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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:13

Le premier ministre grec annonce qu'il va consulter le peuple : panique dans les banques ! Panique chez les eurocrates ! Panique dans les médias ! Dans le même temps, le G20 se réunit dans une ville en état de siège policier en prévision d'une contagion des manifestations. Le système néolibéral se sent menacé, il montre les crocs. La propagande bat son plein.


Lorsque Mr Papandréou a annoncé qu’il allait consulter le peuple grec, il a provoqué la panique dans la zone euro et au delà. Sans même qu'on connaisse ses intentions précises et la teneur exacte de ce référendum, des gouttes de sueurs froides se sont mises à perler au front des leaders de l'ordre néolibéral. L'Union européenne, le FMI, la Banque mondiale, l'Organisation mondiale du commerce, les marchés financiers... tous les piliers de l'ordre capitaliste ont hurlé en cœur à la simple idée que les peuples s'invitent dans les négociations en cours. L'appareil médiatique s'est immédiatement déchaîné.

 

« Mais quelle mouche a piqué Mr Papandréou ? » demandait Monsieur Pujadas au journal de 20h, mardi dernier. La consultation du peuple est présentée ni plus ni moins comme un coup de folie. Pourquoi d'ailleurs ce référendum n'a t-il pas été organisé plus tôt ? C'est que Mr Papandréou n'est pas un adversaire du libéralisme. Sa décision intervient après des mois de manifestations insurrectionnelles et de grèves historiques !


Mr Sarkozy en est « consterné » qu'on demande son avis au peuple. N'a t-il pas, lui, en 2007, fait passer en force le traité de Lisbonne contre l'avis du peuple français qui l'avait rejeté en 2005 ? Car telle est la conception de la « gouvernance » de la zone euro, de l'Union européenne et des peuples que se font Mr Sarkozy et Mme Merkel. Des jours et des nuits entières à comploter des accords de brigands pour sauver - encore une fois - les banques, l'euro et l'Union européenne sur le dos des peuples.


« Accords obtenu de haute lutte ! » affirmait mercredi Mr De Galzain sur France Inter, rappelant à qui n'en serait pas encore convaincu que - pour les médias dominants - si « lutte » il y a, ça n'est pas d'abord dans les manifestations en Grèce (qu'ils ne couvrent pas), mais dans les bureaux feutrés de Bruxelles. Une lutte pour quoi et pour qui, Mr De Galzain ?


« La démocratie directe vient perturber les négociations engagées par la démocratie représentative » nous assène un autre journaliste de la radio nationale. Une façon originale de voir encore de la démocratie dans les tractations de couloir des eurocrates... et de nous expliquer que ce référendum est une initiative anti-démocratique !


« Tout faire pour que le plan de sauvetage et l'euro ne soient pas l'otage de ce référendum », tel est l'objectif du G20 nous explique Mme Astruc sur France 2. Les grèves des travailleurs sont déjà des « prises d'otages » pour les grands médias, on ne s'étonne donc pas que l'expression soit reprise ici pour fustiger la lutte des travailleurs grecs ! Et le G20, Mme Astruc, ne prend t-il personne en otage ? Ce machin destiné à célébrer sans fin la tyrannie libérale, prétend sans rire « écrire l'Histoire » (slogan officiel cette année !), sans les peuples - puisqu'il ne dispose d'aucune légitimité démocratique - protégé par une armée de policiers et de CRS.


« Les référendums doivent être consommés avec modération » nous prévient Mr Pujadas, se remémorant la surprise douloureuse - pour les grands médias - du NON en 2005, contre lequel ces derniers s'étaient pourtant déchaînés.


« Panique chez les épargnants », « dévaluation dramatique», « perte du pouvoir d'achat », « besoin de deux fois plus d'argent pour rembourser la dette », tel est le scénario apocalyptique que nous promet Mme Thébaud sur France 2 si la Grèce sortait de l'euro. Tout en se gardant bien de rappeler ce que l'euro coûte à la Grèce et en évitant soigneusement l'option d'un défaut de paiement de la dette. Parmi les scénarios possibles, un oubli sans doute...

 

Les aventures les plus folles...

 

A cette heure, Mr Papandréou annonce qu'il renonce à organiser un référendum. Dans le même temps, est-ce un hasard, le ministre grec de la défense vient de changer complètement l'état-major militaire du pays. Pourquoi ces grandes manœuvres ?

 

On le voit, un dangereux épisode est en train de se jouer. Jusqu'où ira l'Union européenne pour faire plier le peuple grec ?

 

Le refus de la Gauche de voir l'Union européenne comme elle est – un instrument de domination - et son acharnement à défendre l'euro vont lui coûter cher. L'actualité aura raison des programmes politiques qui ignorent la réalité : la crise de l'euro balaiera tout sur son passage. Il n'est pas trop tard pour prendre les bonnes positions.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:42

LEMONDE.FR avec AFP | 08.11.11 | 14h13

 
 

 

Le président russe Dimitri Medvedev et son homologue allemand, Christian Wulff lors d'une conférence de presse, mardi 8 novembre. Les dirigeants inaugurent le gazoduc Nord Stream.

Le président russe Dimitri Medvedev et son homologue allemand, Christian Wulff lors d'une conférence de presse, mardi 8 novembre. Les dirigeants inaugurent le gazoduc Nord Stream. AFP/ODD ANDERSEN


C'est la nouvelle autoroute maritime du gaz, entre la Russie et l'Europe : le gazoduc Nord Stream était inauguré mardi 8 novembre en Allemagne. Une inauguration solennelle, à la mesure de son importance stratégique.

Le gazoduc, qui passe par la Baltique, sera doté d'ici à la fin 2012 d'une deuxième conduite, et distribuera en effet assez de gaz pour 26 millions de foyers en Europe. Derrière l'infrastructure à 7,4 milliards d'euros : un consortium dominé par le géant gazier russe Gazprom, avec les allemands BASF et EON, le néerlandais Gasunie mais aussi le français GDF Suez. Le groupe français qui participait à l'inauguration a ainsi salué "un élément de la stratégie gazière internationale en Europe et dans le reste du monde". Le président russe s'est, lui, félicité de cet "événement majeur", pour les relations entre Russie et Europe. "C'est aussi un pas vers la sécurisation de l'approvisionnement de l'énergie de l'Europe", a-t-il dit.

UN GAZODUC STRATÉGIQUE

L'objectif stratégique de Nord Stream : échapper aux litiges à répétition ces dernières années entre Moscou et l'Ukraine. C'est en effet par l'Ukraine que transite l'essentiel des importations européennes de gaz russe. En plein hiver 2009 Kiev avait ainsi bloqué des livraisons aux Européens en guise de représailles contre Gazprom.

>>> Lire "Gazprom s'affirme en acteur global de l'énergie"

Autre nouveauté : au contraire des autres gazoducs, qui transitent aussi par les pays Baltes et la Pologne, la nouvelle conduite est exclusivement maritime. Cela irrite les pays contournés, au point qu'un ministre polonais était allé en 2006 jusqu'à évoquer le pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne nazie. De son côté, La Suède s'est elle inquiétée des conséquences écologiques. Gazprom affirme que le gazoduc "ne produit aucun effet significatif sur l'environnement"

 

Les principaux gazoducs européens

LEMONDE.FR | 08.11.11 | 14h44

Les principaux gazoducs européens
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 13:11

Jean Quatremer- Libération

vendredi 04 novembre 2011

IMG-20111104-00706Scène de genre, cette nuit à Cannes. Un groupe de six journalistes sort de l’hôtel Majestic après un briefing off avec la délégation française et le Président de la République, Nicolas Sarkozy. La réunion dure une heure et se termine vers minuit quarante-cinq avec l’arrivée de la Chancelière allemande, Angela Merkel, qui loge dans le même hôtel. Les deux responsables devisent gaiement et montent rapidement dans leur chambre respective. Je m’attarde à l’extérieur avec Arnaud Leparmentier du Monde et un des lecteurs des Coulisses de Bruxelles croisé par hasard. Il représente une religion et sort d’une autre réunion. Nous rentrons tous les trois vers nos hôtels respectifs en marchant le long de la croisette. Sur un coup de folie, nous décidons de traverser pour aller voir la mer que nous n’avons pas encore pu apercevoir après 48 heures, l’accès en étant interdits par les forces de l’ordre. On n’aurait pas dû. Trois policiers de la CRS 21, dans le genre pas commode et service-service nous stoppent immédiatement : « Messieurs, vos badges ». « Ah, mais vous n’avez rien à faire en zone 1 », c'est-à-dire le bord de mer, celle réservée aux délégations officielles. Du moins les journalistes :  nous ne pouvons accéder qu’à la zone 2 et au centre de presse, c’est-à-dire loin des délégations officielles. Sidérés, Leparmentier et moi-même nous découvrons que le représentant de l’une des grandes religions européennes, lui, a un badge zone 1 et est libre de se balader où il veut.

 

Nous expliquons que nous revenons d’une rencontre avec le Président et que nous voulons juste voir la mer. Les policiers, méfiants et à peine aimables, refusent de nous laisser passer, car manifestement ils craignent que nous fassions sauter la mer (nous avons été scannés avant d’entrer dans la zone 1, je vous rassure). Les pandores interrogent leur hiérarchie pour savoir si nous pouvons regarder la mer, après avoir relevé nos identités et vérifier que nous ne leur racontons pas d’histoire. La réponse tombe vite : pas question de nous laisser approcher de la plage, sait-on jamais. Nous devons évacuer fissa. Les instructions sont les instructions : même pas question de nous accompagner sur cinq mètres pour voir la mer. Les policiers menacent même de nous arrêter si nous insistons (et j'insiste).

IMG-20111104-00703Dépités, nous poursuivons notre chemin sur la croisette, le long des immeubles, car le long de la mer, les journalistes représentent des dangers clairs et immédiats. Une centaine de mètres plus loin, un barrage de six policiers nous attend, spécialement déployé pour stopper les dangereux terroristes que nous sommes. Nous sommes évacués vers la zone 2. Ah mais ! Une efficacité policière digne d’éloges qui fait douter de la véracité des récits sur les banlieues incontrôlables… "Vous avez qu'à en parler au président si vous n'êtes pas contents", nous lance un CRS.

L’histoire est intéressante en ce qu’elle est révélatrice de la façon dont le pouvoir considère la presse : car il ne s’agit absolument pas d’assurer la sécurité des délégations. Nous ne représentons pas un danger, pas plus que notre lobbyiste amical. Mais lui, il a le droit de rencontrer les délégations en zone 1, librement. Les journalistes surtout pas. Ils ont seulement droit à la salle de presse où ils ne peuvent voir personne (suivre un G20 ne représente vraiment aucun intérêt : les dépêches sont largement suffisantes). Comme cela l’information est étroitement contrôlée : pas de risque qu’un bavard se laisse aller à une confidence hors du contrôle de l’Élysée. La presse est simplement tolérée afin qu’elle reproduise les communiqués officiels et les mises en scène qu’on organise pour elle : par exemple, la conférence de presse de jeudi matin de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy n’était accessible qu’à un « pool » de journalistes soigneusement choisis. Le bon peuple, lui-même soigneusement tenu à l’écart des grands de ce monde, n’aura ainsi connaissance que d’une ombre de la réalité. Les journalistes, on les parque, on les coupe d’accès aux sources et, parfois, on les met sur écoute. Pour le bien de la démocratie, j'imagine.

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 11:42
Aujourd'hui à 11h54 - Par NICOLAS DEMORAND Directeur de Libération

Stupéfiantes images que celles des locaux de Charlie Hebdo, dévastés par un incendie. Brûler un journal, ou le bâtiment où travaille sa rédaction, est un acte grave. Surtout en démocratie où existent des règles, des lois, des tribunaux pour ceux qui s’estiment diffamés ou blessés. En démocratie où, par ailleurs, les journalistes entendent travailler normalement, sans avoir à se terrer dans des bunkers ultra-sécurisés.

Toute l’équipe de Libération a été choquée par les événements de cette nuit. Et c’est tout naturellement qu’elle propose à ses confrères de venir s’installer dans ses murs ou ses colonnes, le temps que Charlie puisse retrouver des conditions de travail normales. Une forme d’asile journalistique ou d’hébergement d’urgence. Soyez les bienvenus !

 

 

                                                                            ***********************************

 

Rappel des faits

Aujourd'hui à 7h21 (Mis à jour à 12:45)

«Charlie Hebdo» incendié, Guéant dénonce un «attentat»

ActualiséSelon la police, la rédaction a été sans doute touchée par un cocktail molotov. «Libé» invite les équipes de «Charlie» à s'installer dans ses murs.


Par LIBÉRATION.FR

La police ce mercredi matin devant le siège de Charlie Hebdo. (AFP/ALEXANDER KLEIN)

La rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, qui publie ce mercredi un numéro spécial après les élections en Tunisie, a été détruite dans la nuit de mardi à mercredi par un incendie criminel, a-t-on appris mercredi de source policière, évoquant un jet de «cocktail molotov».

Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a dénoncé un «attentat» après l'incendie du siège du journal satirique Charlie Hebdo et n'a pas exclu la piste de musulmans intégristes. «Bien sûr tout sera fait pour retrouver les auteurs de cet attentat, parce qu'il faut bien appeler ça un attentat», a déclaré à la presse, sur place, le ministre de l'Intérieur.

Interrogé pour savoir si la piste des «musulmans intégristes» était explorée, Claude Guéant a répondu: «toutes les pistes sont examinées et il est vrai qu'un certain nombre de messages de menaces qui ont été reçus par Charlie Hebdo amène à ne pas négliger cette piste».

L’incendie, qui s’est déclenché «aux alentours de 1 heure du matin» au 62 boulevard Davout (XXe arrondissement), est «maîtrisé et n’a fait aucun blessé», a-t-on indiqué de même source.

«Il n’y a pas d’interpellation», a-t-on ajouté, tout en évoquant un jet de «cocktail molotov» pour expliquer l’origine de l’incendie. «L’enquête devra le confirmer», a-t-on toutefois souligné.

Un journal spécial «Charia Hebdo»

Selon le médecin urgentiste et chroniqueur Patrick Pelloux, joint sur place par l’AFP, le cocktail molotov aurait été lancé «sur la devanture et aurait mis le feu au système informatique».

Le journal, rebaptisé pour l’occasion «Charia Hebdo», a décidé de faire de Mahomet le «rédacteur en chef» de son numéro de ce mercredi, afin de «fêter la victoire» du parti islamiste Ennahda en Tunisie.

«Tout est détruit», a témoigné Patrick Pelloux. «Le poste de maquette a brûlé et il y a de la suie partout, le système électrique a fondu», a précisé le directeur de la publication, le dessinateur Charb, également joint sur place par l’AFP.

Pour lui, l’incendie est directement «lié» à la publication de ce mercredi. «Sur Twitter, sur Facebook, on a reçu pas mal de lettres de protestation, de menaces, d’insultes», que la direction du journal s’apprêtait à transmettre à la police, a-t-il expliqué.

(Le dessinateur Luz, ce mercredi - Photo Reuters)

Le journal avait déjà reçu des menaces lors de la publication des caricatures de Mahomet en 2006, mais le numéro de ce mercredi «n’a pas la même portée, c’est plus déconnant qu’autre chose», et seule la couverture avait été diffusée au moment de l’incendie, «pas le contenu» du journal, a-t-il souligné.

Les locaux de Charlie Hebdo du boulebard Davout abritent notamment la rédaction, le service de fabrication des maquettes, des bureaux et des stocks merchandising. La police judiciaire de Paris a été saisie de l’enquête.

 

A Libération, le directeur de la rédaction Nicolas Demorand a fait savoir aux équipes de Charlie Hebdo qu'elles étaient «les bienvenues à Libé le temps qu'elles retrouvent des locaux et des ordinateurs. On se serrera!». Nicolas Demorand leur a «proposé également de venir bénéficier de l'asile journalistique dans nos colonnes pour demain s'ils le souhaitaient. On pourrait faire un numéro de Libé entièrement illustré par les dessinateurs de Charlie. Tout ça est en train de se mettre en place. On aura les confirmations dans le courant de la matinée.» Proposition acceptée, l'équipe devrait arriver dans les locaux à 13 heures.

Nombreuses réactions politiques

Le Premier ministre, François Fillon, a fait part de son «indignation» et demandé au ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, que «toute la lumière soit faite» et que «les auteurs soient poursuivis». «La liberté d’expression est une valeur inaliénable de notre démocratie et toute atteinte à la liberté de la presse doit être condamnée avec la plus grande fermeté. Aucune cause ne saurait justifier une action violente.»

Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Ecologie, a estimé mercredi que ceux qui ont incendié les locaux de Charlie Hebdo et piraté son site internet sont des «ennemis de la démocratie».

Xavier Bertrand, le ministre du Travail et de la Santé, s’est déclaré lui sur RTL «profondément choqué» tandis que Mélenchon a qualifié cet acte de «répugnant».

Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate et candidate à la présidentielle, «condamne» ellle l’incendie criminel qui a détruit la rédaction de l’hebdomadaire Charlie Hebdo.

Cet acte «manifeste un symptôme de violence», a-t-elle souligné, faisant valoir que «la liberté de la presse et d’expression sont importantes pour notre pays».

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, a également «condamné fermement» l'incendie, jugeant la Une avec une caricature de Mahomet moins «violente» que celles que l'hebdomadaire satirique avait publiées en 2006.

Martine Aubry, la première secrétaire du Parti socialiste, a exprimé la «totale solidarité» de son parti avec l'équipe de Charlie Hebdo.

Au Front national, l'équipe de campagne de Marine Le Pen juge que «l'attentat contre Charlie Hebdo est à la fois une atteinte à la liberté de la presse et une agression contre la laïcité», dans un communiqué intitulé «La charia serait-elle intouchable en France?»

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 11:36
Médiapart - | Par Laurent Mauduit
 

Tout cela a une petite odeur de fin de règne : dans un climat politique délétère marqué par la crise mais aussi par les affaires, de Takieddine jusqu'à Tapie, en passant par Bettencourt, Nicolas Sarkozy a décidé de procéder à une cascade de nominations à des postes clés dans les grandes administrations financières françaises. Xavier Musca à la Caisse des dépôts et consignations, Anne Le Lorier à la Banque de France, Cécile Fontaine à la Cour des comptes : des proches du clan de Nicolas Sarkozy ont été ou vont être promus en violation de tous les usages républicains.

Pour comprendre l'enjeu de ces nominations, il faut se souvenir de ce qu'a longtemps été cet usage républicain. Durant des lustres, il était entendu que les postes financiers publics n'étaient la propriété d'aucun clan. La Banque de France en était l'un des symboles : avec Jean-Claude Trichet comme gouverneur, qui avait été auparavant le directeur de cabinet d'Edouard Balladur ; et avec Hervé Hannoun, comme sous-gouverneur, qui avait été celui de Pierre Bérégovoy, la banque centrale française a longtemps été une institution « transpartisane ». C'est Jean-Claude Trichet lui-même qui aimait sans cesse le rappeler.

 

Bras armé financier de l'Etat mais placée sous la protection du Parlement, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a longtemps fonctionné selon le même principe républicain. Avec Francis Mayer comme directeur général, qui était proche de Jacques Chirac, et Dominique Marcel comme directeur financier, qui avait auparavant été le directeur adjoint de cabinet de Lionel Jospin à Matignon, l'institution financière était, elle aussi, une institution transpartisane. En somme, le bien commun de la République.

Mais il est vrai que la situation s'est vite dégradée : nommé en mars 2007 au poste de directeur général de la CDC, le chiraquien Augustin de Romanet n'a rien trouvé de plus pressé que de rompre avec cet usage, et de renvoyer Dominique Marcel dans une filiale du groupe pour former une direction générale monocolore. A droite, toute...

 

Or, c'est avec cet usage républicain que Nicolas Sarkozy s'apprête, lui aussi, à rompre. Selon des informations de La Lettre de l'Expansion, dont Mediapart a obtenu confirmation, Anne Le Lorier pourrait ainsi être prochainement portée par le chef de l'Etat au poste de sous-gouverneur de la Banque de France. Le poste n'a certes plus de réelle importance stratégique. Depuis que la Banque de France a abandonné à la Banque centrale européenne la conduite de la politique monétaire, l'institution a beaucoup perdu de son lustre. Elle garde pourtant de nombreuses fonctions de régulation, et a en particulier la haute main sur la régulation des banques, via l'Autorité de contrôle prudentiel, l'ex-Commission bancaire.

Deux amis à la Banque de France

La nomination probable d'Anne Le Lorier au poste de vice-gouverneur de la Banque de France apparaîtrait donc choquante à de nombreux titres. D'abord parce que l'intéressée a quitté depuis près de dix ans la sphère publique, en l'occurrence la direction du Trésor, pour rejoindre d'abord Fimalac, le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière, puis tout aussitôt après EDF.

Alors, à quel titre serait-elle nommée aujourd'hui à la Banque de France ? Il n'y a qu'une seule réponse, et c'est pour cela que c'est choquant : Anne Le Lorier a été membre du cabinet d'Edouard Balladur à Matignon, comme Christian Noyer, l'actuel gouverneur de la Banque de France ; et tous deux sont des proches de Nicolas Sarkozy, qui à la même époque était le bras droit du même Balladur. En somme, la politique des petits copains...

 

Résultat : la Banque de France ne serait plus dans la configuration Trichet/Hannoun, c'est-à-dire dans une configuration droite/gauche ; elle ne serait pas même dans une configuration droite/droite mais plutôt dans une configuration sarkozo/sarkozyste.

 

Ce qui se prépare à la Caisse des dépôts et consignations est sans doute encore plus grave car l'institution joue un rôle majeur dans la vie économique française. Et en cas de victoire de la gauche, qui veut créer un grand pôle financier public, elle serait amenée à jouer un rôle encore plus grand.

Or, là encore, une nomination devrait bientôt intervenir car le mandat de l'actuel directeur général de la Caisse des dépôts, Augustin de Romanet, arrive à échéance dans le courant du mois de mars, c'est-à-dire, juste avant l'élection présidentielle. Comme le patron de la CDC dispose de très grands pouvoirs financiers et qu'il est inamovible pendant la durée de son mandat, le bon usage républicain voudrait que le chef de l'Etat ne procède pas à son renouvellement juste avant l'échéance présidentielle.

 

C'est en mars 2002 ce qu'avaient fait valoir les proches de Nicolas Sarkozy comme les socialistes – ce à quoi avait fait la sourde oreille Jacques Chirac. Dans le même esprit républicain, Nicolas Sarkozy aurait donc de bonnes raisons de renvoyer au lendemain de l'élection présidentielle de 2012 la nomination du successeur d'Augustin de Romanet.

 

Il est pourtant acquis qu'il n'en fera rien : encore une fois, il nommera l'un de ses proches à la tête de la CDC juste avant l'élection présidentielle. Le fait du Prince...

Xavier Musca brigue la CDC

Pendant quelque temps, François Pérol, l'actuel patron de BPCE qui a longtemps été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, d'abord au ministère des finances, ensuite à l'Elysée, a hésité à briguer le poste. Nommé début 2009 à la tête des Caisses d'épargne et des Banques populaires dans des conditions controversées – la procédure initiée par la CGT et Sud pour « prise illégale d'intérêt » doit arriver devant la Cour de cassation –, il ne s'est jamais véritablement imposé. Et la greffe entre l'ancien associé gérant de la banque Rothschild et ces banques d'origine mutualiste et coopérative n'a jamais véritablement pris. A la tête de la holding, François Pérol ne dirige donc pas grand-chose et semble désireux de prendre du champ.

Mais il semble avoir compris que son éventuelle arrivée à la CDC serait accueillie par beaucoup comme une provocation. D'autant qu'il a longtemps milité, quand il était à Bercy, pour un démantèlement de la Caisse. De plus, il n'est pas certain que les émoluments du directeur général de la CDC soient à la hauteur de ses ambitions. Du coup, si François Pérol devait un jour quitter BPCE, il y a désormais plus de chance que ce soit non pour la CDC mais pour son ancienne maison, la banque... Rothschild.

 

Selon des informations concordantes, le poste de directeur général de la CDC devrait revenir à Xavier Musca. Actuel secrétaire général de l'Elysée, l'intéressé fait partie de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy, mais nourrit l'ambition depuis plusieurs mois de prendre du champ. Alain Minc, dont il est proche, milite ardemment pour cette solution, qui lui ménagerait des portes ouvertes dans les coulisses du pouvoir, même en cas d'alternance. Plus respecté, pour ses compétences, que de nombreux autres proches du chef de l'Etat, Xavier Musca n'en fait pas moins partie de la même mouvance, étant lui aussi un balladurien de la première heure.

 

Et à toutes ces nominations monocolores qui se profilent, il faut encore en ajouter une autre, celle de Cécile Fontaine à la Cour des comptes, qui vient d'avoir lieu. Ce qui a plongé les magistrats financiers, pourtant ordinairement très réservés, dans une colère noire.

 

La loi veut qu'avant toute nomination au tour extérieur à la Cour des comptes, le chef de l'Etat consulte le Premier président de la juridiction, en l'occurrence Didier Migaud. La loi l'autorise ensuite à passer outre un avis défavorable mais dans l'histoire de la Cour des comptes, cela n'est jamais arrivé.

Une insulte pour la Cour des comptes

Ancienne collaboratrice de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, elle vient d'être nommée conseiller maître au tour extérieur. Alors que le Premier président de la Cour avait émis un avis défavorable, l'Elysée, pour la première fois, a passé outre. Ce qui a beaucoup choqué les magistrats financiers de la rue Cambon.

Comme le rappelle Marianne2 (l'article est ici), qui a révélé l'affaire, du temps où il était premier président de la Cour des comptes, Pierre Joxe avait émis à la fin des années 1990 un avis défavorable à la nomination de Patrick Stefanini, qui était un membre du cabinet d'Alain Juppé à Matignon. Et Jacques Chirac s'était alors incliné et avait nommé l'intéressé ailleurs. En l'occurrence au Conseil d'Etat.

 

Or, dans le cas présent, la Cour des comptes a été violée pour la toute première fois de son histoire. Le premier président de la Cour des comptes a en effet rendu un avis défavorable à la nomination de Cécile Fontaine. Plusieurs arguments expliquent cet avis négatif, selon Marianne2 : « Le grade, un des plus hauts, de Conseiller maître ne peut être occupé que par une personne de plus de 40 ans, quand Cécile Fontaine, elle, les a obtenu à quatre jours près. Le nombre d'années n'étant pas le seul garant de la sagesse, la Cour des comptes a également estimé, que pour un magistrat qui sera amené à juger des politique publiques, passer directement du cabinet du chef de l'Etat sans une période de décontamination pouvait poser problème. »

 

Mais Nicolas Sarkozy a choisi de passer outre. Par un décret en date du 14 septembre dernier (il est ici) qui mentionne explicitement l'avis défavorable émis deux jours plus tôt par le premier président, il a procédé à la nomination contestée.

 

 

Fait exceptionnel dans la vie feutrée de la Cour, l'Association des magistrats et anciens magistrats a alors dit publiquement son indignation dans une résolution, que Marianne a publiée (ci-contre). On peut en particulier y lire ceci : « Certes, cet avis n'est que consultatif mais les motifs qui ont conduit le Premier président après avoir recueilli le point de vue du Procureur général et des huit présidents de chambre, à se prononcer contre la nomination de la personne en cause auraient dû être d'autant plus respectés qu'un tel avis défavorable revêt un caractère exceptionnel. »

 

Ces nominations, qui bafouent les usages républicains, ne sont certes pas les seules. Il y en a même sûrement de démocratiquement plus inquiétantes : toutes celles en particulier qui visent à assurer la mainmise de l'Elysée sur la justice. On peut également mentionner la nomination d'Alexandre de Juniac, ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère des finances, à Air France dans cette liste des obligés du Palais qui sont aujourd'hui remerciés.

 

Mais en tout cas, le fait est là, indiscutable : à l'approche de la présidentielle, les candidats au départ parmi les hauts fonctionnaires sarkozystes se font de plus en plus nombreux – c'est un signe. Mais ils veulent garder bien en main, envers et contre tout, certains leviers décisifs de l'Etat.

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 20:28
| Par Fabrice Arfi

 

Un protagoniste inattendu et insaisissable a surgi dans l'enquête des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire sur les dessous des ventes d'armes du gouvernement Balladur. Il s'agit d'un fantôme. Son nom : Akim Rouichi, mort il y a seize ans. Comme l'a révélé Le Point de cette semaine, ce militant associatif de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise) avait été chargé d'espionner des membres de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur pour le compte des réseaux chiraquiens, en 1995, selon des témoignages recueillis ces dernières semaines par les policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif).

Akim Rouichi avait-il fait des découvertes sur Nicolas Sarkozy et sur d'autres ministres du gouvernement Balladur? Son frère, François Rouichi, qui a décidé de briser plus de quinze ans de silence, le laisse entendre aujourd'hui à Mediapart.

 

A. Rouichi  
A. Rouichi© (dr)

Ancien responsable de l'UMP à Garges-lès-Gonesse, François Rouichi assure qu'il avait surpris, en 1995, une conversation de son frère avec l'un de ses "officiers traitants" des Renseignements généraux (RG) durant laquelle il évoquait «l'autre de Neuilly», avant de citer son nom – Nicolas Sarkozy –, comme étant impliqué dans les troubles dessous financiers des ventes d'armes du gouvernement Balladur. Et il rapporte que son frère avait alors fait état de l'existence d'une société au Luxembourg, surnommée «la tirelire», qui aurait été liée à M. Sarkozy.

Auteur d'écoutes téléphoniques clandestines compromettantes pour plusieurs personnalités du camp Balladur – écoutes que les enquêteurs recherchent activement depuis plusieurs jours –, Akim Rouichi a été retrouvé pendu en août 1995 au domicile de l'une de ses sœurs, à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

A rebours des conclusions de la police et de la justice, sa famille n'a jamais cru que le jeune homme s'était donné la mort. Elle continue aujourd'hui de penser qu'il a été "suicidé", peut-être à cause des missions secrètes dont il a été chargé en pleine guerre homérique entre deux clans de la droite, les chiraquiens et les balladuriens.

D'après les éléments recueillis par les policiers, Akim Rouichi aurait été "traité" par deux anciens agents des services de renseignements français, l'un aux RG, l'autre à la DST, qui travaillaient en sous-main pour le clan Chirac. Pour mener à bien sa mission clandestine, il s'était vu confier tout l'attirail du parfait espion : scanner fréquentiel, numéros des téléphones portables visés, codes de déchiffrement pour les appareils cryptés et les agendas des "cibles".

Le jeune homme serait ainsi parvenu à surprendre pendant plusieurs mois les conversations de François Léotard, alors ministre de la défense du gouvernement Balladur, de son conseiller spécial Renaud Donnedieu de Vabres, de Charles Pasqua, ministre de l'intérieur, de l'ancien patron de Thomson, Alain Gomez, et de Jacques Douffiagues, ancien président d'un office d'armement, la Sofresa, récemment décédé.

Voici notre entretien vidéo avec François Rouichi :

 

 

Des écoutes clandestines sur des ministres

Ces personnalités sont au cœur des investigations des juges Van Ruymbeke et Le Loire. Depuis bientôt un an, les deux magistrats enquêtent sur l'existence, au sein du gouvernement Balladur, d'un système de détournement d'argent lié à deux marchés d'armement – l'un avec le Pakistan, l'autre avec l'Arabie saoudite – mis en place fin 1994 dans le but de financer de manière occulte la campagne présidentielle de l'ancien premier ministre. Voire, pour certains, de s'enrichir personnellement.

 

N. Bazire N. Bazire© Reuters
Plusieurs personnes sont aujourd'hui mises en examen dans ce dossier qui remonte jusqu'à l'Elysée, parmi lesquelles le marchand d'armes Ziad Takieddine, l'un des principaux intermédiaires sur les ventes d'armes incriminées, et deux intimes de Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre du budget du gouvernement : son ancien collaborateur à Bercy, Thierry Gaubert, et l'ancien directeur de cabinet de M. Balladur, Nicolas Bazire, qui fut témoin de mariage du président de la République avec Carla Bruni, en 2008.

Au moins deux témoins directs ont affirmé ces derniers jours sur procès-verbal aux policiers de la Dnif avoir entendu le fruit de ces écoutes illégales d'Akim Rouichi. Il s'agit de François Rouichi, le frère de l'espion improvisé, et Jean-Charles Brisard, ancien responsable de la cellule "Jeunes" de la campagne d'Edouard Balladur.

En effet, en avril 1995, se disant «lâché» par les réseaux chiraquiens, Akim Rouichi est venu monnayer son trésor clandestin aux équipes d'Edouard Balladur. Arrivé au siège de campagne, rue de Grenelle, le jeune homme avait demandé à voir le directeur de la campagne, Nicolas Bazire. Il fut orienté ailleurs.

Et c'est finalement Jean-Charles Brisard qui l'a reçu, a pris connaissance de son histoire folle et a écouté des extraits de ses enregistrements pirates, en présence d'un témoin, dit-il aujourd'hui à Mediapart, avant de rédiger une note adressée à Nicolas Bazire.

«J'ai reçu à sa demande il y a quelques jours une personne dénommée Akim Rouichi (...). Celui-ci nous a présenté un ordinateur contenant des enregistrements sonores de conversations téléphoniques interceptées. Ces enregistrements concernaient notamment MM. François Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres, ainsi que plusieurs dirigeants d'entreprises d'armement», peut-on lire dans cette note aujourd'hui entre les mains des policiers.

Le document, daté du 5 avril 1995, a été publié par Le Point dans son édition du 27 octobre:

 

LE POINT
«Je n'ai eu aucun retour sur ma note, malgré le fait que je sollicitais des instructions», explique M. Brisard à Mediapart, qui confirme avoir reconnu, stupéfait, les voix de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres dans les enregistrements qu'il a pu entendre. Le contrat des sous-marins Agosta vendus au Pakistan, au cœur de l'enquête des juges, et une histoire de livraison de missiles à l'Iran via Chypre, alimentaient certaines conversations, selon Jean-Charles Brisard. Devenu consultant international spécialisé dans le terrorisme, il dit toutefois n'avoir pas entendu parler de commissions occultes dans les extraits qu'il a écoutés.

Ce n'est pas le cas de François Rouichi, frère et confident d'Akim, que Mediapart a rencontré à deux reprises les 27 et 28 octobre. «Je me souviens très bien d'une discussion entre Pasqua et Léotard. L'un demandait à l'autre si le contrat était signé et s'il allait toucher sa commission. L'autre lui a dit que oui. Puis le premier a dit qu'il ne fallait surtout pas qu'un troisième soit au courant, comme s'ils se faisaient de l'argent sur le dos de quelqu'un», avance aujourd'hui le quadragénaire, ancien directeur d'un centre social.

 

 
© Reuters

Selon son récit, Akim Rouichi s'est très rapidement pris au jeu et, au fil des mois, aurait même été destinataire, grâce à ses « sources » policières, de documents compromettants sur les ventes d'armes françaises. Pour quelles raisons précises ? François Rouichi ne le sait pas.

Les années ont passé et les souvenirs ne sont pas toujours très nets dans son esprit. Il évoque néanmoins l'existence d'un document de la Sofresa, office d'armement qui a eu à gérer le versement au réseau Takieddine des commissions occultes du contrat des frégates saoudiennes Sawari 2, et d'un autre document lié, lui, à une société luxembourgeoise. «Mon frère me les a montrés», jure-t-il.

Puis il lâche ce qui pourrait ressembler à une bombe, si ces allégations venaient à être confirmées. «C'est là que mon frère a évoqué, alors qu'il était au téléphone avec une de ses sources aux RG, un homme qu'il appelait "l'autre de Neuilly", avec un nom à consonance étrangère qui venait de l'Est. Je pensais à un nom polonais. Puis il a cité son nom. Il l'a cité au moment où il a eu entre les mains ce document sur une société au Luxembourg, qu'il appelait "la tirelire"», confie François Rouichi. M. Rouichi avoue qu'il ne savait pas à l'époque qui était Nicolas Sarkozy. Les choses, depuis, ont changé...

«Le document comportait un texte et un chiffrage, cela apparaissait comme une sorte de compte bancaire. Mon frère l'appelait "la tirelire". L'"autre de Neuilly" était dedans, d'après mon frère», assure François Rouichi, qui ne sait pas si Nicolas Sarkozy a fait partie des personnalités écoutées. Aucun élément matériel ne vient aujourd'hui corroborer ce témoignage, les enquêteurs recherchant les écoutes pirates réalisées en 1995.

Vrai ou faux suicide ?

C'est la première fois que François Rouichi parle de «l'autre de Neuilly», dit-il. Il n'en avait rien dit aux policiers qui l'ont entendu sur l'affaire, le 13 octobre. Il a alors hésité à se confier, assure-t-il à Mediapart, mais a préféré «fermer sa gueule». «J'avais peur, glisse-t-il. Cela fait quinze ans que quand on parle de cette histoire, on nous prend pour des fous ou des menteurs. Aujourd'hui il faut que je le dise. Devant les policiers, j'avais peur de citer quelqu'un qui est peut-être au-dessus de tout. Mais je dois le faire pour mon frère et pour que cette personne (Nicolas Sarkozy, ndlr) sache que quelqu'un sait.»  

Il se dit prêt aujourd'hui à coucher sur procès-verbal ces nouvelles confidences, s'il venait à être convoqué de nouveau par les enquêteurs.

 

 
© (Reuters)

L'apparition d'une société luxembourgeoise dans les propos de M. Rouichi est pour le moins troublante. Selon un rapport de la police luxembourgeoise de janvier 2010, Nicolas Sarkozy, ministre du budget, et Nicolas Bazire, alors à Matignon, auraient en effet supervisé et validé la création au Luxembourg d'une société-écran, baptisée Heine, par laquelle ont justement transité les commissions occultes du réseau Takieddine sur le contrat des sous-marins pakistanais.

Or, Ziad Takieddine est soupçonné d'avoir redistribué une partie de cet argent noir pour des financements politiques. 

Dans leur enquête qui prend désormais des allures de thriller invraisemblable, les juges sont donc partis à la recherche des enregistrements clandestins d'Akim Rouichi. Car selon François Rouichi, son frère avait fait des copies sur des disquettes informatiques. «Ces disquettes ont été remises d'une part à nos avocats, du cabinet Lombard, et d'autre part à la secrétaire de Jean-Luc Mano, alors directeur de l'information à Antenne 2, qui n'en a rien fait», explique-t-il.

Jean-Luc Mano, cité par Le Point, dément catégoriquement. Quant au cabinet Lombard, il dément aussi, par la voix de Me Olivier Baratelli, contacté par Mediapart. «Nous n'avons jamais entendu parlé de ces enregistrements», affirme l'avocat.  

Le mystère reste donc entier ; et ce n'est pas le seul. Les magistrats ont également chargé les policiers de la Dnif d'éclaircir les circonstances de la mort d'Akim Rouichi.

La famille Rouichi, persuadée qu'Akim a été "suicidé", avait déjà chargé en 1996 le cabinet de l'avocat Paul Lombard de déposer plainte pour «assassinat» devant le doyen des juges du tribunal de grande instance de Bobigny.

« La République a les pieds dans le sang »

Une instruction, confiée au juge Noël Miniconi, avait finalement débouché deux ans plus tard sur un non-lieu et conclu au suicide d'Akim Rouichi, notamment sur la foi d'un rapport de l'Institut médicolégal de Paris du 29 août 1995 qui se concluait ainsi : «Il résulte que la mort de M. ROUICHI Akim est consécutive à sa pendaison. L'autopsie n'a pas relevé d'éléments infirmant la thèse du suicide.»

Entendue le 21 janvier 1997 par le juge Miniconi, l'une des sœurs d'Akim Rouichi, Suzanne (aujourd'hui décédée), avait cependant évoqué les enregistrements clandestins sur le camp Balladur et s'était étonnée «que le cartable de son frère soit vide alors qu'il contenait des disquettes», selon le procès-verbal de son audition obtenu par Mediapart. Les révélations de la jeune femme ne semblent pas avoir beaucoup piqué la curiosité du magistrat, à la lecture du PV de deux pages.

 

MM. Léotard, Juppé et Balladur  
MM. Léotard, Juppé et Balladur© Reuters

«Il y avait notamment des documents concernant des conversations téléphoniques entre M. Pasqua et M. Léotard, faisant état de missiles vendus à l'étranger, que mon frère avait pu écouter, avait pourtant assuré le témoin devant le juge. Mon frère avait reçu la visite de fonctionnaires du ministère de l'intérieur lui demandant de ne pas en parler (...) C'est à la suite de ces problèmes d'écoutes que mon frère m'a dit qu'il craignait pour sa vie, qu'il se sentait épié».

«Convaincue qu'on a aidé (son) frère à mourir», Suzanne Rouichi avait indiqué au juge ne pas savoir si la mort de son frère était directement liée aux écoutes ou à un différend avec une famille de leur quartier. 

Mais pour Suzanne, comme pour sa mère, Rachida, ou ses frères, une chose semble certaine : Akim ne s'est pas suicidé. Deux éléments les interpellent. D'abord, l'une des lettres retrouvées sur les lieux de la découverte du corps, adressée à une certaine Sophie (qui serait l'ex-secrétaire de Jean-Luc Mano), ne comporte aucune faute d'orthographe. «C'est l'écriture de mon frère (...) Il a dû faire des efforts car il n'y a pas de faute alors qu'il en faisait dix à la ligne.»

La lettre, qui fait état de problèmes sentimentaux, se termine ainsi : «Je prends le temps de t'écrire avant de partir. Ils m'ont tué et toi tu m'as achevé.» François Rouichi est formel, la "Sophie" en question n'a jamais été la petite amie de son frère. Une deuxième lettre a également été retrouvée près du corps. Elle commence par les mots «mes dernières volontés» et comporte la mention «Je regrette le suicide». 

Ensuite, Suzanne a dit au juge Miniconi avoir découvert – et photographié – à l'emplacement du cadavre «des traces de sang» et «une grande flaque au sol qui avait coulé jusqu'aux toilettes et des projections aux murs». La mère d'Akim Rouichi a même évoqué dans le cabinet du magistrat l'existence de «taches sur le haut des portes».

D'après les résultats d'une expertise médicale en date du 24 novembre 1997, signée par le Dr Jean-Pierre Campana (voir ci-dessous), la flaque en question «évoque les liquides brunâtres qui s'écoulent des corps putréfiés, la décomposition provoquant toujours une liquéfaction de tissus». De fait, le corps d'Akim Rouichi a été découvert plusieurs jours après la pendaison, vraie ou fausse.

 

«Une flaque de l'importance de celle que l'on voit sur les photographies, à supposer qu'elle était sanguine, aurait impliqué une hémorragie externe très importante et donc une plaie bien visible», précise encore le rapport, dont les constatations finales «sont en faveur d'un suicide».

Contacté, le juge de l'époque, Noël Miniconi, aujourd'hui en poste à Lyon, dit se souvenir «difficilement» de l'affaire, mais garde en mémoire qu'il n'y avait «pas d'éléments dans le dossier qui permettaient de conclure à autre chose qu'un suicide». 

Pour le frère d'Akim Rouichi, il faut reprendre l'enquête du début. «Mon frère était menacé. Il est allé trop loin dans son "enquête". Ses sources lui avaient demandé d'arrêter. Il ne l'a pas fait. Il soupçonnait l'une d'entre elles de jouer un double jeu. Il avait tellement peur qu'il était allé se planquer chez l'une de nos sœurs, là où on l'a retrouvé pendu», raconte-t-il.

Puis il ajoute : «La République a les pieds dans le sang.»

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 20:01

 

Article paru dans le Canard Enchaîné du 26-10-2011

 

Obama et Sarkozy ne voulaient pas qu’il s’en sorte vivant. De crainte qu’il ne parle trop lors de son procès devant la Cour pénale internationale.

 

Mercredi, 19 octobre en fin d’après-midi, un colonel du Pentagone téléphone à l’un de ses correspondants au sein du service secret français. Chargé du dossier « Kadhafi », l’une des priorités actuelles des généraux de l’équipe Obama, l’Américain annonce que le chef libyen, suivi à la trace par des drones Predator US, est pris au piège dans un quartier de Syrte et qu’il est désormais impossible de le « manquer ».

 

Puis il ajoute que laisser ce type en vie le transformerait en « véritable bombe atomique ». Son interlocuteur comprend ainsi que la Maison Blanche a rendu son verdict, et qu’il faut éviter de fournir à Kadhafi la tribune internationale que représenterait son éventuel procès.

Depuis quelques jours d’ailleurs, des commandos des forces spéciales américaines et françaises participaient ensemble à cette chasse au Kadhafi. À Paris, au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), à la Direction du renseignement militaire (DRM) et au service action de la DGSE, plusieurs officiers évaluaient à une cinquantaine de membres du COS (Commandement des opérations spéciales) les militaires présents à Syrte.

Leur mission : porter assistance aux unités du CNT qui investissaient la ville, quartier par quartier, et, selon le jargon maison utilisé par un officier du CPCO, « ´´traiter´´ le guide libyen et les membres de sa famille ». Une formule codée en cours à la DGSE : « livrer le colis à Renard », et agir en sorte que Kadhafi n’échappe pas à ses poursuivants (une unité du CNT baptisé « Renard ? ».

 

Hypocrisie internationale.

À l’Élysée, on savait depuis la mi-octobre que Kadhafi et l’un de ses fils s’étaient réfugié à Syrte, avec gardes corps et mercenaires. Et Sarko avait chargé le général Benoit Puga, son chef d’état-major particulier, de superviser la chasse à l’ancien dictateur. Ce qu’il a fait en relation avec la « Cuve », le bunker souterrain où des officiers du CPCO sont en contact permanent avec tous les militaires engagés à l’étranger et les services barbouzards. À la DGSE comme à la DRM on ne se gêne pas d’ailleurs pour évoquer l’ « élimination physique » du chef libyen, à la différence des formules bien plus convenables employées par l’Élysée, s’il faut en croire un conseiller du Président.

« La peine de mort n’était pas prévue dans les résolutions de l’ONU qui ont permis à l’OTAN d’intervenir, ironise un diplomate français. Mais il ne faut pas jouer les hypocrites. À plusieurs reprises, des avions français et britanniques avaient déjà tenté de liquider Kadhafi en bombardant certains de ses repaires, à Tripoli ou en détruisant notamment un de ses bureaux. » Et le même de signaler que, lors d’un procès devant la Cours pénale internationale, « ce nouvel ami de l’Occident aurait pu rappeler ses excellentes relations avec la CIA ou les services français, l’aide qu’il apportait aux amis africains de la France, et les contrats qu’il offrait aux uns et aux autres. Voire plus grave, sait-on jamais ? ».

Le 20 octobre à 8h 30 du matin, l’objectif allait être atteint. Trois avions de l’OTAN s’approchent de Syrte. Rien à voir avec une mission de reconnaissance effectuée par hasard : une colonne de 75 véhicules fuit la ville à vive allure. Un drone américain Predator tire des roquettes. Un mirage F1CR français de reconnaissance suit un Mirage 200-D qui large deux bombesGBU-12 de 225 kilos guidées au laser. Bilan : 21 véhicules détruit et Kadhafi seulement blessé.

 

Soupirs de satisfaction.

Des forces spéciales françaises sont alors présentes sur les lieux. L’histoire ne dit pas à quelle distance de ce qui va survenir, et que raconte avec abondance de détails un officier des services militaires de renseignements : « Il est capturé vivant par des combattants surexcités. La foule scande ῞Allah Akbarˮà pleine poumons, le menace de ses armes et se met à le tabasser pendant que d’autres combattants qui peinent à prendre le dessus, crient de le maintenir en vie ».

On connait la suite, quelques images de ce lynchage suivi d’une exécution par balles sont apparues sur les écrans de télévision et dans la presse écrite. Mais la disparition de Kadhafi n’est pas la fin de l’histoire car, en croire une analyse barbouzarde, « la Libye est entrée dans un no man’s land politique, une zone de turbulences imprévisibles. » Voilà qui devrait inquiéter ceux qui, dans plusieurs capitales occidentales et arabes, ont poussé des soupirs de satisfaction que Kadhafi ne serait jamais la vedette d’un procès international.

Claude Angeli.
Canard Enchainé
 
 
 

Comme le note le site Arrêt sur images, "ce scénario décrit par Le Canard accrédite donc la thèse d’une mort programmée qui arrange les occidentaux. Une thèse totalement absente du récit pourtant détaillé de Paris-Match, et que BHL avait également balayée catégoriquement sur France Inter au lendemain de la mort de Kadhafi en renvoyant ceux qui osaient poser la question aux tenants de la théorie du

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 19:37

plunkett.hautetfort.com - 28.10.2011

Une désinformation démasquée :

 

 

La semaine dernière, les succursales françaises du Tea Party américain (obstinées à défendre le système économique actuel) affirmaient que les indignés de Londres (insurgés contre l'ultra-capitalisme libéral) avaient « fermé la cathédrale Saint-Paul ».

Mensonge...

En réalité, l'archevêque de Cantorbéry avait décidé cette fermeture (contre l'avis de la majorité du clergé) dans la perspective de heurts entre la police et les jeunes manifestants campant sur le parvis depuis le 15 octobre ; il craignait que ceux-ci ne se réfugient dans la cathédrale, invoquant le droit d'asile.

D'où la démission du chanoine-chancelier Giles Fraser, dénonçant une connivence entre l'archevêque et le gouvernement.

L'ancien archevêque, George Carey, a parlé dans le même sens, déplorant que la décision de fermeture « nuise à la réputation du christianisme ».

Le clergé de Saint-Paul a imposé la réouverture, qui a eu lieu aujourd'hui. Il annonce également son intention de célébrer eucharistie et offices aux intentions des jeunes indignés.

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 14:16
| Par François Bonnet

 

Europe, euro, G-20, croissance, crises et tourmentes : le président vous protège. Tel était l'ordre du jour de l'émission télévisée de ce 27 octobre voulue par Nicolas Sarkozy et soigneusement mise en scène à l'Elysée: «J'ai un travail à faire dans une période épouvantablement difficile, je fais ce travail», a-t-il dit.

Tout le monde l'a compris : ce qui figurait sur le carton d'invitation n'était pas le vrai menu. Le président Sarkozy vient de lancer la campagne présidentielle du candidat Sarkozy. Et il l'a fait avec quelques idées fixes: défense de sa réforme des retraites, attaques contre les fonctionnaires et «l'assistanat», dénonciation des 35 heures et des errements socialistes depuis 1981. En parlant d'abord et seulement à un électorat de droite convaincu, et dans un exercice d'autojustification ne laissant pas de place à de nouvelles perspectives.

Nicolas Sarkozy annoncera sa candidature «fin janvier, début février». D'ici là, nous sommes dans cette phase classique de pré-campagne présidentielle, ce temps particulier où se construit la défaite ou la victoire. Ce fut particulièrement vrai en 1995, quand Jacques Chirac entama dans ce moment précis, par un ratissage méthodique du pays, une sortie des tréfonds de l'impopularité, alors qu'un camp Balladur, certain de l'emporter, s'enfermait dans sa bulle.

Ce fut aussi le cas en 2002, quand Lionel Jospin commit probablement l'erreur stratégique de croire que sa position de premier ministre auréolé d'un bon bilan suffirait à le conduire à l'Elysée.

 

Jacques Chirac, Edouard Balladur et François Mitterrand, le 17 juillet 1994. Jacques Chirac, Edouard Balladur et François Mitterrand, le 17 juillet 1994.© Reuters

Six mois de l'élection présidentielle : c'est le moment où se mettent en place les dispositifs de campagne. C'est surtout le moment où s'enclenche un compte à rebours impitoyable qui, progressivement, transforme le champ politique en ring de boxe. Chaque round compte ; et à la fin de chacun, l'opinion compte les points. L'enjeu primordial est la maîtrise de l'agenda médiatique : occuper le débat public, l'organiser, imposer ses thèmes C'est ainsi, semaine après semaine, puis jour par jour, que se construit une victoire présidentielle.

Nicolas Sarkozy le sait sans doute mieux que tous, lui qui, fort de l'expérience du désastre de 1995, a fait en 2006/2007 un parcours sans faute, « en racontant une histoire au pays », comme disaient alors ses conseillers, et en réussissant cette prouesse de se faire accepter par les électeurs comme la « rupture » et « l'alternative » à une droite pourtant installée à l'Elysée depuis douze ans.

Aussi la plus grande des surprises de cette rentrée est-elle l'incapacité du président de la République à reprendre la main, à bousculer l'agenda, à concentrer regards et débats sur sa personne. La réponse n'a pas été donnée, ou des plus maladroitement, ce jeudi soir. Quel nouveau Sarkozy? C'est un exercice certes bien rodé, facilité par l'absence de questionnement pertinent ou seulement précis des journalistes choisis par l'Elysée. Mais la longueur des monologues présidentiels a anesthésié plutôt que dynamisé cette entrée en campagne.

Or cette émission télévisée – la première depuis février 2011 – devait signifier le redémarrage du moteur élyséen. Après une cure de silence accompagnée d'humbles et discrets déplacements en région – et justifiée comme une énième opération de « représidentialisation » par ses conseillers –, l'opinion allait retrouver la vista visionnaire du guide... L'obsession dite « pédagogique » du président, soudain devenu professeur ès-crises, n'aura créé ni surprise, ni bouleversement, ni sursaut.

Equation cauchemardesque

Au sortir de ces explications, l'équation demeure tout autant cauchemardesque pour l'Elysée et l'UMP, sauf à croire qu'une très longue opération de reconquête portera in fine ses fruits. Mais l'horloge avance et le constat est autre : semaine après semaine, l'Elysée échoue à marquer des points, à reprendre la main, à imposer son tempo.

Car Nicolas Sarkozy n'a eu que de bien vieux arguments à faire valoir. Reconnaissant «la crise de la dette», il a pu facilement, faute d'interrogations précises, s'en exonérer. Or les menaces qui pèsent sur le fameux triple A de la France sont d'abord la conséquence d'un endettement qui a explosé sous son mandat: depuis 2007, celui-ci a augmenté de plus de 700 milliards pour atteindre 1.650 milliards. Et la crise n'est responsable que du tiers de cette augmentation, selon une récente étude de la Cour des comptes.

Les explications consistant à renvoyer les responsabilités aux socialistes de 1981 (retraite à 60 ans, nationalisation des banques), aux socialistes de 1997 (les 35 heures), aux chiraquiens (l'intégration de la Grèce dans la zone euro en 2001), apparaissent comme autant d'échappatoires, abondamment utilisées lors de la campagne de 2007 et qui paraissent aujourd'hui largement obsolètes.

 

Conférence de presse du 23 octobre: un geste consenti par Merkel. Conférence de presse du 23 octobre: un geste consenti par Merkel.© (dr)

On peut ne pas le voir en France mais l'Europe l'a déjà compris. C'est ce qui explique comment, durant l'été, la chancelière Merkel s'est emparée de la conduite des affaires européennes et du pilotage de la crise grecque pour imposer, une par une (du défaut partiel de la Grèce à la mise sous cloche de la BCE, en passant par la recapitalisation des banques) ses solutions, qui répondent d'abord aux intérêts propres de l'Allemagne. Cette dernière semaine de rencontres en urgence et de sommets européens extraordinaires a achevé de mettre en scène un président français affaibli (lire l'enquête de Martine Orange et Ludovic Lamant).

L'UMP fait ses comptes et le parti présidentiel voit lui aussi le compteur tourner en sa défaveur. Depuis le début de l'été, les catastrophes succèdent aux catastrophes : affaire Takieddine, scandale des surveillances téléphoniques des journalistes, enquêtes judiciaires sur les proches du président, perte historique de la majorité au Sénat... et primaire socialiste.

Le président peut à nouveau balayer d'un revers de main, comme il l'a fait ce soir, la multiplication des affaires, l'avancement des multiples enquêtes judiciaires en cours. Le financement illicite de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, la mise en examen de son ami Nicolas Bazire, les soupçons de corruption sur fond de rétrocommissions? «Vous inventez la présomption de culpabilité!!!? Naturellement, il ne sortira rien de tout cela et vous le savez.» Etonnant verdict d'un président sur une justice faisant son travail, malgré les innombrables obstacles qui lui sont opposés par ce pouvoir. Défense piteuse, quand les éléments ne cessent de s'accumuler qui provoquent les mises en examen de plusieurs proches du président.

Le camp présidentiel a également largement sous-estimé l'effet de souffle du processus de désignation du candidat socialiste. Il attendait un congrès de Reims à grande échelle : ils ont eu un débat démocratique et citoyen inédit qui a largement intéressé le pays et intelligemment repolitisé cette période. Pire : l'autre effet de cette primaire est d'avoir durant un mois et demi occupé tout l'espace public, laissant quelques miettes aux si voraces Nadine Morano, Jean-François Copé et Valérie Pécresse soudain condamnés à devenir les commentateurs énervés des débats socialistes (notre précédent article ici).

Ainsi, si l'on fait le compte de ces semaines médiatiques occupées, dominées, maîtrisées par l'un ou l'autre camp depuis la fin du mois de juin, le résultat est terrible : UMP et Elysée les ont toutes perdues. La revanche devait venir immédiatement après le 16 octobre et la désignation de François Hollande comme candidat du PS (lire notre article sur la riposte prévue ici). Mais rien ne s'est passé comme prévu, obligeant le chef de l'Etat à repousser son émission (initialement programmée lundi).

Pire, le week-end passé, qui devait être consacré au dézingage en règle d'un François Hollande « flip-flop », hésitant et inexpérimenté, a été kidnappé par la colère de Rachida Dati passant au Kärcher François Fillon, le parachuté de Paris (lire l'article de Valentine Oberti). Pire encore, la discussion budgétaire, censée illustrer la rigueur juste, laissait échapper une bombe : une hausse de la TVA ! Voir à ce sujet, l'éclat de fureur d'Henri Guaino : « Vous le saurez une fois que nous y serons, et c'est tout!» Ci-dessous, la vidéo de la colère du conseiller spécial de l'Elysée:

 

 

Le conseiller spécial du Président de la... par LCP


La plaisanterie du Guide suprême

Nicolas Sarkozy, submergé par un agenda européen qu'il ne maîtrise plus ; François Fillon organisant d'ores et déjà sa retraite ; Jean-François Copé ne tenant plus un parti à la dérive ; des courants (Droite populaire, droite sociale, droite humaniste, droite centriste, droite gaulliste, droite chiraquienne) parlant dans le désordre ; Brice Hortefeux abonné aux tribunaux et aux juges ; et des parlementaires d'abord occupés à éviter leur défaite aux législatives de 2012. Le spectacle de la droite ne laisse pas de surprendre tant le « projet », les axes et la machine de campagne demeurent incompréhensibles, masqués qu'ils sont par une foire d'empoigne généralisée.

Il reste donc Nicolas Sarkozy. L'émission télévisée de ce jeudi a mis en scène sa solitude. Certains à droite y verront la grandeur de l'homme debout, version XXIe siècle du Général. Lui-même entretient cette belle imagerie, abusant du «Je», explicitant ses presque souffrances de président: «Je comprends que les Français sont inquiets, je le suis aussi (...) Je suis là pour faire un travail difficile, complexe et les Français jugeront (...) C'est mon travail (...) Je suis là pour dire la vérité même si elle est difficile à entendre (...) Mon rôle, ce n'est pas de parler, c'est de prendre des décisions.»

Aimable plaisanterie du Guide suprême quand, dans le même temps, Angela Merkel, qui connaît pourtant avec sa majorité des difficultés similaires, prend le temps de consulter ses alliés, de débattre et d'accepter un vote au Bundestag (lire l'article de Mathieu Magnaudeix ici) qui lui est massivement favorable. Plaisanterie et imposture, quand l'opinion veut d'abord débattre, partager et participer – c'est une autre signification de la primaire PS – à des choix fondamentaux qui sont en train, déjà, de corseter l'avenir, celui de l'Europe et celui d'une éventuelle alternance si la gauche l'emporte en 2012.

Mercredi, tandis que le chef de l'Etat s'échinait à faire croire qu'il sauvait l'Europe, un autre record était battu : avec la nouvelle hausse du chômage intervenue en septembre, le cap des 4,7 millions de demandeurs d'emploi (toutes catégories) inscrits à Pôle Emploi est franchi. Pour la première fois. Et le chef de l'Etat n'en a pas dit un mot.

 

Hausse du chômage pour les seules catégories A,B,C. Hausse du chômage pour les seules catégories A,B,C.
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 13:16

LEMONDE | 28.10.11 | 14h10   •  Mis à jour le 28.10.11 | 15h15

 
 

 

Le directeur général de la la police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, à Paris, le 21 janvier 2011.

Le directeur général de la la police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, à Paris, le 21 janvier 2011.REUTERS/JACKY NAEGELEN

Pendant un an, il a refusé de s'exprimer sur cette affaire. Jusqu'à ce matin du vendredi 9 septembre où Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale (DGPN), est sorti de son mutisme sur les ondes de France Info. "Oui", a-t-il affirmé, c'est bien lui qui a ordonné en juillet 2010 au patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, d'identifier la source du journaliste du Monde, Gérard Davet, dans l'affaire Woerth-Bettencourt.

Frédéric Péchenard, qui est entendu vendredi 28 octobre comme témoin assisté par la juge Sylvia Zimmermann chargée d'instruire l'affaire de la consultation des "fadettes" (factures téléphoniques détaillées) de notre collaborateur par la DCRI, assume. Responsable, mais pas coupable, comme a dit quelqu'un d'autre dans une autre affaire. "Je n'ai commis aucun acte illégal", répète-t-il.

Depuis plusieurs semaines, le patron de la police attendait ce rendez-vous avec un mélange de crainte et d'impatience. Début septembre, après qu'une cérémonie au cours de laquelle le président de la République devait lui remettre une décoration fut ajournée à la dernière minute - elle a été reprogrammée au 28 novembre -, n'avait-on pas annoncé sa démission forcée dans le cas où il serait mis en examen ?

Le 17 octobre, le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, a été mis en examen pour "violation du secret des correspondances". A peine sorti du cabinet des juges, il recevait le soutien du ministre de l'intérieur, Claude Guéant, qui louait le talent de ce spécialiste du renseignement à la tête d'un service "essentiel à la sécurité de ce pays et de ses habitants". Pas question de parler de démission, a prévenu Claude Guéant. Et ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre, a indiqué en substance le ministre.

Donc, Frédéric Péchenard peut être tranquille : son départ n'est pas (ou plus ?) à l'ordre du jour. Aussi, quelle que pouvait être ce vendredi l'issue de cette audition devant les juges d'instruction, le numéro un de la police nationale a été assuré que son ministre de tutelle, Claude Guéant, ne lui manquerait pas. "J'aurai la même réponse à l'égard de Frédéric Péchenard que celle que j'apportais à propos de Bernard Squarcini. Une mise en examen ne signifie pas une culpabilité", a souligné celui-ci au micro de RTL, le 26 octobre.

S'il en était besoin, voilà Frédéric Péchenard rasséréné. Sa carrière ne devrait pas s'arrêter sur cette affaire. "Il est présumé innocent. Il peut continuer l'exercice de ses fonctions", a insisté M. Guéant.

Retour de bâton

Frédéric Péchenard, 54 ans, fils d'avocat, est policier depuis 1981. Commissaire de police, il a effectué toute sa carrière au sein de la police judiciaire parisienne (PJPP), car, comme il le confie, il n'a jamais voulu quitter Paris. Il a grandi dans le 17e arrondissement, à deux pâtés de maisons du domicile de la famille Sarkozy, et ne s'en est jamais éloigné. Il a été nommé à son poste il y a quatre ans et cinq mois par son "ami d'enfance" Nicolas Sarkozy, auquel il doit d'être l'un des tout premiers policiers à accéder à une fonction qui, jusque-là, était réservée à des hauts fonctionnaires issus des rangs de la préfectorale.

Mais, retour de bâton en quelque sorte, cette proximité lui vaut aussi d'être catalogué comme "le superflic du président". Même s'il en a parfois assez qu'on lui accole cette étiquette, cela aussi il l'assume. "Les Sarkozy ont toujours fait partie de mon environnement familial, comme les Péchenard ont toujours fait partie du leur", écrit-il dans son livre Gardien de la paix (éd. Michel-Lafon, 2007).

Sa carrière de flic, ce n'est cependant pas au chef de l'Etat qu'il la doit, aime-t-il rappeler. Tout juste, admet-il que le lien qui les unit a accéléré sa promotion. Avant d'accéder au rang de préfet et aux fonctions qui sont les siennes, Frédéric Péchenard était un "flic" reconnu par ses pairs. Un bon policier, patron de la PJPP, après avoir dirigé la "Crime" et la sous-direction des affaires économiques et financières. Des postes de confiance où l'ancien responsable du Syndicat des commissaires dirige des enquêtes parfois sensibles.

Dans l'affaire des "fadettes", Frédéric Péchenard clame qu'il n'a rien à se reprocher. A l'entendre, il n'a fait que son boulot en débusquant "le traître" qui se cachait au coeur de l'appareil d'Etat. Et il l'a fait sans que personne - sous-entendu l'Elysée - n'ait eu besoin de le lui glisser dans l'oreille. Il n'a pas demandé qu'on espionne les journalistes, se défend-il et est convaincu que, dans cette affaire, la DCRI a agi dans un cadre légal.

"Je ne vais pas me désolidariser", a-t-il dit à plusieurs reprises ces denières semaines. Bon soldat et fidèle en amitié, Frédéric Péchenard endosse tout. C'est lui qui, en juillet 2010, s'est rendu à la chancellerie pour informer la ministre de la justice d'alors, Michèle Alliot-Marie, que ses services suspectaient David Sénat d'être la source du journaliste du Monde.

Yves Bordenave

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