisé la révolte contre les élites

16 décembre 2015 / Entretien avec Florent Marcellesi
 


 

Dimanche, l’Espagne renouvelle son parlement avec un scrutin qui s’annonce très ouvert. Le Parti Populaire – au pouvoir – et le Parti socialiste sont bousculés par l’émergence de deux formations politiques, Podemos et Ciudadanos, qui promettent un renouvellement du personnel et de la vie politique.

 

Florent Marcellesi, Français installé en Espagne, est député européen et membre du parti écolo Equo, qui s’est allié à Podemos pour la campagne des législatives. Il nous explique les enjeux des élections générales de dimanche, alors que s’annonce un grand renouveau politique en Espagne.

 

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Florent Marcellesi.

Reporterre – L’écologie n’est pas très forte en Espagne… En parle-t-on dans la campagne ?

Florent Marcellesi – Pas vraiment. Le premier thème, la corruption, a été mis en avant par les partis émergents. Le Parti populaire (PP) [1] a été très fortement critiqué. Chez eux, la corruption ne concerne pas juste quelques personnes, elle est structurelle et institutionnalisée. Le sujet suivant, c’est l’économie. On a encore 22 % de chômage en Espagne, donc la relance économique est au cœur du débat avec la santé, les retraites, l’état providence. Enfin, le dernier sujet, c’est la réforme de la constitution et la réforme territoriale : que faire avec la Catalogne, qui veut l ’indépendance ?

La bonne nouvelle, de notre point de vue écologique, c’est que notre alliance avec Podemos [2] nous donne la possibilité d’obtenir deux députés. Et la transition écologique est incluse dans le programme de Podemos. Un bémol : ce n’est pas sa priorité. Par exemple, il y a eu deux grands débats entre les candidats, en pleine COP 21. Dans le premier, il était prévu de parler du changement climatique à la fin, mais le temps a manqué. Dans le deuxième, les journalistes ont dit qu’on n’avait pas parlé de changement climatique, mais que ce n’était pas grave parce qu’on peut lire les propositions des candidats sur internet.

Même avec Podemos, nous avons encore de longs débats à avoir. Ils défendent « la social-démocratie du XXIe siècle » et veulent relancer la consommation. Nous demandons le passage à un modèle qui prenne en compte les limites de la planète… Pour nous, c’est se tromper de siècle que de ne pas parler d’écologie.

 

Quelles sont les prévisions pour le scrutin de ce dimanche 20 décembre ?

Il est très difficile de savoir ce qui va se passer. C’est la première fois que les partis Podemos et Ciudadanos [3] se présentent aux législatives. La seule chose que l’on sache est que le système bipartisan va devenir un système à quatre partis. On pense que le Parti populaire sera premier, avec un score en baisse, de 40 % aux dernières élections à 25 % dimanche, mais on se demande qui va finir deuxième.

 

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Militants du parti écologiste espagnol Equo lors de la campagne pour les élections municipales à Séville, en mai 2015.

 

Il est peu probable qu’un parti obtienne la majorité absolue dimanche. A-t-on une idée des alliances qui pourraient se former entre PP, PSOE [4], Podemos et Ciudadanos ?

Non, tout est ouvert. Le système espagnol a été pensé pour avoir deux partis majoritaires qui alternent au pouvoir. Mais la situation actuelle fait voler en éclat la Constitution de 1978. On ne l’a jamais essayée pour un système à quatre partis et on a de gros doutes qu’elle fonctionne.

 

Ces élections présentent un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Cela redonne-t-il envie aux citoyens de participer à la vie politique ?

Les débats télévisés sont très, très, suivis. On pense que la participation à ces élections sera très élevée. Il y a beaucoup d’attente. Le système politique espagnol va être chamboulé.

On sait que le changement est possible, mais qui dit changement ne dit pas forcément amélioration. La seule chose que l’on sache, c’est qu’il faut virer le PP du pouvoir pour qu’il y ait du changement.

Par exemple, concernant les questions du changement climatique et de l’énergie, le PP a fait la pire réforme d’Europe pour les énergies renouvelables, alors même que l’Espagne est un des pays qui a le plus de potentiel. Le PP a autorisé des prospections de pétrole aux Baléares et aux Canaries, il soutient le gaz de schiste en Espagne contre les communautés autonomes qui n’en veulent pas. Et l’Espagne est un des pays qui a le plus augmenté ses émissions de gaz à effet de serre depuis la crise.

 

La fin du bipartisme signifie-t-elle que, chez vous, le changement peut venir par la politique institutionnelle ?

La recomposition du paysage politique ne peut pas se comprendre sans les Indignés [5]. Ce sont eux qui ont placé la démocratie et la corruption au centre du débat politique et sociétal en Espagne. Ils ne font pas de politique partisane mais ils ont permis, depuis la naissance de Podemos, une opposition non pas sur un axe gauche/droite, mais sur un axe ceux d’en bas contre ceux d’en haut, démocratie contre dictature, le neuf contre le vieux. Podemos a réussi à transformer l’hégémonie culturelle des Indignés en hégémonie politique.

Il y a environ deux ans, les mouvements sociaux ont vécu un changement de perception et de concept. Ils ont compris que, s’ils pouvaient changer les choses d’en bas, il leur fallait vraiment avoir un pied dans les institutions et un pied dans la rue pour généraliser et porter leurs idées.

En mai dernier, les élections municipales ont marqué un premier changement institutionnel clair. À Barcelone, à Madrid, à Saint-Jacques de Compostelle, à La Corogne, à Cadix, des mouvements sociaux appuyés par des partis politiques ont emporté de grandes mairies. [Lire ici le reportage de Reporterre à Barcelone

 

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Manifestation des Indignés espagnols, en mai 2011.
 

En France, aux régionales, la liste menée par Gérard Onesta en Languedoc Roussillon-Midi Pyrénées ressemble le plus à cette alliance société civile-partis politiques. Mais elle n’a recueilli que 10 % au premier tour.

On ne peut pas comparer ce qui se passe en France et ce qui se passe en Espagne. Chez vous, il y a le Front national, un parti anti-élites qui profite depuis trente ans des erreurs de la droite comme de la gauche, et du manque d’espérance...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Espagne Les indignés d'ici et d'ailleurs
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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 14:10

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

En Espagne, la Galice est devenue le laboratoire des gauches et des «indignés»

9 décembre 2015 | Par Ludovic Lamant
 
 
 

Les élections législatives se tiennent le 20 décembre. Réputée l’une des terres les plus conservatrices du pays, la Galice a basculé à gauche aux municipales de mai. C’est le résultat d’un travail de fond mené par les «marées», des plateformes citoyennes qui veulent incarner «l’unité populaire». Pablo Iglesias y a fait ses gammes, avant de lancer Podemos. De Saint-Jacques-de-Compostelle à La Corogne, Mediapart a arpenté cette «Galice rebelle».

De notre envoyé spécial à Ferrol, La Corogne et Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice, Espagne). Jorge Suárez grimace lorsqu’il regarde les deux tableaux accrochés au mur. « Je les trouve affreuses, ces peintures. Mais je n’ai rien touché, rien déplacé. Je suis de passage dans ce bureau. Tout cela ne m’appartient pas », se justifie l’ancien syndicaliste, barbu, veste noire et chemise blanche. L’élu a tout de même transformé la petite salle de bains en carrelage bleu attenante, vestige d’une époque où le maire aimait – semble-t-il – prendre des bains sur ses heures de travail, en un élégant fumoir pour lui et ses collaborateurs.

Au printemps, Suárez, 39 ans, est devenu le maire « indigné » de Ferrol, l’un des ports les plus pauvres de Galice (environ 69 000 habitants), dans le nord-ouest de l’Espagne. À une cinquantaine de kilomètres de là, un autre port, La Corogne, l’un des poumons économiques de la région (240 000 habitants) a lui aussi porté au pouvoir une plateforme citoyenne, La Marée Atlantique. À l’intérieur des terres, c’est une autre « confluence », baptisée Compostela Aberta, qui s’est emparée de la capitale politique, Saint-Jacques-de-Compostelle (90 000 habitants).

 

Le maire de Ferrol Jorge Suárez.  © LL. Le maire de Ferrol Jorge Suárez. © LL.

 

Si l’attention des médias s’est portée, aux municipales de mai, sur les victoires « indignées » d’Ada Colau à Barcelone et de Manuela Carmena à Madrid (lire nos reportages ici et ), d’autres maires « rebelles » ont été élus ailleurs, de Cadix à Saragosse. Et c’est en Galice que le phénomène des « marées » a pris le tour le plus étonnant, avec trois des grandes villes de cette région – souvent comparée à la Bretagne – désormais dirigées par les héritiers du mouvement « indigné ».

Signe qui ne trompe pas, Pablo Iglesias est venu en personne observer de très près, dès 2012, ce qu’il appelle l’« écosystème » des gauches en Galice, et qui compte désormais parmi les sources d’inspiration officielles de son parti, Podemos. « Dans cette Galice où l’on croit souvent, à Madrid, qu’il ne se passe rien, maintenant, on nous situe sur la carte », sourit Yolanda Diaz, une députée régionale communiste (IU), qui participe depuis 2012 à ce travail de convergence des gauches. Cinq mois après leur arrivée au pouvoir, ces plateformes bataillent pour faire passer leurs promesses de campagne. Dans un contexte hostile, certaines redoutent même le scénario d’une humiliation « à la Syriza ».

Galice © mediapart

 

La métaphore maritime des « marées » a surgi dans la bouche d’un écrivain galicien, Manuel Rivas, au printemps 2014. « Nous devons être des dornas [des bateaux de pêche traditionnels de Galice – ndlr] solidaires dans la tempête, une marée solidaire de milliers de dornas, tandis que d’autres se battent pour obtenir les meilleures cabines du Titanic, sans comprendre qu’il est en train de sombrer », avait lancé Rivas. Depuis, le terme s’est imposé, en référence à l’extrême fluidité de ces plateformes sans sigles ni banderoles.

La « marée » de La Corogne est sans doute la plus emblématique des « confluences », où l’emprise des partis traditionnels est quasiment inexistante. À peine trois des dix conseillers municipaux issus de la liste de La Marea Atlantica appartiennent à des partis. Les sept autres sont issus de la société civile. Ils ont mis leur métier entre parenthèses, le temps du mandat (quatre ans). Dans cette ville, tenue par les socialistes pendant 28 ans, la dynamique s’est enclenchée très tôt, dans la foulée des européennes de mai 2014. Dès septembre, des assemblées thématiques, et par quartiers, s’organisent pour rédiger un programme.

« On retrouve dans ces plateformes des activistes du 15-M [en référence au 15 mai 2011, lorsque des "Indignés" se sont mis à camper sur les places d’Espagne – ndlr] mais de manière plus significative sans doute, des réseaux plus anciens, liés au Nunca Máis », décrit la journaliste Virginia Uzal, qui suit de près ces « marées ». Le Nunca Máis ("plus jamais", en galicien) est le nom générique d’une myriade de collectifs constitués dans la foulée de la marée noire du Prestige sur les côtes galiciennes en 2002, pour réclamer des sanctions aux responsables, et faire en sorte que d’autres désastres soient évités.

 

 

Se greffent ensuite des militants de mouvements anti-austérité, des activistes au sein de squats, ou des intellectuels qui ont lancé, ces dernières années à La Corogne, des médias indépendants, tous en galicien : une revue culturelle, Luzes (« Lumières »), ou encore un site internet consacré à des débats politiques long format, Galiza Ano Cero (« Galice année zéro », qui n’est pas sans rappeler l’expérience de la Tuerka, l’émission télé lancée par Pablo Iglesias à Madrid). Des primaires sont organisées début 2014, d’où émerge de manière consensuelle un quasi-inconnu, Xulio Ferreiro.

 

Dès 2012, une « Syriza galicienne »

 

« O 15, le journal de l'année du changement », édité en ligne par la Marée Atlantique. « O 15, le journal de l'année du changement », édité en ligne par la Marée Atlantique.
 

« Personne ne me connaissait avant ma désignation comme candidat de la Marée, dans la foulée des primaires. J’étais un activiste de longue date, depuis l’université [en particulier contre le processus de Bologne – ndlr], mais je n’intervenais pas dans les médias. Rien à voir avec Ada Colau à Barcelone, par exemple, qui était déjà une figure de premier plan au moment de la campagne », raconte Ferreiro. Ce magistrat de profession, abonné au Deportivo, le club de foot de La Corogne depuis ses 22 ans, a baissé le salaire du maire, passé de 60 000 euros brut par an à 40 000 (ce qui, dans son cas, a représenté une perte de 13 000 euros par rapport à sa rémunération de 2013).

 

« L’une des clés de notre succès, c’est d’avoir su nous entendre sur des objectifs concrets. On n’est pas venus avec nos identités politiques et nos sigles aux assemblées. Si l’on avait dit d’entrée de jeu : moi je suis communiste, un autre écologiste, un autre nationaliste, on aurait perdu vingt fois avant de se lancer », assure-t-il. Cette méthode de « confluence » (pensée contre les « coalitions » associées aux partis traditionnels), pour établir un « programme de base » (programa de mínimos), se combine avec une forme de leadership très doux, à des années-lumière du charisme plus agressif d’un Pablo Iglesias à la tête de Podemos. « Notre leadership ne peut être que collectif », assure Ferreiro, qui continue de porter depuis son élection les mêmes chemises à carreaux qu’avant.

 

Le maire de La Corogne Xulio Ferreiro. © LL. Le maire de La Corogne Xulio Ferreiro. © LL.
 

Si l’expérience du Nunca Máis, en réaction à la marée noire du Prestige, explique pourquoi la « confluence » en Galice a commencé très tôt, il faut aussi, pour comprendre la spécificité de ce territoire de 2,8 millions d’habitants, se plonger dans les méandres de la gauche locale plus institutionnelle. Avec une particularité de taille, au-delà des socialistes : la gauche galicienne se partage depuis toujours entre une branche nationaliste, incarnée par son homme fort, Xosé Manuel Beiras, et une branche fédérale, façon Izquierda Unida (IU, écolo-communistes). Le moment clé intervient en 2012, peu après le surgissement des « Indignés » : Beiras, totem de la gauche galicienne, né en 1936, quitte le Bloc national galicien (BNG) pour fonder Anova et se rapprocher d’IU.

« À l’époque, Beiras comprend que le débat central porte sur la démocratie [plus encore que l’indépendance de la Galice – ndlr]. On a supprimé nos droits sociaux. On a abandonné des services publics, sous prétexte de la crise financière. Les citoyens se sont fait arnaquer. C’est une lecture importante que fait Beiras, parce qu’elle n’est pas commune dans le nationalisme [en particulier par rapport aux courants majoritaires du nationalisme catalan – ndlr] », commente Yolanda Diaz, d’IU.

Aux régionales de 2012, Beiras et Diaz vont s’entendre et lancer l’Alternative galicienne de gauche, une coalition de partis que Diaz présente comme une « Syriza galicienne ». Leur campagne éclair, avec l’aide d’un conseiller inconnu à l’époque, un certain Pablo Iglesias, cartonne : une troisième place, et 14 % des votes. C’est d’ailleurs pour rendre hommage à ce succès qu’Alexis Tsipras a choisi, comme seule date en Espagne, pour sa campagne aux européennes de 2014 (le Grec était alors candidat à la commission de Bruxelles), de venir en meeting à Saint-Jacques-de-Compostelle : une consécration pour la gauche locale.

 

Des volontaires lavent une plage de Galice en décembre 2012, après la marée noire du Prestige. © Marcelo del Pozo / Reuters. Des volontaires lavent une plage de Galice en décembre 2012, après la marée noire du Prestige. © Marcelo del Pozo / Reuters.
 

« En 2012 s’est produite la première accumulation des forces, du côté des partis de gauche. Nous avons commencé à faire éclater les frontières. Les plateformes municipales, ce fut l’étape d’après, deux ans plus tard », estime aujourd’hui le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle, Martiño Noriega. Ce dernier présente un profil un peu différent des deux autres maires « rebelles » de la région : médecin de formation, né en 1975, il est proche de Beiras, et porte-parole d’Anova. Cet habitué des médias, avec son béret toujours enfoncé sur la tête, a déjà dirigé, pendant huit ans, une petite municipalité de la région. C’est la « marée » de Saint-Jacques, très en retard dans la préparation du programme, et assez désorganisée, qui est venue le chercher en renfort début 2015, racontent aujourd’hui des membres de l’assemblée.

 

« Je crois que j’ai apporté un plus, en matière d’expérience des institutions. Quand tout le monde nous tombe dessus, aujourd’hui, pour dire que l’on ne sait pas comment tout cela fonctionne, eh bien, si justement, j’ai fait ça pendant huit ans », estime Noriega. Il est convaincu qu’il doit sa victoire à la capacité de la Marée à avoir créé un « espace métissé ». « Ce brassage des gauches a permis d’élargir le spectre de la représentation. On a retrouvé des gens que la gauche partisane avait perdus. Et ce lieu a permis de contester l’hégémonie du PP et du PSOE », raconte Noriega.

 

Des contentieux juridiques avec des multinationales

Qu’ont fait les mairies « indignées » de Galice depuis l’été ? Elles ont adopté quelques mesures symboliques, et engagé des bras de fer à l’issue encore incertaine. Au nom de la laïcité, elles ont décidé de ne pas participer aux fêtes religieuses estivales, provoquant une polémique qui n’est toujours pas retombée (surtout à Saint-Jacques). Les conseillers municipaux élus ont tous baissé leurs rémunérations. Ils ont adopté un « code éthique » (pas de cumul des mandats, pas plus de deux mandats dans le temps). Dans les trois villes, les rues portant des noms liés au franquisme commencent à être débaptisées (il existe encore une rue "Division Azul" à La Corogne, du nom de ce bataillon franquiste parti combattre avec la Wehrmacht…).

 

La rue 'Division Azul' à La Corogne, du nom de ces volontaires franquistes partis aider la Wehrmacht. ©LL. La rue 'Division Azul' à La Corogne, du nom de ces volontaires franquistes partis aider la Wehrmacht. ©LL.

 

À Saint-Jacques, une expérience pilote de budget participatif a été lancée, pour la gestion des infrastructures sportives. Un moratoire a été décidé sur l’ouverture de boutiques à touristes, dans les environs de la cathédrale. À La Corogne, l’exécutif va lancer l’an prochain, avec le soutien des socialistes, un « revenu municipal pour les ménages frappés de pauvreté » : au moins 532 euros mensuels par foyer, pour une mesure qui devrait bénéficier à une fourchette de 500 à 1 000 familles les plus démunies de la ville – de quoi amortir, espèrent-ils, certains dégâts sociaux de la crise en cours.

Au-delà, c’est un changement d’image qui est en train de s’accélérer, grâce au succès des « marées », très habiles pour jouer sur la fibre locale d’une région souvent ignorée par Madrid. La vision réductrice d’une Galice rurale et hyper conservatrice, dirigée pendant 15 ans (1990-2005) par Manuel Fraga, ex-ministre de Franco, est en train de voler en éclats. Les mémoires de l’anarchisme, à La Corogne (à l’image d’ordinaire très bourgeoise, siège du patron d’Inditex, le propriétaire de Zara), ou encore des luttes ouvrières des ouvriers des chantiers navals à Ferrol (la ville de naissance de Franco) remontent à la surface. Les maires prennent la parole en galicien, langue proscrite sous le franquisme – ce qui n’était pas le cas de leurs prédécesseurs.

À Saint-Jacques-de-Compostelle, où trois maires PP (droite) viennent de se succéder en à peine quatre ans sur fond de scandales politiques, Compostela Aberta cherche aussi à dépasser la vision d’une ville saturée par le tourisme religieux. « Cette ville spectacle, cet incroyable patrimoine, tout cela fait écran. Ces façades sont propriété de l’Église. Il y a de grands déséquilibres sociaux ici. 17 % des habitants sont menacés d’exclusion sociale, explique l’adjointe à la culture Branca Novoneyra, une chorégraphe de 39 ans. Depuis ses origines, la ville a été, grâce au chemin de Saint-Jacques, un réceptacle d’idées, de processus politiques, qui sont encore présents ici, mais qui ont été enfouis. Nous voulons les déterrer, renouer avec ce Saint-Jacques qui fut le lieu d’un projet européen possible, à un moment où l’Europe traverse une crise majeure. »

« Nous avons rompu les clichés, les images préfabriquées d’une ville qui n’existait pas, où l’on ne parlait qu’espagnol, renchérit José Manuel Sande, adjoint à la culture de La Corogne, un ancien programmateur à la cinémathèque locale. Nous avons travaillé dès 2014 dans les quartiers pauvres, pour faire remonter ces contradictions qui existent depuis longtemps à l’échelle de la ville, mais que personne n’avait encore révélées. »

 

Le journal de campagne de « Compostela Aberta »: « Décidons tous et toutes ensemble » Le journal de campagne de « Compostela Aberta »: « Décidons tous et toutes ensemble »
 

Mais les difficultés, sur le terrain, sont énormes. Les soutiens, aux échelons régional ou national, sont inexistants. Et les équilibres politiques restent fragiles. L’exemple le plus saisissant se trouve à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le PP et le PSOE, les deux « vieux » partis du jeu espagnol, et officiellement adversaires de toujours, se sont associés pour mettre en minorité la plateforme au pouvoir sur un sujet clé : la fiscalité locale. Contre l’avis du maire, ils ont fait voter une baisse des impôts, qui entraînera un manque à gagner de trois millions d’euros pour le mandat à venir.

 

La manœuvre annonce sans doute la couleur pour la suite du mandat. « Le PP et le PSOE ont non seulement tué notre proposition qui visait à renforcer la progressivité fiscale, mais ils ont en plus adopté une loi qui limite nos ressources fiscales, ce qui leur permettra d’expliquer, à la fin du mandat, que l’on est de mauvais gestionnaires, que l’on n’a pas tenu nos promesses… », se lamente Noriega.

 

Le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle Martiño Noriega. © LL. Le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle Martiño Noriega. © LL.

 

De là à penser qu’il existe un risque « à la Syriza », qui consisterait pour les pouvoirs traditionnels – partis comme médias locaux – à s'allier pour tuer d’entrée de jeu toute alternative naissante ? « C’est toute la difficulté de prendre le pouvoir, en acceptant de jouer un jeu dont les règles sont pipées, en se confrontant à une culture politique qui n’est pas la nôtre, poursuit Noriega. Maintenant que l’on est arrivé au pouvoir malgré ces règles pipées en faveur des vieux partis, on nous dit que l’on ne peut pas gouverner… Cela fait quatre mois que je dois justifier nos décisions sur la laïcité : c’était dans notre programme ! Cela fait quatre mois que j’explique pourquoi on a retiré les soutiens financiers aux associations anti-avortement : c’était dans notre programme ! Je passe mon temps à justifier le fait que je veux simplement appliquer le programme de la liste qui a fait le plus de voix dans la ville… »

Autre cas de figure : la mairie de Ferrol s’est trouvée dès l'été prise dans une affaire de niveaux anormalement élevés de pollution des eaux de la ville. Depuis, la mairie a toutes les peines du monde à revoir les contrats signés par l’exécutif précédent, avec des groupes privés chargés de l’exécution des principaux services publics – le ramassage des ordures, la propreté, la gestion de l’eau… En clair, la plateforme « indignée » se trouve pieds et poings liés, à court terme, par les engagements des prédécesseurs.

« Toutes ces entreprises sont propriété d’un même homme, Florentino Pérez, par ailleurs le patron du Real Madrid, râle Jorge Suarez. On est donc en pleine bataille avec ce géant, qui s’appuie sur des services juridiques bien plus puissants que les nôtres… On a quatre ans pour essayer de changer cela, ça ne va pas être simple… »

 

« Podemos manque de générosité »

À La Corogne, la situation semble – un peu – plus apaisée, notamment grâce à l’appui du PSOE local. Mais une inconnue persiste : comment faire pour que ces plateformes, une fois au pouvoir, ne se banalisent pas, conservent la fraîcheur des débuts, gardent le contact avec le mouvement des assemblées dans la ville ? « Ces plateformes ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Elles vont s’implanter. Mais le risque, c’est qu’elles deviennent un parti comme les autres », s’inquiète Alfonso Zarauza, un cinéaste qui a participé activement à la « marée » de Saint-Jacques-de-Compostelle.

« Le lien décisif entre ceux qui travaillent à la mairie et la Marée est un point problématique à ce jour. On s’est retrouvés, d’un coup, pris dans des rythmes de travail énormes depuis notre installation. Et c’est vrai que le fait de rendre des comptes, semaine après semaine, n’est pas simple. On se rend compte que l’on ne peut pas toujours tout dire, au quotidien, de ce qui est dans le tuyaux… », reconnaît José Manuel Sande, de l'équipe de La Corogne.

 

« Il y a toute une lourdeur bureaucratique, qui ralentit nos intentions politiques, poursuit Suárez. Le point décisif, c’est de miser plus que jamais sur la participation des citoyens, pour leur expliquer pourquoi l’exécution du programme prend du temps. » Mais dans les faits, aucune des trois mairies n’a encore trouvé la manière de formaliser au mieux cette promesse électorale des candidats des « marées », de rendre des comptes aux assemblées, par nature ouvertes à tous, et mouvantes d’une semaine à l’autre (à la différence d’un parti politique et de ses adhérents).

À ce stade de l’expérience, tous les acteurs des plateformes rencontrés par Mediapart sont unanimes : ils manquent aujourd’hui d’alliés, aux échelons régionaux et nationaux. Le seul réseau de villes « indignées », dont Madrid et Barcelone, ne suffit pas pour inverser les rapports de force souvent durs sur le terrain. D’où l’importance des élections législatives du 20 décembre, et des élections régionales de Galice l’an prochain. Mais la plupart d’entre eux sont aussi très sceptiques sur les chances de Podemos de l’emporter, estimant que la gauche espagnole a déjà perdu une « opportunité historique » pour construire l’« unité populaire ».

« Depuis les années 1930, nous n’avions pas eu une opportunité pareille. Et de ce point de vue, le fait que nous n’ayons pas été capables de construire une vraie candidature d’unité populaire, c’est très grave », juge Yolanda Diaz. La députée est très remontée contre le « manque de générosité » d’un Podemos « bunkérisé », mais n’épargne pas non plus son propre parti, IU, qui « a lui aussi mal fait les choses ».

« Une fenêtre d’opportunité s’est ouverte, avec des débuts de processus constituants dans certaines régions, juge le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais le régime de 1978 [celui né de la transition espagnole, après la mort de Franco – ndlr] s’est fait un lifting. Il a changé de visages, pas de politique. On a changé de roi, mais la monarchie reste. On a changé le patron du PSOE [Pedro Sanchez – ndlr], mais c’est toujours le même vieux parti socialiste. Et au même moment, la réponse de Podemos et des plateformes citoyennes, est très mal articulée. Nous sommes en train de rater cette fenêtre d’opportunité. »

 

Ciutats pel Bé Comú. Guanyar compartint experiències de canvi © Barcelona En Comú

 

Jorge Suárez, le maire de Ferrol, est sur la même ligne. « Nous n’avons pas su profiter de l’élan créé par les victoires de plateformes citoyennes. Les intérêts partisans ont repris le dessus avant les législatives, à Podemos comme à Izquierda Unida. Et nous en sommes en partie responsables : je n’ai moi-même pas eu le temps de faire pression sur le parti à Madrid, englouti par la gestion de la mairie… » À l’instar d’une Ada Colau, maire de Barcelone, qui n’a presque pas fait campagne pour la liste de Podemos aux régionales en Catalogne en septembre, ces plateformes, sous le feu des critiques dès leur installation, semblent parfois avoir été tentées par un repli sur soi, à l’écart des dynamiques nationales.

Aux élections du 20 décembre, la Galice constituera, là encore, une exception. Ce sera l’une des seules communautés autonomes (avec la Catalogne) où Podemos a accepté de jouer le jeu de l’unité populaire, en s’associant à la gauche communiste de Yolanda Diaz (IU), et à Anova de Xosé Manuel Beiras. Mais le parti d’Iglesias n’a pas souhaité enclencher de convergence plus vaste, à l’échelle de toute l’Espagne, en partie pour « protéger sa marque », mais aussi parce que ses éventuels alliés n’ont rien facilité. Les activistes galiciens, experts en « confluence », redoutent que Podemos ne finisse par payer cher cette situation dans les urnes.

 

 

Boîte noire : Ce reportage a été réalisé du 10 au 12 novembre 2015. La vidéo en fin d'article est la retransmission d'un débat organisé à l'initiative de la mairie de Barcelone, le 4 septembre 2015, pour mettre en place un réseau de « villes pour le bien commun » à l'échelle de l'Espagne. On y retrouve notamment deux des maires galiciens interrogés dans l'article, Xulio Ferreiro et Martiño Noriega.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 19:12

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Les « indignés » remportent Barcelone, le PP dégringole

|  Par Ludovic Lamant

 

 

Les candidatures citoyennes, héritières de l'esprit « indigné », sont les grandes gagnantes des municipales de dimanche, avec, en particulier, une victoire nette à Barcelone d'Ada Colau. La mairie de Madrid pourrait aussi basculer, à l'issue de négociations avec les socialistes. Ces succès vont relancer la dynamique Podemos d'ici aux législatives de la fin d'année.

Barcelone va devenir, avec une poignée d'autres villes, le laboratoire d'une autre manière de faire de la politique en Espagne. Quatre ans après le surgissement des « indignés » sur les places du pays en mai 2011, la candidature citoyenne emmenée par l'activiste Ada Colau, mêlant acteurs des mouvements sociaux et membres de syndicats et de partis politiques de gauche, est arrivée en tête des municipales dimanche à Barcelone, avec plus de 25 % des voix.

« Je veux devenir maire, pour qu'il n'y ait plus de citoyens de première et de seconde zone », a déclaré Colau dans la soirée, devant des centaines de personnes scandant « Si, se puede » (« C'est possible »), l'un des slogans du mouvement du 15-M (en référence au 15 mai 2011, date de l'occupation des places). « C'est une victoire collective », a rappelé celle qui vient de « sortir » le maire de Barcelone, Xavier Trias (CiU, nationalistes catalans de droite), qui obtient 22,7 %.

 

La une du « Periodico de Catalunya » dimanche soir.La une du « Periodico de Catalunya » dimanche soir.

 

Le succès de Barcelona en Comu, qui s'explique en partie par une forte mobilisation des quartiers populaires de la ville (progression de 6 % de la participation par rapport à 2011), n'est pas isolé. Dans la capitale, la candidature de Ahora Madrid, une autre de ces plateformes citoyennes, emmenée par la juge Manuela Carmena, longtemps donnée en tête pendant la soirée, décroche la deuxième place (31,9 %). Mais celle qui arrive première, l'ultra-droitière Esperanza Aguirre (34 %), au cœur de plusieurs scandales de corruption, est isolée et devrait avoir du mal à former une majorité absolue sur son nom.

Si bien que Carmena, 71 ans, reste la mieux positionnée pour s'emparer de la mairie de Madrid, dans le sillage de Colau à Barcelone. Elle devrait aller chercher le soutien des socialistes du PSOE, arrivé troisième, ce qui lui suffirait pour devenir maire et barrer la route d'« Espe ». « Nous devons continuer à convaincre tous ces gens qui n'ont pas voté pour le changement, parce que le changement est nécessaire à Madrid », a réagi Manuela Carmena dans la soirée.

 

Ailleurs dans le pays, d'autres plateformes citoyennes, en chantier depuis le début d'année, ont aussi réalisé de très bons scores. Par exemple à Saragosse, la capitale de l'Aragon (deuxième position de Zaragoza en Comun, à un cheveu du PP, et avec des chances de gouverner), à la Corogne (légère avance de la « marée Atlantique », devant le PP) ou encore à Santiago, en Galice (courte victoire devant le PP). « Il y a un nouvel acteur sur l'échiquier, qui s'appelle le peuple », s'est félicité Iñigo Errejon, numéro deux de Podemos, lors d'un acte à Madrid dans la soirée. « Les grandes villes ont démontré qu'elles étaient le moteur du changement. Félicitations, Barcelone, Madrid et toutes les autres », s'est enthousiasmé, de son côté, Pablo Iglesias.

Podemos avait choisi de faire l'impasse sur les municipales. Mais la formation d'Iglesias a soutenu les campagnes de Colau et Carmena (avec des candidats Podemos présents sur les listes), et des actes communs ont été organisés en mai. À l'inverse, Podemos a choisi de se présenter sous sa propre « marque » pour les 13 scrutins régionaux, qui se tenaient également dimanche.

La nouvelle maire de Barcelone, Ada Colau, est une activiste de 41 ans, dont l'engagement remonte aux mouvements anti-G8 à partir de la fin des années 90, puis aux luttes pour le droit au logement dans les années 2000. Elle s'est fait connaître du grand public après avoir cofondé la PAH, la plateforme anti-expulsion, dès 2009 en Catalogne, peu après l'éclatement de la bulle immobilière. Ce réseau militant, fort de son expertise juridique, a permis de bloquer des centaines d'expulsions sur tout le territoire.

Ada Colau dimanche soir: « Les villes, espaces de rébellion démocratique »


« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c'est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens, expliquait Ada Colau dans un entretien à Mediapart en 2014. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s'engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l'ont saisie à l'échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation. »

Tout au long de sa campagne, Colau a su se tenir à distance des débats passionnés sur l'indépendance de la Catalogne (les élections régionales en Catalogne n'auront lieu qu'en septembre). On trouve, dans la plateforme de Barcelona en Comu, des défenseurs acharnés de l'indépendance comme le Proces Constituent, et des figures moins « nationalistes » (à commencer par Colau elle-même). À la gauche du parti socialiste, seule la gauche indépendantiste plus radicale, la CUP, avait refusé de participer à cette plateforme citoyenne, qui englobe les écolos d'ICV, Podemos, et nombre d'associations et de mouvements catalans (lire notre reportage avec Ada Colau en octobre 2014).

 

Affiche de campagne pour Ahora Madrid.
Affiche de campagne pour Ahora Madrid.
 

Si la victoire de Colau face à Xavier Trias n'est pas une véritable surprise pour les observateurs (Colau était partie en campagne très tôt, en juin 2014, et sa campagne « prenait » depuis longtemps), le très bon résultat de Manuela Carmena, à Madrid, paraissait il y a encore un mois totalement hors de portée. Cette juge de 71 ans, connue pour ses combats pour les droits de l'homme, de la fin du franquisme jusqu'à la crise d'aujourd'hui, n'avait pas prévu de se lancer en politique, après avoir pris sa retraite. Mais elle s'est prêtée au jeu, inventant une forme de campagne inédite, faites de conversations à travers lesquelles elle a cassé un à un les codes de la « vieille politique » (lire notre reportage avec Manuela Carmena en mai 2015). Son score est d'autant plus remarquable qu'elle était aussi confrontée à une candidature d'une partie des écolo-communistes d'IU (4,1 %), désireux de conserver quelques sièges pour les barons locaux.

Au-delà de ces succès « indignés », quelles leçons tirer de ces scrutins ? Le Parti populaire (le PP de Mariano Rajoy, chef du gouvernement) perd beaucoup de terrain (en recul de dix points par rapport aux municipales de 2011), sans s'effondrer tout à fait (il reste le premier parti, avec 27 % des voix). Il essuie de sévères revers dans des territoires clés, notamment Valence, où il devrait perdre la mairie, et aura du mal à conserver la communauté autonome. Il pourrait aussi perdre l'Aragon, si le PSOE, Podemos et Ciudadanos s'entendent. Tout comme la mairie de Madrid. Il se maintient plutôt en Castille-La Manche, la région de sa secrétaire générale, Maria Dolores de Cospedal, mais le jeu des pactes pourrait, là encore, l'écarter du pouvoir.
 

La « Une » de notre partenaire InfoLibre, sur la « débâcle » du PP.
La « Une » de notre partenaire InfoLibre, sur la « débâcle » du PP.

 

Le PSOE de Pedro Sanchez, lui, limite la casse face au surgissement des nouveaux partis, Podemos mais aussi Ciudadanos. Il obtient 25 % du total des votes aux municipales, contre 28 % environ lors du scrutin de 2011. Malgré ses échecs cinglants aux municipales à Madrid ou Barcelone, il reste devant Podemos dans les 13 communautés autonomes – un bon point qui devrait conforter l'autorité de Sanchez, un temps contestée, au sein du PSOE.

Quant à Ciudadanos, le parti centriste d'Albert Rivera, il confirme son ancrage dans le paysage (6,4 % des voix pour les municipales, avec de bons scores à Madrid ou Barcelone, par exemple). Mais il jouera un rôle moins décisif que prévu dans la formation des exécutifs régionaux parce que, dans bien des cas, le PP a chuté plus qu'attendu, et qu'une alliance PP-Ciudadanos ne suffira pas à trouver une majorité.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 16:26

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

A Madrid, plongée dans le congrès 2.0 de Podemos

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Ils existent depuis moins de 300 jours et sont réunis, jusqu'à dimanche soir, pour débattre de leur principal objectif : s'emparer du pouvoir d'ici fin 2015. Les activistes espagnols de Podemos, en guerre contre la « caste » des partis traditionnels, veulent renverser la scène politique. Immersion dans leur congrès à Madrid, sur fond d'hésitations quant aux chemins à emprunter.

 

De notre envoyé spécial à Madrid. Ils ne parlent pas de « congrès », un terme trop identifié aux partis traditionnels qu'ils abhorrent, mais d'une « assemblée citoyenne ». L'expression est censée renouer avec l'esprit des réunions locales, organisées selon des principes de démocratie directe, qui forment l'ADN de Podemos. Depuis samedi matin à Madrid, ils sont environ 7 000 activistes et sympathisants à avoir répondu à l'appel, pour débattre de l'organisation du mouvement et fixer sa stratégie d'ici aux élections générales de 2015.

« Nous sommes ici pour gagner, pour former un gouvernement », a lâché d'entrée de jeu Pablo Iglesias, chemise blanche, jean et baskets aux pieds, leader de Podemos. « (Nos adversaires) savent que nous pouvons gagner. Nous ne sommes plus un mouvement citoyen. Nous n'allons pas avoir peur de discuter stratégie et tactique », a poursuivi Iglesias, un professeur de sciences politiques à l'université de Madrid, âgé de 36 ans (écouter la première intervention d'Iglesias samedi dans la vidéo ci-dessous).

Pour Podemos, tout est allé très vite : naissance en janvier autour de la figure d'Iglesias, succès aux européennes de mai (1,2 million de voix, cinq eurodéputés) et, depuis, une cote de popularité qui se maintient, alors que l'Espagne ne voit pas le bout de la crise (plus de 50 % de chômage chez les jeunes). En moins d'un an, le mouvement, encore très flou sur son programme, plutôt ancré à gauche, pourrait mettre un terme au bipartisme PP-PSOE qui a régi le système politique espagnol depuis la transition post-franquiste.

 


Dans la salle de ce vieux complexe sportif et culturel du sud de Madrid, les ovations et les cris de « Sí se puede » (la version espagnole du Yes we can de Barack Obama, devenue le slogan de Podemos) interrompent à intervalles réguliers le discours d'Iglesias. À quelques pas du pupitre, sur la scène, une traductrice pour les sourds et muets s'efforce de suivre le flux, rapide et percutant, de l'eurodéputé. Sur l'un des écrans derrière la scène est affiché le coût de l'opération – 132 711 euros – que le mouvement espère financer entièrement par crowdfunding (ils en étaient, dimanche matin, aux 55 % de la somme).

 

Sur le fond, rien de neuf : Iglesias, toujours aussi sérieux, évite soigneusement de se positionner sur l'échiquier droite-gauche, et met en scène le combat du « peuple » contre la « caste » des partis traditionnels. « Ce n'est pas la caste politique qui fait tourner ce pays, mais ce sont les gens, voilà notre patrie, les gens », a-t-il lancé, pour mieux défendre les services publics du pays, de la santé à l'éducation. Il est même allé jusqu'à parler d'occuper la « centralité » de l'espace politique : « Nous voulons occuper la centralité de l'échiquier, parce qu'il existe une majorité de citoyens qui réclame de la décence : que les riches paient des impôts, que l'économie se démocratise. Une majorité qui sait que le problème, c'est que nous avons été dirigés par des voyous. »

Le son est exécrable, les échos nombreux, ça râle parfois dans le public – surtout chez les personnes âgées. Mais l'essentiel est ailleurs : Iglesias et ses alliés réfléchissent depuis des semaines à une forme politique stable et capable de rivaliser avec les machines électorales du PP (droite au pouvoir) et du PSOE (socialistes), sans trop s'éloigner pour autant de l'esprit asambleísta des débuts. En clair : jusqu'où faut-il accepter de se « normaliser », pour gagner en efficacité interne, sans perdre son âme et se couper du mouvement « indigné », dont Podemos est l'une des réincarnations, trois ans plus tard ?

À cette question, tout le monde ne répond pas de la même façon. Les tensions sont même vives, et devraient encore s'exprimer lors des débats dimanche. Si le terme est banni au sein de Podemos, des « courants » se sont formés, au fil des semaines de discussions. « Il n'y a pas de censure. Il n'y a pas à avoir peur de discuter, parce que c'est l'avenir du pays qui est en jeu », a répondu par avance Iglesias, dans son discours d'ouverture.

L'acte de cette fin de semaine (qu'on peut suivre en direct ici) met en débat deux propositions d'organisation concurrentes. Chacun de ces textes, défendu par une équipe, est lui-même la synthèse de nombreux autres documents qui ont été présentés ces dernières semaines dans les « circulos » (cercles), les centaines d'assemblées locales qui forment le poumon de Podemos, héritées du mouvement des « indignés ».

Vers un risque de « banalisation »?

D'un côté, « Claro que Podemos » ('Bien sûr que nous pouvons') fait figure de motion favorite. Elle est portée par Iglesias et ses proches, dont Juan Carlos Monedero, penseur de la gauche radicale espagnole et fin connaisseur des gauches latino-américaines, et Iñigo Errejon, un politologue de 32 ans qui fut le très inspiré directeur de campagne de Podemos pour les élections européennes (le mouvement avait terminé quatrième, au coude à coude avec les écolo-communistes d'Izquierda Unida).

De l'autre, « Sumando Podemos » ('En rassemblant, nous pouvons') est portée par plusieurs eurodéputés, dont Pablo Echenique, et un réseau d'activistes proches d'Izquierda Anticapitalista (gauche anticapitaliste, une formation plutôt confidentielle en Espagne, qui a permis à Podemos de trouver des points de chute en Espagne hors de Madrid, à ses débuts). En très gros résumé, les seconds défendent un projet qui prend davantage en compte le point de vue des « cercles » de Podemos, plus sensible à l'esprit des débuts, plus poreux aux mouvements sociaux, quand celui d'Iglesias imagine une organisation plus verticale, avec un secrétaire général et un bureau exécutif indépendant.

 

Le conseil citoyen imaginé par l'équipe de 'Sumando Podemos' 
Le conseil citoyen imaginé par l'équipe de 'Sumando Podemos'

Iglesias, qui dit vouloir gagner en « cohérence et unité » à l'approche des législatives de la fin 2015, propose aussi de faire l'impasse sur les élections municipales de mai 2015, pour ne pas « abîmer » la marque Podemos d'ici là. Il estime que la formation n'a pas les moyens, en l'état, de s'assurer que les candidats qui se présenteront dans les municipalités respecteront le cahier des charges de Podemos (respect des droits de l'Homme, transparence financière, etc.) – autant de failles qui pourraient être exploitées par les adversaires. Mais beaucoup de militants plaident à l'inverse pour que ce soient les assemblées, au niveau local, qui prennent la décision au cas par cas de participer – ou pas – aux municipales.  

Autre désaccord : l'équipe de Sumando Podemos, qui propose trois porte-parole (plutôt qu'un seul secrétaire général), défend aussi l'introduction du tirage au sort, pour constituer une partie du « conseil citoyen » (99 personnes, censées remplacer le traditionnel bureau exécutif). Samedi, Iglesias a clairement pris ses distances avec la pratique du tirage au sort, quitte à se faire des adversaires dans la salle, assumant une comparaison sportive étonnante de la part d'un maître de conférences en sciences politiques : si l'équipe de basket-ball masculine était choisie par tirage au sort en Espagne, a-t-il dit, la sélection n'aurait pas été sur le point de battre les États-Unis en finale des JO de Pékin, en 2008 (elle a finalement perdu le match 107 à 118).

Le leader naturel de Podemos a eu cette formule audacieuse samedi, qui a dû briser plus d'un cœur d'« indigné » habitué à prendre des décisions par « consensus » au sein des assemblées : « Ce n'est pas par consensus que l'on s'empare du ciel. On le prend d'assaut. » En évoquant « l'assaut du ciel », Pablo Iglesias en a profité pour paraphraser, très discrètement, Karl Marx, qui évoquait alors la révolution avortée de la Commune de Paris, si l'on en croit cet article d'El País.

 

Les mécanismes de contrôle imaginés par l'équipe 'Sumando Podemos' 
Les mécanismes de contrôle imaginés par l'équipe 'Sumando Podemos'

Y a-t-il un risque de banalisation, déjà, de Podemos ? Certains le craignent. « La stratégie d'Iglesias pour les élections générales pourrait démobiliser les 'cercles' », s'est inquiété Pablo Echenique. Or, à la différence des autres partis espagnols, Podemos n'a aucune base territoriale – à part le dynamisme de ses assemblées. Reste que les propositions de l'équipe d'Iglesias vont loin – en termes de transparence, de cumul des mandats, de financement de la vie politique. En cela, elles restent fidèles, sans aucun doute, à l'esprit du « 15-M » indigné.

Samedi et dimanche, les intervenants représentants de « cercles » se présentent donc à tour de rôle sur la scène, pour défendre tel ou tel projet. Les activistes dans la salle peuvent, en direct, réagir et poser des questions, via une application – gratuite – qu'ils ont téléchargée sur leur téléphone portable (Appgree). Les intervenants sur scène sont ensuite priés de répondre aux quelques questions qui ont été le plus recommandées par l'ensemble du public.

En bout de course, il n'y aura pas de vote sur les projets, dimanche soir à l'issue du congrès. Mais les 130 000 internautes inscrits sur le site auront une semaine, jusqu'au dimanche 26, pour se prononcer en ligne sur le projet (via un logiciel libre réalisé par Agora Voting). Les résultats seront connus dans la foulée. Une fois la structure choisie, ils éliront ensuite les postes de responsables – d'ici fin novembre. Soit un an pile avant les élections générales.

Source : www.mediapart.fr


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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 16:35

 

Source :  facebook.com/hartos.org

 

 

 

L'Injustice espagnole demande 74 ans de prison pour 14 personnes de 18 à 26 ans qui étaient présentes au début du mouvement du 15-M. Au moins six ans sont requis pour la majorité d'entre eux ; l'un d'eux risque 4 ans et demi de prison pour avoir lancé une chaise sur la police (sans blesser personne).
L'objectif clair de ces peines disproportionnées sont de terroriser les citoyens afin qu'ils obéissent au doigt et à l'œil, même quand c'est contre leurs intérêts.

 

#HolaDictadura: La Fiscalía pide 74 años para los 14 detenidos en la manifestación que dio inicio al 15M - La mayoría de los acusados afronta penas de 6 años de prisión por desórdenes públicos y atentado a la autoridad. Nota: Unas penas desproporcionadas con un claro objetivo, meter miedo a los ciudadanos para que obedezcan como corderos en el matadero a todo lo que les manden, incluso aunque sea un atentado contra ellos mismos. Ter García 02/10/14 Después de 3 años y 5 meses, 14 de las 19 personas (una de ellas es menor de edad) detenidas durante la manifestación con la que se inició el movimiento 15M, el 15 de mayo de 2011, han recibido el escrito de acusación como imputados por los hechos ocurridos tras la protesta, a partir de las 21h., en la plaza de Callao y alrededores. Las causas contra las otras cuatro arrestadas fueron archivadas. El escrito de acusación, al que ha tenido acceso Diagonal, suma hasta 74 años de cárcel entre los 14 imputados, todos ellos sin antecedentes penales y con edades comprendidas, en la mayoría de los casos, entre los 18 y los 26 años cuando tuvieron lugar los hechos. Se les acusa de delitos de desórdenes públicos, daños, resistencia, atentado a agentes de la autoridad, faltas y delitos de lesiones. La mayoría de los acusados afrontan penas de 6 años de cárcel, y sólo para uno de ellos la Fiscalía pide una pena menor a los 2 años –1 año 6 seis meses concretamente–. “Se busca una sentencia ejemplar por la fecha tan simbólica que es el 15 de mayo de 2011”, explica a Diagonal Servando Rocha, abogado de dos de las personas imputadas. Según detalla, el escrito de acusación ha cogido la horquilla de cada tipo penal y ha escogido su máxima pena. “Se intenta empujar que estas catorce personas entren en prisión por una manifestación”. Frente a las altas penas de cárcel pedidas por la Fiscalía, el escrito de acusación sólo reclama el pago de alrededor de 5.000 euros de responsabilidad para pagar los daños realizados durante los altercados. La cuantía más importante, de 2.872,17 euros, es por daños en el cristal del escaparate de la Fnac de Callao, cuyo jefe de seguridad ha sido citado en el escrito para que preste declaración, junto a la gerente de otro comercio de la zona y más de 40 agentes de policía. Según explica A.D.C., uno de los imputados, “han hecho un popurrí repartiendo cargos y pidiendo siempre el máximo castigo”. En su caso, el escrito le acusa de haber formado parte del grupo de personas que se sentó en la calzada de la plaza de Callao, cortando el tráfico, por lo que le piden un año y medio de prisión, y de, posteriormente, haber lanzado una silla hacia los policías sin alcanzar a ninguno de ellos, por lo que la Fiscalía pide otros 4 años y medio de cárcel. “Ha habido muchas contradicciones en las declaraciones de los policías, en el escrito hay cosas que se contradicen con los propios atestados policiales”, señala A.D.C., quien explica que, en su caso, primero le acusaron de hacer pintadas y no ha sido hasta ahora cuando ha sabido que le acusaban de tirar una silla. En el caso del resto de acusados, los hechos descritos son parecidos: arrojar botellas contra la policía, golpear alguna papelera, insultar o amenazar a los agentes, cortar el tráfico y golpes a los policías en el momento de las detenciones. Torturas y malos tratos Pocos días después de la manifestación del 15M, 16 de los detenidos durante la jornada emitieron un comunicado en el que denunciaron los malos tratos y torturas sufridas durante sus detenciones y su paso por la comisaría de Moratalaz. “A mi me pegaron una paliza antes de meterme en la furgoneta”, explica A.D.C., quien señala a Diagonal que vio como agentes de la policía golpearon a otros de los detenidos “con bastante saña”. En su paso por comisaría, la policía le negó la medicación que debe tomar diariamente por sus problemas de corazón hasta que su abogado consiguió que se la entregaran. “Hicimos un comunicado para hacerlo público, pero no denunciamos por lo de siempre, por el peligro a que supusiera un castigo mayor para nosotros”, explica.

 

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 21:33

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Le mouvement Occupy se mondialise

LE MONDE | 12.10.2014 à 18h34 • Mis à jour le 13.10.2014 à 19h34

 

 

Illustration ALE+ALE

 

Par les chercheurs David Graeber et Yuk Hui

A chaque fois qu’on déclare la fin du mouvement Occupy, on le voit ressurgir ailleurs : au Nigeria, en Turquie, au Brésil, en Bosnie… Tout récemment, à Hongkong, la renaissance inopinée du collectif Occupy Central qui, en 2011, avait investi le siège de la banque HSBC en solidarité envers les occupants de Zuccotti Park à New York, a paralysé la ville pendant plus d’une semaine.

Ce phénomène ne tient pas à une simple innovation sémantique ou stratégique de la part des militants. L’année 2011 a bel et bien transformé la notion même de révolution démocratique.

Les mouvements de 2011 ne sont pas nés aux Etats-Unis, mais en Afrique du Nord. De là, ils ont traversé la Méditerranée pour gagner la Grèce et l’Espagne. Il aura cependant fallu qu’ils frappent l’épicentre du capitalisme américain pour qu’on les voie se multiplier à l’échelle mondiale, de l’Argentine à l’Afrique du Sud.

Pendant un temps, on a cru à une parenthèse révolutionnaire à l’initiative d’une jeunesse américaine hostile au système politico-économique libéral. En quelques mois, la plupart de ces mouvements ont été démantelés. Rétrospectivement, on peut dire qu’il s’agissait bien là d’une révolution, mais pas celle que l’on croyait. Quand les historiens se pencheront sur cette année-là, ils la compareront sans doute à 1848 : les insurrections quasi simultanées survenues à l’époque dans le monde entier n’ont pas abouti à une prise de pouvoir, mais elles ont néanmoins tout chamboulé.

 

PAS L’AMBITION DE PRENDRE LE POUVOIR

A la différence de 1848, ou même de 1968, les insurgés de 2011 n’avaient d’ailleurs pas l’ambition de prendre le pouvoir. Peut-être est-ce ce qui fait leur singularité. Si la révolution se définit par une transformation du sens politique commun, alors l’année 2011 était révolutionnaire. A première vue, les stratégies et les revendications peuvent paraître similaires à celles de mouvements antérieurs, mais les notions de démocratie et de gouvernement ont été si profondément dissociées que même les militants qui appellent à la création d’instances représentatives étatiques adoptent désormais des stratégies, des sensibilités et des modes d’organisation proprement anarchistes.

Occupy Central, dans sa première incarnation, installé à Hongkong d’octobre 2011 à août 2012, constitue l’une des mobilisations les plus longues. Il aura suffi de quelques dizaines de tentes et d’une centaine d’occupants pour inaugurer de nouveaux modes d’organisation et d’expression démocratique directe dont on découvre encore les implications de long terme.

Joshua Wong, 17 ans, leader du mouvement Occupy Central de Hongkong le 26 septembre. En 2013, deux universitaires et un prêtre issus de ce mouvement ont décidé de réorganiser un campement, appelé Occupy Central with Love and Peace (OCLP), pour demander l’instauration du suffrage universel pour la désignation du chef de l’exécutif à Hongkong en 2017. Pendant plus d’un an et demi, cette initiative est restée en suspens.

Le 31 août, le gouvernement a annoncé que les citoyens auraient à choisir parmi des candidats désignés par un collège de 1 200 grands électeurs choisis par le Parti communiste chinois. La promesse « un pays, deux systèmes », faite dans le cadre de l’accord sino-britannique, est restée lettre morte ; l’actuel chef de l’exécutif, Leung Chun-Ying, est une marionnette de Pékin. Le 28 septembre, deux associations étudiantes, fatiguées d’attendre que les organisateurs officiels d’OCLP se décident à fixer une date, ont pris les devants en rassemblant 50 000 manifestants.

La plupart d’entre eux s’exposaient pour la première fois de leur vie aux gaz lacrymogènes. Les occupations n’ont pas tardé à se propager vers d’autres quartiers d’affaires : Admiralty, Causeway Bay, Mong Kok. L’ampleur du mouvement a surpris tout le monde, y compris les instigateurs d’OCLP. Des chauffeurs de poids lourds ont bloqué les routes, des conducteurs de minibus ont convoyé gratuitement les étudiants, des citoyens leur ont apporté des vivres. La police, débordée, a fait front commun avec les triades pour mater l’insurrection et terroriser les manifestantes. Et pourtant, l’occupation continue.

DÉFENDRE LA DÉMOCRATIE

Quelles en sont les raisons ? Les manifestants hongkongais affirment leur volonté de défendre la démocratie mais les griefs qui les ont amenés à descendre dans la rue sont d’ordre économique. Hongkong a été l’un des laboratoires du néolibéralisme. En 1963, l’économiste américain Milton Friedman (qui, huit ans auparavant, décrivait Hong­kong comme « une ville pauvre et misérable ») proposait à Sir John J. Cowperthwaite, alors secrétaire aux finances de cette colonie britannique, de mener une expérience audacieuse : que Hongkong prenne le contre-pied de la Grande-Bretagne socialiste en adoptant le libre-échange.

Dans les années 1970-1980, les réformes ont apparemment abouti à un véritable miracle économique, avec un produit intérieur brut par habitant largement supérieur à celui des Britanniques. Dans une conférence prononcée à Chicago en 1997, Friedman constatait : « Nous sommes plus productifs que Hongkong. Mais nous avons choisi, ou nous avons été amenés par les aléas de la politique, à consacrer près de la moitié de nos ressources à des activités auxquelles Hongkong ne consacre que 15 % ou 20 %. » Il faisait référence au budget alloué à la culture, à l’éducation et autres services publics sacrifiés par Hongkong.

VARIANTE HYBRIDE ET MUTANTE

Depuis la rétrocession à la Chine en 1997, le modèle néolibéral s’est mis en place et Hong­kong a élaboré sa propre variante hybride et mutante d’autoritarisme de marché. Les facteurs décisifs ont été de permettre aux touristes de Chine continentale de se rendre à Hongkong (Individual Visit Scheme), qui a fait de cette ville un supermarché de produits de luxe. L’embourgeoisement qui s’en est suivi a précipité la faillite des commerces locaux, la mort des quartiers populaires et la flambée du marché immobilier.

Par ailleurs, les promoteurs immobiliers, nouveaux magnats de Hongkong, se sont vu accorder d’empiéter sur les zones rurales pour agglomérer la ville à celle de Shenzhen, sur le continent, sans que soit prévu le moindre investissement en faveur de logements sociaux. Les jeunes ont ainsi été condamnés à vivre dans la misère. Entre 2013 et 2014, le loyer des appartements d’une superficie inférieure à 40 m2 a augmenté de 28,3 %.

Enfin, la collusion entre hauts fonctionnaires et investisseurs, source de plusieurs scandales de corruption, n’a pas épargné la commission indépendante de lutte contre la corruption. Un ancien responsable des services de police, Tao Siju, est allé jusqu’à saluer comme patriotes les chefs de gangs des triades, qui contrôlent la fameuse industrie hongkongaise du divertissement.

Le capitalisme véreux, les malversations immobilières et l’effondrement généralisé du modèle néolibéral en 2008 ont eu des conséquences dramatiques. En 2013, sur les 7 millions d’habitants que compte Hongkong, 1,31 million vivaient sous le seuil de pauvreté. Le collectif Occupy Central est né d’une prise de conscience populaire : le gouvernement fantoche à la solde du régime communiste et les milieux d’affaires hong­kongais forment une seule et même clique dont il faut se débarrasser.

C’est précisément ce genre de dérive que les manifestants d’Occupy aux Etats-Unis entendaient dénoncer au nom des « 99 % ». En incriminant le 1 %, il n’était pas simplement question de répartition des richesses, ni même de justice sociale, mais bien de pouvoir de classe. Le 1 %, c’est la portion de la population qui utilise ses richesses pour obtenir une influence politique qui, en retour, lui permet d’accumuler encore plus de richesses.

A ISTANBUL, SAO PAULO, EN BOSNIE

Les mouvements similaires qui ont éclos à Istanbul, à Sao Paulo, à Tuzla (Bosnie-Herzégovine) et dans bien d’autres villes sont tous fondés sur un même constat. Le gouvernement, qu’il soit élu ou imposé, est perçu comme lointain et, au mieux, inefficace : les instances juridiques, administratives et, surtout, « sécuritaires » de l’Etat n’ont en effet plus aucun compte à rendre à ce que l’on pourrait appeler le « peuple » et ne servent d’autres intérêts que ceux de la finance mondiale.

Voilà ce qu’ont accompli les réformes néolibérales engagées à Hongkong entre les années 1950 et 1970. Ceux qui entendent défier le système mondial du pouvoir n’envisagent plus la possibilité de solliciter ni même d’investir l’Etat. Les pouvoirs en place ne peuvent être ébranlés que de l’extérieur. Il s’agit donc de créer une extériorité, que ce soit temporairement, à la faveur d’assemblées démocratiques improvisées, comme on l’a vu sur la place Tahrir au Caire, la place Syntagma à Athènes et le square Zuccotti à New York, ou de façon permanente, comme dans les communes zapatistes du Chiapas ou le quartier bolivien d’El Alto.

Dans ce paysage politique entièrement reconfiguré, les résultats dépendent souvent des alignements complexes de forces disparates : membres de l’appareil sécuritaire de l’Etat, organisations ouvrières, étudiants, mafieux, nationalistes d’extrême droite qui, inévitablement, cherchent à provoquer des violences de rue et s’allient tantôt avec la mafia, tantôt avec les forces de l’ordre pour ramener le mouvement dans les termes de l’Etat. Autant d’acteurs qui se sont confrontés les uns aux autres de manières différentes en Grèce, en Egypte ou en Ukraine, et ont produit des résultats eux aussi très différents. A l’évidence, le même scénario se joue à Hongkong. Mais quelle en sera la conclusion ?

Pour l’heure, il semblerait que l’on ait atteint une impasse. Le Parti communiste craint qu’un compromis n’encourage des événements similaires en Chine continentale. Les manifestants redoutent une répétition du massacre de Tiananmen et cherchent à mobiliser la communauté internationale.

La volonté d’instaurer une démocratie électorale n’est que le début d’un mouvement de résistance plus vaste contre la gouvernance néolibérale autoritaire. Une population qui a goûté à la démocratie directe, à la formation de consensus et à l’auto-organisation sera le pire cauchemar du gouvernement à venir. Hongkong risque peut-être de devenir moins « productive », pour reprendre les termes de Milton Friedman, mais il se pourrait qu’elle insuffle un sens nouveau à la démocratie en Chine.

(Traduit de l’anglais par Myriam Dennehy)

David Graeber, professeur d’anthropologie à la London School of Economics. Il est notamment l’auteur de « Dette, 5 000 ans d’histoire » (édition Les liens qui libérent, 2013). Il est l’un des instigateurs du mouvement anticapitaliste financier Occupy Wall Street.

Yuk Hui est un philosophe et militant hongkongais. Il est enseignant-chercheur à l’université de Leuphana en Allemagne.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

 

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 21:07

 

 

 

‪#‎ESPAGNE‬ ‪#‎MADRID‬ : PRÉPARATIFS POUR L'ANNIVERSAIRE DU ‪#‎15M‬
"LES JOURNÉES OUVERTES DU 15M :
UN CHAMP d'ORGE - MADRID - 17-18 Mai "
http://jornadasabiertas15m.wordpress.com/alojamiento/

 

 

 

‪#‎Hébergement‬
Bonjour compagnons :
A l'assemblée du Campement Amical 15M nous nous sommes accordés pour activer le réseau de logements ‪#‎indignés‬ pour les personnes qui se déplacent à Madrid pour prendre part aux Journées Ouvertes du 15M. À cet effet, nous avons créé ce formulaire afin qu'il serve aux gens qui peuvent solliciter cet appui. Si vous considérez qu'il peut être bonne idée, vous pouvez nous aider à le diffuser sur votre web et vos réseaux, pour qu'une personne qui veut aider en logeant ou qui a besoin d'un soutien pour être logé ne reste pas sans pouvoir le faire.

Formulaire pour solliciter un logement :
https://docs.google.com/forms/d/16VS3VgPUt-1KmWVDdPpcX3Lb_1scdwneiiquEN-ZQ_Q/viewform

Formulaire pour offrir un logement à Madrid :
https://docs.google.com/forms/d/1AkA7vAApyYXAo7FEWpWE-Rv0HDHvegPYZ0PJ9c6w-74/viewform

Dans les prochains jours nous vous enverrons aussi une affiche que nous préparons pour le sujet des logements, pour compléter la diffusion.

Beaucoup de force et merci pour votre travail.
PREPARANDO EL ANIVERSARIO DEL 15M
"JORNADAS ABIERTAS 15M
CAMPO DE LA CEBADA-MADRID- 17-18Mayo
http://jornadasabiertas15m.wordpress.com/alojamiento/

 

 

#ESPAGNE #MADRID : PRÉPARATIFS POUR L'ANNIVERSAIRE DU #15M "LES JOURNÉES OUVERTES DU 15M : UN CHAMP d'ORGE - MADRID - 17-18 Mai " http://jornadasabiertas15m.wordpress.com/alojamiento/ #Hébergement Bonjour compagnons : A l'assemblée du Campement Amical 15M nous nous sommes accordés pour activer le réseau de logements #indignés pour les personnes qui se déplacent à Madrid pour prendre part aux Journées Ouvertes du 15M. À cet effet, nous avons créé ce formulaire afin qu'il serve aux gens qui peuvent solliciter cet appui. Si vous considérez qu'il peut être bonne idée, vous pouvez nous aider à le diffuser sur votre web et vos réseaux, pour qu'une personne qui veut aider en logeant ou qui a besoin d'un soutien pour être logé ne reste pas sans pouvoir le faire. Formulaire pour solliciter un logement : https://docs.google.com/forms/d/16VS3VgPUt-1KmWVDdPpcX3Lb_1scdwneiiquEN-ZQ_Q/viewform Formulaire pour offrir un logement à Madrid : https://docs.google.com/forms/d/1AkA7vAApyYXAo7FEWpWE-Rv0HDHvegPYZ0PJ9c6w-74/viewform Dans les prochains jours nous vous enverrons aussi une affiche que nous préparons pour le sujet des logements, pour compléter la diffusion. Beaucoup de force et merci pour votre travail. PREPARANDO EL ANIVERSARIO DEL 15M "JORNADAS ABIERTAS 15M CAMPO DE LA CEBADA-MADRID- 17-18Mayo http://jornadasabiertas15m.wordpress.com/alojamiento/
 François 06 63 58 40 02 
-- Martin Luther King Jr.-
http://www.youtube.com/watch?v=1VJl9IJ3PlI
Raoul Vaneigem :"Le parti pris de la vie est un parti pris politique. Nous ne voulons
pas d'un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s'échange contre
le risque de mourir d'ennui."

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 21:09

 

Source : www.agoravox.fr


« C’est là que je lui mets un coup de tonfa dans la cuisse, je ne pense pas lui avoir fait mal »

13 mai 2012 : Kevin aurait donné des coups sur deux policiers municipaux.
Une pétition détaille la chronologie des faits, un article de Montpellier Journal raconte le procès.

13 septembre 2012 : le Tribunal correctionnel de Montpellier, en première instance, demande 300€ d'amende avec sursis.

Kevin fait appel de cette décision symbolique : il n'a pas fait preuve de violence, et plus encore il en fut victime.

8 avril 2014 : le procès en appel a lieu, ci-dessous des traces.

_____________________________________________________________

Cour d'appel de Montpellier, le 8 avril 2014

« Nous espérons pouvoir vous juger aujourd'hui. »

 

Le second procès est ouvert.

Des témoignages plus ou moins orientés

Le premier juge détaille les faits. Il qualifie la pièce nouvelle de « petite vidéo amateur ». Cela dit, cette vidéo et les témoignages s'y rapportant vont être au centre du procès. Il cite le certificat médical, qui souligne la « région frontale : douleur à la palpation sans ékymose visible », des égratigures aux coudes, poignets, trapèze gauche, thorax... Je suis dans la salle d'audience, et je me souviens de la tâche violassée sur la peau de Kevin, dix jours encore après les faits.

Les différents témoignages sont longuement lus.

« Je me suis pris un coup de talon de [le nom de famille de Kevin] dans la tête. Les gens extérieurs n'ont pas vu ce coup, c'est allé très vite. Je n'avais qu'une envie : faire descendre [le nom de famille de Kevin] au sol et partir. J'ai demandé à mon collègue de donner un coup de tonfa pour le faire lâcher la barrière. [Le nom de famille de Kevin] était assis sur la partir supérieure des panneaux, si je le lâchais moi il tombait en revanche en déséquilibre. Mais je n'allais pas l'aider à monter non plus. Christophe a porté un coup de tonfa je crois sur la cuisse, je crois qu'il visait la barrière, c'est ce qu'il m'a dit par la suite. »

Les policiers nationaux produisent des témoignages descriptifs et plutôt neutres.

Une requalification proposée

La qualification de rébellion est suggérée par le juge. Elle avait déjà été demandée, plusieurs mois auparavant, par le Procureur de la République. Maître Gallon présente la définition légale de cette qualification à la Cour : une « résistance violente » doit être prouvée.

La désobéissance vidée de son sens

Le juge s'adresse à Kevin :

« Vous n'avez pas exercé de violences ? »
- J'ai été victime de violences, après « j'ai même pas réagi, même accidentellement ou je sais pas quoi. Il y a jamais eu de problème avec les policiers municipaux.
- Comment vous expliquez qu'ils aient des traces de coups [...] sur le visage ?
- Je sais pas comment ils ont fait ça mais c'est pas possible parce que les policiers nationaux qui sont arrivés après ont bien constaté que les policiers n'étaient pas blessés.
- Vous étiez pieds nus. »

S'ensuivit un déroutant amalgame.

« Les lois, c'est pas trop votre truc. [...] Le respect des lois ça vous parle pas trop. [...] On note qu'à quatre reprises dans votre cursus, vous considérez que les lois ne vous sont pas applicables. Il y a une interdiction de monter dans les arbres, et surtout d'y faire des cabanes d'ailleurs. »

Kevin distingue que

« c'était une manifestation. On avait pas le droit de rester sur la place en bas, on se faisait voler nos affaires. [...] On est montés dans les arbres. »

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Deux nuits consécutives, la police municipale venait à quatre heure du matin pour réduire à néant l’installation au sol. Ils coupaient au cutter des pancartes souvent réalisées en plusieurs heures.

Le juge répond sur un ton de conclusion :

« Bien, vu que... Vous considérez que vous avez des droits que les autres n'ont pas. [...] la preuve : quand on vous sanctionne une première fois pour conduite [...] si vous recommencez. Vous considérez à quatre reprises que les lois ne vous sont pas applicables. Là, en l'occurence [...] regarder la personnalité. »

L'objectif de la démonstration est-il à l'obeissance générale à la loi ?

Maître Gallon souligne, à point, qu' « aucun fait de violence » n'apparaît dans ce passé qu'elle observe.

Une requalification voulue

Le Procureur invoque le certificat médical des policiers municipaux pour déduire « la résistance violente » à une personne dépositaire de l'autorité publique et pouvoir qualifier la situation de rébellion. Il demande une peine d'amende.

Un contexte sociétal délicat

En 2012, « Monsieur [le nom de famille de Kevin] n'est pas membre des Indignés mais sympathisant de ce mouvement ». Maître Gallon précise que les Indignés ont notamment pour thème central de « se réappropier l'espace public. [...] L'esplanade, ici, ailleurs. Parfois ont-il été délogés, parfois non : le tribunal administratif de Pau » ne les délogeait pas. Il utilise cet exemple pour illustrer qu'il « n'est pas évident » de considérer « l'occupation de l'espace public » comme une « infraction ». Maître Gallon conforte qu'aucun passant ni riverain n'a déposé de « plainte ». L'occupation est « pacifique » et « peu banale, c'est le moins qu'on puisse dire ».

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L’un des petits potagers formés sur l’Esplanade Charles de Gaulle en mai 2012.

Une réponse légère et illégale

Il justifie l'action de la municipalité par l'arrivée imminente des Estivales, cet événement qui devait se dérouler juste sous les arbres portant les cabanes.

« Comment s'y prend-on ? On ne saisit pas le juge administratif, on prend un arrêté, et on envoie deux policiers municipaux. La méthode est quelque peu étrange quand on sait de quoi il s'agit : deux cabanes dans l'arbre. Deux policiers municipaux pour une cabane dans les arbres avec une bande de jeunes, ça paraît un peu léger. La commune a été légère : elle a envoyé les deux policiers municipaux sans préalablement avoir obtenu de décision du tribunal administratif » dont la décision date « du mois de juin 2012, c'est-à-dire qui est postérieure aux faits. La commune s'est rendue compte après cette tentative d'évacuation malheureuse qu'elle avait besoin de l'autorisation du juge administratif pour qu'une explusion ait lieu. Donc, au moment où l'exclusion a lieu il n'y a aucun titre, aucune décision exécutoire qui autorise [...] Il y a simplement un arrêté de la mairie »

qui concerne l'entrave à la libre circulation des personnes et l'atteinte à la tranquilité publique. Maître Gallon les considère inexistantes en l'espèce.

« Tout ça pour vous dire que la commune a été légère au moment de leur interpélation puisque finalement les cabanes sont évacuées deux mois après – après que la décision du tribunal administratif soit parvenue – et par le GIGN – on n'envoie pas deux policiers municipaux effectivement sur un problème aussi sensible dans la mesure où chacun sait que les Indignés ne sont pas un mouvement violent mais un mouvement qui se veut démocratique ».

D'abord, il déduit

« l'absence de fondement à l'action des policiers municipaux, qui, au delà, ont dépassé leurs prérogatives, et c'est tout le problème de cette affaire ».

Il appuie cette affirmation en utilisant le témoignage des policiers nationaux.

« La police nationale n'a pas une affection particulière pour les policiers municipaux », il en explique la raison par leurs « prérogatives limitées : ils ont la possibilité de verbaliser, de constater mais il leur est interdit de retenir par la force un contrevenant sauf s'il s'agit d'un crime ou d'un délit flagrant, ce qui n'a pas lieu en l'espèce. » Il cite le Code de déontologie de la police municipale. « A défaut de [l'ordre de la police ou gendarmerie nationale], l'agent de police municipale ne peut retenir le contrevenant. »

Ensuite,

« soyons sérieux : s'ils avaient voulu exercer leur droit à la légitime défense, il leur suffisait de le lâcher et l'action cessait. L'action cessait. Il n'était pas question de donner des coups de tonfa pour faire cesser un quelconque danger. Dans cette situation, monsieur [nom de famille de Kevin] ne présentait pas un danger. [...] En l'absence de nécessité, évidemment, il ne peut y avoir de légitime défense. [...]
Donc il ne peut y avoir légitime défense, et il ne peut y avoir notamment légitime défense car l'action en légitime défense doit être proportionnée. Or monsieur [nom de famille de Kevin] reçoit trois coups de tonfa alors qu'il est pieds nus suspendu dans l'incapacité d'utiliser ses mains. [...]
Il resort que les deux policiers n'acceptent pas que monsieur [nom de famille de Kevin] reste suspendu à cette barrière, ils veulent l'en faire descendre par tous les moyens. »

Maître Gallon rappelle que la décision rendue pour le premier jugement était symbolique (300 euros d'amende avec sursis), et que les vidéos sont

« très très gênantes. [...] Je m'interroge : pourquoi les prétendues victimes ne se sont pas constituées partie civile, ni devant le Tribunal, ni devant la Cour ? Alors soit disant parce qu'ils ont oulié ou qu'ils ont confondu cette affaire avec une autre. Ça me paraît un peu douteux. »

La vidéo est très claire.

« Ces coups de tonfa n'étaient pas reconnues au départ, elles sont reconnues en revanche lors du supplément d'information [...] L'un des policiers ne s'en cache plus » dit-il avant de le citer « c'est là que je lui mets un coup de tonfa dans la cuisse, je ne pense pas lui avoir fait mal, il simulait la douleur en faisant « ah » qu'il faisait déjà avant. Il s'agit du premier shoot (c'est leur langage, ils parlent de shoot). [...] Mickaël a dit « shoot » pour que je l'empêche de s'agripper » [...] non pas pour se défendre, il ne s'agit pas de légitime défense là, c'est pour l'empêcher de monter, alors on lui donne des coups de tonfa, commente Maître Gallon [...] « J'ai utilisé le coup de tonfa à deux ou trois reprises. » Maître Gallon le cite, puis insiste : « il en a parlé clairement. Reconnu par les policiers. Alors il nous parle d'un coup de tonfa à la cuisse et à la main, ça tombe bien parce que cela correspond précisément aux blessures qui sont relevées par le médecin qui a examiné monsieur [nom de famille de Kevin] plus de dix jours après. [...] Quand j'entends ensuite « aucun coup n'a été porté à monsieur [nom de famille de Kevin] » dit-il avant de revenir à la question « est-ce que monsieur [nom de famille de Kevin], lui, a asséné des coups aux policiers municipaux ? »

Il relit le témoignage de l'un des policiers municipaux, ses énonciations de coups sur « le reste du haut du corps » lui paraissent invraisemblables et il signale que les « bâtons, pierre et fruits » que les policiers prétendent avoir reçu de la part des personnes présentes sont absents de cette vidéo, qui montre des personnes « médusées ».

« C'est cette exagération qui est gênante. [...] Juste avant ils avaient dit le contraire, qu'ils les aient reçu juste avant. Il n'y a aucune trace de projectiles, aucune trace de pierres. Tout cela est parfaitement inventé, Madame la présidente. »

Une requalification fondée ?

Le Procureur de la République soutient qu'il n'y a pas absence de base légale puisque la jurisprudence constante est que l'administration a le privilège de l'action d'office. Et qu'il y avait urgence, ce à quoi Maître Gallon répond que « s'il y avait urgence, il appartenait à la commune encore une fois de saisir le tribunal administratif de Montpellier dans le cadre d'un référé ».

Maître Gallon termine en appuyant le fait qu'il ne peut y avoir rébellion car Kevin n'a pas fait preuve de la résistance violente nécessaire pour ce faire,

« que celui-ci en revanche a été victime de trois coups de tonfa [...] C'est la raison pour laquelle je demande évidemment la relaxe. »

Le juge pose une dernière question à Kevin, à laquelle il répond encore que ce sont « de fausses accusations, je ne sais pas pourquoi, moi je n'ai porté aucun coup. »

La décision sera rendue le 24 juin 2014.

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 

 

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