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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 14:09

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Les gendarmes croient tenir leurs terroristes sur le plateau de Millevaches!

|  Par Louise Fessard

 

 

Sur le plateau de Millevaches, l'affaire de Tarnac a laissé des traces. Accusé d’avoir cadenassé une gendarmerie du Limousin, un militant creusois de 35 ans sera jugé le 3 septembre pour «entrave au mouvement de personnel ou de matériel militaire». Au départ ouverte pour «terrorisme», l’enquête révèle une surveillance gendarmesque délirante du plateau.

 

Le 3 septembre, Gregory, un militant de 35 ans, comparaîtra devant le tribunal de grande instance de Guéret (Creuse) pour « entrave au mouvement de personnel ou de matériel militaire ». Rangé parmi les atteintes à la défense nationale, il s’agit d’un délit introduit dans le code pénal le 4 juin 1960 – en pleine guerre d’Algérie – par une ordonnance visant à faciliter « le maintien de l’ordre, la sauvegarde de l’État et la pacification de l’Algérie ».

C’est une blague potache qui vaut au Creusois d’être jugé pour cette infraction rarement poursuivie devant les tribunaux français. Il est accusé d’avoir le 8 novembre 2014 cadenassé le portail de la gendarmerie d’Eymoutiers (Haute-Vienne) lors d’une manifestation pacifique en mémoire du jeune botaniste Rémi Fraisse. Gregory est également poursuivi pour « organisation d’une manifestation non déclarée ». Il encourt jusqu’à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

 

Ce samedi 8 novembre 2014, le plateau de Millevaches est en ébullition après la mort du jeune militant écologiste Rémi Fraisse, tué le 26 octobre par une grenade d’un gendarme à Sivens (Tarn). Environ 80 personnes défilent pacifiquement du centre-bourg d’Eymoutiers jusqu’à la gendarmerie devant laquelle elles s’installent pour pique-niquer. Un participant, le visage dissimulé par sa capuche et un foulard, cadenasse l’entrée de la brigade. Après quoi, il retire tranquillement sa capuche pour rejoindre le pique-nique. Les manifestants accrochent deux banderoles « Désarmons la police » et « A la niche les cognes », maculant symboliquement le macadam de peinture rouge. L’action sera revendiquée par l’Assemblée populaire du  plateau de Millevaches dans une vidéo publiée par Rue89 le 10 novembre (l'appel a depuis été retiré mais on peut le retrouver ici).

 

 

« Nous, assemblée populaire du plateau de Millevaches, appelons tous et chacun dans les jours qui viennent, à se rendre en masse devant les commissariats, gendarmeries et casernes, afin d’y bloquer par tous les moyens nécessaires, piquets, soudures, cadenas, murets, etc., la sortie des uniformes globalement inutiles, malfaisants et régulièrement assassins qui les peuplent. »

« C’était franchement bon enfant avec des vieux et des jeunes, du genre casse-croûte devant la gendarmerie, se souvient Didier, 58 ans, retraité d’ERDF installé dans un village des alentours depuis trente ans. Il n’y a pas eu d’insulte, ni de cris. Les gendarmes, qui étaient à 200 mètres, n’ont pas eu à intervenir. » Sur le plateau, la mort du jeune militant écologiste a profondément touché. « Ça a créé de la colère "On nous tire comme des lapins !", car les gens ont réalisé que ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous : des Rémi Fraisse, il y en a plein ici », explique Daniel Denevert, 66 ans, ancien cadre supérieur dans la santé qui s’est installé dans le coin en 2009 à l’âge de la retraite. « Je l’ai vraiment vécu comme une injustice, ajoute de son côté Didier. Face aux jeunes, on n’hésite pas à tirer dans le tas, à faire dix blessés pour en effrayer cent, mais quand des agriculteurs se conduisent mal, on ne leur tire pas au Flashball dans la figure, ni à la grenade ! »

Ce dont ne se doutent alors pas les manifestants, c’est que les militaires, mis en cause dans l’affaire de Sivens, sont sur les dents. Et que des enquêteurs, venus de la section de recherche de Limoges, les photographient soigneusement derrière une fenêtre de la brigade. Car le matin déjà, un gendarme d’Eymoutiers, venant à 6h40 prendre son service, s’est heurté à un portail dûment clos par une chaîne cadenassée. Sur le boîtier interphone de la brigade figurait une affiche fraîchement collée au ton accusatoire : « Ils tuent Rémi Fraisse ». Dans quatre brigades voisines de Corrèze et de Creuse, ses collègues militaires ont eu la même mauvaise surprise.

Ni une ni deux, l’OPJ d’Eymoutiers, qui n’a pas froid aux yeux, se lance dans une enquête de flagrance pour « terrorisme » par « dégradation de bien » et « participation à un mouvement insurrectionnel ». Rien que ça. Présenté comme « faisant partie du premier cercle des responsables du mouvement » du plateau de Millevaches, le poseur de cadenas est rapidement identifié sur les photographies du rassemblement comme un habitant d’un petit village voisin, nommé Gregory.

 

Où l’on retrouve l’«ultra-gauche»

Lorsqu’ils repèrent en plus parmi les pique-niqueurs Julien Coupat et Gabrielle Hallez, les gendarmes pensent tenir leur insurrection. Venus en voisin de Tarnac (Corrèze), les deux militants, soupçonnés d’avoir saboté des lignes de TGV en 2008, sont alors encore sous le coup d’une mise en examen pour terrorisme [la juge d’instruction parisienne en charge du dossier a depuis abandonné cette qualification - ndlr]. Mieux encore, les gendarmes de la cellule de renseignement du Limousin, appelés en renfort, croient reconnaître une autre mise en examen, Aria Thomas, un cadenas à la main.

« Au regard de l'implantation des lieux de commission des faits, de l'appartenance à la mouvance politique (extrême gauche) des individus impliqués et de la sensibilité qui en découlait », les gendarmes de la section de recherche de Limoges sont saisis de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Guéret. Lequel parquet requalifie les faits en « entrave au mouvement de personnel ou de matériel militaire ». Au total, ce sont 36 manifestants qui sont identifiés sur les clichés et étiquetés « sympathisants de la communauté anarchiste » pour avoir participé à un pique-nique militant devant la gendarmerie. Leurs profils n'ont pourtant rien d'inquiétant : une employée du Conseil départemental, le responsable d’une radio associative du plateau, plusieurs acteurs locaux de l’économie solidaire et sociale (« De Fil en réseau », « Garage associatif et solidaire en Limousin »), le « fils du médecin retraité » d’un village voisin, ainsi qu'une adolescente de 14 ans…

Les enquêteurs ne lésinent pas sur les moyens. À l’issue de la manifestation, ils filent plusieurs manifestants dans Eymoutiers et relèvent leurs plaques d’immatriculation, ainsi que celles des participants à une réunion se déroulant plus tard dans l’après-midi. Le 15 et le 16 novembre 2014, deux autres rassemblements en mémoire de Rémi Fraisse à Tulle et à Saint-Antonin sont placés sous surveillance. Sans résultat. L’analyse des empreintes digitales et génétiques sur les quelques mégots et morceaux d’adhésif ne donne rien non plus, à part un profil inconnu des fichiers ; pas plus que celle du trafic téléphonique des bornes situées à proximité des brigades cadenassées. C’est également en vain qu’une trentaine de quincailleries et de magasins de motos de la région sont interrogés sur les récents acheteurs de chaînes et de cadenas.

 

Manifestation à Tulle, le 15 novembre, après la mort de Rémi Fraisse.Manifestation à Tulle, le 15 novembre, après la mort de Rémi Fraisse. © (dr)
 

À défaut de faits, il faut donc pas mal d’inspiration à la section de recherche de Limoges pour conclure le 18 mai 2015 à une action « d'individus formant la frange radicale de la mouvance anarchiste (…) regroupés autour d'une organisation auto-baptisée "Assemblée Populaire du Plateau de Millevaches" ». Dans ce rapport de synthèse, l’enquêteur voit dans l’Assemblée une « structure clandestine dont la finalité portait sur des opérations de déstabilisation de l'État par des actions violentes ». Et, dans une vision très policière, il la dote de deux théoriciens, Julien Coupat et le romancier Serge Quadruppani.

Voici l’intégralité du passage intitulé « Historique de la mouvance anarchiste du Limousin ».  

« Dans les années 90 jusqu'au début des années 2000, des individus affiliés à des mouvements libertaires d'ultra-gauche s'installaient en Haute-Vienne, notamment dans les communes de Nouic, Blond, Cieux et surtout Bussière-Boffy. Ces installations accompagnées d'implantations de yourtes engendraient une profonde discorde avec les élus et la population.

À partir de 2008 et suite à la médiatisation de l'affaire "des inculpés de Tarnac", de nombreux membres se revendiquant des milieux anarcho-autonomes rejoignaient le "Plateau de Millevaches" situé aux confins des trois départements de la région du Limousin pour se rassembler autour de leur leader charismatique et idéologue, le nommé Julien Coupat (mis en examen et incarcéré dans l'affaire citée supra relative à des actes de terrorisme sur les lignes du TGV français). Ces nouveaux arrivants bénéficiaient alors d'appuis de certains élus locaux et de personnes déjà installées et ralliées à leur cause. Au fil du temps, émergeait alors une structure clandestine dont la finalité portait sur des opérations de déstabilisation de l'État par des actions violentes menées au cours des manifestations d'importance.

Cette communauté anarchiste se regroupait finalement dans un mouvement baptisé "L'assemblée populaire du Plateau de Millevaches". Son observation permettait de mettre en évidence que celle-ci était régulièrement fréquentée par de nombreux sympathisants belges, suisses, italiens et allemands ainsi que par de jeunes activistes originaires de différentes régions de France. Très méfiants, les membres de cette mouvance adoptaient une attitude de délinquants d'habitude. Au delà de ce mode de vie qui s'apparentait à la théorie prônée par Coupat Julien et Quadruppani Serge (considéré comme l'un des fondateurs), ces individus affichaient une volonté d'agir de manière concertée avec comme seul but de porter atteinte à l'État, à l'autorité de celui-ci et à ses infrastructures. Ils obéissaient ainsi à une doctrine "philosophico-insurrectionnaliste", tel qu'il était mentionné dans un pamphlet intitulé "L'insurrection qui vient".

De ce fait, ils s'agrégeaient systématiquement à des mouvements de mécontentement écologistes, altermondialistes, anti-nucléaires, etc., prenant systématiquement pour prétexte certaines initiatives gouvernementales qu'ils baptisaient de "grands projets inutiles et imposés par le gouvernement ou les collectivités territoriales". La violence à l'égard des forces de l'ordre avec la volonté de porter atteinte à leur intégrité physique apparaissait toujours dans les slogans de ces individus.

La mort de Fraisse Rémi donnait alors une nouvelle tribune à ces activistes et servait d'argument aux fins de mener des actions violentes contre les intérêts de l'État et ses représentants. Ils espéraient ainsi entraîner dans leur sillage les lycéens, écologistes, anticapitalistes, etc., souhaitant défendre cette cause et dénoncer la position du gouvernement. »

 

« Un copié-collé de l’affaire de Tarnac »

« C’est de la pure connerie, un copié-collé de Tarnac », réagit Daniel Denevert. Librement inspirée des élucubrations policières de l’affaire de Tarnac, cette réécriture de l’histoire du plateau de Millevaches ferait presque sourire ses habitants si elle ne dévoilait pas un degré de surveillance policière inquiétant.

En fait de cellule clandestine, l’Assemblée populaire du plateau de Millevaches est un mouvement informel créé en 2010 au moment du mouvement contre la réforme des retraites. « Nous avions fait des blocages de dépôts de carburant, des taggages, une caisse de solidarité pour les grévistes, explique Daniel Denevert. Depuis, nous avons pris l’habitude de nous réunir à chaque fois qu’un sujet de société national ou local surgit. La liste de diffusion rassemble 150 à 200 personnes avec des parcours et sensibilités très différentes, des écolos, des artisans, des agriculteurs, des libertaires, etc. C’est une terre assez isolée, peu peuplée, avec des habitudes de solidarité quotidienne. L’assemblée fait écho à cet esprit de bienveillance. » 

 

Serge Quadruppani.
Serge Quadruppani.
 

Qualifié de fondateur du mouvement, l’écrivain et traducteur de polars Serge Quadruppani, 53 ans, ne s’est en fait installé sur le plateau qu’en 2011, soit un an après sa création. Croyant reconnaître sa voix dans l’appel vidéo diffusé sur Dailymotion, les gendarmes ont demandé à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de comparer sa bande-son avec un entretien radiophonique donné par l’écrivain. Encore une fausse piste, l’expert n’a relevé « aucune concordance objective ». « C’est très flatteur d’avoir voulu faire de moi l’idéologue du plateau, j’ai beaucoup de sympathie pour ce qui s’y passe, mais ces gens n’ont pas besoin de moi comme théoricien, s’amuse le romancier libertaire. Quant à la structure clandestine, c’est ridicule, il s’agit d’une assemblée publique à laquelle toute le monde peut participer. »

Entendu en audition libre le 24 mars 2015 à l’issue de l’enquête, le seul suspect Gregory a refusé de répondre aux questions des gendarmes. « J’ai l’impression qu’ils se sont tapés de gros films et ont écrit une belle histoire », dit le jeune homme, investi dans une association agricole. Jointe par téléphone, son avocate Me Martine Blandy, juge l’enquête « disproportionnée dans ses qualificatifs et ses moyens ». « Cette débauche de moyens n’a mené à rien, elle a juste permis de faire du renseignement», estime l’avocate limougeaude.

Michel Lulek, qui dirige un trimestriel local intitulé INPS, ne reconnaît pas non plus sa montagne limousine dans le récit gendarmesque. « Ce n’est pas du tout le campement de babas caricatural décrit, dit ce journaliste. Le plateau a connu des vagues successives d’installations de nouveaux habitants : des agriculteurs normands et hollandais dans les années 1950, le retour à la terre un peu naïf post-1968, la génération "développement local et éducation populaire" de la décentralisation des années 1980 dont je fais partie. Puis dans les années 2000 sont arrivés des gens dans une recherche d’autonomie, catalogués de décroissants qui ont installé quelques yourtes, ainsi que des militants engagés dans des luttes politiques, des squats. Les assemblées reflètent cette diversité, y compris celle des natifs du coin. »

Il rappelle que le mouvement s’est également investi dans des débats très locaux, comme la réforme des communautés de communes et l’avenir du plateau, une région à faible densité que les géographes de la Datar transformeraient volontiers en « usine à bois et plateforme de production d’hydroélectricité pour le reste du pays ». « Réduire ces mobilisations à une groupe d’activistes, dans une grille de lecture policière hiérarchisée, c’est aussi une façon facile de se boucher les oreilles et de ne pas entendre les vraies questions posées sur le déficit de démocratie locale et la reconfiguration d’un territoire », estime Michel Lulek.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 17:18

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Yanis Varoufakis : « La véritable cible du docteur Schäuble est la France et son Etat-providence »

Le Monde.fr | | Propos recueillis par

 

L'ex-ministre grec des finances, Yanis  Varoufakis lors d'une session à la Vouli, le 14 août.

Provocateur, idéaliste, arrogant. Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, fascine autant qu’il agace. Quatre jours avant son passage en France, à la fête de la Rose, à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), dimanche 23 août, l’économiste trublion a reçu Le Monde le 19 août sur l’île grecque d’Égine, où il a une maison.

 

Le troisième plan d’aide à la Grèce, qu’il définit comme une « capitulation » face aux créanciers d’Athènes, conduira son pays dans l’abîme, explique-t-il. Il dénonce l’opacité de l’Eurogroupe, qui, selon lui, prend des décisions majeures pour l’avenir de la zone euro sans que les citoyens en soient informés.

La France a-t-elle été un allié du gouvernement d’Alexis Tsipras pendant les négociations avec les partenaires de la Grèce ?

La plupart des Européens imaginent que ces derniers mois la Grèce a négocié avec ses partenaires de la zone euro. Ce n’est pas le cas. Pendant les cinq mois où j’ai été impliqué au sein de l’Eurogroupe [la réunion des ministres des finances de la zone euro], mes homologues me renvoyaient systématiquement vers les représentants des institutions, à savoir la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE), et le Fonds monétaire international (FMI).

Je n’ai jamais négocié en direct avec Michel Sapin, mon collègue français. Ni avec Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, qui assurait qu’il ne pouvait rien faire pour moi et me renvoyait aux institutions.

Même lorsque M. Schäuble et moi avons enfin ouvert un dialogue, peu avant mon départ, il était clair que le moindre degré de convergence entre nous ne pouvait être exprimé de façon officielle.

C’est la grande leçon de ces derniers mois : la zone euro est la zone économique la plus puissante, mais personne ne la dirige — ou du moins, personne d’élu. Elle a créé un monstre, l’Eurogroupe, où les ministres des finances ne négocient pas vraiment les uns avec les autres.

Reprochez-vous au gouvernement grec d’avoir signé le troisième plan d’aide ?

J’ai voté contre ce programme. Ce gouvernement, moi y compris, a été élu en janvier sur un engagement simple : ne plus signer avec les créanciers d’accord économiquement non viable. C’est-à-dire qui aggraverait la récession et rendrait littéralement impossible le remboursement de notre dette. Depuis 2010, la Grèce a commis deux fois l’erreur d’accepter de tels plans. Nous avons promis d’y mettre un terme, et, en ce qui me concerne, je n’ai jamais changé de position.

 

Malheureusement, le premier ministre a fini par accepter ce troisième programme, qu’il a pourtant lui-même décrit comme mauvais. L’Europe tout entière en sortira perdante. De mon côté, j’en ai tiré les conséquences en démissionnant, comme je m’étais engagé à le faire.

 

Ce nouveau programme, de 86 milliards d’euros, a pourtant permis à la Grèce d’éviter le « Grexit », une sortie de la zone euro.

C’est ainsi que la presse présente les choses. Mais je ne partage pas cette analyse. Si la Grèce tente, en dépit du bon sens et des lois élémentaires de l’économie, d’appliquer ce mémorandum et les réformes qui l’accompagnent, elle courra droit au Grexit. Car ce programme est conçu pour faire sombrer notre économie.

Résultat : nous ne pourrons pas tenir nos engagements, et le docteur Schäuble pourra nous pointer du doigt et couper les aides au pays. Le Grexit est très clairement l’objectif qu’il poursuit.

Vous affirmez que M. Schäuble veut pousser la Grèce hors de l’euro. Pour quelle raison ?

Pour atteindre la France. L’Etat-providence français, son droit du travail, ses entreprises nationales sont la véritable cible du ministre des finances allemand. Il considère la Grèce comme un laboratoire de l’austérité, où le mémorandum est expérimenté avant d’être exporté. La crainte du Grexit vise à faire tomber les résistances françaises, ni plus ni moins.

Lire aussi l'intégralité de l'interview : Yanis Varoufakis : « La véritable cible du docteur Schäuble est la France et son Etat-providence »

 

 Marie Charrel (Athènes, envoyée spéciale)
Journaliste macroéconomie / politique monétaire

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

 

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 13:17

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

La ferme des Bouillons évacuée : c'est un déni de démocratie. L'État veut nous faire taire
 
 

LE PLUS. La ferme des Bouillons a été évacuée. Les militants zadistes qui occupaient depuis 32 mois le site situé à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen, pour lui conserver son caractère agricole, ont été délogés par des CRS, mercredi 19 août. Tribune de Philippe Vue et Matthieu Carpentier, porte-parole de l'Association pour la protection de la ferme des Bouillons (APFB).

 

Les militants qui occupaient la ferme des Bouillons, à Mont-Saint-Aignan, ont été évacué le 19 août 2015 (C. TRIBALLEAU/AFP).

 

Depuis décembre 2012, notre collectif citoyen occupait la ferme des Bouillons, à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen (Seine-Maritime), pour empêcher sa démolition par le groupe Auchan, et y développer un projet citoyen, écologique et coopératif.

 

La mobilisation de l’Association pour la protection de la ferme des Bouillons (APFB), forte de plus d’un millier d’adhérents, appuyée par une occupation quotidienne joyeuse, créative et laborieuse, a permis d’obtenir le reclassement du site en Zone naturelle protégée.

 

Nous avons défini un projet de reprise de la ferme

 

En parallèle à ce travail institutionnel, l’APFB a défini de manière collaborative un projet de reprise de la ferme, présenté publiquement le 30 mars. Ce projet articulait maraîchage biologique, point de vente de produits locaux, formation, hébergement d’activités associatives, éducation populaire et culture.

 

La réalisation de ce projet passait par une légalisation de l’occupation, au moyen d’un rachat du site par la Fondation Terre de Liens, organisme reconnu d’utilité publique, dont la mission est la sanctuarisation des terres agricoles et l’installation de jeunes paysans.

 

Fin juillet, nous avons appris que la ferme était l’objet d’un compromis de vente entre le groupe Auchan et la SCI "In Memoriam", qui propose pour le lieu un projet décalqué du nôtre.

 

Le montage en société civile immobilière (SCI), qui ôte tout contrôle des pouvoirs publics sur le devenir des terres, est pour nous inacceptable. Pour avoir la possibilité de défendre notre projet, et empêcher l’appropriation de notre lutte, nous avons déposé une demande de préemption auprès de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer).

 

Une collusion entre profession agricole et pouvoirs publics

 

Malgré les nombreuses prises de position publiques en faveur de notre association (politiques, agricoles, associatifs, citoyens, etc.), la Safer a refusé d’exercer son droit de préemption, qui aurait permis une étude équitable et transparente des différentes candidatures.

 

Et pour cause : la Safer, contrôlée par les organisations professionnelles agricoles – FNSEA en tête – a travaillé pendant plusieurs mois aux côtés des parties prenantes de l’accord, afin de monter un projet qui réduise au minimum la possibilité d’une préemption. En lieu et place du rôle d’arbitre que lui a fixé la loi, elle a donc joué un rôle de conseiller technique d’un candidat, au détriment de ses propres prérogatives et des autres candidats.

 

Ce mélange des genres, piloté par son président Emmanuel Hyest, est inacceptable, et nous y donnerons les suites judiciaires qu’il appelle.

 

Le 19 août 2015, à 6 heures du matin, un déploiement conséquent de forces de l’ordre a procédé à l’évacuation, sans heurts, de la trentaine d’occupants et militants présents sur place, suivie de l’arrivée des nouveaux propriétaires des lieux, sous escorte policière. Le règlement rapide de la controverse née de l’arrivée d’un nouvel acteur dans le dossier témoigne de la collusion profonde entre la profession agricole et les pouvoirs publics.

 

L'État a fait le choix des petits arrangements

 

Les responsables de la Safer et les représentants de l’État ont clairement fait le choix de l’opacité et des petits arrangements contre celui de la démocratie et de l’intérêt général. La FNSEA est en cela fidèle à sa volonté de garder un contrôle total sur les questions agricoles, pourtant largement subventionnées.

 

Les pouvoirs publics donnent une nouvelle preuve de leur détermination à faire cesser toute forme de contestation écologiste de terrain, même si celle-ci a été légitimée par des décisions politiques et se montre constructive et responsable dans la recherche d’une sortie de crise, comme ce fut le cas aux Bouillons.

 

Le profil des associés de la SCI laissait pourtant planer un doute sur le sérieux de leur projet "permacole", qui aurait à lui seul justifié une préemption : Baptiste Mégard ne témoigne en effet d’aucune expérience en maraîchage comme en agriculture biologique.

 

Leurs motivations réelles peuvent, elles aussi, être mises en doute : leur militantisme au sein de l’ultra-droite rouennaise confirme pour nous la lecture politique que nous faisons ici des événements.

 

Amplifier la mobilisation citoyenne

 

Révoltés par le traitement réservé à nos démarches, et déterminés à ne pas accepter le déni de démocratie dont nous nous estimons victimes, nous appelons :

 

- tous nos soutiens, tous les défenseurs d’une authentique agriculture de qualité, relocalisée, à nous rejoindre pour poursuivre et amplifier dans les jours à venir la mobilisation citoyenne installée aux portes de la ferme des Bouillons

 

- à mener des actions pacifiques et résolues de soutien à notre cause sur tous les territoires contre les différentes parties prenantes de cet accord scandaleux.

 

 

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Plus d’infos : www.lafermedesbouillons.fr

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 12:15

 

Source : http://www.bonnes-nouvelles.be

 

 

Utrecht, la ville où la pauvreté n'existera (peut-être) plus

 

Au Pays Bas, Utrecht va expérimenter le «revenu de base inconditionnel» à partir de janvier.

Pour éradiquer la pauvreté, il suffit de payer les pauvres. L'idée peut paraître candide mais elle a déjà fait son chemin et a même un nom: revenu de base, allocation universelle ou encore revenu inconditionnel d’existence. Ce revenu régulier, attribué sans condition, permettrait à tout citoyen, au chômage ou non, de subvenir à ses besoins essentiels.

À partir de janvier 2016, la ville d'Utrecht au Pays-Bas (300.000 habitants, 4e ville du pays) a décidé de tenter l'expérience avec un groupe de 300 citoyens au chômage et bénéficiaires des minima sociaux.
Ils recevront chaque mois entre 900 euros (pour un adulte seul) et 1.300 euros (pour un couple ou une famille). Parmi eux, une cinquantaine aura le fameux «revenu inconditionnel». La somme attribuée ne changera pas, et ce, même s'ils trouvent un travail ou une source de revenu. Les autres seront soumis aux exigences habituelles de recherche d'emploi et de revenu admissible.

Un système qui encourage le chômage?
Les défenseurs du revenu universel, comme le collectif Basic income earth network, sont convaincus que ce modèle permettrait d’éradiquer la misère, de lutter contre les inégalités, de favoriser l’émancipation de l’individu et de développer une sphère d’activité non-marchande. Libéré des contraintes financières, chacun pourrait choisir la quantité de travail qu'il souhaite accomplir, et s'investir dans d'autres activités, comme le bénévolat ou la formation.
Mais l'idée est loin de faire l'unanimité. En France par exemple, elle est rejetée par une majeure partie des groupes politiques, même à gauche. Parmi les (nombreuses) critiques, cette mesure encouragerait les bénéficiaires à rester au chômage et à vivre de leur revenu de base.

C'est justement pour vérifier ce postulat que la ville d'Utrecht met en place cette expérience, comme l'expose la chargée du projet Nienke Horst à Quartz:
«Les gens disent que les bénéficiaires ne vont pas chercher à retrouver du travail. Nous allons le vérifier. Nous, nous pensons que plus de gens seront un peu plus heureux et qu'ils finiront quand même par trouver un travail».
Alors que l'UE connaît une crise sans précédent, avec un taux de chômage de 20% pour les jeunes, l'initiative néerlandaise est à surveiller de près.

Repéré par Leïla Marchand

Lire sur Slate.fr (03/07/2015)

 

 

Source : http://www.bonnes-nouvelles.be

 

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 21:39

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Cédric Porte: « Nous sommes tombés dans un trou plus profond que le chômage»

|  Par Rachida El Azzouzi

 

 

 

Faut-il travailler à tout prix ? Non, répondent Cédric Porte et Nicolas Chaboteaux dans un livre coécrit après leur expérience d'un management par la terreur dans une PME francilienne. Entretien avec le premier, toujours chômeur et SDF.

 

Rien ne prédestinait Cédric Porte, scénariste de formation, et Nicolas Chaboteaux, journaliste radio-télé, à se rencontrer. Encore moins à coécrire Travailler à tout prix !, un livre-témoignage édifiant sur le “management par la terreur” où ils racontent « seulement 50 % » de ce qu'ils ont enduré. Chacun, dans l’anonymat, le repli, la culpabilité, la honte, vivait le drame du chômage, de la perte d’emploi, de soi, au milieu de plus de cinq millions d’individus dans la même galère, dans une France où, sans travail, vous n’êtes personne.

Chacun démarrait ses journées interminables en surfant sur les sites d’offres d’emploi et en envoyant autant de bouteilles à la mer qu’il y avait d’annonces. Souvent si peu. Prêt à tout pour travailler, à prendre ces emplois dits repoussoirs : carreler, faire de la vente, de la restauration… Mais lorsqu’on daignait leur répondre, on leur répétait qu’ils n’avaient jamais carrelé, vendu, servi de leur vie ou qu’ils étaient « trop vieux », « trop jeune », « pas assez ci », « pas assez ça »… Chacun s’endormait – lorsqu’il y parvenait – en se demandant si tout le problème ne venait pas de son CV, de sa lettre de motivation, de sa personne. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent, tous les deux, employés de "MSS", le nom d’emprunt donné à la PME qui, croient-ils, va leur redonner dignité et confiance.

 

Elle est dirigée par une PDG à deux visages. Un visage pour les médias : une chef d’entreprise, bonne fée de droite qui court les plateaux dénoncer les freins à la croissance en France sous la gauche, le carcan de la fabrique du chômage (le code du travail « obèse », les prud’hommes…) et qui affiche son credo social : parier sur les chômeurs de longue durée, les seniors, les personnes en difficulté (drogués, anciens détenus, jeunes tentant une réinsertion ou fraîchement diplômés…). Et un autre visage, en interne : une patronne « façon tyran nord-coréen » faisant régner un management qui broie, détruisant la personnalité de ses salariés de l’intérieur. Par la peur, la délation, l’humiliation…

"MSS", c’était le rêve, retrouver un emploi, pas trop mal payé, un peu plus que le SMIC. Ils l’avaient, redevenaient « quelqu'un ». Enfin. Cédric était « heureux ». Le chômage l’avait conduit à la rue. SDF, il errait de chambres d’hôtels sociaux payés par la préfecture en squats. Il avait tout perdu : son logement mais aussi sa femme, la garde de leur fille. C’est en racontant sa spirale infernale sur le plateau du Grand Journal de Canal + qu’il avait décroché ce job. De l’ombre à la lumière. Toute la magie de la télé.

Le lendemain de ses quelques minutes de gloire télévisée, "MSS" le débauche du chômage très longue durée. Cédric court chez Tati se payer un costume bon marché. Tout en conservant les étiquettes pour se faire rembourser au cas où, craignant un canular. Il tiendra le coup six mois dans cette PME où il perd son identité pour hériter d’un trigramme, "CPO", et où on vous distribue les chèques-restaurants au compte-gouttes, « limite à genoux ».

Nicolas, lui, résistera un an. Il a postulé après avoir regardé la télé et ladite PDG de "MSS" qui, dans le petit écran, disait réhabiliter l’humain dans sa PME contre la loi de la finance qui sévit dans les multinationales…

Une fois dehors, de retour à la case Pôle emploi, écrire, aligner les maux en mots, s’est imposé à eux. Catharsis indispensable de 250 pages, plus efficace que les antidépresseurs. Thérapie pour se reconstruire. Se relever d’une expérience dévastatrice où les logiques contemporaines de l'entreprise, le chômage record, le marché du travail ultra-tendu autorisent les procédés managériaux les plus inhumains et violents pour soumettre et exploiter les individus. « Un de perdu, dix de retrouvés », leur a-t-on asséné comme autant de gifles. Et parce que la peur de la précarité, du chômage, de l’inactivité, de la misère qui touche le voisin, le « je n’ai pas le choix » développent une capacité d’acceptation et de soumission hors norme.

« Chez "MSS", nous sommes tombés dans un trou encore plus profond que celui du chômage », dit Cédric. Il a écrit sa part de témoignage sur son téléphone portable dans le dénuement de son squat près de la gare du Nord, visité par des ministres du gouvernement. « J’étais comme une bête dans une caverne. Ce livre m’a resocialisé. Lors de sa promotion, j'échappais pendant 48 heures au squat, on me payait l’hôtel, le train, le restaurant. » Il a 38 ans, « un âge déjà vieux pour le marché de l’emploi », n’a toujours pas retrouvé de travail, met un point d’honneur à être rasé tous les jours de près et bien vêtu, fait en sorte que les trous de ses semelles et de ses chemises ne soient pas visibles, comme son adresse sur le CV – il est domicilié dans permanence sociale d'action. Sinon « c'est la double peine ». 

Il survit avec le RSA. 470 euros qu’il a, durant une période, entièrement consacrés à sa fillette dont il avait exceptionnellement la garde, en raison des problèmes de santé de son ex-femme. N'ayant « pas le choix », elle vivait avec lui dans son coin de squat qu'il avait aménagé « comme une chambre d'enfants avec des posters et des jouets ». Il lui racontait que « papa » et elle étaient « en voyage, comme en vacances », que « bientôt », ils auraient « une maison ». Chaque matin aussi, il la déposait à l'école, une belle école au milieu d’enfants qui vivent dans le coton. La cantine aurait dû être gratuite, compte tenu de sa condition sociale. Il a payé le plein tarif chaque jour. « Personne ne devait soupçonner que ma fille avait un père chômeur et SDF. » Le RSA ne suffisait pas. Alors il lavait les vitres des véhicules aux feux rouges, multipliait les petits jobs au noir.

Le matin de son entretien vidéo à Mediapart, Cédric avait comme tous les jours consulté les annonces de Pôle emploi Ile-de-France. Il y en avait 157 pour toute la région. Quelques semaines plus tard, il nous envoyait ce SMS : « J'ai retrouvé du boulot pas longtemps. Je remplace une secrétaire pendant deux semaines dans une société de voiture avec chauffeur pour laquelle j'avais fait du car-wash. Hélas pas de contrat ». Il recherche toujours ce qu'il appelle « le graal », « n'importe quel travail qui serait déclaré » et qui lui permettrait de retrouver sa vie d'avant, de « redevenir Monsieur tout le monde, qui fait boulot-métro-dodo ». Nicolas, lui, a migré en province, commercial dans une entreprise qui vend des voitures électriques, un emploi très loin de son cœur de métier gangréné par une profonde crise économique et morale : le journalisme mais dans « une boîte où on est humain ».

 

Travailler à tout prix !, Nicolas Chaboteaux et Cédric Porte,
Édi

 

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 21:01

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Le pouvoir des multinationales et leur impunité étouffent la voix des peuples

Non aux multinationales !

4 août par La Vía Campesina

 

 

La Via Campesina

 

(Harare, 9 juillet 2015) LVC dénonce le fait que les processus législatifs et de politiques internationales, qui devraient être vus comme des décisions démocratiques et citoyennes, sont de plus en plus dominés par les intérêts des grandes multinationales et cela avec la complicité des classes gouvernantes |1|. De plus, on constate une forte tendance à criminaliser les populations qui luttent pour leurs droits ainsi qu’une impunité structurelle pour les crimes commis par ces mêmes multinationales.

Au niveau international, régional, national et local, nous observons que de plus en plus, les cadres législatifs se conçoivent, s’interprètent et se mettent en œuvre en fonction des intérêts des grandes entreprises et des multinationales, malgré la résistance des mouvements et des organisations qui défendent d’autres voies et l’intérêt général. A cela s’ajoute un manque de transparence vis-à-vis de la société civile.

Il est évident que les accords commerciaux internationaux avec des mécanismes de protection des investissements, la dérégulation du commerce et de la production et l’abandon de critères sociaux et sanitaires comme on peut le voir de façon flagrante dans les accords comme le TTIP, TPP, CETA, TISA et les APEs répondent aux demandes pressantes des multinationales et non pas aux intérêts des populations.

On crée aussi une confusion permanente du rôle des organisations qui représentent la société civile et l’intérêt public et des entités qui défendent les intérêts du secteur privé. Les multinationales sont traitées de la même façon que les organisations de la société civile alors qu’en fait, elles ne représentent personne et ne cherchent qu’à défendre les intérêts de leurs actionnaires. Ceci réduit l’espace public de manière considérable.

On crée et on appuie davantage des entités mixtes, des tables rondes ou des plateformes regroupant différents acteurs comme les instances gouvernementales, les organismes de recherche, les bailleurs, les ONGs et les organisations de la société civile alors que l’autonomie des mouvements sociaux n’est pas garantie et encore moins soutenue. Ces espaces poussent à des positions diluées et occultent les réalités du terrain. Un exemple clair est celui de l’ILC (International Land Coalition – Coalition internationale pour la terre) qui est une organisation qui compte sur des fonds de plus en plus importants ces dernières années et qui se présente, de façon opportuniste, à la fois comme un organisme de recherche, un bailleur et un représentant de la société civile. Or, le travail de ILC sert principalement à mitiger les effets négatifs de l’accaparement des terres plutôt que d’arrêter les accaparements eux-mêmes.

Comme mouvement social de paysans, de travailleurs agricoles, de paysans sans terre et de peuples indigènes nous sommes confrontés à une vision du monde réductrice et complètement capitaliste, basée sur un paradigme de croissance à tout prix, sur un marché qui dirige et résout tout et sur un modèle occidental imposé. Ce modèle comprend la privatisation et la marchandisation des biens communs et des droits de base comme l’eau et l’alimentation. Il inclut aussi le mépris pour les mouvements sociaux et un culte à l’entreprise comme l’unique acteur « utile » de la société. La chasse au bénéfice privé est l’élément dominant dans la prise de décision et dans la vision du monde. C’est une vision patriarcale, capitaliste, individualiste et occidentale du bien-être qui est promue et qui mène à une uniformité sur un marché mondialisé. Dans cette vision, le rôle et la responsabilité des Etats sont de plus en plus limités et superflus. Ceci réduit de manière considérable la capacité d’influence et d’incidence démocratique des acteurs de base.

De nouveaux marchés sont créés pour soi-disant résoudre les problèmes que ce marché a créés. C’est ce que l’on voit dans l’exemple des marchés carbones (REDD) qui ont généré de la spéculation foncière, des évictions de communautés et une plus grande contamination en lieu et place de la réduction des émissions carbones recherchée. On propose des solutions technologiques comme les transgéniques et des fertilisants sans prendre en compte une analyse du pouvoir et des intérêts actifs et sans vision à long terme. Le marché d’un cadastre social pour les populations affectées par les barrages montre que les problèmes sociaux sont aussi gérés comme un marché. Nous mentionnons également les partenariats public-privé (PPP) où les entreprises remplacent les Etats dans des constructions obscures qui ne profitent qu’aux entreprises. La terre, l’eau, les semences et nos terroirs, biens communs gérés par les communautés, deviennent des marchandises sous le diktat du titre foncier, du brevetage du vivant via des lois foncières et semencières diligentées, dépossédant les peuples de leurs droits, qui sont les garants de l’avenir de la planète et de l’humanité.

Des initiatives sous prétexte de « lutter contre la faim dans le monde » se mettent en place avec la complicité des Etats occidentaux et des pressions sur de nombreux Etats comme laNouvelle Alliancepour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) soutenue par le G8 ou l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui s’inscrivent insidieusement dans les programmes de développement agricole nationaux et sous-régionaux pour imposer un modèle agricole occidentale et introduire des OGMs et des produits prohibés dans les pays et s’accaparer de leurs ressources naturelles comme la terre et l’eau.

Il existe un manque permanent de solutions structurelles et durables, à cause de la pression pour maintenir un statu quo et par crainte de limiter les bénéfices de quelques uns.

Nous vivons une augmentation de la criminalisation des syndicalistes, des activistes de l’environnement et des paysan(ne)s qui luttent pour leurs droits ou pour le droit de la nature. Rien qu’au Honduras, il y a des centaines de paysans et de paysannes en procès pour défendre leurs droits. Les violences contre les défenseurs de l’environnement ont augmenté de manière exponentielle ces dernières années |2|.

Nous soulignons l’importance d’ouvrir aux organisations de base les espaces où les normes internationales sont discutées et adoptées et de développer des mécanismes de consultation transparente, d’information et de divulgation conduits par les mouvements eux-mêmes. Nous mentionnons ici la Déclaration des Droits des paysans et des travailleurs ruraux qui se développe au sein du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies comme un exemple positif |3|.

Nous avons besoin de nouveaux processus de démocratie participative, transparente qui partent de la base (national, régional et mondial) pour appliquer la souveraineté des peuples dans le monde d’aujourd’hui et non pas leur oppression.

Nous avons besoin de mécanismes régionaux et internationaux contraignants pour arrêter les crimes contre l’humanité commis par les multinationales. Dans ce sens, nous accueillons positivement l’initiative du Conseil de Droits de l’Homme qui s’est fixé comme objectif un Traité contraignant pour punir les crimes des multinationales et nous soutenons la campagne pour le Démantèlement du pouvoir du secteur privé |4|.

Nous reconnaissons que le rôle de l’État est de représenter les intérêts des peuples. Donc, l’État a le devoir de s’opposer à tout politique ou traité international qui mine les droits humain ou sa propre souveraineté. Il est essentiel de soutenir la souveraineté et la responsabilité des Etats au lieu de les saper au niveau international.

La Via Campesina défend la souveraineté alimentaire comme une utopie rebelle à ce système exploiteur. Nous construisons nos alternatives dans la solidarité, chaque jour, depuis la base.

Source : La Via Campesina

 

Contacts :

Marina Dos Santos (PT, ES) : +55 21 981850558

Unai Aranguren (ES, PT, EN) :+34 636 369361

Ndiakhate Fall (FR) : +221 77 5508907

 

 
Auteur
 
 
La Vía Campesina

La Via Campesina : Journée internationale contre la violence faite aux femmes

26 novembre 2014, par La Vía Campesina

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 21:37

 

Source : http://www.lesechos.fr

 

 

Facebook condamné pour avoir refusé à une internaute allemande d’utiliser un pseudonyme
Les Echos |
 
 
 
 
L’entreprise fondée par Mark Zuckerberg a subi un revers par le gendarme de la vie privée allemande. - AFP

 

 

L’autorité pour la protection des données personnelles de Hambourg a interdit au géant américain de forcer les internautes à donner leur identité réelle sur le réseau social.

C’est un jugement important. L’autorité pour la protection des données personnelles de Hambourg a jugé que Facebook n’avait pas le droit de forcer ses utilisateurs à utiliser leur véritable identité sur le réseau social, révèle la BBC . Depuis octobre 2014, l’entreprise américaine pousse ses utilisateurs à utiliser leur vrai nom , dans un souci de sécurité des communications. Une volonté qui passe mal dans la communauté LGBT et drag queen, pour qui Facebook a assoupli ses règles Malgré tout pour l’autorité allemande, cette volonté est illégale.

Au cœur de l’affaire, un blocage de compte par Facebook d’une utilisatrice qui utilisait un pseudonyme. Elle ne souhaitait pas avoir son nom sur le réseau social afin d’éviter d’être contactée pour des raisons professionnelles. Facebook avait réouvert le compte après que l’utilisatrice ait changé son nom pour correspondre à son nom sur sa carte d’identité. Pour le gendarme des données personnelles allemand, l’équivalent de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) française, Facebook n’avait pas le droit de demander la carte d’identité d’un utilisateur ou de changer le nom qu’ils avaient indiqué sur le réseau social.

 

« Quiconque joue sur notre terrain doit obéir à nos règles »

L’entreprise s’est dite déçue de ce jugement. « L’utilisation de noms authentiques sur Facebook protège la vie privée des personnes ainsi que leur sécurité, en s’assurant qu’elles connaissent les personnes avec qui elles communiquent », a expliqué Facebook dans un communiqué.

L’autorité allemande considère que le fait d’obliger les utilisateurs de Facebook de s’inscrire avec leur vrai nom nuit à leur vie privée. Elle a également refusé un argument du géant américain selon lequel l’entreprise, basée en Europe en Irlande, était de ce fait uniquement soumise à la loi irlandaise, pour qui la volonté de Facebook est légale. « Facebook peut affirmer que seule la loi sur la protection des données irlandaise s’applique. Mais quiconque joue sur notre terrain doit obéir à nos règles », a affirmé Johannes Caspar, un des commissaire de l’autorité allemande.


 

Source : http://www.lesechos.fr

 

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 21:33

 

Source : http://www.humanite.fr

 

Des paysans cambodgiens attaquent le groupe Bolloré en justice
Gérard Le Puill
Jeudi, 30 Juillet, 2015
Humanite.fr

 

Des paysans cambodgiens privés de leurs terres viennent d’intenter une action en justice contre le groupe que préside Vincent Bolloré devant le tribunal de grande instance de Nanterre.

 

Outre ses activités chez Vivendi et le groupe Canal + dans lequel il tente de peser sur la ligne éditoriale, Vincent Bolloré a constitué sa fortune dans les activités portuaires en Afrique avec le groupe « Bolloré Africa Logistics » et, depuis quelques années, dans l’exploitation à grande échelle des terres agricoles en Afrique et en Asie  via le groupe  Socfin.

Une cinquantaine de paysans cambodgiens  estime que leurs droits  ont été piétinés par Bolloré qui développe la culture de l’hévéa sur la commune de Bousra  à l’est du pays. Cette plante sert à produire du caoutchouc. Pour développer cette production agro-industrielle,  une co-entreprise franco-cambodgienne a été créée et porte le nom de « Socfin-KCD ». Elle est née  avec l’accord du gouvernement cambodgien. Outre l’hévéa, cette entreprise produits aussi de l’huile de palme, une  des activités en plein développement dans le groupe Bolloré au Cambodge, en Indonésie  et dans plusieurs pays africains dont le Cameroun.   D’où les «expropriations » et les « déplacements de populations » dont sont victimes les paysans  cambodgiens  qui demandent des « restitutions de terres » et des « indemnisations », selon leur  avocat maître Fiodor Rilov.

Le 5 juin 2015, une manifestation de protestation s’était déjà déroulée devant le siège du groupe Bolloré à la Défense. Il s’agissait cette fois  de dénoncer les saccages de la « Socapalm » dont le groupe Bolloré est un des actionnaires  et qui exploite au Cameroun 26.000 hectares de palmiers à huile. « Socapalm » est aussi une filiale de « Socfin», firme luxembourgeoise dont Bolloré déteint 39% des parts . En avril dernier le travail avait été bloqué dans les plantations de Dibombari au Cameroun par des ONG et des paysans privés de terres qui demandaient qu’on leur rétrocède une partie des superficies que l’Etat camerounais a attribué à la « Socapalm ».

Neuvième fortune de France avec plus de 11 milliards d’euros, Vincent  Bolloré développe à travers le monde  une activité prédatrice qui consiste à accaparer des terres agricoles et à défricher des forêts primaires pour y développer des cultures de rente comme l’hévéa et le palmier à huile. Outre la spoliation des populations privées de leurs terres nourricière et souvent contraintes à l’immigration vers des bidonvilles, les activités du groupe Bolloré sont aussi fortement émettrices de gaz à effet de serre. On peut donc dire que la fortune de Vincent Bolloré  se constitue en  accélérant le réchauffement climatique dont les populations pauvres sont aussi les premières victimes. Voilà de quoi développer un excellent plaidoyer devant le tribunal de grande instance de Nanterre.   

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 21:12

 

Source : http://www.20minutes.fr

 

Quand un jeune coiffeur vendéen offre ses services aux sans-abris parisiens

 

Lison Lagroy

 

 

Dati, coiffeur vendéen qui vient en aide aux sans-abri
Dati, coiffeur vendéen qui vient en aide aux sans-abri - LL

 

« Monter » à Paris pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. C’est le projet que vient de concrétiser Dati Kouch, 26 ans, coiffeur au grand cœur. Mais le jeune homme ne veut pas apparaître en héros, loin de là : « Je le fais naturellement et j’aimerai que l’on parle plus du message que de moi ». Message reçu.

 

Les SDF font partie du décor

Quand 20 Minutes le retrouve devant le Sacré-Cœur, on le reconnaît à son grand sourire communicatif. Il regarde partout autour de lui, cherchant un sans-abri qui aurait besoin, ou envie, d’une petite coupe. Le rejoigne très vite son « équipe », Davy, son frère, et Thai, un ami, tous deux coiffeurs.

Les trois Vendéens arpentent depuis ce lundi les rues de Paris, à la recherche d’un coup de pouce à donner, toujours avec plaisir. Mais pourquoi avoir choisi la capitale ? « Pour avoir un écho plus grand à mon message, confie Dati. Ici, je trouve que c’est encore plus flagrant qu’ailleurs, les SDF sont compris dans le décor, ce n’est pas normal ».

La petite bande a commencé par la Tour Eiffel, « symbole important de la France », mais ne compte pas s’arrêter là. Jusqu’à la fin de la semaine, elle compte bien coiffer d’autres SDF dans différents quartiers.

 

Aider sans réfléchir

L’idée lui est venue en voyant un reportage sur un New-Yorkais qui faisait ça tous les week-ends : spontanément, Dati décide de faire de même. « Je ne pousse pas les gens à aller contre leur nature, mais aider l’autre n’a jamais été négatif. On devrait tous le faire sans réfléchir ».

Si le jeune homme est si serviable, c’est qu’il a reçu une éducation « qui a forcément dû jouer » et qu’il a lui-même connu les galères. Aujourd’hui, son salon à La Roche-sur-Yon marche si bien qu’il va l'agrandir, avec pour employés les deux garçons de cette aventure parisienne. « J’ai commencé il y a dix ans sans une "thune", en taillant les cheveux des gens de mon quartier. Je profite que ça marche bien aujourd’hui pour aider les autres », confie-t-il.

 

S’intéresser aux oubliés

Au détour d’une rue, nous tombons sur Moumoune, 65 ans, d’origine allemande. Dati s’approche et lui propose ses services avec tact et bienveillance. « Je vais droit au but et parle de mon projet caritatif directement », ce qui surprend parfois les SDF. « Ils n’ont pas l’habitude qu’on leur parle, ils peuvent malheureusement rester des journées entières sans parler à personne. Ça leur fait plaisir qu’on s’intéresse à eux ».

Tous ne sont pas méfiants ou inquiets, beaucoup acceptent d’emblée. A Moumoune, il faut expliquer le projet plusieurs fois, la faute à la langue. Mais quand il entend le mot « gratuit », son visage se transforme. « En Allemagne ça coûte 35 francs, alors qu’ici, en France, c’est 100 francs ! C’est beaucoup trop cher » explique-t-il. Il lève son chapeau de fortune pour montrer le peu de cheveux qu’il reste à couper, sourit, et accepte.

Davy, le frère de Dati, s’est occupé de Moumoune - LL

 

Pour cette fois, ce sera Davy qui coupera, sous le regard protecteur de son petit frère Dati. A la fin de la coupe dégradée, Moumoune se regarde dans la glace et semble conquis.

« Ça vous plaît ? » lui demande Dati. S’il ne semble pas tout comprendre, Moumoune opine de la tête et assène : « Coupez tout ! » avec un grand sourire. Pour Dati, cette confiance est une victoire : « Quand ces personnes marquées par la vie semblent heureuses, il n'y a pas de mot ». Et Moumoune de confirmer : « Merci… parce que c’est gratuit ! ».

 

 

Source : http://www.20minutes.fr

 

 

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 16:41

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/blog/thomas-coutrot

 

 

Lettre ouverte à Yanis Varoufakis : Le plan B, c’est la démocratie

 

Cher Yanis Varoufakis, Pendant cinq mois, vous avez incarné l’espoir de beaucoup de citoyens européens. Vous avez fait souffler un vent de rigueur intellectuelle et de franchise dans le cercle des hommes gris de l’Eurogroupe. Vous avez tenté avec ténacité de respecter le mandat des électeurs grecs : interrompre les politiques d’austérité tout en restant dans la zone euro. Mais fin juin, renforcés par l'isolement de la Grèce et la faiblesse des mouvements de solidarité en Europe, les morts-vivants de l’Eurogroupe puis le Conseil vous ont adressé un ultimatum : vous soumettre ou sortir de l’euro.La victoire du « non » au référendum du 5 juillet renforçait votre légitimité pour refuser le véritable diktat des créanciers. Vous avez indiqué le 13 juillet 1 avoir proposé au soir du référendum à Alexis Tsipras « un triptyque d'actions » pour éviter la soumission : « émettre des IOUs » (des reconnaissances de dettes en euros, c’est-à-dire une monnaie fiscale complémentaire), « appliquer une décote sur les obligations grecques » détenues par la BCE depuis 2012, pour réduire d'autant la dette, et « prendre le contrôle de la Banque de Grèce des mains de la BCE ». Mais Alexis Tsipras a refusé ce plan et accepté votre démission.Le 20 juillet, au Parlement grec, vous avez voté contre « l’accord » du 13 juillet en indiquant le point décisif : « quand la société commencera à ressentir dans ses tripes l’étau des résultats de la nouvelle austérité désastreuse, quand les jeunes et les moins jeunes prendront les rues ou resteront, désespérés, chez eux, confrontés à ces effets - ces gens dont jusqu’à présent nous portions la voix, qui les représentera dorénavant dans l’arène politique ? ». L’unité de Syriza, cet outil patiemment forgé par la gauche grecque, est précieuse. Il semble que c'est la raison pour laquelle vous n'avez pas mené publiquement le débat sur vos propositions alternatives : « « y avait-il une alternative ? », nous a demandé le Premier ministre mercredi dernier. J’estime que, oui, il y en avait. Mais je n’en dirai pas plus. Ce n’est pas le moment d'y revenir. L’important est qu’au soir du référendum, le Premier ministre a estimé qu’il n’existait pas d’alternative ».

Pourtant ce choix d’Alexis Tsiprasde capituler,et plus encore, de mettre en œuvre lui-même les exigences des créanciers, est tragique. Comme vous, on ne peut qu’être effrayé par les conséquences politiques du 13 juillet : la gauche radicale, portée au pouvoir pour et confirmée par référendum dans sa légitimité à rompre avec l'austérité, est apparue non seulement comme incapable de refuser un plan d'austérité et de destruction de la démocratie, mais disposée à le réaliser elle-même. À supposer même qu’aucune alternative ne soit disponible à court terme, le retour à l’opposition, que vous avez souhaité, aurait permis de préserver l’avenir.

 Mais s’il y avait la possibilité d’un plan B, comme vous le pensez, alors l’erreur est encore plus tragique. Ce débat décisif monte aujourd’hui dans la gauche européenne. La Plate-forme de gauche de Syriza a proposé le 24 mai un projet prévoyant la suspension du paiement de la dette et la nationalisation des banques. Éric Toussaint a suggéré le 13 juillet un ensemble plus complet de mesures2, prenant acte du fait désormais avéré aux yeux de tous que rompre avec l’austérité implique une politique unilatérale de nécessité et urgence qui sera évidemment assimilée à de la désobéissance par les dirigeants européens actuels, bien qu'elle n'enfreigne pas nécessairement les traités existants3.

 Contrairement à ce qu’affirment des figures aussi respectables qu’Étienne Balibar, Sandro Mezzadra et Frieder Otto Wolf4, de telles propositions alternatives ne sauraient être qualifiées de "conceptions autoritaires et inapplicables du 'contrôle' de la politique monétaire et de la circulation des capitaux)". De même, quand le grand sociologue altermondialiste Boaventura de Sousa Santos affirme que “si un pays se montrait désobéissant, il serait expulsé et le chaos l’engloutira inévitablement”5, on peut lui opposer qu’au vu du contenu de l’accord du 13 juillet, le chaos est assuré si le pays s’y conforme. Pablo Iglesias, leader de Podemos, ne voit pas non plus d'alternative, l’accord du 13 juillet « est la seule chose que l’on puisse faire », « c’est la vérité du pouvoir »6.

 Mais s’il n’y a pas d’alternative, si un pays européen ne peut rompre avec l’austérité sans sombrer dans le chaos – et il ne fait guère de doute que l’Espagne, l’Italie ou la France se heurteraient à des obstacles aussi considérables que la Grèce7 -, le piège néolibéral est sans faille. Si aucun pays pris isolément ne peut faire un pas de côté et prendre une autre voie pour montrer la route, la seule possibilité est d’entretenir par le verbe l’espoir d’une « autre Europe » en attendant une crise politique pan-européenne et/ou un effondrement systémique de la zone euro qui mettrait tous les pays à la même enseigne.

 Depuis des années, avec d’autres, nous nous opposons tout comme vous à ceux qui prônent la sortie de l’euro comme préalable à toute politique alternative. Sortir de l’euro présente des coûts économiques et politiques importants pour le pays concerné. Surtout, présenter « l’Allemagne » comme la principale fautive, et le retour au périmètre national comme le préalable à toute solution, est une lourde erreur qui néglige l’écrasante responsabilité de nos élites dans la situation de nos pays tout en alimentant l’ethos nationaliste.

 En revanche nous croyons tout comme vous qu’il existe des politiques économiques et monétaires alternatives crédibles, susceptibles d’être menées de façon unilatérale, politiques sans doute audacieuses mais parfaitement raisonnables, et qui, dans certaines circonstances comme le 13 juillet, valent mieux que la certitude du désastre économique et politique. Nous croyons tout comme vous que la Grèce, dans la situation de nécessité et urgence dans laquelle elle se trouve, aurait pu - et peut encore - décréter unilatéralement un moratoire sur sa dette, créer une monnaie complémentaire, réquisitionner sa Banque centrale et nationaliser ses banques, instaurer une fiscalité enfin effective sur les catégories aisées (rappelons que les salariés et les retraités grecs, soumis à la TVA sur leurs consommations et au prélèvement à la source de leur impôt sur le revenu, ne peuvent frauder).

 Certes, ces mesures comportent des risques, surtout si elles sont improvisées à la hâte : panique bancaire, fuite devant la monnaie complémentaire, exode accru des capitaux... Mais ces risques seront d’autant plus faibles que l’adhésion populaire sera forte. Le succès du référendum de juin et l’impopularité de l’accord du 13 juillet montrent qu’une base sociale large existe potentiellement en Grèce pour soutenir une politique fondée sur la dignité et la justice, des valeurs que les créanciers ont foulées aux pieds. Cette politique pourrait redonner de l’espoir aux peuples européens et renforcer leurs solidarités jusqu'ici insuffisantes.

 De telles mesures unilatérales amèneront probablement les créanciers à vouloir expulser la Grèce de la zone euro, encore que cela réduirait beaucoup leurs chances d’être remboursés in fine. De plus ils manquent d’une base juridique pour le faire, et une telle sanction aggraverait leurs contradictions internes au plan géopolitique. Surtout la mise au pilori d’un pays qui tente courageusement de sortir du gouffre et de résoudre sa crise humanitaire pourrait avoir un coût politique important pour les hommes gris. Le débat ainsi suscité renforcera la construction de cet espace public européen sans lequel l’indispensable refondation restera un vœu pieux. Car une chose est de tourner le dos à l’Europe en la décrétant responsable de tous les problèmes ; une autre est de démontrer par l’action qu’on ne peut respecter la volonté des électeurs et préserver les intérêts des classes populaires qu’en rompant avec les diktats des hommes gris qui ont pris possession de l’Union européenne.

 

Par votre pédagogie et votre ténacité durant ces mois de négociation, vous et Alexis Tsipras étiez très proches de réussir cette démonstration. Cher Yanis Varoufakis, vous rendriez un éminent service à la Grèce et à l’Europe en reprenant, de façon ouverte et publique, le combat pour le plan B, le combat pour la démocratie en Grèce et dans l’Union européenne.

 

1 www.newstatesman.com/world-affairs/2015/07/exclusive-yanis-varoufakis-opens-about-his-five-month-battle-save-greece, publié le 13 juillet

2 « Une alternative est possible au plan négocié entre Alexis Tsipras et les créanciers à Bruxelles », cadtm.org/Une-alternative-est-possible-au

3 Attac et Fondation Copernic, Que faire de l’Europe. Désobéir pour reconstruire, Les Liens qui Libèrent, 2014

4 Etienne Balibar, Sandro Mezzadra, Frieder Otto Wolf: « Le Diktat de Bruxelles et le dilemme de Syriza »,http://blogs.mediapart.fr/blog/ebalibar/190715/etienne-balibar-sandro-mezzadra-frieder-otto-wolf-le-diktat-de-bruxelles-et-le-dilemme-de-syriza

5 Boaventura de Sousa Santos, « Fatal tests », 23/07/2015

6 www.europapress.es/nacional/noticia-pablo-iglesias-resignado-ocurrido-grecia-verdad-poder-20150716153300.html

7 A la différence de La Grèce, l'Espagne finance sa dette et son considérable déficit public sur les marchés financiers, mais se heurterait à une flambée des taux d'intérêt en cas de politique alternative.

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/blog/thomas-coutrot

 

 

 

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